Disclaimer: JKR, not me.

Note: Enfin ! Oui, je sais, je sais. Et m'en excuse. Un peu. Si je dis que le chapitre 27 arrivera plus vite, vous ne me croirez pas et aurez peut-être raison, mais bon, que sera sera...

Ce chapitre déborde de mystères irrésolus encore, c'est mon péché mignon, mais je vous assure qu'ils seront résolus un jour. Ron n'y est pas plus poli que d'habitude, non plus, mais rien de plus terrible que ce que j'ai déjà écrit...

Donc j'espère qu'il vous plaira comme il m'a plu à moi de l'écrire.

J'ai encore juste un mot à dire avant de vous laisser continuer, mais je vais essayer d'être la moins barbante possible.

Ceux qui ont lu mon OS republié hier ont donc lu ma note concernant les reviews.

Je maintiens ce que j'ai dit, il faut apprendre à reviewer plus, même si vous êtes timides et que vous pensez qu'un simple "Super, continue" n'apporte rien. Si, ça apporte et ça fait plaisir, très plaisir. A moi bien sûr, mais à d'autres aussi, à d'autres surtout.

Je peux avoir l'air d'être une vieille taupe grincheuse, ça ne veut pas dire que j'oublie que vous aimez mes histoires et que je devrais vous répèter plus souvent que je vous aime aussi et que j'ai fait des rencontres épatantes ici.

Mais les rencontres sont venues parce que vous avez un jour franchi la barrière de l'anonymat et que l'échange est devenu réel. ET que ce n'est pas parce que ffnet est un truc immense sans âme qu'il faut accepter de rentrer dans le jeu.

Une revieweuse m'a signalé que j'avais l'air bien prétentieuse dans ma note précédente. Elle a sans doute raison et je m'en excuse, c'est un défaut que j'ai et qui peut être parfois de l'humour malvenu mais aussi purement et simplement un égo gonflé qui dit n'importe quoi.

Je vais tenter de calmer cet égo et vous tenterez d'être plus généreux avec tous ceux que vous lisez et que vous appréciez, ça leur fera plaisir autant que ça m'en fait à moi.

Je termine juste en disant que je sais que j'ai encore des tonnes de ràr à faire, et que celles que j'ai faite l'ont été pour promettre des updates qui ne sont pas arrivées à la date prévue. Encore une fois, navrée pour ça.

Je répondrai à tout le monde, tant que j'ai une adresse pour le faire ou la fonction reply, mais j'avoue être souvent dépassée par le millier de questions qu'on me pose et auxquelles je ne peux rien répondre, parce que HEY, ça fait partie de l'intrigue :)

Voilà, c'est tout, merci beaucoup et bonne lecture !


Dire que j'étais énervé en quittant le bureau d'Hermione était un doux euphémisme.

J'étais en rage, contre elle un peu, qui me faisait royalement passer pour un abruti aux yeux de mes tous nouveaux collègues, contre ces dits collègues aussi qui avaient si vite gobé l'histoire d'Hermione sans même prendre le temps de vérifier si quelqu'un aurait pu la voir sur l'aire réservée aux transplanages, et puis contre moi, évidemment contre moi !

Combien de temps me faudrait-il pour que je raisonne autrement que comme un amoureux jaloux ?

Je n'avais pas le droit d'être jaloux et je n'étais même pas certain d'être amoureux.

Je l'avais été, ça c'est évident, profondément, à en pleurer la nuit et à en crever de mal.

Et je savais à quoi ressemblait mon amour à ce moment-là, il était caché, rentré en moi et si respectueux, parce que tout ce que je n'osais pas imaginer avec Hermione et tout ce que je n'aurais jamais eu le droit de faire, je le faisais avec d'autres.

Trop d'autres.

Mais ça ne calmait rien, ça n'effaçait rien ! Seule Luna était arrivée à apaiser la douleur, à raisonner le mal, à me donner la force de croire en moi sans Hermione.

Même s'il elle savait toujours qu'un bout de moi appartiendrait toujours à ma si brune amie.

Amie…

J'étais revenu pour mes amis.

J'étais resté parce que mes amis avaient besoin de moi, qu'ELLE avait besoin de moi.

Et envie.

Oh Merlin, si désespérément envie de moi, je le sentais, je le savais, et c'était de plus en plus pénible de ne pas répondre à cette envie.

Parce que j'étais un mec, bordel, et qu'ELLE, Hermione, était celle que je rêvais d'avoir sous moi sans oser imaginer ce que ça pourrait être.

