Coucou tout le monde!

Encore une fois, je suis en temps et en heure pour vous présenter le chapitre 26 d'Eternal Snow! Je tiens à vous prévenir tout de suite: ce chapitre est LONG! C'est le plus long que j'ai jamais écrit! Il fait 27 pages sur Open Office, et un peu plus de 11000 mots! Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas gâtés cette fois. C'est aussi le dernier chapitre avant l'épilogue mais je ne préfère pas penser au mois prochain, parce que je n'ai pas DU TOUT envie que ça se termine!

Un petit résumé du dernier chapitre? Charlie et les autres loups-garous se sont retransformés et l'Ordre pense avoir gagné la bataille, quand tout à coup les Détraqueurs arrivent. Ron a tué Bellatrix Lestrange mais est assailli par le remords. Hermione parvient à sauver Narcissa grâce à la Magie du Sang et elle avoue enfin ses sentiments à Drago. Quant à Harry, l'heure est venue pour lui d'affronter Voldemort.

Comme d'habitude, je vous rappelle que vous n'auriez pas ce chapitre devant les yeux sans ma géniale correctrice Lupinette!

Et elle m'a suivi depuis des années, à travers les bons et les mauvais moments d'Eternal Snow: BON ANNIVERSAIRE MELUSYNE!

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et je vous retrouve en bas!


Eternal Snow

Chapitre 26: La fin

Harry se débarrassa des morceaux, devenus inutiles, de sa baguette magique en les jetant au loin. Les étincelles dorées qu'elle avait émis en se brisant s'étaient estompées. La magie l'avait quittée.

Voldemort resta quelques instant muet d'étonnement. Il s'attendait visiblement à tout sauf à ça. Cependant, sa surprise ne dura pas. Du plus profond de la gorge du Mage Noir s'éleva un rire sinistre. D'abord à peine perceptible, le rire devint de plus en plus fort à tel point que les combats alentours s'arrêtèrent un instant.

- Enfin! se réjouit Voldemort. Tu as compris que tu ne pourras jamais me vaincre. Mais te rendre ne servira à rien Potter. Il est bien trop tard pour faire appel à ma clémence. Je tuerai jusqu'au dernier de tes partisans. Je les ébouillanterai, je les écartèlerai, je les...

Harry n'écouta pas vraiment la suite. Il se força à repousser sa peur et sa fatigue, et à se concentrer.

- Mais je vais te tuer en premier Potter. Lentement.

Voldemort avait visiblement fini sa litanie de menaces car il venait de se remettre en position de combat. Les Mangemorts, ragaillardis par l'apparent triomphe de leur Maître se lancèrent dans la bataille avec une ardeur nouvelle.

Harry, lui, était prêt.

°oOo°oOo°oOo°

Dans le parc de Poudlard, c'était la débandade. Des sorciers courraient, certains s'étaient effondrés au sol, tandis que le nuage compact de formes noires se rapprochait. Elliot n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. La terreur que les Détraqueurs instillaient au plus profond de son être était insupportable. Il luttait pour ne pas perdre espoir malgré l'influence de ces créatures immondes.

Tremblant, Elliot s'agrippa à sa baguette, tirant un peu de réconfort de sa chaleur familière au creux de sa paume. A côté de lui, Charlie n'avait pas cette chance. Le Guide avait confisqué les baguettes de tous les membres de la meute depuis bien longtemps. Elliot avait gardé la sienne bien cachée mais il était probablement le seul.

Soudain, Rémus pointa le mur de Poudlard. Une petite porte dissimulée venait de s'ouvrir, laissant passer deux personnes qui coururent vers eux.

- Pucey, Saddler, vous en avez mis du temps! cria Bill Weasley.

La jeune femme grimaça et répondit seulement:

- Bellatrix.

Arthur Weasley se précipita vers eux et demanda:

- Et les autres? Est-ce que Ginny va bien?

Elliot la vit nettement hésiter, à tel point que ce fut le jeune homme, en qui il reconnut l'ancien Poursuiveur de l'équipe de Serpentard Adrian Pucey, qui répondit.

- Ginny va bien. Tenez!

Adrian sortit un paquet de baguettes magiques de sa cape et le tendit à Bill. Le rouquin attrapa les baguettes et en distribua une poignée à Arthur et Rémus. Les deux hommes partirent immédiatement vers le champ de bataille.

Bill lança une des baguettes qu'il tenait encore en main à son frère. Charlie attrapa le bout de bois au vol et le regarda d'un air perdu. Elliot non plus ne savait pas très bien ce que cela signifiait. Du coin de l'oeil, il vit Rémus relever les loups-garous et leur tendre des baguettes également. Arthur était lui aussi occupé à distribuer des baguettes à ceux qui n'en avaient pas, y compris les envoyés du Ministère qui avaient été désarmés plus tôt.

Bientôt, tout les sorciers à l'exception des Mangemorts, eurent une baguette en main. De leur côté, Pucey et Saddler comptaient les blessés et commençaient à les transporter vers le mur du château.

- C'est quoi le plan? demanda Elliot, perplexe.

- On lance tous le Patronus en même temps, expliqua Bill. Les baguettes sont bridées pour ne permettre que ce sort, parce qu'on a besoin de la force du nombre.

Elliot commençait à comprendre la stratégie de l'Ordre. Les Mangemorts ne pouvaient pas produire de Patronus, voilà pourquoi ils avaient été laissés de côté. Les envoyés du Ministère, par contre, ne trempaient pas suffisamment dans la Magie Noire pour que ça les empêche de réaliser ce sort.

- Est-ce que ça sera suffisant? demanda Angelina Johnson.

- En théorie, si on lance le sort tous en même temps, nos Patronus devraient se combiner et repousser les Détraqueurs.

- En théorie... répéta Charlie.

Les Détraqueurs au-dessus de leurs têtes étaient nombreux. Trop nombreux. Elliot réalisa que même en combinant leurs efforts, ce ne serait probablement pas suffisant.

Mais avaient-ils d'autres options?

°oOo°oOo°oOo°

Ginny profita du bref arrêt des combats dans la Grande Salle pour reprendre son souffle. Elle et Tonks s'escrimaient à repousser Dolohov depuis leur entrée dans la Grande Salle. De nombreux Mangemorts étaient revenus en catastrophe du parc, hurlant à leurs compagnons que des loups-garous les avaient attaqués. Ginny avait également aperçu la forme rose d'Ombrage dans la mêlée. A présent, ils prêtaient main forte à Dolohov et faisaient barrage entre elles et Harry.

L'expérience d'Auror de Tonks avait été la bienvenue. La Métamorphage avait compris qu'il serait trop difficile de réaliser une percée vers Harry et Voldemort, alors elle avait amorcé un mouvement dans la direction de Maugrey et des jumeaux qui se battaient au loin contre une dizaine de Mangemorts menés par Avery.

Ginny, elle, n'avait d'yeux que pour Harry. Elle avait à peine retenu son cri lorsqu'il avait cassé sa baguette et regardait maintenant avec inquiétude la haute silhouette de Voldemort se préparer à l'attaquer. Même si elle connaissait le plan de Harry, elle détestait le voir face au Mage Noir sans aucun autre moyen de défense que la Magie Instinctive. Cela lui paraissait trop incertain.

Cependant, elle dut vite se concentrer de nouveau sur son propre combat, car Dolohov s'était remis à les bombarder. Tonks fut vite débordée et Ginny lança plusieurs sorts d'explosion histoire de leur redonner l'avantage. Malheureusement, la plupart furent contrés et en retour, les Mangemorts se mirent à la viser elle au lieu de Tonks.

Dolohov lui envoya un sort orange qu'elle ne reconnut pas et qu'elle eut toutes les peines du monde à dévier avec un bouclier construit à la va-vite. Le bouclier s'effondra presque aussitôt ensuite.

- Expelliarmus! gronda un gros Mangemort derrière Dolohov.

Ginny poussa un cri de rage mais elle ne put rien faire pour empêcher sa baguette de quitter sa main. Tonks la poussa sans ménagement derrière elle et produisit un bouclier suffisamment grand pour les protéger toutes les deux.

Plus loin, Ginny vit que Maugrey était également en difficulté. Avery était rapide et il évitait agilement les attaques du vieil Auror. Heureusement, les jumeaux assistaient Fol'Oeil et leur inventivité tenait pour l'instant les Mangemorts en respect. Cependant, le statu quo ne pouvait pas durer très longtemps.

- Colloshoo! cria Dolohov.

Le sortilège prit Tonks par surprise et atteint ses pieds sans qu'elle ne puisse réagir. L'Auror fut soudain immobilisée, incapable de décoller ses chaussures du sol de la Grande Salle. Sans pouvoir bouger, Ginny et elle faisaient désormais une cible facile. Profitant du fait que Tonks tentait de supprimer le sort, les Mangemorts envoyèrent une pluie de sortilèges dans leur direction. L'Auror tenta bien de les contrer mais l'un d'eux fut trop puissant pour elle et elle l'atteignit de plein fouet. Des centaines de coupures plus ou moins profondes apparurent sur la peau de la jeune mère. Sectum Sempra, réalisa Ginny avec horreur.

