A/N: une auteure est comme une déesse dans l'univers qu'elle a créé… mais il n'y a qu'une auteure qui gagne son pain avec les droits de Twilight et il s'agit de Stephenie Meyer. Les personnages de cette fiction lui appartiennent et je ne fais rien d'autre que m'amuser avec eux (citation d'Amethyst Jackson).

Je vous remercie encore une fois de prendre le temps de m'envoyer vos commentaires, et j'espère que vous viendrez jeter un coup d'œil aux autres projets sur lesquels je vais travailler sous peu: une suite à La partie de chasse, la traduction d'une fic BDSM qui s'intitulera Des gens comme nous, et la traduction en anglais de la fic une grenouille à sauver de la populaire et prolifique louise malone.

Sur ce, allons voir si Bella, Edward et tous les autres sont au bout de leurs peines. Quelque chose me dit que non…

Bonne lecture.

Chapitre vingt-cinquième: Liberté.

BPOV

À partir du moment où Emmett et Jasper étaient revenus dans l'enceinte du château des Volturi, longtemps après le coucher du soleil, tout s'était mis en branle dans une sorte de fébrilité annonciatrice d'un avenir moins sombre pour tous les gens réunis dans la cour.

Bien que d'une certaine manière nous fussions tous très excités, il fallait tâcher de rester silencieux tant que le convoi n'aurait pas quitté la ville. Mais désormais c'était chose faite, et nous pouvions nous laisser aller à discuter comme bon nous semblait.

Il y avait déjà plus d'une heure que nous avions arrêté les chariots sur le bord de la route à côté des champs de vignes pour y faire grimper les cinquante prisonniers mâles avec à leur tête nul autre que Jacob. J'aurais bien aimé parler à mon ami afin de savoir comment il s'y était pris pour neutraliser les trois vigiles, mais Edward lui avait confié le chariot que Rosalie avait conduit jusque là et il s'était empressé d'en prendre les rênes tout en disant aux autres travailleurs des champs de monter dans les charrettes les moins bondées. Je n'avais donc pas pu échanger un seul mot avec lui. J'avais dû me contenter de l'observer de loin, alors que Tanya changeait de place pour s'asseoir à ses côtés. Je pouvais voir mon ancien palefrenier se pencher vers elle et lui chuchoter à l'oreille des choses qui la faisaient rire à gorge déployée. Cela me faisait un drôle d'effet de le voir se comporter ainsi avec une autre, mais il fallait regarder la réalité en face: même si je n'avais pas rencontré Edward, je n'aurais pas eu d'avenir avec Jacob puisqu'il n'était pas de mon rang social, et qu'en plus je l'avais toujours considéré plus comme un frère que comme un amoureux potentiel, et ce malgré notre rapprochement des derniers jours. Il méritait d'être heureux avec une femme, et si Tanya avait réussi à capturer son cœur, je ne pouvais que leur souhaiter tout le bonheur du monde.

J'aurais aussi voulu savoir comment le sort des mercenaires avait été réglé, mais là encore je devrais prendre mon mal en patience, car ni Jasper ni Emmett n'était à portée de voix. Et pour compléter le tableau, je ne connaissais personne à bord de notre chariot puisqu'il s'était rempli à pleine capacité avec une vingtaine d'hommes recueillis sur le bord du chemin. Ces pauvres types faisaient pitié à voir avec leurs vêtements rapiécés et leur allure de gueux. Leur odeur n'aidait pas les choses non plus, pour tout dire. Ils auraient tous eu besoin d'un bon bain, mais je n'imaginais pas cela possible dans l'immédiat.

Je soupirai et m'appuyai sur l'épaule d'Edward. J'étais intimidée par la présence de tous ces hommes installés juste derrière nous dans la charrette, et je n'avais pas osé me lancer dans un bavardage sans fin avec lui. Peut-être que le sommeil finirait par me gagner…

« La jeune demoiselle n'est pas très loquace. Est-ce qu'elle a toujours sa langue, comte? » Entendis-je une voix très grave demander à l'arrière sur un ton badin.

Edward tourna la tête pour voir qui s'était adressé à nous, et je vis ses lèvres s'étirer en un mince sourire.

« Rassure-toi, Randall, d'habitude la marquise a la langue bien acérée, mais je crois qu'elle est un peu intimidée par votre présence, et sans doute aussi très fatiguée, n'est-ce pas, Bella? » Dit-il en reportant son attention sur moi.

« Je… oui c'est vrai, Edward. Je suis trop crevée pour tenir une conversation, mais il y a un ou deux trucs qui me chiffonnent. Les mercenaires… est-ce qu'ils sont toujours en vie quelque part? »

Le sourire disparut du visage de mon bien-aimé. « Je pense malheureusement qu'Emmett et Jasper ont dû être forcés de les éliminer de manière définitive, mais cela ne m'étonnerait pas non plus qu'ils puissent invoquer la légitime défense pour justifier leurs actes de violence. Vois-tu, les mercenaires employés par Aro sont des hommes d'une brutalité hors du commun… »

« Combien y en avait-il? » L'interrompis-je brusquement.

« De mercenaires? Je ne sais pas exactement. Je dirais entre cinq et dix, » répondit-il en fronçant les sourcils. « Pourquoi veux-tu savoir? Tu devrais tenter de dormir un peu au lieu de t'en faire avec le sort de ces êtres sanguinaires. On a encore deux heures de route à faire avant d'arriver à l'embarcadère des Volturi. »

« Mais enfin, Edward, c'est important de savoir si Jasper et ton frère ont réussi à tous les tuer. Et il se trouve que j'ai de la difficulté à concevoir qu'à eux deux ils soient parvenus à venir à bout d'autant d'hommes. »

Le dénommé Randall devait écouter notre échange car c'est lui qui expliqua, « Les mercenaires ne se tiennent pas tous en bande, vous savez. Chacun d'eux a été désigné pour surveiller un coin du domaine en particulier. Et je ne pense pas me tromper en affirmant que dernièrement ils étaient sept pour s'acquitter de cette tâche. »

« Merci pour ces éclaircissements, Randall. Alors tu vois, Bella? Nous allons facilement pouvoir en avoir le cœur net une fois rendus au bord de la mer. Tout à l'heure Emmett et Jazz n'ont pas donné de détails parce qu'ils ne voulaient pas retarder davantage le départ du convoi, mais nous aurons l'occasion de nous informer auprès d'eux une fois que nous serons tous ensemble sur le vaisseau d'Aro. »

« Comment… comment se fait-il que tu sois si familier avec les anciens esclaves mâles? » Questionnai-je, surprise qu'il connaisse ces hommes par leurs prénoms.

