Salut la compagnie!
Oui, je sais, depuis mon dernier chapitre, Bathilda Tourdesac a eu le temps de naître, d'écrire plein de livres, et de mourir atrocement, dévorée de l'intérieur par un serpent. Je sais... Et j'en suis désolée ! (Pour faire bref, j'ai travaillé 60h semaine pendant un an sur un projet génial. La différence entre ce projet et la Fille Cendrier, c'est qu'il me rapportait des sous-sous!)
Mais maintenant que je suis là et que vous êtes là, vous me pardonnerez tout, n'est-ce pas ? :D
En plus, je ne reviens pas les mains vides. Non seulement j'ai un nouveau chapitre, là, maintenant, mais en plus j'en ai deux autres sur le feu qui attendent leur publication, et, gros bonus pour tout le monde, j'ai passé un long moment à corriger TOUS mes anciens chapitres, à enlever ce qui n'allait pas, à ajouter plus de contenu quand c'était trop léger, bref... à tout redorer. Si vous vous ennuyez cet été, vous savez maintenant comment passer votre temps!
Ah oui, et n'oubliez pas au moins d'aller relire le chapitre 1, lui il est vraiment, VRAIMENT tout refait.
Bonne lecture les ami(e)s ;)
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- Août 1993, Atrium du ministère de la Magie –
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Dans la vie, c'était simple, il y avait deux façons de réagir aux événements. Avec les émotions, ou avec le cerveau. Sang chaud, contre sang froid. Beth avait été élevée par James Ashtray et elle avait passé sa scolarité à Serpentard. Elle était indéniablement du côté du sang froid, et cela lui avait rendu de nombreux services, surtout dans un poste à responsabilité comme le sien. Mais parfois, certains aléas de la vie lui avaient prouvé qu'elle ne se maîtrisait pas toujours. Et ce vendredi-là, trois jours après l'évasion de Sirius, Beth avait été mise à très rude épreuve.
Tout commença très tôt, au petit matin. Après tout, pourquoi attendre ? Beth arrivait toujours bien en avance dans les bureaux du Ministère. Toujours. Mais cette fois-ci, elle arriva plus tôt encore, et ce pour deux raisons. La première était qu'elle ne voulait croiser personne, et la seconde, c'était parce qu'elle voulait terminer sa journée au plus tôt. Non seulement elle avait fixé rendez-vous à dix-sept heures à Regulus au manoir Ashtray, mais en plus, elle s'était levée avec le besoin nécessaire de parler aussi à Remus Lupin.
Elle ne savait pas pourquoi elle n'avait pas encore pensé à Remus. Il avait été la seule personne à lui avoir apporté un vrai soutien après les événements du 31 octobre 1981. Mais au fil des années, ils s'étaient perdus de vue… Et après l'annonce de l'évasion, Beth savait que Lupin était la seule personne au monde à comprendre son état, et à la vivre.
Il était donc six heures du matin et Beth transplana dans l'Atrium. Tout était pour le moment très calme. Deux employés du service propreté lustraient le parquet à l'aide de leur baguette et d'une bonne dose de cire de la Mère Grattesec. Plus loin, Mr Vaccarello, le gérant du café du ministère, réceptionnait ses caisses de boissons à un livreur qui avait à peu près la taille d'un gobelin. Enfin, Eric Canus, dans sa fidèle robe bleue derrière son fidèle comptoir de sécurité, épluchait avec avidité la Gazette du Sorcier – ce qui sortait de l'ordinaire, car d'habitude ce sorcier ne faisait jamais rien avec avidité, ni avec aucune émotion, en fait.
Beth traversa l'Atrium rapidement. Ses talons d'ordinaire discrets claquaient avec force dans le silence matinal. Elle s'approcha des ascenseurs et s'apprêta à faire un rapide signe de tête à Banus lorsqu'elle vit celui-ci faire un bond sur son tabouret.
- Miss Ashtray ! s'écria-t-il.
Beth arrêta net sa marche et le regarda trottiner vers elle, son journal à la main.
- Mr Banus ?
- Miss Ashtray ! Je ne m'attendais pas à vous voir si tôt… Miss Ashtray…
Il s'arrêta à sa hauteur, posa les mains sur ses genoux et repris son souffle si vite perdu.
- On parle… On parle de vous dans la Gazette !
- Non ! s'écria Beth sans pouvoir se retenir.
Elle attrapa le journal qu'on lui tendait. Son cœur brûla dans sa poitrine et elle fronça les sourcils en parcourant des yeux la première page qui parlait encore de l'évasion de Black et de l'annonce qui avait été faite dans le monde moldu. La photo en première page représentait Cornelius Fudge, sous lequel un médaillon avait été réservé à l'image de Kingsley Shackelbolt, l'Auror en charge de l'affaire. Les mains de Beth tremblèrent. Elle avait bataillé durant trois jours pour tenir le secret. Trois jours à huiler les pattes de ceux qui étaient au courant de sa liaison passée avec Black, trois jours à se mettre à genoux dans la boue pour s'assurer de leur silence. Et tout ça pour quoi ? Pour des queues de poires !
- C'est à la page 3 !
