Chapitre 283 : Arrestation ? (Le 13 octobre 1889)

La nuit avait été calme, sans autre incident. Par mesure de sûreté, j'avais accompli quelques rondes afin de m'assurer que personne ne viendrait en troubler une nouvelle fois la quiétude.

Si le comte n'avait pas eu des douleurs au niveau de ses côtes, je l'aurais envoyé quérir les hommes d'Ellington à ma place tandis que j'aurais gardé un œil sur nos deux fermiers. Ici, pas le choix, je devais y aller moi-même. Avant que le soleil ne se lève, je partis avec la jument arabe en direction du manoir du comte.

Une fois arrivé au petit galop dans la cour – allure que la jument tenait depuis une lieue, déjà – je sautai du cheval sous les regards interrogatifs des deux lads qui se tenaient là et leur tendis les rênes.

– Dessellez la jument et bouchonnez là vigoureusement, ordonnai-je au plus jeune. Un shilling pour toi si le travail est bien fait. J'ai besoin de parler à votre maître, le comte Ellington.

Le plus jeune couvrit la jument avec la couverture que j'avais roulée à l'arrière de la selle et le plus ancien s'appuya sur le manche de sa fourche.

– J'vous r'connais, vous, z'êtes le m'sieur de Londres qui est venu innocenter l'fils de n'ot maître. Z'êtes resté ici quelques jours, avec vot'associé. Sonnez à la porte, l'majordome vous ouvrira.

Ce fut à grands pas que je pénétrai dans la salle à manger où la table du petit-déjeuner avait été dressée. Ellington était un lève-tôt, je le savais bien et l'homme de la maison était déjà en train de régler le sort de ses toasts à la marmelade d'orange. Hélène et Louis se trouvaient à table, eux aussi. Le fils du comte ne s'y trouvait pas.

Tous furent surpris lorsque le domestique annonça mon entrée et je la fis avant même qu'il eut terminé de dire mon nom.

– Mes hommages matinaux, fis-je en m'inclinant.

– Monsieur Holmes ? me répondit avec étonnement le comte. Dieu du ciel, que se passe-t-il ?

– Sher... monsieur Holmes ! se reprit de justesse Hélène, manquant de s'étrangler avec son café. Il est arrivé quelque chose de grave ?

– Bonjour, Sherlock, déclara nonchalamment Louis en me souriant. Mes œufs à la coque te manquaient ?

– Ainsi donc la rumeur disait vrai, sourit le comte en nous regardant, Hélène et moi. Vous vous connaissez, tous les deux. Enfin, devrais-je dire « tous les trois ».

– Madame la comtesse et moi avons des connaissances communes, déclarai-je afin de ne pas en dire plus et ne pas alimenter les rumeurs scabreuses.

– En effet, acquiesça Hélène en inclinant la tête. Nous avons des connaissances communes, ce qui m'a permis de croiser sa route et de pouvoir discuter avec lui. J'ai toujours apprécié le travail que monsieur Holmes accomplissait pour certains, rendant leur liberté aux innocents et mettant hors d'état de nuire les coupables. Que de vies sauvées.

Le comte Ellington rougit faiblement d'avoir eu des pensées malhonnêtes sur une quelconque histoire en moi et Hélène. Quant à moi, je trépignais sur place, n'étant pas ici pour alimenter les potins mondains.

– Désolé, s'excusa-t-il en toussotant de gêne. Vu que l'on m'avait raconté que vous aviez sauté sur votre cheval en apprenant que monsieur Holmes venait de quitter l'auberge.

– Depuis les années que je n'avais plus eu l'occasion de discuter avec lui, se défendit Hélène, je ne voulais pas manquer de lui signaler que je me trouvais dans le pays.

– En voyant la tête d'enterrement que monsieur Holmes tirait à son retour de promenade, avant d'aller chez vous, j'avais pensé autre chose, formula le comte avec prudence. Je m'en excuse.

Bien que n'ayant pas le temps de tergiverser, il me fallait tuer la rumeur dans l'œuf.

– Madame la comtesse m'avait appris de bien mauvaises nouvelles au sujet d'une personne que j'estime beaucoup, commençai-je. De plus, bien avant son mariage, elle connaissait l'épouse du professeur Stanford, ainsi qu'un avocat, qui est le parrain de l'enfant qui se trouve à table. Certaines enquêtes m'ont amené à devoir m'en remettre à l'érudition de ces deux hommes. Nos routes se sont croisées bien souvent. Pour le reste, vous savez que je suis marié avec mon travail et je n'ai pas envie que d'autres sentiments interfèrent dans mon travail. Ni de vaines paroles. Je ne suis pas ici pour deviser gaiement mais parce que j'ai besoin de vos gens avant que des coupables ne s'évaporent dans la nature.

Le comte Ellington se redressa vivement et j'eus toute son attention.

– Dites-moi, m'enjoignit-il.