Elle empoigna la baguette de Tonks et envoya un sort d'explosion à la volée pour éloigner les Mangemorts le temps d'essayer de soigner la jeune femme. Mais elle ne tiendrait pas longtemps.

Avec Tonks à terre et sans pouvoir rejoindre Maugrey et ses frères, Ginny était prise au piège.

°oOo°oOo°oOo°

- Endoloris! siffla Voldemort en pointant sa baguette vers Harry.

Harry vit arriver le sort rouge au ralenti, comme s'il s'était soudain détaché de son propre corps. Les bruits de la bataille s'estompèrent et seul exista ce trait lumineux rouge qui s'approchait lentement de lui. Il sentit la magie de la Grande Salle s'écarter au passage de l'Impardonnable, il sentit les molécules d'air bouger les unes après les autres tandis que le Doloris pénétrait toujours plus avant dans la pièce.

Il sentit également sa propre magie se mettre en branle, ériger une barrière complexe, faite de nombreuses couches destinées à arrêter le sortilège. Lorsque le trait rouge arriva à la première barrière, sa magie trembla et se rétracta. La seconde couche n'eut pas plus de chance, pareil pour la troisième. Cependant, alors que l'Impardonnable atteignait les couches les plus intérieures de son bouclier, il sentit que sa magie réagissait enfin. Lentement, les particules qui constituaient ses défenses influencèrent le sort de manière de plus en plus perceptible. Le trait lumineux se courba progressivement, s'écartant peu à peu de sa cible. Son bouclier agissait comme un prisme déviant un rayon lumineux et le sort passa à côté de son corps sans l'égratigner.

Harry réintégra son corps de façon brutale et inspira l'air à pleins poumons tandis que le Doloris se fracassait sur le mur derrière lui. La détonation arrêta momentanément les combats aux alentours. Mangemorts et membres de l'Ordre, tous se tournèrent vers la source du bruit en se demandant ce qui avait bien pu dévier le sort de Voldemort. Ce n'était pas vraiment le genre du Mage Noir de rater sa cible, qui plus est une cible désarmée.

Voldemort, lui, plissa les yeux. Il n'avait visiblement pas prévu cela. Mais son hésitation ne dura que quelques secondes et il adressa un regard mauvais à la cantonade:

- Très héroïque, grinça-t-il. Tu as bien formé tes troupes, Potter. Mais qui que ce soit qui s'amuse à te jeter un bouclier, il ou elle perd son temps!

Harry réalisa que son adversaire n'avait toujours pas compris ce qui se passait. Il pensait qu'un membre de l'Ordre le protégeait de loin et ne soupçonnait pas du tout que c'était Harry le responsable.

- De toute façon, poursuivit Voldemort, un pauvre petit bouclier pathétique ne résistera pas une seconde fois à mes sorts. Endoloris!

Un nouveau trait rouge s'échappa de la baguette du Mage Noir. Cette fois-ci, la magie de Harry réagit beaucoup plus rapidement. Les molécules de son bouclier se concentrèrent vers l'avant, formant une couche tellement compacte de magie que Harry eut du mal à voir à travers. Le trait rouge rebondit sur la paroi magique et fut renvoyé à pleine vitesse sur Voldemort. Le Seigneur des Ténèbres s'écarta de justesse de sa trajectoire et le Doloris s'écrasa de nouveau contre un mur.

Une fois encore, les combats s'arrêtèrent et tous dévisagèrent un Voldemort éructant de rage.

- Qui a fait ça? hurla-t-il.

Harry chercha désespérément une ouverture avant que Voldemort s'en prenne à quelqu'un de l'Ordre, mais le Mage Noir tenait toujours fermement sa baguette pointée vers lui tandis qu'il scrutait la Grande Salle. Il ne sembla pas trouver de responsable et Harry s'autorisa à respirer un peu plus librement.

Ce fut une erreur. Le coeur de Harry manqua un battement quand les yeux rouges de Voldemort s'arrêtèrent sur la cible la plus proche: Hermione.

°oOo°oOo°oOo°

Charlie contemplait la baguette qu'il avait entre les mains en s'efforçant d'ignorer les Détraqueurs au dessus de lui. C'était une tâche quasiment impossible car ces monstres l'affectaient de plus en plus. Il revoyait l'horreur qu'avaient été ces derniers mois. L'attaque de l'élevage de dragons, la mort de ses collègues et le massacre des pauvres bêtes qui n'avaient rien demandé à personne. Il revivait aussi des douleurs plus anciennes, comme la déception dans les yeux de sa mère à chaque fois qu'il disait qu'il n'avait toujours pas de petite amie. Ou le chagrin de son père quand il lui avait dit qu'il partait pour la Roumanie. Sans oublier Mark, son meilleur ami, qu'il avait embrassé un soir alors qu'il était vraiment éméché. Mark l'avait repoussé violemment, lui hurlant des horreurs au visage et ne lui avait jamais plus adressé la parole après cela. Charlie avait 16 ans.

Charlie ne pensait pas que le bout de bois qu'il tenait en main pouvait empêcher ces souvenirs douloureux de refaire surface. De plus, il n'avait plus tenu une baguette magique depuis son enlèvement. Jonas croyait être un moldu et le Guide avait fait en sorte de bannir toute baguette de leur campement.

C'était étrange de repenser à l'année qu'il avait passée parmi les loups-garous. Il savait qu'il avait été ensorcelé et que Jonas était une personnalité implantée artificiellement en lui, mais pour l'instant Jonas lui semblait plus réel que Charlie Weasley. Tous ses souvenirs d'avant se mélangeaient et lui paraissaient lointains, tandis que sa vie au campement était concrète et proche. Il aurait parfaitement pu suivre une piste dans les bois, même de nuit, mais il n'avait aucune idée de comment lancer un Patronus.

A côté de lui, Elliot devait s'être aperçu de son hésitation car il lui lança un sourire encourageant:

- C'est comme voler sur un balai, ça ne s'oublie pas.

Aussitôt, des centaines d'images de Quidditch se superposèrent aux mauvais souvenirs que lui infligeaient les Détraqueurs. Sa première fois sur un balai, ses essais pour l'équipe de Gryffondor, le premier match qu'il avait remporté, la fois où il avait attrapé le Vif de justesse au nez et à la barbe de l'Attrapeur de Serpentard, sa nomination comme capitaine, la Coupe qu'il avait brandie bien au au milieu d'un stade explosant en applaudissements. Le Quidditch était certainement un réservoir de souvenirs heureux dans lequel il pouvait puiser pour son Patronus.

Mais il savait également que ce ne serait pas assez puissant. Trop de choses étaient arrivées depuis son passé d'Attrapeur et il ne se rappelait plus vraiment ce que cela faisait de monter sur un balai.

Il pensa alors à sa famille, au réconfort apporté par l'embrassade de son père plus tôt dans la bataille, à ses frères et soeur qu'il aimait tous de façon différente, à sa mère qui l'avait choyé toute son enfance. C'était déjà mieux. Une douce chaleur se répandit en lui, la chaleur de la famille Weasley. Les Noëls passés au Terrier, les pulls tricotés par Molly, les gadgets d'Arthur, les farces des jumeaux, les protestations de Percy, le rire de Ginny, la bouche pleine de chocolat de Ron, et les discussions avec Bill. Les parties de Quidditch dans le jardin, les séances de dégnomage, les barbecues, les excursions épiques au chemin de Traverse, les départs de la voie 9 3/4.

Ces souvenirs auraient probablement suffit à Charlie. Mais il n'était plus tout à fait Charlie. Et pas vraiment Jonas non plus. Jonas aurait pensé à la chaleur du feu de camp, aux jours où le gibier était abondant, aux histoires extraordinaires du Guide, aux courses effrénées entre Dingos. Jonas se sentait protégé par le groupe. Jonas avait rarement peur. Mais Jonas se sentait souvent très seul également.

Un souvenir s'imposa alors à son esprit: sa discussion avec Elliot la nuit précédente, avant qu'ils n'attaquent Poudlard. Elliot lui avait promis d'être toujours là pour lui. A ce moment-là, il n'avait pas compris à quel point le jeune homme était prêt à prendre des risques pour le sauver, mais à présent il comprenait la portée réelle de sa promesse. A la réflexion, Jonas s'était senti moins seul depuis qu'Elliot était dans la meute. Il avait pris le jeune homme sous son aile, mais il lui avait semblé que les rôles s'étaient subtilement inversés au fil des jours.

Elliot était une constante, que ce soit pour Charlie ou pour Jonas. Elliot était celui qui était à ses côtés depuis le début de la bataille. Elliot était celui qui lui avait sauvé la vie et l'avait réuni avec sa famille. Elliot était la clé. Il était le seul souvenir qui pourrait l'aider.

Charlie inspira un grand coup et, au même instant que tous les autres, cria:

- Spero Patronum!

°oOo°oOo°oOo°

Hermione savait que ce n'était pas une bonne idée de contourner la table qui lui servait de protection, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. Malgré les protestations silencieuses de Drago, elle avait besoin de savoir où en était le combat entre Harry et Voldemort. Ils avaient placé tous leurs espoirs dans la maîtrise de la Magie Instinctive par Harry et cela lui semblait de plus en plus une mauvaise idée. Et si Voldemort prenait quand même l'avantage? Et si Harry était battu? Il fallait qu'elle sache.

