Bonsoir !
Je sais pas si vous avez vu, mais ils viennent de donner le nom du prochain film, ça sera Dragon: Le monde caché et apparemment il pourrait bien y avoir une furie nocturne, ça risque d'être intéressant ;)
Je remercie tous ceux qui m'ont écrit des reviews.
Je vous souhaite à tous une bonne lecture !
Chapitre 24
Beurk… Cinq années s'étaient écoulées depuis qu'il avait quitté cette île, cinq années qui l'avaient complètement transformée. Il n'était plus le même, il avait mûri, il s'était endurci et était même devenu un combattant doué et redouté. Pour cela il était reconnaissant à son père d'avoir saisi cette hache cinq ans auparavant et de l'avoir obligé à fuir. Cela lui avait permis de rencontrer ceux qui étaient devenus ses amis, qui avaient accepté de l'écouter et de l'aider à accomplir sa vision des choses. Malheureusement il y avait également eu des conséquences bien plus néfastes. Il avait été obligé de tuer, d'abandonner tous ceux à qui il tenait et la blessure qu'avait créée son père dans son cœur n'avait jamais vraiment guéri. Et voilà qu'il était de retour, que de nouveau apparaissait devant lui cette île qu'il aimait et détestait tout à la fois. Lui qui était surnommé le Dragon Noir par ses ennemis et Protecteur du Nord pour ses alliés, perçu comme un démon pour certains et un héros pour d'autres. On le pensait sans peur, capable des plus grands exploits, pourtant en cet instant, devant cette île qu'il avait quittée près de cinq ans plus tôt il était étreint par la peur. Mû par des années d'entraînement, il refoula celle-ci dans un coin de son esprit et observa son ancien foyer.
Les premiers rayons de la lune l'éclairaient, et Harold qui avait fini par en oublier toute la beauté la contemplait désormais avec nostalgie. Il se trouvait sur le dos de Krokmou, et en approchant de l'île qui l'avait vu naître, ils avaient inconsciemment ralenti. On pouvait distinguer amarrés aux quais, mais aussi au large un grand nombre de navires. Ils étaient bien trop nombreux pour les seuls quais de Beurk et Harold comprit que déjà une partie de l'armée de la Coalition était venue se rassembler ici. Il constata également que parmi tous les navires qui se trouvaient au large, il y avait ceux du nord, facilement reconnaissable à leur grande envergure. La tradition aurait voulu qu'au moins plusieurs emplacements soient réservés pour les membres importants de la délégation qui venaient négocier, mais tel n'était pas le cas ici. De ce qu'il en voyait, un seul de leur navire avait pu s'amarrer au port. Sans aucun doute celui d'Hagbard. Stoïck avait sûrement prétexté que les quais étaient déjà utilisés par les navires des chefs de sa coalition, mais Harold comprit aisément le message. Stoïck ne ferait que le strict nécessaire, d'un côté il avait privilégié Hagbard, sûrement car il était le plus puissant des chefs de la délégation et pour ne pas se mettre ses futurs alliés à dos, mais d'un autre côté il n'accorderait plus de faveur aux peuples du nord. Il avait accepté cette réunion et de ne rien dire concernant les dragons, mais cela n'irait pas plus loin. Harold en prit note et porta ensuite son regard sur le reste de l'île.
Il avait demandé à Astrid de lui parler de ce qui avait changé, ce qu'était devenu Beurk, mais tous les mots du monde n'auraient pu le préparer à la vue de ce qui s'étendait devant lui. Où que se portait son regard des tours de défenses ceignaient les falaises et un mur de pierre épousait le terrain accidenté pour bloquer tous les accès au village donnant accès au côté opposé de l'île. Voyant cela Krokmou émit un grognement désapprobateur et légèrement inquiet.
— Ne t'inquiète pas mon grand, tout va bien se passer, dit Harold.
Il essayait de rassurer son ami tout autant qu'il essayait de se rassurer. Il ne s'était pas imaginé un tel niveau de défense et il avait bien conscience qu'une fois posé et repéré, repartir serait difficile si cela se passait mal.
