Laura : Solitude

Mon réveil sonna aux aurores et me réveilla en douceur en ce dimanche matin. Après être restée encore quelques minutes dans mon lit, l'esprit totalement embrumé, je m'étirai et baillai un bon coup pour me donner de l'énergie et je passai mon regard par la fenêtre. Le ciel était bleu azur et il n'y avait pas un seul nuage à l'horizon. Le temps idéal pour se promener sur les rives de la tamise.

Prenant quelques affaires, je partis me préparer dans la salle de bain. Ce jour-là, j'avais décidé de faire les choses au mieux. Après tout, cela faisait tellement longtemps que je n'étais pas sortie le week end, il fallait que je marque le coup.

Ainsi, après avoir pris une bonne douche et m'être coiffé, j'enfilai un élégant tee-shirt blanc à dentelles ainsi qu'une jupe courte assortie. Ce n'était pas dans mon habitude mais je m'attachai également les cheveux avec une barrette, sachant déjà que ma coiffure n'allait pas tenir toute la journée sans cela.

Finalement, après une bonne heure de préparation, je sortis enfin de la salle de bain et je rassemblai quelques affaires dans un petit sac à dos, dont le poème de Darksky que j'emmenai où que j'aille, ainsi que divers autres accessoires qui aurait pu me servir avant de descendre au rez-de-chaussée.

Il n'était encore que neuf-heures du matin, ce qui me laissait un gros délai avant de devoir rejoindre Théodore devant l'école.

Ainsi, je pris mon petit déjeuner sans me presser, l'esprit ailleurs, à tel point que je ne remarquai même pas Arnold pour une fois. Je tentai de planifier un peu ce que nous allions faire mais, comme je n'étais pas une grande habituée des fêtes foraines, je ne réussis qu'à tourner en rond et abandonner, pensant improviser sur place.

Lorsque dix-heures sonnèrent, je sortis de la maison et enfourchai mon vélo pour prendre la direction de l'école.

La ville était toujours assez calme mais le dimanche, personne ne semblait réveillé avant midi si bien que toutes les rues étaient désertes, à l'exception de quelques promeneurs matinaux. Ainsi, n'ayant pas à me soucier des autres voitures, je pus prendre tout mon temps pour arriver, profitant de la température idéale et de la brise légère qui soufflait en cette belle journée de printemps.

J'arrivai en ville une demi-heure plus tard et je profitai une fois de plus de mon avance pour faire un petit détour et me promener tant qu'il n'y avait aucune voiture. Je passai ainsi devant de nombreux parcs et bâtiments historiques comme Buckingham palace ou Big Ben, lieux que je n'avais pas l'occasion de voir en semaine.

Vers one heure et demi, j'arrivai enfin devant l'école après m'être perdue à force de déambuler et, sans surprise, Théodore était arrivé lui aussi et était adossé à la grille de l'école avec son éternel air peu avenant. Cela me faisait bizarre de le voir sans son uniforme et avec des vêtements tout à fait classiques, à savoir un sweat rouge et un simple jean.

Je m'arrêtai juste devant lui et, lorsqu'il leva la tête vers moi, il rougit aussitôt et détourna le regard.

-Et bien, on dirait qu'aucun d'entre nous n'est capable de respecter l'heure dite ! Lançai-je en guise de salutation.

-A…Apparemment, oui bégaya-t-il.

-Et sinon, quel est le programme de la journée ?

-Tu voulais aller à la fête foraine non ? Allons déjeuner là-bas et on avisera ensuite me répondit-il en commençant à s'éloigner.

-Comme tu voudras, je te suis ! M'exclamai-je avec entrain.

Sans ajouter un mot, nous prîmes le même chemin que quelques mois plus tôt. Comme je m'y attendais, Théodore ne parla que peu et ce fut à moi de faire la conversation, une fois de plus. Cependant, je vis que quelque chose avait changé dans son attitude ce jour-là. En effet, pour la première fois depuis que je le connaissais, il semblait m'écouter et être intéressé par ce que je racontais. Pire encore, il me posa quelques questions pour réagir à mes propos.

Lorsque nous arrivâmes à l'entrée de la fête foraine sur les rives de la tamise, je lâchai un cri d'étonnement et mes yeux se remplirent d'étoiles. Devant nous et sous le London Eye, des dizaines d'attractions avaient été montées allant du simple carrousel au grand huit de plus de dix mètres de haut en passant par les stands comme les trains fantômes ou encore les trampolines.

A partir de là, mon sang ne fit qu'un tour et, pressée d'essayer toutes ces manèges je pris la tête, fonçant acheter des tickets en tirant Théodore par la manche.

-Alors, par quoi tu veux commencer ? Lui demandai-je en regardant avec excitation de tous les côtés une fois que nous fûmes à l'intérieur.

-Je t'ai dit que je ne monterai pas dans…

-Que dis-tu de celle-là pour commencer ? Le coupai en lui montrant un bras géant qui tournait sur lui-même à plus de cinquante kilomètres heure.

