Titre : Les liens du passé
Auteurs : Rowena, pour tout ce qui se passe en 96 etmoi, Eléa, pour tout ce qui se passe en 77
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !)à part Eléa, imaginée de toute part par Rowy et moi... JK Rowling, tout est à elle...
Rating : R ou NC 17 !
Couples : Let's read and see !
Note de Rowy : : je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse ! Love U chickie...
Note d'Eléa : Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour les fous rires et merci pour Eléa... love you too
Remerciements : un grand merci à Hamadryas pour ses conseils et puis à Lexa, Liz, et Morgy nos premières lectrices !
Titre : Les liens du passé
Auteurs : Rowena, pour tout ce qui se passe en 96 etmoi, Eléa, pour tout ce qui se passe en 77
Disclaimer : Les personnages ne nous appartiennent malheureusement pas (damn it, j'aurais dû les inventer !)à part Eléa, imaginée de toute part par Rowy et moi... JK Rowling, tout est à elle...
Rating : R ou NC 17 !
Couples : Let's read and see !
Note de Rowy : : je voulais juste dire à ma poulette que je suis trop contente d'écrire cette fic avec elle et que je la remercie de me supporter moi et mes questions sur des détails voire pas des détails d'ailleurs qui m'échappent dans le Potterverse ! Love U chickie...
Note d'Eléa : Merci ma poulette de m'avoir embarquée dans cette jolie aventure et de m'avoir soutenue et encouragée, merci de m'avoir indiqué le mode d'emploi du mode DAWSON, merci pour les fous rires et merci pour Eléa... love you too
Remerciements : un grand merci à Hamadryas pour ses conseils et puis à Lexa, Liz, et Morgy nos premières lectrices !
REPONSES AUX REVIEWS
Rowy : pas de réponses personnalisées
cette fois-ci, désolée. Et vraiment mais vraiment
désolée pour le retard des mises à jour.
Beaucoup de boulot en ce qui me concerne, on va se faire pardonner en
vous mettant deux chapitres dans un laps de temps assez rapproché.
Merci mille fois pour vos petits mots en tout cas, ça fait
toujours autant plaisir, ça montre votre intérêt
et le fait qu'on soit toujours lues. Pas beaucoup de questions dans
vos reviews, essentiellement des réactions sur la relation
Mione/Draco. C'était inévitable, je ne vous dirais
rien sur la suite sinon que c'est tout de même une fic
franchement sombre parfois mais avec quand même des éclaircies
notables (non, ce n'est pas la météo).
Le plus
important : ayez confiance en nous ! Sans rire…
Eléa : Vraiment désolée pour ce retard, milles excuses ! Beaucoup de boulot pour ma part aussi, puis un déménagement et pas accès au net pendant un mois...Merci encore pour vos reviews qui nous encouragent énormément et ne vous en faites pas, on continue d'écrire, et comme dit Rowan, faites nous confiance !
Mille merci à tous et à toutes !
Bonne lecture !
Résumé du chapitre 24 :
1978 : Severus passe du temps avec Eléa et l'aide à se remettre physiquement de sa fausse couche et de sa dernière dispute avec Lucius. Les Marauders font une surprise à Eléa pour son anniversaire et alors que Lucius est en mission en Irlande, elle ne peut résister à la tentation de coucher à nouveau avec Sirius. Quand Lucius l'apprend, fou de rage, il promet à Eléa de le tuer si elle l'approche de trop près. Consolée par Eilane, Eléa lui confie ses difficultés à appartenir à deux camps.
1997 : Hermione et Draco sont autorisés par Dumbledore à passer la journée à Little Hangleton pour l'anniversaire d'Eléa qui découvre le cadeau de son père, une croix ansée égyptienne aussi belle que protectrice. A Halloween, Eléa participe à l'assassinat d'ados Moldus mais prise de remords, elle aide une jeune fille à s'enfuir. Poudlard fête Halloween mais la soirée se finit mal et Hermione décide de mettre un terme à sa relation étouffante et destructrice avec Draco.
Chapitre 25 : Manipulation
The greatest trick the devil ever pulled was convincing the world that he doesn't exist – Unknown
Poudlard, vendredi 1er novembre 1997
Pattenrond réveilla Hermione quelques minutes avant que son réveil ne sonne et elle le caressa, encore endormie, d'un geste machinal, l'entendant ronronner bruyamment contre son oreille. Elle se leva finalement avec une moue boudeuse quand elle s'aperçut qu'un début de migraine menaçait de s'étendre de ses tempes à toute la région frontale de sa tête et même au-delà. La nausée la gagna quand elle eut fini de se préparer et elle repensa à la soirée d'hier avec amertume. Son histoire avec Draco s'était presque terminée dans un verre d'alcool frelaté et rien que pour ça, la rupture lui paraissait justifiée. Mais pourquoi, après tout, était-elle en train de chercher des justifications à sa rupture avec le Serpentard ? Elle avait pris sa décision depuis un moment, non ? Tous les doutes qu'elle avait et l'analyse du comportement de Draco ne laissaient finalement aucune autre alternative… Elle en éprouvait un profond regret et une peine indescriptible qu'elle se promit de ne pas approfondir au risque de pleurer pendant des jours entiers. L'amour… C'était le thème qui avait prédominé pour appréhender sa relation avec Draco et elle avait été au bout du compte incapable de dire si elle aimait encore le Serpentard ou non… Elle l'aimait, elle n'en avait aucun doute mais là où ses sentiments étaient plus réservés, c'était sur la nature de cet amour et si il était comparable à celui d'il y a un an… Probablement pas, mais pourquoi alors ressentait-elle son cœur pris dans un étau ?
Elle descendit lentement jusqu'à la salle commune et croisa le regard d'Harry qui de toute évidence l'attendait. Quand il vit sa mine, il ne dit rien mais la prit dans ses bras dans lesquels elle se laissa porter en fermant les yeux. Elle aimait sentir son parfum poivré matinal et elle passa ses bras autour de sa taille en posant sa tête plus confortablement contre sa poitrine.
« Tu as bien fait, Hermione… Malfoy est un abruti, il ne te mérite pas », déclara doucement Harry.
Hermione se raidit tout à coup et elle leva la tête vers son frère avec un regard suppliant.
« Ne le juge pas Harry… Tu ne le connais pas, tu ne sais pas, alors ne juge pas, s'il te plaît… »
Harry lui répondit par un petit sourire compatissant et hocha la tête d'un air entendu.
« Laisse-moi au moins être ton ange gardien, c'est le rôle du grand frère que de protéger sa petite sœur ! »
Elle lui adressa un faible sourire et l'embrassa sur la joue avant qu'il ne prenne sa main pour qu'ils se rendent ensemble prendre le petit déjeuner.
Ils retrouvèrent Ginny, Ron et Neville dans la Grande Salle et Hermione fit un immense effort pour ne pas regarder en direction de la table des Serpentards. Elle se plaça stratégiquement de façon à tourner le dos à la table ennemie et Ginny lui fit de la place en poussant ses livres plus loin. Elle regarda ses amis manger et touilla de manière absente, tout en soutenant sa tête d'une main, son chocolat en poudre dans son mug.
« Je crois qu'il est dissout là Mione ! » s'exclama Ron en la regardant avec un air presque fasciné.
« Tu devrais manger un peu tu sais », ajouta Ginny, « le cours de Snape est quand même assez éprouvant. »
Hermione regarda successivement les Weasley avec un regard éteint avant de retourner son regard vers sa meilleure amie.
« Je croyais que le professeur Chourave avait repoussé votre cours de la matinée ? »
« Oui, elle l'a fait mais je me suis levée pour être avec vous…, avec toi Mione… »
Hermione la fixa d'un air surpris mais elle fut réellement touchée alors qu'elle se mit à rougir légèrement.
« Merci Gin'… », sourit-elle tristement.
Le reste du petit déjeuner se déroula dans un silence qui contrastait avec le chahut régnant dans le reste de la salle et Neville finit par faire rire Hermione en leur racontant ses dernières péripéties. Les septièmes années se rendirent ensuite d'un pas traînant jusqu'aux sous-sols du château, Hermione encadrée par Harry et Ron tandis que Neville marchait derrière eux, perdu dans ses pensées.
Le professeur Snape donna son cours en se retenant pour ne pas enlever des points aux Gryffondors, aboyer sur Neville Londubat ou remettre à sa place Hermione Granger, bien que depuis qu'il savait qu'elle était la fille d'Eléa, il la considérait avec d'autres yeux. A vrai dire, il était plutôt de bonne humeur malgré son masque fermé et blasé. La soirée d'Halloween avait été moins catastrophique que les années précédentes et il dut même s'avouer qu'il l'avait appréciée. D'accord, pas la fête en elle-même, mais surtout une certaine enseignante aux yeux violets fascinants qui lui avait fait oublier durant quelques heures sa misérable existence aussi passionnante qu'un escargot s'apprêtant à traverser une autoroute moldue. Il sortit de ses pensées en s'apercevant qu'une trentaine de paires d'yeux étaient braqués sur lui et se donna une contenance en envoyant Draco Malfoy noter au tableau les ingrédients de la potion à préparer pour la semaine prochaine. Il leva un sourcil en remarquant les cernes et le teint plus blafard que d'habitude de son filleul et mit cet état pitoyable de fatigue sur le compte d'une soirée un peu trop tardive. Il avait en fait ressenti une certaine jubilation en faisant venir cette année, tôt le matin, ses élèves après la fête, mais ses pensées étaient à présent toutes dirigées vers un autre centre d'intérêt et il grimaça en songeant que ça lui avait gâché son plaisir d'ennuyer les élèves. Il se surprit même à songer sérieusement qu'il aurait mieux fait d'annuler son cours et rester plus longtemps au lit pour prolonger le rêve qu'il avait fait à l'aube.
Hermione regarda d'un air absent Draco écrire lentement les ingrédients sur le tableau noir et il essaya de capter son regard en la fixant quand il retourna s'asseoir au fond de la classe. Elle cligna plusieurs fois des yeux en voyant son regard sombre et gris la fixer avant de baisser la tête d'un air gêné. Elle l'entendit soupirer fort volontairement et ferma un instant les yeux en essayant de se sortir de la tête le Serpentard. Elle fut incapable d'expliquer une brusque montée d'angoisse et de tristesse qui lui firent monter les larmes aux yeux. Elle mit cette soudaine réaction sur le compte de la fatigue et attendit patiemment que le cours se termine en pensant à Eléa qu'elle avait aujourd'hui plus envie de voir que n'importe quel autre jour.
Elle faillit presque remercier le ciel quand la cloche retentit et elle se pressa de ranger ses affaires, légèrement tremblante.
« On va à la bibliothèque Hermy ? » lança Harry d'un ton énergique voulant réveiller l'assemblée endormie.
« Si tu veux… », répondit la jeune sorcière en haussant les épaules.
« Hermione, je peux te parler s'il te plaît ? »
Elle n'avait pas fait attention et à présent, Draco se tenait devant elle avec un regard qu'elle qualifia intérieurement de regard de chien battu. Elle n'eut pas le temps de répondre, Harry s'interposa avec un visage dur et menaçant.
« Tu dégages Malfoy, tu la laisses tranquille, Hermione n'a plus rien à te dire ! »
« Tu joues les chiens de garde maintenant Potter ! C'est pas à toi que j'ai posé la question, Hermione est encore assez grande pour répondre toute seule ! » aboya en retour Draco avec des éclairs dans les yeux.
« Elle n'a pas envie de te parler, alors tu bouges ! » insista Harry en se mettant cette fois entre sa sœur et le Serpentard.
« Je bougerai quand j'aurais entendu de sa propre bouche qu'elle n'a pas envie de me parler ! »
« Elle ne le fera pas puisqu'elle ne veut pas te parler ! Je fais l'intermédiaire et crois-moi sur parole quand je t'avertis de dégager de notre vue ! »
« Ca suffit ! » s'exclama tout à coup Hermione en parlant plus fort que les deux garçons. « Ca va Harry, je vais écouter ce qu'il a à dire… »
Harry se retourna vers sa sœur avec une expression de surprise et de choc sur le visage.
« Hermy, il va te manipuler par je ne sais quelle sombre magie… », l'avertit Harry à mi-voix avec un regard suppliant.
« Ca va aller, je te le jure, j'en ai pour cinq minutes, tu m'attends dans le couloir, ok ? Je jure de crier s'il m'ennuie », ajouta-t-elle avec un petit sourire.
Harry fit en sorte de soutenir son regard quelques secondes pour y lire toute sa détermination et il soupira quand il vit qu'elle ne changerait pas d'avis. Il acquiesça et s'employa à jeter à Draco son plus beau regard de défi que le Serpentard ne releva pas, trop occupé à crier victoire intérieurement.
Draco et Hermione se retrouvèrent finalement seuls dans la salle de cours et le silence était si éloquent qu'on aurait pu entendre une épingle tomber.
« Je t'écoute, je croyais que tu avais quelque chose à me dire… », lança-t-elle, perplexe en voyant le regard fixe mais vide de Draco et son silence inhabituel.
« Je… j'ai repensé à hier, j'ai pas beaucoup dormi pour tout avouer… », commença Draco en bafouillant légèrement, « et je viens te supplier de me donner une deuxième chance, de nous donner une deuxième chance… Tu as dit qu'on ne se connaissait pas finalement, on pourrait reprendre sur de nouvelles bases en se laissant l'opportunité de se connaître vraiment, en parlant plus et… Je t'en prie Hermione, je t'aime, je ne veux pas te perdre, je ferai tout ce que tu veux… »
« C'est non », trancha-t-elle sans ciller et il eut l'impression de se prendre un coup de poignard en plein cœur.
« Quoi ? Pourquoi ? Je croyais que tu m'aimais, tu as dit que tu m'aimais… On ne change pas d'avis en deux minutes chrono Hermione ! »
« Ca fait un moment que j'ai des doutes. Tu t'es forcément rendu compte que ça n'allait pas depuis quelques temps… »
« Oui, mais c'était une mauvaise passe, tous les couples connaissent des bas dans leur relation, ça n'empêche pas l'amour, ce n'est pas insurmontable Hermione, je t'en prie, je te demande juste qu'on refasse un essai, tu me dois bien ça, si vraiment ça ne fonctionne pas, je te promets de ne plus t'embêter… »
« Je ne te dois rien, et c'est là tout le problème avec toi Draco… Nos discussions sont sans fin, on n'est pas sur la même longueur d'onde et ça se termine toujours mal en cas de divergence d'opinions… Je ne veux pas réessayer, pour toutes les raisons que je t'ai données et que tu connaissais déjà de toute manière », termina-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine.
« Ok… Est-ce que j'ai au moins encore un espoir, même si ce n'est pas maintenant ? »
« Non, je ne veux pas te donner de faux espoirs, c'est non… »
Il n'était pas loin de se mettre à pleurer et elle voyait bien qu'il avait la gorge serrée bien qu'il essayait de le cacher.
« On peut au moins rester amis ? » tenta-t-il comme une dernière chance.
« Non, on n'a jamais été amis Draco, ça n'a aucun sens. »
« Tu mens… On a été amis et tu le sais, tu n'es pas juste Hermione… Tu vas me rayer de ta vie alors ? Juste comme ça, un claquement de doigts et Draco Malfoy n'existe plus dans le monde d'Hermione Granger ! »
Après la déception, le désespoir et le chagrin, il avait à présent un air fâché et une colère volontairement enfouie qui menaçait d'éclater à chaque seconde.
« Je dois y aller, je suis vraiment désolée… », souffla-t-elle en baissant la tête avant de ramasser son sac.
Il lui attrapa le bras et la força à le regarder à nouveau.
« Tu serais prête à me dire que tu ne m'as finalement jamais aimé ? »
« Arrête Draco, laisse-moi, j'y vais maintenant. Ne rends pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont… », dit-elle alors qu'elle se maudit de laisser couler une larme sur sa joue.
« Tu vois ! Tu es malheureuse ! Hermione, s'il te plaît… »
Il voulut la prendre dans ses bras, mais elle se débattit et il la lâcha subitement, recevant comme un électrochoc quand elle ouvrit pour la dernière fois la bouche :
« Si tu n'arrêtes pas et que tu ne me lâches pas Malfoy, j'appelle Harry… »
Un regard noir, un sourire moqueur et narquois au coin des lèvres, il étouffa un rire en levant les yeux au ciel et sortit enfin de la salle. Il passa devant Harry en soutenant son regard et tourna dans le couloir conduisant à sa salle commune avant de s'effondrer seul et évacuer tout le désespoir qui l'avait envahi.
Harry retourna dans la salle de cours et se précipita vers Hermione, à genoux et en pleurs sur le sol froid. Il la prit dans ses bras et la berça jusqu'à ce que ses pleurs et les soubresauts de son corps se calment.
« Est-ce que tu l'aimes toujours Hermy ? » osa-t-il demander en voyant sa réaction.
Il regretta son indiscrétion quand il sentit son corps trembler à nouveau, et il n'insista pas en voyant qu'elle secoua la tête en signe de négation. Au lieu de la bibliothèque, il proposa une balade dans le parc et elle accepta alors qu'il lui noua son écharpe autour du cou comme on habille un petit enfant.
Mercredi 31 octobre 1979, QG de l'Ordre du Phénix
Eléa était installée près de la cheminée et feuilletait sans grande conviction un manuel de soin pour les blessures magiques. Elle s'était plongée depuis le lundi dans les livres de ce genre, anticipant la nuit d'Halloween où elle devrait s'occuper des blessés. D'abord assez réticente, elle avait découvert une matière intéressante et était finalement motivée pour mettre en pratique ce qu'elle avait lu. Elle avait déjà donné des soins durant son séjour en France, mais rien de bien compliqué et elle s'était surprise à vouloir en savoir plus.
La nuit était horriblement calme, ou bien les murs qui l'entouraient étaient trop épais pour laisser passer les bruits extérieurs. Mais elle entendait d'autres bruits. Perdue dans ses pensées, elle revivait le week-end qui venait de passer.
Elle avait passé toute sa matinée du samedi sur le Chemin de Traverse pour faire le plein d'herbes, d'ingrédients, de parchemins qu'elle n'avait plus. Elle avait flâné le long des vitrines et s'était acheté quelques vêtements et parfums dont elle aimait changer régulièrement. Elle était ensuite rentrée chez elle et s'était détendue dans le rocking chair que Lucius avait finalement réparé le lendemain de leur dispute. La nuit passée chez le Maître, bien que totalement irréaliste, avait porté ses fruits et ils n'avaient pas reparlé de « l'écart » d'Eléa, bien qu'il se montrait plus possessif qu'à l'accoutumée.
En milieu d'après-midi, elle avait reçu une lettre de Lucius, à laquelle elle ne s'attendait pas.
« Que dirais-tu de fêter notre anniversaire en avance ?
J'ai trouvé quelque chose de très intéressant, carton d'invitation ci-joint.
Je t'attendrai au Manoir avec les autres, à 22h. Je me suis occupé de ton alibi.
Tu me manques.
L.M. »
Etonnée, elle avait ouvert le carton d'invitation pour y lire avec excitation :
« Université de Médecine de Cambridge, Halloween 1979, Eastnor Castle. »
Elle ignorait comment il avait fait, mais elle avait senti ses mains lui démanger par anticipation. Elle adorait le château de Eastnor, encore plus s'il était rempli de jeunes Moldus avec lesquels elle pourrait s'amuser.
Elle avait donc attendu patiemment l'heure du rendez-vous et elle avait eu du mal à contenir son impatience.
L'heure était enfin arrivée et elle s'était rendue au Manoir où elle avait retrouvé quelques autres Mangemorts et s'était pendue au cou de Lucius en l'embrassant longuement.
« Où est Severus ? » avait-elle demandé, étonnée.
« Ton cher Severus, » avait-il soupiré, « est dans sa belle-famille. Comme ce n'est pas une sortie ordonnée par le Maître, il n'a pas annulé. »
« Oh… »
« Ne sois pas déçue ma belle, » l'avait consolé Rodolphus en la prenant par les épaules. « On s'amusera sûrement mieux sans lui… »
Il n'avait pas eu tort dans un sens, Severus aimait participer à ce genre de sorties mais c'était toujours lui qui empêchait que la situation ne tourne vraiment mal. Il calmait Rodolphus et Rabastan, il savait comment stopper Eléa et Lucius, sans lui, il était certain que cette soirée ne serait pas un simple massacre.