« Hé! Hé! Il semblerait que le cher comte de Morvalle ne vous ait pas tout raconté de son passé, chère demoiselle! » S'exclama un autre des anciens prisonniers assis dans la charrette.

Et c'était vrai, même si je ne voulais pas trop y penser parce que je me sentais vaguement honteuse d'éprouver autant d'amour pour un homme que je connaissais si peu. Je ne savais pratiquement rien du passé de mon amoureux, à part qu'il avait entretenu une "liaison" avec Tanya. J'en avais également appris un peu plus grâce à ce que Carlisle nous avait révélé plus tôt dans la journée, mais Edward demeurait malgré tout très mystérieux à mes yeux.

« Relate-nous donc comment vous avez réglé le sort des trois nigauds engagés par Jasper au lieu de te mêler de ce qui ne te regarde pas, Alistair, » répliqua Edward, à moitié cramoisi.

« Est-ce que tu essayerais de me cacher des choses, par hasard, chéri? » Ne pus-je m'empêcher de lui demander en lui faisant les yeux doux.

Il soupira et regarda devant lui au lieu d'affronter mes questions. Nous étions le deuxième chariot du convoi. Jacob conduisait celui qui nous devançait, et c'était la raison pour laquelle j'avais pu l'observer si facilement quelques moments plus tôt. À cause, aussi, de la lune qui était presque pleine et qui éclairait les champs et la route d'une manière fantomatique. Je ne percevais pas aussi bien ce qui se passait dans les charrettes qui nous suivaient, par contre; seul le bourdonnement des conversations entre leurs occupants parvenait à mes oreilles.

« Il n'y a pas grand-chose à en dire, mais je veux bien me forcer puisque après tout c'est à toi que nous devons notre liberté, Edward…,» poursuivit celui qui s'appelait Alistair en faisant exprès de mettre l'emphase sur le prénom du comte comme pour le narguer.

Mais Edward se contenta de hausser les épaules, et c'est moi qui me retournai pour faire face aux vingt affranchis. « Eh bien alors? J'attends, moi. Comment vous y êtes-vous pris? »

C'est Randall qui reprit la parole, parce qu'on aurait dit que son compagnon était en train de s'éclater la rate avec une crise de fou rire. « Il y a quelques piloris au milieu de chaque champ où les esclaves étaient forcés de travailler, mademoiselle Bella. Nous étions cinquante captifs, d'accord, mais personne ne se souciait plus de nous entraver depuis belle lurette à cause des tortures atroces que Jasper Whitlock avait l'habitude d'infliger à ceux qui tentaient de fuir le domaine et qui s'avéraient être un moyen de dissuasion très efficace. Que nous ne soyons pas enchaînés nous laissait donc beaucoup de liberté, d'une certaine façon… Toujours est-il que vers la fin de l'après-midi, après avoir passé la journée à laisser croire à Ben, Eric et Tyler que tout baignait dans l'huile, nous les avons entraînés vers les poteaux et nous nous sommes un peu amusés à leurs dépens. Vous êtes sûre de vouloir entendre la suite? »

« Oui, sauf si vous êtes sur le point de confesser trois horrible meurtres, monsieur Randall, » répondis-je avec sarcasme.

« Ha! Ha! Ha! » Alistair se mit à rire encore plus fort, bientôt imité par presque tous les hommes à ses côtés.

« N'en voulez pas à mes camarades, mademoiselle, mais le souvenir de ce que nous avons fait tout à l'heure est assez cocasse pour les faire rire pendant toute une décade, » continua Randall. « Nous avons commencé par avouer aux trois abrutis que nous allions nous évader après leur avoir fait leur fête… »

« Et quelle fête! » Pouffa Alistair.

« Tais-toi et laisse-moi finir, Ali! » Le coupa l'autre. « Les trois crétins tremblaient comme des feuilles lorsque nous les avons enchaînés à deux des piloris… »

« Vous les avez tous attachés ensemble? » Demanda Edward, incapable de rester impassible plus longtemps en écoutant le récit des esclaves émancipés.

« Pardi, pour ce que Garrett avait en tête, il fallait que les trois sentinelles soient en mesure de se toucher! »

« Tu m'intrigues de plus en plus, Randall, » commenta l'ancien dresseur d'esclaves. « Jacob vous a donné carte blanche? »

« Jacob s'est assis dans un coin pour nous regarder, Edward. Il nous a dit que c'était nous qui avions subi le plus de torts, et que par conséquent c'était à nous de décider comment disposer des trois idiots. Alors Garrett a suggéré de leur faire faire des choses… »

« Quelles choses? » Questionnai-je d'une voix un peu haut perchée.

J'avais peine à imaginer ce qui avait pu être amusant au point de faire rire tout le monde juste par simple évocation.

« Eh bien, gente demoiselle, » soupira Randall, « je ne sais pas si je peux raconter ça à une jeune fille de la noblesse. Vos parents me tueraient s'ils m'entendaient écorcher vos petites oreilles chastes avec de pareilles anecdotes. »

Je pouffai de rire à mon tour. « S'il n'y a que ça pour vous arrêter, je peux vous garantir que vous n'avez rien à craindre, cher monsieur. Mes parents me croient mariée à l'heure actuelle, figurez-vous. Et avec le conseiller militaire du roi, en plus. Or, on m'a confié les pires rumeurs à propos de ce type, alors vous pensez bien que je me fous pas mal de l'opinion que mes parents pourraient avoir des personnes que j'ai envie d'écouter. »

« Peut-être que je devrais demander l'avis du comte, dans ce cas… »

Je n'avais plus envie de rire du tout. Ce Randall me prenait-il pour une gamine ou quoi?

Je voulus protester, mais Edward parla le premier. « La marquise de Courville n'est pas sous ma tutelle, cher ami. Elle est libre de prendre ses propres décisions, et si elle veut en apprendre plus sur ces choses que tu mentionnais, tu peux tout lui déballer. »

« Et toi, Edward, tu lui déballeras aussi ton passé un peu trouble? » Insista notre interlocuteur.

Edward regardait toujours droit devant lui car il était en charge de l'attelage tandis que je faisais maintenant face aux hommes assis au fond du chariot, mais un bref coup d'œil dans sa direction m'indiqua qu'il commençait à être exaspéré.

