Titre : Outcast
Auteur : Hitto-sama
Correction : Shirenai
Base : Naruto
Genre : Hitto-sama, AR
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga "Naruto" ne m'appartiennent pas.
Note : Ce chapitre est un peu spécial car c'est plus un cadeau pour mes lecteurs qu'autre chose (mais il fait, bien sûr, partie de l'histoire aussi). Joyeux Noël et tout le tralala.

-¤ Outcast ¤-
Chapitre 22 : Cet été-là

"Félicitations, Itachi."

Une tête qui s'incline poliment, comme si l'enfant piquait du nez après une journée bien chargée. C'était un peu le cas : Itachi était fatigué et il n'avait pas envie de passer sa soirée à entendre son père se gausser de la réussite de son premier fils. Même le sourire doux de sa mère, sa tendre mère, n'allégea pas sa tête. De l'autre côté de la table, derrière les grands-parents maternels, Sasuke semblait bouder. C'était un jour important pour lui aussi, après tout.

"Comment s'est passée ta journée, Sasuke ?"

Le petit frère releva la tête, les yeux grands ouverts, vers Itachi qui lui souriait un peu. Sasuke regarda un instant son père, peu sûr de ce qu'il devait faire, mais répondit tout de même.

"On n'a pas fait grand-chose …
- C'était comme ça pour moi aussi le premier jour, assura Itachi.
- Ah oui, s'exclama la grand-mère paternelle, c'était la rentrée à l'académie aujourd'hui ! Mais Sasuke-chan n'est pas un peu petit pour y aller ?
- Sasuke va avoir huit ans cet été, rappela gentiment Mikoto en déposant un beau plat de légumes sur la table basse."

Elle sourit au petit dernier qui se tortilla un peu sur son coussin. Sa propre grand-mère avait oublié sa rentrée à l'académie, elle aussi n'avait d'yeux que pour Itachi. Sasuke ne savait même pas pourquoi son frère recevait tous les honneurs. Qu'avait-il fait de si important pour que même leur père l'ignore ? Le matin même, lorsque le Quatrième Hokage avait personnellement accueilli les nouveaux élèves, son père s'était contenté d'être là mais Sasuke savait qu'il n'avait pas pensé un instant à lui. Sitôt la petite réunion finie, son père s'était dirigé vers le Hokage et ils avaient discuté quelques minutes alors que Sasuke rentrait en classe. Il ne l'avait pas accompagné comme l'avaient fait les autres parents et il n'avait pas assisté à la première heure de cours, comme les autres. Sasuke aurait préféré qu'Itachi ou sa mère l'accompagne aujourd'hui, ç'aurait été mieux. Ç'aurait été parfait.

Une petite boîte apparut soudainement dans le champ de vision de Sasuke qui releva la tête pour voir sa mère lui sourire. En fait, tout le monde le regardait et attendait visiblement quelque chose de sa part.

"C'est un cadeau pour ta rentrée, chuchota Mikoto."

Sasuke haussa les sourcils tout en remerciant pour le cadeau. Il glissa un regard vers Itachi qui ouvrait lui aussi une boîte en bois fin, un peu plus grande que la sienne. Sasuke s'empressa de faire coulisser le couvercle pour découvrir un set complet de kunai et de shuriken de très bonne facture. Le métal luisait faiblement à la lumière tamisée de la pièce et semblait déjà très aiguisé.

"Sasuke, attrape."

Par pur réflexe, le cadet réceptionna une espèce de boule de papier froissée et difforme assez lourde venant de son grand frère. Itachi n'était vraiment pas soigneux lorsqu'il s'agissait de faire des emballages, pensa Sasuke en cherchant un moyen de défaire l'ensemble sans déchirer sauvagement le papier. Finalement, il dégagea une pierre à affûter toute neuve en complément de ses nouveaux outils. Sasuke sourit à son frère qui fit semblant de ne pas s'y intéresser à cet instant, juste parce qu'il était gêné de se montrer attentionné envers le petit alors que son père le fixait intensément.

Quelques semaines, quelques mois passèrent. En ce début août, Itachi se retrouvait dans le bureau du Hokage. Il ne l'aimait pas vraiment. Uzumaki Tatsumaki était un homme difficile à cerner, même pour l'excellent Uchiha qu'Itachi était. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi tout le monde semblait attiré par cet être humain. On disait qu'il était le plus puissant ninja de Konoha mais Itachi ne l'avait jamais vu se battre. Il avait tué le démon Kyûbi, la belle affaire ! Itachi se souvenait un peu de cette nuit-là : son père était sorti combattre, comme tous les autres, sa mère s'était assurée que Sasuke dormait bien –il n'avait que quelques mois à l'époque – et s'était absentée plusieurs minutes. Itachi savait qu'elle s'inquiétait pour son père malgré la distance qui existait entre eux. Il n'était pas stupide, il voyait bien que ses parents ne s'aimaient pas. Ce n'était qu'un mariage arrangé, une alliance pour produire la meilleure descendance possible. Itachi s'était dit, du haut de ses cinq ans, qu'il ne deviendrait jamais un adulte aussi mauvais que ses parents.

"Tu n'as pas l'air dans ton assiette en ce moment, Itachi."

Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ? Itachi soupira, agacé.

"Je dors mal, mentit-il avec aplomb. Ça me fait toujours ça quand les grosses chaleurs arrivent."

Tatsumaki haussa les sourcils, comme s'il croyait à cette version-là de l'histoire. Itachi n'était même pas honteux d'avoir menti à son supérieur. Ce type, il ne l'aimait pas alors autant ne pas se fatiguer à faire semblant d'être en admiration devant lui, comme tous les autres.

"Non, j'ai plus l'impression que quelque chose te préoccupe.
- C'est pour me faire la morale que vous m'avez demandé de venir ?"

Le Hokage resta impassible, la tête appuyée contre son poing, plus ou moins affalé dans son fauteuil. Itachi avait gaffé et il s'en fichait. Tatsumaki soupira et se détacha de sa place pour aller s'installer devant les grandes fenêtres offrant une vue panoramique de Konoha. Un petit silence inconfortable envahit la pièce quelques instants.

"Ce ne doit pas être simple pour toi. Tu crois être un pion que deux camps veulent utiliser, n'est-ce pas ?"

Itachi en oublia de respirer une seconde. « Tu es l'interface de connexion entre le clan et les dirigeants du village », c'étaient les mots de son propre père à chaque fois qu'Itachi préférait une mission à un quelconque évènement au sein du clan. Le Hokage le savait.

"Tu es un génie, Itachi, déjà chûnin et membre de l'ANBU à seulement treize ans. Mais tu es aussi un enfant, rajouta Tatsumaki en se tournant vers l'adolescent.
- Je suis shinobi avant tout, contra Itachi.
- Tu n'as pas à subir les erreurs que les adultes autour de toi font.
- N'insultez pas le clan Uchiha, Hokage-sama.
- Sinon quoi ? se moqua Tatsumaki. Ce n'est pas le clan Uchiha qui gère Konoha, c'est moi. Si je trouve que les Uchiha en font trop dans leurs propres intérêts et en oubliant ceux du village, il est de mon devoir de les rappeler à l'ordre.
- Alors c'est ça, fit Itachi d'une voix grondante, c'est ça que vous vouliez me dire : qu'il est temps pour le clan Uchiha de retourner à sa place !
- Non, répondit le Hokage en haussant les épaules. Je t'ai demandé de venir pour te donner un ordre de mission un peu particulier.
- Tuer les membres du clan ? cracha Itachi."

