Oh làlà vous avez été tellement rapides et tellement nombreux à m'envoyer des reviews que j'ai mauvaise grâce à faire traîner la suite, donc la voilà déjà. Je n'en veux pas à ceux qui avait décroché, n'oublions pas que d'après la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyens, nous naissons libres et égaux en droits :)

Rappel des jeunes (encore une fois) : Peter Beckett, Paul Jackson, Matthew et David O'Neill, Moïdan, Charin et John Dex. Et maintenant, donc, Amy Sheppard. Est-elle morte au fait ?


« C'est affreux », pensa Rodney. « Nous ne sommes plus en guerre et pourtant, on continue à attendre avec angoisse des nouvelles de l'infirmerie. » C'était la vie. Depuis qu'il était là il avaient ainsi angoissé pour Carson. Amy. Même lui quand il s'était réveillé.

Tous les jeunes étaient dans le mess, excepté Peter, resté auprès d'Amy. La réanimation avait été rapide, mais il fallait maintenant attendre que la jeune femme reprenne ses esprits. Pour patienter, les frères O'Neill, Paul Jackson, les trois aînés Dex et quelques petit(e)s ami(e)s respectif(ve)s s'étaient assis autour d'un morzal ou d'un thé. Rodney les avait accompagnés, mais moins naturellement que d'habitude. Il se sentait coupable. Matthew avait du un peu le pousser pour venir.

De petites discussions calmes et à voix basses occupaient la plupart des personnes présentes dans la pièce, au sujet d'Amy ou non. Tout à l'heure, John Dex avait fait remarquer avec le candide de ses dix-huit ans qu' « elle n'avait pas besoin de cela ». Les deux seuls qui restaient silencieux étaient Matthew et Rodney. Le premier examinait l'autre avec instance, lui posant une foule de questions rien qu'avec le regard, mais sans méchanceté, juste pour savoir pourquoi l'accident s'était produit. Rodney n'osait pas lever les yeux. Charin devinait le malaise et, bien qu'occupée à discuter avec les autres, suivait avec attention l'interrogatoire silencieux entre les deux hommes. Une silhouette masculine apparue et se rapprocha d'eux. Quelques uns se levèrent pour lui demander :

- Alors ?

- C'est bon, fit Peter. Elle a été sonnée et ses mains sont brûlées, mais après un peu de repos, elle sera en pleine forme.

- Pouvons-nous la voir ? demanda Charin. Elle s'est rendormie ?

- … Elle pleure.

Après la phrase de Beckett, quelques regards se tournèrent vers le scientifique canadien, dont celui du médecin.

- Que s'est-il passé, Rodney ?

- Je vous l'ai déjà dit. Elle a voulu démarrer le générateur, alors que la plupart des circuits n'étaient pas encore réparés.

- Mais pourquoi elle a fait ça ? insista Paul. Elle connaît pourtant son métier !

- Mais je…

- Dites-nous !

- Elle était énervée ! commença Rodney en levant le ton. Elle voulait se changer les idées, et OUI, c'était à cause de moi !

Il s'était levé, plus brutalement qu'il ne l'aurait voulu.

- Et quand Amy n'est pas concentrée, elle peut faire des catastrophes. Autant c'est une excellente physicienne quand elle…

- Nous le savons, docteur McKay. C'est notre amie aussi, le calma Charin.

- Vous vous êtes disputés ? interrogea Moïdan.

- Non ! Oui ! Enfin… Pas une dispute oh…

- Je crois que cela ne nous regarde pas, le sauva Matthew, une pointe amère dans la voix.

Les autres acquiescèrent. Peter ajouta un « Ca ne concerne que vous deux » auquel les autres hochèrent la tête.

- Si vous voulez la voir… ajouta le médecin.

Rodney fit un pas de côté, se préparant à partir, mais répondit à la négative.

- Pas pour le moment.

- Je vais y aller alors, dit Charin en se levant.

- Je serai le prochain, fit Matthew.

