Je me verse une tasse de café en regardant Clint comater sur le canapé encore une fois. Pourquoi est-ce qu'il vient chez moi ? Ne devrait-il pas aller voir sa femme ? Ou Natasha ? J'inspire la fumée de la tasse en essayant de me distraire de la nuit dernière. Il n'a rien voulu me dire, absolument rien. Clint n'a même pas eu le courage de dire le nom de sa fille, putain.

Il a juste mis sa tête entre ses mains en répétant « ça fait mal jolie fille, ça fait mal ! ».

Arthur pleurniche dans la chambre et je vais le chercher. Il est debout dans son berceau, fléchissant les doigts vers moi en scandant « mama », il ne faudra pas plus longtemps avant qu'il ne fasse de vrai mot. Je le prends contre moi, me disant que je ne voudrais jamais connaitre la douleur de Clint et de Barbara.

- Hé bébé, on va aller voir papa ? Je frotte mon nez contre le sien et il répond en posant son front dans mon cou.

J'entre dans le salon et le pose sur le ventre de Clint en faisant attention qu'il ne tombe pas. Il cligne des yeux quand Arthur pose ses mains sur ses joues et bave généreusement sur sa figure. Mon fils décide que son père est suffisamment réveillé (c'est-à-dire à peine) pour sauter sur sa poitrine de tout son poids avec ses fesses.

- Dieu, mon fils ! Il grogne. Ta mère te nourrit avec du béton ?

Arthur à l'air mécontent et le fait savoir en babillant des choses incompréhensibles puis lui ressaute dessus avec plus de force. Clint renifle de rire et se redresse sans les mains (des abdos de tueur !), en tenant notre fils.

- Tu as eu ta réponse ? Je le taquine.

Clint me donne un coup d'œil et grogne en se levant. La couverture tombe, je vois qu'il s'est débarrassé de son jean dans la nuit. Je peux constater qu'il est en pleine forme ! Il baisse les yeux et les remontes vers moi en ricanant.

- Tu veux du café ? Je lui propose en levant les yeux au ciel.

Il hoche la tête, met Arthur dans sa chaise haute pour lui préparer son biberon. Je ne peux pas l'empêcher de l'observer. Il n'y a aucune trace de détresse sur son visage. Qu'est-ce qu'il a voulu dire par c'est ça faute ? Je peux concevoir qu'il se sent coupable. Quel parent ne se sentira pas coupable de la mort de son enfant ? Sauf que là c'est différent, je ne peux pas l'expliquer, c'est…. Sa fille n'est pas morte de mort naturelle, une vérité horrible, mais Clint y est mêlé, pas qu'il soit responsable ou quoique ce soit dans le genre mais avec sa ligne de travail…

Clint sourit en voyant Arthur se jeter sur son lait, prend une tasse de café et un muffin puis s'installe nonchalamment à la table. Comme si c'était une habitude. Comme si nous avions toujours fait ça. Comme si nous étions ensemble.

Non, Darcy, non. Pas ce genre de pensé.

- Tu cogite jolie fille, y a quoi dans ta tête ? Clint me coupe de mes pensées.

- Tu as de la famille ? Je demande sans réfléchir.

Clint mâche la bouchée qu'il a en bouche et s'affale sur la chaise en inspirant profondément. Il me fixe comme pour déterminer s'il doit répondre. Et le fait qu'il se pose ce genre de réponse est une grande victoire dans notre relation. La plupart des questions sans réponses que je lui posais m'ont explosé au visage. Je sais que la famille est un sujet douloureux. Comment ne pourrais-je pas après avoir vu ses cicatrices ?

Il souffle et hoche la tête.

- Un frère plus âgé, il y a beaucoup d'amertume dans sa voix.

- Oh ! Et vous vous….

- Non, il ricane sombrement, ça fait vingt ans. J'avais dix-sept ans la dernière fois que je l'ai vu.

Je me mords la lèvre et tourne mon regard vers Arthur qui réclame un gâteau. Il y a une histoire là-dessous. Et une moche à en juger par son ton.

- Tu ne vas pas me demander ?

- Quoi ?

- Mes parents.

Ses cicatrices clignent dans mon esprit et je ne suis pas sûr de vouloir savoir. Je donne un morceau de muffin à Arthur en restant silencieuse. Qu'est-ce que je suis censé dire ? Je n'ai jamais eu affaire à ce genre de chose. Oui, les relations entre mon grand-père et mon oncle sont tendue mais de là à lever la main ? Jamais ! Et mon père ? Ça ne lui traversera jamais l'esprit, je me souviens encore de sa réaction face à l'injustice qui a été faite à l'archer du cirque. Il mourra avant que ça arrive.

A part la fois où Matt m'a sauvé de ce pervers, j'ai été protégé du monde et de sa laideur jusqu'au Nouveau-Mexique. Mais même là, malgré tout, je le suis encore.

Je me lève et pose ma tasse dans le levier, il y a le raclement d'une chaise, je sens une main épaisse et calleuse sur mon bras.

- Ils sont morts, mon père était saoul et n'a pas vu l'arbre, il dit avec aigreur.

- Je suis désolé, je chuchote faute de pouvoir dire autre chose.

- Ne le soit pas !

Je me retourne et au lieu d'enlever sa main, il met la deuxième sur mon épaule. Il a une expression féroce et désabuser. Pourquoi il me dit tout ça ? Pourquoi tout à coup, il accepte de répondre à mes questions alors qu'il ne l'a jamais fait avant ? Me fait-il enfin confiance ou cherche-t-il à prouver un point ? Si j'ai appris une chose à propos de Clint, c'est qu'il ne fait rien sans raison.

- Tu n'as pas peur ? Il frotte son pouce sur ma peau.