Théodore écarquilla les yeux et serra les dents, se retenant visiblement de grimacer et je pouffai devant sa réaction.

-Allons, ne me dis pas que tu as peur ? Le taquinai-je.

-Je…Je n'ai pas peur ! Rétorqua-t-il en maitrisant les tremblements de ses mains. Juste qu'on n'a même pas encore déjeuner et que je commence à avoir faim !

Au moment où dit cela, mon ventre gargouilla et je me rendis compte que moi aussi, je commençai à avoir un petit creux. Reportant donc à plus tard le bras géant, nous cherchâmes un endroit où déjeuner et nous trouvâmes assez rapidement un snack un peu à l'écart, juste à côté des trampolines et de la pêche à la ligne.

Nous nous installâmes à une table et, après avoir pris nos commandes, je tentai de relancer la conversation qui était en train de mourir.

-Tu m'as l'air bien familier avec les lieux, Théo, tu es déjà venu ici ? Lui demandai-je avec un regard malicieux.

-Non, jamais. Et ne m'appelle pas comme ça, j'ai horreur de ce diminutif.

-Jamais ? Tu es déjà allé à la fête foraine, rassure-moi !

-Non plus.

-Tu es vraiment un cas désespéré soupirai-je. Tu as l'occasion d'y aller quand tu veux et tu n'y vas pas…

-Y aller tout seul n'a aucun intérêt me répondit-il en buvant une gorgée d'eau.

-Comment ça « tout seul » ? Répétai-je, sceptique. Tu ne vas quand même pas me dire que tu n'as jamais eu aucun ami !

-Si…mais plus maintenant que j'ai déménagé…Murmura-t-il en regardant son verre d'eau d'un air nostalgique.

-Tu as déménagé ? Je l'ignorai…

-C'était il y a deux ans. Je vivais en Amérique mais mes parents ont dû se rendre en Angleterre pour leur travail mais ce n'est pas une histoire intéressante.

-Au contraire, je suis étonnée que tu te comportes ainsi en classe si tu as eu des amis par le passé. Tu n'as donc pas envie de t'en faire de nouveau ?

-Tu peux parler toi. Tu traines avec l'asocial de la classe je te rappelle rétorqua Théodore en haussant les épaules.

-Oui, mais moi je me suis mise John à dos dès mon arrivée. J'imagine que ça a scellé ma réputation ris-je légèrement.

-Et bien tu as ta réponse pour mon cas aussi dit mon ami en baissant les yeux.

-Tu…T'es battu avec John ? M'étranglai-je. Toi, monsieur deux de tension ?!

-Je n'ai pas deux de tension, je n'aime pas l'agitation, c'est tout grogna Théodore. Et non, je ne me suis pas battu, je me suis fait écraser, c'est différent.

Je ne sus pas quoi répondre à cela. Je ne voulais pas avoir l'air de le prendre en pitié alors que j'avais battu cet idiot de John les mains dans les poches mais je ne pouvais pas non plus rire de sa situation ou même faire comme si ce n'était pas grave…

Je sentis alors un malaise grandir entre nous tandis que nous ne dîmes rien pendant plusieurs secondes et ce fut finalement Théodore qui reprit la parole.

-Enfin, c'est du passé maintenant. Ce qui est arrivé est arrivé, on n'y peut rien, c'est comme ça. J'ai juste changé mes habitudes à la suite de cet incident.

-Et bien il est temps de les changer à nouveau, tu ne penses pas ? Finis-je par lui répondre avec un large sourire.

-Tu veux que j'aille défier à nouveau John pour me faire battre lamentable une seconde fois ? Railla-t-il.

-C'est une possibilité oui…mais non. Laisse-moi m'occuper de ça !

-Ne te préoccupe pas de moi. Ce n'est pas la peine d'aller défier John pour cette histoire…

-Mais je n'ai pas dit que j'allais faire ça rétorquai-je. Mais, depuis qu'on se connait, tu n'as plus peur de parler aux autres malgré John, n'est-ce pas ? Du moins, tu me parles à moi !

Un léger sourire se dessina sur le visage de Théodore et il haussa à nouveau les épaules.

-J'imagine que j'ai plus peur de toi que de lui dans ce cas.

Je ne pus m'empêcher d'éclater de rire en entendant cela. Je ne savais pas s'il était ironique ou sérieux mais dans les deux cas, sa remarque était ridicule. Je mis deux bonnes minutes avant de retrouver mon souffle et j'eus mal au ventre à force de rire.

-Dans ce cas, si tu as si peur de moi, je t'ordonne de venir dans le bras qui tourne après le déjeuner ! Lançai-je en pointant du doigt le manège.

-Après le déjeuner…Tu n'as pas pire comme horaire ?

-Si mais pas dans l'immédiat !

Théodore soupira et nos assiettes arrivèrent peu après. Cependant, nous ne restâmes pas bien longtemps après à table car, après avoir appris cette histoire avec John, je n'avais plus qu'une seule idée en tête : rendre à Théodore ce qu'il avait perdu à cause de cette brute épaisse !