Parce que c'était mon amie.

ET qu'elle était à Harry !

Merde, trois fois merde, à Harry, à Harry… ça m'obsédait tellement, ça me bouffait tellement que je ne savais pas quoi faire pour calmer cette jalousie interdite.

Bien sûr, elle m'avait dit « plus de mystères, plus de secrets » et bien sûr, je pouvais la croire. Il y aurait toujours ces trois ans entre eux qui justifiaient qu'elle courre le voir en cachette. Au-delà d'être son mari, c'était son ami, son véritable ami, puisque lui ne semblait pas avoir de problèmes à ne pas fantasmer sur elle nue, gémissante et offerte.

Mais ce que mes deux amis ignoraient, c'était qu'à moi aussi, on avait confié un rôle.

Shacklebolt avait donné ses ordres. Il avait été clair.

Et j'avais plus ou moins accepté.

Si j'étais en formation dans le service et à demeure chez mes amis, c'était pour les protéger, mais aussi les surveiller, informer les Aurors (et l'Ordre certainement) de ce qui était caché et pourtant essentiel à leur protection.

Alors quoi ? Je devais entrer dans la salle de réunion en clamant que j'étais sûr qu'Hermione mentait, que j'en étais sûr parce qu'elle venait de m'avouer elle-même qu'elle était chez Harry ?

Franchement…

J'ai regagné mon étage, j'ai franchi le portrait du vieillard au pourpoint violet, je me suis assis à table à côté des autres…

Et j'ai tenu ma langue.

Parce qu'ils étaient mes amis, avant tout et avant tous.

Et j'ai attendu que pleuvent les critiques, les moqueries et les remarques.

Mais rien n'est venu. Kingsley m'a regardé avec un regard un peu sombre et Desmond a détourné la tête. Seule Tonks m'a souri en me faisant un clin d'œil.

J'en ai donc conclu qu'ils avaient déjà discuté de mon cas avant mon retour. Et sincèrement, je m'en foutais totalement.

« Avec nous, Weasley ? » demanda sèchement mon chef.

« Oui, je suis là, je voulais dire que… »

« Pour tout à l'heure, avec Hermione, rien n'est arrivé, on n'en parle plus… » continua-t-il. Et je hochai la tête parce que j'étais tout à fait disposé à ne pas remettre la question sur le tapis. « Par contre, il ne nous reste pas des masses de temps pour analyser la matinée. Donc j'aimerais votre attention à tous ! »

J'en avais presque oublié Malfoy Manor.

Presque, parce que la gueule déformée par la rage de la fouine était bien imprimée dans ma mémoire, et que je me ferais une joie de le croiser à nouveau.

Pour poursuivre là où nous nous étions arrêtés…

« Pour en revenir à ce matin, je dois dire que je suis plutôt satisfait. »

Hein ? Shacklebolt, satisfait ? Et le fiasco annoncé par Desmond alors, son air abattu quand nous avions transplané jusqu'au Ministère.

Je jetai rapidement un regard autour de moi.

Kingsley avait en effet l'air plutôt content et tirait sur l'anneau à son oreille en lisant un feuillet qu'il tenait à la main.

Desmond avait la mine certainement aussi ahurie que la mienne.

Et Tonks ? Oh ben, je crois qu'elle s'en moquait un peu et dessinait des moustaches aux mannequins de Sorcière Hebdo.

« Vous êtes satisfait ? » dis-je enfin au bout d'un moment. « Mais je croyais que c'était une monumentale foirade et que j'allais me ramasser un blâme pour avoir manqué de respect envers cette charmante famille… »

« Weasley, pas de sarcasmes, s'il-te-plaît ! » gronda mon chef. « Evidemment que si je comptais sur la visite de la matinée pour m'apprendre quelque chose concernant l'enquête, j'en serais pour mes frais. Mais ce n'était pas le but… » continua-t-il.

Desmond se tortilla un peu sur sa chaise avant de prendre la parole.

« Et je peux vous demander, Monsieur, quel était le but alors ? »

Quelque part, j'étais plutôt soulagé de constater que Desmond n'avait pas l'air plus au courant que moi des plans bizarres de notre supérieur, ça me donnait un peu moins l'impression d'être le novice bon à pas grand chose, même si c'était le cas.

« Le but, c'était d'exposer Weasley. »

Je crois que je déglutis un peu bruyamment à ce moment-là.