— Heureusement qu'on n'a pas choisi ton idée de venir directement avec tous le monde pour prendre l'île si ça tourne mal Thorkell… énonça Harold après avoir demandé à Krokmou de se rapprocher de leur ami.
— Hum… L'île semble être prête à soutenir un siège… Et ils ont déjà commencé à rassembler leur armée… Il ne doit pas y avoir plus de deux ou trois clans qui sont venus avec leurs hommes… dit Thorkell tout en essayant d'estimer le nombre de navires. J'aurais quand même préféré que toute l'armée soit présente. Harold, une fois que tu seras posé, même avec l'aide de la Garde Noire, si la situation dégénère il sera compliqué de te faire sortir de là.
La Garde Noire, une vingtaine des meilleurs dragonniers qu'Harold avait formés et qui comme lui portaient une armure de cuir noir les avait accompagnés. Elle était tout à la fois la garde personnelle et le fer de lance du Protecteur du Nord. Thorkell l'avait obligé à l'amener et il était prévu qu'elle reste en vol, un œil sur la grande salle de Beurk, prête à intervenir s'ils devaient faire évacuer Harold et les chefs.
— Tu t'inquiètes trop Thorkell.
— Et toi pas assez Harold… rétorqua Thorkell avant de baisser la voix, tu n'es pas obligé de faire semblant. On est entre nous, on sait tous que c'est difficile pour toi…
Harold ne répondit pas et fixa son regard en contrebas, contemplant les portes de la grande salle que l'on pouvait maintenant distinguer facilement malgré la hauteur à laquelle ils se trouvaient. Krokmou émit un léger bruit rassurant et Harold le remercia d'une caresse.
— On est là pour toi, tu n'es pas seul… ne l'oublie pas, continua Thorkell.
Harold se reprit et reporta son regard sur son ami. Il le remercia d'un hochement de tête puis observa chacun de ses compagnons qui l'avaient suivi jusqu'ici. Il songea à tout ce qu'il avait vécu ainsi qu'aux derniers jours qui l'avaient ramené jusqu'à cette île, son ancien foyer.
Le voyage avait été agréable et rapide, une fois la réponse d'Astrid reçue, les chefs de clans avaient été informés et deux jours plus tard ils partaient en direction de Beurk sur les nouveaux drakkars. Harold et ses dragonniers pouvant rejoindre Beurk bien plus rapidement, ils étaient restés quelques jours de plus sur l'île d'Hagbard. Harold en avait profité pour terminer un certain nombre de tâches comme les armures pour les membres principaux de la Garde Noire qui l'accompagnaient désormais. Il avait inséré au sein de celles-ci de fines plaques de fer de Gronk pour augmenter leur résistance et la protection qu'elles fournissaient à leur porteur. En plus de cela il avait fait son possible pour mettre les choses au clair avec Élia, ou tout au moins essayer. Cela avait donné lieu à une conversation tumultueuse au cours de laquelle Harold avait fait son possible pour modérer au maximum ses propos pour ne pas la blesser. Il lui avait expliqué se qu'il ressentait, il avait fait de son mieux et il espérait avoir réussi. Elle avait accepté les choses mieux qu'il ne l'aurait pensé, peut-être même un peu trop bien. Il craignait qu'elle n'ait joué la comédie et il se promit de ne jamais la laisser, elle et Astrid, seules dans une même pièce. Il y avait peu de chance qu'elles s'entretuent, mais si Élia venait à provoquer Astrid, vu leurs tempéraments… Il préférait ne même pas y songer. Élia acceptait de nouveau de lui parler et il espérait pouvoir encore améliorer les choses. Le seul problème était qu'elle se montrait très amicale, un peu trop à son goût, mais il n'avait rien dit pour que la situation ne s'aggrave pas une nouvelle fois.