Avec rage Beth tourna la page, déchirant le papier fragile au passage, et regarda successivement plusieurs petits articles. « Une famille de tordus » faisait étalage du sombre destin de plusieurs membres de la famille Black, et surplombait un autre article concernant une supposée malédiction qui s'était abattue sur la famille depuis plusieurs générations. Beth finit par suivre le gros majeur de Banus, qui montrait un petit encadré intitulé « L'allure d'une fille perdue ». Beth retint sa respiration et lut :
« La jeunesse de Sirius Black semble enfin sortir du brouillard. De source sûre, nous savons qu'il a passé ses années à Poudlard aux côtés d'un jeune membre éminent de la Justice magique, élu récemment au sein du Magenmagot. Elizabeth Ashtray, qui tient le poste d'adjointe à la Justice magique, a semble-t-il vécu une relation étroite avec le repris de justice durant plusieurs années. Des fiançailles étaient même attendues avant les sinistres événements qui ont entouré la mort de James et Lily Potter, ainsi que la disparition du mage noir le plus redouté de tous les temps. Mais alors, que s'est-il passé entre cette sorcière honorable et ce dangereux criminel ? Nul doute que le ministère de la Magie saura répondre à ces questions dans le prochain numéro…
Beth débloqua sa respiration. Elle se sentait nue, exposée et montrée du doigt. Pour les deux derniers adjectifs, ils se réaliseraient sans aucun doute dans les heures à venir. Elle leva le regard vers les yeux écarquillés d'Eric Banus.
- Est-ce vrai ? murmura-t-il. Étiez-vous vraiment la… la petite amie de… de Black ?
Beth abaissa le journal dans un geste brusque et jaugea des pieds à la tête le sorcier rondouillet.
- Mr Banus, Eric, commença Beth avec un sourire contrit. Vous comprenez que je ne voulais pas que le public se sache. Les Aurors sont au courant, et ce depuis le début. Le Ministre en personne m'a épaulée dans cette histoire, ainsi que ma chef, Amelia Bones.
Beth plissa les sourcils d'un air douloureux.
- Je coopère avec eux depuis le début pour la capture de Black… Mais je ne voulais pas que cela se sache… Vous pouvez comprendre, n'est-ce pas ? Cette affaire de famille avec votre oncle… L'incident n'a pas été rendu publique, vous vous rappelez, j'imagine ? Mais vous devez tout de même savoir ce que l'on ressent quand on a peur d'être exposé...
Beth pencha légèrement la tête et conserva son air piteux. Alors Eric Banus réagit au quart de tour, et de la façon que Beth espérait bien voir. Il sursauta et secoua la tête d'un air entendu.
- Bien sûr, bien sûr… Je n'ai pas non plus oublié le rôle que vous avez joué là-dedans ! C'était un coup du mauvais sort, et tout ça n'est plus qu'un lointain souvenir… grâce à vous !
- Un coup du mauvais sort, en effet, reprit Beth d'une voix posée. Et aujourd'hui mes erreurs de jeunesse me rattrapent à mon tour.
Elle baissa les yeux un instant à terre avec tristesse et les releva avec un sourire triste en rendant le journal au sorcier.
- On a tous notre croix à porter, pas vrai ?
Eric Banus acquiesça avec un air de pitié.
- Je vous comprends tout à fait. La journée va être dure pour vous, Miss Ashtray. Vous vous doutez bien sûr que les journalistes vont rappliquer dans pas longtemps… Mais ils n'auront pas l'autorisation de monter aux étages, vous pouvez me faire confiance pour ça !
Beth prit une profonde inspiration et sourit en posant une main sur le bras de l'agent de sécurité.
- Merci milles fois d'être si compréhensif. Je sais que je peux compter sur vous… Vous présenterez mes salutations à votre femme, bien entendu.
Après avoir pris congé du sorcier, Beth rejoignit les ascenseurs en toute hâte, en priant Merlin pour que la journée ne soit pas aussi terrible qu'elle se l'imaginait. Elle ne savait pas encore que Merlin ne répondrait pas à son appel.
- Fais CHIER ! hurla-t-elle à plein poumons lorsqu'elle arriva dans son bureau.
Ce cri, non content d'être vulgaire, lui fit néanmoins un bien fou. Elle lança son sac sur sa chaise et ouvrit les deux premiers boutons du col de sa robe. Elle avait chaud, et la colère ne la quittait pas. Mais elle n'était pas non plus arrivée au stade où sa pyromancie lui échapperait. Non, cela faisait bien longtemps que ce n'était pas arrivé. Elle finit par reprendre contenance et évalua la situation. Banus avait raison. Les journalistes allaient rappliquer dans la journée. Elle se contenterait pour le moment de rester cloitrée dans son bureau, et ferait appel à quelqu'un pour l'aider à sortir discrètement en fin d'après-midi et rentrer chez elle. Il était aussi possible que son adresse finisse par être vendue. Mais son appartement n'était pas sa seule résidence – le manoir Ashtray lui fournirait une excellente cachette pour le week-end, d'autant plus qu'elle devait s'y rendre le soir même. Le nom de Beth allait faire le tour de la communauté des sorciers. Mais son image restait encore sa propriété, et elle se jura que pas un seul journaliste ne lui tirerait le portrait ce jour-là.
Beth sortit de son bureau, traversa la salle d'attente du service et toqua à la porte voisine. Pas de réponse. Amelia Bones n'était pas encore arrivée, ce qui n'avait rien d'étonnant. Beth se résolut à retourner à son bureau et s'assit sur son siège en tirant à contrecœur un dossier vers elle. Il allait être difficile aujourd'hui de se concentrer sur son travail.
