Point de vue de Laureen :
Les cours avaient repris depuis une petite semaine mais j'avais déjà l'impression de n'avoir jamais quitté les murs froids et les tableaux bavards. Il flottait une ambiance de légèreté sur Poudlard. Le parc enneigé apaisait tout élève contrarié et la chaleur de la salle commune donnait lieu à des conversation animée et souriante. Je sentais que, malgré ma réticence, j'étais touchée par la convivialité de Poudlard. Alors que j'avais tout fait pour m'exclure et me faire oublier, je faisais partie des sixièmes années et participais naturellement aux discussions. Je me sentais entourée et ça me faisait du bien. J'en regrettais presque mon comportement introverti des premiers jours. En fait, j'avais trouvé ma place, au milieu de tous ceux que je pouvais considérer comme mes amis. Même les remarques acerbes de Potter ne m'énervaient plus réellement. Elles donnaient du piquant aux conversation et j'étais étonnée du plaisir que j'avais à lui répondre.
Me sentir aussi intégrée et entourée me faisait presque peur. Je ne pouvais pas m'attacher à un trop grand nombre de camarades parce que je risquais de les perdre, je ne pouvais pas rester trop longtemps avec Nathan parce que je me rendais compte que nous avions bien plus de points communs que je ne voulais l'admettre… et, surtout, je ne pouvais pas désirer ces joutes verbales contre Potter qui me stimulaient, je ne pouvais pas être heureuse d'être perpétuellement sur le qui-vive, en attente de la remarque que je pourrais faire à son encontre… et je ne pouvais décidemment pas attendre le prochain mercredi pour qu'on puisse reprendre nos séances de potion.
Je secouai la tête pour m'enlever ces idées ridicules.
« -Qu'est-ce qu'il t'arrive Laureen ? S'étonna Fred Weasley qui arrivait lui aussi devant la Grosse Dame.
-Oh ! Rien, je rêvassais et je me suis réveillée un peu brutalement, je pense. »
Finalement, je ne mentais pas, non ?
« -Parfois tu es… Etonnante ! Se rattrapa-t-il.
-Je vais prendre ça comme un compliment, souris-je, m'écœurant moi-même de ma bonne humeur.
-Tu as raison… »
Il laissa un silence s'installer et avant que ça ne devienne trop gênant, je repris :
« -Sinon, on peut rentrer, non ?
-Euh… Oui ! Accepta-t-il.
-Ah ! Ce n'est pas trop tôt ! Râla la Grosse Dame une fois que je lui eus donné le mot de passe, je commençais à attendre.
-En voilà une qui se plains plus que moi ! Ris-je en passant la porte devant Fred. »
Il me sourit timidement. Je lui répondis, étonnée, puis rejoignis Roxane, Lisa, Alex, Potter et Nathan… et Leah. Je soupirai en la voyant, même si elle s'était un peu calmée depuis la rentrée, sans doute parce qu'elle n'avait plus l'occasion d'en placer une.
« -Ah ! On commençait à se demander où tu étais. M'accueillit Roxane. Pourquoi parlais-tu avec mon frère ?
-Je l'ai simplement croisé en arrivant, expliquai-je.
-Il t'a parlé du courrier ? Me demanda Nathan.
-Non, quel courrier ? M'enquis-je.
-Euh, je ne sais plus trop, mais il y a quelques jours Fred m'a demandé comment je faisais pour envoyer les lettres loin, comme à Salem, par exemple. Je lui ai dit que j'en n'envoyais que rarement et qu'à chaque fois je passais par toi parce que tu correspondais plus avec ta meilleure amie. »
Roxane me fit un coup de coude à peine discret à la mention de son frère et d'Emily dans la même phrase.
« -Bref, il a semblé un peu gêné, mais je lui ai dit de voir avec toi. Je pensais que c'était de ça qu'il te parlait. »
J'acquiesçai silencieusement, peu désireuse de m'étaler sur le sujet, mais il y eut le petit commentaire de Potter :
« -Tu m'étonnes qu'il soit gêné ! Il n'a pas très envie que la meilleure amie de la fille, à qui il envoie ses lettres, les ouvrent, simplement par curiosité.