– Un de vos hommes devra envoyer la police à la ferme de monsieur Shelley avant d'envoyer un médecin à la maison du comte Trebaldi. Rien de grave, ajoutai-je vivement en voyant Hélène me regarder vivement. Juste vérifier que ses côtes ne sont pas cassées ou fêlées. Pour le reste, je vais emmener quelques gens avec moi afin de prévenir toute tentative de cacher ou faire disparaître les preuves. Il est sans doute trop tard, mais je n'aurais pas osé laisser la maison sans surveillance, alors que le comte n'était pas capable de se défendre seul.

– Phillip ! ordonna le comte. Demande aux palefreniers de faire seller les chevaux. Fournissez un frais pour monsieur Holmes.

– Qu'il prenne le mien ! cria Louis. Je suppose que je ne peux pas aller avec vous...

– Tu supposes bien, rétorquai-je en sortant de la pièce à grands pas.

Les hommes firent le travail assez vite, préparant les chevaux, envoyant un cavalier au village le plus proche avec les consignes à donner aux policiers.

Ainsi, muni de six solides gaillards, je me mis en route, juché sur Pharaon. Nous ne ménageâmes pas les chevaux, alternant le trot et le galop dans le but d'arriver le plus vite possible. L'homme de tête était du coin depuis son enfance et c'était à lui qu'était revenu la tâche de nous guider en utilisant tous les raccourcis possibles et imaginables.

Une fois à proximité de la ferme, nous mîmes pied à terre, sauf deux cavaliers qui restèrent en selle pour le cas où les deux hommes fuiraient dans deux directions différente.

Les quatre autres m'accompagnèrent silencieusement, ayant reçu pour consigne de leur maître de m'obéir en tout point.

En entendant les vaches meugler de faim, je compris que le nid était vide et que les deux hommes étaient partis. C'était compréhensible. L'agresseur savait que nous n'allions pas tarder à venir chez son frère et les deux brigands avaient fui comme des lâches. Ils avaient eu le temps de prendre de l'avance, mais leur arrestation serait du ressort de la police.

L'endroit était donc désert, hormis la grande chienne qui était venue tout de suite vers nous, avec un air menaçant, faisant reculer les grands gaillards derrière moi. Sans crainte, je l'avais appelée et elle était venue me faire de la fête et me sautant dessus. Malgré ma haute taille, elle avait posé ses deux pattes sur mes clavicules. Si j'avais eu la taille de Watson, elle les aurait posées sur mes épaules. Cela promettait pour le chiot d'Elizabeth !

Deux hommes montèrent vers l'étable et revinrent bien vite avec les mauvaises nouvelles.

– L'est pas là, m'sieur, me signala le plus grand des deux, un homme roux qui possédait des rouflaquettes. L'a même pas trait ses vaches au matin ! Le lait coule de leurs pis. Elles gueulent parce qu'elles ont faim et que personne ne s'occupe d'elles. Faudra que Sam reste pour les traire, sinon elles vont avoir de l'infection...

Je ne répondis pas et me dirigeai vers l'endroit où j'avais aperçu ce qu'ils ne voulaient pas que je voie. Les traces ne laissaient aucun doute, ils l'avaient retirée et cachée ailleurs. Les hommes n'avaient pas bougé d'un millimètre, me laissant exécuter mon travail en paix. Il m'avait été impossible de distinguer des traces de pas à l'entrée de la ferme, le sol était sec et avait été foulé par des bêtes. Pourquoi fuir quand on n'a nulle part où aller ? Ils devaient bien se douter que la police les rattraperait un jour.

Une intuition me traversa en regardant la chienne.

– Cherche ton maître ! lui ordonnai-je sans savoir si elle en était capable. Cherche !

L'animal redressa ses oreilles, jappa bruyamment et partit en direction de la maison.

– Bien essayé, m'sieur Holmes, rigola le dénommé Sam, un homme courtaud aux bras puissants. Mais la chienne ne sait pas suivre une piste.

D'un coup de museau, elle ouvrit la porte qui était entrebâillée et je la suivis à l'intérieur. Il y régnait un sacré capharnaüm, comme si plus personne n'avait mis de l'ordre depuis un certain temps. La table n'avait pas été débarrassée et comprenait encore les reliefs du repas du soir. La chienne continua son chemin, se retournant fréquemment afin de s'assurer que j'étais toujours là. Les yeux rivés au sol, j'essayai de trouver des traces de pas sur les carrelages ébréchés de toute part. Ils étaient crasseux et j'y trouvai deux belles lignes, faites par les talons des chaussures qui avaient raclé le sol, ainsi que les marque que des mains avaient laissé sur le sol.

M'emmenant dans la pièce suivante, elle se tint toute joyeuse aux côtés de son maître, ligoté, bâillonné et assommé. Elle posa sa grosse patte sur la jambe de l'homme et la fit bouger tout en couinant.