Et Rodney partit seul vers ses quartiers, sous les regards compatissants ou soupçonneux des jeunes de la Cité.

xoxox

Les jours qui suivirent furent d'une tristesse abominable. Il s'oublia dans le travail. Il n'avait toujours pas osé aller la voir. Il demandait juste des nouvelles à Charin qui, ayant tout compris de leur « dispute » lui détaillait l'état de santé physique et mental de la jeune femme. La troisième fois, elle lui dit clairement qu'on se remettait d'une déception amoureuse, mais que c'était juste dommage que la situation dans laquelle tous les deux se trouvaient ne satisfasse personne. Rodney n'avait pas répondu. Le soir même, il avait juste osé passer rapidement dans l'infirmerie, la regarder de loin. Elle dormait. Il resta debout un moment à ses côtés, encouragé par Peter, mais ne parvint à rien lui dire et après cinq minutes s'en alla.

Matthew sembla lui faire la tête au moins deux jours. Puis ils se mirent à travailler ensuite ensemble sur le générateur, qui s'était arrêté après cinquante heures de fonctionnement, mais sans déflagration.

- On approche du but on dirait, murmura Matt. Il a marché normalement pour la première fois, reste à présent à trouver comment il peut tenir indéfiniment.

- En débranchant elle a arrêté l'apport d'électrons mais permis à la fréquence de se maintenir. Il faudrait peut-être de temps en temps réinjecter des électrons.

- Elle a quasiment trouvé la solution pour que le générateur marche.

- A quelque chose malheur est bon.

- Intéressante, cette expression. Je la noterai.

Les deux hommes se sourirent. Réconciliés.

xox

Le Canadien passa voir Mitchell, lui demander de consulter les Archives de la Cité. Il fallait s'occuper l'esprit, comme Amy avait l'habitude de le faire quand quelque chose la gênait, et élucider tout de même cette question de médicaments périmés. Mais il n'appris rien de nouveau. Il voulut s'intéresser aux crises qui avaient secoué la Cité, afin de choisir quelle était la meilleure époque à laquelle arriver. Il constata qu'il y avait un trou de plus d'une année, datant de trois ans après sa disparition. Le général lui dit qu'ils avaient tout perdu de cette époque. Les ennuis sérieux devaient avoir commencé à ce moment-là.

xox

Rodney travaillait un peu sur le programme du Jumper, le soir, seul, après être allé la voir à l'infirmerie, attendant toujours qu'elle dorme pour s'approcher de son lit. Peter avait décidé qu'elle était vraiment très fatiguée et devait se reposer totalement. Mais travailler sans Amy ce n'était plus pareil.

Il restait des heures devant son écran, à avancer à la vitesse d'un escargot, lui.

Il perdait patience comme auparavant.

Il n'arrivait plus à dormir.

Il se traitait d'idiot, mais il ne savait pas très bien pourquoi.

Il soupirait toutes les minutes.

Il pensait à elle tout le temps.

Il fit un aller-retour avec Matthew jusqu'au continent. Au dernier moment ils décidèrent de ne pas faire de voyage temporel : aucun des deux n'avait le gène naturel. Et quand il s'entraînait, Rodney préférait qu'Amy soit là.

Après une semaine d'une telle vie stérile, et pourtant si similaire à celle qu'il vivait sur l'Atlantis d'autrefois, il se décida à frapper à sa porte, un soir, un ordinateur à la main. Elle venait de finir son séjour à l'infirmerie, il lui restait quelques jours de convalescence. De trop longs jours. Il fallait qu'il la revoie avant.

Elle ouvrit la porte doucement, laissant entendre des éclats de musique, et son visage trahit sa surprise de le voir là, mais juste une fraction de seconde. Elle ne parla pas et attendit. Elle attendait souvent qu'il parle. C'était la seule à avoir à faire ça. Aux autres il savait toujours quoi dire.

- Bonsoir Amy.

- Bonsoir.

Il désigna son ordinateur.

- Je… Vous avez certainement envie de vous reposer.

- … Non. Je ne fais que dormir et m'ennuyer depuis six jours.

Leurs regards se croisèrent, et ils se sourirent enfin, à peine. Elle le laissa entrer.

La chambre était bien rangée, nette. Elle approcha une deuxième chaise du bureau et y enleva son ordinateur portable pour que Rodney puisse y poser le sien. Il ne l'alluma pas tout de suite, occupé à scruter son environnement.