Elle ne s'était pas trompé. L'événement avait fait la une des journaux moldus et sorciers pendant plusieurs jours et jeté une vague de terreur à l'approche d'Halloween.
Une centaine d'étudiants en médecine, fêtant Halloween en avance, avaient trouvé une mort atroce. Bien sûr, il n'y avait eu aucun témoignage, aucun survivant. La police avait spéculé que la soirée avait été bien entamée, et arrosée, lorsqu'un groupe d'inconnus était entré (où était déjà parmi les étudiants ?) et les avait torturés, tués et quelques jeunes filles avaient même subi des agressions sexuelles. Puis certains corps avaient été déplacés pour faire partie d'une mise en scène macabre. La Marque des Ténèbres était apparue sur les 5 heures du matin.
Eléa et Lucius étaient ensuite rentrés au petit matin et Eléa s'était réveillée le lendemain matin avec une gueule de bois horrible, due aux deux bouteilles (trois, selon Lucius) de Champagne qu'elle avait bues à elle toute seule.
Elle avait ensuite joué la comédie en lisant la une de la Gazette du Sorcier, se révoltant contre les Mangemorts et leur violence.
Bien sûr, James l'avait discrètement interrogée sur son week-end et elle avait répondu sans ciller qu'elle avait passé une soirée très agréable avec Lucius qui avait réservé tout un restaurant pour eux deux. Elle supposa que les propriétaires du restaurant furent interrogés mais n'eut pas de nouvelles. Lucius était très fort en manipulation des souvenirs et il avait dû faire du très bon travail.
Bizarrement, elle avait eu du mal à regarder Lily dans les yeux quelques jours après. Dans ces moments là, elle regrettait d'être revenue en Angleterre. En France, elle n'avait pas d'amis et ne se sentait pas coupable de chaque acte qu'elle commettait. Ici, elle avait toujours le sentiment de trahir ses amis, ce qui était vrai dans un sens, mais elle se sentait vraiment mal. Le Maître avait senti cela et lui avait dit sans ménagement qu'elle était trop sensible et cela avait sonné comme un avertissement. Elle se souviendrait toujours de ce que lui avait dit Eilane. « Règle numéro 2 : Tout faire pour servir la cause, Règle numéro 3, et pas des moindres : pas de place pour la culpabilité. ».
Elle soupira et, sentant des fourmis dans les jambes, elle changea de position. Il se faisait tard maintenant et elle commençait à ressentir une pointe d'angoisse. Elle savait que l'Ordre du Phénix s'était dirigé droit dans la gueule du serpent. Les Mangemorts seraient beaucoup plus nombreux qu'ils ne le pensaient et elle avait peur pour Sirius, il était tellement kamikaze qu'elle le savait capable de tout.
Ses angoisses se révélèrent justifiées lorsqu'elle entendit un grand vacarme dans le couloir. Les Potter arrivèrent en premier, Lily soutenant James qui boitait, elle était affreusement pâle et ses yeux ressemblaient à deux lumières étincelantes. Eléa se précipita pour les aider à s'installer dans une grande pièce ressemblant à l'infirmerie de Poudlard. Rémus et Peter arrivèrent ensuite, aidant Sirius à se déplacer. Rémus saignait à la tête, Peter du nez, et Sirius de l'abdomen. Il n'allait pas bien et il perdit connaissance en arrivant dans la pièce. Eléa voulut s'approcher mais Pomfresh l'en empêcha, lui promettant de lui donner les meilleurs soins possibles.
Le défilé continua, Franck et Alice Londubat, Dorcas Meadowes… une douzaine au total.
Eléa soigna James, Rémus et Peter, puis elle donna un remontant à Lily qui était toujours choquée par ce qui s'était passé. Eléa ne lui posa aucune question, elle préféra attendre que son amie lui en parle d'elle-même. Elle essaya de jeter un œil à Sirius mais elle fut appelée par Bones qui avait besoin d'aide pour soigner Meadowes. Elle fit ensuite une potion régénérante et après en avoir distribué à tout le monde, elle alla s'asseoir près de Lily, devant la cheminée.
« Il était là, » murmura Lily après quelques minutes de silence.
Eléa tourna son visage vers elle, inquiète.
« Ce n'était pas ce à quoi nous nous attendions, » ajouta-t-elle. « C'était le bon endroit mais ils étaient beaucoup plus nombreux que le disaient nos informateurs… une trentaine… Il y avait des étrangers et lui. »
Eléa lui serra la main pour l'encourager à continuer. Lily la regarda tristement.
« Il a voulu nous faire changer de camp… Il a utilisé l'endoloris sur nous, puis il est rentré dans ma tête… et… » Elle commença à pleurer. « Mon Dieu, c'était horrible, toutes ces choses qu'il m'a dites, qu'il m'a montrées… » Elle explosa en sanglots et Eléa la consola. « On a réussi à transplaner avant qu'il ne nous jette un Avada Kedavra… »
Lily mit un peu de temps à se calmer et Eléa lui fit prendre une potion apaisante pour qu'elle se détende. Voldemort n'avait pas dû être tendre et Eléa savait plus que de raison ce que cela faisait.
Elle s'approcha du lit où était soigné Sirius, les rideaux étaient tirés et elle hésita à entrer, mais le fit, doucement, le cœur battant. Ce fut la première fois qu'elle vit ce regard chez l'infirmière. Triste, inquiet, presque paniqué.
Eléa posa ses yeux sur Sirius, il était trop pâle et sa respiration était devenue difficile et bruyante. Elle mouilla un linge d'eau fraîche et le posa sur son front en sueur. Il ouvrit les yeux et la regarda avec un sourire triste et dans un effort apparemment surhumain, il posa sa main sur la sienne.
« Il ne m'a pas loupé je crois, » articula-t-il avant de tousser.
Eléa écarquilla les yeux en comprenant que Lucius était à l'origine des blessures de Sirius. Les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'elle lui caressa le visage avant de s'approcher de lui et de poser ses lèvres sur les siennes.
« Je suis désolée, » murmura-t-elle. « Je suis tellement désolée, tout est de ma faute… »
« Ne pleure pas ma puce… »
Il toussa à nouveau et cette fois-ci un peu de sang s'écoula de ses lèvres. Eléa porta sa main à sa bouche en étouffant un petit cri et elle ne put empêcher quelques larmes de couler. Le reste des Maraudeurs et Lily vinrent aussi au chevet de Sirius, essayant de cacher leur émotion en vain.
Il eut une nouvelle quinte de toux, beaucoup plus violente et il eut du mal à reprendre sa respiration.
« Je crois que c'est la fin de l'aventure pour moi, » souffla-t-il.
« Ne dis pas ça Patmol ! » dit James avec colère..
A peine eut-il fini de parler que Sirius perdit connaissance.
Lily se blottit contre James et ils restèrent tous en silence alors qu'Eléa avait pris sa main dans les siennes et l'embrassait. Rémus lut une étrange lueur dans les yeux d'Eléa, elle secouait la tête, les yeux dans le vague et soudain elle se leva.
Pomfresh la regarda, inquiète, tandis que les instruments et les meubles commençaient à trembler légèrement.
« Reculez-vous, » ordonna-t-elle.
« Eléa, qu'est-ce que… »
James n'eut pas le temps de finir sa phrase, Eléa les avait écartés du lit d'un geste de la main et une sorte de champ de force les empêcha de s'approcher d'elle et Sirius. Elle ferma les yeux pour se concentrer, les mains tendues devant elle et les paumes ouvertes vers le ciel. Il était inconcevable que Sirius meure, il était trop jeune, pas comme ça, pas tué par Lucius… Elle se concentrait comme jamais elle ne l'avait fait. Elle n'avait pratiqué ce sortilège qu'une fois, avec de l'aide, et savait qu'elle risquait de le tuer et de mourir par la même occasion. Elle concentra son énergie dans ses mains et elles s'entourèrent d'un halo bleuté, bientôt ponctué de petits éclairs. Ses membres étaient comme habités par des millions de fourmis électriques, l'expérience n'avait rien d'agréable, au contraire. Ses mains lui brûlaient comme si elles étaient en feu et bientôt, les éclairs remontèrent ses bras pour aller rejoindre son cœur. Les battements de son cœur s'étaient ralentis, mais elle les sentait tambouriner contre sa poitrine, de plus en plus fort. C'était le moment. Soudain, elle plongea ses mains sur Sirius, une sur son front, une sur sa blessure et prononça « Impersio ».
C'était un spectacle à la fois fascinant mais aussi inquiétant. Ce qui semblait être de l'énergie circulait d'Eléa vers Sirius et plus les secondes passaient, plus Sirius semblait reprendre des forces. Sa peau se faisait plus rosée, en contrepartie Eléa semblait de plus en plus faible. Elle avait l'impression de se vider complètement, c'était douloureux, comme si on lui arrachait ses membres, elle se sentait fragile, et ses jambes avaient du mal à la porter. Elle ne pourrait pas maintenir le sortilège longtemps. Le champ de force qui les entourait disparut et au bout de quelques minutes intenses, pendant lesquelles Eléa forçait pour rester debout, elle tomba à genoux et perdit à son tour connaissance dans les bras de Rémus.
Poudlard, vendredi 1er novembre 1997
L'après-midi avait été plus calme et le cours de Botanique avait même été agréable. Hermione avait apprécié de travailler en binôme avec Neville qui, passionné de Botanique, avait fait la plus grande partie du boulot sous le regard reconnaissant de la jeune sorcière. Le vendredi soir, après le dîner, Harry, Ron, Ginny et Neville avaient essayé de remonter le moral d'Hermione mais cette dernière n'avait pas semblé d'humeur à veiller dans la salle commune à écouter les blagues stupides de Ron et les rires parfois forcés d'Harry et Ginny. Sans compter la tête perdue de Neville qui paraissait toujours ne rien comprendre aux trois quarts des dialogues échangés. Elle s'était excusée, prétextant un mal de tête et une lourde fatigue, avant de monter lentement jusqu'à sa chambre.
Elle caressa Pattenrond en lui racontant brièvement sa journée et l'animal cligna fort ses yeux, faisant savoir à sa maîtresse qu'il comprenait et qu'il l'aimait. Il ronronna bruyamment en savourant le câlin agréable, puis posa sa tête sur la cuisse d'Hermione, la fixant de ses prunelles orangées remplies d'amour. C'était le premier week-end qu'elle passait seule, loin de Draco, alors que d'habitude, les vendredis soirs étaient propices à des retrouvailles entre les deux amants. Elle sentit son cœur se serrer et se demanda un instant ce qu'était en train de faire Draco, et s'il était déjà dans les bras d'une autre fille, une des nombreuses qui avaient attendu patiemment que le Serpentard soit de nouveau célibataire pour lui mettre le grappin dessus. Elle choisit de chasser cette pensée de son esprit et se rassura en repensant au visage fermé de Draco pendant le cours de Potion et comment il avait expédié son dîner en quittant, seul, rapidement la Grande Salle. Il avait eu l'air anéanti et presque dévasté malgré le fait qu'il avait essayé de faire bonne figure en riant avec ses amis Serpentards. Mais Hermione n'était pas dupe, elle avait eu beau lui marteler qu'elle ne le connaissait pas, elle le connaissait en fait suffisamment pour voir qu'il était au fond d'un gouffre. Par sa faute.
Elle soupira et se prépara pour aller se coucher, traînant longtemps dans la salle de bain commune en s'observant dans le miroir. Elle fit semblant de ne pas voir Parvati sortir d'une des douches mais quand la brunette se retrouva à deux lavabos d'elle, elle ne put l'ignorer plus longtemps et tourna finalement la tête dans sa direction. Leurs regards se croisèrent et Parvati tourna finalement la tête, coiffant et démêlant ses cheveux mouillés, alors qu'Hermione referma finalement son tube de dentifrice en soupirant.
« J'ai appris que tu t'étais séparée de Malfoy… Ca ne change rien Hermione, je t'en veux toujours pour ce que tu as fait sans en parler à personne, et quand je te vois, je ne peux pas me sortir le visage de Lavande de l'esprit… »
Hermione tourna à nouveau la tête vers son ex-camarade de chambre et se contenta d'acquiescer d'un air triste, n'ayant aucune envie de s'excuser encore platement pour une attaque dont elle n'était finalement pas responsable. Eléa avait fini par la convaincre en lui expliquant que malgré les nombreux morts, elle avait sûrement épargné autant de vies en ayant agi de la sorte. Et après des doutes et des remises en question, la jeune sorcière avait choisi de se rassurer de cette manière en songeant avec effroi au carnage qu'il y aurait certainement eu si Voldemort avait eu l'opportunité d'attaquer directement le château encore rempli de ses pensionnaires.
« Tu ne dis rien ? » continua Parvati sur un ton de reproche.
« Qu'est-ce que tu veux que je te dise Parvati ? Que je suis désolée ? Désolée de t'avoir conduit à suivre des séances de soutien psychologique ? Désolée pour tous les morts qu'il y a eus et dont vous me tenez encore tous comme l'unique responsable ? Et que crois-tu ? Que je vais bien ? Que je ne repense jamais à ce qui s'est passé ? Que j'arrive à regarder mon meilleur ami dans les yeux sans y voir son regard éteint reflétant le visage de sa petite amie morte pendant l'attaque ? »
Hermione avait au fur et à mesure haussé le ton et respirait à présent rapidement alors que son cœur s'était accéléré dans sa poitrine. Parvati avait fini de nouer ses longs cheveux en une natte serrée et regardait à présent Hermione avec une étrange expression, entre l'amertume et le choc dû aux paroles d'Hermione qui lui apportait de nouveaux éléments lui permettant de comprendre davantage son ancienne amie.
« Ca ne change rien… », murmura à nouveau Parvati, les larmes aux yeux, davantage confuse.
« Non, tu as raison, ça ne change rien. On ne pourra jamais revenir en arrière et retrouver ce qu'on avait avant, et tu veux que je te dise, je ne le souhaite pas. Ne te méprends pas, je regrette autant que toi la mort de nos camarades, mais cette guerre doit cesser. Parce qu'il s'agit bien d'une guerre Parvati. Et elle a avancé, et j'ai bien l'intention de rester forte pour la mener et la finir pour enfin ramener une paix et une sérénité dans notre monde. Ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas utopiste et encore moins suicidaire. Mais je suis lucide et je ne veux plus me réveiller chaque matin avec la peur au ventre en pensant à Voldemort, et à… Harry. »
Elle réalisa qu'elle avait failli parler d'Harry comme étant son frère, et elle soupira une dernière fois en rangeant ses affaires dans sa trousse.
Parvati baissa les yeux avant de tourner un nouveau regard vers Hermione et quitta finalement la salle de bain en murmurant ces trois mots : « Bonne nuit Hermione… »
Un timide sourire apparut sur les lèvres de la jeune sorcière, sourire qui disparut aussitôt qu'elle leva les yeux vers le miroir. Elle recula d'un pas devant la vision de James Potter dans la psyché. Une vision souriante et plutôt heureuse avant que l'image ne se brouille et se mue en un James haineux en la fixant du regard.
« Vous ne pouvez pas m'atteindre ! » hurla Hermione avant de sortir en courant de la salle de bain et rejoindre son lit sans lequel elle se réfugia en tremblant.
Elle s'endormit longtemps après avec des images dansant dans son esprit dont elle fut incapable de déterminer l'origine, réelles ou imaginaires. Elle était sûre que les images allaient la poursuivre dans ses rêves et elle ne se trompa pas quand elle glissa dans un puits sans fond avec un vertige. Elle rêva de Draco, rêve embrouillé et confus dans lequel le Serpentard lui brandissait avec défi la Marque des Ténèbres gravée dans l'intérieur de son bras gauche. Puis elle vit quelques années plus tard un mariage, le sien, avec Malfoy, avec pour seuls témoins Harry et Voldemort visiblement unis. Les images s'évanouirent et d'autres vinrent instantanément les remplacer. Mais cette fois, elle n'était plus actrice, mais seulement spectatrice. Spectatrice d'une scène dont elle semblait être le catalyseur, malgré elle et malgré une existence visiblement embryonnaire. Eléa était enceinte et elle sut que c'était elle qui se trouvait encore dans le nid chaud, blottie dans le cocon protecteur que constituait l'utérus d'Eléa. Cette dernière pleurait, les mains protectrices posées sur son ventre très arrondi. Puis, l'interlocuteur de sa mère lui apparut et elle sentit, malgré le fait qu'elle dormait, une nausée la saisir violemment. James avait ce même regard haineux qu'elle avait vu quelques heures auparavant et il menaçait Eléa avec un doigt pointé sur elle bien qu'elle n'entendait pas la conversation. Puis, le son fut enclenché et les paroles échangées lui parvinrent alors qu'elle souhaita soudainement quitter la scène dérangeante. Elle voulait autant entendre et voir le film devant ses yeux que s'enfuir et ne pas savoir ce qui s'était visiblement dit. Elle sut en fait qu'elle était contrainte de voir et entendre l'échange, on l'obligeait à assister à ce passé qui était aussi le sien.
« Comment as-tu pu faire ça Eléa ? Comment as-tu pu me faire ça et faire ça à Lily, ta meilleure amie ? » hurlait James, réellement hors de lui. « Tu m'as piégé ! Je te préviens, Lily n'a pas intérêt à savoir un mot de ça… Et je crois qu'il vaut mieux qu'on ne se croise plus pendant un moment, qu'on ne croise plus jamais pour dire vrai… »
« Mais James… », sanglotait Eléa, « c'est aussi ton bébé… »
« Non ! Je ne suis pas responsable de ça ! Je ne veux pas de ce bâtard, tu t'en débarrasses ou tu te débrouilles avec, mais je ne veux plus jamais en entendre parler ! »
« C'est une fille… », souffla Eléa en caressant doucement son ventre.
« Je m'en fous Eléa, je ne veux pas le savoir ! Lily va mettre au monde dans moins d'un mois un fils, mon fils, mon héritier légitime et tu te débrouilles avec cette pisseuse ! Tu fais ce que tu veux, je ne veux pas le savoir, ça ne me concerne pas, je ne veux plus entendre parler de ce gosse… Fais porter la paternité à Malfoy, un bâtard de plus ou de moins pour lui, ça ne lui fera pas une grande différence… »
James fit un pas dans l'intention de s'en aller mais Eléa le rattrapa par le bras.
« James, attends, écoute-moi s'il te plaît… »
« Non ! »
Il la poussa violemment en arrière et elle tomba sur le sol, cognant sa tête contre la chaise qu'elle avait manquée. Elle grimaça sous la douleur et porta à nouveau une main protectrice pour soutenir son abdomen.
« Tu veux que je t'aide à provoquer une fausse couche ? » siffla James avec son balai brandi dans une main.
« Vas t'en… », pleura Eléa en sentant le sang couler dans son cou.
« Enfin une parole sensée… », sourit de manière sadique James. « Adieu Eléa et je te rappelle que tout ça reste entre ces quatre murs. Si jamais… Enfin tu sais, un accident est parfois vite arrivé », la menaça James avant de sortir sans un dernier regard pour Eléa.
Hermione se réveilla soudainement, se redressant dans son lit avant de tâtonner dans l'obscurité et trouver sa baguette avec laquelle elle alluma une faible lumière. Elle chercha du regard Pattenrond et le chat orange ouvrit un œil en voyant sa maîtresse réveillée, en nage et tremblante. Hermione plia ses genoux qu'elle rapprocha de sa poitrine avant de les enlacer et se mettre à pleurer doucement, se balançant d'avant en arrière suivant un rythme régulier. Ainsi, son père n'avait pas voulu d'elle. Voldemort avait eu raison, il le lui avait dit et venait de lui montrer une scène du passé où elle ne pouvait avoir plus aucun doute sur la cruauté et l'indifférence de James vis-à-vis d'elle. Eléa s'était, bien entendu, gardée de lui raconter tout ça et elle ressentit comme une trahison et un sentiment de rejet alors que l'image de ses parents adoptifs lui revint et qu'elle se remit à pleurer de plus belle.
Mercredi 31 octobre 1979, QG de l'Ordre du Phénix
Elle se réveilla quelques minutes après, tremblante et en prise à une fatigue extrême.
