Auteur : Dozen and One Stars
Traductrice : Hermi-ko
Xx Inconvénient du Connard Manipulateur xX
Contrairement aux mensonges qu'Hiruma aimait faire circuler juste pour l'humilier, Mamori n'était pas la Reine du Grignotage à Grande Vitesse. D'accord elle aimait occasionnellement manger du chocolat ou dévorer une petite boite de choux à la crème. Mais, franchement, elle n'était pas aussi mauvaise que le quarterback voulait le faire croire au reste du monde.
A part pour aujourd'hui. Aujourd'hui elle devait bien admettre qu'elle se faisait trop plaisir. Choux à la crème dans la matinée. Réglisse au déjeuner. Plus d'un mug de chocolat chaud pour la réchauffer après l'entrainement. C'était sans nul doute possible un jour dédié au grignotage. Et, même si elle savait qu'il ne la laisserait pas en paix à cause de ça, elle ne pouvait pas s'en empêcher.
Heureusement sa journée était presque finie. Elle n'avait plus qu'à se réunir en tête à tête avec Hiruma pour parler stratégies et elle serait alors libre de rentrer chez elle pour grignoter à son aise sans ce satané sourire en coin qui lui gâcher l'appétit.
En parlant d'appétit... Mamori jeta des coups d'œil nerveux dans la pièce. Elle avait une envie folle de chocolat qui risquait de miner sa concentration si elle n'arrivait pas à mettre la main dessus avant la réunion. Par chance elle avait une petite réserve cachée pour une occasion telle que celle-là. Si elle était vive elle pourrait en choper un morceau pour la caler avant qu'Hiruma ne revienne avec les cassettes vidéo.
Nerveusement elle jeta un coup d'œil circulaire. Tendant l'oreille elle lâcha un soupir de soulagement quand elle ne sentit personne se diriger vers la salle du club. D'une humeur bien plus gaie elle ouvrit son placard attitré où étaient rangés produits d'entretien et kits de premier secours. Rouleaux de papier toilettes, serviettes en papier, pansements, coton-tige... avec la nature méticuleuse du quarterback et la prévenance zélée de leur manager, l'équipe de football américain de Deimon était équipée pour survivre plusieurs fins du monde dans le confort. Elle poussa plusieurs boites de tampons et de serviettes hygiéniques sur le côté, mettant la main sur un sac qu'elle connaissait bien.
Elle s'en voulait toujours pour cacher son chocolat ici mais c'était la seule façon pour garantir qu'il soit toujours là quand elle en sentira le besoin. Si elle le laissait en vue il n'y en aurait plus avant qu'elle n'ait eu le temps de toucher le sac.
Cependant si travailler avec des ados lui avait appris quelque chose, c'était qu'ils ne s'approcheraient pas des produits féminins à moins de 10 mètres.
Donc, culpabilisant un brin mais pas suffisamment pour s'arrêter, elle glissa sa main dans le sac. Ses doigts ne rencontrèrent que du vide avant qu'elle ne retourne le sac. Quand rien que des emballages et de la poussière de chocolat s'échappèrent du sac elle jeta vivement le tout à la poubelle. Sa main plongea vers le fond du placard. N'y rencontrant rien d'autre que du bois.
Frustrée, elle réfléchit un quart de seconde et ouvrit le petit placard sous le comptoir. Jetant un coup d'œil à l'intérieur, elle remarqua un bonbon à moitié caché. A quatre pattes dans sa réserve soi-disant introuvable, Mamori ne réalisa pas que celui qu'elle ne voulait surtout pas être vu dans cette position par était arrivé. Elle continua de ne pas le remarquer jusqu'à ce qu'il choisisse de s'annoncer d'une voix forte : "Qu'est-ce que tu fous ?"
Sa réaction était à la fois instinctive et prévisible : elle se fendit le crâne en deux.
Se mordant la langue pour éviter de jurer devant lui, elle sortit lentement du placard. Elle pouvait se sentir rougir en voyant son petit sourire malhonnête.
La meilleure ligne de conduite, avait-elle trouvé après maints faux pas, était d'agir aussi nonchalamment que possible. Ça marchait rarement. Mais ça avait quand même plus de succès que d'autres méthodes qui elles avaient 0% de chance de réussir. "Rien. Ce sont les cassettes ?"
"Ouais." Dès qu'elle croisa son regard elle sut qu'elle n'arriverait pas à changer de sujet cette fois-ci. Pas avec la façon dont il la fixait et ignorait le sac dans sa main.