Il avait fait tout ce qu'il pouvait, réglant les problèmes et l'organisation jusqu'au dernier moment. Il avait ensuite transmis le pouvoir, la gérance de l'île à Olsen, un ami d'Hagbard et un viking intelligent. Puis ils étaient partis, la flotte transportant l'armée également et ils l'avaient rapidement distancé. Elle n'arriverait que dans plusieurs jours. Il était désormais au-dessus de cette île où la réunion la plus importante de leur histoire allait se dérouler. Il le savait la soirée qui s'annonçait serait un tournant décisif pour leur avenir. Il salua toute la Garde et lui ordonna, comme prévu de rester en surveillance, puis il mit son casque et plongea accompagné de Thorkell, Élia, Eskil, Eldrid et Alrik.
La descente ne prit que quelques secondes qui furent suffisantes pour que le bruit caractéristique de son dragon se répande dans le village et à peine étaient-ils posés qu'ils entendirent le bruit d'épées sortant de leurs fourreaux. Ils étaient justes devant les portes de la grande salle et les gardes de Beurk en voyant six dragons se posaient à quelques mètres d'eux avaient réagi instinctivement. Ils descendirent rapidement de leur dragon et Harold voyant cela, s'apprêtait à prendre la parole quand deux autres vikings désarmés s'adressèrent à lui.
— Protecteurs ! dirent les deux vikings en portant leurs poings à leur cœur.
Harold reconnut immédiatement deux des guerriers qu'il avait assignés au navire qui avait transporté Astrid. Il leur rendit leur salut, puis se tourna vers les deux hommes qui avaient toujours leurs armes en main.
— Vous devriez ranger cela, vous ne voudriez pas créer un incident diplomatique… dit Harold légèrement désinvolte en voyant que les deux fiers guerriers de Beurk n'en menaient pas large.
— Vous êtes le représentant… commença l'un des vikings qui ne s'était pas remis de sa surprise avant d'être interrompu par son compagnon qui lui donnait une tape sur le crâne.
Personne ne les avait prévenus que le représentant devait arriver en volant sur le dos d'un dragon et les deux gardes semblaient ne pas savoir comment réagir. L'un d'eux avait quand même l'air de se reprendre un plus rapidement que son compagnon, mais s'était encore loin d'être suffisant. Harold ne s'en étonna pas, il avait demandé à Raina de cacher cette information. Elle et Astrid n'avaient apparemment commis aucun impair et il s'en réjouit. Il pouvait toujours s'avérer utile d'avoir quelques cartes en mains auxquelles leur hôte ne serait pas préparé.
— Non c'est le cuisinier, vous pouvez nous indiquer le chemin des cuisines, intervint Eskil avec ironie. Bien sûr que c'est le représentant, vous avez devant vous le Protecteur du Nord, aussi surnommé le Dragon Noir alors un peu de respect ! Et vous comptez nous menacer encore longtemps avec vos cure-dents ?! continua-t-il en s'énervant légèrement avant de se tourner vers Harold. Tu es sûr qu'on doit s'allier avec ça ? Ils ne m'ont pas l'air très professionnels…
Harold ne put s'empêcher de sourire à l'intervention de son ami et il fut heureux de porter son casque sans quoi ils auraient cru qu'il se moquait d'eux, ce qui n'aurait sûrement pas arrangé les choses.
— Excusez-nous, on a été un peu surpris, répondit l'un des gardes un peu sèchement. On ne s'attendait pas une telle arrivée. Vous allez devoir nous remettre vos armes, et vos… dragons, dit-il difficilement, ils restent dehors.
— Je comprends… commença Harold.
Il se tourna vers les deux vikings du nord et remercia mentalement Raina d'avoir pensé à leur demander d'attendre ici. Il préférait de loin remettre ses armes en fer de Gronk à un membre de son camp plutôt qu'aux gardes de Beurk. Il fit signe à ses amis et tous commencèrent à leur remettre leurs armes. Harold porta ses mains au niveau de ses épaules et se saisit des deux épées qui reposaient dans leurs fourreaux accrochés dans son dos. Il retira les deux lames étincelantes de ceux-ci et les remit à l'un des vikings du nord. Une fois qu'ils eurent toutes les armes, le petit groupe leur confia leur dragon et ils se dirigèrent vers les portes.
— Aucun dragon n'a le droit d'entrer, dit l'un des gardes en se positionnant devant Harold et en regardant anxieusement Krokmou qui n'avait pas suivi ses congénères.