« Randall, tes allusions sont déplacées, et en plus elles portent à confusion. Bella, ma chérie, je t'assure qu'il n'y a rien de trouble à propos de mon passé. Je t'expliquerai de quoi il retourne plus tard, quand nous aurons retrouvé un peu d'intimité, » finit-il par dire.

Alistair était revenu de son fou rire et il entreprit de fournir les explications que son camarade hésitait à me donner. « Nous les avons enchaînés entre deux poteaux, Ben face à Eric, et Tyler derrière Ben. Tous les trois à poil, bien entendu. En premier, Garrett a ordonné à Ben de faire une pipe à Eric… »

« Une pipe? » Questionnai-je encore, au risque de passer moi-même pour une idiote.

« Une fellation, Bella, » marmonna Edward en bougeant à peine les lèvres.

« Hein, une fellation entre deux hommes? » Répétai-je bêtement. Bon, c'était une autre chose que dans ma naïveté de jeune aristocrate je n'aurais jamais imaginée possible, mais à présent que je pouvais voir la scène dans mon esprit, je voulais des détails. « Et ils ont pu se mettre à genoux malgré leurs entraves? »

« On a utilisé les plus longues chaînes qu'on a trouvées sur place, et on a seulement emprisonné leurs poignets, mademoiselle la marquise. Cela aurait été trop mesquin de notre part de leur demander de se sucer s'ils n'avaient pas pu plier les genoux. Mais ils n'avaient pas le choix d'obéir aux ordres de Garrett, car il les menaçait avec un fouet, » répondit Alistair.

« Et ensuite, que s'est-il passé? »

J'étais de plus en plus curieuse, si je veux être franche.

« Et bien, Eric a éjaculé dans la bouche de Ben et puis lui, il a tout recraché. Mais il a fallu qu'il endure que l'autre le pompe à son tour. Et là je pense bien qu'Eric a vomi en plus de recracher la semence de Ben… »

« C'est pas bien malin comme châtiment, ça, » commenta mon amoureux en se penchant pour déposer un baiser dans mon cou.

« Oh, mais c'est pas tout, comte! » poursuivit Randall. « Après, il a fallu que Ben se laisse enculer par Tyler. Tyler n'arrivait pas à bander, alors c'est Eleazar qui est allé le masturber pour le durcir assez. Et pendant tout le temps que ça a duré, nos trois gardiens n'arrêtaient pas de pleurnicher comme des gosses. À la fin, Garrett est allé chercher le crottin qu'un des chevaux venait de faire, et il a beurré leur torse avec. »

« C'est ce que je disais: ça ne vole pas très haut comme punition, » réitéra Edward.

Mais il avait une expression amusée. Il devait imaginer la scène dans sa tête lui aussi.

« Edward, songe que ces trois pauvres gars sont extrêmement niais! Tu n'aurais tout de même pas voulu que Garrett les torture pour de bon, n'est-ce pas? »

Je me retournai de nouveau vers l'avant afin de le regarder droit dans les yeux. Il en profita pour me voler un baiser avant de retourner son attention sur la route. « Je plaisantais, trésor. Tu sais bien que je penche davantage du côté des tortures douces, n'est-ce pas? »

Il me décocha un sourire dévastateur et je sentis mon bas-ventre prendre en feu. Ce n'était vraiment pas un bon moment pour que mon corps me trahisse ainsi… foutue merde.

« N'empêche, la jeune demoiselle a raison, comte. Les trois employés de Jasper ne sont pas des lumières, et ça aurait franchement été de l'abus de les faire souffrir. Et puis, nous n'aurions jamais ri autant si nous avions usé de violence envers eux. Ha! Ha! » Conclut Randall.

Nous poursuivîmes le trajet en silence après cet échange qui avait eu le mérite de répondre à plusieurs des questions que je me posais. Je fermai les yeux et me laissai bercer par le doux cahotement de la charrette roulant sur le gravillon. Bientôt la fatigue eut vraiment raison de moi et je m'assoupis, la tête sur l'épaule de mon amoureux.

ooooo

Je sentis qu'on me brassait mollement pour tenter de me réveiller. Si j'avais dormi plus profondément, Edward ne serait pas parvenu à me descendre des bras de Morphée en utilisant si peu de vigueur. Mais sans doute ne voulait-il pas risquer de me faire mal étant donné que j'étais comme une cicatrice ambulante en ce moment.

J'avais dû glisser pendant mon sommeil car ma tête reposait sur les cuisses du comte à présent. Je n'avais pas vraiment envie de changer de position. Il n'y avait rien de plus moelleux comme oreiller, à mes yeux, que les cuisses de mon amant.

« Bella, chérie, nous sommes arrivés au bord de la Méditerranée. L'embarcadère est juste à côté, » murmura Edward en se penchant sur moi pour m'aider à me redresser.

Lorsque je me fus péniblement levée debout, je constatai que le chariot s'était vidé de ses occupants et que les cent et quelques personnes qui faisaient parti du convoi étaient toutes réunies sur l'embarcadère. Je constatai également que le vaisseau des Volturi mentionné par Edward n'était pas du tout le galion que j'avais imaginé. C'était une caravelle à peine plus imposante que celle à bord de laquelle j'étais montée la semaine précédente.

Edward me prit dans ses bras pour me descendre de la charrette, et une fois qu'il m'eut déposée au sol, sans plus attendre je courus retrouver Alice et Rosalie à quelques mètres de distance, et Jasper par la même occasion car c'est lui qui tenait Alice dans ses bras en attendant le moment de monter à bord du bateau. Edward vint nous rejoindre et je remarquai la mine sombre qu'il partageait avec Jasper.

« Cette caravelle n'est pas du tout conçue pour traverser un océan, Edward, » soupira Jasper. « J'ai peine à croire qu'elle m'ait déjà servi lors de mes voyages jusqu'à Candie… »

« Et pourtant, c'est bel et bien ce vaisseau que tu utilisais, Jazz, après avoir décidé que tu ne voulais plus te risquer à traverser un coin de la France et toute l'Italie par voie terrestre, » confirma le comte de Morvalle. « Mais tu as raison, Jacob ne pourra pas traverser l'Atlantique avec une embarcation si peu spacieuse. Il va falloir nous arrêter à Marseille et trouver mieux. »

« Bof, ça ne devrait pas nous faire perdre tellement de temps puisque c'est sur notre chemin de toute façon, » commenta l'ancien bourreau des Volturi.

« Et dans combien de temps serons-nous à Marseille, alors? » Demanda Alice d'une petite voix inquiète.