« J'ai réussi ? » s'empressa-t-elle de demander à Rémus qui était resté à ses côtés.
« Oui. Il va beaucoup mieux, incroyablement mieux je dirais… » dit-il en se décalant légèrement et la laissant voir Sirius allongé, discutant, un sourire aux lèvres, avec ses amis.
« Tant mieux, » souffla-t-elle.
« Tu n'aurais pas dû Eléa, c'était très dangereux, » dit-il sérieusement. « Non seulement ça aurait pu agir de façon inverse, mais tu lui as communiqué ton énergie et tu pratiques la Magie Noire… »
« Je ne pratique pas tant que ça Rémus… » Il leva les yeux au ciel. « Rémus, Sirius est né dans la Magie Noire, il ne risque pas d'effets secondaires ! Si ça avait été Lily, j'aurais hésité, mais là… »
Elle essaya de se lever mais il la retint.
« Tu es trop faible… Tu devrais boire ça, » dit-il en lui tendant une potion qu'elle avait elle-même fabriquée quelques heures plus tôt. Elle la but d'une traite et se rallongea quelques instants, attendant qu'elle fasse effet. Elle se sentit bien mieux et put enfin se lever et aller au chevet de son ex-amant.
Il lui tendit une main tout en souriant et la fit asseoir près de lui. Il la remercia mais la réprimanda aussi pour la dangerosité de son acte.
Leurs amis décidèrent de les laisser un moment seuls et s'éclipsèrent, prétextant en bafouillant un coup de téléphone à passer.
« Ils sont toujours aussi nuls en excuses ! » s'étonna Eléa.
« Oui, certaines choses ne changent pas… »
Elle s'allongea à côté de lui, repensant furtivement aux menaces de Lucius. Il mit un bras autour d'elle et elle se blottit contre sa poitrine, à présent exempte de toute blessure.
« Tu m'as sauvé la vie Eléa, jamais je ne l'oublierai… »
« Tu aurais fait la même chose pour moi… »
« Je te le revaudrai, je te jure qu'un jour, je sauverai la tienne, » dit-il sérieusement.
Elle faillit lui répondre que c'était impossible, que sa vie ne lui appartenait plus depuis longtemps, mais elle se mordit la lèvre pour ne pas avouer.
« Tu ne portes pas ta croix ? » interrogea-t-il alors qu'il en connaissait trop bien la réponse.
Elle se releva et s'assit pour le regarder en face.
« Je n'ai pas le droit Sirius, » dit-elle tristement. « Lucius sait ce qui s'est passé entre nous et je n'ai pas le droit de la mettre. »
« Ce n'est pas grave, » la consola-t-il en essuyant une larme de son pouce. Il déposa un baiser avant de la regarder dans les yeux.
« ça aussi je ne peux plus, je lui ai promis Sirius, ou il te tuera… Il y est presque arrivé aujourd'hui… »
Il soupira avant de reprendre. « Je l'ai dit à Audrey. »
« Quoi ? » Elle avait levé vers lui un regard étonné.
« Je ne pouvais pas lui cacher Eléa… On ne peut pas dire qu'elle l'ait bien pris… Nous sommes un peu en froid. »
« Elle doit me haïr…. Par Merlin, je regrette tant… »
« C'est vrai, tu regrettes ? » dit-il en levant un sourcil.
« Euh non, je ne regrette pas, tu as été fantastique, » murmura-t-elle avec un sourire coquin, « ce que je regrette, ce sont les conséquences… »
Ils restèrent un instant enlacés puis lorsque Sirius s'endormit, Eléa fit le tour de ses autres malades. Elle vit Pomfresh discuter avec son père, elle n'avait même pas remarqué sa présence et elle détourna les yeux lorsqu'il la regarda. Il alla finalement la rejoindre et la remercia du bon travail qu'elle avait fait, malgré les risques qu'elle avait pris. Il lui en reparlerait plus tard, lorsqu'elle serait remise et Eléa appréhendait d'avance les questions qu'il lui poserait sur ce rituel de partage. Il lui proposa ensuite de rentrer chez elle se reposer, ce qu'elle accepta, sentant la fatigue prendre le dessus.
Mais elle ne resta pas chez elle. N'ayant aucune nouvelle de Lucius, elle décida de transplaner vers Little Hangleton où elle espérait le trouver en bonne santé.
Elle arriva dans le salon quelque peu essoufflée et trouva Rodolphus et son frère assis dans un canapé, discutant sérieusement. Rodolphus se leva et alla à sa rencontre. Elle se jeta dans ses bras et le serra fort.
« je suis si contente que tu n'aies rien, » chuchota-t-elle. « Tout le monde va bien ? »
« oui, il n'y a eu que des blessés légers de notre côté, » la rassura-t-il.
« Où est Lucius ? » s'empressa-t-elle de lui demander.
« Il se repose dans une des chambres à l'étage, il doit t'attendre, » lui sourit-il.
Elle acquiesça et monta les escaliers avec difficultés compte tenu de sa fatigue. Elle arriva dans le corridor et se demanda dans quelle chambre pouvait se trouver son amant. Elle longea le couloir, se concentrant et s'arrêta avec un sourire devant la quatrième porte à gauche. Elle entra doucement, ne voulant pas le réveiller mais elle le vit près de la fenêtre, observant le lever du soleil. Elle s'approcha de lui et prit la cigarette qu'il avait à sa main droite pour tirer quelques bouffées, puis l'embrassa dans le cou avant de lui capturer ses lèvres.
Elle recula d'un pas en voyant son bras gauche en écharpe.
« Tu n'as pas trop mal ? »
« Non, chaton, ça ira, » dit-il en l'embrassant. « Black sait se battre apparemment… » Elle le regarda avec appréhension. « Comment va-t-il ? »
« En vie, » répondit-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
« J'aurais pourtant cru qu'il mourrait de ses blessures, » ajouta-t-il d'un ton mielleux.
« C'était sous-estimer Pomfresh apparemment, » répondit-elle sur le même ton.
« Pomfresh ? Vraiment ? » l'interrogea-t-il en levant un sourcil. Il la détailla avec un regard froid avant de continuer. « Je l'ai touché aux poumons et à une artère, il aurait dû mourir, Eléa. Pomfresh, aussi bonne qu'elle puisse être, n'a pas pu le sauver. »
« Qu'est-ce que tu insinues ? » soupira-t-elle.
« Que vu ton état physique, Eléa, je crois que tu l'as aidé plus que de raison ! » cracha-t-il.
« Oui. Si tu veux tout savoir Lucius, j'ai fait un rituel de partage pour le sauver ! Ça te va comme réponse ? Je n'ai pas pu me résoudre à le laisser mourir ! » s'énerva-t-elle.
Il lui tournait à présent le dos et elle voyait qu'il était en colère.
« Lucius, je t'ai juré qu'il n'y aurait plus rien entre lui et moi, mais je n'ai pas pu le voir mourir… »
« Si tu ressuscites tous les morts de l'Ordre du Phénix, j'en connais un qui ne sera pas d'accord… » marmonna-t-il.
« Il n'est pas question d'Ordre du Phénix ou de guerre ici, c'était une vengeance personnelle Lucius. »
« Tu ne croyais pas que j'allais perdre une telle occasion ? »
« Non, bien sûr que non, » rit-elle faussement. « je te connais trop. »
Elle s'assit sur le lit, une main sur sa tempe droite qui lui faisait atrocement mal. Il s'agenouilla devant elle et dégagea ses longs cheveux bruns avant de prendre sa tête dans ses mains et de lui masser l'endroit de la douleur. Elle gémit de soulagement et le remercia d'un baiser. Il la regarda dans les yeux.
« Tu l'aurais fait pour moi ? Je veux dire le rituel ? »
Elle fronça les sourcils et secoua la tête. « Tu ne comprends pas Lucius, je donnerai ma vie pour toi… »
Il eut une étincelle dans les yeux de son amant et Eléa crut y déceler quelques larmes que bien sûr elle ne verrait pas, il l'embrassa longuement avant de s'allonger avec elle.
Ils s'endormirent paisiblement alors que les rayons du soleil commençaient à caresser leurs visages, tournant la page de cette soirée d'Halloween.
Poudlard, samedi 2 novembre 1997
Une nuit terrible, peu de sommeil, beaucoup de questions restées sans réponse, une amertume, une tristesse, un dégoût, et à présent des cernes et des yeux gonflés et rougis. Hermione soupira et descendit dans la salle commune tout en enfilant un pull blanc à manches longues.
« Hermy ! » s'exclama Harry en la voyant, « tu tombes bien, on va faire un tour dans le parc et essayer le nouveau… euh, zut je sais plus comment il a appelé ça, enfin le nouveau truc magique de Ron qui avait vraiment l'air sympa et amusant », sourit Harry en enfilant son manteau. « Tu viens ? »
« Non… Je suis fatiguée, j'ai mal dormi et il faut que j'aille voir Dumbledore… »
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Harry en abandonnant son sourire et sa bonne humeur en remarquant enfin la mine de sa sœur.
« Rien. »
« Hermy », gronda Harry en s'approchant d'elle. « Dis-moi ce qui ne va pas, je vois bien qu'il y a quelque chose qui cloche… C'est encore à cause de Malfoy ? »
« Oui », mentit à moitié Hermione en enfouissant ses mains dans les poches de son jean.
« C'est normal que tu aies un peu de mal, il va te falloir un peu de temps, mais ne te rends pas malade pour autant à cause de cette andouille ! »
Hermione acquiesça en esquissant un timide sourire à Harry avant de le regarder, hésitante.
« Harry… Est-ce que tu penses que James aurait été capable de me rejeter au point d'être violent avec Eléa ? »
« Quoi ? » demanda Harry en fronçant les sourcils avec un air perdu. « Qu'est-ce que tu racontes ? Je ne te suis pas là… Quel est le rapport avec Malfoy ? »
« Aucun… J'ai fait un rêve et… c'était pas réjouissant, je me demande juste si James n'aurait pas finalement nié mon existence, et ça aurait été compréhensible, vis-à-vis de ta mère, de toi, de son mariage et tout ça… »
« Tu as fait un cauchemar, hein ? Je suis désolé Hermy… », la consola Harry en passant un bras autour de ses épaules.
« Je ne suis pas sûre que c'était un cauchemar Harry… Ca avait l'air si réel… »
« Je ne peux pas te dire Hermy… », répondit Harry avec un air compatissant. « Il est très probable que les choses aient été tendues entre James et Eléa, mais il faut que tu en parles avec Eléa de ça, elle saura te dire elle… Tu sais, des fois, j'aimerais aussi lui poser un tas de questions, être rassuré sur mes parents, mais en même temps, je ne veux pas que tu sois malheureuse et je ne veux pas entendre des choses que je ne suis pas prêt à entendre. J'ai aussi tellement de mal à regarder ta mère sans voir mes parents et surtout ma mère, et je t'avoue que si ma mère a été malheureuse à cause d'Eléa, je ne pourrais jamais lui pardonner… Je suis partagé et confus vis-à-vis de toi. C'était la guerre Hermione tu sais, tu as été confiée assez vite et quoi qu'il ait pu se passer, tout le monde a forcément dû souffrir… Mais moi, je t'aime, ça tu peux en être sûre, jamais plus je ne te rejetterai, tu es ma sœur, ma meilleure amie et je t'aime. »
Elle leva des yeux embués de larmes qu'elle plongea dans le regard vert d'Harry et quand il l'embrassa doucement sur la tête, elle ferma les yeux desquels s'échappèrent quelques larmes silencieuses.
« Merci Harry, je t'aime aussi », dit-elle avec un sourire plus marqué.
« Wow ! » retentit soudainement la voix de Dean Thomas derrière eux. « Qui l'eut cru… Potter et Granger ! Enfin après toutes ces années ! devrais-je plutôt dire… Voici donc la raison officieuse de ta rupture avec Malfoy, Hermione ! Et toi Harry, tu l'as dit à Ginny ou pas encore ! A moins que tu aies peur de la réaction de Ron et honnêtement je comprends ta position délicate… Quelle bande vous faites ! » se mit à rire Dean. « Bon courage les gars, sincèrement ! » termina Dean en quittant la salle commune tout en riant à gorge déployée.
« Hey, attends ! » réagit enfin Hermione avant d'être arrêtée par Harry.
« Laisse tomber Hermy… »
« Mais enfin Harry, il croit que tous les deux, nous sommes… enfin, tu l'as entendu ! C'est insensé, c'est une méprise, il va raconter des choses fausses et stupides ! »
« Je m'en fous, et tu devrais aussi… Dean Thomas n'est qu'un crétin. Tu te rappelles ce qu'il avait fait à Ginny, n'est-ce pas ? Ou alors les remarques stupides qu'il peut sortir te concernant dans l'unique but de t'ennuyer et te faire souffrir. Nous, on sait ce qu'il en est, tous les cinq, et même Malfoy, alors honnêtement ce que peut penser ou dire Dean Thomas, je m'en contrefous », termina Harry, déterminé.
« Tu as certainement raison, et puis j'ai d'autres préoccupations bien plus importantes que ça en fait. »
« Bon, tu viens jouer ? » demanda à nouveau Harry, plein d'entrain.
« Non, il faut vraiment que j'aille voir Dumbledore… »
« Ok ! On se retrouve pour le déjeuner alors ! Ou avant si tu as fini, tu nous rejoins dehors. »
« Ca marche… », se força à sourire Hermione avec une autre idée en tête.
Harry lui retourna son sourire et regarda à droite et à gauche avant de lui donner un dernier baiser sur le front et sortir de la salle commune.
« Je ne voulais pas vous déranger… mais c'est vraiment important, et j'avais besoin de vous voir », commença Hermione d'un air timide.
« Assieds-toi, je t'en prie Hermione, tu ne me déranges jamais tu sais », lui répondit Dumbledore avec le regard pétillant mais légèrement voilé en remarquant la mine fatiguée de sa petite fille. « Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? »
« J'aimerais aller voir Eléa, maintenant… », déclara Hermione et elle vit le visage de son grand-père se fermer soudainement alors qu'il la pria de poursuivre. « Je viens vous demander la permission d'aller voir Eléa au manoir aujourd'hui parce qu'il faut vraiment que je la vois et que je lui parle, c'est important… »
« Accorder des privilèges spéciaux à un membre de la famille n'est pas une pratique que je cautionne Hermione… »
« Je vous en prie, je ne le dirais à personne, juste une heure, ou même une demi-heure ! » le supplia Hermione.
« Je crains devoir être obligé de te dire non », trancha Dumbledore. « Tu peux toujours lui envoyer un hibou tu sais. »
« Ce n'est pas pareil, je veux la voir… »
« Je suis désolé Hermione mais je dois refuser. Mais je peux peut-être t'aider, qu'est-ce que tu as de si urgent à dire à Eléa ? »
Hermione baissa la tête et resta silencieuse tout en maudissant intérieurement son grand-père.
« Je vois, ça ne doit donc pas être une question de vie ou de mort et une lettre sera largement suffisante il me semble… »
« Ok, ça ne fait rien de toute manière… », marmonna Hermione en se levant et se dirigeant vers l'escalier.
« Hermione », l'arrêta Dumbledore et elle se retourna pour lui faire face avec un visage fermé. « Je suis là si tu as besoin de parler, le Professeur McGonagall est là également, et tu sais que tu peux compter sur Pompom et sa discrétion… Il me semble également que tu as des amis sincères ici et un frère à ton écoute. Toute communication avec Eléa n'est pas rompue, je te répète que tu peux lui écrire et échanger avec elle autant de lettres que tu le souhaites. Tous les élèves sont soumis au même règlement à l'école tu sais, je ne fais pas ça contre toi, les relations avec les parents sont limitées pour tout le monde mais pas interdites pour autant. Tu as cette chance supplémentaire de pouvoir voir Eléa aux réunions de l'Ordre, ne l'oublie pas. Et la réunion prévue pour vendredi prochain ne me paraît pas être une attente insurmontable pour voir Eléa. »
Hermione acquiesça et descendit sans un mot pour son grand-père qui la regarda partir avec le front légèrement plissé dû à une inquiétude légitime.
Hermione fulmina en descendant jusqu'à la Grande Salle. Elle se posa lourdement sur le banc de sa Maison et commença à prendre son petit déjeuner en ruminant et pestant contre Dumbledore, James Potter, Voldemort, Draco et même Eléa finalement. Eléa. Il fallait vraiment qu'elle la voit, c'était viscéral. Elle finit d'avaler son croissant, son jus d'orange et son lait comme si le petit déjeuner avait un temps limité sur la table et elle sortit d'un pas décidé en regardant devant elle, ne remarquant même pas Draco qui la suivit du regard tout en soutenant sa tête d'une main avec un visage éteint.
Elle sortit sur le parvis du château et se rapprocha du chemin menant au lac. Elle aperçut ses amis en train de jouer à un jeu ressemblant à du croquet moldu et elle se dirigea vers l'allée de l'autre côté du château pour descendre jusqu'aux grilles de Poudlard sans être vue par eux. Elle n'eut aucun mal à sortir de l'enceinte protectrice du château qu'elle regarda finalement avec une pointe d'hésitation. Elle haussa les épaules et rangea sa baguette dans son jean avant de transplaner jusqu'à Little Hangleton sans aucun autre remord.
Le manoir était silencieux. Hermione se sentie soudainement coupable d'être ici par un moyen en plus interdit. Elle fut incapable de compter le nombre de règles qu'elle avait brisées en transplanant sans permis jusqu'à l'antre du Mal. Elle constata avec étonnement que le grand salon était vide et elle sursauta quand elle vit Voldemort fumant une longue cigarette, assis dans un large fauteuil dans la pénombre, près de la cheminée. Il venait de prendre son apparence séductrice pour qu'elle soutienne son regard turquoise qu'elle distingua clairement dans l'ombre. Elle ne distinguait en fait que cela de la créature, son regard turquoise qui semblait illuminer toute la large pièce. Les images de son rêve lui revinrent et elle le sentit s'introduire en elle. Elle souhaita tout à coup avoir commencé les cours pratiques d'occlumancie et porta une main à ses tempes alors qu'elle sentit une douleur lancinante. Il eut un rictus qu'elle ne vit pas et la douleur la quitta aussi vite qu'elle était arrivée.
« Eléa est certainement enfermée dans son petit salon préféré… », déclara finalement le Seigneur des Ténèbres. « Mais fais bien attention à ce qu'elle te dit concernant ton père, tu comprendras aisément qu'elle n'ait peut-être pas intérêt à tout te divulguer si elle veut garder ton affection et ta confiance. »
« Ma mère ne m'a jamais menti », répondit Hermione, les dents serrées.
« Transplaner sans permis est un grave délit, Hermione », lança Voldemort avec un large sourire séducteur et moqueur qu'elle put, lui, voir.
Elle laissa le propriétaire des lieux dans son coin de méditation et monta rapidement au premier étage en se dirigeant directement vers le petit salon. La porte verrouillée, elle frappa doucement et Eléa vint lui ouvrir avec un regard interrogateur et quelque peu surpris.
« Hermione, comment tu es arrivée jusqu'ici ? » demanda Eléa, perplexe.
« J'ai transplané… »
« Quoi ! Tu n'as pas le permis et je suppose que ton grand-père n'est pas au courant ! Il va être furax Hermione et je te préviens que- »
« Maman », l'interrompit Hermione en se mettant soudainement à pleurer. « Draco et moi, on a rompu, c'est fini… »
Eléa écarquilla grands les yeux et fit finalement un pas pour prendre sa fille dans ses bras.
Elle la conduisit jusqu'au canapé et la fit asseoir, la consolant en attendant qu'elle se calme, avant de la questionner. Hermione s'employa à raconter à sa mère le Halloween le plus pourri qu'elle ait vécu dans sa courte vie et Eléa fut sincèrement désolée pour elle, ne comprenant pourtant pas tout dans le récit décousu et troublé d'Hermione. Elle se garda de lui poser des questions qui pourraient la faire pleurer à nouveau et elles restèrent quelques minutes assises et enfoncées dans le canapé, silencieuses et en train de méditer à tout ce qui venait d'être dit. Hermione laissa vagabonder son esprit et se tourna finalement vers Eléa qui était en train de regarder le mur en face d'elle comme s'il était soudainement devenu fascinant.