Harold s'apprêtait à expliquer au garde que Krokmou allait venir avec lui et que ce n'était pas négociable, mais il fut pris de court par ses compagnons.
— Je vous souhaite bonne chance ! J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi courageux, j'en connais pas beaucoup qui accepteraient de se frotter à un furie nocturne ! dit Eskil.
— Euh…
— Je crois que la dernière fois que quelqu'un l'a contrarié, le malheureux a perdu un bras, continua avec le plus grand sérieux Eldrid.
— C'était pas plutôt une jambe ? contra Thorkell avec un sourire.
— En fait si je me souviens bien c'était les deux, il s'appelait comment déjà… Je crois que ça commençait par un G ou peut être un E… dit Alrik.
Harold n'en revenait pas, il s'agissait de l'une des soirées les plus importantes de toute leur histoire et ses amis s'amusaient aux dépens des beurkiens. Ils étaient incorrigibles. Les deux gardes semblaient ne pas savoir quoi faire et semblaient même complètement morts de peur. Ils ne cessaient de fixer Krokmou et quand Harold vit la tête que celui-ci faisait il comprit pourquoi. Il fixait les deux gardes avec une expression telle qu'on avait l'impression qu'il n'avait qu'une envie, les dévorer. Il avait compris ce qui avait été dit un plutôt et semblait avoir décidé de jouer le jeu jusqu'au bout.
Harold souffla légèrement en voyant l'attitude de ses amis, puis il posa une main sur la tête de Krokmou et celui-ci reprit une expression normale.
— Vous voyez quand je suis avec lui il n'y a rien à craindre et si vous voulez je peux vous jurer sur mon honneur qu'il ne causera aucun problème.
— Euh… dans ce cas… très bien, répondit difficilement l'un des gardes qui semblait vouloir s'éloigner au plus vite de Krokmou. Vous nous jurez…
— Oui, ne vous inquiétez, le coupa Harold. Bon maintenant si vous voulez bien, on est attendu, dit-il en s'avançant vers les portes.
Astrid se trouvait dans la Grande Salle de Beurk, quelques pas derrière l'imposant siège sur lequel se trouvait Stoïck. La pièce était fortement éclairée, un grand nombre de torches avaient été accrochées aux piliers de la salle et de nombreux braseros avaient été ajoutés pour compléter cet éclairage et fournir une chaleur bienveillante. Cependant, celle-ci, loin d'adoucir les traits des vikings présents, renforçait leurs expressions contrariées. Il avait été décidé, pour que la réunion se passe le mieux possible et dans un minimum de calme que ne seraient présents que les chefs et leurs délégations ainsi que quelques vikings triés sur le volet. Même si la réunion se passait sur Beurk, Stoïck s'était conformé à cette règle et cela faisait maintenant des heures qu'ils attendaient avec impatience le dernier d'entre-eux. La salle avait été réaménagée pour la réunion à venir, tables et sièges avaient été enlevés, et seuls restaient désormais les fauteuils imposants des chefs qui se faisaient face. D'un côté se trouvaient les onze chefs de la coalition entre lesquels avait été laissé un léger espace pour permettre aux conseillers d'intervenir en cas de besoin et sans trop attirer l'attention. C'était ce rôle que s'était vu confier Astrid. Face à ceux-ci se trouvaient les huit chefs du nord et un siège vide. Il s'agissait là du siège d'Harold, de celui qu'ils attendaient tous.
Les chefs du nord étaient arrivés la matinée même et avaient juré à Stoïck que leur représentant, leur protecteur serait là en fin de journée. Harold avait fait des calculs, des estimations et leur avait assuré, avant qu'ils ne partent, qu'il serait là le soir de leur arrivée sur Beurk. Cependant, à cet instant, même Hagbard commençait à douter, se demandant si Harold n'avait pas fait une erreur. Sans compter qu'avec tout ça il n'aurait pas le temps de parler à Harold et à son fils, et il se demandait comment ce dernier allait prendre la nouvelle de son futur mariage. Son esprit était empli de doutes, il avait l'impression d'avoir fait une erreur en acceptant cette proposition.