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Il s'était mis à pleuvoir tout à fait sur le nord de l'Angleterre ce vendredi matin, et Remus Lupin jeta un bref regard sur la vitre battue par les gouttes d'eau. Il était consciencieusement en train de déposer son tabac sur la feuille à rouler, mais son esprit était concentré sur la visite que lui avait rendu, la veille, la brigade de la police magique. Il les avait attendus, bien sûr, il n'était pas stupide. Le journal lui avait apporté la nouvelle de l'évasion au petit déjeuner. Mais il ne s'était pas imaginé qu'en sortant de sa douche, une demi-douzaine de brigadiers lui serait tombée dessus. Son propre père avait beau avoir travaillé et donné sa vie pour ce service, il n'en avait pas été moins humilié dans sa nudité, insulté par des propos anti loups-garous, et accusé honteusement d'avoir aidé Sirius Black à sortir d'Azkaban. Il avait finalement été emmené au ministère - paré d'une robe, fort heureusement - pour en être libéré à l'heure du thé. Aucune preuve accablante, bien entendu, mais magnifique journée de calvaire que Remus n'était pas prêt d'oublier.
Le sorcier roula sa cigarette et la porta à ses lèvres avant de mettre la main sur sa baguette. Il n'avait pas vu une seule fois Elizabeth Ashtray au ministère et il se demandait si elle savait que Remus avait été retenu et interrogé là-bas, ni même si elle y était pour quelque chose. Il alluma son roulé et tira une bouffée dessus, puis s'appuya contre le dossier de sa chaise en enlevant sa cigarette d'entre ses lèvres. Il expira la fumée du tabac un long moment. Il était exténué. Il n'avait pas dormi de la nuit, pour la simple et bonne raison que sa double personnalité poilue l'en avait empêchée. Même si la potion Tue-loup lui permettait aujourd'hui de ne plus être dangereux, il n'en restait pas moins qu'il ne pouvait pas fermer l'œil de la nuit quand cela arrivait. Il baissa ses lourdes paupières et se laissa bercer par le son de la pluie du dehors. Il était loin, le temps où il se baladait gaiement dans le parc de Poudlard, sous la pleine lune, accompagné d'un cerf, d'un chien et d'un rat. Depuis qu'il avait perdu ses compagnons treize ans plus tôt, il suivait le courant comme un naufragé sans beaucoup d'espoir. La vie n'avait rien à lui offrir. Alors il attendait que le temps passe, que ses rides se creusent, que ses cheveux deviennent totalement blancs et que la terre reprenne ce qui lui revenait de droit : le corps trépassé de Remus Lupin.
Mais il avait trente trois ans, bordel. Il avait trente trois ans et tellement d'années à se traîner encore dans ce monde qui n'acceptait pas les parias. Est-ce que tout aurait pu être différent ? Que se serait-il passé, si Fenrir Greyback ne l'avait pas mordu pour une obscure vengeance ? Que se serait-il passé, si Remus avait eu une plus forte personnalité à l'école ? Et que se serait-il passé, s'il avait eu assez de jugeote pour démasquer Sirius avant que celui-ci ne commette l'irréparable ? Les yeux toujours fermés, Remus tira une nouvelle fois une bouffée de tabac brûlé et se perdit dans les méandres de ses souvenirs, jusqu'à atterrir en mars 1976…
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Remus, dans son uniforme de Poudlard, bailla à s'en décrocher la mâchoire, tout en descendant les marches de pierre pour se diriger vers la Grande Salle. C'était samedi matin et la dernière pleine lune n'avait pas moins de trois jours. De ce fait, encore exténué par elle, Remus avait dormi comme une enclume et la tornade habituelle produite par le réveil des autres maraudeurs n'avait pas suffi à le réveiller. Il descendait donc seul du dortoir et s'était mis à penser à toute sorte de choses. Il était en train de conclure qu'une longue journée d'exercices de Potions, de leçons de Métamorphoses et d'Arithmancie l'attendait, lorsqu'il tomba nez à nez avec une élève de Serpentard.
- Salut Remus, chanta Elizabeth Ashtray d'un ton joyeux en le voyant.
Le Gryffondor lui répondit par un sourire, et se dit que c'était bien agréable de commencer la journée de si bonne humeur.
- Tu vas déjà travailler ? demanda-t-il en voyant les parchemins qu'elle transportait.
- Arithmancie oblige. Et quand j'aurais fini, il y a d'autres cours qui attendent que je m'esquinte pour eux.
- Tu commences bien ton week-end…
- En tant que préfet, tu n'es pas plutôt sensé m'encourager ? répondit Beth d'un ton faussement blessé.
Remus se gratta le menton en souriant.
- Tu as raison. Laisse-moi retrouver assez d'énergie pour te chanter une chanson entrainante.
- Et n'oublie pas les fanions à secouer. Tu les prendras en vert, pour moi ?
Remus lâcha un rire franc, attirant le regard de quelques élèves qui passaient dans le couloir. Ah ! Qu'il était jouissif de montrer aux autres sa bonne humeur, accompagné d'une jolie fille…
- Alors Lunard, tu aimes bien nous faire attendre ?
Une poigne de fer attrapa soudain Remus par le cou tandis qu'on lui secouait la tignasse.
- Ah, James…
Remus se libéra de son étreinte, et regarda ses amis.
- J'allais vous rejoindre…
Sirius, les mains dans les poches et tourné vers les fenêtres, ne prêtait absolument pas attention à la scène, et Peter contemplait des pieds à la tête la fille qui faisait partie de leur maison adverse. Il avait sur le visage cet air surexcité qu'il prenait lorsque James et Sirius s'apprêtaient à ridiculiser quelqu'un. Peine perdue d'avance concernant Beth.
- Oui parce que la grasse mat' jusque dix heure, c'est presque indécent, continuait James.
- Tu peux parler… Pour une fois que je me réveille le dernier, répondit Remus en se recoiffant.
Il glissa un regard sur Beth. La Serpentard, voyant que personne ne s'adressait à elle, prit un air fier et amorça un mouvement de retrait.
- Alors Ashtray, comment ça va ? lança James d'un air déjà amusé. Tu t'es encore entraînée sur quelqu'un avec l'Oubliettes ?