« Maman… Tu ne m'as pas réellement parlé de James… Et je me demandais comment il avait réagi en apprenant que tu étais enceinte de moi et qu'il allait être doublement père puisque Lily était aussi enceinte d'Harry… »
Eléa tourna un regard surpris et confus vers Hermione.
« Mais il n'a jamais su pour toi chérie… Je ne lui ai pas dit que j'étais enceinte de lui… »
« Oh… »
Hermione fronça les sourcils et eut tout à coup un sérieux doute sur l'affirmation de sa mère alors que tout ce qu'elle avait appris depuis la mort de ses parents adoptifs lui revenaient comme un boomerang en plein visage.
« Eléa était dangereuse, dangereuse pour les autres, dangereuse pour elle-même. Je n'ai pas pu empêcher sa passion destructrice, la manière dont elle s'est détruite elle-même et je ne voulais pas qu'elle te détruise… Eléa est telle qu'on a pu te la décrire, et même pire. Elle est séductrice et manipulatrice, Hermione… »
Ces mots de Dumbledore il y a quelques mois lui revinrent et elle ferma les yeux alors qu'une nausée s'empara d'elle en repensant à son face à face avec Voldemort d'il y a quelques instants.
« Je… je vais y aller, je vais rentrer… », déclara Hermione en se levant soudainement.
« Tu veux que je te raccompagne pour expliquer à ton grand-père le fait que tu as dû contrevenir à au moins trente six règlements de Poudlard ? » demanda Eléa avec une petite grimace.
« Non, ça va aller, je me débrouillerai… », répondit Hermione en haussant les épaules.
« Comment comptes-tu rentrer ? Il est hors de question que tu transplanes à nouveau sans permis Hermione, c'est trop dangereux », affirma Eléa sur un ton maternaliste.
« Et comment veux-tu que je fasse autrement ! » rétorqua Hermione, agacée.
« Un autre ton s'il te plaît Hermione », l'avertit Eléa qui s'était à son tour levée. « Tu rentres par poudre de cheminette, je vais ouvrir ma cheminée. »
« Et atterrir directement dans le bureau de grand-père, fabuleux… », souffla Hermione en levant les yeux au ciel.
Eléa esquissa un sourire discret en entendant sa fille appeler Dumbledore « grand-père » mais elle ne releva pas, persuadée qu'Hermione avait dit ça sans s'en rendre compte.
« Tu ne crois tout de même pas lui échapper si facilement ! Plus vite tu l'auras confronté, mieux ce sera, crois-moi », déclara Eléa tout en poussant Hermione par les épaules jusqu'à sa chambre alors que la jeune sorcière traînait des pieds.
Elle lui donna une pleine poignée de poudre dans une main et l'embrassa avant de lui adresser un petit sourire réconfortant en lui rappelant qu'elles se voyaient dans moins d'une semaine. Hermione ne lui retourna pas son sourire et s'échappa dans la cheminée avec un regard meurtrier tandis qu'elle prononça, presque en criant, le nom de l'école dans laquelle elle arriva quelques secondes plus tard.
Elle soupira avec une mine désabusée et résignée en voyant son grand-père les bras croisés sur sa poitrine qui l'attendait debout à côté d'un fauteuil.
« Si tu veux bien me suivre jusqu'à mon bureau, Hermione », déclara d'un ton las Dumbledore en se dirigeant vers les escaliers menant à la mezzanine.
Elle le suivit en traînant les pieds avec une moue boudeuse et s'arrêta un instant à côté de Fumseck qu'elle caressa doucement.
« Hermione ! » rua Dumbledore d'en haut faisant sursauter la jeune sorcière qui se hâta de monter pour le rejoindre.
Elle n'attendit pas qu'il lui dise deux fois et s'assit sur la chaise face à lui en essayant de se tasser dans l'espoir de se faire oublier.
« Je ne te cacherai pas que je suis extrêmement déçu, Hermione », commença le vieux sorcier en secouant la tête d'un air fâché.
« Je suis désolée… », souffla Hermione d'une petite voix et elle l'était réellement en pensant à l'inutilité de la manœuvre.
« Est-ce que tu te rends compte combien il était dangereux de transplaner sans permis ? Au-delà des risques que tu as pris, ce délit est passible de peines non négligeables Hermione. Je ne signalerai pas cette infraction, tu serais interdite de passer le permis pendant au moins cinq ans et l'Ordre a besoin que tu puisses transplaner… », déclara Dumbledore et Hermione leva la tête vers le directeur avec un espoir quand au fait qu'il minimiserait peut-être ses erreurs accumulées en moins d'une heure. « Tu mérites néanmoins d'être sanctionnée, je vais devoir te punir, Hermione », ajouta-t-il et elle baissa à nouveau la tête, décidant finalement qu'elle se moquait d'être collée jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ses préoccupations étaient toutes autres et elle avait en tête un questionnement trop prégnant pour se soucier de quelques heures de détention. Elle fut soudainement tentée de demander au vieux sorcier s'il savait quelque chose sur James vu qu'il s'était occupé d'elle juste après sa naissance mais elle renonça en voyant le regard plus qu'en colère de son grand-père.
« J'ai déjà vu avec le Professeur Snape et compte tenu du fait que tu as quelques lacunes en Potions, tu verras avec lui pour qu'il t'organise deux semaines de détention pendant lesquelles il te fera travailler. Il t'attend dans son bureau à 15h. »
« D'accord. Je peux y aller ? » demanda finalement Hermione.
« Hermione, tu réalises vraiment que tu as brisé les règles les plus élémentaires de cette école en te montrant si inconsciente ? »
« Oui, et je suis désolée », répéta Hermione sur le même ton éteint.
Dumbledore soupira en scrutant le visage de sa petite-fille et une tristesse s'empara de lui quand il réalisa qu'elle n'allait vraiment pas bien pour en être arrivée à de telles extrémités.
« J'espère au moins que le fait d'avoir vu Eléa t'a aidée. Est-ce que tu veux me parler de ce qui te préoccupe Hermione ? »
« Non… Est-ce que je peux y aller maintenant ? »
« Je cherche juste à t'aider et à apaiser ta peine et tes tourments dans la mesure de mes possibilités… », insista le directeur avec une petite voix moins fâchée.
« Qu'est-ce que vous voulez savoir ? » éclata soudainement Hermione en se remettant à pleurer. « J'ai rompu avec Draco ! Voilà, vous êtes content ! Je suppose que les histoires d'amour foireuses d'une adolescente de dix sept ans vous sont indifférentes et ne méritent pas toutes ces contraventions au règlement entier de Poudlard ! »
Hermione sanglotait à présent doucement sur sa chaise, tentant désespérément d'arrêter le flot de larmes qui ne semblait pas vouloir se tarir.
« Ne crois pas ça Hermione, je suis sincèrement désolé de l'apprendre et profondément peiné de voir combien cette situation te rend malheureuse… »
« Est-ce que je peux y aller ? » demanda-t-elle entre deux sanglots.
Le directeur acquiesça tristement et regarda partir sa petite-fille avec un profond sentiment de gâchis face aux tourments de l'adolescence conduisant à faire des choses insensées.
Hermione remonta presque en courant jusqu'à sa salle commune et la Grosse Dame du portrait se montra compatissante face à la tristesse de la jeune Gryffondor. Elle entendit Ron et Harry en train de se chamailler comme à leur habitude quand ils jouaient aux échecs pendant un trop long laps de temps et au lieu de courir se réfugier dans sa chambre, elle s'approcha d'eux avec une mine dévastée.
« Mione, qu'est-ce qui s'est passé ? » lui demanda Ron qui l'avait aperçue en premier.
Harry se tourna à son tour et se leva d'un bond pour aller la prendre dans ses bras et la conduire vers un fauteuil près de la cheminée.
Elle s'employa à raconter à ses deux amis ses récentes péripéties tout en sanglotant encore et toujours.
« Deux semaines ! Avec Snape ? Mais à quoi il pense Dumbledore ! La mort Mione ! Je te plains sincèrement ! » s'exclama Ron, halluciné.
« Je m'en fous… », déclara d'une faible voix Hermione.
« Tu as parlé de James à Eléa ? » lui demanda Harry.
« James ? Quel rapport avec Malfoy ? » demanda à son tour Ron, largué.
« Aucun rapport Ron », répondit Hermione, « et non, Harry », mentit Hermione en se levant. « Je vous retrouve tout à l'heure au déjeuner. »
Mais Hermione ne fit pas son apparition dans la Grande Salle à l'heure du déjeuner. Elle s'endormit dans sa chambre et rattrapa quelque peu le sommeil qu'elle n'avait pas eu durant la nuit d'avant. A 15h, elle descendit jusqu'aux sous-sols de Poudlard et elle croisa Draco, se demandant sérieusement si le destin, et son synchronisme dans les évènements, n'était pas en train de se jouer d'elle. Ils s'ignorèrent du mieux qu'ils le purent mais Draco ne put s'empêcher de se retourner pour la voir frapper et entrer dans le bureau de son directeur de Maison.
Snape était assis à son bureau, une pile de copies à corriger devant lui, et elle se demanda s'il lui arrivait de faire autre chose que ce travail fastidieux à longueur de journée. Il lui fit signe de s'asseoir et elle obéit d'un air détaché en attendant qu'il parle.
« Je ne vais pas vous faire la morale, Miss Granger, je suppose que le Directeur s'est chargé de vous communiquer sa profonde déception quand au comportement indigne et incompréhensible d'une des meilleures, sinon la meilleure, élèves de l'école… »
Elle acquiesça légèrement et il leva un sourcil en voyant sa mine éteinte.
« Ce comportement est aussi bien fâcheux pour notre organisation… Il était dangereux, inconsidéré et finalement périlleux. Un agent double se doit d'avoir une conduite irréprochable Miss Granger. Bien évidemment, vos missions ne sont pas conséquentes pour le moment et votre jeune âge vous empêche de mesurer la portée de vos actions mais la prochaine fois, avant d'agir de la sorte, pensez à la responsabilité que vous endossez quand vous faites quelque chose, responsabilité qui comprend aussi bien votre frère, votre mère, que l'ensemble des membres de l'Ordre du Phénix, Miss… »
Elle réalisa enfin qu'il était en train de la traiter en adulte et elle sentit à nouveau ses yeux s'embuer de larmes en songeant aux risques qu'elle avait pris et combien elle avait été imprudente et égoïste en désobéissant de la sorte à son grand-père.
« Pas de pleurs Miss… Il faut être forte quand on travaille sans filet et qu'on agit comme vous en haute voltige ! Juste entre nous, mais vraiment entre nous, ce que vous avez fait me conforte dans la décision de l'Ordre, vous ferez bien une excellente agent double au sein de l'Organisation et je serai un des premiers à le rappeler en cas de doute émis un jour sur vos performances et compétences… »
Hermione ne put s'empêcher d'esquisser un sourire devant la remarque de son professeur, et ses paroles lui évitèrent de craquer à nouveau.
« Lundi, 18h, faites en sorte de connaître les chapitres 12 à 15… », termina-t-il en lui désignant finalement la porte. « Vous pouvez disposer. »
« Merci Professeur », déclara-t-elle avec un timide sourire en se dirigeant vers la porte.
« Hors de ma vue ! » rua Snape. « Et ouvrez votre manuel en sortant d'ici, je ne veux pas perdre mon temps les deux semaines à venir ! »
Quand elle fut sortie de son bureau, Snape ne put s'empêcher de sourire à son tour en pensant combien Hermione ressemblait de plus en plus à Eléa.
Poudlard, vendredi 2 novembre 1979
Eléa était assise sur un fauteuil moelleux, près de la cheminée. On lui avait fait porter du thé et des cookies, mais son estomac noué ne voulait rien avaler.
Depuis son retour en France, elle appréhendait chaque discussion avec son père, parce qu'elle avait peur qu'il découvre ses secrets, mais elle avait peur aussi qu'il veuille la voir en tant que membre de l'Ordre ou en tant que maîtresse de Lucius plutôt que de la recevoir comme sa fille.
Elle attendait patiemment, entourée des portraits indiscrets qui murmuraient des choses à son sujet, elle se tourna vers eux en murmurant méchamment un « chuuuuut ! » et elle sursauta lorsque son père arriva enfin.
Il s'assit en face d'elle et croqua dans un cookie avec un faible sourire.
« Alors Eléa, comment te sens-tu ? »
« Bien, ça va bien papa… »
« Tu dois te douter de la raison pour laquelle je t'ai demandé de venir, n'est-ce pas ? »
« Plus ou moins, » se contenta-t-elle de répondre.
Il prit un air plus grave et but une gorgée de thé avant de reprendre la parole.
« Eléa, le rituel que tu as fait pour sauver Sirius était très puissant et dangereux. Tu aurais pu y perdre ta vie. »
« Je sais, » soupira-t-elle. « Je ne vois pas où est le problème, je l'ai sauvé, il est en vie, c'est le principal non ? »
« Non, » lâcha-t-il. Elle fonça les sourcils et essaya de prendre la parole mais il leva la main, pour l'en empêcher et il reprit : « je sais que tu l'as fait parce que c'était Sirius, tu ne l'aurais pas fait pour un autre membre. Parce que ce rituel demande une magie avancée et des études dans la Magie Noire pour le réaliser. Parce qu'en agissant de la sorte, tu as transmis ton énergie à Sirius, ta magie, et je sais qu'elle n'est pas pure. »
« Sirius est un Black, il connaît la Magie Noire, il l'a déjà dans le sang, il n'y avait pas de risque ! »
« Au contraire, » coupa-t-il. « Tu as encore beaucoup de choses à apprendre ma fille ! » Il s'était levé et avait le visage fermé. « Sirius a eu des effets secondaires, il a été malade. » Eléa écarquilla les yeux. « Il va mieux, mais cela me laisse penser que tu pratiques toujours autant la Magie Noire et cela m'inquiète. »
« Oui, je pratique, » dit-elle à voix basse. « Je ne peux pas cesser de pratiquer. »
« Tu ne veux pas ! »
« Qu'est-ce que tu en sais ? Sais-tu ce que c'est d'être en manque ? » s'emporta-t-elle.
« Le fait que je ne pratique pas, ne veut pas dire que je ne connais pas, Eléa. Crois-moi, je n'ai plus rien à apprendre de la Magie Noire et il est hors de question que tu utilises la Magie Noire à l'Ordre, en mission où même pour sauver quelqu'un ! »
« Tu voulais que je fasse quoi ? Que je le laisse mourir ? »
« J'aime Sirius, je le considère comme un fils Eléa, mais la nature a ses droits et nous sommes en guerre, il y aura des morts, c'est inévitable. »
« Qui te parle de nature ? Tu sais qui l'a mis dans cet état ? C'est Lucius qui a essayé de le tuer et ce n'était pas pour la guerre, tu le sais très bien ! » Elle s'était levée à son tour et argumentait l'index visant son père.
« Qui t'a appris ce rituel ? » demanda-t-il brusquement, déstabilisant Eléa.
« Quoi ? Pourquoi tu me demandes ça ? » bafouilla-t-elle.
« Réponds, » ordonna-t-il.
« Marius. »
« Marius de Lioncourt ? » demanda-t-il en levant un sourcil.
« Oui. C'est un ami de Lucius et lorsque je suis arrivée en France, il m'attendait. Lucius lui avait parlé de moi et Marius a pris soin de moi pendant mon séjour. »
« Un Mangemort et pas des moindres… » murmura-t-il.
« Oui. Mais il a respecté ma décision. Ecoute, il m'a aidée, quand je suis arrivée en France, je maîtrisais mal mes pouvoirs et il a été mon mentor… » Dumbledore était resté silencieux mais son regard s'était assombri. « Je ferai attention papa, je te promets de ne pas utiliser la Magie Noire à l'Ordre… »
Elle s'était tue et observait son père faire les cents pas.
« Bien. Je te contacterai pour une nouvelle réunion bientôt, en attendant reste attentive aux dires de Lucius et tiens-moi au courant. »
« D'accord. »
Il se dirigea vers la porte pour la faire sortir et alors qu'elle passa le pas, elle se retourna pour lui dire combien elle était désolée, mais le regard du directeur avait changé. Ce n'était pas son père qu'elle avait devant elle, c'était un chef de guerre et elle se demanda avec un pincement au cœur, si un jour il la reconsidèrerait comme sa fille.
Little Hangleton, jeudi 7 novembre 1997
Tout était déjà si sombre… Et pourtant, l'obscurité enveloppant le petit hameau capturait en même temps Eléa qui se contentait d'une simple bougie en essayant d'apprendre une sombre formule permettant de tromper… De la Magie Noire. Pour tromper quoi exactement ? Elle ne savait plus trop alors qu'elle s'imprégnait mécaniquement des formules écrites en grec ainsi que des images en relief jalonnant son vieux grimoire. Elle avait tellement ingurgité de Magie Noire aujourd'hui qu'elle était passée en mode automate, ne faisant plus vraiment attention à ce qu'elle avalait. Dangereux. Surtout à une demi-heure d'une réunion de l'Ordre du Phénix… Elle eut soudainement un sursaut de lucidité et referma d'un geste brusque son conducteur, arrêtant dans le même temps le processus fleuve de passage de pouvoir et d'énergie. Sa respiration fut coupée l'espace de quelques secondes du fait de l'interruption de la connexion et elle suffoqua en portant une main à son cou. Elle sentit le sang quitter son visage et elle sut qu'elle devait être blanche comme un linge. Les couleurs lui revinrent progressivement, son sang se fluidifia et sa respiration reprit son rythme de croisière, l'autorisant à se lever pour reprendre le cours de sa vie qui s'était interrompue pendant deux heures. Elle gagna sa chambre, puis la salle de bain dans laquelle Lucius était en train de prendre une longue douche. Elle fit couler de l'eau fraîche dans le lavabo qu'elle s'appliqua sur le visage et prit une longue inspiration avant de constater avec satisfaction que ses yeux n'étaient pas dilatés et que rien n'attestait de ses récentes activités.
« Tu me rejoins, amour ? » l'interpella Lucius de derrière les vitres embuées de la cabine de douche.
« Non, je ne peux pas chéri, il faut que j'y aille, » répondit Eléa à contrecœur.
Lucius sortit de sa douche, une serviette enroulée autour de la taille, en lançant un regard interrogateur à sa compagne.
« Tu vas encore à l'Ordre des moins que rien ? »
« Oui, et ne commence pas Lucius s'il te plaît… » soupira Eléa.
« C'est juste que tu vas me manquer mon cœur… » ronronna Lucius qui s'efforça de se calmer en prenant Eléa dans ses bras.
Eléa sourit contre son torse en ayant subitement une folle envie de profiter du corps humide de son amant. Elle se reprit en s'écartant de lui et détacha ses cheveux qui tombèrent dans son dos. Lucius écarta quelques mèches qui masquaient son magnifique regard et l'attira à nouveau contre lui avant de capturer ses lèvres et glisser une langue joueuse dans sa bouche. Eléa ne put faire autrement que répondre à son baiser et elle fit courir ses mains dans son dos musclé. La serviette tomba aux pieds de Lucius et quand il la colla davantage contre lui, elle sentit son érection contre son abdomen. Elle se recula en insistant, ayant du mal à se dégager de l'emprise d'un Lucius affamé et elle pencha légèrement la tête sur le côté comme pour s'excuser.
« Il faut vraiment que j'y aille, Lucius… Je ne peux pas me planter une fois de plus, j'ai déjà pas mal merdé la dernière fois. Je suis vraiment désolée, mais on se voit samedi chéri, » dit-elle avec un large sourire.
« Tu ne peux pas me laisser comme ça Eléa ! » râla Lucius en désignant son bas ventre.
« Tu ne peux pas t'en occuper seul ? »
Il lui retourna un regard halluciné comme si elle venait de lui proposer de s'allier avec son père et elle faillit éclater de rire.
« Vas-t'en alors… » souffla-t-il d'un air dépité.
« Je ne peux pas regarder ? » demanda-t-elle avec un regard amusé et tout à coup intéressé.
Son regard fut cette fois-ci plus brillant et voyant qu'elle n'avait pas l'air si pressée que ça de s'en aller, il insista.
« Aide-moi Eléa… » la supplia-t-il presque.