– Tu es un bon chien, lui signalai-je au passage tout en lui caressant la tête.

L'homme respirait mais était toujours inconscient. Une légère bosse à l'arrière du crâne et sa peau était irritée sous son nez, signe qu'il avait été chloroformé en règle et ensuite traîné jusqu'à cette pièce. Les marques laissées sur le sol venaient de ses talons et de ses mains. Le poussant un peu, j'observai les mains qui avaient été ligotées dans son dos. Elles portaient des éraflures, celui qui l'avait assommé et chloroformé l'avait traîné comme un ballot dans la maison, au lieu de le porter. Vu que le frère saboteur était absent... Cela ne pouvait vouloir dire qu'une chose : la fraternité ne régnait plus entre les deux hommes.

La voix d'un des hommes m'interpella, se demandant pourquoi je ne revenais pas.

– Oh, tout va bien ?

– Oui, répondis-je laconiquement en me redressant.

Je laissai l'homme tel quel et sortis, la chienne sur mes talons car je l'avais appelée. Sortant, je retrouvai les six hommes au milieu de la cour.

– Bien, fis-je en me frottant les mains. Le fermier est ligoté dans une pièce, sans connaissance, et son frère est parti. Restez où vous êtes et attendez les policiers.

Me dirigeant vers l'endroit où j'avais vu ce que les deux hommes voulaient cacher, je m'accroupis pour examiner les traces. L'imposant animal, qui me suivait toujours, ne trouva rien de mieux à faire que de fourrer son énorme museau dans mon cou et de fourrager dans mes cheveux.

– Couché ! ordonnai-je d'une voix autoritaire et la chienne s'exécuta prestement.

Bien, elle me reconnaissait comme son dominant. Poursuivant mon examen minutieux, j'essayai de voir s'ils l'avaient enfoui dans le trou où s'ils l'avaient déplacé en comprenant que je l'avais aperçue. S'ils avaient un tant soit peu de jugeote, ils ne l'auraient pas laissé dans le trou mais déplacée ailleurs et rebouché ensuite la fosse.

Furetant à droite et à gauche, je m'assurai d'abord qu'ils n'avaient pas creusé une autre fosse pour cacher leur méfait. Je me doutais qu'ils n'étaient pas aussi bêtes, mais sait-on jamais ? Le seul autre lieu adapté à ce genre de colis encombrant était le premier endroit où ils l'avaient enfouie, celui que la chienne avait découvert...

N'ayant rien découvert de probant, je me dirigeai vers le tas de fumier. La chienne ne se leva d'un bon pour venir vers moi, je lui criai « Non » fermement et elle se recoucha, les oreilles tirées en arrière.

Il ne nous restait plus qu'à attendre l'arrivée des policiers pour déterrer le cadavre.

Nous attendîmes à l'intérieur et j'en profitai pour ôter le bâillon au fermier qui venait de reprendre conscience.

– Encore vous, satané marquis de je-ne-sais-plus-quoi ! rugit-il quand je lui retirai le bâillon.

– Je ne suis pas le marquis de Montague, lui expliquai-je en souriant. Mon nom est Sherlock Holmes.

– Le gars de la ville qu'a innocenté l'fils du comte Ellington ? cracha-t-il par terre. Fallait qu'tu viennes foutre ton nez dans mes affaires, toi ?

– Vous savez comment je me suis intéressé à vous ? lui demandais-je moqueur. Tout simplement parce que vous avez été assez bête pour lancer des chiots dans les eaux tumultueuses de la rivière !

– QUOI ? hurla-t-il en postillonnant.

Je le regardai avec dégoût, sortis une cigarette de mon étui et l'allumai tranquillement.

– C'est de là que tout est parti.

Ensuite, je sortis afin de guetter l'arrivée de la police. Ils mirent tout de même un certain temps à arriver, emmenés par leur chef, un homme d'assez haute taille, presque comme Watson, mais avec un cou tellement épais qu'il aurait pu faire sortir les boutons de son col rien qu'en inspirant bien fort. Ce n'était pas à lui que j'avais eu affaire lors de mon enquête pour le comte Ellington. Au vu de la tête qu'il tirait, il ne devait pas être de bonne humeur.

– Inspecteur Parker, se présenta-t-il avec une vois de stentor. Êtes-vous monsieur Holmes ?

– En effet, fis-je à mon tour.

– Qu'est-ce qu'on me raconte ? me demanda-t-il abruptement en repoussant son melon en arrière de son crâne. Cet homme du comte me signale que vous avez une affaire importante à me faire découvrir ? Vous seriez une espèce de logicien de Londres... Humf.

Tout était dit. Il se tenait face à moi, l'air important, gonflant son torse comme un coq prétentieux qu'il était, tordant sa petite bouche et plissant ses lèvres. Comme j'étais un peu plus grand que lui, il se dressa sur ses ergots afin de me toiser de tout son mépris.