-Oh ! C'est juste que je veille sur mon amie et que je veux être sûre qu'il ne lui envoie rien de blessant.
-Tu n'es même pas certaine qu'Emily accepte que tu lises son courrier… Et je peux t'assurer que Fred n'en n'a pas envie du tout !
-Evidemment qu'Emily me laisse lire son courrier. D'ailleurs, en le lisant avant, je lui évite d'avoir à me débriefer, on gagne une étape ! Renchéris-je avec un clin d'œil. »
J'étais fière de mon argument et le petit sourire mutin en face de moi qui me promettait que cet affrontement continuerait m'intrigua mais je laissai Nathan à sa découverte :
« -Ah ! Mais c'est pour Emily que Fred veut envoyer des lettres à Salem !
-Perspicace ! Se moqua gentiment Roxane.
-Excuse-moi d'imaginer que les gens communiquent dans d'autre but que se draguer ! Se justifia mon frère.
-C'est quand même la première raison d'échange en un homme et une femme ! »
Sans même la regarder, je savais que c'était la sangsue accrochée au bras gauche de mon frère qui avait dit cette niaiserie.
Je lui lançai un regard noir, préférant nettement quand elle se taisait, mais Nathan et Roxane la fixèrent étonnée, avant de se tourner l'un vers l'autre pour exploser de rire.
« - C'est un peu excessif, non ? Réussit à dire Roxane entre deux éclats de rire. »
Nathan ne dit rien mais ne put se retenir d'acquiescer les dires de Roxane, sans vraiment réaliser qu'il blessait un peu Leah… Mais après ce qu'elle avait dit dans le Poudlard Express, je ne pouvais plus lui en vouloir.
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Point de vue de Nathan :
Je continuai de rire avec Roxane, c'était tellement facile de rire avec elle. Leah avait posé sa tête sur mon épaule et je caressai sa main par reflexe. Nous passions la moitié de nos temps libres tous les deux donc je lui avais proposé de passer l'autre moitié avec nos amis respectifs. Elle me laissait donc rejoindre les miens mais préférai m'accompagner. Je ne voulais pas la vexer et elle ne semblait pas atteinte par les regards tueurs de Laureen, ni par les pics de James. Si ça lui convenait, je n'allais pas l'empêcher de nous accompagner.
« -N'empêche qu'à ce rythme, Fred va envoyer plus de lettres à Salem que moi ! Notai-je »
Comme d'habitude, Roxane sourit et Laureen haussa les épaules.
« -Mais, tu n'envoies pas de lettre à tes anciens amis ? S'étonna Roxane.
-Si de temps en temps, mais ce n'est pas un échange régulier. On se donne simplement des nouvelles de temps en temps.
-Je n'arrive pas à le concevoir. Je veux dire que j'envoie déjà des lettres à Victoire qui est ma cousine et que je vois à chaque vacance, mais si je quittais tous mes amis si précipitamment, je voudrais les tenir au courant, et surtout qu'ils me racontent tout ce qu'il se passe à Poudlard.
-A Salem, on n'est moins proche qu'à Poudlard ! Expliquai-je. Il n'y a pas de maison, les promotions sont bien plus importantes donc on rencontre des nouveaux élèves tous les jours, on n'a pas un groupe d'amis qui dure au fur et à mesure des années.
-Tu arrivais à retenir les prénoms de tout le monde ? »
Je souris devant cette question de Roxane, elle avait compris mon côté tête-en-l'air.
« -Pendant la première année, c'était catastrophique, mais je me suis dit que ce n'était pas possible de ne pas connaître mes camarades au point d'être incapable de donner leurs prénoms. J'ai fait un effort et à chaque nouvelle rencontre, je me forçais à me souvenir de la personne, et de son prénom.
-Ça a dû te changer d'arriver à Poudlard !
-Au début, je me suis aussi forcé à retenir les prénoms. Mine de rien, j'avais toute une école pleine d'élèves inconnus à rencontrer.
-Je n'y avais pas pensé de ce point de vue ! Comprit Roxane. Alors tu as fait du bon travail, de vite retenir nos prénoms.
