Le téléphone de Rossi sonna avec une sonnerie personnalisée qui exigeait une attention immédiate.
La sonnerie réservée au directeur lui-même.
Et maintenant quoi encore ?! soupira Rossi en ouvrant la connexion tout en aspirant à un ton professionnel détaché.
- Agent Rossi, monsieur.
- Dave, mais que diable se passe-t-il ? Et par là je signifie les choses que je ne peux pas lire dans les quotidiens. Je sais que Hotch a été descendu. Mais…QUE SE PASSE-T-IL ?!
- Monsieur ?
- Pourquoi quelqu'un diffuse de l'information indésirable impliquant l'agent Hotchner ? Et avec des traces de lèvres ! EXPLIQUEZ-VOUS!
- Oh ça…
Par inadvertance, le directeur avait donné à Dave un indice sur la façon de sauver la face au nom de Hotch.
- Eh bien ce n'est pas exactement son visage, mais…
Rossi secoua la tête. Le frisson d'une possible échappatoire lui donnait le vertige. Et son supérieur continuait de parler…
- Oui, ça !
- Nous avons une suspecte qui démontre une déviance sexuelle, monsieur. Elle a une fixation sur l'agent Hotchner et elle fabrique une campagne de dénigrement contre lui.
Une longue pause. Rossi retint sa respiration et envoya une prière rapide à son Dieu catholique qui était de bon augure pour le pauvre Aaron, qui méritait certainement une pause à un moment donné. Lorsque le directeur repris la parole, ses paroles étaient mesurées, presque menaçantes.
- Au cas où vous n'auriez pas récemment suivi les nouvelles, Dave, ce pays est déjà la risée mondiale des Services Secrets. La prostitution. Les orgies et les beuveries. Les hommes en charge de la haute sécurité et les hommes de confiance sous l'auspice du Président des États-Unis sont réduits par les médias à n'être que des faux pas et des larbins qui n'ont que des intentions lubriques au travail. Je ne veux pas cela se produise au Bureau, sous ma charge. Compris ?
- Oui, monsieur. Mais je dois souligner que nous ne pourrons pas contrôler les actions ou les messages de cette suspecte jusqu'à ce que nous, euh… la trouvions, monsieur.
- Alors trouvez-la.
Une autre pause, puis:
- Et si c'est cet Agent Hotchner qui en est la victime, faites-en sorte qu'elle ne s'approche plus à nouveau de lui. Compris ?
- Oui, monsieur. J'ai compris.
Rossi avala péniblement sa salive. C'est un subtil rappel que l'homme qui occupait la position de directeur ne se laissait pas facilement duper.
Il sait que cette photo est réelle. Mais il va nous protéger aussi longtemps que nous pourrons gérer la situation et priver cette garce de sa plate-forme pour nous entrainer… mais surtout Aaron… dans la boue. Nous devons la faire taire.
Mais malheureusement, c'était justement le contraire… verbaliser et ne jamais disparaitre… était devenu la principale raison pour Megan d'exister.
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Rossi alla s'asseoir au chevet de Hotch jusqu'à ce qu'on ait besoin de lui ailleurs. Ou jusqu'à ce que l'épuisement l'emporte.
Reid, Morgan, Prentiss et JJ se trouvaient dans la salle de conférence du quartier général de la police de Dallas mise à leur disposition pour leur utilisation. JJ avait commandé des sandwiches et des sodas, mais l'appétit manquait. Les agents étaient assis à une extrémité de la table, ne démontrant qu'un intérêt illusoire au jambon et au fromage sur le pain de seigle. Sur le moniteur en face d'eux, Garcia affichait le même manque d'enthousiasme pour son bagel badigeonné de fromage à la crème et aux oignons.
- Pauvre Hotch, dit Prentiss qui exprimait tout haut ce que tous les autres pensaient.
- Je sais.
Morgan repoussa son dîner, pour croiser les bras sur la table, un berceau sur lequel il posa son front. Il émit une proclamation étouffée.
- Si je pensais que ce serait utile, je me posterais aux côtés du chef.
Garcia écarquilla les yeux à cette perspective.
- Non, Derek. Ça ne serait pas utile.
JJ, comme toujours, était la voix même de la raison. De plus, elle avait vu l'expression avide sur le visage de leur analyste technique. Certaines choses méritaient d'être étouffées dans l'œuf.
- Je le ferais aussi, marmonna Reid.
Le silence régna un moment.
Prentiss ne put alors retenir un rire de dérision.
- Bien sûr. Ce serait fantastique. Pourquoi pas un calendrier tant qu'à y être ? Les Boys du BAU.
Elle tentait de se contrôler, mais bien malgré elle, elle s'esclaffa de rire. Un rire qu'elle était incapable de réprimer.
- Cce..n'est pas drôle, dit JJ qui tentait également de retenir son propre rire.
Elle échoua. Les épaules de Morgan furent prises de tremblements.
- Que diriez-vous des Filles de la BAU ? J'achèterais le calendrier sans hésiter.
Prentiss était incapable de réprimer son amusement. Ricanant et reniflant, elle était recroquevillée sur elle-même dans cette soudaine hilarité ; une position qui la fit tomber de sa chaise. Elle se frappa le menton contre la table en chutant sur le sol. Même JJ était incapable de garder son sérieux. L'hilarité générale était davantage due à la fatigue et la limite émotionnelle, que l'humour réel de la situation.
Dix minutes plus tard, Morgan s'essuya les yeux, encore haletant.
- Ok les gars. Attrapons cette salope. Pour Hotch.
- Pour Hotch.
- Pour Hotch.
D'un seul et même dévouement et respect pour leur supérieur.
- D'accord. Donc elle commence à se préparer pour un nouveau meurtre, non ?
Encore essoufflé par son rire, Morgan se pencha vers l'écran posé devant eux.
- Eh mon petit cœur, peux-tu mettre sur pied un groupe de victimes potentielles ? Ces riches bâtards qui ont renié leur famille ? Je me demande comment leur belle image publique accueillerait l'implication du FBI dans leur vie ? Les gars, allons voir si nous ne pouvons pas secouer certaines cages dorées.
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Megan Kane se préparait pour son type préféré de rendez-vous.
Un certain type qui méritait une attention particulière, vengeresse, et, pour maintenir les choses intéressantes, qui impliquait de travailler son jeu dans un lieu différent. Le rendez-vous illicite aurait lieu à bord d'un yacht.
Megan commençait à se lasser de son modus operandi habituel. Cela lui donnerait une chance d'élargir son répertoire. Malgré la taille du bateau, son client lui avait assuré qu'ils seraient seuls à bord. Il était confiant de son grade de capitaine. Confiant, effronté, égocentrique et délinquant dans sa façon de se détourner de son ex-femme et de ses enfants qui luttaient de leur mieux pendant que Papa accrochait sa perche d'une jetée très sale et très dispendieuse.
Parfait. Megan se lécha les lèvres.
Et elle aimait tellement l'océan la nuit.
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Rossi tira sa chaise près du lit de Hotch.
Les sourcils froncés, il étudia les traits impassibles de son meilleur ami pendant plusieurs minutes. Il n'y avait aucun signe de conscience, mais les médecins avaient dit que l'activité cérébrale était normale… et c'était un signe encourageant. Au bout d'un moment, Rossi crut voir ses paupières bouger. Mais c'était peut-être un vœu pieu.
Et pourtant…
- Aaron, c'est moi, Dave. Écoute, nous devons parler…