Le Mage Noir hurla, croyant visiblement que quelqu'un protégeait Harry. Hermione choisit cet instant pour jeter un coup d'oeil derrière la table.

Ce fut une erreur. Elle fut foudroyée par le regard rouge sang du Seigneur des Ténèbres.

- Est-ce que c'est toi qui interfères, petite peste? tonna Voldemort.

Elle sentit le reste de la Grande Salle retenir son souffle mais elle ne put pas détourner les yeux du Seigneur des Ténèbres. Voldemort avait toujours la baguette pointée vers Harry mais elle se rendit compte qu'il essayait de lire son esprit. Il devait commencer à se douter que quelque chose ne tournait pas rond. Heureusement, Hermione portait toujours le collier de Grace, le fameux bijou des Black qui empêchait toute intrusion par Legilimancie.

Voldemort siffla de rage lorsqu'il comprit qu'il ne pouvait toujours pas accéder à son esprit. Alors, il tourna lentement sa baguette vers elle, prêt à lancer ce qu'elle savait être un Sort de Mort.

- C'est la dernière fois que tu te mets en travers de mon chemin, Sang-de-Bourbe!

°oOo°oOo°oOo°

- Spero Patronum! cria Elliot en écho au sortilège de Charlie.

Il poussa un soupir de soulagement lorsqu'il vit le filet lumineux s'échapper de sa baguette. Un instant, il avait craint de ne pas pouvoir y arriver. Il fallait dire qu'il n'avait plus lancé de Patronus depuis des années. Depuis sa transformation en loup-garou, en fait. A Poudlard, il pouvait réaliser ce sortilège sans trop de problèmes mais il ne s'y était pas risqué depuis le massacre de sa famille. Il n'avait pas eu envie de se pencher sur ses souvenirs heureux avec eux, la blessure étant encore trop fraîche. Mais à présent, il se rendait compte que son enfance ne se résumait pas au drame, que les bons moments passés avec ses parents étaient toujours aussi présents dans sa mémoire. Il avait été aimé et rien ne changerait ce fait.

Autour de lui, les autres sorciers l'imitèrent et des centaines de formes vagues s'extirpèrent des baguettes pointées vers le ciel. Certains sorciers produisirent une forme corporelle, d'autres avaient moins de chance et devaient se contenter d'un amas lumineux.

Elliot vit que le Patronus de Charlie commençait à ressembler de plus en plus à un dragon. Le sien par contre semblait hésiter à devenir l'habituel pic-vert. La lumière tournoyait, comme chassée par une tornade, et semblait indécise. Il n'avait jamais vu son Patronus agir de cette façon.

- Allez! s'énerva-t-il.

Un nouveau coup d'oeil jeté à Charlie lui confirma que le jeune homme était à présent protégé par un énorme Boutefeu doré. Son regard se porta de nouveau vers l'amas informe que formait son propre Patronus, amas qui s'éloignait de plus en plus de la taille d'un pic-vert. Elliot commença à distinguer une forme vague au milieu du brouillard de lumière et ne put en croire ses yeux.

Il avait déjà entendu parler des Patronus qui changeaient de forme. Il avait lu dans les livres qui traitaient le sujet que certains sorciers avaient fait l'expérience de ce type de changement après un événement traumatisant ou une modification profonde dans leur vie. L'ancienne forme du Patronus n'était plus perçue comme rassurante et une nouvelle forme faisait son apparition. Mais par contre, il n'avait jamais lu nulle part que cette nouvelle forme pouvait être un loup-garou.

Atterré, il regarda le monstre lumineux se former complètement. La bête était énorme, elle avait de longs poils sur le haut du dos et ses canines étaient impressionnantes. Malgré son apparence proprement effrayante, Elliot ne put s'empêcher de trouver un côté familier à la forme enchantée. Le loup se mit à gambader devant lui, semblant dérouiller ses pattes en attendant ses ordres.

Elliot eut alors un second choc lorsqu'il réalisa que son Patronus ressemblait à s'y méprendre à la forme de loup de Charlie. Il jeta un regard à son ami à côté de lui, qui n'avait heureusement rien remarqué d'anormal.

Le jeune Serdaigle ne comprenait rien du tout. Bien sûr, Charlie l'avait protégé contre le Guide et contre les Mangemorts. Mais de là à le voir comme rassurant... Soudain, Elliot se rappela les journées et surtout la Pleine Lune dans la meute. Charlie était toujours à ses côtés, l'aidant, le soutenant, l'informant des us et coutumes, le prenant sous son aile. Ils avaient chassé ensemble, mangé ensemble, ils avaient partagé leurs craintes, ils s'étaient mutuellement réconfortés.

Il jeta un regard à son ami et celui-ci lui fit un signe de la main, souriant devant son dragon qui crachait des flammes brillantes en direction des Détraqueurs.

Une sensation étrange s'empara d'Elliot, telle qu'il n'en avait plus connue depuis longtemps. Depuis sa rencontre avec Hermione, en fait. Depuis ses journées à l'infirmerie de l'Ordre où il était peu à peu tombé amoureux d'elle. Il n'avait pas vraiment pensé à la Gryffondor durant son voyage. Il avait peut-être eu le coeur brisé en partant pour les Carpates, mais tant de choses s'étaient passées depuis qu'il avait l'impression que ce chagrin-là était dépassé.

Charlie éclata de rire quand le loup d'Elliot gambada autour de son dragon, évitant souplement les flammes dorées.

Le noeud dans l'estomac d'Elliot se fit plus serré. Il n'avait jamais été attiré par un autre homme. Ou du moins, pas consciemment. Mais il se connaissait suffisamment bien pour savoir qu'il était avant tout attiré par une personnalité, par ce qu'une personne lui faisait ressentir. Il ne savait cependant pas si ce qu'il expérimentait à l'heure actuelle était de l'attirance ou le début d'une profonde amitié.

La voix de Bill Weasley le coupa net dans ses réflexions. S'adressant à ses frères, il déclara:

- Préparez vos baguettes, le plus dur reste à venir.

°oOo°oOo°oOo°

Harry eut un instant de panique en réalisant que Voldemort fixait Hermione d'un regard meurtrier. Le Mage Noir gardait toujours sa baguette pointée sur lui mais il semblait penser qu'Hermione était une plus grande menace.

La Gryffondor semblait pétrifiée. Harry vit que les yeux de Voldemort s'attardaient longtemps sur elle et il ne tarda pas à comprendre que le Mage Noir essayait de pénétrer l'esprit d'Hermione par Legilimancie. Sans doute essayait-il de savoir quel était le plan de l'Ordre. Heureusement, Hermione portait toujours le collier de la famille Black. Harry se promit de remercier chaleureusement Grace Saddler pour cette aide inestimable.

Voldemort dut comprendre qu'il n'arriverait à rien car il siffla de rage. Harry vit la baguette du Mage Noir se mouvoir, centimètre après centimètre, dans la direction d'Hermione.

C'était l'ouverture qu'il attendait. Voldemort ne se méfiait plus de lui, il le croyait sans défense. D'un geste de la main, Harry conjura un Expelliarmus. Le sort de désarmement resta quelques secondes dans sa paume avant de se diriger à une vitesse folle vers le Mage Noir.

L'expression de Voldemort aurait pu être comique en toute autre situation. Sa figure reptilienne forma une grimace surprise tandis que sa baguette filait droit dans la main de Harry.

- QUOI? hurla Voldemort.

Encore une fois, les combats autour d'eux se figèrent et un silence de mort s'abattit sur la Grande Salle. Mangemorts comme membres de l'Ordre étaient complètement abasourdis: Harry Potter avait réussi à désarmer le plus grand Mage Noir de tous les temps sans même utiliser de baguette.

Le Gryffondor se garda bien de se réjouir de ce triomphe, cependant. Le Seigneur des Ténèbres était peut-être privé de son arme mais il n'en restait pas moins dangereux. Tel un animal sauvage acculé au bord d'un précipice, il n'avait plus d'autre alternative que l'attaque. Et comme de fait, le visage de serpent se ferma et il se mit en position de combat.

Harry avait raison de se méfier. Lord Voldemort n'avait pas dit son dernier mot.

°oOo°oOo°oOo°

Ron avait la main sur la porte de la Grande Salle mais il ne pouvait pas se décider à entrer. Derrière lui, il sentait la présence du corps de Bellatrix encore chaud. Combattant une forte envie de vomir, il se retourna et pointa sa baguette vers le corps. Un drap blanc recouvrit le corps, le soustrayant à sa vue.

- Je suis désolé, murmura-t-il.

Il ne s'adressait pas vraiment à sa victime, mais plutôt à son âme à lui. Qu'était-il devenu? Un vulgaire tueur. Chaque vie qu'il avait prise le rapprochait peu à peu de Bellatrix. Il avait peur qu'il ne soit trop tard, que son âme soit définitivement ternie et qu'il ne puisse plus revenir en arrière.

- Ne t'inquiète pas mon fils.

Il fit volte-face si rapidement qu'il faillit s'en faire le coup du lapin et écarquilla les yeux devant la silhouette lumineuse qui flottait paisiblement devant lui.

- Ma... Maman? bégaya-t-il.

Molly Weasley eut un sourire affectueux et hocha la tête. Ron sentit les larmes rouler sur ses joues.

