Note de l'auteur : Avec le permis hier, j'ai complètement oublié de poster ce chapitre XD Le voici, bonne lecture !
Matthis poussa un profond soupir en prenant ses pilules mais se retint de tout commentaire en voyant qu'Alessandro avait plissé les yeux à son soupir. Inutile de lancer un nouveau conflit sur ce sujet ô combien sensible. Surtout que le reste de la famille Luciani n'était pas loin et qu'aux dernières nouvelles, ils n'étaient pas au courant que leur petit dernier avait choisi comme compagnon un junkie. Il avait tout de même accepté de se débarrasser lentement de son addiction.
N'empêche. Il était celui en train de se sevrer d'une addiction. Donc il devrait être irritable, non ?
Alors pourquoi c'était Alessandro qui était irritable à sa place, hein ?
- Tu sais bien que ce nécessaire, Matthis, commenta-t-il laconiquement.
- Je sais bien, je sais bien. Ca ne me plaît pas plus qu'à toi d'être drogué, tu sais. Mais que veux-tu, si c'était si facile d'arrêter…
- Y'a plus simple, tu aurais pu ne jamais commencer.
Le brun aux yeux gris rigola doucement et se glissa dans le lit à côté de son petit ami, laissant la lampe de chevet allumée pour le châtain qui lisait. Enfin, qui lisait avant de poser son livre sur la table de nuit pour le regarder avec un sourcil haussé.
- Qu'est-ce qui est si drôle ?
- C'est ce que j'ai toujours dit, tu es trop blanc et trop pur pour comprendre. Bien sûr, il t'est arrivé des choses mauvaises, je n'irais jamais dire le contraire. Mais tu n'as jamais été complètement… Seul. Tu avais toujours Gaël, Christian, ton père.
- Et être seul t'a poussé à te droguer ?
- Il n'y a pas que ça… Il y a la proximité aussi. Je veux dire, même si tu avais voulu te droguer, à l'époque où tu n'habitais pas ici, explique-moi où tu aurais trouvé un dealer dans ta campagne.
- J'aurais étudié plusieurs élèves louches des lycées, les aurait filé ou aurait intégré leur groupe, même si les filer me semble plus sûr, et ils m'auraient mené tous seuls à leur contact.
Forcément. Alessandro trouvait toujours un moyen s'il le voulait vraiment.
- Mais ça, c'aurait été si tu l'avais voulu. Tu ne commences jamais à te droguer par réelle envie, crois-moi… Tu commences parce que tu vis dans un milieu où c'est tellement commun que quasiment tout le monde essaiera au moins une fois… La drogue ici, c'est la clope là d'où tu viens. Le problème, c'est que c'est plus facile de tousser un bon coup après sa première clope, cracher et ne plus jamais y retoucher.
- Sauf que tous ceux qui essaient la drogue ne finissent pas comme toi, je te signale.
- Normal. Le type qui essaie pour déconner parce que son pote en a ramené, tu crois qu'il a les moyens pour en acheter, pour trouver un dealer fiable ? Qu'il osera aller aux rendez-vous alors que c'est toujours dans les ruelles les plus louches de la planète ? Non. Son corps ne la réclame pas encore suffisamment pour qu'il prenne tant de risques… Mais moi, Alessandro ? En quelques années j'ai mis tous les environ sous ma botte. Le trafic de drogue d'ici, je le supervise. C'est bien plus simple pour moi de continuer que d'arrêter, et mon corps y est accro à cette merde. Mais avant, ça me plaisait, avant j'avais personne, j'avais rien, j'avais des types qui avaient peur de moi, des types qui se seraient bien vus à ma place et voulaient me casser la gueule, le souvenir meurtri d'une fille que j'avais aimé, un tonneau pour père et une salope froussarde comme mère. Qui n'aurait pas envie d'échapper à une telle réalité…
Le châtain resta silencieux, réfléchissant. Il était vrai qu'avant qu'il n'arrive, Matthis n'avait personne à qui il tenait et personne qui tenait à lui. Il n'avait jamais essayé de renouer avec la jeune fille de son collège. Il n'y avait rien à sauver chez ses parents et si certains ont essayé de se lier d'amitié avec lui, c'était uniquement pour profiter de son influence. Il soupira. Il pouvait presque comprendre. Même s'il avait toujours du mal à se faire à l'idée que quelqu'un couvant déjà un mal-être profond se sente obligé d'en rajouter une couche avec une substance qui rendra accro chacune de ses cellules. Après, forcément, si c'était dans l'espoir de pouvoir changer d'air pour quelques instants… Un nouveau soupir lui échappa et il se frotta l'arête du nez.
- Tu marques un point. Mais tu n'en as plus besoin aujourd'hui.
- C'est vrai.
Matthis lui sourit et le plaqua sans prévenir contre le matelas, s'asseyant sur son bassin et collant son front au sien.
- J'ai toi, maintenant.
- Je suis ta nouvelle drogue, c'est ça ?
- Il faut croire… Tu vas me vouloir sevrer de celle-là aussi ?
- Il y a peu de chances.
- Alors donne-moi ma dose…
Les lèvres du brun se collèrent contre les siennes et il glissa ses mains sur son dos, sous le haut de pyjama qu'il était obligé de porter afin d'éviter que les Luciani ne voient les marques de piqûre dans le pli de ses coudes. Le châtain se tendit légèrement en sentant Matthis glisser son visage dans sa nuque et mordiller sa peau. Il le connaissait, son petit ami, depuis le temps.