« M'exposer ? Mais… à qui ? Et pourquoi ? »

Tonks avait arrêté de dessiner sur sa revue et nous regardait, Shacklebolt et moi avec un peu d'appréhension.

« Ne le prends pas mal, Ronald, mais pour l'instant, tu nous es plus utile auprès d'Hermione que dans des missions qui impliquent une réelle connaissance du terrain et des techniques employées par les Aurors. » commença mon supérieur.

Mais Tonks l'interrompit aussitôt.

« Kingsley ? Tu ne l'avais pas prévenu ? »

L'Auror en chef secoua la tête, apparemment un peu embêté.

« Ecoute, mon grand, tu es un chouette gars et un gentil garçon et je ne doute pas que tu puisses être efficace plus tard, quand tu auras un peu d'expérience, mais là, il faut être logique, tu n'as même pas encore deux journées entières de formation derrière toi, je ne peux pas me permettre d'utiliser quelqu'un d'incompétent sur cette enquête… »

J'étais paumé, Desmond semblait aussi paumé que moi et Tonks avait l'air tout bonnement furieux.

« Ce n'est pas bien, King', tu n'as pas joué franc jeu avec lui ! » l'accusa-t-elle en tirant nerveusement sur les anglaises blondes qu'elle venait de faire pousser.

Shacklebolt plaqua ses mains sur la table devant lui et poussa un soupir exaspéré.

« OK !… mais tout le monde est d'accord pour dire que nous marchons sur des œufs au Ministère. TOUT ce que nous entreprenons réellement doit être couvert ! Le Ministère ne verra que ce qu'on décide de laisser à découvert. Et j'ai décidé que ce serait Weasley ! »

Il y eut un mini tumulte à côté de moi. Tonks venait de déchirer la page du magazine qu'elle tenait en main.

Desmond se tortilla de plus belle et je serrai très fort les mâchoires pour ne pas hurler. Le discours de Kingsley ressemblait trop à ce que j'avais déjà entendu auparavant, mensonges, dissimulations et manipulations.

J'essayai de calmer la douleur qui frappait à mes tempes avant de prendre la parole. C'était à moi de mettre fin au silence, de toutes façons, mes collègues semblaient bétonnés dans leur mutisme.

« Et Weasley dit qu'il ne veut plus être utilisé. Ce sera sans moi, Monsieur ! Considérez que mes deux journées de formation ne comptent pas… Au revoir. »

J'avais dit tout cela très calmement. Parce qu'au fond, j'étais calme. J'aurais dû savoir que les magouilles faisaient encore partie du jeu, m'en être tenu éloigné pendant trois ans ne suffisait pas à les faire disparaître.

Je m'étais levé sans faire grincer ma chaise, et j'étais sorti par le portrait qui s'était refermé derrière moi.

Je m'attendais un peu à ce que Kingsley me poursuive pour venir me parler, et peut-être s'expliquer pour me faire changer d'avis, mais l'allée centrale où se rejoignaient tous les boxes était restée déserte et silencieuse, tout le monde profitant encore de la pause de midi.

En quittant le quartier général des Aurors, je n'avais qu'une envie. Récupérer Hermione au plus vite et foutre le camp d'ici !

L'air autour de moi me semblait tout d'un coup irrespirable. Mais je ne voulais pas partir sans elle.

Pas sans elle.

Jamais plus.

Je descendis très lentement les escaliers jusqu'à son étage, espérant peut-être inconsciemment entendre la voix grave de mon supérieur me supplier de revenir à la raison, mais personne ne m'arrêta jusqu'à ce que j'atteigne le bureau d'Hermione.

La porte était fermée mais je ne pris pas la peine de frapper, à quoi bon ?

Elle était assise derrière son bureau et son regard semblait flotter devant elle, fixé sur un point invisible d'où j'étais.

Je fis un pas à l'intérieur de la pièce et suivi la direction de ses yeux.

Hermione regardait une photo de nous trois, une de celles prises au Terrier, le dernier été avant que je comprenne qu'elle ne serait pas à moi.

Nous étions si jeunes, et pourtant, ça ne faisait quand même pas si longtemps, n'est-ce pas ?

« Hermione ? »

Elle sursauta et je m'en voulus un peu de ne pas avoir frappé.

« Ron ? Ta réunion est déjà terminée ? »

A mesure que je m'approchais d'elle, je pouvais voir à quel point ses yeux étaient encore rouges et gonflés des larmes qu'elle avait certainement versées à cause de moi.

A cause de ma satanée fichue jalousie.