Le Quatrième observa un instant le regard froid d'Itachi et sut qu'il était prêt à le faire, peut-être n'attendait-il que ça : se débarrasser de la pression que représentait le clan. Tatsumaki n'avait jusque-là pas envisagé les choses sous cet angle et ça le dérangea un peu de savoir qu'il était passé à côté de pareille montagne de haine. Il se targuait d'être fin psychologue et voilà qu'il oubliait complètement qu'un adolescent, ninja ou non, se sentait forcément accablé de toutes parts à cette période de sa vie. Itachi ne faisait pas exception : il considérait que le clan Uchiha l'étouffait. Il se rebellait bêtement face à l'autorité.

"Et si c'était le cas ?
- Je le ferais, répondit calmement Itachi.
- Voilà un jeune terroriste en herbe !"

Itachi serra les poings, faisant craquer quelques articulations. Tatsumaki lui sourit dangereusement.

"Tu en as envie, n'est-ce pas ? continua le Hokage. Tu veux te débarrasser de ce clan et de ce village qui gâchent ton talent mais tu ne peux pas, tu n'es pas assez fort et tu le sais. Qu'attends-tu pour acquérir cette puissance, Itachi ?
- Je ne vois pas de quoi vous parlez, cracha l'adolescent.
- Fugaku-san ne t'a pas parlé du Mangekyô Sharingan ?"

Un sourire victorieux face à un visage blême. Tatsumaki voyait très nettement qu'Itachi réfléchissait à toute vitesse mais ses pensées revenaient forcément à une seule question : pourquoi ne lui avait-on rien dit ? Le Hokage s'adossa contre une fenêtre et glissa ses mains dans les poches, beaucoup plus neutre que la seconde précédente. Un léger sourire jovial incurvait ses lèvres.

"Le Mangekyô Sharingan est le nom que l'on donne à un autre type de Sharingan, bien supérieur au commun. Je suis sûr que tu n'exploites déjà pas à cent pour cent tes yeux alors je comprends pourquoi ton père ne t'a rien dit. Et puis, ce serait dangereux de te laisser obtenir ce genre de force, tu ne crois pas ?"

Itachi ne répondit pas tout de suite. Sa colère s'était transformée, elle était à présent beaucoup plus lourde, beaucoup plus sourde et plus violente encore.

"Vous m'avez fait venir pour me montrer mes faiblesses ? demanda Itachi en fixant le sol.
- Non, en fait c'est une mission bête et méchante : je trouve qu'il y a beaucoup de tension en ce moment entre Uchiha et Hyûga, j'aimerais que tu enquêtes là-dessus. Après tout, tu es bien placé pour savoir ce qui cloche.
- Vous me demandez de trahir mon clan ?
- Je te demande de faire ton travail : obéir aux ordres du Hokage, rectifia Tatsumaki en haussant les épaules. Comme il serait suspect que tu reçoives de l'argent pour rien, car bien sûr toutes ces informations doivent rester entre toi et moi, je te dirai tout ce que je sais sur le Mangekyô Sharingan."

L'adolescent détourna un peu les yeux. Tatsumaki savait que la proposition était très tentante pour lui mais il hésitait quand même à faire l'espion. Son attachement au clan était un peu plus fort que prévu.

"C'est un ord…
- Qu'est-ce que vous ferez avec ces informations ? coupa Itachi en plantant son regard noir dans les yeux du Hokage.
- Tu veux poser une condition, comprit Tatsumaki. Je t'écoute, rajouta-t-il après un petit silence."


"I-ta-chi-cha-n !"

Des épaules qui s'affaissent en un soupir silencieux. Shisui descendit en trottinant les escaliers menant à un petit ponton au dessus d'un lac près du quartier Uchiha. Itachi était là, assis au bout, regardant les eaux calmes. Son cousin s'accroupit à côté de lui.

"Ma tante m'a demandé de venir te chercher, le dîner est prêt depuis un moment.
- Tu squattes encore, marmonna Itachi.
- Mon vieux déprime depuis que maman est morte. C'est à peine s'il bouffe quand je suis pas là. Ma tante veille juste à ce que je mange correctement de temps en temps.
- T'as dix-sept ans, tu es chûnin, barre-toi.
- En abandonnant mon vieux à son triste sort ? C'est tentant."

Shisui s'assit finalement à côté d'Itachi. Ses pieds effleuraient la surface de l'eau.

"Mais je pourrais pas. C'est mon père.
- Tu ne seras jamais un bon ninja si tu n'es pas capable de tuer ta famille sur ordre du Hokage, fit Itachi en s'allongeant sur le bois sec.
- Tu dis des choses effrayantes, répondit Shisui en écarquillant les yeux. Tu pourrais ?
- J'attends que ça."

Shisui frissonna et ce n'était pas à cause de l'humidité très relative de cette fin de journée d'été. Il inspira profondément tout en écoutant le son sourd de la grosse cloche du temple Nakano qui annonçait la fermeture des portes pour la nuit.

"Tu sais, Itachi, mon père parle dans son sommeil."

Pas de réponse.

"Il parle vraiment, c'est pas juste quelques mots à cause d'un cauchemar."

Pas de réponse.

"Et quand on lui pose une question, il y répond.
- En quoi ça me concerne ? soupira Itachi, agacé.
- L'autre nuit, je l'ai entendu parler. Je m'étais levé pour aller aux toilettes, le truc con par excellence. Et je l'ai entendu. Il ne s'est pas réveillé quand je suis rentré dans sa chambre ni quand je me suis assis à côté de son futon. Il disait « Itoko, Itoko, ma pauvre Itoko ». Itoko, c'était le prénom de ma mère. Alors je lui ai demandé : pourquoi Itoko est morte ? Il m'a répondu que c'était l'idée de son frère."

Un soupir. Sa voix était un peu crispée.

"Mon vieux a deux frères : oncle Fugaku et oncle Fukujirô. A ton avis, lequel des deux a tué ma mère ?
- Ce ne sont que des paroles d'un homme dépressif et endormi, grogna Itachi. Ça n'a aucune valeur.
- Tu crois ? fit Shisui sans espoir. Moi je pense plutôt que j'ai loupé quelque chose. Je ne suis pas convié aux réunions du clan ces derniers temps, toi tu n'y vas pas parce que tu as trop de travail, alors il n'y a que Jûjirô qui est présent. Il s'en vante même. Je l'ai vu hier et il m'a dit que des choses importantes avaient été décidées dans la nuit de mardi. C'est pas juste que je sois écarté. Je suis aussi le petit-fils de grand-père !
- Comme Sasuke et il ne participe à aucune réunion.
- Il a huit ans, marmonna Shisui.
- J'avais huit ans la première fois.
- T'es un peu particulier, ricana le cousin. T'es le premier fils du premier fils de grand-père, tu as plus de poids que les autres. Oncle Fugaku t'a fait marquer des points en montrant à son père que tu étais capable de suivre malgré ton jeune âge. Moi je n'ai été convié aux réunions que lorsque j'avais quinze ans. C'est plus humiliant qu'autre chose."

Itachi avala sa salive, fixant toujours le ciel où quelques étoiles pointaient le bout de leur nez. Il n'y avait rien de mieux qu'un cousin exclu du clan pour avoir des informations, bien qu'il se fichât de l'état de santé mentale de Shisui. Cependant, il lui fallait jouer finement et lui faire reprendre du poil de la bête ou sinon Shisui allait faire une bêtise.

"Il n'y a pas d'honneur et pas d'humiliation possible, répondit Itachi en se relevant d'un coup de reins. Ce n'est pas ta famille, ton clan, qui décide de ton avenir, c'est le Hokage. Tu vis pour la communauté et grâce à la communauté. Ne mets pas en danger Konoha, ne te préoccupe pas de mourir dignement, oublie ton unité parce que tu es un ninja.
- Je sais tout ça, c'est ce qu'on apprend dès qu'on rentre à l'académie …
- Alors applique ces préceptes et arrête de te prendre la tête avec…
- Itachi, tu es dans les services spéciaux, coupa Shisui. Tu peux demander une enquête.
- « Mon cousin a entendu son père dépressif accuser son frère du meurtre de sa femme durant son sommeil, n'est-ce pas un grand mystère ? », résuma Itachi. N'importe quoi. Je tiens à ma place. Rentrons maintenant, cette conversation est inutile."