Immédiatement après, je fonçai en direction du bras géant mais quelque chose d'autre attira mon attention sur le chemin : les auto-tamponneuses. Sans réfléchir une seconde de plus, je nous pris deux billets et un instant plus tard, je me retrouvai à poursuivre mon ami qui tentait tant bien que mal d'échapper aux collisions, sans succès.

Nous enchainâmes ensuite les attractions : Stand de Tir, chamboule tout, grand huit, stand de barba papa et même le train fantôme dans lequel Théodore cria beaucoup, particulièrement quand un homme déguisé en squelette se mit à nous poursuivre et je le taquinai tout le reste de la journée avec ça.

Finalement, nous ne montâmes dans le grand bras que vers dix-sept heure et, une fois en haut, je regrettai soudain d'avoir eu une idée pareille…

Je me trouvai à plus de vingt mètres au-dessus du sol, attachée uniquement par une petite ceinture de sécurité et une barre de fer tandis que sous mes pieds s'étendait le vide…

Je me tournai vers Théodore mais il s'était transformé en statue et ne bougeait plus d'un pouce, regardant droit devant lui.

Je m'apprêtai à lui lancer une pique mais le manège redémarra subitement et je fus propulsée à toute vitesse vers le sol avant de repartir vers l'arrière en criant et riant en même temps.

Je m'amusai vraiment dans ces attractions et j'étais persuadée que Darksky se serait vraiment plu lui aussi. Il allait vraiment falloir que je l'emmène dans un manège de la sorte à mon retour. Je souriais bêtement rien qu'en pensant à la tête qu'il ferait…

Lorsque nous descendîmes enfin du manège infernal, mes jambes tremblaient un peu mais ce n'était rien comparé à Théodore qui ne savait visiblement plus mettre un peu devant l'autre et était entièrement vert.

Ainsi, nous allâmes simplement nous asseoir sur un banc dans le parc, un peu à l'écart de la fête foraine pour avoir de la tranquillité et nous restâmes là le temps de récupérer de nos émotions.

Le parc en lui-même était assez beau. Nous nous trouvions dans une large allée poussiéreuse et bordée d'arbres bourgeonnants. Derrière nous, les bruits atténués de la fête nous parvenaient et, de l'autre côté, à quelques dizaines de mètres à peine coulait la tamise, surmontée par cette immense grande roue qu'était le London Eye.

Le soleil commençait à décliner à l'horizon et projetai ses rayons rougeoyants sur l'eau calme et limpide du fleuve traversant la grande ville.

Cette ambiance m'apaisa rapidement et me rappela vaguement les journées que je passais avec Darksky dans le parc, après nos duels. Nous restions souvent assis de la sorte sur un banc, parlant de tout et de rien, regardant simplement le paysage et les autres duels se déroulant sous nos yeux.

Je me tournai alors vers Théodore qui semblait peu à peu reprendre ses esprits et je décidai de briser le silence.

-Dis, Théo, tu as encore de l'énergie pour une dernière attraction ? Lui demandai-je calmement.

-Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça grogna-t-il. Et non, ne compte pas sur moi pour remonter dans un truc pareil…

-Je pensais à quelque chose de plus calme…comme la grande rouge…

Mon ami tourna son regard embrumé vers le London Eye et il sembla tout à coup retrouver ses esprits puis acquiesça.

Ainsi nous nous dirigeâmes vers l'attraction phare de la fête ainsi qu'un des emblèmes de la ville. Une fois au pied de la grande roue, je fus une nouvelle fois impressionnée par sa taille titanesque. Je voyais les petites cabines s'élever lentement et devenir de minuscules points dans le ciel.

Nous prîmes nos places et, lorsque nous montâmes à notre tour dans notre cabine et que la porte se referma, un silence de mort s'installa alors et nous commençâmes notre lente ascension vers le sommet de la roue.

Nous nous trouvions l'un en face de l'autre mais Théodore était accoudé à la vitre et regardait par la fenêtre sans dire un mot.

Nous n'étions même pas à mi-hauteur que je pouvais déjà voire presque toute la ville et je fus une fois de plus émerveillée par sa beauté. Je me serais vraiment crue dans un de ces films reproduisant les villes du XIVème siècle. Il fallait ajouter à ce décor déjà unique les couleurs du couchant, oscillant entre l'orangé et le rouge qui donnaient à ce tableau un côté mystérieux et majestueux, comme si toute la ville et même le fleuve étaient en feu.

Je plongeai mon regard un peu plus loin et je réussis à distinguer Viridian, petit coin de verdure perdu au beau milieu de la campagne qui me semblait vraiment minuscule en comparaison avec Londres.

La cabine s'arrêta alors au sommet de la grande roue et mon ami prit la parole à ce moment précis.

-Laura…Dit soudain Théodore sans me regarder, focalisant son regard vers l'extérieur.

-Un problème ?

-Non…Je me disais juste que…Je n'aurais pas imaginé venir ici un jour avec toi quand on s'est rencontrés…

-Et moi donc lui répondis-je en riant légèrement. Surtout que tu disais toi-même que tu n'en voyais pas l'intérêt…

-Justement…Je dois t'avouer que je ne t'ai pas vraiment appréciée au début…J'avais plus l'impression d'être de corvée, moi qui ne désirais qu'être seul…

-ça, je l'ai remarqué oui…Marmonnai-je.