Elle m'observait avec inquiétude et mordillait sa lèvre supérieure, celle que je savais si douce sous ma bouche.

« Hermione, je suis désolé, j'ai été un vrai connard. » lui soufflai-je en venant m'agenouiller face à elle.

Elle haussa les sourcils et sa voix sembla s'étrangler dans sa gorge.

Je posai mon visage sur ses genoux et respirai un grand coup avant de relever la tête.

Elle avait retrouvé sa voix mais elle tremblait un peu quand elle me demanda ce qu'il se passait.

Moi je n'arrivais pas encore à répondre, mes yeux passaient de son ventre, où je devinais presque les brûlures et les cicatrices qui le recouvraient, à sa petite mine triste.

Elle était triste à cause de moi, parce que j'étais incapable de lui donner le peu d'affection dont elle avait besoin et que je lui reprochais pourtant, même en silence, d'être peut-être allée la chercher chez Harry.

Elle m'avait simplement demandé de l'aimer un peu, quel sordide abruti étais-je pour ne pas au moins lui offrir ça ?

« Bien sûr que je t'aime, Hermione… » soufflai-je en frottant ma joue contre le tissu doux de sa jupe. « Je t'aime et je t'aimerai toujours, tu es mon amie. »

Je l'entendis gémir doucement et sa respiration devint plus saccadée. Quand je levai à nouveau les yeux vers son visage, elle avait recommencé à pleurer.

C'était assez.

J'avais décidé de foutre le camp du Ministère, au moins pour aujourd'hui, avec elle comme seul bagage.

Et c'est ce que je fis.

« Hermione, arrête de pleurer, s'il-te-plaît… » lui murmurai-je gentiment en écrasant ses larmes entre mes doigts.

Elle renifla assez bruyamment et me jeta un petit sourire penaud en s'essuyant les joues avec le coton doux de son chemisier.

Je lui fis les gros yeux en la regardant ruiner le tissu fin mais toute envie de la gronder avait fondu en moi plus vite qu'une glace à la fraise de Florian Fortarôme.

Hé !

Ca c'était une glorieuse idée.

« Tu prends ta veste et ton sac et on décampe d'ici, je t'invite à manger une glace avec moi, Fillette ! »

Hermione écarquilla les yeux comme si je venais de lui annoncer que Graup devenait modèle cabine chez Madame Guipure.

« Mais Ron… je… tu… enfin, je travaille et toi, tu… » bredouilla-t-elle.

« Moi, il est possible que je ne travaille plus ici. En tout cas, plus aujourd'hui, j'en suis convaincu. » la coupai-je brusquement.

Puis, me radoucissant un peu.

« Il fait à mourir de chaud dans ce bureau et je n'ai pas mangé à midi et je suppose que toi non plus. » continuai-je en remettant ses affaires dans son sac. « Et puis, j'ai très envie d'une glace, avec toi. » chuchotai-je en serrant sa main dans la mienne.

Ses yeux se perdirent sur nos mains enlacées puis plongèrent dans les miens.

« Le Ministère peut se passer de toi aujourd'hui ? »

« Le Ministère peut se passer de moi aujourd'hui. » répondit-elle fermement.

Je la regardai achever de rassembler ses affaires, toujours admiratif de voir le nombre affolant de choses qu'elle arrivait à fourrer dans ses sacs.

Elle attrapa un bout de parchemin sur lequel elle griffonna quelques mots puis le plia en forme d'avion et l'envoya planer hors de la pièce.

« Dernier sur l'aire de transplanage paie une glace à l'autre ? » demanda-t-elle avec un sourire en coin.

« Ouais… ouais. Tu aimes perdre, toi, Mione, n'est-ce pas ? »

La drôlesse ne me répondit pas et fila de toute la longueur de ses jambes, pourtant bien plus courtes que les miennes, en direction de l'escalier.

Elle avait déjà atteint l'Atrium quand je la rattrapai enfin.

Et elle riait.

Et c'était foutrement bon de l'entendre rire.

Evidemment, j'étais arrivé le premier à la surface prévue pour les transplanages et apparitions à l'extérieur du Ministère.

Donc, elle m'avait offert une coupe tout chocolat surmontée d'une montagne de crème chantilly que j'avais dévorée avec cœur et appétit.

Elle avait à peine goûté à son sorbet framboise mais avait par contre vidé toute une théière à elle seule.

Je savais que des centaines de questions entre nous attendaient des réponses, mais le moment était presque serein, ça aurait été cruel de le troubler.