Shisui hocha lourdement la tête et suivit son cousin jusque chez lui. Ils dînèrent en silence après s'être faits réprimander par Mikoto pour leur retard et Shisui partit avec un sourire pour sa tante. Chose rare, Itachi aida à faire la vaisselle et Sasuke décida d'en faire autant. Ce fut plus gênant pour Mikoto qu'autre chose, obligée de vérifier l'état de la vaisselle tout en l'essuyant, grattant discrètement les traces restantes.

"Maman ?"

Mikoto en lâcha son verre que Sasuke rattrapa de justesse. Itachi ne l'appelait que très rarement ainsi, préférant généralement le très froid « mère ».

"O-Oui, Itachi ?
- Vous ne m'avez pas parlé de la réunion de mardi soir.
- Mardi soir ? s'étonna Mikoto. Je ne suis pas au courant non plus. Demande plutôt à ton père.
- Une réunion à propos de quoi ? demanda Sasuke en rinçant attentivement une petite cocotte.
- La dernière fois que tu as mouillé ton lit, répondit Itachi en coupant l'eau.
- J'ai pas fait ça depuis très longtemps !! s'empourpra Sasuke. J'ai huit ans, je suis plus un bébé !
- Bien sûr."

Le ton employé par Itachi était parfaitement ironique. Il ébouriffa les cheveux de Sasuke avec sa main pleine de mousse puis se tourna, plus sérieux, vers Mikoto.

"Je peux te demander quelque chose ?
- Bien sûr Itachi.
- J'aimerais que tu demandes au Hokage de me laisser me reposer quelques jours.
- Je ne sais pas si je peux faire ça, répondit fébrilement Mikoto.
- S'il te plaît, insista Itachi. Je suis fatigué."

Mikoto finit par hocher la tête. C'était la première fois qu'Itachi se confiait ainsi et ça la touchait plus qu'il n'y paraissait.


"Des vacances ?"

Ces mots paraissaient effectivement assez curieux dans la bouche du Hokage. Mikoto essayait de sourire tant bien que mal, sa tasse de thé sagement dans ses mains, prête au cas où elle devait boire une gorgée pour cacher son malaise. Tatsumaki avait été ravi de pouvoir échapper quelques minutes à ses responsabilités et ils avaient pris possession d'une petite salle de réunion. Le premier chûnin vu fut aussitôt mandé de préparer du thé au plus vite et d'aller chercher par la même occasion des petites assiettes et des fourchettes pour les pâtisseries que Mikoto avait apportées. Tatsumaki avait plaisanté sur ce pot de vin très efficace.

"Ne dis pas ça comme ça, je suis suffisamment gênée de venir te les demander.
- Mais ce sont des vacances quand même, hésita Tatsumaki. Et demandées d'une façon pas vraiment officielle …
- Itachi est vraiment fatigué, expliqua Mikoto en reposant sa tasse de thé. Ça fait deux semaines qu'il ne dort quasiment pas, il n'a aucune énergie et …
- Ça, c'est normal, fit remarquer Tatsuamki. Et puis c'est un adolescent en pleine croissance avec beaucoup de responsabilités. Je sais que ce n'est pas facile pour lui mais il l'a choisi. En tout cas pour les responsabilités. Ton mari sait que tu es là ?
- Non et il n'a pas besoin de le savoir. Je vais souvent voir des amies l'après-midi et ça ne le regarde pas.
- Des amis masculins ?
- Tatsumaki …, geignit Mikoto. J'essaye d'aider mon fils, facilite-moi les choses !
- On pourrait m'accuser de favoritisme envers le clan Uchiha.
- Itachi est avant tout un membre de l'ANBU. Il n'est Uchiha qu'en dehors de ses missions.
- Oh, enfin une Uchiha qui le comprend ! s'émerveilla le Hokage en s'affalant sur sa chaise. Dieu merci, ça existe.
- Tatsumaki !"

Le Quatrième sourit légèrement à Mikoto.

"Tu n'aurais pas dû venir aujourd'hui.
- Pourquoi ? s'étonna Mikoto.
- Certaines personnes pourraient croire certaines choses qui nous porteraient atteinte, à tous les deux."

Mikoto se contracta involontairement. Evidemment. Beaucoup de gens étaient au courant pour leur amourette adolescente. Qu'elle vienne ainsi quémander quelque chose ne pouvait qu'être suspect.

"Je suis l'épouse de Fugaku maintenant, tout le monde le sait. Et tout le monde sait également que nous nous entendons bien, toi et moi, depuis l'académie.
- Et nous savons tous les deux que tu fais des cachotteries à ton mari l'après-midi."

Mikoto détourna les yeux. Tatsumaki se leva.

"Itachi a une semaine de repos à condition que tu ne viennes plus me voir. Ne m'adresse plus la parole non plus en privé. J'ai assez de problèmes comme ça.
- Tu ne manques certainement pas de culot.
- C'est pour ça qu'on m'aime, répondit-il tout naturellement."

Le Hokage accompagna Mikoto jusqu'à la porte mais elle l'empêcha de l'ouvrir un court instant.

"Tu ne m'as même pas demandé des nouvelles.
- Parce que ça ne m'intéresse pas."

Il ouvrit la porte de force pour tomber nez à nez avec Hyûga Hiashi, très rigide dans ses kimono blancs. Tatsumaki en avait presque oublié sa rencontre avec le chef du clan Hyûga cet après-midi-là. Il se composa un visage très professionnel et poussa un peu Mikoto dans le couloir.

"J'attends les résultats médicaux pour fixer la date du test d'aptitude, apporte-les-moi le vite possible.
- Entendu, Hokage-sama, répondit laconiquement Mikoto en s'inclinant."

Elle salua poliment Hiashi puis partit d'une démarche digne.

"En voilà une surprise, se permit Hiashi en emboîtant le pas à Tatsumaki vers son bureau. Uchiha Mikoto se déciderait-elle à reprendre sa carrière militaire ?
- Tout à fait, assura le Hokage. Elle est jônin après tout, elle a beaucoup d'expérience et elle possède le Sharingan. Ça fait d'elle un élément non négligeable.
- Elle a pourtant eu deux enfants et cela fait quatorze ans qu'elle n'a pas été sur le terrain.
- C'est pour cela que je pensais à elle pour de la formation. Elle resterait au village et pourrait reprendre progressivement ses habitudes.
- Que de précautions pour la femme d'un autre."

Tatsumaki s'arrêta dans le couloir et le sourire de Hiashi disparut aussitôt.

"Je m'occupe aussi très bien de la vôtre, assura le Hokage en souriant."

Hiashi ne put que remercier.


"Grand frère ! Graaaaand frèèèèère !!"

Itachi avait parfaitement entendu Sasuke mais préférait rester seul sur son toit qu'écouter le récit d'une journée d'écolier. La maison de son père avait l'avantage d'être excentrée dans le quartier Uchiha, on pouvait voir beaucoup de toits de là où il était, ainsi qu'un bon nombre de ruelles. Itachi avait surtout une vue directe sur la maison de son oncle Fukujirô. Sa semaine de congés se terminait gentiment et il avait mis à profit ce temps libre pour flâner dans le quartier, dans Konoha et assez souvent vers chez les Hyûga, il fallait l'avouer. Il avait fait un rapport quotidien au Hokage des activités diverses de chacun dans son quartier, préférant trop en dire que pas assez.

