Chapitre 25 : Welcome back, mister Moony

Un feu me ronge la poitrine et un étau enserre ma tête. Je cligne des yeux pour constater que je suis à l'infirmerie. Qu'est-ce que je fais là ? Est-ce que c'était la pleine lune hier ? Je suis allongé dans un lit, je porte toujours mon uniforme. Ma chemise est froissée et il y a un peu de sang sur l'une des manches. Comment ai-je atterri ici ? J'ai beau réfléchir, je ne me souviens de rien.

J'ai la tête lourde, l'esprit embrumé. De le sueur colle mes cheveux sur mon front. J'ai soif aussi. Très soif.

« De retour parmi nous monsieur Lupin ? »

Mademoiselle Pomfresh ouvre le rideau qui délimite un minuscule espace autour de mon lit. Je tente de m'asseoir mais une quinte de toux me déchire la poitrine. Un goût de cendre me tapisse la bouche. L'infirmière me plaque une main sur la poitrine pour m'empêcher de me redresser. L'instant d'après, elle me tâte le front.

« Je crois que votre fièvre commence à baisser. Comme vous sentez-vous ?

_ Mal. »

Ma voix est rauque et me fait à nouveau tousser. Mademoiselle Pomfresh acquiesce et prend un gobelet sur la table de nuit.

« Vous nous avez fait une belle frayeur. »

Son sourire m'indique que le pire est passé. A moins qu'elle ne tente de me rassurer. Je prends la potion qu'elle me tend mais pour la boire, il faut que je m'assois. C'est une véritable torture. La tête me tourne et je suis obligé de fermer les yeux un instant pour faire passer le vertige.

« Comment est-ce que je suis arrivé ici ?

_ C'est Hagrid qui vous a amené. Il y a trois jours. »

Une nouvelle quinte de toux me lacère les côtes. Je renverse un peu de ma potion sur mes genoux.

« Buvez. Ça fera passer la fièvre. »

J'avale une gorgée. Je m'étais attendu à un goût infect mais en réalité… je ne sens rien du tout. Juste une sensation d'aigreur. Rien de plus. Mes sens sont anesthésiés. Je termine le breuvage d'une traite. Elle me reprend le gobelet des mains.

« Trois jours ? »

J'ai du mal de parler. Chaque mot que je prononce me fait tousser.

« Et nous pensons que vous avez passé deux jours dans la forêt. Qu'est-ce qui vous est passé par la tête ? Pourquoi vous y aventurer ? Il me semble que le professeur Dumbledore a été assez clair sur le sujet. »

Je suis incapable de répondre. Je m'appuie contre mes oreillers. Quelqu'un a pris la peine de me retirer mes chaussures et de vider mes poches. Quand j'étais en première année, Lily m'appelait parfois le Ferrailleur parce que j'ai toujours de la monnaie ou des tas de choses qui tintent dans mes poches. La plupart du temps, il s'agit d'objets complètement inutiles mais j'ai la sale manie de ne rien jeter alors je fourre ce que je peux là où j'ai de la place.

Je remonte ma couverture sur ma poitrine. J'ai froid, probablement à cause de la fièvre. Mademoiselle Pomfresh m'envoie un petit sourire et commence à s'éloigner.

« Vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que vos amis viennent vous rendre visite.

_ Non je… »

Je suis pris d'une nouvelle quinte et ne peux aller plus loin. Trop tard. La porte s'ouvre déjà sur James et Sirius qui se poussent mutuellement pour être les premiers à entrer. Derrière eux, je voix Peter et Lily. Je soupire de dépit. Non, pitié, je n'ai pas envie de devoir leur expliquer ce qui s'est passé.

Sirius se laisse tomber sur le bord de mon lit. Peter prend place sur une chaise et Lily et James restent debout.

« C'est la dernière fois que je t'envoie à la cuisine, me dit ce dernier. Cinq jours pour aller chercher quelque chose à manger, non mais, tu ne crois pas que tu en fais trop ? »

Son sourire, son regard… Je ne peux m'empêcher de sourire en retour.

« Sérieusement, reprend Sirius. Quand on a vu que tu ne revenais pas, on a cru que McGonagall t'avait fait virer sur le champ.