Beth se tourna complètement vers lui avec un air très détendu et un léger sourire - Remus devina alors le genre de réponse qu'elle s'apprêtait à donner. Parfois James, sans s'en rendre compte, savait bien tendre le bâton qui allait lui mettre la fessée.
- Si tu me poses cette question, Potter, c'est que ça a fonctionné.
Elle s'empêcha de rire, ce qui contracta ses joues lisses, et prit congé des Gryffondor pour se rendre vers la bibliothèque.
- En tout cas, tu peux être sûre que je n'oublierais pas de mettre la raclée à l'équipe de ta maison !
Sans se retourner, Beth lui fit signe de la main, et Remus regarda James avec un air de pitié.
- Je parlais du match de samedi prochain, se crut obligé d'expliquer James.
- Pauvre Cornedrue, lança Remus en souriant, ta boîte à vannes ne fonctionne pas très bien, aujourd'hui…
Sirius assena tout à coup à Potter d'une tape sur la tête - une tape qui n'avait aucune douceur.
- Patmol ? s'étonna James en levant un bras pour se protéger.
- Abruti, se contenta de souffler Black avant de s'éloigner vers les étages supérieurs, Peter sur ses talons.
James et Remus échangèrent un regard lourd et finirent par se quitter – le ventre de Remus murmurait son mécontentement de ne pas encore avoir été rempli. Après un bon petit déjeuner en solitaire, le Gryffondor fit un passage aux toilettes du rez-de-chaussée, durant lequel Sirius le rejoignit.
- Patmol ? lança Remus en refermant sa fermeture éclair. Qu'allez-vous faire avec les autres ? Vous n'avez pas envie de réviser un peu dans la Salle commune ?
Il s'approcha des robinets, actionna l'eau, et se tourna vers son ami tout en frottant ses mains savonnées. Sirius avait croisé les bras et paraissait s'ennuyer ferme. Il finit par glisser un regard froid sur Remus.
- C'est quoi cette idée que tu as de draguer une Serpentard ? Tu es si désespéré que ça, alors tu vas chercher dans la fausse à purin ? Écoute bien mon conseil : ne t'approche pas d'Ashtray.
Ces mots laissèrent Remus un instant pantois. Il perdit toute trace de sourire, finit par éteindre l'eau et secoua ses mains au-dessus du lavabo en fronçant les sourcils.
- Ne joue pas les rois, Sirius, lança-t-il en finissant de sécher ses mains sur sa robe de sorcier. Si j'ai envie de parler à quelqu'un, je le fais, c'est tout. Je ne draguais pas Ashtray, et quand bien même…
Un silence pesant suivit ses paroles. Remus lui-même se sentait dans un drôle d'état. Une colère était montée en lui comme un coup de poing et c'est elle qui avait parlé à sa place. Depuis des années, il s'écrasait. Depuis des années il laissait Sirius gérait le déroulement de sa vie à Poudlard. Mais là, le vase venait de déborder.
- Ashtray est sympa, et elle est drôle. J'ai jamais compris ce que tu avais contre elle. Alors que toi-même tu t'es déjà bien marré avec…
- La ferme, aboya Sirius en se redressant de toute sa hauteur. Espèce de borné. C'est juste une Serpentard…
- Borné ? Ça te qualifie bien mieux ! Mais là, tu deviens carrément ridicule avec tes idées préconçues. OK, chez les Serpentard il y a une forte concentration d'imbéciles et de racistes, mais c'est pas une raison pour les mettre tous dans le même sac.
- Ferme-la.
La colère du lycanthrope prit un niveau supérieur.
- C'est pas de sa faute, à Ashtray, s'ils sont tous comme ça ! Et c'est pas de sa faute, à Ashtray, si ta mère était détestable avec toi !
Le cœur battant la chamade, Remus n'arrivait pas à réaliser ce qu'il venait de dire. Cela faisait des années qu'il savait que Sirius était rongé par ses problèmes familiaux, mais il savait aussi que c'était le genre de choses dont il ne fallait pas parler, surtout pas au concerné. Il attendit que le tonnerre gronde. Ce qui ne tarda pas à arriver. Les yeux de Sirius s'écarquillèrent d'abord comme s'il venait de recevoir une gifle, et son teint devint livide. La seconde d'après, il plaquait Remus contre le mur carrelé des toilettes.
- La FERME ! rugit-il. JE T'INTERDIS DE PARLER DE ÇA ! ASHTRAY EST À MOI, TU M'AS COMPRIS ?
Il avait enfoncé son bras contre la carotide de Remus, et ce dernier essayait vainement de se dégager.
- Arrête… disait-il d'une voix étranglée.
Sirius finit par lâcher son étreinte et repoussa une deuxième fois son amis contre le mur. Sa poitrine se relevait et se rabaissait à une vitesse fulgurante et l'expression d'une rage intense s'était immiscée dans chaque pli de sa peau.
- Abruti… souffla-t-il une dernière fois avant de tourner les talons, et de quitter la salle d'eau en claquant furieusement la porte.
Remus prit quelques instants pour recouvrer ses esprits. Il massait sa gorge douloureuse et se remémorait en boucle les paroles que Sirius venait de cracher. Qu'allait-il se passer, maintenant ? Sirius allait-il refuser de lui parler, juste parce qu'il faisait une stupide petite fixette sur une fille qui avait tout pour lui déplaire ? À moins que Sirius n'ait encré dans sa tête que toutes les filles lui appartenaient… Mais bien sûr, à James, il laissait Lily… À James, il accordait tout, mais lui, Remus, il devait se contenter de les suivre comme un petit chien, à l'image de Peter. Eh bien cette époque était terminée, et Remus savait que Sirius n'aurait pas d'autre choix que d'accepter ce changement, parce que sortir les nuits de pleine lune était ce qu'il préférait au monde. Et pour ça, il avait besoin de Remus.