Elle avait l'air d'une poupée de chiffon dans les bras du grand gaillard. Comme j'ignorais où se situait le domaine des Volturi sur une carte géographique, j'étais incapable de répondre à sa question.

« Nous devrions mouiller l'ancre à Marseille demain à la tombée du jour, Alice, » lui dit Edward. « Et si cela peut vous rassurer, sachez que nous avons assez de provisions pour sustenter tout le monde jusque là. »

C'était bon à savoir, et d'ailleurs ça me fit réaliser que j'étais affamée. Je n'avais pas remangé depuis notre visite chez Carlisle au milieu de l'après-midi, et à présent il passait minuit.

Justement je m'avisai que les anciens esclaves avaient tous pris place sur des caisses vides à l'entrée du débarcadère et qu'ils étaient en train de casser la croûte avant de monter à bord. Je repérai Esme et Carlisle parmi la multitude de gens, mais je ne vis Jacob nulle part. Je fis signe à Rosalie que j'allais rejoindre ma nounou et je la laissai discuter avec Alice, Jasper et Edward. Il me semblait avoir aperçu Emmett en train de transporter des provisions à bord de la caravelle.

« Carlisle, qui s'occupe d'entretenir ce vaisseau quand les Volturi n'en font pas usage? » M'enquis-je en approchant du père d'Edward.

« Et bien, en principe c'était un des mercenaires qui s'en chargeait… jusqu'à aujourd'hui. »

« Quoi? » S'exclama Esme en se tournant vers le docteur. « Veux-tu dire que Jasper et Emmett sont déjà passés par ici plus tôt dans la journée? »

« Mais oui, tout à fait, chère amie. C'est d'ailleurs parce qu'ils avaient beaucoup de lieues à parcourir qu'il fallait qu'ils quittent le château avant l'aube ce matin. »

Décidément, faire la chasse à tous ces types qui rôdaient un peu partout sur les terres des Volturi n'avait pas dû être de tout repos…

« Je ne vois pas Jacob. Où donc se cache-t-il? » Demandai-je, vaguement angoissée.

« Il est allé faire l'inspection de la caravelle avec Tanya, » m'informa ma gouvernante. « Ça fait déjà un petit moment, d'ailleurs. Je me demande si cette fille ne l'aurait pas entraîné dans quelque recoin pour lui sauter dessus… »

Carlisle passa un bras autour de ses épaules et elle émit un petit soupir de contentement. « Ah, Esme, c'est une très bonne chose ce qui arrive à ces deux-là, » lui dit-il d'une voix feutrée. « Ils vont pouvoir se réconforter mutuellement. Tanya est très heureuse à l'idée d'aller refaire sa vie en Nouvelle-France avec Jacob. Et les autres filles du harem ont décidé de les suivre elles aussi, de même que la plupart des anciens esclaves mâles. Tout semble aller pour le mieux de ce côté-là. »

Je réalisai que j'avais complètement oublié de demander à Jasper combien il avait neutralisé de mercenaires avec Emmett, mais je ne le voyais plus nulle part lui non plus, et j'avais juste envie de monter à bord de la caravelle et d'aller m'étendre quelque part pour dormir tout mon content. Je m'étais pris un morceau de fromage et un bout de saucisson pour calmer ma faim, mais maintenant je tenais à peine sur mes jambes; j'étais épuisée.

Finalement Emmett et Edward commencèrent à faire monter les gens à bord, en s'excusant du fait que le bateau manquait d'espace et de confort, néanmoins le mot avait circulé entre les anciens prisonniers que demain soir nous allions faire escale à Marseille pour fréter un navire plus gros. Ceux qui voudraient aller leur propre chemin auraient également l'opportunité de le faire à ce moment là. Sans trop savoir comment, je me retrouvai dans une cabine avec Rosalie, Kate, Irina, Angela, Jessica, et d'autres filles que je connaissais moins. Je savais qu'Alice allait demeurer sous la surveillance de Carlisle et Jasper, et donc je ne m'étonnais pas qu'elle soit absente de notre petite assemblée. Tanya finit par venir nous rejoindre, mais beaucoup plus tard, alors que j'étais sur le point de m'endormir. Elle était toute échevelée et ses vêtements étaient visiblement de travers. Elle ne chercha même pas à cacher ce qu'elle venait de faire, en l'occurrence s'envoyer en l'air avec mon laquais. Jacob avait dû la laisser repartir afin de pouvoir se charger du premier quart aux commandes de la caravelle, avec quelques hommes qui avaient offert de l'aider. J'avais jeté un rapide coup d'œil au pont du navire avant de descendre dans la cabine, et j'avais vu qu'il y avait assez de voilure pour tenir plusieurs hommes occupés toute la nuit.

Les conversations des autres filles partageant l'espace restreint avec moi se firent de plus en plus lointaines et indistinctes, et après quelques minutes je n'entendis plus rien et je m'évadai dans un sommeil profond.

ooooo

Tel que prédit par Edward, nous entrâmes dans le port de Marseille au coucher du soleil le jour suivant. Je n'y avais jamais mis les pieds auparavant, mes parents considérant qu'il s'agissait d'une ville de perdition, et craignant qu'en m'y emmenant en visite j'y subirais une mauvaise influence. Comment réagiraient-ils, me demandai-je, en sachant ce qu'il était advenu de moi au cours de la dernière semaine dans un endroit en apparence beaucoup plus tranquille que cette ville portuaire dans laquelle je déambulais maintenant avec Edward? L'ironie de la situation me fit sourire.

Aidé par Carlisle et Emmett, Edward avait vite fait de trouver un navire de location, et il avait payé grassement la compagnie de fret afin que celle-ci le lui cède pour une durée indéterminée. Tous les affranchis qui voulaient repartir à neuf dans les colonies devaient se rejoindre à minuit sur les lieux de mouillage du galion. Oui, le navire frété par les comtes de Morvalle était bel et bien un galion cette fois-ci. Avant de monter vers le nord-ouest dans les terres, nous devions retourner chez mes parents afin qu'Edward puisse demander ma main à mon père. Par conséquent, nous allions continuer à naviguer jusqu'en Camargue avant de faire nos adieux à Jacob et au reste des anciens captifs.

Edward et moi nous étions séparés du groupe pour aller manger un vrai repas dans un des nombreux établissements qui longeaient le port. Nous avions besoin de retrouver un semblant d'intimité. Rosalie, Emmett, Jasper et Alice n'avaient pas tenté de s'imposer. Eux aussi allaient sans doute s'isoler pour les deux ou trois prochaines heures.