- Est-ce que tu es un fantôme? demanda-t-il.

- Temporairement. Je voulais m'assurer que tu allais bien avant de m'en aller. Que vous tous, vous alliez bien, corrigea-t-elle.

- Ne t'en va pas! plaida Ron pitoyablement.

- C'est dans l'ordre des choses mon chéri.

Ron pleura plus fort. Il avait l'impression que son coeur lui était arraché une seconde fois. Le fantôme s'approcha de lui, le baignant d'une lumière réconfortante.

- Tout ira bien, Ron.

- Je ne sais pas si je peux continuer à vivre après ça, avoua-t-il. J'ai peur de devenir comme elle.

Il désigna le drap blanc qui recouvrait toujours le cadavre de Bellatrix.

- Non, répliqua fermement Molly. Je t'ai fait, je t'ai vu grandir, apprendre et faire des erreurs. Tu n'es pas comme elle. Tu ne seras jamais comme elle.

- Je suis un soldat. Le bras droit de Harry. J'ai l'impression de n'avoir rien connu d'autre que la guerre. Je ne sais pas si je peux vivre dans un monde en paix.

- Tu vas y arriver, lui assura-t-elle. Je te le promets. Tu auras une belle vie, bien remplie. Le monde est vaste: c'est maintenant que tu vas pouvoir en profiter. Ton futur est rempli d'aventures, de découvertes et d'amours. En parlant de ça, je te donne ma bénédiction. Grace est très mignonne...

- Maman! l'interrompit Ron en rougissant.

Le fantôme sourit et Ron se sentit mieux. Que c'était bon de l'avoir avec lui, même si ce n'était que quelques secondes. Il sentit les larmes revenir, plus fort, mais c'étaient des larmes de soulagement. Sa mère le connaissait mieux que personne. Si elle pensait que tout irait bien, alors il pouvait la croire.

- Merci, murmura-t-il.

Il s'efforça de sourire à Molly.

- Est-ce que... tu ne pourrais pas rester ici? se risqua-t-il à demander.

Molly approcha sa main de sa joue. Il ne ressentit aucun contact, simplement une brise froide contre son visage, mais il comprit l'intention et ferma les yeux.

- Non, chéri. Je suis attendue de l'autre côté. Ta grand-mère est là, tes oncles aussi. Et même Dumbledore! Je serai bien, ne t'inquiète pas. Je vous attendrai.

Ron rouvrit les yeux et vit que la silhouette de sa mère commençait à disparaître.

- Attends! C'est trop rapide! J'ai encore besoin de toi!

- Non, tu n'as plus de temps à perdre. Tu dois te battre et gagner la guerre.

Le fantôme s'effaçait peu à peu.

- Qu'est-ce que je dois faire? demanda-t-il, désespéré.

- Il faut que tu entres dans la Grande Salle maintenant! fit sa mère d'un ton d'urgence. Fred et George sont avec Alastor. Ton père protège Bill, Percy et Charlie...

- Charlie? Mais il est...

- Non, il est bien en vie. Et tout ira bien pour lui comme pour les autres, mais Ginny est toute seule. Elle a besoin de toi pour rejoindre Harry. Il faut qu'elle aide Harry, c'est capital!

- Maman! plaida-t-il encore.

Mais le fantôme de Molly disparut complètement, le laissant seul au milieu du hall.

Ron renifla et essuya ses joues avec sa manche. Sa mère avait raison, il n'avait plus de temps à perdre. Il pleurerait plus tard. Pour l'instant, sa petite soeur était en danger.

Et foi de Weasley, il défendrait sa famille jusqu'à son dernier souffle.

°oOo°oOo°oOo°

Drago avait l'impression d'avoir reçu un électrochoc en entendant que Voldemort menaçait Hermione. Il se releva vivement et contourna la table qui le protégeait, prêt à s'interposer si nécessaire. Mais il assista au contraire au désarmement de Voldemort.

Interloqué, il fixa les deux combattants: Voldemort éructait de rage face à Potter qui tenait sa baguette. Mais comment le chef de l'Ordre avait-il fait pour désarmer le Seigneur des Ténèbres? Il avait cassé sa propre baguette!

- Magie Instinctive, lui chuchota Hermione à l'oreille.

- Quoi? murmura Drago en retour. Depuis quand Potter peut faire ça?

- Ça fait trois ans qu'il s'entraîne. Les baguettes de Voldemort et de Harry sont liées, elles n'auraient jamais pu se battre l'une contre l'autre. Alors Harry a décidé de s'en passer.

- C'est vraiment un pari insensé!

Hermione lui fit un clin d'oeil.

- Un plan Gryffondor?

- Un plan crétin surtout!

Cependant, Voldemort ne s'avéra pas aussi démuni que l'Ordre l'espérait. Drago grimaça en le voyant se remettre en position d'attaque: la partie était loin d'être gagnée. Les autres combattants semblèrent se faire la même réflexion car autour d'eux les combats reprirent rapidement.

Le Serpentard prit conscience que lui et Hermione étaient toujours à découvert, à la merci de n'importe quel sort perdu. Il avait soudain un mauvais pressentiment.

- On devrait retourner à l'abri, fit-il en tirant la manche d'Hermione.

La jeune femme ne le suivit pas. Au lieu de cela, elle pointa sa baguette devant elle, un quart de seconde trop tard. Dolores Ombrage, la Ministre de la Magie en personne, venait de lancer un sort de désarmement vers elle. Drago avait aperçu la figure rose bonbon venir en courant du parc en compagnie de Mangemorts fuyant les loups-garous mais il l'avait perdu de vue pendant la bataille.

Hermione tenta de contrer l'attaque mais ne réussit qu'à lancer un bouclier trop faible et sa baguette lui fut arrachée. Drago suivit la trajectoire du bout de bois qui fut projeté derrière la table, hors d'atteinte.

Ombrage ricana de son rire déplaisant et pointa de nouveau sa baguette sur Hermione.

- Non! cria Drago en tirant la Gryffondor sans ménagement derrière lui.

- Drago! cria Hermione alors qu'Ombrage lançait un nouveau sort.

Le Serpentard maintint fermement Hermione à l'abri derrière lui sans écouter les protestations de la jeune femme. Et tandis que le rayon vert se dirigeait à pleine vitesse vers sa poitrine, il se demanda si son corps serait suffisant pour arrêter le sort.

°oOo°oOo°oOo°

Harry contra sans peine le premier sort d'explosion que Voldemort lui envoya. Il évita tout aussi facilement les flammes jetées par son ennemi. Il s'entoura d'un bouclier et attendit patiemment la prochaine ouverture.

Voldemort était certes beaucoup plus puissant que lui, mais il était limité dans les sorts qu'il pouvait utiliser sans baguette. Privé de Magie Noire et surtout des Impardonnables, il ne lui restait que l'option d'envoyer des déflagrations magiques pour blesser ou tuer Harry. Pour l'instant, le Gryffondor parvenait à résister à ces sorts maladroits. La magie de Voldemort était grossière, brouillonne sans baguette. Les sorts de Harry, eux, étaient beaucoup plus raffinés. A force d'entraînement, il réussissait à maîtriser les incantations les plus sophistiquées sans peine.

Néanmoins, le Seigneur des Ténèbres continuait à déverser des quantités impressionnantes de magie sans paraître épuisé une seule seconde. Harry devait vite trouver la parade, sans quoi il finirait par être débordé. Il lança un sort vers le Mage Noir sans trop vraiment y croire. Comme il s'y était attendu, Voldemort para le coup en faisant exploser le sort en plein vol.

- Je suis trop fort pour toi Potter, ricana Voldemort. Tes tours de passe-passe n'y changeront rien!

Harry en déduisit qu'une attaque frontale ne fonctionnerait pas. Il devait donc se montrer plus intelligent, moins direct. Tout à coup l'image de Drago Malefoy s'imposa à son esprit. Que ferait le Serpentard dans une situation pareille? Il blufferait probablement. Soudain, il sut exactement comment contourner les défenses de Voldemort.

Toujours à l'abri derrière son bouclier, il lança une rafale de sorts en direction de son ennemi. Voldemort réagit exactement comme il s'y était attendu et envoya de nouvelles décharges magiques qui firent exploser les sorts de Harry avant de le toucher. Le Gryffondor fit mine d'être déstabilisé par les explosions et de rater le prochain sort, qui ricocha sur le mur à côté de Voldemort. Le rayon lumineux rebondit sur la pierre et vint s'écraser aux pieds de son ennemi. Harry reprit sans attendre son bombardement, empêchant le Mage Noir de s'attarder trop longtemps sur le sort raté.

Entre deux incantations, Harry vérifia du coin de l'oeil que son sort avait commencé à polliniser le sol et que les premières racines émergeaient des pierres grises. Il fut rassuré en voyant que son ersatz de Filet du Diable poussait à la vitesse de l'éclair. Mais c'était l'instant critique: Voldemort ne devait pas se rendre compte de ce qui se passait avant que la plante ne soit assez développée. Harry redoubla d'efforts et envoya une averse de sorts sur le Mage Noir, gardant son attention concentrée sur lui au risque d'épuiser sa magie.