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Cet épisode à Poudlard avait été un point central pour le loup-garou. À partir de ce moment-là, il ne s'était que rarement laissé faire avec Black, mais leur amitié en avait prit un coup. Tout ne fut que pour James. James et Sirius, toujours ensemble, mais James, qui protégeait aussi Remus contre les mauvaises blagues de Sirius, qui essayait de réparer les marmites cassées, tandis que Peter ne comprenait rien à la situation.
Avec le recul de toutes ces années, Remus savait qu'il aurait dû être encore moins aveugle sur la personnalité de Sirius. Black n'avait jamais cessé de martyriser certains élèves, et même si ce n'était que des petits duels anodins, cela traduisait déjà d'une volonté de régner sur les autres. C'était peut-être cette envie qui avait été plus forte que son sens de la justice, et qui l'avait détourné vers la magie noire… Et qui plus est, le Choixpeau voulait le mettre à Serpentard. Black l'avait avoué à ses amis dès la première année. Seul son choix pour Gryffondor avait fait la différence.
Remus se mit ensuite à repenser pleinement à Beth. Il ne l'avait pas beaucoup revue pendant toutes ces années moroses. Et à chaque fois, c'est de façon inopinée, imprévue. Il se rappelait surtout une soirée qui lui avait bien résumé sur quelle route marchait la jeune femme depuis la tragédie du 31 octobre 1981.
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Il ne se rappelait plus avec précision de la date, mais c'était quelques années après la trahison de Sirius, quatre ou cinq ans, à une époque où Beth était déjà entrée dans le cabinet du directeur de la Justice Magique. Lui, Remus, avait réussi à trouver un travail moldu insignifiant et dégradant pour ses capacités, sur les docks de Liverpool. Il était question d'empiler des conteneurs et de reconduire des cargos au large. Mais son boss semblait ne pas se lasser de ses périodes mensuelles de maladie, et pour Remus c'était plus qu'il n'en fallait. Seulement parfois, la vie dans le monde sorcier lui manquait. Alors il s'en allait traîner le soir dans les pubs du chemin de Traverse, pour devenir le spectateur silencieux de la vie des autres, accompagné d'une pinte de bièraubeurre.
Cela devait être à l'approche de l'été, car on pouvait se promener le soir sans veste. Remus prit un certain plaisir à flâner dans les ruelles tranquillement fréquentées avant de se reporter sur le pub de son choix, celui qui voisinait la boutique de baguettes d'Ollivander. Il poussa le battant en émettant un léger tintement de cloches et plongea aussitôt dans un brouhaha ambiant. Pourtant, le pub n'était pas si rempli. Les vieux habitués occupaient le bar et discutaient parfois entre eux, parfois avec le serveur – un robuste encore jeune. Quelques tables étaient prises par des couples ou des collègues de travail, et celle qui faisait le plus de bruits comportait pas moins de sept chaises occupées par des jeunes sorciers. Des garçons s'évertuaient à rire avec ferveur d'une blague antérieure, avec un air insouciant. Quelques uns portaient l'accent américain. L'un d'entre eux, un anglais, brun au visage rougi par l'alcool, étira ses bras en l'air avant d'entourer l'épaule de sa voisine, la seule fille de leur soirée. Remus battit des paupières en reconnaissant Beth. Elle avait l'air impassible et s'évertuait à ne pas regarder son voisin. Elle échangeait parfois quelques mots avec un autre garçon, en donnant l'impression d'être au-dessus de ce qui se passait à sa table. Elle finit par glisser un regard sur le pub, et remarqua enfin la présence de Remus. Elle écarquilla d'abord les yeux, et se leva sans ménagement avant de s'avancer dans sa direction.
- Salut, Remus, dit-elle d'une voix tranquille lorsqu'elle fut arrivée à sa hauteur.
Sa bouche s'élargit dans un grand sourire et elle attrapa même les mains de Remus. À cette époque ils ne se donnaient déjà plus de nouvelles, et le garçon était un peu étonné de voir autant d'affection. Il ne put s'empêcher de se demander si Beth ne venait pas de trouver une issue de secours à la présence de tous ces garçons, et il ne put s'empêcher non plus de se demander si elle sortait avec l'un d'entre eux.
- Bonsoir Beth, répondit-il avec un sourire triste.
- Tu prendras une bièraubeurre ?
Remus acquiesça et Beth commanda deux pintes au bar avant de faire signe à Remus de la suivre.
Il fut légèrement ennuyé quand il vit qu'elle l'invitait à la table de ses amis. Ils étaient nombreux, Remus n'en connaissait aucun, et certains lui semblaient un peu trop agités et pas assez matures pour son goût.
Beth présenta rapidement Remus aux autres, épargna au sorcier l'appellation de chacun de leurs prénoms, expliquant simplement qu'ils étaient des collègues de travail, et s'assit sur la banquette qu'elle occupait auparavant, comme le brun au visage rouge s'était relevé pour lui rendre sa place. Beth fit mine d'inviter Remus à la rejoindre, mais le brun s'évertua à se rassoir aussitôt, avant même que Remus ait pu réagir. Beth le regarda d'un air ennuyé. Remus s'apprêtait à lever sa bièraubeurre à sa santé avant de partir s'asseoir au bar, mais de l'autre côté de Beth un autre type se redressa. Il était blond et son regard clair perçait sous ses sourcils froncés par habitude.