- Non, pourquoi ?

Son visage se chiffonne et me lâche pour balancer ses bras en l'air en se détournant de moi.

- Pourquoi ? Elle me demande, il crache en fermant un poing puis me fait face à nouveau.

Il me fait penser à un lion en cage, frustré, désespéré, incapable de décider ce qu'il veut, ce qu'il y a de mieux. Clint met ses deux mains sur mes joues, ses pouces le long de ma mâchoire.

- Darcy, quel genre d'homme tu crois que je suis ? Ses yeux sont glacés.

Mon cœur bat la chamade, la conversation est trop familière, il n'y a que l'homme qui change.

- Jolie fille, il siffle sans attendre de réponse, quel genre de travail tu crois que je fais ici ? Tu crois que l'argent que je te donne et que tu mets consciencieusement de côté pour notre fils est propre ?

Non, la conversation n'est pas familière du tout et j'ai raison, Clint ne fait rien sans un but. Il ne me fait pas confiance, il veut me faire dégoûter de lui.

- Clint…

- Je suis un garçon qui a rejoint l'armée pour trois repas chauds, qui a accepté de se salir les mains pour quelques billets !

- Ce… ça veut… je cherche les mots mais il n'y a rien qui vient.

- Quoi ? Il arque un sourcil, tu veux dire quelque chose de gentille ? Il n'y en a pas Darcy. Mon père nous battait parce que ça lui chanter, il buvait parce qu'il aimait ça et quand il est mort ? Je ne l'ai même pas pleuré ! Il lâche froidement, stérile. C'est comme si je l'avais tué.

Je me mords la lèvre et baisse les yeux mais il me relève la tête me faisant comprendre qu'il ne veut pas que je le lâche des yeux. Le geste est doux, pas brusque, j'aurais préféré parce que ça me perturbe plus. Mon nez me pique, j'ai du mal à garder les sanglots dans ma gorge. Son expression s'adoucit et pose son front contre le mien.

- L'attaque de Chicago ? J'ai été obligé de mettre fin à la douleur d'une gamine de 6 ans parce qu'elle était en train de se faire dévorer vivante et personne ne pouvait la sauver. Ma fille aurait eu son âge Darcy ! Ma fille qui est morte à cause de moi !

- Qu'est-ce que tu veux prouver Clint ? Ma voix est graveleuse à force de me retenir de pleurer.

- Je suis un assassin. Le mal est en moi comme il était en mon père….

- Tu ne feras jamais de mal à Arthur, je le coupe à travers mes larmes.

- Ça ne rend pas les choses blancs Darcy, ça ne fait pas de moi un homme meilleur.

- Alors qu'est-ce que tu veux ? Dis-moi, putain, ce que tu veux que je te dise ! Je crie à travers mes larmes, les vannes sont ouverte. Pourquoi tu me dis tout ça ? Tu veux que je t'interdise de voir Arthur ?

Clint sursaute comme si je l'avais giflé, en entendant son nom combiné avec l'atmosphère toxique, notre fils se met à pleurer et je me dégage sans difficulté pour le prendre contre moi. Arthur se calme immédiatement dans mes bras et je vois que son père est retourné au salon remettre son pantalon.

Natasha à raison, Clint est un homme bon mais le prince charmant il n'est pas et s'il y a des difficultés dans son ménage c'est parce qu'il y a trop de fantôme qu'il refuse d'exorciser.

- Darcy, j'entends, regarde-moi.

- Sors d'ici, Clint, je crache en sentant l'odeur d'Arthur.

Il souffle et à nouveau je sens sa main sur moi qui me tourne doucement vers lui. Il passe un pouce sur mes larmes avec une expression de culpabilité, ce rendant probablement compte de ce qu'il a fait.

- Pardon, il chuchote, je n'aurais jamais dû te dire tout ça, c'est juste….

- Juste quoi ? Tu veux prouver que je suis une gentille fille qui a grandi à l'abri du monde et qui n'a pas de problèmes de papa ?

- Non ! Ce n'est pas…

- Ou alors tu viens te défouler chez moi et vomir toute la merde que tu ne peux pas dire à Barbara ?

- Je suis désolé, j'ai déconné !

- Tu fais toujours ça, Clint, ce n'est pas la première fois !

Arthur pleure à nouveau et je lui frotte le dos en envoyant des regards noirs à son père qui a l'air désespéré.

- Tu dois te faire soigner Clint.

- Je ne suis pas fou, il a l'air choquer.

- Je n'ai pas dit ça, je dis juste que tu as vécu des choses horribles et que tu devrais en parler à quelqu'un de compétent. C'est en train de te bouffer.

- Darcy…

- Tu es instable, c'est ce genre de père que tu veux être pour Arthur ? Je siffle. Tu n'est pas ton père Clint, tu es un homme meilleur !

Son regard va à notre fils, il passe sa langue sur ses lèvres et s'approche de moi encore plus. Il embrasse le crâne plein de cheveux blonds et doux avec une telle ferveur que mon cœur se déchire. Ses yeux bleus gris remontent sur moi et ses traits se détendent.

- Je vais faire ce qu'il faut, il dit très proche de mes lèvres, je te le promets. Je ne ferais pas la même erreur. Je ne veux pas vous perdre.

Puis il effleure doucement ma bouche, c'est à peine s'il me touche mais c'est assez pour accélérer mon cœur. Il part avant que je comprenne ce qui vient d'arriver. Je sais ce que veut dire son geste, ce n'est pas un baisé, ce n'est pas des avances, c'est une promesse d'un avenir meilleur.

C'est quoi mon problème avec les hommes auto-destructeurs ? Si Matt a enflammé mon monde, Clint y a fait un trou béant.