-En fait, je voulais te remercier en t'invitant aujourd'hui…Continua-t-il tandis que son visage s'empourprait à nouveau.

-Me…remercier ? répétai-je sans comprendre où il voulait en venir.

-Oui. Quand tu as défié John, j'ai d'abord cru que tu étais folle, comme moi…Mais quand j'ai vu que tu l'avais mis au tapis, tu m'as redonné espoir…

-Et bien, j'en suis ravie lançai-je avec entrain. Je suis contente de voir que même ici, je peux être utile à quelqu'un !

-Tu es la première personne depuis mon arrivée en Angleterre que je peux appeler « une amie » et tu seras surement la seule, vu comme les choses sont arrangées.

-J'imagine que c'est la même chose pour moi, j'imagine qu'il est trop tard pour tenter de redorer mon blason auprès des autres maintenant. Nous sommes dans la même galère on dirait ! M'amusai-je.

-Mais c'est aussi pourquoi, je dois te dire quelque chose Laura.

Théodore se tourna enfin vers moi et je pus remarquer que son visage, d'habitude si inexpressif, venait de prendre un sérieux que je ne lui connaissais pas tandis que la lumière orangée s'infiltrant par la fenêtre de la cabine dessinait des ombres mystérieuses derrière lui.

-Je crois…Non, j'en suis sûr. Je t'aime, Laura Garden. Bien plus qu'une simple amie, alors, s'il te plait, réponds-moi, est-ce que toi aussi, tu…

J'interrompis le garçon dans sa phrase d'un signe de la main et son visage se crispa. Même si ses mots me touchaient autant qu'ils me surprenaient, je n'hésitai pas une seule seconde en lui donnant ma réponse.

Prudemment, je secouai la tête en fermant les yeux puis je tentai de lui sourire gentiment tout en prenant la voix la plus douce que je pus.

-Désolée…Théodore…Je t'apprécie énormément et je te suis infiniment reconnaissante pour aujourd'hui et pour tout ce que tu as fait depuis mon arrivée…mais ce n'est pas ce que je désire...

-Je…Je vois…Bégaya-t-il, le regard tout à coup remplie d'une infinie tristesse. J'imagine que j'ai été idiot une fois de plus…

Un coup de vent souffla et fit tanguer la nacelle quelques instants tandis que la roue se remit en mouvement.

Je me sentais vraiment mal à ce moment-là. Je voulais vraiment lui dire quelque chose pour le conforter, le rassurer ou même le consoler mais les mots ne vinrent pas. Je n'osais même plus le regarder en face…Je ne savais tout simplement pas comment réagir face à cette situation et je ne pus rien faire d'autre que de laisser un profond malaise s'installer jusqu'à ce que notre cabine soit de retour sur le sol.

Lorsque nous descendîmes, je me mis à me dandiner d'une jambe sur l'autre, cherchant quelque chose à dire pour briser la glace entre nous mais Théodore avait désormais la tête baissée et le regard vide, exactement comme le jour où nous nous étions rencontrés.

Désespérée, je tentai le tout pour le tout et je cherchai dans mon sac à dos si par hasard je n'aurais pas eu quelque chose à lui donner mais, alors que toutes mes affaires étaient sorties, le poème de Darksky s'envola et atterrit juste aux pieds de Théodore qui le ramassa sans conviction.

Mon cœur s'arrêta lorsque je vis cela et je devins blanche comme un linge au moment où il déplia le papier.

-Je…Je…

-Je vois…Déclara-t-il d'une voix monocorde. C'était donc ça…Je n'ai jamais eu aucune chance…

En fermant les yeux, il me redonna simplement le poème et mit les mains dans ses poches avant de me tourner le dos et de shooter dans un caillou pour l'envoyer dans le fleuve.

-Je suis désolée, Théodore…J'aurais du te le dire plus tôt…Mais…

-Non, c'est moi qui suis stupide me coupa-t-il. Et j'imagine que même sans cette personne, tu m'aurais dit non de toute façon…

-Honnêtement…Je ne sais pas…Lui répondis-je en serrant le poing et détournant le regard à mon tour.

-Je vois se contenta-t-il de répondre.

Sur ces mots, Théodore commença à s'éloigner de moi sans rien ajouter et, dans un ultime espoir de le retenir, je m'écriai :

-On…On se voit demain, hein !

Le garçon ne me répondit rien et disparut dans l'obscurité, me laissant seule au pied de cette grande roue, serrant le poème contre mon cœur et sentant quelques larmes couler le long de mes joues en réalisant que je venais de perdre quelque chose de bien plus précieux que je ne le pensais…

Une fine pluie se mit à tomber et l'obscurité se fit de plus en plus présente en même temps que les lampadaires de la ville s'allumaient et diffusaient une faible lumière jaunâtre à moitié étouffée par les gouttelettes d'eau rebondissant sur le métal. La température avait chuté brutalement et mon souffle formait à présent une légère fumée qui se dissipait rapidement.