Ce bon vieux Florian m'avait fait la conversation tout le temps que nous avions été là, s'intéressant de près à mes voyages et évoquant avec amusement les surprises quotidiennes qu'amenait le voisinage de la boutique des jumeaux.

J'avais délibérément évité d'aller leur rendre visite. Je n'avais pas besoin de Fred et George pour compliquer une situation qui l'était déjà bien assez.

Et maintenant que ma coupe était terminée, j'avais surtout envie d'être vraiment seul avec Hermione, d'arriver à accepter et à lui faire accepter que j'étais sincère quand je lui disais ne plus vouloir de mystères, mais que je l'étais plus encore en lui certifiant que je resterais toujours son ami.

« On retourne à ton appart ? » lui soufflai-je, en m'étirant par-dessus la table, tandis qu'elle chipotait à sa coupe glacée.

Ses joues prirent une légère teinte rosée et elle hocha la tête discrètement.

Elle laissa deux gallions dans la coupelle pour payer nos consommations et remit la bandoulière de son sac sur son épaule avant de se lever et de me suivre à l'extérieur.

Le soleil tapait dur sur Leicester Square quand nous transplanâmes jusqu'à l'arrière-cour qui jouxtait le restaurant au rez-de-chaussée de son immeuble.

J'avais envie d'une douche.

Je la suivis jusqu'à la porte aux dragons et sortis ma clef avant qu'elle ait le temps de fouiller dans son sac après la sienne.

Je ne sais pas pourquoi je me plaisais à donner un sens tout familier à ces petits détails anodins.

Dans une autre vie, j'aurais pu lui ouvrir la porte de notre appartement après être allé l'attendre à la sortie de son boulot.

Dans une autre vie, j'aurais pu la laisser entrer la première et lui donner le temps de déposer ses sacs sur le large canapé de notre salle à manger avant de venir la rejoindre et de l'attirer jusqu'à notre chambre à coucher où je lui aurais fait l'amour jusqu'à ce que la nuit tombe.

Dans une autre vie, j'aurais eu le droit d'être jaloux et excité à la fois, j'aurais eu le droit de vouloir protéger mon bonheur.

Mais dans cette vie-ci, c'est Pattenrond qui nous accueillit derrière la porte d'entrée, le regard maussade et la queue dressée.

Alors, Hermione se précipita jusqu'à la cuisine pour engraisser le chat qui n'avait vraiment plus besoin de ça et je m'amusai un instant à voir le gros pataud dandiner son derrière en la suivant de près, délaissant les boules de papiers journaux à moitié déchiquetées que Fyfe lui avait lancé ce matin avant d'aller chez sa gardienne.

« Mione, je vais prendre une douche. » lui criai-je du hall d'entrée tandis qu'elle s'occupait de son matou.

J'avais tourné le robinet d'eau chaude au maximum et le jet de la bouche était bouillant. C'était exactement ce dont j'avais besoin !

En fait, pas tout à fait, je savais pertinemment de quoi j'avais besoin et pourquoi la tension devenait de plus en plus intense et difficile à évacuer.

J'avais besoin de baiser.

Simplement.

De façon purement naturelle et hygiénique.

Mais désespérément besoin de baiser.

Ou de cogner.

Mais il semblait décidé que ma prochaine rencontre avec Malfoy n'arriverait pas de si tôt.

Et pourtant, il n'y avait personne qui réveillait à ce point mon envie de lui fracasser la gueule.

Comme il n'y avait personne d'autre qu'Hermione qui ne me rappelle cruellement à quel point j'étais parfois énergiquement victime de mes hormones.

Dans l'absolu, j'aurais pu baiser n'importe quelle fille suffisamment aimable et agréable à regarder pour être satisfait, je l'avais fait cent fois déjà, et mon « assagissement » au contact de Luna n'avait jamais été que façade.

Du moins, au niveau du sexe.

Par contre, le fait de frôler Hermione, de regarder Hermione, de jalouser tous ceux qui auraient pu la voir de plus près que moi, ne faisait que de ranimer l'animal insatiable qui ne s'était jamais vraiment endormi en moi.

De faire revivre celui qui voulait qu'elle soit à moi.

Rien qu'à moi.

Mais malheureusement, c'était écrit en lettres capitales sur mon front, Hermione.n'était.pas.à.moi.

Pas encore, en tout cas.

Mais mon corps s'en foutait des retardements et des complications dues au syndrome Potter is my man.

J'étais nerveux, tendu, déçu et enragé.

Ma queue comprenait bien tout ça.