– Pouvez-vous me dire où se trouve l'épouse de ce brave fermier ? lui demandai-je sans me laisser démonter.

– Je ne connais pas l'épouse de l'homme qui habite ici, me répondit-il agressivement tandis que ses hommes ricanaient dans son dos, se moquant de moi. Si je suis ici, c'est parce que l'homme de monsieur le comte m'a instamment prié de venir vous retrouver. Je pense que le comte Ellington s'est fait mystifier par vous.

– Le comte Trebaldi n'en dira pas autant, lâchai-je de manière doucereuse. La nuit dernière, le frère du fermier a tenté d'incendier ses écuries. Il en fut empêché par l'arrivée inopinée du comte. Malgré tout, il avait réussi à blesser un cheval de grande valeur. Le comte est blessé, c'est pour cela qu'il ne se trouve pas avec moi. Heureusement d'ailleurs, pour la santé du fermier. Le propriétaire des lieux a été assommé, chloroformé et se trouve ligoté à l'intérieur de la maison.

– C'est lui la victime, alors ?

– Non, juste un complice. C'est son frère qui s'est attaqué aux biens et à la personne du comte Trebaldi. Ils ont dû se disputer et le frère cadet est parti après avoir ligoté son frère.

– Et pourquoi aurait-il fait tout cela, monsieur le beau parleur ? me cracha au visage ce petit policier mal élevé.

– Fouillez le fumier et vous trouverez l'origine de tout cela, répondis-je en lui tendant une fourche.

Des pouffements de rire de la part des hommes du comte Ellington me parvinrent dans mon dos.

– Vous devriez l'écouter, annonça un des hommes, un grand brun, palefrenier de son état. Il a tout de même sorti le fils du comte d'un sacré pétrin. Sans lui, il serait en prison ou en route pour l'échafaud. Vos collègues policiers n'avaient pas cherché plus loin que le bout de leur nez.

– Vous ai-je demandé votre avis ? grimaça l'inspecteur Parker, mécontent de recevoir des conseils.

– Pensez à votre carrière, répondis-je avec ironie. Soit vous restez les bras croisés, dans ce cas le mérite me reviendra en entier. Soit vous vous remuez une fois dans votre vie et les honneurs seront pour vous. Une des rares occasions de vous faire bien voir de vos supérieurs.

– Et pourquoi feriez-vous cela ? m'apostropha-t-il avec aigreur, n'ayant pas apprécié que je sous-entende qu'il ne se remuait jamais. Par pure complaisance, sans doute ?

– Ma réputation n'est plus à faire, répondis-je en haussant les épaules. Le Yard frappe à ma porte avec l'énergie du dernier espoir chaque fois qu'ils sont dans une impasse. À croire qu'ils ne savent que se fourvoyer ! Alors, vous creusez ?

L'inspecteur regarda l'imposant tas de fumier, ne sachant pas par où commencer.

– Le fermier pourrait peut-être nous aider, non ? demanda-t-il avec une petite voix. De plus, pourquoi m'avez-vous demandé si je savais où se trouvait sa femme ?

– Retournez le tas de fumier et vous comprendrez, lui expliquai-je avec un petit sourire en coin.

– Son épouse se trouve là dedans ? s'exclama-t-il en enlevant son melon pour se frotter les cheveux.

– Non, c'est là qu'il enterre toutes ses économies, répondis-je avec acrimonie. Bien, puisque c'est ainsi, je vais demander aux hommes du comte Ellington de fouiller. Les honneurs seront pour nous. Allez-y messieurs !

Les sept hommes s'approchèrent de moi et les plus costaux prirent les trois fourches de disponibles.

– On va se relayer, m'sieur Holmes, m'assura Sam. Que deux aillent traire les pauvres bêtes, les deux autres nous aideront pour le tas.

– Attendez ! cria le policier en chef. Faites venir le fermier.

– Ne le détachez pas ! ordonnai-je aux policiers qui n'osèrent pas me contredire.

Deux policiers partirent chercher le fermier. Ils n'étaient plus de première jeunesse.

– Mais comment ? demanda Parker.

Rien que pour le faire bisquer, je restai silencieux, le laissant fulminer à son aise jusqu'à l'arrivée du fermier.

– Ah, m'sieur l'inspecteur, commença l'homme en le flattant. J'suis bien heureux d'vous voir. J'ai été attaqué la nuit et on m'a ligoté. Ces messieurs n'ont même pas voulu me délivrer.

– Il vous accuse d'avoir enterré votre épouse dans le fumier, proclama l'inspecteur. Pouvez-vous nous dire où exactement que l'on gagne du temps ?

Le fermier fit appel à ses talents méconnus d'acteur de seconde zone car il prit une figure étonnée au possible, grimaçant tant et plus que cela en devenait risible.