Mon bien-aimé avisa une auberge qui avait l'air bondée et m'entraîna à l'intérieur. Il y avait effectivement beaucoup de monde dans la salle à manger, mais nous réussîmes malgré tout à trouver une table libre dans un coin. Tandis que nous nous dirigions vers ladite table, j'entendis plusieurs des clients attablés – surtout des hommes – siffler sur mon passage. Si j'avais pensé que ma tenue de voyage masculine allait éloigner les regards de ma personne, je m'étais complètement leurrée. C'est tout le contraire qui était en train de se produire alors que toutes les têtes se tournaient dans ma direction. Cela était on ne peut plus intimidant. J'entendis certains des dîneurs marmonner entre eux, et d'autres se faire moins discrets.

« Mince alors! C'est toujours les mêmes qui ont droit aux plus belles filles! »

« Je suis sûr que celle-là cache un corps de déesse sous son accoutrement de mec… »

« Hé, beauté! Viens donc un peu ici que je t'offre un verre… »

Edward finit par se tourner vers celui qui avait prononcé cette dernière phrase et il me sembla l'entendre grogner comme une bête sauvage. L'autre changea d'expression et retourna à ses affaires.

Lorsque nous fûmes installés à la table, je fis remarquer, « Tu aurais peut-être mieux fait de me transporter dans un sac et de me nourrir en cachette. »

Mon amant me lança un regard à la fois joyeux et désabusé.

« Ce n'est pas l'envie qui me manque de te prendre aux mots, ma chérie. Ces types ne méritent décidément pas le spectacle que ta vue leur offre. Tu es trop belle pour ton propre bien, et je suis l'homme le plus chanceux de la planète d'avoir l'honneur de partager cette table avec toi en ce moment. »

« Edward, tu es impayable si on songe que bientôt c'est notre vie toute entière que nous allons partager, » pouffai-je en sentant mon cœur se gonfler à cette pensée. Puis, tout à coup, les allusions de Randall et d'Alistair me revinrent à l'esprit. « Au fait, j'attends toujours que tu me donnes des éclaircissements à propos de ton "passé trouble"… »

Edward leva les yeux au ciel et soupira profondément. « Bella, je t'ai pourtant dit que les propos de Randall portaient à confusion. Mon passé n'est pas trouble, il est juste embarrassant. »

Je fronçai les sourcils. « Je ne te suis pas. Je croyais que tu étais fier de ton travail auprès des Volturi même si, honnêtement, beaucoup de gens pourraient te juger négativement à ce sujet. »

« Il ne s'agit pas de ça, » poursuivit le comte en faisant un signe au tenancier de l'établissement. « Vois-tu, les deux premiers jours que j'ai passés à Volterra, je les ai passés au village des esclaves mâles. C'est la raison pour laquelle je ne me gène pas pour être familier avec eux. »

« Hein? Tu as déjà été un esclave des Volturi? » Demandai-je, incrédule.

L'aubergiste se présenta à notre table et Edward lui commanda du rôti de porc et une bouteille de vin avant de répondre, « Il se trouve que Carlisle avait pris les devants pour pénétrer dans l'enceinte de la ville. Emmett et moi traînions encore sur le chemin en dehors de Volterra lorsque nous avons été attaqués par trois mercenaires qui avaient justement affaire au château pour parler avec Aro. Ils nous ont pris par surprise et assommés, et la première chose que j'ai réalisée en revenant à moi, c'était que j'étais enfermé dans une baraque puante avec des fers aux chevilles et aux poignets. Il en allait de même pour mon frère. Quand les autres esclaves sont rentrés au bercail ce soir-là, ils ont ri un bon coup à nos frais parce que nous n'arrêtions pas de leur rabattre les oreilles avec nos titres de noblesse. Nous étions plus jeunes et très arrogants, je dois bien l'admettre. Mais ils ont moins ri lorsque, deux jours plus tard, on est venu nous chercher pour aller rencontrer les seigneurs de Volterra qui, dans l'intervalle, avaient offert à notre père le poste de médecin particulier. C'est aussi à ce moment là que nous avons découvert ce qui se tramait à l'intérieur même du palais et offert nos services comme dresseurs d'esclaves sexuelles. »

Je ne voyais pas vraiment ce qu'il y avait de gênant dans le récit d'Edward, à moins qu'il me cachât certains détails, mais de toute façon le commentaire que j'aurais voulu lui faire pour lui signifier que je sympathisais avec lui resta coincé dans ma gorge, car à cet instant précis je crus que j'étais victime d'une affreuse hallucination et je mis ma main devant ma bouche pour ne pas crier.

« Qu'est-ce qu'il y a, Bella? J'ai dit un truc qui t'a offensé? » S'inquiéta Edward en voyant ma réaction.

Mais je ne le voyais plus et je ne l'entendais plus. Mon attention était totalement rivée sur un individu qui marchait lentement dans notre direction. Et pour cause. Le type qui s'approchait de notre table était le même type qui avait fait intrusion dans le rêve bizarre que j'avais eu lorsque j'avais bu une trop forte dose d'opiacés deux jours plus tôt. Il s'agissait de Mike Newton, duc de Cresson d'Alembert. Si j'avais une idée si précise de lui, c'est que j'avais reçu un petit médaillon en or avec une miniature de lui à l'intérieur. Et s'il se dirigeait vers nous, ce n'était sûrement pas par hasard non plus. Lui aussi savait à quoi je ressemblais; un immense portrait de moi lui avait été livré quelques mois auparavant.

Je rougis à la pensée que le peintre commissionné pour faire le portrait en question avait insisté pour que je dénude un de mes seins pendant les séances de pose, histoire d'en mettre plein la vue à mon futur époux… Le sieur Newton connaissait par conséquent beaucoup de ma physionomie malgré qu'il ne m'ait finalement jamais eue dans son lit. Mon Dieu, si Edward venait à apprendre ça, il serait sûrement furieux…

« Edward, » finis-je par articuler faiblement, « cet homme qui se dirige vers notre table, et bien c'est… c'est le duc de Cresson d'Alembert… »

Edward tourna la tête pour voir de qui je parlais. Il aperçut le lieutenant du roi et fronça les sourcils. « Par tous les diables, mais pourquoi ton ancien fiancé est-il venu se perdre ici? Il aurait pu choisir d'aller du côté de la Canebière s'il cherchait à se divertir… »

« Il n'est pas au courant de mes déboires, » réfléchis-je à voix haute. « Il s'apprêtait peut-être à aller demander des comptes à mes parents. Cela aurait du sens. Il faut moins de deux jours pour naviguer d'Ajaccio jusqu'ici… il m'a vue et il m'a reconnue. »

Soudain, je n'avais plus faim du tout, et je me fichais d'attendre une heure pour manger du rôti. J'aurais voulu me lever et courir vers la sortie de la salle. Je baissai la tête pour ne pas affronter le regard de l'homme que j'étais censée marier une semaine plus tôt jour pour jour. Il nous avait rejoints à présent. Il y avait une chaise inoccupée et il la tira pour s'asseoir sans nous demander la permission. Cela augurait très mal pour la suite des événements.