Et je savais ce qu'il fallait faire pour apaiser la tension.

Il ne me fallut que quelques mouvements du poignet, pompant frénétiquement sur mon membre trop dur, pour évacuer sur le carrelage ruisselant toute la fébrilité accumulée cette dernière semaine.

Je m'étais mordu les lèvres pour m'empêcher de gémir et mes jambes tremblaient un peu après coup, mais c'était définitivement plus sage que de faire à nouveau pleurer Hermione.

En me séchant au sortir de la douche et en croisant mon reflet dans le miroir au-dessus du lavabo, je fus surpris de me trouver un air un peu dur et toujours sévère, en rien comparable à celui que j'affichais généralement après ce genre de dépense physique.

Toute cette merde ruinait lentement mais sûrement mon bon état d'esprit.

Mais il y avait certainement plus important qu'un orgasme bâclé, il y avait encore et toujours les ordures au-dehors qui essayaient d'atteindre Hermione.

Ceux contre qui j'avais promis de la protéger, avec mes maigres armes de pauvre type apprenti-auror.

Si demain Shacklebolt ne m'avait pas envoyé un hibou pour me demander de revenir au service, je n'avais plus qu'à y retourner la tête basse et le supplier d'accepter mes excuses.

J'espérais vraiment qu'il n'aurait pas ce cynisme et que ce ne serait pas à moi de faire le premier pas.

J'avais achevé de me sécher et je me retrouvais avec les vêtements que j'avais portés ce matin.

J'eus un instant d'hésitation avant de les mettre dans le panier à linge de la salle de bain.

Si je devais m'intégrer à la vie d'Hermione pour jouer mon rôle d'ami protecteur, ça devenait ridicule d'amener mon linge à ma mère pour qu'elle me le lave.

Lentement mais sûrement, je faisais du quotidien d'Hermione mon propre quotidien. Seuls les jours et les semaines à venir me diraient si je m'étais imprudemment brûlé les ailes.

En rejoignant la chambre de Fyfe en vitesse pour me changer, je remarquai que mon amie avait ouvert la fenêtre de la terrasse et qu'un courant d'air agréable traversait l'appartement.

C'était doux, ça m'apaisait presque aussi efficacement que mon maigre exploit sous la douche.

Je comprenais à mesure que j'y habitais, pourquoi elle avait choisi ce lieu-ci, car c'était vrai qu'il y régnait un calme tellement en contraste avec l'animation de la place en dessous.

J'aimais ça, même si rien ne vaudrait jamais la tiédeur des environs de l'étang, au Terrier, c'était quand même réconfortant et serein.

J'avais enfilé un autre jeans, plus élimé que le précédent, et un t-shirt avant d'aller rejoindre Hermione sur la terrasse.

Elle balançait son bras par-dessus le balcon tandis que Pattenrond se frottait à ses chevilles.

Il allait falloir parler.

Et le bien-être s'évanouirait aussi vite qu'il était venu.

« Fillette ? Comment te sens-tu ? »

« Bien. » me mentit-elle en fixant son regard sur les immeubles en face de nous.

« Il faudrait qu'on s'explique. » soufflai-je doucement en frôlant son bras nu de mon pouce.

Elle frémit légèrement mais me répondit par un sourire.

« Oui, je sais… Des explications. »

Elle avait poussé un profond soupir en se retournant vers moi et torturait encore une fois ses jolies lèvres.

Je savais qu'au fond elle n'avait pas de raison de m'expliquer quoi que ce soit mais il fallait aussi que je la chamboule un peu, que le vernis craque une fois pour toutes et qu'on retrouve nos liens d'avant, quand nous étions amis et seulement amis.

« Hermione… tu sais pourquoi Shacklebolt a besoin de moi ? » lui lançai-je tout à coup en surveillant sa réaction.

Elle écarquilla les yeux et me regarda, étonnée.

« Je… oui, enfin, c'est pour être là pour me protéger… au quotidien je veux dire. » murmura-t-elle avec difficulté.

« Mouais… même si je ne sais pas dans quelles mesures je serais réellement efficace. Disons que je te tiens compagnie et que je surveille tes arrières. »

Elle hocha la tête, pas le moins du monde offusquée par l'aveu de ma relative impuissance en cas de danger réel.

« En fait, il y a de ça… mais Kingsley compte surtout sur moi pour te surveiller de près. Pour vous surveiller, Harry et toi. »

Je ne sais pas trop bien pourquoi j'avais eu besoin de lui sortir la vérité, je sais simplement que c'était essentiel que je vide mon sac. Peut-être dans l'espoir qu'elle vide aussi le sien.