– Oh, mon bon inspecteur, fit-il en se courbant comme s'il était devant Louis XVI en personne ou la reine Victoria. Je suis innocent ! Comment cet homme qui n'me connaît pas peut-il tenir de pareilles âneries ? Ma femme est partie avec un autre homme, voilà tout.

– Menteur ! le coupai-je. Je savais déjà que quelque chose clochait dans votre ferme, je l'avais remarqué la première fois que je suis venu avec le comte Trebaldi. J'en ai eu la preuve visuelle un peu plus tard en découvrant le cadavre de votre épouse dans la fosse que vous lui aviez creusé. Auparavant, vous l'aviez cachée dans le fumier. C'était son cadavre que votre chienne voulait déterrer, voilà pourquoi elle grattait avec autant d'ardeur. Elle avait senti son odeur. Les chiens aiment manger ce que est faisandé, les cadavres n'y font pas exception. Voilà pourquoi cela vous mettait de si mauvaise humeur et que vous l'avez frappé avec vos pieds et ensuite la fourche. Vous aviez peur qu'elle ne déterre votre femme.

– C'est mon frère qui l'a tuée ! hurla-t-il en essayant de se jeter sur moi.

Premier aveu. Même si c'était son frère l'assassin, il en était le complice de par son silence. L'inspecteur avait sourit en m'entendant porter les accusations sur le fermier, là, il ne riait plus.

– Donc monsieur Holmes a raison, alors ? s'étonna-t-il tout haut. Votre femme est bien morte et enterrée dans le fumier ?

– Il a fallu que vous fichiez votre nez dans mes affaires, hein ? fit le fermier en grognant. Pourquoi êtes-vous revenu espionner, l'aut'jour ?

– Parce que je cherchais la preuve que votre épouse avait bien été assassinée, fis-je en faisant les cent pas.

– Elle aurait pu être partie, suggéra l'inspecteur.

– Oui, cette hypothèse m'avait effleuré l'esprit, mais je l'ai vite rejetée, lui expliquai-je en m'arrêtant et en rivant mon regard dans celui du chien.

La chienne s'était assise et me suivait du regard, les oreilles pointées en avant, langue pendante. Cela me donna une idée et j'appelai le chien qui se leva d'un bond puissant de l'arrière-train et me rejoignit, toute contente. Lui désignant le tas de fumier, je lui demandai de chercher. Au début, elle me regarda de manière d'une qui ne comprenait pas la demande, tournant la tête vers le fermier et voulant se diriger vers lui. À chaque fois, je la rappelais à l'ordre. La bête devait avoir l'habitude de chercher le maître et pas l'épouse. Pour finir, elle grimpa sur le fumier et ne s'occupa plus de moi. Autant qu'elle fouille d'elle même.

– Laissons-là, fis-je en revenant près des autres. Avec son flair, elle retrouvera le cadavre et ne résistera pas à la tentation de le déterrer. Elle a faim...

– Comment saviez-vous que l'épouse avait été tuée et non pas partie ? m'interrogea l'inspecteur, abattu, les épaules basses.

– Plus tard, répondis-je avec humeur, voyant que la chienne creusait le fumier avec vigueur. Messieurs, montez dessus et empêchez la chienne d'abîmer le corps.

Ils montèrent sur le fumier, faisant gronder la chienne et découvrir ses crocs lorsqu'ils voulurent l'écarter. Claquant ma langue, je la rappelai. Elle se rebella mais un ordre sec lui fit baisser la queue et elle descendit avec la tête basse. Les hommes se mirent à retirer les couches de paille souillée jusqu'à ce qu'ils arrivent à une main ouverte.

Les policiers prirent le relais et l'inspecteur s'épongea le front en constatant l'occasion ratée.

Une fois que le cadavre fut dégagé, les policiers, vêtu de gants, la retirèrent de son cercueil peu commun. Elle était nue, comme je l'avais déduit. Pas de trace de coup de couteau ou de fusil, mais une vilaine ecchymose au cou : étranglée ! Il manquait de la chair à un bras, dévorée par la chienne, sans doute.

– C'est pas moi ! jurait le fermier avec l'énergie du désespoir. C'est mon frère qui l'a tué et il m'a menacé de mort si je parlais.

– Et la tentative d'incendie chez le comte Trebaldi ? lui demanda l'inspecteur.

– Mon frère à tout fait ! jura de plus belle l'homme bedonnant. Moi, j'voulais pas qu'il le fasse ! Si j'avais su, j'l'aurais empêché d'le faire ! C'est quand il est revenu que j'ai su. J'voulais aller tout dire, mais il m'a sauté dessus et m'a assommé. J'ai r'pris conscience fort tard.

– Bien, déclara l'inspecteur qui croyait ce que les meurtriers lui racontaient.

Moi, j'étais bien décidé à jouer avec l'esprit incrédule de cet homme qui vivait à la campagne et qui ne connaissait pas les méthodes d'investigations et de recherches des preuves.