Quand ils étaient arrivés dans la matinée, il avait été tout d'abord agacé de voir que leurs navires ne pouvaient accoster au niveau des quais, avant que seul le sien en obtienne l'autorisation. Si Stoïck avait cru le flatter ainsi, en lui donnant une importance plus grande qu'aux autres chefs, il s'était trompé, et plutôt que de rentrer dans son jeu, il avait fait à sa manière. Il avait demandé aux autres chefs du nord de le rejoindre sur son navire, puis ils s'étaient dirigés vers les quais où ils avaient débarqué tous ensemble. Stoïck leur avait souhaité la bienvenue, les remerciant pour leur présence et s'excusant du manque de place pour s'amarrer. Il les avait ensuite entraînés vers la Grande Salle de l'île où boissons et nourriture avaient été préparées. Tous en avaient profité et avaient discuté sans pour autant aborder les questions relatives à l'alliance, puis Stoïck avait mis à leurs dispositions des maisons pour qu'ils puissent se reposer. C'est à ce moment-là, alors que tous les chefs quittaient la salle qu'il avait pris Hagbard à part. Ce dernier ne savait si c'était la boisson ou l'énervement qui ne l'avait pas quitté depuis son arrivée, ou peut-être même un mélange des deux, mais il s'était laissé convaincre par Stoïck. Ce dernier lui avait raconté pour Thorkell et Astrid, l'intervention de Freyja, et Hagbard qui espérait déjà depuis un moment que son fils fonde une famille, qu'il perpétue la lignée pour l'avenir de leur clan, s'était laissé absorber par les paroles du chef de Beurk. Il avait accepté la proposition et maintenant il doutait.
Astrid quant à elle, était arrivée trop tard. Accompagné de Varek et Raina ils n'étaient revenus de la forêt qu'en début de soirée et ils avaient découvert ce qu'Astrid avait craint. L'accord de mariage était conclu, Raina n'avait pas pu agir, elle n'avait pas pu aller parler à temps à son chef. Astrid en avait bien conscience, la parole d'un viking était sacrée, et sachant à quel point l'honneur était important pour les hommes du nord, elle savait qu'Hagbard ne pourrait revenir sur sa parole. Varek avait vu Astrid comme jamais, en colère, énervée, mais surtout prête à craquer et il avait compris qu'il fallait mieux laisser Raina s'en charger. Il s'était alors proposé pour aller récolter autant d'informations que possible et avait laissé les deux guerrières ensemble.
Raina avait fait de son mieux pour réconforter Astrid, lui rappelant qu'il restait Harold, qu'il pourrait sûrement faire quelque chose et que dans le pire des cas, il lui restait la possibilité de tout révéler. Astrid savait cependant que cette dernière option serait sans retour et qu'elle ne devrait être utilisée qu'en ultime recours. Stoïck n'accepterait jamais, il ne comprendrait pas qu'elle puisse voir les choses comme Harold. A moins bien sûr que ce dernier ne réussisse à changer leur vision du monde, mais elle en doutait. Avec tout ce qu'elle avait entendu à la réunion de la Coalition quelques jours plus tôt elle n'y croyait plus. Tout le village réagirait de la même manière, peut-être même ses propres parents et dans le meilleur des cas elle serait seulement bannie et pourrait demander à être accepté dans les clans du nord, mais dans le pire… C'était une chose à laquelle elle ne voulait même pas penser. Rien que d'imaginer que Stoïck puisse ordonner qu'on l'enferme à jamais ou qu'on l'exécute, lui donnait la nausée. D'autant plus qu'Harold devrait faire un choix, peut-être qu'il essaierait de la sauver et alors l'alliance serait anéantie ou peut-être qu'il ne ferait rien. Après tout elle ne savait pas ce qu'il ressentait pour elle et elle était quasiment sûre que lui et Élia étaient ensemble. Sa vie était devenue un véritable cauchemar ces derniers temps et elle n'avait alors pu empêcher une pensée sombre d'effleurer son esprit, songeant qu'au moins si tout cela devait arriver, d'une manière ou d'une autre ses problèmes seraient résolus. À ce moment-là, Raina l'avait secouée, la ramenant à la réalité. Avait-elle compris ce qui lui était passé par l'esprit ? Astrid n'aurait su le dire, mais ce qui était certain c'était que son amie ne comptait pas la laisser tomber, elle fit tout pour la remotiver et lui rappeler qu'il ne fallait jamais abandonner.