Je ne m'attendais pas à sa réponse. Pas du tout.

« Oui… je le savais. Enfin, je me doutais plus ou moins que Kingsley voudrait que quelqu'un soit là pour l'informer de ce que je lui cache. Et puis, Tonks m'avait déjà dit qu'il essaierait certainement de t'utiliser dans ce sens-là. Que compte-tu faire ? »

Bravo, Weasley ! Toi qui espérais assister au grand déballage…

« Je ne sais pas trop. J'aimerais ne pas avoir à me poser la question, en fait. »

« Oui, je comprends. » murmura-t-elle en frottant son nez contre le pelage roux du grassouillet animal qu'elle venait de prendre dans ses bras.

« Tu crois que je devrais me poser la question ? » lui demandai-je en caressant distraitement le chat.

Hermione plongea ses grands yeux noisette dans les miens.

Je retins ma respiration.

Juste un instant, pas au point de devenir tout rouge et de suffoquer mais c'était sans doute le moment…

« Viens t'asseoir dans le canapé avec moi, Ron, s'il-te-plaît. Je dois te dire quelque chose. »

Le moment. Je le savais.

Elle laissa retomber le félin patapouf qui me fila son regard chafouin de compétition pour la peine et tapota légèrement la place à côté d'elle dans le divan.

Donc, j'allai m'installer là où on m'attendait. A sa gauche.

« J'ai vu Harry ce matin parce que ta sœur m'a laissé une note pour m'avertir qu'il comptait quitter Londres. Et… hum… elle a eu l'amabilité de me prévenir avant qu'il ne soit parti. »

« Où va-t-il ? » dis-je, intéressé.

« A Poudlard. Il a accepté de reprendre le poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal. » lança-t-elle avec une petite moue moqueuse.

« Oh Merlin, c'est trop précieux ça ! Je lui chiperais bien sa cape pour voir la gueule de Rogue au banquet de rentrée scolaire. Ce vieux corbeau va claquer le nez dans ses potions, un de ces jours, et il n'aura jamais réussi à mettre la main sur la classe qu'il préfère ! »

Hermione claqua la langue en fronçant les sourcils d'un air désapprobateur, mais je savais qu'elle partageait mon amusement à ce sujet.

« Ok, donc, tu l'as vu avant qu'il ne parte. Je comprends, je m'en veux tellement d'avoir réagi comme un vrai con tout à l'heure… »

Elle se tortilla un peu à côté de moi et continua.

« En fait, pas tout à fait. Il part, c'est certain, mais pas avant dimanche, apparemment. »

« Oh. »

« Oui. Je crois qu'il a encore des choses à faire ici avant de prendre le train. Il faut entre autres qu'il avertisse Cambridge. »

Cambridge, c'était la grande école moldue où il suivait des études, je me souvenais qu'il m'en avait vaguement parlé.

« Et il aimerait que nous sortions samedi tous les trois. Comme avant. Il dit que ce serait une occasion pour fêter mon anniversaire avant la date, puisqu'il ne sera pas là en septembre. » poursuivit-elle, à voix de plus en plus basse.

« Oh, oui oui, bien sûr… sortir, comme avant. C'est une bonne idée ! » répondis-je avec tout l'enthousiasme bienveillant dont j'étais capable.

Mais au fond de moi, j'essayais de me souvenir à quoi se rapportait ce comme avant. Avant, pour moi, ça avait été la guerre, les Mangemorts en fuite et la traque organisée par le Ministère.

Avant, ça avait été la trahison de mes amis après la Victoire. Rien que je n'aie envie de célébrer à nouveau…

Mais je raisonnais le Ronald bon camarade qui subsistait en moi.

Celui-là serait ravi de partager une soirée avec ses plus chers amis.

Je savais que l'heure d'aller rechercher Fyfe chez sa gardienne approchait, si j'en croyais ce que m'avait dit mon amie le matin, mais elle ne semblait pas avoir terminé la conversation.

« De plus… je crois que samedi serait l'occasion idéale pour que nous t'expliquions pourquoi le Ministère d'un côté, et Kingsley et l'Ordre d'un autre côté, désirent en savoir plus sur Harry et moi. »

Je déglutis avec lenteur, il y aurait donc finalement bien un grand déballage.