« Qui vous a donné le droit de vous asseoir à notre table, monsieur? » Demandai-je en essayant d'avoir l'air outrée au possible.

« Ne jouez pas les innocentes avec moi, mademoiselle la marquise, ça ne fonctionne pas, » répondit Mike de but en blanc et d'une voix trop aiguë pour être plaisante. « Dites-moi donc plutôt ce que vous faites ici, dans un trou pareil, alors que je vous ai attendue à Ajaccio pendant plusieurs jours… »

« Ho là, monsieur! » l'interrompit le comte de Morvalle, « Pour qui vous prenez-vous pour vous adresser aussi insolemment à une dame, et une dame de la noblesse en plus? »

« J'ignore qui vous êtes, mais cette affaire ne vous concerne pas, manant! » Reprit le duc. Il avait le même ton arrogant que dans mon rêve, l'enfoiré. « Quant à vous, mademoiselle de Courville, si je ne vous avais pas reconnue tout de suite, je n'aurais jamais pu vous imaginer faisant partie de l'aristocratie. À vous voir ici avec ce rustre, on jurerait que vous êtes une pute en mal de clients! »

Ce type était ignoble. Et il croyait qu'Edward était un plébéien juste parce qu'il ne portait pas de chemise à manches bouffantes comme la sienne. Je décidai de jouer la carte du sarcasme pour voir s'il était un imbécile en plus d'être un goujat.

« Oh, mais je suis bel et bien une pute, monsieur le duc de Cresson. C'est juste que mes parents n'ont pas eu le temps de vous prévenir de ma fugue à Marseille où j'ai commencé récemment à faire le trottoir. Vous savez aussi bien que moi que les nouvelles entre la Camargue et la Corse peuvent prendre du temps à circuler, n'est-ce pas? »

Edward décida que lui non plus ne pouvait se laisser insulter par le conseiller militaire du roi. « Vous dites vraiment n'importe quoi, monsieur le duc. Je ne suis pas un manant, et encore moins un client de mademoiselle Swan. Vous devriez avoir honte de dire qu'elle a l'air d'une prostituée, surtout avec des vêtements d'homme sur le dos… »

« Je vous ai dit de vous mêler de vos affaires, sale bourgeois, » le coupa Mike. « J'ai le droit de dire ce que je veux à la marquise de Courville parce qu'il se trouve qu'elle devrait déjà être ma femme à l'heure actuelle, sacrebleu! »

« Dans tes rêves, connard d'enculé! » Ne pus-je me retenir de lui lancer à la figure. « Je n'ai aucunement l'intention d'épouser un type qui passe son temps à coucher avec les anciennes maîtresses du roi! »

« Qui t'a raconté ça? » Demanda le duc d'Alembert, oubliant toutes ses bonnes manières et s'adressant à moi comme si j'étais vraiment une fille de joie rencontrée dans la rue.

« C'est mon père qui s'est chargé d'informer la marquise de Courville de vos petits vices secrets dont tout le monde en réalité est au courant à Versailles, » répondit Edward à ma place. « Voyez-vous, monsieur Newton de Cresson d'Alembert, mon père ainsi que mon frère et moi-même faisons aussi partie de la noblesse. D'ailleurs, je suis certain que vous avez déjà entendu parler des comtes de Morvalle puisque mon père, le docteur Carlisle Cullen, est très apprécié de votre cher ami Louis XIV. »

« Ah, je vois! Tu es le fils de ce toubib qui avait soigné le roi après un malaise digestif lors du fameux banquet chez le Prince de Condé. Il y a longtemps que le roi n'a pas entendu parler du comte de Morvalle père. Je me demande bien pourquoi… Mais revenons à cette chère Isabella Swan, si tu veux bien…heu… »

Mike Newton cherchait visiblement à savoir le prénom du comte.

« Je m'appelle Edward, mais je voudrais surtout que vous cessiez de me tutoyer, monsieur le duc. Après tout, je ne crois pas que nous ayons jamais partagé les mêmes maîtresses… »

« Ha! Ha! Très drôle. Et puis-je vous demander, alors, ce que vous faites avec ma fiancée? »

« Isabella n'a pas l'intention de vous épouser, monsieur Newton. En fait, puisque vous tenez tant à le savoir, je m'en allais justement demander sa main à son père, » répondit Edward en m'attrapant la main par-dessous la table et en m'adressant son sourire le plus charmeur.

« J'ai bien peur que cela ne soit pas possible, monsieur de Morvalle, » répliqua l'officier du monarque sur un ton faussement contrit.

« Ah bon? Et pourquoi donc, cher ami? »

C'était un peu frustrant de les entendre échanger à mon sujet comme si je n'étais pas là, ou comme si j'étais un simple objet qu'ils étaient en train de négocier.

« Le mariage entre la marquise de Courville et moi-même est une affaire déjà arrangée. Et sachez que j'ai payé très généreusement le marquis pour faire de sa fille mon épouse… »

« Espèce d'ordure! » M'exclamai-je avec rage.

Je crachai dans la direction du duc. Il reçut ma salive sur la manche de sa chemise et sortit son mouchoir pour s'essuyer.

Edward en profita pour remarquer, « Autant vous mettre en garde tout de suite, monsieur d'Alembert. La marquise de Courville a des manières de sauvageonne. Êtes-vous certain de savoir dans quoi vous vous embarquez avec elle? »

Je savais qu'il voulait juste tester son interlocuteur, sinon j'aurais aussi craché dans sa direction en l'entendant parler de moi ainsi.

« C'est tout réfléchi, monsieur le comte. Sa beauté et sa conduite au lit vont largement compenser pour ses défauts de caractère, » continua Mike.