Astrid avait fini par se laisser convaincre, après ça, il avait encore fallu un petit moment avant qu'elle ne retrouve son humeur habituelle, puis les deux guerrières étaient parties à la recherche de Varek. La nuit était alors presque entièrement tombée, et une fois trouvé, celui-ci leur avait appris que tous les chefs du nord étaient arrivés et qu'ils se rassemblaient dans la grande salle en vue de la réunion. Astrid attendait désormais comme tout le monde et en resongeant à tout cela, elle regretta presque d'avoir passé sa journée à aider Raina pour l'entraînement de Varek.
Elle avait fini par lui pardonner, en partie en apprenant qu'au-delà d'avoir organisé son mariage il avait aussi fait en sorte d'éloigner tous les soupçons qui pesaient sur elle. Stoïck n'avait apparemment toujours pas digéré la fuite des dragons de l'arène et il avait demandé qu'une enquête soit menée, mais heureusement Varek avait fait tout son possible pour détourner ceux qui dirigeaient cette investigation de sa piste. Pour cela elle l'en remerciait et elle avait pris sur elle de faire un effort pour ne pas s'énerver et même l'aider dans son apprentissage avec Bouledogre. Cela faisait maintenant des jours que ceux-ci duraient et dès le début ils en avaient profité pour discuter des dragons et du peuple du nord, du lien qui existait entre eux, la manière dont ils faisaient pour vivre ensemble, ce qui avait passionné Varek. Elle s'était cependant gardée de lui révéler que le Protecteur du Nord n'était autre qu'Harold en voyant le nombre de questions qu'il lui avait posées dessus. C'était peut-être puéril, mais elle avait trouvé que c'était un moyen comme un autre de lui rendre la monnaie de sa pièce et elle avait fait promettre à Raina de ne rien dire, de le laisser tout découvrir en même que tous les autres. Astrid avait également profité qu'ils soient tous les trois pour révéler à Raina ce qui s'était dit lors de la réunion de la Coalition et loin de réagir comme Astrid l'avait redouté, elle était restée calme.
— On ne peut pas dire que je sois étonnée, on m'avait prévenu, avait-elle dit en faisant à ne pas douter référence à Harold. Ils ne comprennent pas ce que sont les dragons, ce qu'ils peuvent apporter. Ils sont enfermés dans leur croyance et ils ont peur. Ils ont peur de voir leurs traditions, leurs habitudes et leur monde changer, avait-elle continué avant de secouer légèrement la tête. Pourtant le changement n'est pas forcément mauvais, pour nous aussi ça a été difficile. Il est vrai que le contexte était différent et qu'on n'a pas vraiment eu le choix, et peut-être que c'est une bonne chose, peut-être que rien ne se serait produit sinon, mais on a fini par surmonter tout ça et aujourd'hui on ne regrette rien. Ce qu'il faut c'est leur ouvrir les yeux.