« Cinq minutes alors ! » répondit-elle en se mettant rapidement à genoux devant son amant qui anticipa ses gestes, glissant ses mains dans ses longs cheveux.
Grimmauld Place, jeudi 7 novembre 1997
Hermione poussa la porte de la cuisine et scruta les placards à la recherche d'un en-cas pour calmer son estomac capricieux. Elle esquissa un sourire en voyant une boîte de cookies mais se renfrogna en se rappelant qu'elle était en colère contre Eléa et qu'elle n'avait pas envie de lui parler aujourd'hui et la confronter sur leur passé. Elle prit les gâteaux et croisa dans le couloir Tonks qui lui en vola un avec un sourire amical avant de courir jusqu'à la salle de réunion. Son sourire s'élargit quand elle entendit Maugrey Fol Œil rugir contre la jeune Auror, et elle secoua la tête en remontant au rez-de-chaussée.
« Mione ! » l'interpella Ron et elle sursauta en levant les yeux au ciel.
« La discrétion n'est pas ton fort Ron, n'est-ce pas ? Je ne crois pas que le Professeur Maugrey t'emmènera de sitôt en mission ! » rit-elle devant le regard éberlué du rouquin.
« Qui a dit que j'avais envie d'aller en mission de toute manière ! » rétorqua Ron d'un air vexé. « Tu as vu Harry ? »
« Il est monté dans sa chambre déposer quelques affaires je crois, » répondit Hermione en croquant dans un deuxième cookie.
« Je peux en avoir un ? » demanda-t-il en salivant.
Elle lui tendit le paquet et prit congé de son ami qui la remercia la bouche pleine. Elle regarda d'un air absent les rideaux couvrant les portraits de la famille Black avant d'examiner pour la énième fois l'arbre généalogique de la riche famille de sang pur.
« Cette famille est vraiment décimée à présent… » déclara une voix qu'elle reconnut et elle hésita à répondre. « Bonsoir chérie. »
Elle tourna un regard froid vers sa mère avant de lui répondre poliment mais brièvement :
« Bonsoir. »
« Tu vas bien ? » continua Eléa avec un sourire.
« On fait aller… »
« Tu ne m'as pas dit si tu avais été punie… Pourquoi tu n'as pas répondu à mon hibou, chérie ? »
« J'ai oublié… La semaine a été chargée… » répondit Hermione toujours aussi froidement.
« Bonsoir Eléa ! »
« Oh, bonsoir papa… »
« La réunion va pouvoir débuter, » déclara Dumbledore avec un regard pétillant.
Hermione haussa légèrement les épaules et se dirigea vers les escaliers sous le regard perplexe d'Eléa qui fronça les sourcils.
« Tu ne m'as pas dit Hermione finalement… » insista Eléa, restant volontairement vague en suivant sa fille, son père à ses côtés.
« Tu demanderas à ton meilleur ami… » rétorqua la jeune sorcière en accélérant le pas pour rejoindre Harry et Ron.
Eléa ne quitta pas des yeux Hermione alors qu'elles s'assirent autour de la table ovale. Elle ne comprenait pas vraiment l'attitude d'Hermione mais elle mit cette mauvaise humeur sur le compte des hormones et des tourments de l'adolescence. Elle haussa les épaules en faisant une légère moue avant de réaliser avec un petit sourire qu'elle était assise entre Rémus et Severus. Elle étala ses mains devant elle, admirant sa bague et cherchant de toute évidence à ce que ses voisins la remarquent. Elle toucha son but alors que Lupin prit la parole.
« Jolie bague ! » déclara-t-il sincèrement avec un franc sourire.
« Merci ! C'est Lucius qui me l'a offerte pour mon anniversaire, » répondit Eléa alors que Snape leva un sourcil en observant du coin de l'œil le bijou en question.
« Elle est très belle, Eléa, » ajouta Rémus alors que Snape devina sans mal qu'il était en train de prendre sur lui pour ne pas dire du mal de Malfoy. Aussi gentil que pouvait l'être Lupin, il lui arrivait fréquemment, et de plus en plus, de dire ce qu'il pensait réellement. En ce sens, il avait changé par rapport à ses jeunes années, mais dans certains cas, il est parfois impossible de se retenir et garder un sourire plaqué en toutes circonstances.
« Et toi Sev', comment tu la trouves ? » lui demanda Eléa en lui mettant sous le nez sa bague.
« Elle est très bien… » se contenta de répondre le Professeur de Potions de manière laconique.
« Je me doutais que tu aurais dit ça… » soupira Eléa en levant les yeux au ciel.
« Qu'est-ce que tu aurais voulu que je dise d'autre ? Tu veux une remarque désagréable sur Lucius ? » rétorqua Snape, agacé.
« Non, ça va aller… » marmonna Eléa qui se renfrogna et Snape fut pris de remords pour lui avoir parlé sur ce ton. « Je te rappelle que Lucius était ton meilleur ami il fut un temps… Malgré ce que tu as fait, il a toujours de l'estime pour toi, même si la rancœur est présente. Il ne montre pas ce qu'il ressent mais je peux t'assurer qu'il a une considération certaine pour toi… »
Snape allait rétorquer mais il se mit à réfléchir à ce qu'il pourrait bien répondre à ça. Une fierté se dégagea des paroles d'Eléa qui résonnaient dans son esprit et d'anciens sentiments refirent surface. Ressentait-il lui aussi de l'estime et de la considération pour son ancien ami ? Certainement… Il se mit à souhaiter un instant que Lucius soit parmi eux, qu'il ait changé d'avis, de camp et comprenne finalement le véritable combat et l'enjeu de cette guerre. Mais il savait Lucius trop fier et trop fidèle, et surtout trop avide de pouvoir et supériorité. Jamais il n'aurait accepté d'être en bas de l'échelle au sein de l'Ordre du Phénix, comme lui-même l'avait été un temps, il y a longtemps, quand il devait encore faire ses preuves. Il devait se l'avouer, son ami lui manquait.
Leurs bavardages furent interrompus par Dumbledore qui ouvrit la réunion avec, comme à son habitude, un bref rappel de l'activité du Ministère. Maugrey Fol Œil prit le relais pour rendre compte des activités des Aurors et Tonks bafouilla sur ses dernières missions devant le regard navré de son supérieur. Le Directeur dirigea enfin son regard vers Hermione et l'invita à raconter à l'assemblée ses découvertes au sein du Manoir de Little Hangleton sur les divers contrats et l'alignement des planètes entr'aperçus. Eléa fut ensuite interrogée sur ces questions mais ne put fournir que des réponses vagues et elle avoua qu'elle assistait de moins en moins aux réunions organisées par le Seigneur des Ténèbres et plus du tout à celles privées de Voldemort et Lucius. Elle promit à l'Ordre d'essayer de faire parler insidieusement Lucius mais Dumbledore confirma ses craintes sur le fait qu'ils se méfiaient d'elle et de ses fréquentes sorties à Grimmauld Place. Ils décidèrent alors ensemble d'informations mineures et de certaines autres, erronées, à fournir à Voldemort et Lucius au sujet de leurs desseins pour essayer de gagner à nouveau leur confiance.
Quand ils abordèrent finalement le sujet sensible à la fin de la réunion, Eléa se tassa sur sa chaise, essayant de dissimuler son embarras.
« Nous en arrivons enfin au point qui revient chaque année en cette période sensible, Halloween… » commença Dumbledore sur un ton fatigué. « Nous savons tous qu'Halloween est une date phare pour les Mangemorts et propices aux massacres de Moldus, et ceci à travers le monde. Le rapport rendu cette année par l'Observatoire de Protection des Moldus est encore assez édifiant… Je vous ferais grâce de l'énonciation des massacres perpétrés, mais je m'arrêterais tout de même sur l'Angleterre… et plus particulièrement notre région. Vous trouverez de toute façon les évènements dans la copie du rapport que je joindrai en annexe du compte rendu de notre réunion. Ce qui est troublant cette année, c'est l'absence de Marque des Ténèbres… »
« Mais, » l'interrompit Shacklebolt, « rien n'est relaté concernant l'année dernière… »
« Pas dans la région, non… Eléa, que s'est-il passé pour Halloween l'année dernière du côté de Voldemort ? » lui demanda Dumbledore.
Eléa leva la tête avec un air perdu.
« Le… Halloween, l'année dernière… » bafouilla-t-elle en essayant de rassembler ses souvenirs. « Ca ne faisait pas longtemps qu'on était sortis d'Azkaban, je ne me souviens plus bien, je crois qu'il n'y a rien eu de prévu… »
« Et ces enfants Moldus morts de maladie au courant du mois de novembre ? » souleva McGonagall.
Eléa rougit légèrement en baissant la tête et Hermione fronça les sourcils.
« Oui, effectivement, je me souviens… Il avait décidé de marquer son retour et surtout le nôtre en frappant de cette manière… » déclara-t-elle d'une petite voix.
« Tu as participé ? » demanda soudainement Rémus se surprenant à lui poser cette question.
Eléa ne répondit pas et garda la tête baissée alors des soupirs dans l'assistance s'étaient fait entendre.
« Réponds ! » s'exclama tout à coup Hermione et Eléa leva les yeux vers sa fille avec un air surpris, croisant son regard dur.
« Oui, j'ai participé… J'étais obligée, je ne voulais pas, mais- »
« Cessez de vous justifier toujours en disant que ce n'était pas votre faute ! » éclata à son tour Emmeline Vance. « On a tous le choix ! Vous aviez le choix de vous rapprocher d'Albus, vous ne l'avez pas fait ! » l'accusa-t-elle.
« Qu'en est-il de cette année ? » demanda Snape, recadrant la discussion.
« Aucun massacre sur Londres et ses environs de recensé, » répondit Dumbledore. « Trois adolescents ont cependant disparu cette nuit-là. Ils n'ont toujours pas été retrouvés. Ils étaient quatre en fait, seule la jeune fille les accompagnant s'est pour le moment manifestée… Malheureusement, elle est hospitalisée, en état de choc et de catatonie, elle ne parle pas et reste prostrée. Impossible d'en savoir plus pour le moment. »
« Eléa ? » l'interrogea Arthur Weasley.
« Je ne suis au courant de rien, je ne sais pas, » mentit-elle avec un nouvel aplomb qui la surprit elle-même. « Lucius et moi sommes restés au Manoir. »
Dumbledore, Snape et Rémus lui jetèrent un regard en biais, visiblement peu convaincus et complètement suspicieux. Harry avait suivi l'échange en silence, ne pouvant s'empêcher de ressentir la haine féroce, qu'il ressentait envers Eléa, bouillir dans ses veines.
« Eléa, j'espère que tu es consciente du doute que nous avons dans ta parole… » déclara Dumbledore comme pour lui laisser une dernière chance d'avouer l'inavouable.
« Oui, surtout quand on connaît votre penchant vers la Magie Noire et votre goût des massacres bien orchestrés… » ajouta amèrement Maugrey.
« Magie Noire ? Massacres ? » hallucina Hermione qui réalisa soudainement que beaucoup paraissaient être au courant de choses qu'elle ignorait sur sa mère.
Ron, Ginny et Neville paraissaient aussi perdus qu'elle alors qu'Harry ne fut finalement pas plus surpris que cela.
Eléa se tourna vers Dumbledore comme pour implorer son aide mais il secoua la tête d'un air désolé.
« Tu as dit que tu avais tué par le passé, mais qu'à présent… » La voix d'Hermione s'était brisée. « Tu ne m'as jamais caché faire partie des Mangemorts, je savais que tu ne pouvais pas les et Le quitter, mais tu as bien caché ton jeu depuis tous ces mois ! » éclata-t-elle enfin, des larmes de rage dans les yeux. « La Magie Noire ! C'est donc ça que tu fais depuis cet été, cet air de zombie que tu as à chaque fois que tu t'enfermes dans ce foutu salon ! Je le savais en fait, c'est logique…» ajouta-t-elle pour elle-même.
« Hermione, écoute… » tenta Eléa, bientôt interrompue par une Hermione tremblante.
« Non, toi écoute ! Tu sais que dans l'histoire des Moldus, il y a un type qui s'appelait Hitler et qui a exterminé des populations entières sous une prétendue pureté de merde ! En quoi les sorciers, et en particulier ceux de sang pur, sont-ils plus purs ? Pour toi, Harry n'est pas pur ? Tu insinuerais que les Moldus sont sales ? »
« Ils ne sont pas comme nous, » répondit Eléa.
« Et en quoi ? » insista Hermione, à présent hors d'elle.
« Je suis désolée Hermione, mais je ne vois aucune pureté chez les Moldus ! » s'exclama finalement Eléa et l'assemblée semblait avoir retenu son souffle.
« Formidable… » déclara Hermione avec une moue dégoûtée.
« Si je vous suis bien, » intervint Harry, « je suis donc sale moi aussi… Et en quoi suis-je différent de votre Maître ? Je suis comme lui, un sang mêlé… »
Eléa écarquilla grands les yeux et Hermione eut un petit rire incontrôlable.
« Tu l'ignorais ! » se moqua-t-elle. « Et oui, ton Maître tout puissant n'est même pas un sang pur ! Une mère sorcière et un père Moldu ! Surprise ! Tu as quelque chose à ajouter ! »
Eléa paraissait déstabilisée et elle était de toute évidence en train de réfléchir.
« Il serait peut-être bien de clôturer cette réunion… » osa Rémus pendant un court silence.
« Il serait bien aussi que tu choisisses ton camp, Eléa ! » s'exclama Hermione criant presque et Eléa eut un pincement au cœur en se rendant compte qu'Hermione venait de l'appeler par son prénom. « Magie Noire, Mangemort, Ordre du Phénix, il faut choisir ! Tu ne peux pas continuer à jouer sur tous les tableaux ! »
« Et qu'est-ce que tu crois que je suis en train de faire ? Je suis là, non ! » s'enflamma Eléa.
« Tu es là, oui, et ailleurs en même temps… Je me demande comment j'ai pu être aussi idiote, et comment j'ai pu être aussi aveugle… J'ai pourtant passé un été avec vous, j'en ai vu des choses, je crois que je ne voulais pas réellement voir en fait… »
« Tu crois que c'est si simple, et que vingt ans de vie et seize années passées à Azkaban s'effacent d'un coup de baguette magique ! »
« Je n'arrive pas à croire que tu partages toujours ses idées ! Enfin, je savais que… » Hermione balaya l'air d'un geste de la main comme un signe de renoncement et hocha la tête avec un air dégoûté.
« Tu savais tout ça, Hermione. Ne fais pas tout à coup cet air surpris et outré ! Je ne comprends pas ta réaction ! En fait, je ne comprends pas pourquoi tu agis si bizarrement depuis quelques jours… »
« Tu devrais peut-être te poser les bonnes questions alors, et te regarder dans un miroir avant de me mentir en me regardant droit dans les yeux… »
« Développe… » la pria Eléa en fronçant les sourcils.
« Pas ici, non… C'est… privé… Mais disons que la Magie Noire et toutes les autres réjouissances font partie de mes surprises et des infos à ajouter sur la pile de celles qui me font agir de cette manière vis-à-vis de toi. »
« Je ne comprends toujours pas… »
« Très bien ! » s'exclama Hermione qui était prête à se lever, « tu l'auras voulu ! Harry, je suis désolée… » s'excusa la jeune sorcière en se tournant brièvement vers son frère. « James Potter, l'homme qui est censé être mon père… Tu m'as menti, au moins par omission, tu ne m'as pas dit qu'il n'a jamais voulu de moi ! Mon vrai père m'a rejetée ! »
« Hermione, non, attends, » tenta Eléa mais cette fois-ci Hermione s'était levée.
« Je ne veux pas attendre, je ne veux plus t'entendre, et surtout plus tes mensonges… Tu sais quoi ? J'aurais voulu ne jamais te connaître en fait, ne jamais savoir que tu étais ma mère. Je ne te veux pas comme mère ! Je n'ai qu'une seule mère et désolée pour toi, elle était Moldue, et elle est morte, par ta faute ! » cria Hermione alors que les larmes coulaient à présent sur ses joues.
Harry s'était levé à son tour alors que tout le reste de l'assemblée était comme figé après avoir suivi la discussion houleuse entre les deux sorcières. Même le Professeur Dumbledore n'était pas intervenu, il savait qu'un tel échange était inévitable et qu'il surviendrait un jour. Seulement, il n'aurait pas pensé que le contexte serait la salle de réunion de Grimmauld Place, parmi des témoins malgré eux qui auraient de toute évidence souhaité être ailleurs ces dix dernières minutes.
« Je me barre… » souffla finalement Hermione, ne voulant plus regarder Eléa et elle sortit rapidement de la salle, suivie de près par Harry qui s'élança sur ses talons.
Tous les regards revinrent vers Eléa qui semblait avoir pris un coup de massue et le comparatif reflétait parfaitement son air abattu et blessé.
« Excusez-moi… » bafouilla-t-elle en se levant et sortant à son tour de la salle, une main sur son cœur.
Elle remonta au rez-de-chaussée, passa devant Hermione et Harry, qui se trouvaient dans le hall, sans les regarder, et courut au premier étage s'enfermer dans sa chambre.
Harry avait pris Hermione dans ses bras qui sanglotait bruyamment contre sa poitrine, incapable de s'arrêter et déversant toute la peine qu'elle avait, sa déception et son sentiment d'abandon qui venait de refaire surface.
« Shhh, » tenta en vain de la calmer Harry en caressant doucement son dos. « Hermy, je suis désolé, sincèrement… »
« Désolé pour quoi ? » lui demanda-t-elle de manière étouffée dans son pull. « Ce n'est pas ta faute… Je la déteste Harry, je la déteste… »
Harry fut tenté de lui donner raison sur ce point précis, mais il préféra tenter d'aborder ce qui le tracassait le plus.
« Non, pour James je veux dire… Je ne sais pas quoi te dire Hermy, je suis vraiment désolé… »
« Arrête Harry, je t'ai dit que ce n'était pas ta faute. »
Elle leva la tête pour le regarder dans les yeux, les siens toujours inondés de larmes et elle fut tentée l'espace d'une seconde de lui dire la vérité sur les circonstances de sa conception. Eléa lui avait dit de ne rien dire à Harry, qu'elle s'en chargerait, mais si c'était pour lui mentir à lui après avoir bien rôdé son histoire avec elle, elle pouvait bien se charger elle-même de lui raconter ce qu'elle savait… Puis, elle eut subitement un doute. Et si Eléa lui avait également menti à ce sujet là ? Et si l'histoire de ses origines était tout autre ? Elle se mit soudainement à souhaiter que James soit toujours en vie, pour Harry, pour elle, pour lui demander directement, pour avoir un autre point de vue sur sa naissance… Tout s'embrouillait dans son esprit, elle n'était à présent plus sûre de rien et elle serra à nouveau Harry contre elle, fermant les yeux.
« Rentrons Harry s'il te plaît… »
Harry acquiesça et ils rentrèrent à Poudlard par poudre de cheminette.
Les membres de l'Ordre du Phénix, restés dans la salle de réunion après la sortie précipitée des deux jeunes femmes, s'étaient regardés avec des airs interloqués. Personne n'avait osé faire un commentaire bien que Ginny avait froncé les sourcils en voyant sa mère murmurer quelque chose à son père avec un air entendu. Le Professeur Dumbledore leva la séance après avoir donné ses dernières recommandations et les membres quittèrent progressivement la maison. Snape croisa le regard de Rémus un bref instant et une conversation silencieuse sembla passer entre les deux hommes. Rémus hocha la tête et Snape se chargea, avec le Professeur McGonagall et Hagrid, de ramener les élèves à Poudlard. Depuis l'entrée du Grand Salon, Tonks observa Maugrey, Dumbledore et Lupin en grande conversation et elle transplana avec son supérieur et le Directeur de Poudlard jusqu'au Ministère.
Rémus soupira en écoutant le silence qui était revenu dans la grande maison quasi déserte. Il monta lentement au premier étage et marcha d'un pas fatigué dans le couloir avant de s'arrêter devant la porte de la chambre d'Eléa et frapper doucement. Elle ne répondit pas et il ne fut pas surpris. Il hésita à entrer tout de même en songeant qu'elle avait peut-être verrouillé la porte avec un sort. Il soupira une fois de plus et tenta d'entrer malgré le fait qu'il n'avait pas été invité. Elle n'avait pas verrouillé la porte et il prit ce fait pour un bon point dans son intrusion forcée. Eléa était debout près de la fenêtre, le dos tourné, et il se demanda si elle n'était pas en train de pleurer. Il eut sa réponse quand elle se retourna et elle sécha rapidement ses yeux rougis avant de croiser ses bras sur sa poitrine, comme pour se protéger, et elle baissa la tête d'un air abattu.