- Vous écoutez les Beatles ?

- Vous trouvez ça démodé ? lui demanda-t-elle avec un sourire franc, mais un peu triste.

- J'aurais plutôt cru… du Johnny Cash.

Il aperçu une photo du chanteur à côté de son lit, la même qu'il y avait dans la chambre de Sheppard.

- Je n'ai rien dit.

Elle rit doucement, se détendant un peu, et lui avec :

- Mais Maman m'a laissé un assez grand intérêt pour la musique classique. Et son violon.

- Je ne savais pas qu'Elizabeth jouait du violon.

- Si. Elle l'avait avec elle depuis le début. Elle en a surtout rejoué quand elle a eu plus de temps, quand je suis née.

Ils se sourirent. Réconciliés.

- Je ne voulais pas, Rodney. Je ne voulais pas vous cacher…

- Je sais, Amy, je sais. Je n'ai pas été très curieux non plus. Je me posais des questions, mais je ne vous les ai jamais formulées.

- J'y aurais répondu.

Le silence s'installa, mais pas un silence gêné. Un silence apaisé.

- Vous vouliez me montrer quelque chose ?

- Etes-vous prête à retravailler un petit peu sur notre projet ?

- Bien entendu, dans la mesure du possible.

Elle souleva ses doigts bandés, brûlés, incapables de taper comme à l'ordinaire. Il grimaça mais elle ne le laissa pas la plaindre :

- Vous avez progressé ?

- Avec Matthew un petit peu… Mais il manque votre avis d'experte…

Ils s'assirent côte à côte, tout sourire, et recommencèrent à discuter comme si de rien n'était. Rodney regarderait plus en détail les photos de famille discrètement éparpillées une autre fois, avec elle.

Les jours suivants retrouvèrent leur couleur. Au lieu de soupirer, il chantonnait. Il ne parvenait pas plus à dormir, mais au moins il avait le sourire. Le jour, ils travaillaient à trois sur le réacteur. Mais les soirées se passaient juste avec Amy, dans l'un ou l'autre de leurs quartiers, entre travail sur le Jumper, discussions sérieuses sur les Sheppard, et initiation à la « bonne » musique, selon Rodney. Deux heures de travail, trois heures de discussions, l'air de rien. Ils déjeunaient avec les autres, qui avaient deviné pour les voyages temporels. Matthew leur avait demandé de garder le silence, et ils le gardaient, bien évidemment, les encourageant même. Charin parfois leur apportait leur repas du soir directement dans le quartier où ils étaient en train de concevoir le dernier programme pour le Jumper. David souvent venait avec elle. Ils tous restaient assis sur le lit à discuter des heures. Rodney avait l'impression que ce n'était plus de son âge, mais il était bien. Les autres n'émettaient aucun jugement. Il apprenait à les apprécier et les connaître. A se sentir chez lui. A imaginer ce que serait sa vie s'il restait à cette époque.

Les voyages temporels reprirent. Il partagea à nouveau la cabine exigüe avec Amy. Un voyage, deux voyages. La seule nouveauté résida dans les gestes pudiques et attentionnés qu'ils avaient l'un envers l'autre. Une main derrière le dos au moment de prendre les commandes ; un Rodney qui se proposait de lui faire du café dès qu'elle baillait, de faire une pause dès qu'elle clignait des yeux ; qui lui cherchait sa veste quand elle frissonnait. Une Amy qui prenait pour leurs repas de midi plusieurs desserts du mess ; qui n'hésitait plus à lancer des blagues pour lui remonter le moral, quand un voyage ratait. Des regards. Des sourires. Des battements de cœurs intérieurs, et des soupirs le soir lorsqu'ils se retrouvaient seuls dans leurs lits respectifs. Et le lendemain la même chose. Sans aucun mot pour exprimer leurs ressentis.

La vie était meilleure quand elle était là. Il ne pouvait plus le nier. La perdre lui avait fait horriblement peur. Elle lui avait manqué.


Vous savez quoi ? J'ai super envie de poster la suite mais ça vous ferait trop de lecture alors je laisse un peu de suspens...