_ Toi, son préfet préféré, reprend James. Tu te rends compte ? Si tu te faisais virer, nous, nous serions directement destinés à Azkaban. »

Peter acquiesce vivement. De son côté, Lily a l'air plus soucieuse, plus sombre.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? demande-t-elle en adressant un regard de reproche aux autres. Comment est-ce que tu t'es retrouvé dans la forêt ? »

Je ferme brièvement les yeux. J'ai mal à la tête. Tout mon corps est endolori. Ah, Lily, tu aimerais que je te dise que tu avais raison depuis le début, n'est-ce pas ? Mais le fait est là, je suis un imbécile, un cas désespéré. J'aime mon bourreau avec toujours autant de passion. Si Lucrèce arrivait maintenant, il lui suffirait d'un simple regard pour que je la pardonne.

« Hagrid a trouvé ma cape devant chez lui. Il me l'a immédiatement rapportée, dit James. Tu n'avais pas l'intention de revenir, n'est-ce pas ? »

Je secoue la tête.

« Quelle importance puisque je suis là maintenant ?

_ Tu es là parce que les centaures t'ont ramenés.

_ Je croyais que c'était Hagrid ? »

Je tousse dans ma main. En plus d'un goût de cendre, j'ai maintenant un goût de sang dans la bouche.

« Les centaures t'ont ramené dans le parc et Hagrid t'a ramené à l'infirmerie, complète Sirius. C'était assez impressionnant de voir une horde de centaures débarquer de la forêt.

_ Qu'est-ce que tu comptais faire au juste ? me demande Lily. Disparaître du jour au lendemain ? »

Je me redresse. De toute façon, il n'y a pas moyen de faire autrement, ils ne vont pas me lâcher facilement.

« Je suis un loup-garou, où est-ce que vous croyez qu'est ma place ? »

Aucun d'entre eux ne répond. Tiens, j'aurais dû m'en douter. Peter baisse les yeux. Sirius garde les siens fixés sur moi. Lily a l'air profondément choquée et James fait la grimace.

« Si c'est ce que tu penses, murmure Sirius. Alors on a perdu notre temps avec toi pendant six ans. »

Je me mets à rire mais je suis rapidement coupé par cette fichue toux.

« C'était peine perdue, Sirius.

_ Non, je ne crois pas. Faire de mon frère quelqu'un de bien, ça c'est peine perdue. Laver les cheveux de Servilus, ça aussi c'est peine perdue.

_ Sirius ! le réprimande Lily.

_ Mais toi tu n'es pas obligé de croire que ce que trois ou quatre stupides médicomages ont pu raconter.

_ Le fait est quand même là. Je suis un loup-garou. Même Slughorn me déteste à cause de ça.

_ Et il me déteste parce que je suis un Black et que je ne suis pas à Serpentard. Il déteste Peter parce que c'est un sang-mêlé et il déteste James parce que… ben parce que c'est James et que tous les profs le détestent.

_ Hé !

_ En fait, continue Sirius en ignorant l'intervention de James, il n'aime que Lily mais c'est uniquement parce qu'elle sait faire de vraies potions.

_ Et puis tu n'as pas fait ça parce que tu t'es tout à coup rendu compte que tu est un loup-garou, dit Lily. Il s'est passé quelque chose, n'est-ce pas ? Avec Lucrèce ? »

Pourquoi le nier ? De toute façon, ils ont déjà compris.

« Son frère et elle ont une idée en tête. Ils se servent de moi. »

Les mains de Lily se crispent sur le montant de mon lit. Je peux presque l'entendre penser. Elle doit jubiler d'avoir eu raison depuis le début.

« Je suis désolée, dit-elle. Tu n'avais pas besoin de ça.

_ Personne n'aurait eu besoin de ça, raille James. D'ailleurs, si tu ne veux pas que je tente de me suicider dans la forêt interdite moi aussi, tu devrais peut-être envisager de m'épouser.

_ Je n'ai pas tenté de me suicider…

_ Et ça ? Qu'est-ce que c'est ? »

James désigne mon poignet droit. Je le lève à la hauteur de mes yeux. Un pansement tâché de sang recouvre la paume de ma main et descend jusqu'à mon poignet.