Je restai là, debout au milieu d'une foule d'inconnue, immobile, trempée jusqu'aux os, frigorifiée et pleurant pendant plusieurs minutes, à la fois détruite et tiraillée entre le désir de retrouver Théodore et celui de tenir ma promesse à Darksky. Pour la première fois, une pensée affreuse me traversa la tête et ma main trembla contre mon cœur tandis que je me mis à regretter d'avoir participé à ce tournoi, des années plus tôt.

-Et si…Et si je n'avais jamais Darksky…Si je n'avais jamais commencé le duel de monstre…Si j'avais su apprécier ma vie comme elle était…Aurais-je été heureuse ? Murmurai-je en levant les yeux au ciel.

Aucune étoile ne brillait au-dessus de ma tête. Seuls d'énormes nuages noirs d'orages déversaient une pluie torrentielle et froide tandis que le tonnerre grondait au loin et que quelques éclairs déchiraient ce ciel sombre pendant que la foule se dissipait peu à peu jusqu'à ce que je fusse totalement seule au milieu de cette place qui, quelques instants plus tôt, grouillait encore de vie et de joie.

Soudain, je ne sentis plus les gouttes de pluie tomber sur ma peau et le bruit caractéristique de l'eau tombant sur un tissu tendu juste au-dessus de moi monta descendis jusqu'à mes oreilles.

Je me retournai lentement et je distinguai dans la pénombre du soir le visage souriant de mon frère tenant un parapluie pour le protéger.

Je n'étais même pas étonnée de le voir ici et je ne lui demandai même pas. Je n'étais plus d'humeur à plaisanter avec lui ou me prendre la tête. Je voulais simplement me réveiller de ce mauvais rêve que j'étais en train de vivre…

-Il est temps de rentrer, tu ne crois pas, Laura ? Me dit-il d'une voix douce en me prenant par l'épaule.

Je ne répondis rien et continuai à fixer droit devant moi le chemin que Théodore avait pris pour rentrer, l'esprit vide de toute pensée.

Nous restâmes encore là sous la pluie, tous les deux, sans bouger, pendant plusieurs minutes, ne me rendant même pas compte que mon frère n'était pas protégé de la pluie battante, lui. Puis, après un long silence, Arthur reprit la parole.

-Il reviendra déclara-t-il d'un air confiant.

-Je ne sais pas quoi penser…Avouai-je en secouant la tête.

-Lui non plus j'imagine me répondit mon frère en haussant les épaules. Laisse-lui simplement un peu de temps. Il n'y a rien d'autre que tu puisses faire désormais.

Je serrai à nouveau le poing et me mordis la lèvre, maudissant ma propre bêtise. Encore une fois, j'avais parlé sans réfléchir et par ma faute, parce que je lui avais donné un espoir vide de sens, tout comme j'avais détruit Darksky en refusant de lui dire la vérité plus tôt, je venais de blesser mon seul et unique ami dans cette ville…

Sans dire un mot de plus, nous rentrâmes à la maison, mon frère et moi, sous cette pluie battante et froide, laissant derrière nous l'animation et les rires de la ville pour nous enfoncer dans la campagne silencieuse qu'était notre petite ville à l'écart du monde.

Les jours qui suivirent, Théodore ne vint pas en cours et je me retrouvai totalement seule dans la classe, avec pour uniques voisins une chaise et un bureau vides. Je tentai bien de le contacter par l'intermédiaire des professeurs mais aucun n'eut de réponse, comme s'il s'était volatilisé dans la nature. Même au centre de duel, personne n'avait de ses nouvelles.

Ainsi commença une longue période d'errance pendant laquelle je ne vivais plus que pour tenir ma promesse à Darksky. Ces mots que nous avions prononcés sur la falaise ce jour-là étaient la dernière chose qui me poussai à avancer malgré tout, mon dernier espoir, la dernière chose que je ne pouvais pas abandonner, peu importe les obstacles à présent qu'à cause d'elle, j'avais tout perdu…

Après une semaine passée ainsi, je pouvais le dire sans hésitation : je détestais cette ville. Elle était pleine de souvenirs que j'aurais préféré oublier. Ma vie se résumait à me lever le matin, aller à l'école, manger seule dans mon coin, écouter les cours et rentrer chez moi avec comme unique but celui d'un jour retourner à cet endroit que j'aimais tant. Ce cycle se répétant encore et encore…N'y avait-il aucun moyen pour m'en échapper ?...

La maison était peut-être le seul endroit où je me trouvai à ma place, entourée de ma famille. Là, je n'avais pas besoin de penser à toutes ces choses désagréables qui me hantait et je pouvais tout simplement vivre, oubliant mes soucis et mes tracas qui revenaient aussitôt la maison quittée.