Astrid se souvenait encore de ces paroles prononcées des jours plutôt, un peu après la réunion. Au départ elle avait hésité à tout révéler à Raina, et elle s'en rendait compte, cela avait été une erreur. Loin de s'énerver, elle leur avait demandé de l'aide. Elle avait voulu essayer de convaincre les chefs et les émissaires de l'avantage de s'allier avec les peuples du nord et à leurs dragons. Astrid et Varek avaient accepté avec joie et à partir de là, ils avaient séparé leurs journées entre entraînement et négociations. Passant parfois leur journée entière à discuter, d'autre à seulement s'entraîner ou encore en répartissant leur temps équitablement pour faire les deux. Ils avaient déployé leur énergie pour leur faire part de ce que cela pouvait apporter sur tous les plans, que ce soit en matière d'économie, leur racontant comment dans le nord les îles prospéraient, ou encore en terme de déplacement. La technologie pour faire des navires tirés par des dragons étaient à la portée de tous, et Raina le savait, Harold n'aurait rien contre le fait de leur expliquer comment faire s'ils étaient prêts à faire la paix avec les dragons. Elle leur avait dit qu'ils étaient prêts à partager ce savoir comme tant d'autres choses, telles que le fait de voler, mais cela elle l'avait passé sous silence. Jusqu'à présent ils s'étaient contentés de dire à tous ceux qui voulaient bien écouter qu'ils étaient capables de dresser les dragons, que c'était leurs amis, mais ils s'étaient bien gardés de leur dire qu'ils pouvaient également voler dessus. Tous s'étaient imaginé qu'ils les utilisaient un peu à la manière de Drago, et même si certains avaient peut-être des doutes, ils n'avaient rien dit. Il revenait ainsi à Harold d'utiliser cette information au moment qu'il trouverait le plus opportun.
Les jours étaient ainsi passés à une vitesse folle. Ils avaient commencé par discuter avec les chefs présents puis quand les deux derniers étaient arrivés avec leurs armées comme prévu, ils avaient aussi essayé de les convaincre. La haine des dragons était cependant ancrée dans les esprits et même si tous avaient compris qu'elle était nécessaire, le lien que les peuples du nord avaient créé avec les dragons n'était pas du goût de ces fiers vikings tueurs de dragons. Cela ne les avait pourtant pas empêchés de faire leur maximum pour essayer de les convaincre et faire en sorte que tout se passe bien le jour de la réunion, mais les différentes délégations étaient peu enclines à les écouter. D'autant plus qu'Astrid avait remarqué qu'une tension palpable apparaissait à chaque fois que Raina s'adressait à eux et rapidement ils avaient convenu qu'Astrid devait prendre la tête des négociations. Malgré cela et tous leurs efforts, ils se doutaient que la réunion risquait d'être tendue.
Astrid avait également fait son possible pour passer un peu de temps avec son groupe et essayer de les convaincre eux aussi. À son étonnement, ses amis avaient été bien plus ouverts que le reste de l'île quant aux dragons. Elle ne savait pas où tout cela pouvait mener, mais elle espérait qu'une fois qu'Harold serait présent, il serait possible de faire avancer les choses. C'est ainsi que le jour fatidique était arrivé.
La nuit était tombée et cela faisait plusieurs heures que les chefs et les vikings admis à la réunion attendaient dans la Grande Salle. L'énervement commençait à les gagner, la tension était palpable, et même les chefs du nord commençaient à trouver qu'Harold tardait trop. La patience n'était pas leur point fort et Hagbard, qui en l'absence d'Harold, faisait office de porte-parole avait fait de son mieux pour temporiser, mais cela devenait de plus en plus difficile.
— Combien de temps va-t-on encore devoir attendre ? demanda avec énervement Stoïck, siégeant au milieu de la rangée des chefs de la coalition.
— Il ne devrait plus tarder. Ne vous inquiétez pas, il va venir, répondit Hagbard en essayant de calmer tout le monde.
Hagbard siégeait pour sa part à la droite du siège vide réservé à Harold et qui faisait face à Stoïck. Il y avait entre les camps un espace de plusieurs mètres, et avec l'énervement qui était de plus en plus présent, Hagbard s'en félicita, car lorsque Harold ferait son apparition il ne faisait pas de doute qu'une telle distance ne serait pas de trop.
— Vous nous aviez affirmé que ce soi-disant protecteur, ou bien doit-on l'appeler le Dragon Noir, serait présent. La soirée est déjà bien avancée et je ne le vois nulle part, à quoi jouez-vous ? Et comment est-il censé venir ? Pourquoi n'êtes-vous pas venu ensemble ? demanda l'un des chefs de la coalition qui ne pouvait cacher son agacement.
— Vous … commença Hagbard, mais il n'eut pas le temps de finir que tous tournaient la tête en direction des grandes portes qui venaient de s'ouvrir.