« Je ne m'en souviens pas. Je ne me souviens pas de grand-chose en fait.

_ Il a fait particulièrement froid ces derniers jours, répond Lily. Mademoiselle Pomfresh dit que la fièvre a dû commencer à te faire délirer dès la première nuit. Tu aurais pu te faire attaquer, tu étais une proie facile.

_ Je suis l'un d'entre eux, Lily. Ils ne m'auraient pas attaqué.

_ Hagrid dit que les centaures ont trouvé le cadavre d'un quintaped pas très loin de toi. Il ne savent pas comment tu l'as tué.

_ Un quintaped ? »

Un masque d'horreur se peint sur le visage de Peter. Les quintaped sont très rares et surtout très dangereux. Ce sont des carnivores dont les proies favorites sont… les êtres humains. Il a dû être attiré par mon odeur. Il a sûrement cru que je serais une proie facile, qu'il n'avait plus qu'à me dévorer.

« Il y a des quintapeds dans la forêt interdite ?

_ Il y en avait un en tout cas, répond James. Maintenant, il n'en reste plus grand-chose. »

Je grimace de douleur sous l'assaut d'une nouvelle quinte de toux. J'ai toujours aussi soif. Je jette un coup d'œil à la table de nuit mais n'y vois aucune carafe d'eau.

« Je suis un imbécile d'avoir pu croire qu'elle m'aimait.

_ Tu es surtout un imbécile de ne pas avoir cru que nous pouvions t'aider, renchérit James. Où est passé ton esprit Maraudeur ?

_ J'ai déconné, n'est-ce pas ?

_ Sérieusement ? demande Sirius. Sérieusement, oui. Tu as sacrément déconné.

_ Vous perdez votre temps avec moi.

_ Râh ! s'écrie Sirius. Arrête de tout voir en noir ! »

Je souris.

« Je te l'ai déjà dit. Quand on s'appelle Black, on ne dit pas ce genre de choses. »

Nous nous mettons à rire et je sens que quelque chose cède à l'intérieur de mon âme. Un verrou s'ouvre, une porte que j'avais sciemment refermé laisse échapper un rai de lumière. Je me suis interdit bien des choses parce que j'ai peur de moi-même mais Peeves avait raison. J'ai trouvé ma voie et, surtout, j'ai trouvé ceux qui peuvent me guider.

Lily s'assoit à côté de moi et me serre dans ses bras, ce qui fait crier James d'indignation.

« Tu ne seras jamais un monstre pour nous. Mais tu as clairement besoin d'aide. Tu es trop bien pour Lucrèce de toute façon. Tu n'as pas besoin d'elle.

_ Merci Lily. J'aurais dû t'écouter depuis le début.

_ Ça fait une semaine que j'essaie de te le dire. Tu veux savoir pourquoi elle a été virée de Beauxbâtons ? »

Je secoue la tête.

« Je veux qu'elle me le dise elle-même. Je veux qu'elle se rende compte de ce qu'elle est en train de faire.

_ En attendant, marmonne Peter, elle pleurait quand elle a appris que tu avais disparu. »

Pourquoi faut-il toujours que quelqu'un rouvre mes plaies lorsque je commence à me sentir mieux ? Elle pleurait ? Pourquoi est-ce qu'elle pleurait ? Parce qu'elle craignait que son frère m'ait fait disparaître ? Elle pleurait pour lui ou pour moi ?

Mademoiselle Pomfresh apparaît tout à coup à côté de nous.

« Allez, fin de la visite. Vous quatre, dehors. Vous avez sûrement des tas de choses à faire. »

Elle me désigne d'un geste du menton et me tend un nouveau gobelet.

« Vous, buvez ça et ensuite dormez. Si la fièvre n'est pas passée demain, je risque d'être obligée de vous envoyer à Sainte Mangouste. »

J'empoigne le gobelet. J'ai tellement soif que je boirais l'eau du lac s'il le fallait. Je regarde l'infirmière s'éloigner de mon lit et je pense à Lucrèce.

Je l'aime. Merlin, aide moi, je l'aime de toute mon âme…