« Vas t'en… » souffla-t-elle si doucement qu'il l'entendit à peine.
« Eléa, écoute, il faut que tu comprennes que- »
« Je ne lui ai pas menti ! » le coupa-t-elle soudainement en relevant la tête. « J'ai peut-être fait des choses terribles dans ma vie que j'ai essayé de cacher, à Hermione, à l'Ordre, je l'avoue, mais je ne lui ai jamais menti sur son père ! James n'a jamais su Rémus ! Comment aurait-il pu la rejeter alors qu'il n'était au courant de rien ! Est-ce que tu es au courant de quelque chose toi ? Est-ce qu'après sa naissance, il s'est passé quelque chose que j'ignorerais ? James t'a-t-il parlé à l'époque ? »
« Non, enfin, à ma connaissance, il ne s'est rien passé Eléa… Honnêtement, je ne pense pas que James ait été au courant de quoi que ce soit, ou alors il ne m'a rien dit… Il n'aurait rien dit à personne en fait dans cette hypothèse, même pas à Lily, surtout pas à Lily devrais-je dire. Il me semble qu'à l'époque Sirius avait interrogé ton père sur le devenir du bébé. Il ne lui a évidemment rien dit, tu connais ton père… mais il lui avait assuré que le bébé était en sécurité, » répondit Rémus avec un faible sourire se voulant réconfortant.
Eléa acquiesça et elle fit un pas vers Lupin alors que ses yeux se remplirent à nouveau de larmes.
« Elle me déteste… » murmura-t-elle d'un air désespéré.
« Elle est surtout perdue, Eléa… » tenta Rémus pour minimiser les choses.
« Je ne savais pas que le Maître, que Voldemort, » se reprit-elle, « était un sang mêlé… Je suis perdue aussi… J'ai l'impression d'avoir été trompée… Je me sens si stupide, je ne voyais qu'à travers les yeux de Lucius, et toutes leurs belles paroles… Je te jure que je suis restée au Manoir pour Halloween, je n'ai tué personne Rémus, je t'en prie, dis-moi que tu me crois… » pleura-t-elle doucement.
Les rides au milieu du front de Rémus se creusèrent d'un air soucieux alors qu'elle pouvait sentir son hésitation.
« Je te le jure Rémus, sur la vie d'Hermione, je n'ai tué personne ce soir-là… Je ne veux plus tuer personne, je veux que tout ça finisse pour de bon, je veux qu'on Le tue… J'aime Hermione, je ne veux pas la perdre… »
Quand il vit qu'elle s'était remise à pleurer de plus belle, quand il comprit son désespoir et la sincérité dans sa voix et dans ses sentiments pour sa fille, il combla l'espace entre eux et la prit dans ses bras pour la consoler et la calmer.
Ils restèrent un petit moment enlacés, aucune parole ne fut ajoutée, juste des sourires réconfortants et des promesses silencieuses. Il la laissa, alors que la journée de ce jeudi était en train de se terminer, pour rentrer à Poudlard.
Londres, mardi 6 novembre 1979
La porte de l'entrée s'ouvrit doucement pour laisser le passage à Lucius. Il avait passé quelques journées éprouvantes au Ministère et ses cernes sous ses yeux attestaient de son manque de sommeil.
Il posa son manteau sur la table en verre puis regarda autour de lui en fronçant les sourcils. L'appartement était enfumé et une odeur de brûlé flottait dans l'air. Tout à coup inquiet, il appela sa maîtresse et fut attiré par ses sanglots dans la cuisine. Il se dirigea vers elle et ne sut s'il fallait rire ou rester sérieux.
Eléa était assise par terre, la tête appuyée contre un placard. Le four était ouvert et de la fumée s'échappait d'un plat dans lequel avait cuit, ou plutôt brûlé, ce qui ressemblait à un gigot d'agneau. La cuisine était en chantier, des ingrédients étaient éparpillés sur les plans de travail et Eléa pleurait à chaudes larmes. Il s'agenouilla près d'elle et l'embrassa sur le front.
« Qu'est-ce qui s'est passé amour ? » demanda-t-il doucement.
« Je… voulais… préparer… un repas… » articula-t-elle entre deux sanglots. « J'ai tout raté ! » Elle fondit à présent en larmes et Lucius dut retenir un fou rire pour ne pas vexer sa compagne.
Il la prit dans ses bras quelques minutes et la conduisit finalement sur le canapé où il la berça en attendant qu'elle se calme.
« Ce n'est rien amour, c'est juste un repas… »
« Non ! Ce n'est pas juste un repas, je… je voulais préparer un vrai repas, pas un que j'aurais fait apparaître de ma baguette ! » Des larmes coulèrent à nouveau de ses yeux déjà rougis. « Je ne suis même pas capable de cuisiner, j'aurais fait une mauvaise épouse… Tu as bien fait de ne pas m'épouser… » pleura-t-elle.
Lucius resta sans voix un instant, regardant sa maîtresse pleurer et se demanda s'il n'avait pas atterri dans une autre dimension.
« Chaton, ne dis pas n'importe quoi voyons… »
« Je ne suis capable de faire que des putains de cookies Lucius ! Au moins Narcissa sait cuisiner correctement ! »
« Tu ne crois pas que notre enfant sera heureux d'avoir des cookies au goûter ? »
Eléa leva des yeux tristes vers lui. « Si, » murmura-t-elle.
« Tu vois… et puis j'adore tes cookies, ils sont délicieux. »
Il l'embrassa tendrement sur les lèvres avant de se reculer et de la regarder, intrigué.
« Qui t'a dit que Narcissa cuisinait bien ? »
Le regard d'Eléa s'assombrit. « bmelatix, » marmonna-t-elle.
« Pardon ? A voix haute s'il te plaît… »
« Bellatrix, » soupira Eléa.
« Depuis quand tu écoutes cette peste ? » la réprimanda-t-il. « Eléa, oui Narcissa sait cuisiner, mais nous avons des elfes de maison qui le font à sa place… Je n'ai pas besoin d'une Narcissa bis, je te veux toi Eléa, avec des défauts, et tes qualités… et elles sont nombreuses… » ajouta-t-il avec un regard coquin.
Il glissa une main joueuse sous son t-shirt et lui caressa les seins tout en l'embrassant langoureusement. Elle le repoussa avec douceur pour ne pas le vexer.
« Je n'ai pas envie de faire l'amour Lucius… »
« Ah… » Il leva un sourcil. « C'est nouveau… »
« C'est juste que j'ai l'impression qu'on fait toujours l'amour… » dit-elle d'une voix lasse.
« C'est pas faux ! » s'exclama James. « Ils sont hallucinants, tu aurais dû voir ma tête quand j'ai dû expliquer à Dumbledore qu'à chaque fois qu'il a des coupures dans les rapports et dans les enregistrements, c'est que sa fille s'envoie en l'air avec Malfoy… »
Lily et Sirius pouffèrent de rire en imaginant la scène puis Sirius eut un sourire triste.
« Eléa a des réactions bizarres en ce moment… Vous croyez qu'elle est enceinte ? » demanda Sirius.
« Je ne sais pas, » répondit Lily, pensive. « C'est possible, ou alors elle déprime… »
« Ce qu'elle vit n'est pas évident, il faut l'avouer, » ajouta James sous le regard surpris de Lily.
« Tu as confiance en elle James ? » s'étonna Lily.
« Pas totalement… » avoua-t-il. « Mais je pense que je devrais… »
« Enfin, amour, notre relation a toujours été très passionnée… Tu te souviens de notre premier rendez-vous « officiel » ? »
« Oui. » Elle rit de bon cœur. « Je crois que je n'ai jamais vu McGonagall aussi en colère ! »
« Je l'étais aussi, du moins très frustré ! »
« Tu m'étonnes ! La nuit qu'on a passée ensuite était… »
« Intense… »
« C'est le mot, » sourit-elle. « Tu crois que McGonagall l'a dit à mon père ? »
« Ton père était toujours au courant de tout amour, je crois qu'il était au courant oui, il me regardait bizarrement ensuite. »
« Ah bon ? »
James posa sa plume sur son parchemin, comme hypnotisé parce qu'il venait d'entendre.
« Par Merlin, de quoi ils parlent ? »
« Ce n'est pas possible, on doit mal comprendre, » dit Lily en secouant la tête.
« On est trois à entendre la même chose Lily ! » s'exclama Sirius.
« écoutons, on sera fixés… » proposa James.
« Je crois qu'ils ne vont pas être bavards, » soupira Lily tout en reposant ses jumelles.
Eléa était à califourchon sur Lucius et faisait jouer sa langue entre ses lèvres, bougeant lascivement ses hanches, elle sursauta soudain au cri du phénix qui apparut quelques secondes plus tard.
« Putain ! Je suis sûr qu'il fait exprès ! » s'emporta Lucius.
« Ne dis pas n'importe quoi chéri ! » rit Eléa.
« C'est la deuxième fois ! » dit-il, outré.
Elle apporta un cookie à Fumseck qu'elle émietta dans une assiette et s'approcha de son amant.
« Arrête de bouder, » chuchota-t-elle à son oreille. « Quand il sera parti, je vais grimper sur toi et je te ferai l'amour toute la nuit. »
Les yeux de Lucius brillèrent d'une lueur perverse et il s'enfonça dans le canapé tout en observant le postérieur de sa compagne qui s'était retournée pour détacher le parchemin de la patte de Fumseck.
Elle lut la lettre tout en caressant machinalement le phénix et prit une plume pour répondre.
« Mon père veut me voir demain soir, c'est bon, tu n'avais rien prévu ? »
Lucius comprit à son regard qu'il s'agissait de l'Ordre du Phénix et acquiesça.
« Tu vois beaucoup ton père en ce moment… Il se souvient enfin qu'il a une fille ? »
« Lucius, je t'en prie ce n'est pas le moment ! »
« Entre Poudlard et l'Ordre du Phénix, il trouve le temps de te voir… ça tient du miracle, » insista-t-il avec sa voix mielleuse.
« Arrête Lucius, s'il te plaît… » souffla-t-elle.
Elle avait les larmes aux yeux, la vérité était pourtant devant elle. Eléa n'avait jamais autant vu son père, mais contrairement aux apparences, elle ne passait pas du temps avec lui, ce n'était que des réunions, des gardes, rien de familial. Elle avait pourtant rêvé d'avoir enfin un père mais son appartenance secrète aux Mangemorts avait tiré un trait sur ce rêve et elle s'était faite à l'idée.
Depuis son entrée à l'Ordre, tous ses rêves et ses espoirs passés refaisaient surface avec cette fois la certitude qu'ils n'étaient que pure utopie et cela lui faisait mal, la fragilisait. Elle était obligée de cacher tout cela et de travailler sur la Magie Noire pour que le Maître soit satisfait, pour qu'elle oublie ses sentiments mais les mots qu'employait Lucius à cet instant lui transpercèrent le cœur.
Il vit son trouble et la prit dans ses bras en s'excusant pour son indélicatesse. Elle enfouit sa tête dans son cou, se perdant dans son parfum puis y déposa des baisers, elle se leva ensuite et le conduisit dans la chambre.
« Je comprendrais si tu n'étais pas d'humeur, amour, » murmura-t-il.
« Je t'ai fait une promesse, » dit-elle avec un sourire aguicheur tout en enlevant son haut, dévoilant sa poitrine, « et puis j'ai besoin de tendresse…. » ajouta-t-elle tout en passant les mains sur le torse de son amant.
« Dans ce cas tu tiendras ta promesse un autre jour, ce soir c'est moi qui m'occupe de toi… »
Il l'embrassa tendrement et la fit s'allonger pendant qu'il se déshabillait puis il la rejoignit pour la réconforter comme il savait le faire.
Lily, Sirius et James étaient assis dans un silence pesant, réfléchissant à ce qu'ils venaient d'entendre. Sirius se leva et passa une main nerveuse dans ses cheveux, essayant de trouver les mots qui lui manquaient.
« Comment est-ce possible ? Pourquoi n'a-t-elle rien dit ? » s'emporta-t-il.
« Calme-toi Sirius, elle ne pouvait peut-être pas le dire ! Tu te rends compte ce que cela signifie d'être la fille de Dumbledore ? La pression ? Le danger ? »
« Nous étions ses meilleurs amis… Du moins toi, Rémus et moi… »
« Pas tout le temps, Sirius, sois honnête, il y a toujours eu plus ou moins des tensions, des suspicions… » remarqua James.
« Ecoutez… » les interrompit Lily, « le mieux, c'est de prendre rendez-vous avec Dumbledore, il pourra nous dire quoi faire et nous expliquer… Je ne peux pas mettre ça dans un rapport qui sera lu par plusieurs personnes, c'est trop important. »
Elle saisit un parchemin et expliqua à Dumbledore ce qu'ils venaient d'apprendre et lui demandant une rencontre. Fumseck apporta une réponse quelques dizaines de minutes plus tard, il voulait les rencontrer immédiatement et une relève allait bientôt arriver. Ils ne devaient, comme ils s'en doutaient, en parler à personne, même pas à Peter.
Une demi-heure plus tard, ce dernier arriva et les releva seul, étant donné l'heure tardive. Il ne posa pas de questions sur les circonstances d'alertes, sachant qu'il serait mis au courant seulement si Dumbledore le voulait. Les autres transplanèrent rapidement vers le quartier général, pour ensuite prendre une cheminée vers le bureau de Dumbledore qui les attendait.
Jeudi 7 novembre 1997, 23h30
Severus soupira longuement et se frotta ses yeux fatigués en refermant son grimoire d'un geste sec. Il se leva de son bureau en étendant ses muscles tendus et courbaturés, et il rejoignit son canapé en cuir noir sur lequel il se laissa tomber lourdement. Il repensa à la réunion et aux échanges difficiles d'une mère et sa fille, et regretta presque de ne pas être intervenu pour calmer le jeu alors qu'il aurait eu quelques éléments à fournir à Hermione pour essayer de calmer sa furie. Il raviva d'un coup de baguette magique le feu dans la cheminée et poussa une exclamation de surprise en y découvrant la tête d'Eléa.
« Sev… » commença-t-elle d'une petite voix plaintive. « Je ne me sens pas très bien… »
Comme c'est étonnant…, songea-t-il en se frottant la courbe de son nez en fermant les yeux. Il préféra ne pas polémiquer et soupira avant de l'interroger.
« Tu es malade ? » demanda-t-il tout de même d'un air concerné en levant un sourcil interrogateur. Après tout, elle pouvait être réellement malade.
« Je ne sais pas, je crois… Je me sens vraiment mal. Tu ne veux pas venir ? »
« J'arrive, » déclara-t-il en se levant. « Reste au chaud en attendant. »
Il marqua un temps d'arrêt en songeant à quelques potions qu'il pourrait peut-être emmener pour la soulager mais vu qu'il ignorait exactement de quoi elle souffrait, il haussa les épaules et fut en quelques secondes dans l'entrée de la maison de Grimmauld Place. Il monta les marches conduisant au premier étage d'un pas rapide, finalement inquiet par le silence régnant dans la maison quasi déserte. Il s'apprêtait à frapper quand Eléa lui ouvrit brusquement la porte de sa chambre. Les cheveux lâchés sur ses épaules nues, habillée d'une chemise de nuit noire longue en soie et dentelle qui ne cachait rien de ses formes féminines, elle avait un visage fermé qu'il distinguait à peine compte tenu de la luminosité presque inexistante, à part quelques bougies allumées près du lit. Elle l'invita à entrer en silence et il marcha jusqu'au centre de la chambre avant de se mettre à soupirer.
« Je t'avais dit de rester au chaud Eléa… Si tu as attrapé froid, ce n'est pas en te promenant les fesses à l'air que tu vas aller mieux… » la réprimanda-t-il en scrutant la pièce, et il sentit une odeur d'encens aigre-douce lui parvenir et qui n'était pas désagréable du tout.
Il sursauta légèrement quand il entendit la porte se refermer derrière lui et il se retourna enfin. Son visage inquiet et concerné se mua en une expression indescriptible, hésitant entre la colère, la fatigue et la lassitude tandis qu'il pinçait les lèvres avec un air finalement blasé. Eléa, le dos contre la porte de sa chambre, arborait un sourire de triomphe et un regard coquin et étincelant empli de fourberie.
« Super… » lâcha-t-il en se rendant compte qu'il venait de tomber dans un piège facile comme un débutant.
Il la rejoignit en trois pas et la saisit par le bras dans l'intention de l'écarter quand elle protesta.
« Non, attends Sev, je t'en prie, ne t'en vas pas ! »
« Je n'ai pas envie de jouer Eléa, » l'avertit-il exténué tandis qu'il sentait son sang qui commençait à battre contre ses tempes.
« Je t'ai menti c'est vrai, je ne suis pas malade, mais je ne veux pas rester seule après ce qui s'est passé, essaie de comprendre… »
« Et qu'est-ce que tu veux faire ? » demanda-t-il bien qu'il savait la question inutile puisqu'il en connaissait déjà la réponse. « Jouer aux échecs ? » ajouta-t-il s'efforçant de garder son sourire narquois pour lui pour ne pas l'encourager.
Pour toute réponse, elle le plaqua contre la porte et se pressa contre lui, glissant simultanément une main dans son pantalon et sa langue sur ses lèvres, puis dans sa bouche. Il la dégagea doucement en la saisissant par les épaules.
« Je suis fatigué Eléa… », souffla-t-il en réajustant son pantalon qu'elle avait commencé à dégrafer.
« J'ai un lit ! » répondit-elle gesticulant en désignant le grand lit aux allures asiatiques. « Je vais m'occuper de toi, tu n'auras rien à faire, reste s'il te plaît… » le supplia-t-elle avec un regard de chat battu, les lèvres boudeuses et tremblotantes.
Il soupira à nouveau et elle prit son hésitation manifeste pour un signe encourageant.
« Si Lucius est au courant de ça, je suis mort tu sais… »
« Il ne le saura pas ! Et tu crois qu'il se gêne lui de son côté ! » rétorqua-t-elle d'un air fâché. « J'ai bien vu comment il regarde au manoir cette blondasse venue d'Europe de l'Est avec des jambes interminables ! »
« Lucius n'aime pas les blondes… » fit remarquer Severus en levant un sourcil surpris.
« Toi non plus si je me souviens bien… » dit-elle en le prenant par la main et en le conduisant doucement vers le lit sur lequel elle le fit asseoir.
Elle lui fit enlever sa robe de sorcier, puis déboutonna sa chemise dont elle le débarrassa et elle remarqua qu'il ne mentait pas en disant qu'il était fatigué.
« Allonge-toi Sev, je vais te faire un massage. »
Il s'exécuta sans se le faire dire deux fois et elle grimpa sur ses fesses à califourchon, remontant sa chemise de nuit jusqu'en haut de ses cuisses. Son regard s'assombrit en voyant les trop nombreuses cicatrices dans son dos pâle, mais elle secoua la tête en se ressaisissant et attrapa les huiles essentielles sur sa table de nuit. Elle en fit couler un peu au creux de sa main et elle se frotta les mains quelques secondes avant de commencer par lui masser les épaules doucement. Il était vraiment très contracté, c'était incontestable, elle pouvait sentir ses muscles durs sous ses doigts et elle s'employa activement à essayer de le détendre tant que possible. Elle descendit ses mains à plat dans son dos, passant ses pouces le long de sa colonne vertébrale, et elle esquissa un sourire quand elle l'entendit pousser un grognement de satisfaction, soupirant d'aise alors qu'elle sentait qu'il se décontractait petit à petit. Elle alterna divers mouvements circulaires doux et des pressions de ses doigts plus précises, et elle stoppa ses caresses avant qu'il ne s'endorme.
« C'était bon ? » demanda-t-elle finalement se penchant pour lui murmurer au creux de son oreille.
« Divin… » répondit-il tandis qu'elle se dégageait de lui afin qu'il se retourne, ce qu'il fit sans tarder.