La piste Fukujirô semblait être la plus prometteuse. Lui et une petite vingtaine de membres du clan s'étaient réunis chez Fusazô, le père de Shisui, dans la nuit du jeudi au vendredi. Itachi avait bien vérifié : ni son père ni sa mère n'y étaient, ce qui les écartait à première vue d'un quelconque complot. Bien sûr, Itachi ne surveillait pas ses parents en permanence, il ne rentrait même pas dans les bâtiments de la police de Konoha, alors il ne savait pas vraiment s'ils étaient impliqués ou non. Shisui était absent du village, en mission pour deux semaines avec son équipe, instructeur compris, ce qui l'arrangeait grandement. Itachi avait assez à penser comme ça, il n'avait pas envie de manipuler son cousin ou de lui remonter le moral.

Il fallait avouer qu'Itachi s'était pris au jeu involontairement. Ça lui plaisait assez de jouer ainsi sur plusieurs tableaux différents, d'espionner et de réfléchir à toutes les possibilités qui s'offraient à lui. C'était une vraie mission, finalement, avec tout ce qu'il fallait pour l'intéresser. Il ne manquait que quelques combats pour faire bondir son cœur et ce serait parfait. Itachi n'aurait jamais imaginé qu'être un espion de Konoha dans Konoha pour Konoha puisse être si intense.

"Grand frère !!"

Itachi sursauta sur les tuiles et son coccyx lui rappela que l'endroit n'était pas très confortable. Sasuke était accoudé à la fenêtre du grenier qui permettait de passer sur les toits sans prendre d'échelle.

"Qu'est-ce que tu fais ? demanda Sasuke en se rapprochant à quatre pattes.
- Rien.
- Alors tu peux m'aider à m'entraîner ?
- Non.
- On a appris les transformations en cours aujourd'hui, s'enthousiasma le cadet en se mettant debout.
- Je m'en fiche.
- Il faut que je pratique ! clama Sasuke en écartant les bras.
- Débrouille-toi.
- J'ai besoin de quelqu'un pour me dire ce qui ne va pas.
- Utilise un miroir.
- Père ne veut pas que je m'entraîne à l'intérieur.
- Prends un miroir et va dans le jardin.
- Mère ne veut pas que je sorte avec…
- Sasuke, coupa Itachi.
- Oui ?"

Itachi soupira en voyant le regard plein d'espoir de son petit frère qui joignait déjà les mains en signe de prière.

"J'ai soif, capitula le grand frère. Si tu vas me chercher de la limonade, je t'aiderai.
- Mère ne veut pas…
- Alors débrouille-toi pour qu'elle ne soit pas au courant."

Sasuke parut un peu contrarié mais accepta tout de même la mission. Bien entendu, Mikoto surprit Sasuke durant son larcin et l'envoya faire une course en guise de punition. Itachi s'arrangea pour éviter son petit frère jusqu'au dîner –rien de bien compliqué- et fut ravi d'apprendre qu'en plus il devait passer la soirée dans sa chambre pour avoir désobéi. Itachi ne resta pas avec ses parents et prit bien soin de fermer la porte de sa chambre à clef. Il attendit une heure dans le noir puis sortit par la fenêtre. Sans faire de bruit, Itachi se glissa dans la galerie près du grand salon où il savait depuis longtemps qu'il y avait là un passage pour entrer dans le faux plafond. Il y monta sans difficulté et rampa jusqu'à la chambre de ses parents, collant son oreille au bois pour entendre leur conversation.

Itachi voulait aussi savoir ce qui se disait sur l'oreiller dans le couple Fugaku-Mikoto. Il était un peu poussé par sa curiosité d'enfant mais c'était avant tout professionnel. Si ses parents étaient au courant de quelque chose, il devait aussi le savoir. Itachi avait fait exprès, durant le repas, de laisser sous-entendre qu'il avait entendu parler de réunions où le chef n'était pas convié et il savait que ses parents allaient en discuter – ils parlaient tout le temps le soir du dîner.

Mikoto fut la première à venir dans leur chambre. Itachi entendit des tissus froissés et le bruit mat du futon qu'on laisse tomber sur les tatami. Elle se couchait et n'avait d'ailleurs préparé que son lit. Ça n'allait pas fort dans leur couple. Fugaku arriva un bon quart d'heure plus tard et les mêmes bruits se répétèrent. Un peu de lumière filtrait par des petits interstices entre les lattes du plafond. La lumière fut éteinte en silence. On entendit pendant quelques minutes les grillons à l'extérieur et ce fut tout. Itachi savait que les choses sérieuses allaient commencer.

"Pourquoi as-tu envoyé Sasuke se coucher tout de suite après le dîner ?"

Ce n'était peut-être pas ce qu'il attendait mais c'était une manière comme une autre de commencer une conversation, se dit-il en roulant des yeux.

"Il a essayé de prendre un verre de limonade après le goûter, répondit mollement Mikoto.
- Et c'est grave ? Ce n'est que de la limonade.
- M'occuper des enfants est mon travail.
- J'ai pourtant entendu dire que tu avais vu le Hokage pour retourner dans l'armée.
- C'est exact.
- Tu aurais pu me prévenir.
- Désolée.
- Si c'est un problème d'argent, tu sais très bien que…
- Ça n'a rien à voir avec l'argent, coupa Mikoto d'un ton agacé. Itachi et Sasuke sont grands maintenant et je n'arrêterai pas d'être leur mère si je travaille. J'en ai assez d'être enfermée ici à vivre une petite vie d'épouse modèle, si tu veux tout savoir. J'ai envie de reprendre ma vie en main."

Des draps qui se froissent, un corps qui se tourne avec force.

"Ça … ça fait un moment que je veux t'en parler, Mikoto …
- Quoi ?
- Tu voulais avoir une fille, non ?
- …
- On pourrait avoir un troisième enfant.
- Non.
- Tu es encore jeune.
- Je ne veux pas d'autre enfant.
- Dis plutôt que tu ne veux pas de moi."

Une couverture qu'on rejette avec violence, un poing qui tape sur les tatami.

"Je ne veux pas de toi, cracha Mikoto. Je ne veux pas sentir ta peau trempée de transpiration sur la mienne, ni tes mains sur mes seins ou ton pénis dans mon vagin !"

Ce n'était définitivement pas l'entrée en matière qu'Itachi avait attendue.

"Ce mariage est une hérésie depuis le début et tu le sais très bien ! Me faire encore un môme n'est qu'un moyen pour toi de me retenir dans cette baraque ! Je n'en veux pas, Fugaku, je veux respirer. Tu m'entends ? J'étouffe ici !!"

Itachi entendit sa mère quitter la pièce rapidement sans que son père ne cherche à la retenir. Il abandonna sa cachette en silence, retournant discrètement dans sa chambre. Il n'était pas sûr que cette conversation ait un quelconque lien avec l'affaire qu'il surveillait mais il retranscrivit tout de même ce qu'il avait entendu dans son rapport – ça pourrait toujours servir. Il était un peu plus de vingt-trois heures lorsque la porte de la maison coulissa doucement. Itachi abandonna sa série de pompes pour aller dehors et vit sa mère, habillée d'un pantalon et d'un T-shirt noirs– il ne l'avait jamais vue dans cette tenue -, quitter discrètement la demeure. Il la suivit jusqu'à un terrain d'entraînement où il la regarda se fatiguer pour rien, selon lui, jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Elle jouait son rôle, comme le lui avait dit le Hokage. Itachi était au courant. Bien entendu, c'était le Quatrième lui-même qui lui avait glissé l'idée de ces vacances demandées par Mikoto. Cela faisait partie du plan : remettre Mikoto en mouvement augmenterait l'agitation chez les Uchiha et les Hyûga, du fait même qu'elle était venue directement demander une faveur au Hokage, ce qui serait mal interprété par un camp et par l'autre. Elle était comme un catalyseur dans une réaction chimique. Mikoto permettait d'accélérer le processus, le précipitant vers l'état final. Itachi n'imaginait pas encore que l'issue du conflit serait forcément sanglante.