– Avant de lui donner raison, il faudra que je relève les empreintes sur le corps, prévins-je tout le monde. Malgré son séjour dans le fumier, les empreintes sur le cou seront toujours là. Nous verrons bien si nous retrouvons celles de notre ami, ici présent. Si ce ne sont pas les siennes, alors nous les comparons avec celles de son frère quand les policiers auront mis la main dessus. Laissez le cadavre au sol, mais ne le touchez pas. Il me faut juste aller chercher la poudre pour les empreintes. Ensuite, à l'aide d'un tampon encreur, nous prendrons celles du fermier.

Il me regarda la bouche ouverte, l'air effrayé.

– Mes empreintes ?

– Oui, lui assurai-je. Dernière invention du Yard ! Nos empreintes sont uniques, j'en suis certain. Et quand bien même elles ne le seraient pas, quelle probabilité avons-nous qu'il y ait dans la région un homme possédant les vôtres ? Aucune ! Le meurtre s'est joué entre vous et votre frère, mais je gage que c'est vous le meurtrier.

Sa tête se baissa et il soupira, résigné.

– Vous fatiguez pas, va, fit-il d'une petite voix. Le saboteur, c'est mon bien mon frère, mais le meurtre, c'est moi. Mon frère n'aimait pas ma femme et c'était réciproque, mais c'est moi qui l'ai tuée, pas lui. Mais j'vous jure que je voulais pas aller chez vous pour tenter de vous réduire au silence. Je savais que c'était vous qui vous étiez caché dans les buissons pour m'espionner. J'avais r'connu vot'silhouette et la jument blanche, toute fine. J's'avais que c'était au comte. La partie était perdue et j'avais peur de voir arriver les flics. Alors j'ai remis le corps de ma femme dans le fumier puisque vous aviez vu l'trou où j'comptais l'enterrer. Mon frère voulait vous réduire au silence en incendiant les écuries et en vous tuant, quand vous auriez été dehors pour éteindre les flammes. J'voulais pas ajouter des morts et je croyais pas qu'il irait l'faire. J'me suis disputé avec lui quand il est revenu, il m'a assommé et voilà.

Les sept hommes du comte Trebaldi souriaient comme des enfants, tout heureux d'être encore aux premières loges pour coffrer un assassin. Ils auraient des histoires à raconter dans le pub du village, eux.

– Comment vous avez d'viné ? demanda le fermier. Comment qu'vous savez que tout est parti des chiots ?

Un léger sourire effleura mes lèvres. Dans toute ma reconstitution, il ne m'avait qu'une chose : l'origine du meurtre. Je ne savais pas pourquoi cet homme avait tué sa femme, trop d'hypothèses se bousculant, même si une se dégageait plus fortement que les autres. Ainsi donc, il l'avait tué à cause des chiots ? Diable, les mobiles devenaient de plus en plus loufoque. Habituellement, on tuait pour l'argent, par amour ou à cause de la jalousie, par vengeance, par intérêt. Pour des chiots, c'était une grande première.

– Mon métier, c'est détective, annonçai-je. Pour le reste, je ne devine pas, je déduis ! Je viendrai aux chiots plus tard, mais sachez que lorsque je suis venu chez vous en compagnie du comte Trebaldi, je savais déjà que vous étiez le responsable qui avait jeté des chiots dans l'eau, le sept octobre, le matin qui succéda à l'orage. Un a survécu et il ne me fut pas difficile de reconnaître la mère lorsque je vis votre chienne sur le tas de fumier, le onze octobre. Voilà pourquoi je suis venu chez vous. Pour enquêter, pas pour vous demander de me vendre un chiot. Je savais qu'ils étaient morts. Malgré tout, vous fûtes facile à berner, l'appât du gain étant plus fort que tout.

– Démon ! me dit-il en me lançant un regard mauvais.

– Et alors ? demanda timidement l'inspecteur Parker. Qu'avez vous... déduit ?