Sa tactique s'avéra payante. Au moment où la première racine s'enroula autour de la cheville de Voldemort, il sut qu'il avait réussi. Le Mage Noir essaya de s'extirper du piège en projetant des lames acérées, puis des flammes gigantesques, mais les racines avaient eu suffisamment de temps pour se multiplier. Bientôt, Voldemort fut complètement immobilisé, bras et jambes emprisonnés par la plante. Harry leva la main et les racines soulevèrent Voldemort à plusieurs mètres du sol.

On y était. Il allait pouvoir commencer le rituel. Si tout se passait bien, les morts l'écouteraient. Ils accéderaient à sa demande et Voldemort mourrait. Mais si cela ne fonctionnait pas...

Alors ce serait Harry qui y laisserait la vie.

°oOo°oOo°oOo°

Bill Weasley vérifia que tout le monde avait réussi à conjurer un Patronus. La plupart des combattants n'avaient pas pu produire autre chose qu'une vague forme lumineuse mais l'intention y était. Son propre Patronus, un poney Shetland, s'ébrouait tranquillement à quelques mètres de lui, attendant qu'il lui ordonne d'attaquer les Détraqueurs.

Il jeta un oeil à Fleur non loin de lui qui riait en regardant son chat angora bondir autour d'elle, et le poney se fit plus brillant. La jeune femme s'était tordu la cheville en se battant, mais heureusement elle n'avait pas subi d'autres blessures. Bill savait qu'ils n'étaient pas encore sortis d'affaire mais il était reconnaissant que Fleur soit encore en vie. Il n'aurait pas pu continuer sans elle.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant? demanda Percy.

Bill manqua de sursauter. Il n'était pas vraiment sûr de savoir quoi penser du retour de son frère parmi eux. Une partie de lui se méfiait de Percy. Faisait-il semblant? Travaillait-il pour Ombrage? Il avait bien vu la Ministre dans le parc, peut-être avait-elle envoyé Percy les espionner ou les attaquer quand ils avaient le dos tourné.

Mais ces pensées furent vite contrées par l'affection qu'il ressentait pour son frère. Percy n'était pas mauvais. Il avait fait beaucoup d'erreurs mais il n'était pas un Mangemort. A vrai dire, Bill s'était senti terriblement coupable lorsque Percy leur avait tourné le dos. Il était son aîné, il aurait dû aller lui parler, lui faire entendre raison et le protéger des mauvaises influences. Mais il avait été trop aveuglé par la colère et, plus tard, par le deuil de Charlie. Dire qu'il n'avait même pas essayé de reprendre contact à l'annonce de la mort de son frère, alors qu'il savait que Percy devait en souffrir tout autant que lui.

Non, Percy ne méritait pas sa méfiance, et il allait l'aider à retrouver le droit chemin.

- Il faut qu'on crée un Patronus commun, lui expliqua-t-il.

- Comment?

Bill eut un sourire:

- Regarde bien, petit frère.

Il pointa sa baguette sur sa gorge et se lança un Sonorus.

- Ecoutez-moi! Il faut que l'on combine nos Patronus pour qu'ils attaquent les Détraqueurs ensemble.

Il vit qu'il avait l'attention de tous les sorciers du parc et continua:

- Pour ça, il faut lancer tous le même sort en même temps. La formule est: Mixtus Patronum! (1)

Plusieurs sorciers répétèrent les mots en latin pour être sûrs de les prononcer correctement.

- Je compte jusqu'à trois. Un... deux...

Les membres de l'Ordre furent les premiers à pointer leurs baguettes vers la masse de Détraqueurs, bientôt suivis par tous les autres.

- ... trois!

- MIXTUS PATRONUM!

°oOo°oOo°oOo°

Ginny commençait à peiner à maintenir un bouclier cohérent. La baguette de Tonks n'était pas adaptée à sa magie et elle avait manqué de la lâcher plusieurs fois en lançant des sorts. C'était comme si la baguette était aussi maladroite que sa propriétaire. Elle avait réussi à limiter l'hémorragie de Tonks grâce à plusieurs sorts qu'Hermione lui avait appris mais n'avait pas pour autant réussi à inverser le Sectum Sempra. Des coupures continuaient à apparaître sur la peau de l'Auror qui semblait souffrir le martyr. Seul un Médicomage digne de ce nom pouvait l'aider.

Et comme si la situation n'était pas suffisamment désespérée, les Mangemorts continuaient à les bombarder. Ginny ne savait pas par quel miracle elle tenait encore debout. Cet enchaînement de sorts l'épuisait toujours un peu plus, mais elle s'efforçait à repousser la fatigue et à se concentrer sur ses gestes. Renforcer le bouclier. Envoyer un sort à Macnair qui s'approchait de trop près. Traiter les nouvelles plaies de Tonks. Ses mains commençaient à trembler et la transpiration collait ses vêtements à sa peau.

Elle allait mourir ici. Elle allait lâcher. Laisser tomber. Elle ne parviendrait pas à aider Harry. Elle allait échouer.

Au moment même où son bouclier volait en éclat, un puissant rayon rouge atteignit Dolohov en pleine poitrine. Le Mangemort s'effondra de douleur sous le regard médusé des autres.

- Ginny!

La jeune fille se retourna et aperçut Ron qui courait vers elle. Son frère se posta à côté d'elle, évaluant la situation en quelques secondes.

- Bellatrix? demanda Ginny dans un souffle.

- Morte, répondit-il sobrement.

Elle n'en demanda pas plus. Ron les enveloppa d'un bouclier robuste et examina Tonks. Il lança plusieurs sorts de cicatrisation avant d'en venir à la même conclusion que sa soeur:

- Elle a besoin d'un Médicomage.

- Abelforth est à Pré-Au-Lard, à la Tête de Sanglier, expliqua Ginny. Mais je ne sais pas si Tonks supportera le voyage.

- Il faudra bien, répondit Ron en pointant sa baguette sur la Métamorphomage.

Il créa un brancard de fortune sur lequel il plaça Tonks et lança de nouveaux sorts de cicatrisation pour retarder l'effet du Sectum Sempra. Il souleva le brancard et le fit flotter vers la porte tandis que Ginny se chargeait de faire reculer les Mangemorts. Maintenant qu'elle ne devait plus assurer leur défense, ses coups étaient beaucoup plus précis. Macnair tomba ainsi à côté de Dolohov, paralysé par un Jambencoton.

Ron ouvrit la porte d'un coup de pied et fit d'abord passer le corps flottant de Tonks. Une fois qu'elle fut en sécurité de l'autre côté, il se retourna et joignit ses efforts à ceux de sa soeur. A deux, ils faisaient beaucoup de dégâts dans le camp adverse. Ginny s'était souvent battue aux côtés de son frère et elle savait exactement quel sort il allait choisir ou de quel côté il allait bondir. Les Mangemorts finirent par battre en retraite, se repliant vers ceux que combattaient toujours Maugrey et les jumeaux.

Ginny jeta un coup d'oeil à Harry et constata qu'il avait réussi à emprisonner Voldemort. Visiblement, il se préparait à faire appel aux morts.

- Il faut que j'aide Harry, déclara-t-elle.

Son frère hésita visiblement:

- Harry a l'air d'avoir la situation sous contrôle.

- Non, le rituel va être plus difficile qu'il ne le pense. Je ne sais pas pourquoi, mais je suis persuadée qu'il va avoir besoin de moi. C'est comme si une voix me disait de le rejoindre.

Ron la regarda d'un air étrange, et murmura:

- C'est probablement Maman qui te le souffle à l'oreille.

- Quoi?

- J'ai vu Maman. Elle m'a dit de t'aider à rejoindre Harry.

Ginny déglutit difficilement:

- Tu as vu Maman? Tu veux dire... elle n'est pas...?

- Si, fit Ron doucement, mais elle est restée un petit peu. Je crois qu'elle voulait être sûre que tout se passe bien.

Ginny sentit les larmes lui monter aux yeux.

- Est-ce que je peux la voir?

Ron lui prit la main:

- Non, je suis désolé. Elle est vraiment partie maintenant.

Les larmes se firent plus fortes. Elle mit un moment avant de reprendre:

- Tu crois qu'elle m'en veut?

- Pourquoi est-ce qu'elle t'en voudrait?

- Elle est morte par ma faute!

Ron serra sa main plus fort et la regarda avec un air qui lui rappelait beaucoup celui de Molly quand les jumeaux disaient des bêtises.

- C'est de Maman dont on parle! Tu crois vraiment qu'elle en voudrait à son petit bébé chéri?

Malgré elle, Ginny sourit au surnom tant utilisé.

- Tu vois! continua Ron. Tu n'as pas à t'inquiéter.

Ginny hocha la tête et sécha ses larmes.

- Aide Tonks, dit-elle. Je m'en sortirai.

Ron hésita encore, puis finit par acquiescer, en ajoutant cependant:

- Promets-moi que tu seras prudente!

- Promis, répondit-elle en pointant la baguette de Tonks devant elle.

Ron sortit de la Grande Salle et Ginny ajouta pour elle-même:

- Maman veille sur moi.