Mikoto rentra un peu avant l'aube mais Itachi ne la suivit pas. Il préféra déambuler dans les rues peu animées de Konoha en attendant que le soleil se lève puis se posta devant le bureau du Hokage pour son rapport matinal. Tatsumaki arriva à six heures piles, sourit à Itachi en lui proposant le petit-déjeuner et prit connaissance des nouvelles non urgentes arrivées durant la nuit alors que l'adolescent donnait des ordres à la place du Hokage pour la préparation de leur collation à un chûnin qui avait fait l'erreur d'être matinal. Lorsque le thé et quelques brioches furent apportés, les deux hommes s'enfermèrent dans le bureau. Comme chaque matin, Tatsumaki ne toucha pas à ce petit-déjeuner, laissant Itachi piocher chichement dans la panière. Le Hokage finit par poser ses feuilles sur un coin de son bureau et regarda Itachi qui s'arrêta de mâcher.

"C'était du très bon travail, Itachi-kun. Tu as rempli ta mission.
- Il me reste encore aujourd'hui pour enquêter.
- Ce n'est pas la peine de poursuivre, Uchiha Fusazô est venu avouer ce qu'il se tramait dans la nuit."

Itachi en ouvrit la bouche de surprise et ne se reprit que lorsque le Hokage se racla la gorge.

"Mais c'est …
- Fukujirô, le cadet des fils d'Uchiha Bûrô, ton grand-père, a tout simplement décidé de renverser à la fois ton père, Fugaku, et le clan Hyûga, expliqua calmement Tatsumaki. Il a fait tuer Uchiha Itoko en faisant croire que c'était un Hyûga le responsable et Fusazô ne l'a pas supporté bien longtemps, bien qu'il soit très proche et attaché à son frère Fukujirô.
- Alors … Oncle Fukujirô …
- … va être arrêté aujourd'hui même pour trahison envers Konoha ainsi que les autres Uchiha responsables de ce remue-ménage. Quant à Fusazô, il a lui-même souhaité avoir la tête tranchée pour les mêmes raisons. Il sera mis à mort ce soir. Et toi, demain matin, tu partiras en mission malgré l'agitation qui régnera au sein de ton clan, parce que tu reprendras tes fonctions de membre de l'ANBU et que tu ne dépendras plus que de mes ordres. Tout le monde trouvera étrange que tu disparaisses soudainement et tout le monde pensera que tu es responsable de cette trahison. Lorsque tu rentreras à Konoha …
- … je prétexterai le manque de confiance du clan en moi pour … quitter le clan, réalisa Itachi."

Ses yeux s'illuminèrent malgré le contrôle qu'il avait sur ses émotions et il ne sut que s'incliner profondément pour témoigner sa gratitude. Alors c'était vrai. Uzumaki Tatsumaki était vraiment ce genre d'homme. Itachi réalisait qu'il n'avait pas besoin de se battre pour prouver qu'il était le plus fort, il n'y avait même pas à en douter. Le Quatrième Hokage était réellement l'homme le plus puissant de Konoha. Grâce à lui, il était enfin libéré du clan et de son poids bicentenaire.

"A propos de ta rétribution, fit innocemment Tatsumaki en faisant rouler une brioche sur son bureau du bout de l'index, pour obtenir le Mangekyô Sharingan, il faut tuer son meilleur ami."

Itachi sentit son cœur battre plus fort soudainement. Il releva les yeux vers le Hokage qui jouait avec la nourriture sans faire attention à ce qui l'entourait, en apparence.

"Je dois …
- Tu trouveras dans la bâtisse centrale du temple Nakano, sous le septième tatami à droite de la pièce du fond exactement, une cache abritant les secrets du clan Uchiha."

Itachi déglutit.

"Je ne connais pas ces secrets, crut bon d'ajouter Tatsumaki. Maintenant rentre chez toi et prépare-toi pour demain. Tu partiras avec ton équipe au lever du soleil."

Le jeune homme hocha la tête et sortit du bureau sans rien ajouter. Tatsumaki prit la brioche en main et la jeta habilement dans la corbeille à papier. Itachi n'aurait pas un comportement normal durant cette journée, il serait le suspect numéro un, ce qui allait parfaitement avec ses plans. A partir du coucher du soleil, ni les Hyûga ni les Uchiha ne se dresseraient plus jamais en travers de sa route. Cependant, il devait s'assurer qu'Itachi ne fasse pas de bêtise et qu'un autre détail soit réglé par la même occasion. Il se mit au travail tout en y réfléchissant.


La journée fut longue et fatigante pour Itachi. Il n'avait pas réussi à dormir une heure ou deux pour compenser sa nuit blanche –il se fatiguait vite à son âge à cause de sa croissance- et avait évité tout contact humain après s'être rendu au temple Nakano où il avait appris beaucoup de choses qui le dépassaient. Le dimanche était incontestablement le jour du déjeuner de famille avec les grands-parents et les oncles. Fusazô était absent à table, tout comme Itachi qui avait prétexté un mal de ventre pour rester dans sa chambre. Mikoto lui avait tout de même apporté du riz et quelques accompagnements qu'il pourrait manger froids puis s'était éclipsée, voyant parfaitement que son fils n'allait pas bien.

Fukujirô, intrigué par l'absence de Fusazô, parut nerveux durant tout le repas, intriguant par la même occasion les autres membres présents. Shisui ne mangea quasiment pas, inquiet de la disparition de son père. Fugaku et Mikoto, faisant le lien entre les allusions d'Itachi durant la semaine et l'étrange comportement de certaines personnes présentes à table, sentaient que quelque chose clochait. Le déjeuner tourna carrément au vinaigre lorsqu'un message urgent venant du Hokage fut apporté à Fugaku. Celui-ci s'excusa et partit aussitôt. Fukujirô fixa Mikoto une longue minute avant de quitter la demeure lui aussi. Le quartier s'agita lorsque la nouvelle se répandit : Fusazô allait être exécuté au coucher du soleil. Fugaku dut faire arrêter cet après-midi-là certains membres du clan, ce qui créa un certain tumulte dans Konoha. Itachi resta dans sa chambre.

Il n'en sortit que lorsqu'il fut sûr que le soleil était bel et bien couché et déambula dans les rues étrangement calmes du quartier. Il n'avait pensé à rien cet après-midi, pas même à ce que le Hokage lui avait dévoilé. Il marchait au radar, évitant les obstacles au dernier moment, ne regardant même pas les rares personnes qu'il croisait. L'adolescent finit par quitter le quartier et se retrouva près du petit lac artificiel alors que les grillons crissaient en un concert assourdissant. Il descendit les marches menant à la berge puis marcha sur le bois dur du ponton. Shisui était là, assis face à l'onde profonde, n'arrivant même pas à pleurer malgré l'envie. Itachi sortit sans même y réfléchir un kunai de sous son T-shirt et le brandit le plus haut possible, retenant involontairement sa respiration.

"Ne te gène pas, renifla Shisui. Je suis foutu de toute façon."

Itachi resta immobile.

"Mon père est un traître, ma mère a été tuée avec son accord. Je suis le fils d'un traître. Si tu me tues maintenant, le clan t'en sera reconnaissant."

Sa poigne se resserra sur son arme.

"Je suis un geai au milieu des corbeaux, hurla-t-il en se retournant. Tu le comprends, ça ?! Il n'y a qu'un pas pour qu'on me confonde avec ces satanées pies de Hyûga et qu'on m'accuse aussi de trahison !! Si ce n'est pas toi qui me tues, ce sera forcément quelqu'un d'autre !!"