Elle s'écarta du comptoir aussi discrètement que possible. Ce n'était pas aussi discret qu'elle ne l'aurait cru. "Bon, j'ai les notes de la dernière fois déjà surlignées et séparées par spécialité. On travaille par ordre chronologique ou à l'envers ?"
Quand même, on ne pouvait pas la blâmer pour essayer.
Il fit quelques pas pour poser le sac de cassettes sur la table. "Pourquoi est-ce que tu fouillais le placard ?"
"Comme ça." Du pied elle en claqua la porte d'un coup sec.
"D'accord." Il utilisait ce ton patronnier avec l'effrayant sarcasme qu'il maitrisait bien. Elle ne pouvait pas aussi complètement ignorer la façon dont il avait l'air de savoir exactement ce qu'elle cherchait. Il ouvrit le sac en papier qu'il avait dans l'autre main et en sortit un bonbon bien familier. "Alors je suppose que tu ne cherchais pas ça ?"
"Comment ..." Elle ferma la bouche. Elle ne voulait vraiment pas savoir. "C'est sans importance. Rends-les-moi."
"Non."
Elle soupira, les bras croisés dans une posture qui semblait vouloir dire qu'elle ne se laisserait pas faire. Si elle voulait son chocolat, et c'était le cas, et si elle voulait rentrer assez tôt pour finir ses devoirs sans avoir à faire de nuit blanche, alors elle devait accélérer les choses. L'approche directe semblait toujours mieux marcher. Au moins elle diminuait la durée de son embrassement. "Que veux-tu en échange ?"
"Un baiser."
De toutes les réponses possibles qu'il aurait pu lui donner, dont elle avait dressé une liste à la fois extensive et créative, ce n'était pas une à laquelle elle s'attendait. Elle était abasourdie. "Sérieusement ?"
"C'est l'unique moyen."
Elle était également très suspicieuse. "Pourquoi ?"
Le sourire qu'il lui décocha lui envoya des frissons dans tout le corps. "Un mec a besoin d'une raison ?"
Elle ne pouvait pas croire qu'elle considérait sérieusement son offre. "Où ?"
Son sourire stupide lui dit que ce n'était pas sur la joue comme elle l'avait espéré. Ses suspicions furent confirmées quand il secoua le sac en papier contenant les bonbons. Il y avait quelque chose qui clochait dans ce scénario. Il ne demanderait pas un baiser. A moins d'y gagner quelque chose.
Mais que pouvait-il y gagner ?
A moins que ... ses yeux scannèrent les endroits habituels. Il filmait ça. Elle savait qu'il filmait. Il devait filmer, il l'enregistrait pour s'en servir plus tard pour un motif qui lui était étranger. Eh bien elle n'allait pas tomber dans le panneau. Non monsieur, pas elle.
"Tu peux les garder." Prenant ses affaires, elle attrapa le sac contenant les cassettes sur la table. "Je les regarderai ce soir et je te donnerai mes notes demain avant les cours."
Puis elle s'en alla sans même lui dire au revoir.
Son esprit à lui vrombissait tandis que les rouages de son cerveau se mettaient à tourner à toute allure. Les informations étaient classifiées par utilité et application physique. Les stratégies étaient élaborées. Les taux de réussite étaient calculés. Malheureusement pour lui toute la technologie de pointe de ses méninges l'amenait à une conclusion peu réjouissante. S'il voulait avoir la moindre chance qu'elle prenne ses avances aussi sérieusement qu'il l'escomptait, il allait devoir réduire ses airs de connard manipulateur.
Considérablement.
Ce n'était pas un choix de vie qu'il était enclin à faire. Sa personnalité était quelque chose qu'il avait soigneusement polie depuis l'école primaire. A travers les années il l'avait méticuleusement perfectionné jusqu'à ce qu'elle devienne cette œuvre d'art qu'elle était aujourd'hui. C'était l'un des nombreux atouts dans sa manche qui lui donnait ce qu'il voulait quand il le voulait.
Apparemment ça n'allait pas lui donner ce qu'il voulait quand il le voulait cette fois-là. Il avait travaillé assez longtemps avec elle pour savoir que, bien que son attitude couplait à son manque de sentiments était tolérée dans leur relation, elle n'était pas exactement la bienvenue. Surtout si leur relation allait être autre chose que platonique.
Ça l'inquiétait un brin la force avec laquelle il voulait que cette relation dépasse le stade platonique.
Pas suffisamment toutefois pour l'arrêter dans son plan.