« Mais… vous ne pouvez pas savoir à l'avance comment elle se comportera dans votre lit, monsieur le duc. Quant à sa beauté, elle a un visage remarquable, certes, mais que savez-vous du reste de sa physionomie? »

Je voulais disparaître six pieds sous terre. Et j'étais rouge de honte à présent. Je me doutais parfaitement de ce que le lieutenant du roi allait répondre à Edward.

« Vous n'êtes pas sérieux, comte? Lorsqu'une jeune fille est assez émancipée pour poser à moitié nue devant un peintre, vous devez bien vous douter qu'elle ne peut pas être farouche au plumard. »

« Intéressant, monsieur Newton, » commenta Edward d'une voix feutrée. « Vous venez de répondre à mes deux questions dans une seule phrase. Toutefois, j'en aurais une autre à vous poser, si vous le permettez. »

« Au point où nous en sommes… »

« Étiez-vous en route pour aller rendre visite au marquis de Courville et lui demander des comptes au sujet de sa fille? »

« Si fait, je voulais savoir pourquoi Isabella ne s'était pas pointée au rendez-vous fixé la semaine dernière, et tenter d'élucider la situation, » expliqua Mike.

« La situation demande des éclaircissements, en effet, puisque j'ai moi aussi l'intention d'épouser la marquise, » réitéra mon amoureux.

« Il n'est pas question que je retourne chez mes parents, Edward! » M'emportai-je. « Ce que mon père a trafiqué dans mon dos est inqualifiable et impardonnable. Débrouille-toi pour lui faire entendre raison et dissoudre cet engagement avec le sieur Newton qui a l'air de me confondre avec une potiche! »

« Vous pouvez hurler tant qu'il vous plaira, belle dame, mais que vous le vouliez ou non, vous deviendrez ma femme, et avant longtemps par-dessus le marché. J'ai payé trop cher le droit de vous posséder, et je n'ai pas l'intention de laisser un obscur aristocrate de province avoir le dernier mot. »

« Si c'est uniquement une question d'argent, le comte de Morvalle fera une contre offre à mon père. Il est très riche, et contrairement à vous, il est amoureux de moi et n'a pas sa réputation à sauver, lui! » Lançai-je dans une dernière tentative pour faire comprendre à Mike Newton qu'il perdait son temps.

« Calme-toi, Bella, » me dit doucement Edward. « Il n'est pas question que tu m'accompagnes chez ton père dans les circonstances actuelles. Je n'ai pas envie de te voir lui sauter dessus et essayer de l'étrangler pour t'avoir ni plus ni moins vendue à cet homme assis à notre table. Tu vas plutôt commencer tout de suite à monter vers le nord-ouest avec tes amies, ta nounou, le reste des Cullen et Jasper. Quant à moi, je vais embarquer avec Jacob comme prévu et je vais me rendre au domaine de tes parents pour leur faire part de ce qui s'est passé au cours de la dernière semaine… »

« Et que s'est-il passé, exactement, au cours de la dernière semaine? » Interrompit le duc de Cresson.

« Vous l'apprendrez en même temps que les parents d'Isabella si vous tenez vraiment à plaider votre cause auprès de ceux-ci. Mais je vous préviens, j'ai plusieurs atouts dans mon jeu. Vous risquez de perdre la face. »

« C'est plutôt vous qui la perdrez, monsieur Cullen, » s'entêta le militaire.

Sur l'entrefaite, l'hôtelier arriva avec notre nourriture et la bouteille de vin rouge.

« Si vous ne désirez pas vous rendre aux Saintes-Maries par vos propres moyens, duc, » conclut Edward, « sachez que mon équipage et moi-même allons appareiller à minuit tapante. Notre galion s'appelle Maître de l'Univers et vous ne pouvez pas le manquer, c'est le plus gros vaisseau en mouillage dans le port en ce moment. Maintenant, si voulez bien nous excuser, notre rôti est en train de refroidir… »

ooooo

Tout se passa très vite après notre rencontre fortuite avec le duc de Cresson d'Alembert. Nous mangeâmes en vitesse et allâmes retrouver Emmett, Jasper, Rosalie et Alice de même que Carlisle et Esme pour leur faire part du changement dans les plans initiaux.

C'est ainsi qu'à l'heure où Edward montait à bord du Maître de l'Univers avec Jacob, Tanya et tous les autres, de notre côté nous affrétions une diligence et sortions de la ville par voie terrestre. Carlisle avait aussi déboursé pour l'achat d'un cheval car il comptait monter directement vers le nord pour gagner Versailles plus rapidement à la place de traverser une partie du Massif Central avec nous. Nous devions attendre Edward à Nîmes, peu importe le temps que cela lui prendrait pour venir nous y rejoindre. Rosalie et Emmett auraient pu monter vers le nord avec Carlisle, mais ma dame de compagnie avait décidé de passer par la Dordogne pour m'aider à m'installer au manoir des Cullen de Morvalle avant de remonter sur ses terres au nord du Massif Central. Quant à Alice et Jasper, ils hésitaient encore entre suivre Rosalie et Emmett et aller vivre dans le manoir des Hale d'Essanges avec eux, ou bien s'installer dans un autre coin de pays. Alice en était venue à détester ses parents pour l'avoir "abandonnée" à huit ans, et elle ne comptait pas reprendre contact avec eux.

Pour ma part, le fait que je n'aie pas voulu accompagner Edward au domaine de mes parents en disait long sur les sentiments qu'ils m'inspiraient dorénavant.

Nous roulâmes sans répit durant toute la nuit sur une route qui reliait justement Marseille à Nîmes, mais nous étions encore loin de cette dernière au petit matin. Emmett et Jasper s'étaient relayés pour conduire la diligence tirée par seulement deux chevaux, et il y avait belle lurette que le comte de Morvalle père nous avait fait ses au revoirs. Dieu que le voyage serait long! Nous avions à peine dépassé l'étang de Berre, m'avisai-je en ouvrant les yeux et en regardant le paysage à travers la petite fenêtre de mon côté de la cabine. J'avais hâte d'être rendue à Nîmes pour pouvoir m'acheter quelques vêtements et trouver un endroit pour me laver. Je me sentais tellement crottée en ce moment! Cela faisait plus de deux jours que je n'avais pas pris de bain à cause de mes cicatrices et de notre départ préparé, mais néanmoins précipité.

Vers le milieu de la matinée, nous passâmes à côté d'un autre plan d'eau et ce fut plus fort que moi, je sentis un désir irrépressible d'aller faire trempette pour me rafraîchir.