– Deux robes séchaient sur un fil, sous l'auvent de la grange, expliquai-je alors le raisonnement que j'avais tenu dans ma tête ce jour là, en les voyant. Celle de droite y était depuis un certain temps car des oiseaux l'avaient souillée. Celle de gauche séchait aussi, vu qu'aucune gouttelette d'eau ne s'en écoulait mais qu'elles avaient formées une flaque en dessous, elle venait d'être mise il y a quelques heures. Quelle femme aurait mis sécher une robe sans reprendre l'autre qui avait eu le temps de sécher et de se salir à nouveau ? Aucune ! La robe n'avait pas été mise sécher par l'épouse du fermier. Par qui et pourquoi, alors ? Deux hypothèses possibles mais une seule était probable. Si la femme était tout simplement partie, quittant son mari, elle aurait repris sa robe. Nous sommes à la campagne, les gens ne possèdent pas beaucoup de vêtements et cette femme aurait repris sa robe avant de le quitter. De plus, elle n'en aurait pas mise une autre à sécher. Impensable qu'elle parte en laissant deux robes derrière elle. Donc, si elle n'était pas partie, c'est qu'elle était morte. Son mari n'a pas songé à reprendre la robe qu'elle avait mise à sécher, par contre, il avait lavé celle du crime et déposé le corps nu dans le fumier avant de l'enterrer dans une fosse et sans doute de recouvrir le corps de chaux pour brûler les tissus avant qu'ils ne se décomposent naturellement. Cela afin d'éviter les odeurs nauséabondes que le cadavre allait produire. Vu qu'il n'était pas dans un cercueil et que le trou n'était pas fort profond... Quelqu'un aurait pu le sentir. S'il avait eu des cochons ou des poules, beaucoup de poules, il aurait pu découper se femme et leur donner à manger... Mais là, il l'enterra dans le fumier, le temps pour lui et son frère de creuser un trou. Voilà ce que son chien essayait de déterrer sur le fumier, le soir où nous sommes venu lui rendre visite. La pénombre n'était pas assez forte que pour que je ne remarque pas ces détails : la présence de deux robes et l'absence de l'épouse. Deux choses présentes et une absente. Voilà ce qui m'avait mis la puce à l'oreille. Pour le sang, ce devait être le vôtre, vu que le corps ne présente aucune blessure à l'arme blanche.

– J'l'lai étranglée par devant et la salope a essayé d'me fiche un coup d'pied dans les parties, avoua le fermier. Comme ça avait pas marché, elle a sortit le p'tit couteau qu'elle avait sur elle, pour couper les cordes. M'la planté dans l'cuisse, pas fort, mais j'ai saigné et en ai fichu sur sa robe. Alors, pour pas laisser d'traces dans ma ch'minée, j'ai pas brûlé l'tissu mais lavé et r'cousu mon accroc au pantalon.

L'inspecteur Parker resta silencieux un moment et ensuite repris contenance.

– Et bien, heureusement que la police veillait ! déclara-t-il avec fierté, les coudes posés sur sa taille.

– Si on devait faire confiance à la police, le fils du maître serait mort sur l'échafaud et le fermier libre de ses mouvements, ricana un des hommes du comte Ellington, déclenchant l'hilarité des autres.

L'inspecteur de police resta silencieux, le regard rivé au sol.

– Bien, fis-je en me frottant les mains. Il ne vous reste plus qu'à arrêter ce monsieur et à vous occuper de son frère en fuite. Il faudrait que quelques hommes du comte Ellington vienne monter la garde les prochains jours. Je ne tiens pas à ce que ce sagouin recommence ses envies de pyromane.

– Heu, fit l'inspecteur tout contrit. Le rapport avec les chiots ?

– Il ne voulait pas les garder, mais son épouse, oui, n'est ce pas ?

Le fermier acquiesça timidement.

– La mère bouffe déjà beaucoup, mais six chiots !

– Alors notre brave homme les a lancé des les flots tumultueux du ruisseau, pour les noyer, poursuivis-je. Madame n'a pas dû être contente et une dispute s'en est suivie.

– M'a crié d'ssus, se défendit l'homme crasseux. J'me suis emporté. Ça f'sais déjà un certain temps qu'on s'disputait à cause de la présence d'mon frère à la ferme. Ma femme disait qu'c'était un fainéant. Elle s'est énervée sur moi, m'insultant parc'que j'avais lancé les chiots à l'eau.

– Comment le savait-elle ? demanda l'inspecteur.

– Ben, fit le fermier en se frottant les cheveux gras, les salissant un peu plus. La chienne tournait en rond partout et les jeunes étaient plus là. Fallait pas êt' m'sieur Holmes pour le d'viner, hein ? Tout y est passé. J'me suis emporté et j'l'ai serra au cou pour qu'elle se taise. Mais j'sais toujours pas comme l'm'sieur s'est intéressé à ça.

– Le lendemain de l'orage, une petite fille se promenait avec sa mère et moi, expliquai-je. Elle courait devant et a vu les chiots dans l'eau et remarqué qu'un vivait encore. L'enfant n'a rien trouvé de mieux que d'entrer dans l'eau pour le récupérer. Le courant l'a entraîné.

– Qui ? demanda l'inspecteur.

– Si son père avait été ici, je ne donnais pas cher de votre peau, monsieur, menaçai-je le fermier. Le comte Trebaldi tient à sa fille et elle aurait pu mourir ce jour là.

– Comment s'en est-elle sortie ? demanda Sam.

– J'ai plongé et je l'ai récupérée. Heureusement que mon ami, présent lui aussi, était médecin. Sans lui, je ne sais pas comment elle aurait pu survivre. Voilà pourquoi le fait que quelqu'un ait lancé des chiots dans l'eau nous tenait à coeur, monsieur ! Messieurs les policiers, je vous salue.