- Je t'en prie, dit-il à Remus en lui montrant sa place avec un accent américain.
Le sorcier ne cacha pas son étonnement et sa reconnaissance, et prit sa place à côté d'une Beth très rassurée.
- Merci, Aaron, dit-elle avant de trinquer sa pinte avec Remus.
Le Aaron en question prit une chaise à la table derrière lui et se rassit à côté de Remus avant de s'allumer une cigarette.
- Comment vas-tu ? commença Beth avec un nouveau sourire étincelant et des yeux un peu émotifs.
- Ça va bien, répondit fermement Remus après avoir avalé sa première gorgée.
Ses yeux se posèrent sur la table et il remarqua une multitude de verres vides. Personne ne faisait tout à fait attention à lui, et le brun à côté de Beth se mit à rire aux éclats avant d'accoster la jeune femme.
- Ashtray, il faut que tu entendes cette blague…
Il ne devait pas être beaucoup plus vieux que Remus et Beth, mais assez pour que le sorcier ne se rappelle pas de lui à Poudlard. Il lui tapait de plus en plus sur les nerfs et semblait s'évertuer à attirer l'attention de Beth sur lui.
- Toi aussi, tu travailles au Ministère ?
Remus se tourna vers Aaron qui l'accostait avec un sourire sympathique, cigarette au bout des doigts.
- Absolument pas. Je suis de ceux qui sont passés du côté moldu, bon gré, mal gré.
Aaron leva le menton en l'air en souriant faiblement.
- Pas évident, le marché de l'emploi…
- On peut résumer ça comme ça, répondit mystérieusement Remus avant de boire une nouvelle et longue gorgée. C'est pareil aux États-Unis ?
Un geste de la main évasif d'Aaron indiqua le contraire.
- C'est un pays tellement grand qu'on peut toujours trouver quelque chose côté sorcier… Le pays est divisé en plusieurs ministères, alors à ce niveau-là, on ne peut pas se plaindre. Il ne faut juste pas avoir peur de déménager.
Remus acquiesça de la tête.
- Et tu passes tes vacances ici ?
Aaron souffla la fumée de sa cigarette en souriant.
- Pas vraiment, non. Mission d'échange internationale avec nos départements de justice magique. On n'en a plus que pour quelques semaines…
Ses yeux se posèrent sur Beth et Remus l'imita. La jeune femme avait pu revenir dans leur discussion. Elle sourit de nouveau à Remus et le prit par le bras. Le sorcier se demanda si c'était l'alcool qui la rendait si affectueuse.
- Remus est un très vieil ami, expliqua-t-elle à Aaron. On a passé notre scolarité ensemble à Poudlard. Alors raconte-moi tout, reprit-elle en attrapant sa boisson. Qu'est-ce que la vie t'a réservée depuis tout ce temps ?
Remus la regarda un petit moment et ne trouva au fond de lui-même pas assez de fierté pour mentir.
- Quelque chose de détériorant et de minable, répondit-il.
Il sourit néanmoins en voyant la mine déconfite de la jeune femme.
- Mais j'ai appris à vivre bien avec.
Beth se mit à le dévisager avec attention, sa pinte reposant piteusement sur ses genoux. Et puis elle sourit à nouveau avant de regarder son collègue américain.
- Aaron, tu n'imagines pas le potentiel intellectuel caché dans la cervelle de ce garçon, dit-elle sur le ton de la conversation. C'est un génie, mais c'était aussi une tête brûlée à l'école.
- Ah ça, répondit Aaron en secouant sa cigarette au-dessus d'un cendrier. Comment résister à l'appel des 400 coups quand on est jeunes et en pensionnat ?
- Ou comment résister à l'appel de la guerre dans l'ombre contre les forces des ténèbres ? ajouta Beth à voix basse comme Aaron était interpellé dans une autre discussion.
Remus sourit faiblement et ils se regardèrent quelques secondes en silence. Le sorcier savait que, comme lui, Beth mourait d'envie d'une discussion plus intime où il aurait été question des maraudeurs, de Lily, même du petit Harry, enfin, toutes ces choses d'un passé révolu qu'il est parfois bon d'évoquer, dans l'espoir de goûter à nouveau à ces belles années perdues. Beth finit par baisser la tête tristement sur son verre avant d'en boire une gorgée. Il se passa un certain temps durant lequel ils ne purent pas discuter à nouveau ensemble. Mais Remus ne s'ennuya pas pour autant. Certes, comme il l'avait prédit, bon nombre de ses compagnons étaient immatures et complaisants, mais il trouva avec Aaron de bons sujets de discussion. Ce type ne prenait pas Remus de haut, et pour le sorcier, c'était une sensation rare qui était reposante. La soirée défila et les pintes se multiplièrent à une vitesse folle. À un moment de calme pour Remus, il sentit la main de Beth attraper de nouveau son bras et ils échangèrent un sourire amical.
- Alors, murmura Remus en rapprochant sa tête, lequel d'entre eux a droit à toute ton attention ?
Beth poussa un rire silencieux et secoua la tête en haussant un sourcil.
- Ne dis pas n'importe quoi, répliqua-t-elle.
- Allons, tu as bien dû offrir ton cœur à quelqu'un, souffla Remus avant de boire une énième gorgée de bièraubeurre.
Lorsqu'il baissa les yeux sur Beth il fut étonné de voir que tout sourire avait disparut de son visage. Elle but à son tour une gorgée – à ce stade de la soirée, ses yeux étaient brillants et elle devait se forcer pour parler distinctement – et regarda Remus.