« Alice, » demandai-je à brûle pourpoint, « Si nous t'aidions à te rendre jusqu'à ce petit lac que tu vois là-bas, est-ce que ça te dirait de faire saucette? »

« Si, bien sûr, pourquoi pas? Ça fait un bon moment que je n'ai pas pu me laver comme il faut. Depuis lundi, ma foi, » répondit-elle, enthousiaste.

« Rosalie, peux-tu faire signe à Emmett d'arrêter les chevaux? »

Aussitôt dit aussitôt fait. Une fois que le carrosse ne fut plus en mouvement, j'aidai Esme à sortir Alice de la diligence pendant que Rosalie allait expliquer à Emmett et Jasper que nous avions l'intention d'aller nous rafraîchir dans le plan d'eau avoisinant.

« Ah, les femmes! » Soupira Emmett. « Ça ne peut pas passer plus de deux jours sans s'inquiéter de ne pas sentir comme les roses… »

« C'est bon, allez-y, » approuva Jasper, « mais essayez de rester à portée de vue… »

« À portée de vue? » Répétai-je bêtement. « Au cas où Rosalie n'aurait pas été assez claire, Jasper, nous avons l'intention de retirer tous nos vêtements pour aller nous baigner. Nous allons être juste derrière les arbrisseaux que vous voyez là-bas. Allez, venez les filles. Le plus vite nous y allons, le plus vite nous pourrons nous remettre en route. »

Quelques minutes plus tard, nous pataugions toutes les quatre gaiement dans le petit lac. Nous nous étions éloignées un peu pour ne pas être vues des deux hommes qui nous attendaient, encore que ça n'aurait sans doute pas dérangé Rosalie s'ils s'étaient adonnés à la voir dans sa tenue d'Ève. Comme j'avais dit à Jasper que nous n'allions pas perdre de temps, nous nous résignâmes à sortir de l'eau presque tout de suite. Mais quand nous voulûmes remettre les vêtements que nous avions laissés près des arbustes, nous nous rendîmes compte avec stupeur qu'ils n'étaient plus là. Pendant plusieurs secondes nous restâmes immobiles devant les buissons, ne sachant pas trop comment réagir.

« Si c'est une plaisanterie, elle n'est pas drôle, Emmett chéri, » finit par crier Rosalie à l'intention du comte.

Elle était contrariée mais ne semblait pas embarrassée par le fait d'être nue en plein milieu de nulle part. Je pensais que j'allais entendre Emmett lui répondre avec une petite remarque sarcastique, mais à la place un lourd silence s'abattit sur nous.

La duchesse commença à marcher en direction de notre escorte, mais subitement deux hommes sortirent de derrière les bosquets – deux hommes qui ne ressemblaient ni de près ni de loin à Jasper et Emmett. Il y en avait un qui était grand et métissé, et l'autre plus petit avait des cheveux d'un blond délavé qui lui tombaient derrière les épaules. Je poussai un cri de surprise, imitée bientôt par Alice et Esme qui la soutenait pour ne pas qu'elle perde l'équilibre avec sa seule jambe valide. Seule Rosalie demeura calme.

« Espèces de voyeurs, fichez le camp d'ici avant que mon garde du corps ne vous attrape par la peau du cou et ne vous éclate la cervelle! » Dit-elle les dents serrées.

« Est-ce que tu veux parler de cet abruti, ma belle? » Questionna le plus petit des deux hommes, mais qui avait aussi l'air très malin.

Il pointait en direction de la route, et j'aperçus avec horreur les corps de l'ancien bourreau des Volturi et de l'ancien dompteur d'esclaves étendus sur le bord du chemin. Je ne pouvais pas dire s'ils étaient morts ou seulement inconscients. Ils avaient été traînés sur plusieurs mètres derrière la diligence et gisaient à côté de deux chevaux qui broutaient paisiblement. Il devait s'agir des montures des deux maniaques.

« Laurent, aide-moi à ligoter ces beautés. Et vous, mes mignonnes, si vous tentez quoi que ce soit pour nous échapper, je n'hésiterai pas à vous égorger. Tenez-vous le pour dit. »

L'homme aux cheveux longs extirpa un large couteau de son ceinturon, histoire de bien nous faire comprendre qu'il était sérieux.

« Où voudrais-tu qu'elles aillent si nous ne leur rendons pas leur vêtements, James? » Remarqua le grand type qui avait la peau couleur café au lait. « Elles ne vont quand même pas marcher jusqu'à Arles à poil! »

Aucune de nous n'osa protester lorsque les deux hommes entreprirent de nous ligoter les chevilles et les poignets derrière le dos. Nos deux kidnappeurs eurent tôt fait de réaliser qu'Alice n'était pas en condition de se déplacer par elle-même – elle avait toujours la jambe immobilisée dans une attelle de fortune – et Laurent la porta jusqu'au carrosse par-dessus son épaule tandis que le dénommé James nous obligeait à faire des bonds pour rejoindre notre amie. Une fois rendues devant la porte de la diligence, les deux brutes nous bâillonnèrent avant de nous pousser violemment à l'intérieur de la cabine. Laurent monta avec nous et James prit la place occupée auparavant par Jasper et Emmett.

James… Jane.

Alors que j'étais affalée au fond de l'habitacle et que j'essayais de réprimer mes larmes, les paroles de l'intendante du harem me revinrent en mémoire. « Tu sauras que je n'ai pas besoin de rêver à ce genre de truc; j'ai un amant qui adore satisfaire tous mes fantasmes. Il s'appelle James, et c'est un des mercenaires qui travaillent pour Aro… »

Pourquoi n'avais-je pas pensé à demander à Jasper s'il y avait un dénommé James parmi les mercenaires qu'il avait tués jeudi avec Emmett? Aux dires d'Edward, ces hommes étaient des monstres sanguinaires sans foi ni loi… Qu'est-ce que ces deux-là avaient l'intention de nous faire? Et où diable s'apprêtaient-ils à nous emmener?

Edward, où es-tu? Que fais-tu à l'heure où mon destin est en train de basculer encore une fois?

Je vous avais bien dit que nos amies n'étaient pas au bout de leurs peines…

J'ai encore pris quelques libertés dans ce chapitre. La Canebière existait déjà en 1676, mais elle portait un autre nom.

À bientôt pour connaître le dénouement de cette saga qui dure depuis un an maintenant (même si toute l'action s'est déroulée à l'intérieur de dix jours)

Fleur, merci de ta collaboration toujours appréciée.

Erika, toutes mes pensées sont avec toi.

Milk