Et je plantai là l'inspecteur et ses hommes, les laissant se débrouiller pour la suite. Sam resta pour s'occuper des vaches de l'homme.

Les hommes du comte m'indiquèrent quel sentier suivre pour couper au court et me promirent de revenir ce soir pour monter la garde. Mettant l'étalon au trot, je rentrai par les chemins de travers.

Tout le monde m'attendait à la maison et Louis se rua le premier sur Pharaon pour tenter d'en savoir plus.

Les hommes du comte m'indiquèrent quel sentier suivre pour couper au court et me promirent de revenir ce soir pour monter la garde. Mettant l'étalon au trot, je rentrai par les chemins de travers.

Tout le monde m'attendait à la maison et Louis se rua le premier sur Pharaon pour tenter d'en savoir plus.

Une fois à l'intérieur, je leur racontai toute l'affaire et je vis le comte crisper les poings en entendant que le frère était en cavale. Cette nuit, nous ne dormirions pas vraiment. En retour, il m'expliqua que ses côtes étaient juste froissées et que cela irait mieux d'ici trois semaines.

Après avoir mis au lit les enfants, Giuseppe restant avec Louis, je pris le premier tour de garde tandis que les trois hommes envoyés par le comte Ellington faisaient leur ronde.

Un bruissement attira à un moment mon attention, tandis que je me tenais dans l'obscurité, non loin des écuries. Quelque chose s'approchait en silence. Un des hommes releva son révolver, prêt à menacer l'intrus, lorsque je lui fis signe de baisser son arme. Aucun homme ne marchait à quatre pattes. C'était tout simplement la grande chienne qui arrivait à pas feutré. Dès qu'elle sentit mon odeur, elle vint vers moi et me fit la fête. Pour ne pas alerter le fugitif, s'il était dans les parages, j'enfermai l'animal dans l'écurie après lui avoir donné les restes du repas. Les problèmes commenceraient demain, au réveil des enfants.

La nuit se passa normalement, sans aucune alerte et au petit matin, nous fûmes prévenus que le fugitif avait été attrapé lorsqu'il avait agressé le contrôleur du train car il n'avait pas de billet. Il se trouvait dans le village voisin, non loin de chez nous. Les policiers allaient le ramener dans la région pour qu'il y soit jugé avec son frère pour homicide volontaire et tentative d'incendie. Ils attendaient nos dépositions pour demain matin.

Comme prévu, Hélène avait manqué de s'étrangler en voyant notre visiteur de la nuit. Nous étions réunis tous les trois dans l'écurie, les enfants étant encore endormis.

– Et le chiot qui dort dans le salon aura cette taille là ? s'indigna-t-elle en regardant la chienne qui se faisait toute petite devant elle.

– Je t'avais dit qu'il serait grand, lui rappelai-je en souriant.

– Puisqu'elle aime monsieur Holmes aussi fort, je propose qu'il rentre avec elle à Londres, non ? proposa le comte d'un air innocent.

– Négatif, l'interrompis-je.

– Nous n'allons tout de même pas la garder ? soupira Hélène.

– Tu l'expliquera aux enfants toi-même, la mit en garde son époux. Elle est belle avec sa gueule noire et feu. Regarde, on dirait qu'elle a des bas roux à ses pattes. La propriété est grande, non ?

– Toi qui ne voulait pas d'animaux, nous voilà avec un chiot, un chaton et un chien adulte. Tu expliqueras au jeune mâle dans le salon qu'il ne peut pas saillir sa mère. Tu feras en sorte aussi qu'elle n'agresse pas son jeune. Cela fait trop longtemps qu'elle ne le voit plus. Je ne voudrais pas que la mère dévore son petit. Et encore moins qu'elle morde les enfants !

– Elle ne rentrera pas à l'intérieur, lui promis son mari, caressant la chienne.

– Et comment fera-t-on lorsque nous irons à Londres ? demanda soudain Hélène.

– On a qu'à les déposer chez parrain, fit la voix de Louis dans notre dos. Coucou, le chien !

La bête se leva et alla fourrer sa grosse gueule dans les mains de Louis, le reniflant de haut en bas, déclenchant les rires du garçon.

– Débrouillez-vous, capitula Hélène, caressant le chien, elle aussi. Mais vous vous occuperez de vos animaux.

Louis acquiesça et s'en alla, suivit de la chienne qui courait derrière lui.

– Faudra que je lui trouve un nom ! nous cria Louis tandis qu'il riait comme un fou en jouant avec l'animal.

Mon séjour à la campagne touchait à sa fin et je décidai de reprendre le train demain après-midi. Londres m'attendait et cela faisait trop longtemps que les bandits se trouvaient livrés à eux-mêmes !

Hélène, son mari et les enfants devraient venir dans la City dès que son mari aurait fini de négocier ses affaires dans la région.