- J'ai essayé, tu sais, dit-elle en fixant son regard sur le t-shirt moldu que portait Remus. J'ai essayé quelques fois, avec de très sympathiques garçons qui me donnaient l'impression d'être fous de moi. Mais je n'y suis pas arrivée.
Elle marqua une courte pause en jouant du doigt avec quelques gouttes de boissons renversées sur la table.
- Et j'en suis venue à la conclusion que jamais plus je ne serais capable de m'attacher à quiconque.
Elle leva les yeux vers Remus.
- Je suis une fille perdue, ajouta-t-elle avec un sourire à transpercer le cœur. Mais moi ça me va, j'ai un boulot passionnant et…
Elle hésita un instant.
- Et parfois je m'autorise à flirter avec un garçon averti.
Elle sourit et Remus, amusé, se pencha vers elle.
- Si tu es heureuse comme ça, alors je suis content pour toi, mais par tous les anciens mages, jure-moi que tu n'as jamais été attirée par l'autre andouille…
Beth lança un regard discret vers le dénommé Callas et échangea un fou rire silencieux avec Remus.
- Alors il t'insupporte à toi aussi ? murmura-t-elle. Ça fait deux ans qu'il me bassine pour prendre un verre, alors j'ai fini par dire oui pour avoir la paix. Et j'ai eu de la chance en entrant ici, on est tombés sur les américains…
Remus remarqua qu'elle échangeait un sourire avec Aaron, et le sorcier se douta qu'il avait dû entendre leur conversation. L'américain semblait sensible à la sympathie que lui montrait Beth.
- Et toi, Remus, tu as une dulcinée ? reprit Beth d'une voix normale.
Enjoué par la soirée, le sorcier ne pensait plus qu'à rire de sa piteuse situation. Il lui raconta plusieurs aventures jamais développées, et Beth réussit à lui soutirer quelques anecdotes tragico-comiques sur la façon qu'avait Remus de rompre, ce qui fit bien rire la tablée.
L'heure était déjà bien avancée et le bar commençait à peine à se vider. Et plus l'alcool coulait à flots, moins Callas comprenait les signes négatifs que lui envoyait Beth. Au bout d'un moment le sorcier brun se tourna à nouveau vers elle en lui tirant le bras, et renversa par la même occasion un peu de bièraubeurre sur la robe de Beth.
- Callas, tu veux bien me lâcher deux minutes ? soupira-t-elle d'un air fâché.
- Aaah, madame s'énerve, désolé de déranger vos messes basses…répondit le sorcier en pouffant de rire. C'est la mauvaise période, c'est ça ?
Beth regarda le sorcier avec un dédain superbe, sans que l'alcool ne vienne embuer son maintien fier.
- Tu es pathétique, lâcha-t-elle avant de tourner la tête vers Remus et Aaron.
- Je n'habite pas très loin d'ici. Que diriez-vous de planter tout le monde et de boire quelques verres là-bas ? Très, très discrètement…
Remus acquiesça, et Aaron approuva également le plan. Ils prétextèrent d'aller chercher une nouvelle tournée, et la minute d'après, ils étaient dans la rue et s'éloignaient du bar en pouffant de rire.
- Tu devrais avoir honte ! lança Beth à Aaron. Tu as lâchement abandonné tes amis, condamnés à une soirée ennuyeuse à mourir…
- Ça ne leur fera pas de mal ! Ils devraient bien se rendre compte en écoutant Callas, que c'est là un exemple à surtout ne pas suivre.
Tous les trois se mirent à rire, bercés par l'alcool, et Beth les emmena du côté moldu de la ville. Au bout de cinq minutes de marche à pied ils atteignirent l'appartement que Beth louait.
Remus, en entrant chez elle, ne crut pas d'abord possible que ce soit bien Beth qui habitait ici. C'était un appartement petit, dont la cuisine et le salon étaient séparés par un bar en brique. Aucune personnalité n'émanait d'aucune des deux pièces. Les murs étaient blancs et froids, sans cadres, sans horloge, et aucun signe de monde magique n'était visible. Après avoir fouiné dans les placards et le frigidaire, ils finirent par s'enfoncer dans un vieux canapé en déposant sur la table basse noire des bouteilles de divers alcools.
- Depuis combien de temps vis-tu ici ? lança tout à coup Remus, comme Beth lui tendait un verre de Whisky pur Feu, et comme Aaron se levait pour aller aux toilettes.
- Oh, depuis… depuis 1981…
- C'est étrange, on dirait un appartement temporaire.
- Pourquoi dis-tu ça ?
Le sorcier vérifia que son amie n'était pas vexée par sa remarque, et quand il fut sûr que non, il roula des épaules.
- Il n'y a rien sur les murs, aucun grimoire magique, aucun signe de confort… Je sais que la salle commune de Serpentard n'était pas très chaleureuse, mais quand même… ajouta Remus avec un sourire moqueur.
Beth émit un petit rire.
- Tu as l'œil. Je n'y vis pas beaucoup, dans cet appartement. Et je n'ai pas envie de m'y attacher. Je préfère de loin le cottage cosy de mon arrière-grand-mère moldue.
Elle se tourna vers lui avec un sourire sincère.
- C'est sur la côte écossaise, mignon comme tout… Elle est la seule parente qui me reste, et à part moi, personne ne vient la voir.
- Et tu gardes cet appartement parce que… ?
Remus termina son verre de Whisky cul sec. Il avait ingurgité beaucoup d'alcool, mais il tenait encore bon… Comme la réponse ne venait pas, il tourna la tête vers Beth et vit qu'elle le regardait d'un air entendu.
- À ton avis ? finit-elle par dire.
- Oh ! s'exclama Remus.