Ses traits paraissaient plus détendus et sereins, et il lui adressa un faible sourire qu'elle lui rendit avant de grimper à nouveau sur lui. Il lui prit une de ses mains et déposa un léger baiser dans l'intérieur de son poignet, puis il glissa ses mains le long de ses cuisses et remonta progressivement vers le cœur de son intimité levant un sourcil significatif quand il atteignit sa toison et qu'il s'aperçut qu'elle ne portait pas de culotte. Elle se pencha vers lui, ses deux mains sur son torse, et attrapa sa lèvre inférieure entre ses dents, mais elle se recula d'une manière joueuse quand il voulut l'embrasser. Il réagit plus vite qu'elle et attrapa ses deux poignets, lui faisant perdre son point d'appui et elle bascula en avant, lui permettant un accès direct à ses lèvres qu'il captura férocement. Il lâcha ses poignets afin d'enfouir ses mains dans ses longs cheveux tandis qu'ils approfondirent le baiser, jouant avec leurs langues à celui qui dominerait l'autre. Eléa abandonna la lutte quand elle sentit une de ses mains quitter ses cheveux pour aller exercer une pression sur son clitoris. Elle se mit à gémir dans sa bouche et elle sentit avec agacement son sourire victorieux tandis qu'elle décida de se redresser.
« Je croyais que tu ne voulais pas jouer ? » l'interrogea-t-elle le regard neutre.
Il leva les mains dans un geste de renoncement avant de laisser tomber ses bras en croix sur le lit avec un sourire en coin.
Elle descendit légèrement et commença à dégrafer à nouveau son pantalon, et il souleva son bassin afin de l'aider à se débarrasser des vêtements qui lui restaient et qui entravaient ses mouvements. Elle fronça les sourcils devant son érection pas franchement évidente et même plutôt molle et entreprit de régler ce problème technique en se saisissant de sa verge dans sa petite main alors qu'il la regardait avec un air amusé. Il ferma les yeux quand elle prit son sexe, qui se durcissait, dans sa bouche et ce fut au tour d'Eléa de sourire tout en passant sa langue sur son gland, recueillant le liquide de son excitation grandissante. Quand elle avala entièrement, jusqu'au fond de sa gorge, sa verge à présent fièrement dressée, il étouffa un grognement en agrippant les draps et en serrant les dents. Elle lécha ses testicules tout en caressant toujours son sexe d'une main et il l'avertit avec un regard embué qu'elle ferait bien de ralentir si elle voulait profiter un peu plus de lui. En guise d'interlude, elle remonta lentement et lécha un petit moment le contour de son nombril, un de ses mamelons durcis, puis son cou qu'elle mordilla avant de finalement s'empaler sur lui doucement. Un soupir s'échappa de leurs lèvres en même temps et elle s'immobilisa en fermant les yeux, savourant le fait d'être enfin prise. Elle ouvrit à nouveau les yeux et aperçut son regard satisfait, et alors qu'elle commença à remuer doucement les hanches, il glissa à nouveau ses mains sur son corps, d'abord le long de ses fines hanches, puis sur sa poitrine qui bougeait en même temps qu'elle. Elle enleva sa chemise de nuit sans cesser ses vas et vient sous ses yeux admiratifs. Ses mouvements étaient lascifs, lents et précis mais passionnés et profonds. Elle sentit sans même accélérer la cadence et rien qu'avec la profondeur de la pénétration un orgasme vaginal la transporter, et elle rejeta la tête en arrière, gémissant doucement tandis que sa respiration s'était accélérée.
« Ce n'est pas dans tes habitudes de prendre ton temps dis-moi, » fit-il remarquer au bout d'un moment. « Je n'ai malheureusement pas toute la nuit pour jouer Eléa… »
« Va te faire foutre… » souffla-t-elle en reprenant sa respiration.
Il se redressa soudainement et leva un sourcil, l'enserrant fortement de ses bras puissants.
« Je suis hétéro chérie… et la seule personne qui est en train de se faire foutre en ce moment, c'est toi, » dit-il passant ses mains sous ses fesses et inversant les positions tandis qu'il se retrouva sur elle.
Il se retira brièvement avant de la pénétrer à nouveau d'un coup de reins violent et elle grogna en lui jetant un de ses regards les plus vicieux. Il s'employa à lui lécher et lui mordiller le cou afin d'y laisser un suçon mémorable et quand elle écarta davantage les cuisses, outrageusement et de manière provocatrice, voulant avoir l'illusion de maîtriser encore quelque chose en saisissant ses fesses de ses deux mains, il stoppa ses mouvements et se redressa, prenant une position assise. Elle protesta en s'apercevant que la pénétration était nettement moins profonde et il s'amusa en saisissant ses cuisses à jouer avec ses nerfs.
« Je croyais que tu voulais prendre ton temps… » la nargua-t-il d'un air faussement innocent.
« Sev, s'il te plaît… »
« Quoi ? Dis-le. »
« Plus fort, plus rapide… », souffla-t-elle.
Il accéda à sa requête et s'allongea à nouveau sur elle, l'embrassant rapidement sur les lèvres, avant de prendre appui sur ses mains et commencer à aller en elle de plus en plus rapidement et violemment. Elle haletait, l'excitant au plus haut point tandis qu'il sentait qu'il ne pourrait plus tenir très longtemps. Elle leva soudainement les genoux plus haut, emprisonnant son bassin dans ses jambes, et elle se mit à crier quand son pubis rencontra son clitoris et elle jouit plus intensément, se mordant la lèvre en fermant les yeux, alors qu'il se déversa finalement en elle en grognant, les yeux révulsés, avant de s'effondrer sur elle et enfouir sa tête dans son cou. Il sentait les derniers soubresauts incontrôlables quitter son corps à présent complètement détendu alors qu'il bougeait encore légèrement en elle avant de s'immobiliser complètement. Elle rouvrit les yeux et passa ses mains dans son dos trempé, et il s'excusa à mi-voix de l'écraser en se retirant et se dégageant d'elle. Il déposa un nouveau baiser sur ses lèvres et chercha ses vêtements dans les draps et couvertures en désordre sur le lit.
« Reste s'il te plaît Sev… » murmura-t-elle en retrouvant son boxer qu'elle lui tendit tout en remettant un semblant d'ordre dans son lit.
Il enfila son boxer et sembla hésiter tandis qu'il défroissait d'un geste machinal son pantalon. Il croisa son regard triste et lui adressa un sourire de réconfort alors qu'il la rejoignit sous les draps.
« Merci, » dit-elle lui tendant un oreiller alors qu'elle embrassa le sien de ses bras avec des yeux soudainement fatigués.
« Tu veux en parler ? » demanda-t-il se couchant sur le côté tout en ne lâchant pas son regard.
« Non, je n'ai pas très envie d'en parler… Elle me déteste, il n'y a rien à ajouter de plus je crois… Tu me crois toi quand je te dis que je n'ai tué personne le soir d'Halloween ? »
« J'aimerais… Est-ce qu'il ne s'est vraiment rien passé ce soir-là ? Tu es restée au Manoir avec Lucius et c'était une soirée comme les autres au sein de l'organisation des Mangemorts ? »
Elle baissa le regard et il soupira alors qu'il la connaissait trop pour s'apercevoir qu'elle ne lui avait pas tout dit.
« Je te jure que je n'ai tué personne… »
« Raconte-moi Eléa, » insista-t-il en élevant légèrement la voix.
« Non… »
« Montre-moi alors, » suggéra-t-il et les larmes lui montèrent soudainement aux yeux alors que des flash-back du passé ressurgirent et qu'elle réalisait combien son amitié et leur complicité lui avaient manqué.
Elle acquiesça doucement et il s'approcha d'elle, collant son front contre le sien tandis qu'ils fermèrent les yeux. Severus sentit les premières images que lui autorisait de voir Eléa lui parvenir alors qu'elle s'endormait et qu'il savait qu'il aurait le reste dans leurs rêves communs.
Grimmauld Place, vendredi 8 novembre 1997
« Tu crois qu'il aura oublié ? Sérieusement ? Excuse-moi Harry, mais je te rappelle qu'on parle de Snape et sa menace de la semaine dernière, il la mettra à exécution, crois-moi… Et dire que tout est de la faute des Serpentards, ce ne sont vraiment que des serpents vénéneux… » soupira Hermione en suivant Harry qui commençait à monter au premier étage d'un pas énergique.
Ils atteignirent le premier étage, prenant le couloir menant à la chambre d'Harry d'un pas finalement traînant.
« Tu veux aller dire bonjour à Eléa ? » tenta Harry maladroitement alors qu'ils s'apprêtaient à passer devant la chambre de la mère d'Hermione.
« Pas vraiment, non… Et je ne pense pas qu'elle soit… » commença Hermione avant d'être interrompue par Harry qui lui prit la main. « … réveillée… » termina Hermione abasourdie par la vision devant elle.
Severus s'était réveillé à l'aube et il était allé prendre une douche avant de s'habiller rapidement. Eléa dormait toujours paisiblement et il n'avait pas eu le cœur de la réveiller, alors il était sorti de la chambre sur la pointe des pieds, prenant garde à ne pas fermer trop fort la porte. Il se devait d'être discret et prudent aussi, et il avait regardé de chaque côté dans le couloir avant de refermer doucement la porte de la chambre. Quand il avait relevé la tête, s'apprêtant à descendre au rez-de-chaussée pour quitter la maison, il s'était arrêté net en voyant qu'il n'était plus seul et que deux Gryffondors le regardaient avec un air interrogatif et quelque peu choqué. Il étouffa un juron entre ses dents, levant les yeux au ciel et soupira finalement longuement d'un air blasé. Il fut tenté de s'expliquer par un inutile et humiliant « ce n'est pas ce que vous croyez » mais il se ravisa en voyant que l'évidence était plus que perceptible. Il fit alors la chose la plus vraisemblable et salvatrice dans une telle situation : il sortit sa baguette et, la pointant vers les deux adolescents, il s'écria : « oubliettes ! » Comprenant en même temps que le sort jaillit de la baguette, Harry esquiva le puissant jet de lumière et poussa Hermione, trop choquée pour bouger, contre le mur.
« Vous pourriez au moins assumer ! » s'écria-t-elle enfin, sidérée par son geste et sa lâcheté.
Réveillée par les cris et le coup contre le mur, Eléa sortit de la chambre, en prenant soin auparavant de se vêtir d'une robe de chambre longue qu'elle noua d'un geste rapide. Quand elle aperçut les protagonistes dans le couloir, elle comprit et faillit éclater de rire mais elle s'efforça de garder son sérieux. Puis, elle enregistra les tensions présentes, se remémora les paroles dures de sa fille de la veille et examina Hermione et Harry, toujours près du mur, Harry devant sa sœur avec un geste protecteur, tandis qu'elle vit le regard furieux de Severus, sa baguette à la main.
« Tu as essayé de jeter un sort aux enfants Severus ! » hallucina-t-elle en lui lançant un regard fâché.
Severus soupira et rangea sa baguette avant de se passer une main dans ses cheveux d'un geste nerveux et gêné.
« J'ai une réputation Eléa… » souffla-t-il à mi-voix.
« Tu fais chier Sev ! Tu veux parler de ta réputation de vieux garçon aigri ! Laisse-moi rire ! »
« On voit que ce n'est pas toi qui dois supporter tous les jours ces gosses qui n'attendent qu'une chose, c'est un faux pas de la part de leur professeur pour se moquer sous cape de lui ! » s'énerva à son tour Snape.
Hermione et Harry s'étaient détendus en se jetant un regard navré devant le tableau qu'ils avaient devant les yeux. Harry avait croisé ses bras sur sa poitrine, tandis qu'Hermione semblait avoir encore besoin du mur pour la soutenir.
« Il faut que tu arrêtes cette paranoïa agaçante Sev ! Non, toute l'école, tous les professeurs et tous les élèves ne sont pas contre toi ! »
Harry ne put s'empêcher de renifler et d'étouffer un bruit qui montait dans sa gorge qui hésitait entre un toussotement ou un éclatement de rire moqueur. Snape lui lança un regard mauvais et il désigna les deux Gryffondors d'un geste accusateur sans rien ajouter.
« Ils ne diront rien, » lui assura Eléa et il leva un sourcil incrédule à cette affirmation. Les deux adultes se tournèrent vers les deux adolescents et Hermione fut la première à réagir.
« Je m'en fous… Mon professeur de Potions peut bien coucher avec qui il a envie…» dit-elle d'un ton monocorde en levant les yeux au ciel, ne voulant pas regarder sa mère dans les yeux. Les trois pairs d'yeux se tournèrent ensuite vers Harry qui soupira en levant à son tour les yeux au ciel.
« Je ne dirais à personne que la mère de ma sœur a couché avec mon professeur de Potions, » déclara-t-il à son tour tout en jetant un regard en coin étincelant et provocateur à Snape qui le gratifia d'un sourire forcé et d'un regard meurtrier.
Avec toute la dignité qu'il lui restait, Snape défroissa sa robe d'un geste machinal, et se dirigea vers les escaliers la tête haute et le pas assuré. Quand il passa à côté d'Hermione et Harry, il leur lança sans même les regarder :
« Le cours commence à 9h. Aucun retard ne sera admis. »
Un silence et une gêne s'installèrent dans le couloir après son départ, et Eléa essaya de capter en vain le regard d'Hermione qui avait la tête basse et qui était toujours contre le mur. Harry jeta un regard dégoûté en direction d'Eléa alors qu'il repensait à ses parents, et il s'efforça de chasser de ses pensées les images qui lui venaient et plus particulièrement celle de sa mère en pleurs à chaque fois qu'il voyait Eléa. Il espérait que Lily n'avait pas été au courant de l'infidélité de James mais à défaut d'avoir des précisions et des explications sur cette partie de la vie intime de ses parents, il ne pouvait effacer ce doute et l'éventualité que sa mère avait souffert à cause d'Eléa.
« Hermy, je vais chercher mon livre et je te retrouve en bas, ok ? » déclara doucement Harry et Hermione acquiesça.
« Tu ne veux pas entrer cinq minutes ? » commença Eléa.
« Snape ? Tu as couché avec Snape ? » éclata enfin Hermione s'approchant de sa mère avec des éclairs dans les yeux. « De mieux en mieux ! »
« Oh ça va, ce n'est pas la première fois ! » répondit Eléa un brin agacée.
« Quoi ? Mais c'est quoi ce délire ? Et Lucius ? Tu as trompé Lucius ! »
« Tu crois qu'il s'en prive lui ! »
« Mais je croyais que tu l'aimais ! Je ne comprends pas… Tu es décidément un mystère insondable… Je pensais qu'après ces quelques semaines, j'avais réussi à te connaître un minimum mais je me suis vraiment plantée sur toute la ligne, » déclara-t-elle amèrement.
« Il n'y a rien à comprendre Hermione. Ou plutôt si, c'est très simple et il est inutile de s'énerver pour si peu. J'aime Lucius, je l'ai toujours aimé et je l'aimerai toujours. Severus est mon meilleur ami, depuis Poudlard. Nous sommes très proches, très complices, je lui dis tout, et il me connaît comme personne. Disons qu'il y a un petit plus, un bonus, dans notre relation… » expliqua Eléa calmement.
Hermione regarda quelques secondes sa mère comme si elle la voyait pour la première fois, et elle secoua la tête avant de ramasser son sac qu'elle avait laissé tomber sur le sol un peu plus tôt sous la violence du choc.
« Tu sais quoi ? Ca ne me regarde pas après tout, c'est ta vie, tu fais ce que tu veux, du moment que tu es heureuse et que tu ne fais de mal à personne… »
« Je ne suis pas heureuse Hermione, » déclara Eléa avec un petit sourire triste, « et ça n'a rien à voir avec Lucius ou Severus... J'aimerais qu'on parle toutes les deux… »
« Je n'ai pas le temps, » trancha durement Hermione. « J'y vais, j'ai cours… »
« Hermione, ne mène pas la vie dure à Severus s'il te plaît chérie… Il ne le mérite pas… »
Hermione étouffa un petit rire.
« Il me déteste, il déteste tout le monde ou presque, et il est toujours en train d'enlever injustement des points aux Gryffondors ! On se demande qui mène la vie dure à l'autre… », marmonna Hermione avec une petite grimace en pensant aux deux semaines de retenue qui l'attendaient avec Snape, et Eléa prit cette remarque également pour elle.
« C'est faux Hermione, il ne te déteste pas, » déclara Eléa tandis qu'Hermione s'éloignait.
Eléa ne vit pas Hermione lever une fois de plus les yeux au ciel, et elle rentra dans sa chambre en soupirant avant de se diriger vers la salle de bain pour y faire couler un bon bain chaud dans lequel elle était sûre qu'elle allait revivre les échanges de la veille.
Poudlard, mardi 6 novembre 1979
Quand ils arrivèrent auprès du Directeur, ce dernier était en train de parler doucement à Fumseck, tout en caressant son pelage coloré. Il semblait préoccupé et la venue de Sirius, James et Lily n'y était pas étrangère. Il les fit asseoir en face de son bureau, l'ambiance était un peu lourde et tous les portraits tendaient l'oreille pour connaître l'objet de la discussion. Il se passa une bonne minute, où tous s'observèrent, avant que Dumbledore ne prenne la parole.
« Bien… La lettre de Lily m'a appris que vous étiez à présent tous au courant de mon lien de parenté avec Eléa. »
Il fit un geste de la main, empêchant Sirius de dire quoi que ce soit. Le Maraudeur se retint pour ne pas déverser les questions et les récriminations qui se bousculaient dans son esprit. Mais quand il vit le regard déterminé du vieux sorcier et la flamme qui dansait dans ses yeux, il garda le silence en croisant ses bras sur sa poitrine.
« Je vais vous demander de m'écouter attentivement, sans m'interrompre, et seulement après je répondrai à vos questions. » Son regard s'assombrit avant de reprendre. « J'ai fait beaucoup d'erreurs par le passé, notamment en ce qui concerne Eléa. Sa mère et moi, nous nous aimions beaucoup, mais de par nos activités respectives, nous n'avions finalement pas souvent l'occasion de nous voir, et je dois dire qu'avoir un enfant a fait partie des surprises de la vie. Malheureusement, je n'ai pas été très présent pendant l'enfance d'Eléa et à la mort de sa mère, elle a accepté de venir en Angleterre. Vous comprendrez que si Lord Voldemort apprenait que j'ai une fille, sa sécurité serait grandement mise en danger, ainsi que celle de ses amis. C'est pourquoi j'ai fait le nécessaire pour que personne ne le sache, que personne ne puisse accéder à ses souvenirs et je lui ai interdit de le dire à qui que ce soit. »
Il sembla tout à coup fatigué, mais il se leva et fit les cents pas derrière son bureau.
« Je n'ai pas élevé Eléa, elle a plus souvent été avec une nourrice ou en internat et a développé un caractère assez fort, en même temps que des pouvoirs surprenants. Je pense qu'elle tient sa haine des Moldus en partie parce que sa mère et moi les chérissions et travaillions dur pour les protéger, sans compter qu'un Moldu a été impliqué dans la mort de sa mère… Comme vous pouvez vous en douter, nos liens sont fragiles et compliqués et j'ai pensé agir pour le mieux en la laissant faire ses propres choix. »
Un silence suivit ces paroles, silence qui s'installa alors que Sirius jeta un œil à James qui fixait le Directeur de Poudlard comme si c'était la première fois qu'il le voyait. Lily tournait machinalement entre ses doigts les franges de son écharpe et elle semblait avoir presque cessé de respirer, ou du moins elle imitait parfaitement une statue immobile, droite, la tête bien haute et les yeux fixes et légèrement dans le vague.
« Je sais que tout ça est un choc pour vous, que vous ne vous y attendiez pas et que vous avez l'impression d'avoir été trahis par Eléa, mais ce n'est pas le cas, elle n'avait pas d'autre alternative possible… Je pensais que vous auriez des questions à poser… » déclara enfin Dumbledore en se rasseyant et regardant un à un les trois amis, le front plissé par l'inquiétude.