°oOo°oOo°oOo°

Lord Voldemort ne s'était jamais retrouvé dans une position aussi difficile lors d'un duel. Même Dumbledore ne lui avait pas donné autant de fil à retordre que ce maudit Potter. Ses incapables de Mangemorts étaient trop loin pour l'aider et son ennemi avait réussi à l'immobiliser. A présent, il réfléchissait à comment sortir de là et éliminer Potter au plus vite. Sa stratégie d'attaque était très simple: d'abord reprendre sa baguette, ensuite arracher les yeux de Potter, et enfin tuer tous ceux qui avaient osé s'opposer à lui.

Le Gryffondor sembla hésiter à commencer ce qu'il avait en tête. Si Lord Voldemort avait été du genre à se remettre en question, il s'en serait voulu d'avoir encore sous-estimé le jeune homme. Mais bien entendu, le Mage Noir ne donnait pas dans l'auto-critique. Il se raccrochait plutôt à la conviction que Potter était trop bon et noble pour le tuer d'un Avada Kedavra, ce qu'il lui signifia d'un sifflement mauvais:

- Qu'est-ce que tu vas faire Potter? Me tuer? Toi et moi savons bien que tu n'en es pas capable!

Mais Potter ne semblait même pas avoir songé à cette éventualité:

- C'est vrai. Moi je ne peux pas. Mais ce n'est pas moi qui vais m'en charger.

Lord Voldemort se crispa lorsque son ennemi leva la main mais il ne l'attaqua pas. Au lieu de ça, il fit apparaître une bougie dans sa paume. Qu'avait-il en tête?

- Esprits de l'Au-Delà, commença Potter, entendez mon appel! Que la magie de cette école porte ma voix jusqu'à vous! Réveillez-vous! La balance de ce monde est affectée, vous seuls pouvez décider de la rétablir!

Un courant d'air glacial traversa la Grande Salle, laissant le Seigneur des Ténèbres interdit. Un appel aux morts? Le garçon était décidément aussi suicidaire que sa Sang-de-Bourbe de mère. Le Gryffondor n'aurait jamais la concentration nécessaire! Les morts n'aimaient pas qu'on les dérange et ils n'étaient pas enclins à s'occuper des affaires terrestres. Le moindre accroc dans la chaîne de morts entraînerait la ruine de celui qui les appelait, et Lord Voldemort allait faire en sorte que cela arrive.

Potter ne le vaincrait jamais.

°oOo°oOo°oOo°

Harry serrait la bougie dans sa main si fort qu'il avait peur de briser la cire. Les morts l'avaient entendu. Ils étaient là, il sentait leur énergie. Allaient-ils cependant accepter de l'aider? Dumbledore en semblait persuadé. C'était du moins ce qu'il avait écrit sur le parchemin qu'il avait confié à son frère Abelforth.

L'ancien directeur de Poudlard avait fait de nombreuses recherches sur les moyens d'anéantir Voldemort une fois que les Horcruxes n'existeraient plus. Harry avait eu chaud au coeur en voyant que Dumbledore n'avait même pas envisagé que Harry veuille utiliser un Impardonnable pour en finir. Il le tenait en plus haute estime que cela. Le vieux sorcier avait au contraire exploré du côté de la Vieille Magie, celle-là même que Lily avait utilisé pour le sauver en cette nuit fatale d'Halloween. Dumbledore avait écrit que Harry pouvait faire appel aux morts, à toutes les victimes de Voldemort, pour qu'ils détruisent l'être maléfique.

Ce n'était pas vraiment un sort, plutôt une supplique pour rétablir la balance entre le Bien et le Mal. Dumbledore avait également indiqué que cela ne pouvait se passer qu'à Poudlard. La magie du château et ses nombreux fantômes permettraient de faire le lien avec l'Au-Delà. Du moins c'était la théorie.

Le problème était que les morts pouvaient très bien ne pas l'écouter. Ils pouvaient décider que Voldemort devait continuer à vivre. Ils pouvaient juger que Harry n'était pas digne de les appeler. Et ils pouvaient se venger d'avoir été dérangés par les vivants. C'était l'interprétation que Dumbledore avait fait de la prophétie qui avait gouverné sa vie: Harry devait mettre sa vie dans la balance et les morts décideraient qui des deux ennemis survivrait.

Harry regarda la bougie dans ses mains et hésita. Ne serait-il pas plus facile d'utiliser un sort?

- On n'est plus sûr de vouloir déranger les forces occultes, Potter? ricana Voldemort.

Le Gryffondor s'efforça de repousser les moqueries de son ennemi et serra la bougie plus fort. Il pensa à sa mère, la protection qu'elle avait créée et qui coulait encore dans ses veines, et lui demanda silencieusement de lui donner la force nécessaire pour vaincre Voldemort. La brise glacée se fit plus forte. Il prit cela pour un encouragement et rouvrit les yeux. Il fixa la mèche grise et prononça d'une voix forte:

- Lily Potter.

La bougie s'alluma aussitôt. Il la relâcha et elle lévita jusqu'à quelques centimètres au dessus de la tête de Voldemort. Harry fit apparaître une seconde bougie et cita le deuxième nom de sa liste:

- James Potter.

L'esprit de son père enflamma la mèche et le cierge rejoignit le précédent. Ça fonctionnait!

- Albus Dumbledore, dit-il ensuite.

La bougie de son mentor brilla d'une lueur réconfortante. Harry sut qu'il avait réalisé tout ce que le vieil homme avait voulu de lui.

- Minerva McGonagall... Rubeus Hagrid.

Les deux chandelles s'élevèrent en même temps et vinrent encadrer celle de Dumbledore. La magie de Poudlard semblait approuver. Les professeurs manquaient aussi à l'école.

- Pompom Pomfresh... Filius Flitwick.

Il inspira un grand coup avant de passer au professeur suivant:

- Severus Rogue.

Mais la mèche resta désespérément éteinte. Voldemort se mit alors à rire:

- Severus Rogue est ma propriété Potter! Il t'a peut-être aidé et a espionné pour ce vieux fou de Dumbledore, mais il n'en reste pas moins marqué. Personne ne quitte les Mangemorts!

- Non! cria Harry.

Il perdit sa concentration pour la première fois depuis le début du combat.

- Il a tué Dumbledore, poursuivit Voldemort, impitoyable. La magie de Poudlard ne lui pardonnera pas. Même s'il voulait me défier, il n'y arrivera pas!

Harry s'efforça d'inspirer de grandes goulées d'air. Voldemort avait tort. Tout le monde s'était trompé sur le compte de Rogue, lui en premier. Seul Dumbledore avait su voir le véritable homme derrière le Mangemort repenti.

- Severus Rogue est l'un des hommes les plus courageux que j'aie jamais rencontrés. Et je suis sûr que ni Poudlard, ni un vulgaire tatouage ne l'empêcheront de remplir son devoir une dernière fois.

Comme si elle n'avait attendu que ça, la bougie s'enflamma soudain et vint se poster à côté de celle de Lily. Harry soupira de soulagement et passa aux noms suivants:

- Bertha Jorkins... Franck Bryce.

La bougie de l'ancien gardien de la maison des Jedusor s'alluma comme les autres. Harry avait eu un moment de doute en ajoutant le Moldu sur sa liste, mais il fut soulagé de voir que de l'Autre Côté il n'y avait aucune distinction. Il tenta alors l'autre Moldu de son énumération:

- Vernon Dursley.

Cependant, il s'était apparemment montré trop confiant. Même dans la mort, Vernon le détestait trop pour lui offrir une quelconque assistance, même contre son assassin.

- Pauvre petit Harry qui n'a jamais été aimé par sa famille, persifla Voldemort.

Les autres bougies se mirent à trembler et les flammes perdirent de leur intensité. Dumbledore l'avait prévenu qu'il ne fallait pas briser la chaîne des morts. Trop de chandelles non allumées et le sortilège échouerait. Heureusement, il n'avait pas que les Dursley pour famille.

- Tu te trompes, répondit-il à son ennemi. J'avais une famille, et elle m'aimait. Sirius Black!

Le cierge s'enflamma aussitôt, ramenant un peu de calme dans les autres. Harry l'imagina peut-être, mais il eut à cet instant l'impression d'entendre des aboiements lointains. Son parrain était là, il veillait toujours sur lui.

Rasséréné, Harry s'efforça de repousser les tentatives de déstabilisation de Voldemort et passa au nom suivant, qui sonnait également comme de la famille pour lui:

- Charlie Weasley.

Et la bougie ne s'alluma pas.

°oOo°oOo°oOo°

- Drago! hurla Hermione en tentant vainement d'échapper à la poigne de fer du Serpentard.

Mais il était trop tard et elle le savait. Le rayon vert se dirigeait beaucoup trop vite sur eux et Drago faisait rempart de son corps. Malgré elle, Hermione ferma les yeux et se prépara à l'impact.

Impact qui n'arriva pas. Une puissante explosion lui fit ouvrir les paupières et elle constata que non seulement Drago et elle étaient toujours en vie, mais également qu'Ombrage ne pointait plus sa baguette sur eux. Le Sepentard fut le premier à reprendre ses esprits et s'écria:

- Mère!

Elle vit effectivement que c'était une Narcissa Malefoy tenant à peine debout qui avait dévié le sort. Elle tenait à présent la baguette d'Hermione pointée sur la Ministre.

- Vous ne toucherez pas à mon fils, articula faiblement Narcissa.