Théodore revint finalement en classe après une semaine d'absence mais continua à se tenir loin de moi, m'ignorant totalement malgré mes tentatives désespérées pour renouer contact avec lui. Même les remarques de Doom ne lui faisaient plus rien. C'était comme s'il m'avait effacé de sa vie, comme si pour lui, je n'existais plus. Ainsi, ma motivation finit par s'essouffler elle aussi et, après un mois, nous étions redevenus deux inconnus l'un pour l'autre.

Les jours passèrent, puis les mois, et même un an sans que je m'en aperçoive, perdue dans le monde que je m'étais créé, rejetant la vraie vie. J'étais comme un fantôme dans cette école, et, paradoxalement, John était le seul de la classe qui me rappelait que j'étais bien présente et visible aux yeux de tous lorsqu'il me jouait de mauvais tours comme me prendre mon gouter ou déchirer mes devoirs. Cependant, je l'ignorai la plupart du temps, et donnai une bonne raclée à ses acolytes lorsque j'étais de mauvaise humeur.

Pendant les vacances d'été, mon père nous ramena dans cette ville où j'avais grandi et pour la première fois depuis longtemps, mon cœur se remit à battre la chamade. J'étais persuadée que j'allais retrouver Darksky après tout ce temps et que tout allait s'arranger…Cependant, j'eus beau faire le tour de la ville, je ne le trouvai ni au parc, ni à la falaise et encore moins chez lui…

Durant notre dernier jour de vacances, je crus distinguer quelqu'un lui ressemblant de dos de l'autre côté de la rue alors que je m'apprêtai à rentrer à l'hôtel mais, au moment où je voulus le rejoindre, le feu passa au vert et un défilé de voiture m'empêcha de traverser, laissant le temps à ce garçon de disparaitre à l'angle de la rue, détruisant ainsi mes derniers espoirs de revoir Darksky…

La routine reprit, de même que l'ennui et la solitude. Plus l'année avançait et plus mes espoirs d'être en mesure de tenir ma promesse s'amenuisaient. Je n'avais qu'une envie : mettre fin à tout ça. Je rêvai de partir à l'aventure, découvrir de nouvelles choses, voir de nouveaux horizons, fuir cette routine qui m'accablait et me détruisait lentement…

J'envisageai vraiment cette possibilité à un moment. J'avais même préparé une lettre d'au revoir à ma famille mais je me résignai au dernier moment. C'était au-dessus de mes forces et stupide…Je n'aurais pas été capable de survivre plus de deux jours dans la nature sans mes parents…

Ainsi, la routine se poursuivit, encore et toujours, jusqu'au jour où John débarqua un soir dans la classe, accompagné de ses quatre abrutis d'acolytes. J'avais l'habitude de rester seule après les cours, le regard perdu à travers la fenêtre et ces idiots avaient dû le remarquer. Cependant, je n'eus aucune réaction lorsqu'ils s'approchèrent de moi, l'air menaçants. Même lorsque le leader frappa ma table de son poing, je restai impassible, ne détachant pas mon attention de lu paysage à l'extérieur.

-Et bien, et bien, Laura, où sont passées tes fanfaronnades du premier jour ? Railla-t-il en me dévisageant d'un air sévère. Ce n'est pas trop dure d'être tout le temps seule maintenant que ton « ami » t'a abandonnée ? Tu sais, si tu nous avais rejoints, tu n'aurais pas eu à subir tout cela…

-Peut-être…Mais j'aurais perdu mon intelligence en échange donc j'imagine que je n'ai pas fait le mauvais choix lui répondis-je sans conviction.

-Tu as la langue bien pendue, cela ne m'étonne pas que tu n'aies aucun ami…Grimaça la brute.

-Je préfère être seule qu'entourée de gens comme toi rétorquai-je sèchement.

Cette phrase fut visiblement celle de trop et John s'empara alors de mon sac. Je me levai pour le lui reprendre de force mais ses gorilles me retinrent par les manches. Je n'eus aucune difficulté à me débarrasser d'eux mais cet instant pendant lequel je les envoyai valser me fut fatal. John avait trouvé le poème de Darksky dans mon sac et le tenait dans ses mains.

Je m'arrêtai net et mon poing se serra tandis que je sentais la colère monter en moi.

-R…Rends-moi ça. Lui ordonnai-je en me contenant.

-C'est un bien joli poème que tu as là ma chère railla-t-il.

-Je te préviens…Si tu touches à ça, tu vas le regretter amèrement le menaçai-je d'une voix glaciale.

-Et qui va m'en empêcher ? Toi ? Si tu fais ne serait-ce qu'un pas de plus, tu peux dire adieu à ce ridicule bout de papier.

Je crus que j'allais exploser mais un bruit de pas dans le couloir détourna notre attention et nous nous retournâmes tous les deux pour voir Théodore rentrer dans la classe. J'eus à ce moment un infime espoir qu'il vint à mon secours mais ce dernier se contenta de rentrer, passer devant nous sans même faire attention à John ou à moi puis repartit sans dire un mot après avoir pris une feuille dans son casier.

La brute de la classe éclata de rire en voyant cela.

-Sérieusement, je ne sais pas ce que tu lui as fait mais tu dois être encore pire que moi pour qu'il t'ignore de la sorte ! S'exclama John entre deux éclats de rire.