-Pour ceux qui ne sont pas à Gryffondor, j'ai eu besoin d'un peu plus de temps. Mais comme vous les appeliez toujours avant que je n'aie eu le temps de me ridiculiser, j'ai évité les catastrophes. »
Roxane rit avant de réitérer ses questions sur mes impressions à la rentrée à Poudlard. Je me confiai joyeusement à elle. Sa curiosité était valorisante puisque je sentais que ça l'intéressait réellement. Je ne me rendis même pas compte que James et Laureen avaient lancé une de leurs conversations plus à base de tacles que de réels échanges et que Lisa et Alex s'étaient éloignés pour se retrouver.
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Point de vue de James :
« -Bon, je vais faire un tour à la bibliothèque, histoire de finir mon devoir de potion !
-Mais Laureen, on a encore une semaine pour le rendre, ce devoir ! S'étonna Lisa.
-On parle de Laureen, Liz', expliqua Roxane, elle ne peut s'empêcher de faire tous les devoirs le plus rapidement possible. On sait que c'est bizarre mais on ne va pas réussir à la changer.
-Je t'ai entendu, Roxane ! Soupira L'intéressée en haussant les épaules, j'aime bien faire les devoirs avec de l'avance, ça me rassure. »
Fière de ses paroles, elle quitta notre table pour se diriger vers la porte de la Grande Salle. Discrètement, je la suivis du regard en souriant. Je savais qu'elle n'allait pas à la bibliothèque, mais qu'elle préférait prendre de l'avance dans le laboratoire, pour profiter d'un moment calme et pour observer tout ce qu'elle pouvait y découvrir sans qu'il n'y ait personne pour l'oppresser. Je culpabilisais un peu d'être « l'oppresseur » en question mais je ne voyais pas comment être plus discret. S'il m'était impossible de retenir un sourire en coin quand je la voyais énervée devant une photographie où une recette potion manuscrite rédigée par un de mes ancêtres, je m'abstenais de tout commentaire puisque je préférais simplement regarder l'admiration sincère dans ses yeux.
« -James ! Me tira Alex de mes pensées. Ouh ! James, tu divagues !
-Euh… quoi ?
-Rien, me rassura Roxane, Nathan et Alex s'étonnaient simplement puisqu'ils critiquaient Laureen sur son acharnement au travail et que tu ne réagissais pas…
-… Alors que tu as toujours été le premier à reprocher à ma sœur de ne pas assez se détendre. »
Je souris en constatant que Nathan avait parfaitement continué la phrase de Roxane, sans même s'en rendre compte.
« -Oh ! Je n'avais pas entendu, j'étais pris dans mes pensées.
-Je suis sûr que tu n'avais même pas remarqué que Laureen était partie. Supposa Lisa.
-En même temps, il ne manquerait plus que je m'intéresse à tous les trajets de Wilson ! »
Bon, ce n'était pas tout-à-fait vrai, mais je ne savais pas comment me sortir de cette situation sans avouer que j'avais tellement conscience que Laureen était partie que je ne pensais presque qu'à elle depuis son départ. Ils se seraient imaginés n'importe quoi et auraient bien trop ri de moi.
Je pris part à la conversation plus activement quand celle-ci se tourna sur le quidditch. Je n'étais absolument pas d'accord avec la nouvelle technique d'attaque des Canons de Chudley et il fallait clairement que je m'exprime à ses sujets. Surtout que le petit Hugo, totalement aveuglé par l'amour inconditionnel et incompréhensible de son père pour cette équipe, vantait, comme à son habitude, les mérites injustifiés du gardien.
« -James, tu as vu l'heure, Laureen a dû finir son devoir il y a déjà bien longtemps et doit t'attendre depuis déjà cinq minutes ! Nota Roxane.
-Oh ! Déjà ! M'exclamai-je. Bon, Hugo, je dois y aller, mais je vais te montrer ce qu'est une vraie équipe, je t'inviterai au prochain match des Flquemares quand j'aurai des places et tu nous déscendras les Canons de leur piédestal. »
Mon cousin soupira alors que je me levais avec une tête un peu déçue, pour aller rejoindre le laboratoire des Maraudeurs.