La mère de Drago était couverte de sang et elle tenait les pans de sa cape contre sa poitrine qui avait été découverte pour l'opération. N'importe qui en aurait tout de suite déduit qu'elle n'était pas en état de se battre. Et de fait, Ombrage éclata de rire:

- Vous ne pensez pas sérieusement pouvoir vous opposer au Ministère, chère Narcissa?

- Vous n'êtes pas le Ministère... Vous n'êtes qu'une... affreuse rombière rose!

Hermione sourit malgré elle. Par certains côtés, Drago avait vraiment hérité de sa mère. Ombrage, elle, n'apprécia pas la plaisanterie et envoya un sort à Narcissa. La mère de Drago contra et bientôt les sorts fusèrent dans tous les sens.

Drago prit Hermione dans ses bras et la força à s'agenouiller avec lui. Ils étaient en mauvaise posture, sans baguette au milieu de la Grande Salle. Et soudain, la situation empira encore.

Il y eut un grand silence. Puis Ombrage éclata de rire.

°oOo°oOo°oOo°

Charlie observa avec étonnement les Patronus de tous les sorciers du parc converger en un point et fusionner. Au début, la forme créée ne fut pas vraiment discernable mais petit à petit les contours se firent plus définis. Charlie fut le premier à reconnaître l'énorme Patronus qui était en train de se créer:

- Un dragon! cria-t-il.

Et pas n'importe quel dragon. Charlie l'aurait reconnu entre mille, ce dragon qu'il avait contemplé tant de fois lorsqu'il était élève. Le dragon emblème de Poudlard. Le plus gros et ancien cracheur de feu de mémoire de sorcier. Celui qu'il ne fallait surtout pas chatouiller, même s'il était endormi.

Émerveillé, Charlie vit le monstre déployer ses ailes. Il était bien plus énorme et majestueux que son propre Patronus. A côté de lui, Rémus Lupin dit d'une voix étranglée:

- Dumbledore l'avait toujours dit! Le dragon défendrait Poudlard de ses ennemis.

- Encore une fois il avait raison, acquiesça son père.

Ensemble, ils regardèrent l'immense dragon se diriger vers les Détraqueurs. Il perça une première fois le nuage compact de formes noires et les sorciers purent apercevoir un rayon de soleil. Mais bien vite, les gardiens d'Azkaban répliquèrent. Ils entourèrent le dragon, l'attaquant de tous côté, et semblèrent se nourrir de sa lumière.

- Il n'est pas assez fort! constata Elliot avec horreur.

Charlie sentit alors ses forces le trahir. Son corps avait été malmené par la transformation et la bataille, et à présent la faiblesse le rattrapait. Ses jambes cédèrent sous son poids et il s'effondra au sol.

Qu'allaient-ils faire maintenant?

°oOo°oOo°oOo°

Harry répéta le nom de Charlie, sans plus d'effet que la première fois. Pourquoi est-ce que le frère de Ron ne se joignait pas au cortège de morts? Est-ce qu'il lui en voulait? Peut-être était-il furieux que la guerre l'ait atteint jusqu'en Roumanie? Ou peut-être plus personnellement, n'approuvait-il pas la relation de Harry avec sa jeune soeur?

Le Gryffondor fut interrompu dans ses conjectures par un nouveau rire de Voldemort:

- Même dans ton camp il y a des défections! Quand comprendras-tu? Tu ne peux pas me vaincre!

Comme pour lui donner raison, les autres flammes se mirent à trembler de plus belle. Voldemort avait raison, il était en train de perdre la partie. Mais juste au moment où il allait laisser tomber, il entendit un cri derrière lui:

- Non!

Une tornade rousse accourut vers lui, repoussant rageusement les Mangemorts qui essayaient de l'empêcher de passer.

- Non, répéta-t-elle quand elle atteignit enfin Harry. Charlie t'aiderait, quoi qu'il lui en coûte. S'il n'est pas là, c'est qu'il n'est pas mort!

Harry la prit dans ses bras et la serra fort contre lui, s'imprégnant de sa chaleur.

- Tu sais que j'ai raison, murmura-t-elle. Mon frère est vivant, son esprit n'est pas ici.

Les chandelles ne semblèrent cependant pas apaisées par cette déclaration et les flammes menaçaient toujours de s'éteindre.

- J'ai un nom à rajouter à ta liste, poursuivit Ginny en s'écartant de lui.

Harry sentit son estomac se tordre. Pour la première fois, il remarqua que sa petite amie avait les yeux bouffis, comme si elle avait pleuré pendant des heures.

- Qui? souffla-t-il, redoutant la réponse.

Ginny lui prit la bougie des mains et annonça:

- Molly Weasley.

Harry eut l'impression de recevoir un coup de poing dans l'estomac. Molly Weasley? Celle qu'il considérait comme sa mère adoptive ne pouvait pas être morte, c'était impossible! Mais la bougie s'éclaira d'une flamme intense et rejoignit les autres qui en semblèrent revigorées.

- Qui l'a...? demanda Harry d'une voix rauque.

- Bellatrix.

Harry serra les poings mais la jeune fille ajouta vite:

- Elle est morte aussi.

Cela ne le soulagea pas vraiment mais cela lui permit de revenir à l'instant présent. Il devait continuer à citer des noms, c'était la priorité. Il ne devait pas céder aux provocations de Voldemort. Il devait finir le sortilège sans quoi tous leurs efforts et tous leurs sacrifices seraient vains.

Il pourrait pleurer Molly plus tard.

°oOo°oOo°oOo°

Elliot suivait des yeux l'énorme dragon de lumière qui se battait contre les Détraqueurs. Les gardiens d'Azkaban étaient trop nombreux et le Patronus perdait de la force à chaque attaque. Le fait que, tout autour de lui, les sorciers abandonnaient tout espoir n'arrangeait certainement pas la situation.

Lui-même avait du mal à se concentrer sur ses souvenirs heureux. La peur et la fatigue se disputaient son attention et il savait qu'il ne pourrait pas jeter un autre sort s'il le fallait. Elliot jeta un coup d'oeil à Charlie et son coeur se serra. Le jeune homme était affalé dans la neige et paraissait complètement abattu. Il contemplait les Détraqueurs d'un air morne, les épaules affaissées, serrant sa baguette plus par habitude que par nécessité. Il donnait l'image d'un homme qui était arrivé au bout de sa propre volonté. D'ailleurs, quand il croisa son regard, Charlie ne se donna même pas la peine de sourire.

- On va tous mourir, pas vrai?

Quelque chose en Elliot se révolta à cet instant. Il n'avait pas survécu au meurtre de sa famille, aux transformations mensuelles, aux missions d'espionnages et aux intrigues du Guide pour échouer si près du but!

Et Charlie! Il lui avait promis d'être à ses côtés jusqu'au bout et il comptait bien honorer sa promesse. Il ne savait pas pourquoi il se sentait à tel point lié au jeune homme, et ce n'était pas le moment d'explorer cela plus avant, mais il devait suivre son instinct. Et à cet instant précis, son instinct lui disait de ne pas abandonner.

- Non, on ne va pas mourir! répondit-il fermement.

Il s'accroupit auprès du jeune homme et attrapa son bras, qu'il passa autour de ses épaules. Ainsi soutenu, il parvint à relever Charlie et à le maintenir debout.

- Ecoutez tous! fit Elliot.

Quelques têtes se tournèrent vers lui. Sa voix portait moins loin que ce qu'il aurait voulu mais il n'avait pas la force de lancer un Sonorus.

- Les Détraqueurs se nourrissent de notre désespoir. Pour gagner, il faut qu'on s'unisse contre eux. Il faut qu'on leur oppose nos souvenirs heureux, notre bonheur!

- On essaie, objecta Percy Weasley, mais ce n'est pas suffisant!

- Il faut qu'on se rassemble, répondit Elliot. Tout comme nos Patronus se sont rassemblés!

Les Weasley autour de lui étaient dubitatifs mais il vit qu'il commençait à convaincre Rémus.

- On ne va pas se laisser faire! Ensemble, on est forts!

Sa voix prenait de l'assurance. Il était convaincu qu'il avait raison. A quelques mètres de là, il vit Neville Londubat tendre l'oreille.

- Pensez à vos souvenirs heureux! Pensez à vos familles! Pensez à tous ceux que vous protégez en vous battant ici!

Londubat commença à s'activer auprès des autres sorciers, à relever ceux qui étaient à terre et à réchauffer ceux qui étaient gelés. Rémus l'imita rapidement. Maintenant qu'il était lancé, Elliot ne pouvait s'arrêter de parler:

- Songez à un monde sans Voldemort! A un monde où personne ne vous jugera sur vos origines! A un monde où sorciers et Moldus vivent en paix côte à côte! C'était le rêve de Dumbledore, le rêve de Poudlard! Vous pouvez y arriver! Les Détraqueurs ne peuvent pas vous prendre vos idéaux. Ils ne peuvent pas vous empêcher de vous battre!

Il jeta un coup d'oeil à Charlie toujours appuyé contre lui.

- Les Détraqueurs ne peuvent pas vous empêcher d'aimer! Ensemble, nous pouvons les combattre! Ensemble, nous pouvons triompher de cet hiver perpétuel! Ils ne peuvent rien contre notre chaleur humaine!