Itachi reprit sa respiration et baissa son kunai. Shisui le regarda d'un air désespéré, le suppliant du regard de mettre un terme à ses jours.

"Itachi, fais ça pour moi ! Tu es mon meilleur ami alors, je t'en prie, fais ça pour moi !!
- Tu n'es pas mon meilleur ami. Tu es mon cousin, c'est tout."

Il lâcha son kunai qui se planta dans le bois du ponton et tourna les talons, fébrile. Shisui hurla derrière lui et pleura enfin. Itachi savait qu'il n'aurait pas le courage de se suicider, il n'était pas assez fort pour ça. Lorsqu'il arriva sans trop savoir pourquoi, au bureau du Hokage, la porte s'ouvrit dans un halo de lumière réconfortante. Tatsumaki était là, devant lui, lui souriant tristement. Il lui ébouriffa les cheveux et l'invita à entrer.

"Ça va aller Itachi, assura-t-il d'une voix douce. Tu n'es pas comme lui."

Itachi eut un hoquet, renifla un peu et Tatsumaki l'autorisa à pleurer en silence en le prenant dans ses bras. Le gamin agrippa le manteau blanc comme une bouée de sauvetage.

"Tu as fait le bon choix, Itachi-kun."


Il était parti à la tête de son équipe au lever du soleil, comme convenu, quatre jours plus tôt. Itachi ne savait pas qu'à Konoha, quelques Hyûga avaient été impliqués dans l'affaire Uchiha. Il ne savait pas non plus que ces accusations étaient fausses, tout comme il ignorait que certains Hyûga voulaient une vengeance pour réparer l'injure que les Uchiha leur avaient faite. Itachi s'occupait l'esprit avec autre chose : un déserteur et pas l'un des moindres, Hoshigaki Kisame lui-même. Recherché pour avoir tenté un coup d'Etat au Pays de l'Eau avec quelques autres compagnons, il avait été repéré prêt du mont Myoboku. Konoha avait été avertie tout de suite et avait envoyé des hommes en temps voulu puisque le déserteur restait sur le territoire du Pays du Feu. Itachi et ses quatre subalternes attendaient depuis plus de quarante-huit heures le moment propice pour l'attaquer mais la garde de cette montagne de muscles était inébranlable.

Itachi pensait qu'il se savait suivi. Kisame n'avait pas dormi mais ne semblait pas non plus fatigué ou amoindri – certainement des pilules de soldat -, c'en était agaçant. Il avait bien lu sa fiche de renseignement dans le Bingo Book mais les informations ne faisaient pas légion. Le rapport disait grosso modo qu'il se battait préférentiellement avec son sabre Samehada –le gros truc dans des bandages semblant peser une tonne, selon Itachi- et avec des techniques Suiton mais qu'il pouvait aussi se servir de Dôton et Raiton à l'occasion. Un bourrin, en avait déduit le capitaine dès la première heure en voyant Kisame arroser un buisson d'un puissant jet d'urine en soupirant de bien-être.

Il se savait suivi et en jouait. Kisame les avait baladés près de la frontière du pays, certainement pour tester leurs réactions. Evidemment, s'il quittait le territoire du Feu, les ANBU devraient rebrousser chemin, ne pouvant s'introduire dans un autre pays pour ce genre de mission – fichu règlement. Cependant, Kisame ne quittait pas le pays et semblait plus attendre lui aussi le bon moment pour une confrontation. Itachi revit sa classification : c'était un bourrin dangereux adepte du combat ; certainement pas un junky à l'adrénaline puisqu'il n'avait vraisemblablement pas tué depuis qu'il était dans le Pays du Feu, ce qui amoindrissait un peu les risques, mais suffisamment sûr de lui pour pouvoir provoquer cinq membres des sections spéciales de Konoha. Donc pas un agneau. Et puis il était un peu trop bleu pour pouvoir prétendre au rôle d'agneau.

La nuit était tombée depuis un bon moment. Kisame s'était arrêté au bord d'une rivière honorable avant le coucher du soleil et avait pêché son dîner qui cuisait à présent au-dessus d'un beau feu de camp, répandant des odeurs agréables pour qui n'avait mangé que des barres de céréales complémentées de pilules et d'un peu d'eau depuis quatre jours. Itachi et ses hommes étaient entraînés à résister à ce genre de futilités qu'était un bon repas mais c'était toujours désagréable de voir la cible bien manger tandis que les ANBU se contentait de nourriture déshydratée qui comblait effectivement leurs besoins nutritifs mais ne remplissait guère l'estomac. Et pas question de boire de l'eau pour combler le vide : la vessie était l'ennemi numéro un des ninja en mission délicate.

Deux des cinq ANBU dormirent un peu sur ordre du capitaine qui se laissa à aller à somnoler par périodes intermittentes. Ce n'était pas suffisant pour se reposer pleinement mais il pourrait encore tenir le coup de cette manière quatre jours de plus. De toute façon, en tant que capitaine, Itachi n'avait qu'à coordonner les actions de ses hommes. Ce ne serait pas lui qui attaquerait Hoshigaki et personne ne recevrait de félicitation pour leur mission. Ils ne faisaient que leur travail, ça n'avait rien d'admirable en soi. Il fallait cependant qu'ils arrivent à tuer ce type. Les pertes humaines n'importaient pas, du moment qu'Itachi revenait à Konoha avec la tête du thon géant – il n'avait jamais vu un vrai thon de sa vie et il doutait fortement qu'il y ait une quelconque récompense mais il aimait le surnom.

Le feu crépitait doucement à une trentaine de mètres. C'était un son presque inaudible mais, en se concentrant un peu, on pouvait tout de même l'entendre. Itachi regardait vaguement Kisame se curer les dents avec une brindille, affalé à même le sol et la tête reposant sur son baluchon. Samehada était plantée dans la terre molle de la rive, juste à la bonne distance pour la récupérer au plus vite. Bourrin, dangereux et prudent. Itachi guettait le moindre signe de là où il était. Le déserteur allait bien se fatiguer à un moment où à un autre. L'idéal aurait été qu'il se fatiguât avant eux mais la chance n'était pas toujours du côté des gentils. Itachi pouffa discrètement mais s'attira tout de même le regard curieux d'un homme au masque de singe. Il fit signe que tout allait bien et l'homme retourna à sa surveillance. Ils avaient bon dos, les gentils.

L'aube pointait lorsque Itachi fut réveillé par la seule femme de l'équipe. Hoshigaki n'était plus là, il venait de disparaître. Itachi sauta immédiatement en hauteur, se rattrapant à une branche basse d'un gros arbre alors que sa camarade se faisait littéralement déchirer en deux au niveau de la taille par les dents acérées de l'énorme Samehada dans une courbe circulaire quasiment parfaite. La lame frappa l'arbre qui craqua sous le coup et Itachi quitta son perchoir pour se retrouver au sol, sabre au clair. Un rapide tour d'horizon lui fit remarquer qu'un autre membre de l'équipe manquait à l'appel, l'aigle. Un autre, le singe, se tenait prêt, non loin d'Itachi. Il se déplaçait prudemment pour échapper au prochain coup qui lui serait certainement fatal s'il restait à sa place. L'ours devait être quelque part dans les arbres. Il avait ordre de ne pas se montrer tant qu'Itachi ne l'appelait pas en cas de combat. Kisame rigola d'une voix qui ne lui allait pas très bien, un brin trop acide et aiguë pour sa carrure.

"Cinq ANBU dont un môme. Je pensais que je valais mieux que ça."