-Je ne t'ai pas demandé ton avis grimaçai-je. Alors maintenant, rends-moi ce poème !

Je me précipitai sur lui pour lui arracher la feuille des mains mais le garçon poussa une table entre nous pour me stopper dans ma course puis, m'adressant un large sourire carnassier, il déchira en deux le dernier présent que Darksky m'avait fait…

Alors que je voyais les deux bouts de papier s'éloigner l'un de l'autre, je sentis mes souvenirs avec Darksky se briser en même temps pour disparaitre peu à peu. Mais aucune larme ne me vint cette fois-ci. Je ne ressentais de la haine à l'état pur envers lui et Théodore qui avait refusé de m'aider. Une haine telle que je ne pouvais plus la contenir plus longtemps et je la laissai exploser.

-Très bien, tu l'auras voulu John, je vais te le donner ton combat si c'est ce que tu veux ! Hurlai-je tandis que tout mon corps était envahi d'une énergie nouvelle.

-Voilà ce que je voulais entendre ! Que dirais-tu de demain ? Comme ça, toute l'école va pouvoir assister à ton humiliation !

-Pourquoi attendre demain ? Réglons ça tout de suite !

Je me mis en position de combat, prête à en découdre mais John celui mit les mains dans les poches et sortit de la salle en riant, accompagné de ses acolytes.

-Rejoins-moi devant big Ben si tu veux te battre. Nous aurons plus de place.

Hors de moi et rouge de colère, je ramassai en vitesse les deux bouts de papier trainant sur le sol et les remis soigneusement dans mon carnet avant de me lancer à la poursuite de John.

Comme promis, je le retrouvai devant la grande tour de l'horloge, sur une grande place dégagée, à quelques mètres de la tamise et, comme je l'avais imaginé, il n'était pas seul mais entouré de plusieurs hommes ressemblant à des mafieux. Mais ma rage était telle que je passai outre ce détail et je m'avançai sans trembler vers John qui me regardait avec amusement.

Je m'arrêtai à quelques mètres de lui et nous nous dévisageâmes en mode western. Le regard que je lui lançai à ce moment-là fut suffisant pour dérouter ses amis mais les brutes qui se tenaient à côté de lui sourirent tout en jetant leurs cigares par terre.

-Et bien, tu es vraiment stupide ma pauvre Laura. Tu vois que tu n'as aucune chance et pourtant, tu te jettes tête la première dans mon piège ? J'ai attendu ce jour depuis si longtemps…Je vais te faire payer pour l'humiliation du premier jour !

-Tu parles trop, et en plus tu me l'as déjà dit !

-Tu vas voir, bientôt tu vas me supplier d'arrêter tes souffrances !

Pour toute réponse, je mis mes mains dans les poches et je lançai un regard assassin aux hommes de main de John. J'ignorai comment il avait réussi à engager ces types mais ils ne me faisaient pas peur. Je n'avais qu'une seule idée en tête : me venger de John, même si pour cela je devais affronter une mafia entière du haut de mes douze ans.

Les hommes firent craquer leurs doigts, sans doute pour tenter de m'impressionner mais cela ne me fit aucun effet.

Je sentis alors un afflux d'énergie au plus profond de moi, comme si ma colère nourrissait tous mes muscles et accroissait mes capacités. Mes cheveux se mirent à crépiter et je crus même qu'un vent se formait autour de moi.

En poussant un cri de guerre, l'un des hommes de main de John se jeta sur moi, le poing en avant mais, comme si mon corps bougeait de lui-même, j'esquivai aisément l'attaque en faisant un simple pas sur le côté. John écarquilla les yeux devant ma réactivité hors norme mais mon adversaire ne se laissa pas démonter et repassa à l'assaut.

Une fois de plus, j'esquivai aisément sans même sortir les mains des poches avant de me décider à contre attaquer. Alors que l'homme me tournait le dos, je sautai au-dessus de lui et, rassemblant toutes mes forces, je lui assénai un violent coup de pied dans le torse.

Cependant, je n'avais pas prévu une chose : mon attaque fut bien plus puissante que je ne le pensais et l'homme vola quatre mètres plus loin avant d'être stoppé par un muret.

Je vis John s'étrangler de là où il était et les autres mafieux grimacèrent.

-Eh gamin, tu ne nous avais pas dit que nous allions devoir affronter une super Saiyen déclara l'un d'eux.

-Ce…Ce n'est qu'un coup de chance ! Rétorqua-t-il, furieux. Vous n'allez quand même pas vous faire battre par une fillette de douze ans !

-Comme si cela pouvait arriver.

Sur ces mots, tous les hommes de main de John m'attaquèrent en même temps, sortant battes, matraques et même couteaux. Mais une fois de plus, je ne fus nullement impressionnée et je me contentai d'esquiver, comme lisant parfaitement leurs mouvements.

Ainsi, je déviai un coup de matraque simplement avec ma main, faisant glisser l'arme le long de mon bras avant d'asséner un violent coup de coude à mon adversaire qui s'écroula au sol, inconscient.