Les Weasley à côté de lui parurent revigorés par ses paroles. Arthur prit la main de ses fils. Bill attira sa femme contre lui. Elliot, soutenant toujours Charlie, sentit que Rémus lui prenait l'autre bras. Peu à peu, les survivants du parc de Poudlard se prirent tous la main.

Au-dessus d'eux, dans le ciel, le dragon sembla alimenté par une nouvelle énergie. Sa lumière gagna en puissance jusqu'à en devenir aveuglante. A chaque sorcier qui reprenait espoir correspondait un nouvel éclat de lumière. Les Détraqueurs semblèrent paralysés par la force invisible qui émanait du dragon. Plus qu'immobiles, il sembla à Elliot que les créatures immondes perdaient de la substance. Comme si elles devenaient invisibles.

- On dirait que tu avais raison, murmura Charlie à son oreille.

Le Serdaigle poussa un soupir de soulagement. La lumière du dragon était si forte à présent qu'il était impossible de le fixer directement mais il pouvait voir que les Détraqueurs disparaissaient les uns après les autres, effacés par la puissance du Patronus. Des cris de joie résonnèrent dans tout le parc. Ils avaient réussi!

Elliot sentit ses jambes flageoler sous le coup de la joie et de la pression envolée. Ce fut Charlie qui le retint avant qu'il ne tombe, le soutenant à son tour. Sans plus aucune hésitation, il prit le jeune homme roux dans ses bras. Il n'y avait aucune arrière-pensée dans l'étreinte, mais Elliot en fut inexplicablement ému. Soulagement, gratitude, sentiments mélangés. Il ne savait pas gérer le tourbillon d'émotions qui l'habitait à cet instant alors il se contenta de serrer Charlie plus fort contre lui.

Furtivement, il pensa à la bataille qui devait toujours avoir lieu à l'intérieur et espéra de tout coeur que la balance penchait en leur faveur. Il fallait que la guerre se termine. Il fallait qu'ils retournent enfin à une vie normale.

Tout était maintenant dans les mains de Harry Potter.

°oOo°oOo°oOo°

Harry fit apparaître une nouvelle bougie et continua à appeler ses amis défunts:

- Cédric Diggory... Parvati Patil... Padma Patil... Ernie Macmillan... Seamus Finnigan... Anthony Goldstein... Luna Lovegood... Viktor Krum.

Il avait hésité sur le dernier nom mais la mèche enflammée lui confirma que l'ancien Attrapeur avait bien été tué par les loups-garous. Il passa alors à ceux qui s'étaient battus aux côtés de ses parents, lors de la première guerre contre Voldemort:

- Edgar Bones... Caradoc Dearborn... Benjy Fenwick... Marlene McKinnon... Dorcas Meadowes... Gideon Prewett... Fabian Prewett.

Tant de noms pour des vies gâchées. Tant de cierges contre le Seigneur des Ténèbres.

- Franck Londubat... Alice Londubat.

Les parents de Neville avaient été tués à Ste Mangouste quelques jours après que le directeur de l'hôpital ait été remplacé par un Mangemort. Harry n'avait jamais avoué à Neville qu'on lui avait donné les preuves que c'était Bellatrix Lestrange qui les avait achevés. Il avait préféré mentir à son ami, lui disant que ses parents n'avaient pas souffert. Il ne savait pas si Neville l'avait cru.

- Rufus Scrimgeour... Amelia Bones... Emmeline Vance... Igor Karkaroff... Quentin Jentremble... Maggie Kemble.

Le Ministère. L'Ordre. Durmstrang. Le Chicaneur. Et encore, il ne connaissait pas la plupart des noms. Il y avait eu trop de morts.

- Dobby.

Son ami de toujours, tombé à la prise de Poudlard. A chaque nom énoncé, Voldemort s'agitait un peu plus.

- Kingsley Shacklebolt.

La dernière bougie vint rejoindre les autres, attendant la suite. Harry décida de donner une chance aux victimes anonymes des Mangemorts de participer au rituel:

- S'il y a d'autres esprits présents ici qui désirent s'opposer à mon ennemi, qu'ils se manifestent maintenant!

Il ne s'attendait pas à ce que des dizaines de nouvelles bougies apparaissent autour de Voldemort. La lueur qui venait de toutes ces chandelles éclairait à présent fortement la Grande Salle.

- Et que vas-tu faire maintenant Potter? intervint Voldemort. Vas-tu vraiment leur donner l'ordre de me tuer? Tu seras aussi responsable que si tu m'avais lancé un sort!

- C'est vrai, acquiesça Harry. J'aurai ton sang sur les mains. L'un devra mourir de la main de l'autre...

La prophétie ne faisait aucun mystère sur le fait qu'il doive tuer. Il s'y était préparé. Il savait qu'il pourrait vivre avec cela. Il leva les deux mains et les bougies commencèrent à tournoyer autour de Voldemort.

- ...car aucun ne peut vivre tant que l'autre survit. Tom Jedusor ou Harry Potter. Esprits venus de l'Au-Delà, c'est maintenant votre choix. Rétablissez la balance de ce monde. Tuez l'un d'entre nous!

Les chandelles tournèrent de plus en plus vite autour de Voldemort jusqu'à ce qu'il ne puisse plus distinguer qu'une sphère flamboyante. Et soudain, toutes les bougies convergèrent vers le centre et enflammèrent les racines qui maintenaient Voldemort. Le Mage Noir se débattit mais ses robes furent vite rongées par les flammes. Il tenta plusieurs sortilèges pour éteindre, puis geler le feu mais aucun ne fonctionna. Cela renforça au contraire la puissance des flammes qui commencèrent à dévorer la peau du Seigneur des Ténèbres. Le cri de Voldemort glaça le sang de Harry.

Cette fois-ci, c'était la fin.

°oOo°oOo°oOo°

Hermione ouvrit les yeux et vit que Dolores Ombrage riait en contemplant une Narcissa Malefoy à genoux, sans doute victime d'un Doloris. Son instinct de Médicomage se révolta contre le traitement infligé à sa patiente qui était bien trop faible pour le supporter.

Narcissa s'effondra au sol sitôt qu'Ombrage leva le sortilège. Sur le point de s'évanouir, la mère de Drago planta ses yeux bleus dans les siens. Elle désigna la baguette d'Hermione entre ses doigts fins et y donna une impulsion avant de perdre connaissance. Ombrage manqua l'échange car son attention fut attirée par Voldemort qui prenait feu.

La baguette d'Hermione roula lentement dans sa direction. La Gryffondor se dégagea de l'étreinte de Drago et tendit la main. Encore quelques centimètres...

La Ministre reporta finalement son regard sur eux au moment précis où les doigts d'Hermione entraient en contact avec sa baguette. Les deux sortilèges partirent au même instant et se percutèrent dans un flot d'étincelles. Hermione se releva et se mit en position d'attaque, criant à Drago:

- Occupe-toi de ta mère!

Le Serpentard acquiesça et se précipita vers Narcissa, qu'il tira à l'abri derrière la table. Hermione para un sortilège d'Ombrage et répliqua fortement. Non loin des deux combattantes, Voldemort n'était plus qu'une boule incandescente qui menaçait d'exploser à tout instant.

- Hermione, ne reste pas là! cria Harry.

Mais Ombrage la bombarda de sorts, l'empêchant de bouger. Et soudain, la sphère explosa, projetant une gigantesque onde de choc. Occupée à dévier un sort de la Ministre, Hermione ne vit pas la déflagration arriver sur elle et elle se sentit décoller.

- HERMIONE!

Le hurlement de Drago fut la dernière chose qu'elle entendit avant de percuter violemment le mur de la Grande Salle.


(1) Sort de mon invention. "Mixtus" signifie "mélange" en latin.


*Se cache derrière son clavier pour éviter les Avada Kedavra envoyés par les lecteurs en colère*

Bon, d'ici le mois prochain vous allez certainement envoyer des dizaines de malédictions vers moi, et j'admets les avoir méritées. Mais... elle est pas géniale cette fin de chapitre? Je n'ai pas peur de l'avouer: je l'aime d'amour cette fin de chapitre plus sadique que tout ce que j'ai pu faire jusque là *niark niark*

Le mois prochain, l'épilogue arrive! Après huit ans et demi de travail, vous pourrez enfin lire la fin de cette histoire! Je publierai l'épilogue le DIMANCHE 24 MAI! J'espère que vous serez tous au rendez-vous parce qu'il va falloir me consoler de ma dépression post-Eternal Snow.

MON BLOG: vous aussi vous avez envie d'écrire des fanfictions mais vous ne savez pas comment vous y prendre? Vous voulez écrire une histoire sensationnelle et récolter plein de reviews? Alors ce blog est fait pour vous! "Ecrire une fanfiction" est ma nouvelle plateforme de partage où je vous donne tous mes trucs et astuces pour écrire une histoire aussi populaire qu'Eternal Snow. Et contrairement à mon précédent blog, ce blog-ci est bien en français! Le lien direct est dans mon profil, et l'adresse est: ecrireunefanfiction point com.

Voilà voilà, je vous laisse maintenant à votre review. Essayez de ne pas m'envoyer trop de tomates hihi. N'oubliez pas que je vous aime :)

Loufoca