« Qu'est-ce qu'il y a à savoir sur Harry et toi, Mione ? »

« La vraie raison de notre mariage, c'est ça qu'ils aimeraient tous savoir… »

Et moi, je sentais que je n'allais pas aimer la réponse.


Le reste de la semaine jusqu'au samedi se déroula à une rapidité irréelle.

Comme je l'avais prévu, et espéré, mon chef Auror m'avait envoyé dès le lendemain un hibou pour me demander de revenir au QG des Aurors et j'y étais retourné sans devoir m'excuser ou justifier ma mauvaise humeur.

Il n'y avait pas eu d'autres réunions ou missions directement en rapport avec l'enquête autour des agresseurs d'Hermione et je m'étais contenté de suivre mon triple horaire à un acharnement qui n'atteignait même pas la fatigue.

Je jouais chaque soir avec Fyfe et Pattenrond pendant qu'Hermione s'occupait de son éternelle montagne de dossiers. Les rumeurs de sa future nomination comme Ambassadrice bruissaient de plus en plus fort au Ministère et ça expliquait le travail supplémentaire qu'elle s'imposait tous les jours après le boulot.

J'avais vu venir le matin du samedi avec une excitation teintée d'angoisse mais aussi avec un peu de vague à l'âme puisque c'était le jour où le petit rouquin de Finnigan retournait en Irlande auprès de sa grand-mère.

Lui, moi et le matou devenions plutôt copains.

Ca devait être en partie à cause de la solidarité des roux.

J'avais insisté pour lui donner son bain avant de partir le matin, pendant qu'Hermione rassemblait ses affaires dans son sac, et elle m'avait laissé faire, en jetant quand même fréquemment des coups d'œil à travers la porte de la salle de bain.

Quand nous avions été prêts à partir, il avait voulu grimper mes bras et mon amie n'avait pas réussi à l'en déloger tandis qu'il rigolait de mes grimaces.

Elle avait fait sortir Pattenrond sur le balcon et s'était chargée du sac du petit.

Le bonhomme gesticulait comme un beau diable contre mon torse et Hermione avait dû se fâcher une bonne fois pour qu'il cesse de se balancer hors de mes bras en lui cognant le dos pour qu'elle puisse enfin ouvrir la porte de l'appartement.

Je crus d'abord que le cri effrayé qu'elle venait de pousser était le résultat d'une nouvelle pirouette de Fyfe, mais quand elle se plaqua contre le mur du corridor en haletant bruyamment, je pus enfin apercevoir ce qui avait provoqué sa réaction.

Par terre, posée juste devant la porte aux dragons, il y avait une large enveloppe d'aspect ordinaire.

Elle était adressée à : Granger, la putain sang de bourbe.


Argante courrait d'un côté à l'autre du salon, servant en priorité les dames encapuchonnées que sa maîtresse désignait du doigt.

L'ambiance était déplaisante, comme à chaque réunion, pour l'elfe de maison.

Aucune des invitées ne se croyait tenue de lui parler aimablement et les remarques insultantes et moqueuses pleuvaient à tous moments, quand ce n'était pas les coups de talons discrets et le thé brûlant renversé à son passage.

Mais sa maîtresse semblait satisfaite et la sœur de madame était sortie de sa torpeur habituelle et discutait avec animation avec les autres personnes.

Argante reconnaissait parfaitement certaines voix, mais d'autres lui étaient étrangères, elle ne s'attardait pourtant pas à essayer de deviner qui cachaient les manteaux aux capuchons relevés, elle savait fort bien que ce n'était pas le genre de découverte qu'on souhaitait faire quand on tenait à sa santé.

Et l'elfe, malgré la précarité de sa situation, tenait à sa santé.

« Mes amies, mes amies ! Un peu de silence s'il-vous-plaît ! Nous aurons le temps pour les bavardages et les réjouissances après. J'ai une bonne nouvelle à vous annoncer ! »

La créature surveilla sa maîtresse du coin de l'œil, guettant de nouveaux ordres. Elle était la seule à avoir abaissé sa capuche et ses boucles blondes remontées en un chignon strict illuminaient son visage d'un éclat que renforçait la lueur jubilante de ses yeux.

« Notre Messager a rempli sa mission ! Le prochain coup sera porté au corps ! »

Les acclamations surgirent de par-dessous tous les capuchons et Argante frissonna un peu en devinant le sourire élargi sur le visage de la sœur aînée de sa maîtresse.


A suivre: Ron en boîte de nuit, des réponses des réponses des réponses et enfin un peu de tension sexuelle résolue :)

A très bientôt !