Un autre tenta alors de me donner un coup de couteau dans le dos mais, le sentant arriver j'attrapai son bras sans même me retourner et le forçai à lâcher son arme.

Au même moment, un troisième fonça sur moi avec sa batte de baseball mais, rapide comme l'éclair, je ramassai la matraque qui trainait au sol et la lui envoyai en plein figure et il s'étala par terre de tout son long.

Le visage du chef du gang se décomposa et ce dernier sortit de sa poche un pistolet luisant tout en tentant de sourire malgré la peur que je lui inspirai désormais.

Dans mon inconscience, ma seule réaction fut de me tourner vers lui, lâchant l'homme que je tenais et de faire face au chef avec un calme tel qu'il me terrifia moi-même tandis qu'il pointa son arme vers moi.

-A…Attendez, je ne vous ai pas dit de la tuer espèces d'abrutis ! Hurla John, effrayé.

-Je ne sais pas qui tu es gamine…Mais personne ne tient tête à mon gang et encore moins une enfant grogna le chef d'une voix peu assurée.

-Ecartez-vous lançai-je alors d'une voix bien plus grave qu'a l'ordinaire, comme si ce n'étais pas moi qui parlait.

-Tu vas regretter de t'être opposée à nous, adieu !

L'homme appuya sur la détente de son arme mais je ne tressaillis pas. Je me contentai de me pencher légèrement sur le côté et je sentis la balle me frôler avant d'aller se planter dans un arbre derrière moi.

Un passant hurla de peur et ce fut rapidement la panique générale autour de nous mais ni moi, ni l'homme ne nous laissâmes déstabiliser et je continuai à lui faire face, impassiblement.

Lentement, je me mis alors à me rapprocher de lui, évitant tous ses tirs de la même façon. C'était comme si le temps était ralenti et que je pouvais clairement deviner la trajectoire des balles pour mieux les éviter.

C'était étrange…Tout mon corps était en ébullition et je vis qu'une sorte d'aura bleutée s'était formée tout autour de moi. L'air s'était également subitement refroidi et je vis quelques cristaux de glace sous mes pieds avant de réaliser que j'en étais l'origine.

Alors que je n'étais plus qu'à quelques mètres de l'homme, un sourire mauvais passa et sa figure et il se jeta sur moi, l'arme en avant.

-C'est terminé !

Je vis le pistolet à quelques centimètres de mon front puis j'entendis le bruit d'un coup de feu et à ce moment-là, une épaisse brume grisâtre recouvrit entièrement la place.

Lorsqu'elle se dissipa, le visage de l'homme s'était décomposé. Non seulement, j'étais indemne alors qu'il avait tiré à bout portant mais en plus le canon de son arme avait gelé et les pieds de l'hommes était également collés au sol par une épaisse couche de glace autour de ses chaussures.

Sans aucune émotion, je passai à côté de lui et je me plaçai à moins d'un mètre de John dont le visage était désormais livide. Le garçon tremblait de tous ses membres et de grosses gouttes de sueur perlaient de son front.

Lorsque je fronçai les sourcils, celui-ci tomba à la renverse avec un cri de terreur et rampa jusqu'à être acculé, dos à la grande tour.

-Je…Je rigolai, Laura ! S'il te plait, ne me fais pas de mal ! Couina-t-il en se protégeant la tête avec les bras.

Sans même l'écouter, et laissant toute ma rage s'extérioriser, je lui assénai un coup de poing dans le entre si violent que John en perdit connaissance et s'effondra sur le sol.

Au même moment, toute l'énergie qui affluait en moi se dissipa et je retrouvai mes esprits, me rendant soudain compte de la situation dans laquelle j'étais et ma colère se transforma en peur.

Je reculai prudemment, tremblante en regardant la scène déplorable qui se tenait à mes pieds, les yeux exorbités.

Je me mis à avoir peur de moi-même, comme si, au fond de moi, se cachait une part bien plus sombre de ma personnalité dont j'ignorais tout, une part aimant se battre et trouvant de la satisfaction dans la victoire et l'écrasement de mes adversaires…

Je voulus partir le plus loin possible de cet endroit en réalisant cela, traverser la mer et rejoindre Darksky, lui seul m'aurait comprise, mais je savais bien que ce n'était pas possible. J'étais seule pour affronter ce que je vivais en ce moment…

Les sirènes de police ne tardèrent pas à se faire entendre mais, alors que j'allais m'enfuir, je vis une haute colonne de fumée au loin et je compris qu'il ne s'agissait pas de la police mais des pompiers…

Je restai un instant pour analyser l'origine du feu et mon sang se glaça dans mes veines.

-Non…C'est impossible…Murmurai-je, terrifiée.

L'origine de ce feu…Il correspondait exactement à l'emplacement de notre maison…

Sans perdre une seconde plus, je laissai John et les mafieux sur place et je fonçai vers Viridian, espérant me tromper en sachant pertinemment que j'avais raison…

-Papa…Maman…Arthur…Pitié…Soyez sains et saufs…