Personne ne répondit, ce qui fit rire un peu plus Kisame. De longues minutes passèrent sans que personne ne bouge. Itachi savait que c'était dangereux d'entamer dans la configuration actuelle : ils étaient encore en vue de la rivière. Vu ce qui était écrit dans le Bingo Book, Hoshigaki pouvait parfaitement raser ce petit coin de forêt avec un raz de marée provoqué par une technique Suiton quelconque. Il était vrai qu'avec deux membres en moins, les statistiques n'auraient pas amené à parier sur les ANBU. L'aigle et la carpe étaient les cartes maîtresses de cette mission, des spécialistes en Suiton et attaques à très longues portées, alors les voir manger les pissenlits par la racine était un tout petit peu agaçant pour Itachi. Dire qu'ils s'étaient prétendus ANBU.

Sans qu'Itachi ne comprenne tout de suite pourquoi, l'ours s'écroula au sol en poussant un hurlement. Le capitaine tourna à peine la tête et déjà se jeta au sol pour éviter le sabre. Itachi disparut dans le sol alors que Kisame plantait solidement ses jambes dans la terre et pivota sur lui-même, donnant de la force à sa Samehada qui fit se reculer le singe. Cependant, le clone aqueux qui avait tué l'ours arriva soudainement dans le champ de vision du singe et il ne put rien faire sinon encaisser le coup qui lui arracha une bonne partie des intestins. L'imposant sabre se chargea de la tête qui vola en aspergeant de sang l'herbe jusqu'à un petit buisson de ronces. Kisame essuya quelques gouttes de son visage et planta Samehada dans le sol.

"Sors de là, gamin. Je serai gentil avec toi."

Itachi était à une dizaine de mètres déjà, derrière un imposant tronc d'arbre. Il n'avait pas prévu ce foutoir. Pourquoi des ANBU tombaient comme des mouches face à un seul type ? Ce n'était pas normal. Il se laissa glisser contre le tronc en silence, retirant son masque de loup. Il avait chaud, de la sueur perlait sur son front. Ça non plus ce n'était pas normal. C'était le moment de la journée le plus frais, il ne devrait pas faire plus de quatorze ou quinze degrés Celsius, ce qui était tout à fait normal pour un début de matinée de juillet. Son cœur battait aussi étrangement vite malgré la respiration calme qu'il avait adoptée. Il essaya d'activer ses Sharingan mais sa vision resta parfaitement normale, quoiqu'un peu floue. Itachi paniqua un peu, déglutit difficilement, manquant de salive. Ce qu'il avala avait un drôle de goût. Il comprit soudainement. Une fine brume blanche recouvrait le sol sur une bonne cinquantaine de centimètres, ce qui passait pour normal à cette heure-là mais elle n'était pas normale : la brume était empoisonnée.

"Ah, tu étais là."

Itachi vit soudainement un clone aqueux se former en aspirant la brume aux alentours et se dresser de toute sa hauteur devant lui. Le capitaine de l'équipe disparue voulut partir mais il sentait que ses mouvements n'étaient pas aussi vifs que d'habitude. Le clone le rattrapa sans difficulté et le plaqua violemment contre l'arbre qui trembla des racines jusqu'à sa frondaison. Itachi en eut le souffle coupé un court instant. Le vrai Kisame se rapprocha de sa démarche placide, Samehada sur l'épaule, l'air satisfait. Il regarda en détails le gosse se tenant devant lui et lui sourit sympathiquement.

"T'es pas vieux toi. T'as quoi ? Onze, douze ans ?
- Treize, cracha Itachi.
- Vraiment ? fit Kisame, étonné, en essayant d'estimer la taille de l'adolescent avec sa main. T'es plutôt petit pour ton âge.
- Je sais !"

Kisame pencha la tête sur le côté et soupira. Il annula son clone aqueux d'un signe. Itachi se réceptionna au sol, récupéra un kunai dans sa poche d'arme et se rua contre son adversaire qui l'esquiva en se déplaçant d'un pas.

"Viens te battre ! défia Itachi en se retournant.
- Non, répondit Kisame en haussant les épaules."

C'eut pour effet de faire trembler de rage Itachi qui lança une volée de shuriken que Kisame dévia avec sa large Samehada.

"Ecoute, gamin, je n'ai pas l'intention de me battre contre toi.
- Alors je vais te tuer !!"

Il fonça à nouveau vers Kisame qui l'esquiva une fois, deux fois et lui balança un coup de pied dans le sternum à la troisième tentative. Itachi roula au sol, le souffle coupé et quelques côtes cassées en prime. Malgré tout ce qu'il disait, tout ce qu'il avait appris et tout ce qu'il avait réussi à faire jusque-là, il se sentait pitoyable. Il aurait dû terrasser son adversaire, pas se faire rétamer d'un coup de pied. Une main bleue arriva dans son champ de vision et Itachi répondit à son premier réflexe : il la mordit jusqu'au sang. Kisame serra les dents mais laissa le môme le mordre si ça lui plaisait. Le poison faisait de toute façon effet et assomma Itachi quelques minutes plus tard, le plongeant dans un profond sommeil.


Le feu crépitait à nouveau lorsque Itachi rouvrit les yeux. C'était lui qui avait la tête posée sur le baluchon et une couverture aux odeurs d'iode et de transpiration le recouvrait des pieds au menton. Il voulut se lever mais ses côtes le lui interdirent. Kisame était là, assis pas très loin, un sommaire bandage autour de la main droite, regardant les flammes d'un air fatigué.

"Achève-moi, cracha Itachi.
- Je ne tue pas les enfants.
- Je ne suis plus un enfant !
- T'es pas majeur en tout cas.
- Je suis shinobi, qu'importe mon âge !"

Kisame secoua la tête d'un air navré. Itachi chercha ses armes qu'il ne trouva bien entendu pas. Son adversaire n'était pas stupide, rajouta-t-il à sa liste. Kisame se rapprocha du feu et sortit prudemment de sous une couche de cendres autour du foyer des patates douces qu'il tendit à Itachi. Itachi qui les refusa.

"Tu comptes mourir de faim ?
- Etouffe-toi avec."

Le déserteur pouffa involontairement et rit plus franchement en voyant le gosse s'échiner à lui lancer des regards noirs. Kisame éplucha à moitié sa pomme de terre et mordit à pleines dents dans le tubercule un peu farineux. Ce fut le calme plat pendant un bon moment, jusqu'à ce que l'estomac d'Itachi crie famine. Il n'accepta cependant une patate froide qu'après deux heures de concert gastrique. Il la mangea avec difficulté et manqua de s'étouffer plusieurs fois, ce qui réveilla ses côtes. Kisame lui conseilla de dormir et Itachi obéit en ronchonnant.

Le lendemain matin, il se réveilla avant Kisame. Il put se relever suffisamment pour attraper un caillou dans les environs et visa la tête du déserteur avec succès. Kisame grogna et se tourna simplement de l'autre côté. Itachi le regarda méchamment et décida qu'il se fichait de la douleur – il était ninja, pas une fillette. Il se leva donc en marmonnant des insultes et marcha pieds nus jusqu'à la lisière de la forêt où il soulagea sa vessie. Lorsqu'il revint au campement, Kisame s'étirait en tous sens, faisant parfois craquer des articulations, ce qui fit avait le don de faire grincer Itachi des dents.

"Rends-moi mes armes, ordonna Itachi en croisant les bras sur son frêle torse bandé très serré pour que ses côtes ne jouent pas aux osselets.
- Arrête de te fatiguer, merdeux, bâilla Kisame en faisant rouler ses épaules.
- Je ne suis pas…
- Oh si tu l'es, coupa le déserteur d'une voix grondante. Ma patience a des limites, jeune homme !"

Itachi parut successivement honteux, sceptique puis carrément outré, ce qui fit rire à nouveau Kisame. Il remonta les jambes de son pantalon au-dessus des genoux et partit faire trempette dans la rivière, se lavant sommairement le visage, la nuque, les aisselles et les bras. Une fois de retour sur la terre ferme, il remit rapidement de l'ordre dans ses affaires et rendit ses armes à Itachi qui s'empressa de pointer un kunai vers la gorge de Kisame.