Il secoua la tête pour ne pas laisser son esprit se demander combien d'hommes différents étaient déjà passés par ici.
Beth poussa un profond soupir et crut se sentir obligée de s'expliquer.
- Tu sais, j'ai appris à me connaître, après toutes ces années passées en ma propre compagnie… Et maintenant je commence à être capable de savoir clairement comment ma vie va se dérouler.
Elle jeta un coup d'œil vers Aaron, qu'on entendait tirer la chasse d'eau.
- Lui, par exemple. C'est un beau garçon, et il est drôle et gentil. Il m'attire, il a tout ce qu'il faut pour lui… Mais entre lui et moi ça n'ira jamais plus loin qu'une relation physique, si jamais il devait y en avoir la moindre. S'il tombe amoureux de moi, il essaiera probablement de me garder avec lui, il me couvrira d'affection et il voudra me surprendre. Mais je serais toujours incapable de lui en rendre autant en retour. Je n'arrive plus à m'attacher à qui que ce soit, Remus.
Le sorcier ne savait pas quoi faire d'autre que d'écouter sa vieille amie. Pourtant il aurait préféré qu'elle ne lui dise rien, il aurait préféré qu'ils continuent tous les deux de faire comme si la vie avait réussi à trouver un heureux chemin. Et l'idée que Sirius Black continuait de régner sur la vie de Beth le rongeait. Voir qu'au fond d'elle-même elle était toujours cette pauvre fille déchirée par la trahison lui faisait… avoir pitié pour elle, et lui rappelait qu'il était lui aussi enlisé dans le problème. Et il n'aimait pas cette sensation.
- J'ai déjà tout donné, continuait Beth en regardant dans le vide. Et cette partie de moi qui appartenait à Sirius… est pour moi quelque chose de perdu à tout jamais.
La sorcière baissa soudain la tête en prenant une profonde inspiration.
- Tu sais que je rêve encore de lui ?
Elle releva les yeux avec un sourire triste. Mais aucune larme ne les faisait briller.
- Le dernier était si réel, que j'étais sûre… en me réveillant… qu'il était mort. Et qu'il était venu me faire ses adieux.
Remus frissonna mais n'en laissa rien paraître.
- Je me souviens qu'il était très calme, et qu'il ne voulait pas m'expliquer pourquoi il a fait ce qu'il a fait… Il ne voulait rien me dire, et il restait planté calmement devant moi, les mains dans les poches…
- Beth, intervint Remus.
- Oui, pardonne-moi…
- Tu as toute la vie devant toi pour t'en remettre, continua le sorcier sur un ton calme. Bien sûr que c'est une situation tragique, et tout comme toi j'en garde des séquelles. Mais nous sommes encore si jeunes…
Ils entendirent Aaron ressortir de la salle de bain, les mains fraichement lavées.
- Alors, que se passe-t-il ? fit-il sur un ton enjoué en levant les bras. Vos verres sont vides ? Ça ne va pas se passer comme ça !
Il jouait un rôle de théâtre et cela fit beaucoup rire les deux autres, qui acceptèrent volontiers de reprendre une bouteille de bièraubeurre.
Malheureusement pour Beth, ce fut elle qui perdit au concours silencieux de « qui tiendra le plus longtemps ? ». En pleine discussion à propos du poste de brigadier que tenait Aaron, les garçons finirent par se rendre compte que la jeune fille s'était profondément endormie, la tête appuyée sur le bras du fauteuil.
- Je crois que ça sonne le gong pour notre soirée, remarqua Aaron avec des yeux rieurs.
Remus attrapa un plaid posé sur un sofa et enveloppa Beth avec. Et puis il attrapa sa bièraubeurre pour en vider son contenu. Aaron l'imita, et les deux garçons se levèrent à l'unisson et quittèrent l'appartement – Remus prit soin de fermer la porte à clef, et de glisser cette dernière sous la porte à l'intérieur de l'appartement.
Lorsqu'ils se retrouvèrent dans la rue, une brise fraiche les réveilla un peu de leur état alcoolisé. Remus se tourna tout à coup vers Aaron, qui venait de sortir une cigarette.
- Beth est une chouette fille, dit-il d'un air entendu.
- Elle a l'air, répondit l'américain avec un léger sourire.
- Elle est passée par de gros coups durs, tu sais…
Hochement entendu de l'interlocuteur. Remus hésita à continuer.
- Je ferais attention à elle, déclara tout à coup Aaron avec un visage sérieux.
Remus hocha la tête pour le remercier, et puis les deux hommes se serrèrent la main avec sincérité. Aaron finit par transplaner. Remus se doutait qu'il ne reverrait jamais cet homme, comme il se doutait qu'il ne reverrait pas Beth avant un bon bout de temps… Mais il espérait sincèrement que la jeune femme saurait franchir cette étape avec brio.
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On toqua soudain à la porte et Remus retomba dans le présent, et ouvrit les yeux avec vivacité. Il avait passé tellement de temps dans ses pensées qu'il avait fini par s'endormir, et que sa cigarette s'était consumée toute seule. Il écrasa le mégot qui en résultait, et se redressa de sa chaise avant de sortir de la minuscule cuisine au papier peint déchiré pour ouvrir la porte d'entrée.
Lorsqu'il jeta un œil derrière le battant ouvert, il fut tout à fait stupéfait par son invité surprise.
- Bonjour, Remus, fit tranquillement Albus Dumbledore.
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Et BIM!
J'espère que ça vous a plu!
Excusez-moi, Jane Brooks, Mathilde et autres Rhubarbe, si je ne vous ai jamais répondu! J'en suis désolée! Et c'est avec plaisir que je rouvrirais la discussion avec vous :)
Des bisous!