« Ah, parce qu'on est enfin autorisés à parler ! » s'exclama Sirius faisant sursauter Lily alors que James fronça les sourcils en s'apercevant que son meilleur ami était en train d'exploser. « Si je résume bien, et excusez-moi d'être si direct, vous n'aviez en somme jamais voulu d'Eléa ! Pas étonnant qu'elle ait si mal tourné ! Elle s'est toujours sentie rejetée, vous vous attendiez à quoi ! A ce qu'elle soit équilibrée et fasse un mariage heureux, près d'un Moldu, avec trois gamins ayant des prénoms commençant uniquement par des voyelles, sortant tous les matins le chien et cuisinant une ratatouille pour son connard de Moldu macho qui serait rentré en se mettant les pieds sous la table ! » cria Sirius, des éclairs dans les yeux.
« Sirius… » tenta Lily à mi-voix en posant sa main sur le genou du Marauder.
« Quoi ? Tu cautionnes toi peut-être ? Eléa est ta meilleure amie, tu ne l'as jamais surpris en train de pleurer ! La faute à qui selon toi ! » rétorqua agressivement Sirius.
« SIRIUS ! » l'arrêta James en criant plus fort que lui. « Ca suffit maintenant… Je ne comprends pas trop, Professeur… Comment Eléa a-t-elle pu en arriver là ? La Magie Noire, sa haine des Moldus, à part nous, ses amis sont des Mangemorts…. Elle est votre fille, vous auriez pu l'empêcher, la détourner de Malfoy et son influence, la mettre davantage en garde… Vous avez lu les rapports ? Vous avez vu comment il la traite ? »
« J'ai essayé James, crois-moi, j'ai essayé… » déclara d'un ton las Dumbledore avec des regrets dans la voix. « Elle a eu, dès son entrée à Poudlard, beaucoup d'amis chez les Serpentards, que pouvais-je faire ? Il n'était pas de mon ressort de contrôler ses fréquentations et les amis qu'elle s'était choisie… »
« Tout est de la faute de Malfoy ! » cracha Sirius, « ce bâtard l'a manipulée depuis le début et il continue encore à la harceler pour mettre un deuxième pied chez Voldemort ! »
« Et à aucun moment, tu ne t'es senti coupable de ce choix ! » lui retourna James qui commençait également à s'énerver, mais plus contre son ami que contre le vieux Professeur, presque avachi dans son large fauteuil. « Tu as traité Eléa comme de la merde, lui faisant des promesses que tu n'as pas tenues, lui faisant espérer en vain ! Tu aurais pu également la sortir de ce bourbier et merdier ! Mais la tâche t'a paru quoi, trop difficile à surmonter ! Tu n'as pas supporté qu'elle te tienne tête, qu'elle ait un caractère plus fort que le tien et qu'elle ait été l'une des seules, sinon la seule, à te dire merde ! »
« Ta gueule James, je te préviens, ferme-la, je n'ai pas envie de me disputer avec toi, » l'avertit Sirius, les dents serrées.
« Vous la fermez tous les deux ! » s'exclama enfin Lily, surprenant les deux hommes, assis de chaque côté d'elle. « Professeur, on peut encore l'aider, on peut la sortir de là et savoir qu'elle est votre fille va nous aider, c'est une force supplémentaire que nous avons sur Lucius, on peut la faire revenir complètement vers nous… »
« ça va être dur, » l'interrompit James, « elle est vraiment très amoureuse de Lucius. »
« Je sais, mais tu as bien vu, elle est toujours partagée, il a beaucoup d'influence sur elle, je crois surtout qu'elle a peur d'être seule… Il faut le dire à Rémus, il doit savoir aussi, il est proche d'Eléa et il est très psychologue. »
« Il est déjà au courant, » répondit Dumbledore avec un petit sourire qui s'élargit quand il vit les trois carpes muettes en face de lui. « Ses capacités de loup garou l'ont grandement aidé je dois dire. Je lui ai fait promettre de ne rien révéler, il a toute ma confiance, ainsi que celle d'Eléa. »
« Eléa était au courant aussi ? » hallucina Sirius. « Les deux espèces de cachottiers ! Ils se sont bien foutus de notre gueule ! »
« Sirius ! » le réprimanda Lily en lui pinçant la cuisse. « C'est un secret important, il ne s'agit pas d'un jeu de gamins de première année ! »
« Sirius joue encore à ce type de jeu… » fit remarquer de manière fourbe James avec un petit rire guttural qu'il arrêta net quand il vit le regard fâché de sa femme.
« Ce que je vais exiger de vous à présent n'est pas un jeu… Vous avez le choix, vous pouvez choisir de ne pas vouloir supporter et partager le fardeau d'un tel secret et je ferai en sorte qu'il soit effacé de vos mémoires. Vous pouvez également choisir de garder ce secret mais attention, c'est une lourde responsabilité, des vies importantes sont en jeu, la mienne et celle de votre amie, entre autres. Dans ce cas, je vous demanderai de ne rien dire à personne, à personne, » insista le Directeur. « Et quand je dis personne, ça inclut Peter, je ne vois aucune raison à ce qu'il soit au courant d'une telle chose. Eléa, bien entendu, ne saura pas que vous partagez désormais notre secret sur sa filiation, pour des raisons évidentes. »
Un autre silence se fit dans le bureau et Lily fut la première à répondre.
« Vous avez ma parole, Professeur. Eléa est ma meilleure amie, je tiens à elle et à la cause que nous défendons. »
« Vous avez également ma parole, » répondit à son tour James et Lily lui prit une de ses mains qu'elle serra fort dans la sienne.
Trois pairs d'yeux se dirigèrent vers Sirius qui semblait considérer sérieusement la question, bien que James et Lily connaissaient déjà sa réponse.
« Vous avez ma parole. J'aime Eléa, je ferai tout pour elle, vous le savez tous. »
Dumbledore acquiesça avec un large sourire, des yeux pétillants, et une sérénité quelque peu retrouvée alors qu'on pouvait clairement lire le soulagement dans ses yeux clairs.
« J'ai confiance en vous mes enfants, j'ai confiance en nous et en notre organisation, nous y arriverons, » dit-il enfin avant de servir un thé qui avait eu amplement le temps d'infuser.
Hermione observait le Professeur Snape du coin de l'œil pendant qu'elle essayait de se remémorer le dernier chapitre de son manuel de Potions qu'elle avait feuilleté rapidement avant de se rendre à son heure de retenue. Elle confondait certains ingrédients, elle confondait en fait deux chapitres et ça l'énervait au plus haut point. Elle n'avait aucune envie de lui rendre une copie fausse, alors elle se concentra du mieux qu'elle le put pour visualiser à nouveau la page du manuel. Elle avait une mémoire photographique et elle pouvait d'ores et déjà voir les dessins, sur la page centrale, prendre vie dans son esprit. Snape était assis à son bureau et pour une fois, il ne semblait pas corriger des copies. Elle ignorait ce qu'il était en train de faire mais il le faisait avec une concentration certaine et elle le vit à plusieurs reprises poser sa plume pour réfléchir plus posément. Il se leva finalement en roulant un morceau de parchemin et elle le vit le nouer à la patte de son hibou qu'il envoya avec des instructions qu'elle n'entendit pas.
Elle relut son devoir deux fois et soupira avant de se lever et se diriger lentement vers le bureau de Snape.
« J'ai fini Professeur, » dit-elle en lui tendant son morceau de parchemin.
Il l'invita à s'asseoir et prit sa copie qu'il parcourut durant quelques minutes qui lui parurent une éternité alors qu'elle tordait nerveusement ses doigts.
« C'est juste, » déclara-t-il enfin et elle poussa un soupir de soulagement. « Félicitations, ce n'était pas évident, c'est une Potion qui aurait facilement pu se confondre avec celle d'Elmath. »
« Oui, j'ai eu peur de me tromper en fait, mais je me rappelais très bien que celle-ci était jaune, contrairement à celle d'Elmath, légèrement bleutée… » avoua Hermione avec un petit sourire.
« Et pourquoi est-elle bleutée justement ? »
« A cause du méthylène il me semble… »
« C'est exact, » acquiesça Snape plutôt fier de son élève, même s'il ne le montra pas.
C'était le quatrième soir qu'elle passait en retenue avec le Professeur de Potions et elle dut s'avouer que les séances n'étaient pas aussi terribles qu'elle s'y attendait. Snape paraissait plus agréable et plus détendu qu'en cours et elle arrivait presque à apprécier ses heures de retenue qui lui permettaient d'apprendre des choses qu'ils n'auraient pas le temps de voir durant l'année.
Il fit mine de parcourir à nouveau sa copie et fouilla un instant dans ses tiroirs. Elle reconnut les devoirs qu'ils avaient fait la semaine passée en cours et sa gorge devint soudainement sèche alors qu'elle se rappelait très bien l'avoir raté.
« P… » déclara Snape en lui tendant sa copie qu'elle prit avec un regard désolé. « Ce n'est évidemment pas brillant, mais je sais que vous pouvez faire mieux, vous me l'avez démontré ce soir… »
Pour tout avouer, il avait aussi appréhendé ces heures avec Hermione. Il la voyait certes différemment depuis qu'il savait qu'elle était la fille d'Eléa, mais elle restait une Gryffondor sûre d'elle et un brin prétentieuse. Un portrait pas tellement éloigné de sa mère… Elle était également fragile, il s'en était aperçu au fil des mois. Fragile. Comme Eléa. Il avait une peur terrible de se prendre d'affection pour cette gamine et il avait du mal à s'avouer que cette soirée avait été agréable et qu'il avait apprécié sa bonne volonté dans l'accomplissement des exercices qu'il lui avait soumis. Et des exercices difficiles. Il comptait bien garder ce rythme durant ses deux semaines de colle et il était sûr qu'elle ne raterait plus aucun devoir en classe après ça.
« J'essaierai de faire mieux la prochaine fois, Professeur… » déclara timidement Hermione en lui rendant sa copie minable comme un linge sale.
« Essayer ? » Il leva un sourcil interrogateur et elle fut surprise et soulagée qu'il n'ait pas levé le ton une seule fois depuis ces quatre jours.
« Je ferai mieux la prochaine fois ! » déclara-t-elle avec plus d'aplomb en se redressant sur sa chaise.
« Je préfère ça, » accorda-t-il avec un sourire en coin.
« Est-ce que je peux y aller à présent ? » demanda-t-elle finalement.
« Oui, la punition est levée pour ce soir, mais j'aimerais vous parler avant que vous ne partiez Miss… »
Elle leva un regard interrogatif et perplexe vers son professeur, et elle comprit alors qu'elle s'enfonça au fond de sa chaise en soupirant, croisant ses bras sur sa poitrine.
« Ca concerne Eléa, n'est-ce pas ? »
« Je ne veux pas me faire l'avocat du diable, Miss Granger, mais je connais certaines informations qui pourraient peut-être vous aider à mieux connaître et comprendre votre mère… » commença Snape avec un sérieux qui intrigua Hermione.
Elle plissa légèrement les yeux, hésitant un instant et se demandant si elle avait vraiment envie d'écouter son professeur, meilleur ami et amant de sa mère, lui parler d'elle avec une objectivité toute relative. Elle savait que sa curiosité prendrait le dessus et elle soupira une dernière fois.
« Je vous écoute… »
« Comme vous le savez, j'ai également été un Mangemort, j'ai connu Voldemort et ses agissements, ou plus précisément ses méthodes d'endoctrinement… Je sais comment il agit, je connais la force qu'il emploie pour faire plier chacun de ses membres et je sais oh combien il est difficile et voire impossible de lui refuser quoi que ce soit. »
Il fit une pause et Hermione décroisa ses bras, remettant ses cheveux en place d'un geste nerveux.
« Je le sais aussi tout ça, j'en ai eu un aperçu, » dit-elle dans un souffle.
« Un aperçu, oui, juste un aperçu et je vous souhaite de ne voir que cette face immergée de l'iceberg, croyez-moi… »
Il fit un geste de la main signifiant qu'il était inutile de s'appesantir sur la question et il poursuivit.
« Le fait est que je connais également Eléa, je la connais même très bien et sans me vanter, je crois que je peux affirmer sans exagération que je suis celui qui doit la connaître le mieux… Je ne veux pas tomber dans le pathétique Miss Granger et toucher une corde sensible dans l'unique but d'émouvoir mais les faits sont là… Eléa n'a pas eu une enfance des plus heureuses. Loin de moi l'idée de dire qu'elle était malheureuse mais avouons que vivre sans la présence d'un père et avec une mère presque toujours absente n'est pas la meilleure enfance à souhaiter à un enfant… Eléa a beaucoup été confiée à sa grand-mère maternelle, quand elle n'était pas la plupart du temps livrée à elle-même, seule dans une maison finalement trop grande pour elle… La mort de sa mère a été une tragédie pour elle, et l'ironie du sort a voulu qu'un Moldu soit impliqué dans ce tragique décès. Revenir vivre avec un père qu'on ne connaît pas, dans un pays que l'on connaît peu, dans une nouvelle école où nous n'avons aucun ami peut être déstabilisant, vous ne croyez pas ? »
« Certainement… » acquiesça Hermione en écoutant attentivement.
« Mais ça ne justifie rien, je suis d'accord avec vous, » dit-il lisant dans les pensées de la jeune sorcière. « Eléa s'est accrochée désespérément à Lucius Malfoy. Oh, il l'aimait, ne vous méprenez pas, et elle était également très amoureuse de lui mais il faut avouer qu'Eléa n'a vraiment pas été servie par la destinée quand on sait que Lucius était promis à une autre depuis son plus jeune âge… Vous allez me dire qu'elle a été manipulée par Lucius qui l'a amenée insidieusement vers Voldemort et vous n'aurez pas tort. Mais Eléa a trouvé au sein de cette organisation bien plus qu'une idéologie à suivre et des massacres à perpétrer. Elle a trouvé une nouvelle famille et une raison de vivre, avec des buts et des promesses d'un avenir meilleur. Je crois que le tournant décisif dans la vie d'Eléa et son passage définitif du côté des Mangemorts se sont décidés après la tragique fin de son histoire d'amour avec Sirius Black… Une histoire impossible quand on connaissait les personnalités de nos protagonistes, mais une histoire sincère, réelle et forte. Voyez-vous, je reste convaincu qu'Eléa et Lucius sont faits l'un pour l'autre, mais je suis également certain qu'une issue différente dans son histoire avec Black aurait fait d'elle une femme différente… »
« Elle aurait été une Mangemort de toute manière et vous le savez, elle partage Ses idées et rien n'aurait pu la faire changer d'avis là-dessus ! » s'exclama Hermione.
« Je n'ai pas dit qu'elle n'aurait pas fait partie des Mangemorts, j'ai dit que ça aurait été une femme différente… »
Snape se mit soudainement à réfléchir aux éventualités et autres alternatives qu'une telle configuration aurait pu permettre à l'époque… Eléa mariée à Sirius Black et passant de temps en temps dire bonjour aux Mangemorts entre deux biberons à des mioches braillards et insupportables aurait vraiment été un tableau délicieux à voir.
« Différente comment ? »
Snape sortit de ses pensées et leva la tête vers son interlocutrice.
« Simplement différente… » Snape soupira en s'asseyant au fond de sa chaise. « Eléa s'est court-circuitée toute seule, Miss Granger… Et son plus grand tort a été de croire qu'elle pourrait encore tout contrôler quand on s'était aperçus tous qu'elle n'était qu'une ficelle de plus dans les mains de Voldemort… »
« Et c'est à ce moment-là que vous vous êtes aperçu que vous étiez également une ficelle et que vous avez décidé de quitter les Mangemorts ? » demanda Hermione.
« Pas exactement mais c'est vrai qu'en y réfléchissant bien, j'aurais dû déjà être lucide à cette époque là… Mais nous ne sommes pas là pour parler de moi… Il faut me croire quand je vous dis qu'à Halloween, Eléa n'a tué personne, Miss… »
« Comment le savez-vous ? »
« Je le sais, j'en suis sûr et certain. Eléa n'a tué personne ce soir-là, » articula Snape en se rapprochant d'Hermione et croisant ses mains sur la table.
« Elle était au Manoir ? Elle n'est pas sortie ? »
« Elle est restée au Manoir, elle n'a pas bougé, » confirma-t-il.
« Il ne s'est donc rien passé ce soir-là ? »
« Eléa n'a tué personne, » répéta-t-il, ne répondant pas exactement à la question posée par Hermione alors que cette dernière s'en rendit de toute évidence compte mais elle choisit de ne pas insister.
« La Magie Noire… » soupira Snape. « Fascinante et dangereuse en même temps… Vous saviez que Voldemort avait dans ses plans de vous marquer vous et Draco ? »
« Oui, je le savais, » acquiesça Hermione.
« Et vous savez pourquoi Il ne l'a finalement pas fait ? »
« Parce qu'Eléa Lui a parlé et s'y est opposé, » répondit Hermione avec évidence.
« Vous pensez sérieusement qu'on peut refuser quelque chose au Seigneur des Ténèbres simplement en lui parlant, en lui disant non, que ce n'est pas possible ? » rit à mi-voix Snape devant l'innocence de la jeune Gryffondor. « Allons Miss Granger, je vous croyais plus perspicace que ça… Eléa s'est effectivement opposée à ce marquage, en lui promettant en échange de se remplir de Magie Noire, jusqu'au plus profond de son Etre… » expliqua-t-il.
Hermione comprit alors et les périodes d'isolement d'Eléa, après cette fameuse entrevue avec son maître le jour de l'anniversaire de Draco, lui revinrent en mémoire. Ses yeux dilatées et le regard dans le vague, une pâleur encore plus inquiétante qu'à l'accoutumée, des frissonnements, des tremblements, des vertiges et toujours une impression de déconnexion…
« A chaque fois qu'elle était sous une emprise trop brusque de Magie Noire, comme cette fois où elle est arrivée shootée à la réunion de l'Ordre, ce n'était pas elle alors ? » demanda Hermione alors qu'elle connaissait déjà la réponse.
« Ce n'était pas elle, non… »
Un silence s'installa dans la salle de cours alors que les bougies arrivaient au bout de leur limite. La nuit s'était alors installée pour de bon, emportant alors tous les élèves de Poudlard vers leurs dortoirs respectifs. Seul un Professeur et son élève semblaient faire quelques heures supplémentaires dans un ancien cachot enterré dans les souterrains du vieux château. Le Professeur Dumbledore regarda la grosse horloge au-dessus de son fauteuil préféré alors qu'il était installé au coin de sa cheminée et il esquissa un sourire en reconnaissant le hibou de Snape frapper au carreau. Il alla ouvrir à l'animal et décrocha son message avant de lui offrir quelques copeaux de chocolat et le renvoyer avec une caresse amicale. Il lut le parchemin et son sourire s'élargit. Il éteignit sa cheminée d'un claquement de doigt, les bougies d'un geste de la main et put enfin aller se coucher avec un air apaisé.
« Quant à James Potter, je ne peux malheureusement pas vous aider et j'en suis désolé… Je jurerais à première vue que votre père n'ait jamais été au courant de votre existence mais je ne peux rien affirmer et il n'y a qu'une seule personne qui puisse vous éclairer sur ce point, Miss. Et il ne s'agit pas d'Eléa mais bien de votre grand-père, comme vous l'aurez aisément deviné… Puis-je juste vous poser une question si elle n'est trop indiscrète ? »
Hermione acquiesça avec un air soudainement fatigué.
« Qui vous a dit que votre père vous a rejetée et qu'il n'a jamais voulu de vous ? »
Hermione enregistra la question et des larmes gagnèrent ses yeux fatigués qu'elle leva désespérément vers son professeur.
« Voldemort… » souffla-t-elle comprenant alors enfin qu'elle avait certainement été, elle aussi, manipulée.
J'espère que ce chapitre qui s'est fait désiré vous a plu ! Faites-le nous savoir !
Voila le teaser du chapitre 26 qui sera là dans une quinzaine de jours, promis !
Teaser chapitre 26 : L'antre du serpent :
1977 : Les Marauders en apprendront plus sur Eléa et cette dernière jouera toujours double jeu avec les deux organisations, à moins qu'elle n'en favorise finalement une plus que l'autre…
1997 : Eléa semble avoir quelques nouvelles prérogatives vis-à-vis d'Hermione. Une sortie à Pré-au-Lard enchantera les élèves. Une action de la plus haute importance vis-à-vis de Voldemort s'organisera au sein de l'Ordre du Phénix. Eléa saura-t-elle y faire face ?