"On va faire un marché, gamin. Tant qu'on reste en vie toi et moi, on s'entraide.
- Va crever !!"

Kisame s'écarta de la trajectoire et fit même un croche-patte à Itachi qui s'affala par terre, souffrant comme jamais.

"Je t'ai laissé en vie, informa l'adulte en se penchant vers Itachi.
- Tu n'es pas capable de me tuer !
- Tu me dois quelque chose.
- Je te laisse aussi en vie, répondit crânement l'adolescent en se relevant.
- Je suis sûr qu'un informateur serait utile à Konoha. Et je ne demande pas grand-chose : juste qu'on me foute la paix le temps que je refasse une santé à mon compte en banque – parfaitement légalement, il va sans dire, après tout je dois rester sage un moment, le temps que les affaires se tassent. Ça marche ?
- Ce n'est pas à moi d'en décider, marmonna Itachi. Il faut l'accord de Hokage-sama et s'il ne veut pas, je reviendrai pour te tuer.
- On n'en est pas encore là, ricana Kisame.
- Il me faut une garantie.
- Ce que tu veux, fit naïvement le déserteur en haussant les épaules. Pas ma tête, rajouta-t-il en voyant Itachi ouvrir la bouche d'un air triomphant."

L'adolescent soupira lourdement et réfléchit calmement à sa réponse quelques minutes. Il claque des doigts, comme si c'était évident.

"Tu seras mon meilleur ami.
- Quoi ? demanda Kisame qui ne comprenait visiblement pas.
- T'occupes. Accepte, c'est tout."

Itachi tendit la main au déserteur qui la serra en retour, sur ses gardes. Ils se séparèrent quelques minutes plus tard, l'un se dirigeant vers le cœur des montagnes, l'autre vers Konoha. Peut-être qu'un sourire flottait sur les lèvres d'Itachi, à ce moment-là.


"C'est du bon travail, Itachi-kun."

La poitrine d'Itachi se gonfla d'orgueil et ses côtes lui rappelèrent qu'il ne devait pas trop frimer pour le moment. Le Hokage était content de son travail, bien qu'il eût perdu les membres de son escouade – ce n'était que des ANBU, pas de quoi en faire un drame, lui avait dit le Hokage.

"Cet informateur nous sera utile, assura Tatsumaki. Il doit encore avoir des contacts à Kiri ou avec d'autres membres de Sept Sabres. Ça peut nous servir, suivant comment tournent les choses.
- Cela ne posera aucun problème, Hokage-sama ? Nous devions le tuer, après tout.
- Ça fait partie du jeu, sourit le Quatrième. Tant qu'il reste dans le Pays du Feu, les attaques venant de ninja autres que de Konoha seront considérées comme une intrusion sur le territoire que nous protégeons, ce qui peut avoir de graves répercutions au niveau politique. Sa tête ne vaut pas autant de problèmes, même pour Kiri.
- Et Konoha peut faire semblant de le chercher de temps en temps pour calmer les autres nations, c'est ça ?
- Tout à fait. Tu comprends vite, Itachi-kun, c'est un bon point."

Itachi remercia en s'inclinant un peu mais se reprit vite à cause de sa blessure.

"J'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer à présent, Itachi-kun.
- Une mauvaise nouvelle ?
- Oui. Certains membres du clan Hyûga étaient de mèche avec ton oncle Fukujirô pour le renversement du chef du clan Uchiha. Ils ont été arrêtés aussi mais ça a été très mal pris. Ils ont cru que les preuves étaient fausses et que cette histoire n'avait été montée que pour les discréditer. Les choses ne se sont pas bien passées du tout par la suite.
- Que s'est-il passé ?"

Tatsumaki sourit faiblement, comme s'il était vraiment navré.

"Avant-hier, un petit groupe de Hyûga a pénétré le quartier Uchiha durant la nuit. Et ils ont tué pour se venger de l'injure qui leur avait été faite."

Itachi semblait calme mais Tatsumaki savait qu'une véritable tempête se déchaînait dans le crâne du gosse. Il se leva de son fauteuil pour s'approcher d'Itachi, posant sa main sur son épaule avec compassion. C'était trop facile, en y repensant. Il n'avait qu'à faire le type qui le soutenait, c'en était ridicule de facilité. Tatsumaki ferma un court instant les yeux, pour ne pas rire.

"Ils ont tué ta mère, Itachi-kun. Mikoto-san est morte."


La maison était plongée dans un silence irréel. Itachi restait là, dans l'entrée, fixant le vide. Il entendait les pleurs de la famille et sentait l'encens capiteux même à cette distance. Itachi ne sut pas combien de temps il resta là, debout, incapable de franchir l'entrée ni d'enlever ses chaussures. Les membres de sa famille commencèrent à partir et on murmura son nom dans le petit attroupement. La seule à lui sourire fut une jeune femme, une cousine assez éloignée, au haut front dégagé et aux yeux mélancoliques – Mariko, s'il se rappelait bien. Son père arriva finalement pour accueillir son fils et Itachi s'inclina pour la première fois devant son géniteur, même si ça lui faisait mal, dans tous les sens du terme.

"J'aimerais vivre à l'extérieur du clan, lâcha Itachi en fixant le sol."

Fugaku soupira profondément.

"Tu as pensé à Sasuke ?
- Je pense d'abord à vous, père. Je suis à peine arrivé et j'entends déjà des rumeurs sur mon compte. Laissez-moi vivre à l'extérieur du clan, père, jusqu'à ce que je prouve ma valeur.
- Je sais que tu n'y es pour rien, Itachi. Si tu pars maintenant, ce sera suspect."

Itachi se releva. Il n'avait pas prévu que son père fasse la tête de mule pour ça. Il y avait des moments où Itachi le détestait vraiment. Une pensée fugace traversa son crâne : pourquoi ce n'était pas lui qui était mort à la place de sa mère ? Itachi s'inclina à nouveau, pour cacher son visage qui se tordait de colère.

"Laissez-moi vivre à l'extérieur du clan, père. Si ce n'est pour vous, faites-le pour le clan !"

Fugaku ferma douloureusement les yeux. Il ne se sentait pas bien et voilà qu'Itachi lui aussi, son premier fils, son héritier, demandait à partir. Lui aussi connaissait ces rumeurs. On disait qu'Itachi était mêlé à toute cette affaire, qu'il avait un lien particulier avec le Hokage. Fugaku le savait, quelque part : Itachi n'avait jamais vraiment appartenu au clan. Sans Mikoto qui représentait bien plus l'autorité parentale que lui, Itachi serait intenable. Il valait mieux le laisser partir le temps que les choses se tassent, même si cela comprenait des risques. Il fallait gérer un problème à la fois. Fugaku finit par hocher la tête, donnant ainsi son accord à son fils.

Fin août, Itachi s'installa seul dans un appartement confortable en plein centre de Konoha, après que ses côtes se furent remises. Il avait à peine treize ans. Il était chûnin. Il était capitaine d'une nouvelle équipe d'ANBU. Il savait que Kisame était désormais sous la protection de Konoha et qu'il était lui-même sous l'aile du Hokage. Il apprit l'année suivante l'existence du jinchûriki Naruto et le rencontra quatre saisons plus tard pour la première fois. Quant à la suite de l'histoire, vous l'avez déjà entamée.

A suivre…

Notes
Voilà qui éclaircit certainement la relation entre Tatsumaki et Itachi, comme promis. Je suis navrée de faire de Tatsumaki un salaud mais c'est comme ça. De toute façon, je sais que vous l'aimez :p
N'oubliez pas de laisser une review. C'est Noël pour tout le monde, hein ...