- …Eh… Y'a Christian et Quentin qui dorment dans la chambre d'amis, je te signale… Les murs sont fins…
- On a qu'à pas faire de bruit…
- T'es sûr ? Je dis ça pour toi, c'est pas moi qui suis vocal au lit…
- Roh, ça va, je suis pas si bruyant que ça, tout de même…
Le regard cyan blasé qu'il reçut lui indiqua que si, il devait l'être. Il haussa les épaules et enfoui à nouveau son nez dans la nuque d'Alessandro, l'embrassant doucement et profitant du fait que lui ne portait pas de t-shirt pour dormir. Le châtain eut un soupir faussement désespéré et lui ôta son haut de pyjama pour coller leurs torses ensemble. Il le renversa pour être au-dessus, attrapant son visage avec une main pour l'embrasser, mordant gentiment sa lèvre inférieure. Il glissa sa main libre le long de son corps pour le glisser sous l'élastique de son caleçon, s'infiltrant entre ses cuisses. Matthis lui donna un léger coup de hanches pour lui dire d'y aller plus franchement. Il ricana contre ses lèvres et s'écarta un peu pour respirer.
- La patience n'est vraiment pas ton fort, hein…
- Pas avec toi, non.
Alessandro se redressa le temps de débarrasser son amant de son caleçon et fit de même, se rallongeant complètement nu à côté de lui et l'attirant à lui pour qu'ils soient à nouveau face-à-face sans s'écraser l'un l'autre cette fois.
- Attends…
Matthis se dégagea de leur étreinte et se tourna vers la table de nuit, fouillant le tiroir quelques instants avant d'en sortir deux préservatifs. Il en donna un à son compagnon, ouvrant l'autre pour le glisser avec précaution sur sa longueur.
- Je m'suis pas fait dépister d'puis ma dernière dose… Techniquement j'ai fais ça correctement mais on ne sait jamais, le risque zéro ça n'existe pas avec cette saloperie… Hors de question que je chope une merde et que je te la refile à cause de ça…
- Raison de plus pour réussir à arrêter au plus vite.
- Je sais…
Le brun se remit contre lui et Alessandro lui embrassa doucement la tempe.
- Mais j'apprécie ton attention.
Sa main se glissa entre leurs deux corps alors qu'il reprenait les lèvres de Matthis. Grand bien lui en prit puisque le brun gémit, le bruit étouffé par leur baiser, lorsqu'il prit leurs deux membres dans sa main. Très vite, la chambre fut emplie de bruits humides et d'halètements, de froissements de drap et de gémissements mal contenus entre leurs baisers.
Bon. Si Alessandro avait encore des doutes sur le fait que son frère aîné avait tout entendu, le sourire plein de sous-entendus qu'il lui lança au petit déjeuner en levant ses deux pouces en signe de victoire acheva de le convaincre que la discrétion n'était pas leur fort. Il grogna et baissa la tête sur son bol sans faire de commentaires. Il ne pouvait pas faire comme s'il n'avait rien entendu, non, évidemment, abruti de Christian qu'il était, là.
- Alors, vous deux, les examens, ça se déroule bien ? lança Quentin en gratifiant son compagnon d'une baffe derrière le crâne.
- Ah, euh… Oui, enfin, pour l'instant on a passé que le TOEFL, l'examen obligatoire pour les étrangers voulant étudier dans un pays anglophone… Ca s'est bien passé, je dirais, balbutia Matthis.
Lui non plus n'avait pas loupé le large sourire de Christian, qui était actuellement en train de se plaindre d'être battu et martyrisé. Andriu entra dans la pièce et les salua en souriant, ne pouvant s'empêcher d'apprécier chaque instant qu'il pouvait passer avec sa famille unie.
Le brun aux yeux bleu océan avait un large sourire malicieux et attendit que son père soit assis pour se lever.
- Bon ! Quentin et moi avons une annonce à vous faire !
- Ah tout de même ! Je commençais à me dire que j'allais mourir avant !
- Mais papa, j'ai même pas encore dit ce que c'était ! T'aurais l'air bête si je vous annonçais que l'annonce est l'acquisition d'un lave-vaisselle !
- On va se marier.
- Quentin, ao ! Un peu d'enthousiasme ! On fera ça pendant les vacances d'été, pas celles-ci, mais celles de l'an prochain. Comme ça, on sera sûrs qu'Aless' et Matthis seront rentrés en France et ça vous obligera pas à faire le voyage juste pour ça.
- Comment ça « juste pour ça » ? Tu peux bien le coller pendant un examen, ton mariage, je viendrais.
Alessandro laissa un large sourire s'installer sur ses lèvres. Son frère allait se marier. A cet instant, assis à cette table, à discuter d'examens, de mariage, il avait tellement l'impression d'être… Normal. Comme s'il n'avait pas de discussions au sujet de l'addiction à la drogue de son petit ami tard le soir. Comme s'il n'avait pas échangé quelques jours plus tôt avec un meurtrier en série au sujet du fait qu'ils risquaient tous les deux quotidiennement leur vie à côtoyer Gaël et Matthis.
Et… Honnêtement… La normalité, ça avait du bon, parfois. C'était soulageant. Il se sentait… A sa place. Il n'avait pas besoin de trop réfléchir, il savait que les personnes à cette table n'avaient aucunes intentions cachées, aucunes mauvaises idées, ne lui voulaient aucun mal. C'était le seul endroit où il se sentait vraiment bien. Avec sa famille. Sa famille qu'il avait failli détruire autrefois. Il frissonna en y resongeant. Plus jamais. Plus jamais il ne ferait une chose pareille. Si à l'aube de sa mort il ne devait lui rester plus qu'une seule chose, il voulait que ce soit sa famille.
Review ? :3
