Chapitre 26
Il m'entraîna vers le nord, dépassant les lieux que nous avions l'habitude de côtoyer. La pente se fit plus raide – sans pour autant que cela me fatigue – et après une bonne heure de course, nous débarquâmes dans une clairière.
Je la reconnus immédiatement, c'était celle où il m'avait emmenée le soir où j'avais aidé Tulsa. Cela me fit remonter à une époque qui me paraissait des siècles. Pourtant, ne recomptant, c'était il y a à peine six mois, en novembre.
Quel changement ! De la petite craintive et timide sauvageonne qui avait quitté Fallercreeks, j'étais devenue une femme plus sure, plus confiante en elle. Bien sur, il me restait des traces, quelque chose dont s'était imprégnée ma personnalité et qui, indubitablement, ferait à jamais partie de moi.
Mais pourtant, j'avais changé. Et pour une raison simple : j'étais heureuse. Pour la première fois de ma longue existence, j'éprouvai enfin ce sentiment de plénitude et d'apaisement. J'avais trouvé dans cette famille et surtout dans l'amour qui m'unissait à Edward un équilibre qui me convenait.
Alors pourquoi retarder l'inévitable ? Puisque Edward voulait de ce mariage et que pour ma part, je me refusai à envisager ma vie sans lui, pourquoi le lui refuser ? Ma décision était prise : sitôt des Denali parties, je lui annoncerai la nouvelle. J'acceptai de devenir officiellement sa femme. Je ne voulais pas de Tanya dans les pattes. Je craignais qu'elle ne vienne gâcher cet instant.
A quoi penses-tu ? me demanda Edward. Tu ne me montres pas aujourd'hui.
Il parlait comme un enfant boudeur pour qui on avait oublié son gouter. Cela me fit sourire.
Nous nous étions allongés dans l'herbe grasse où pointaient des milliers de petites fleurs multicolores. Leur odeur enivrante me chatouillait les narines et je me laissais réchauffer par le soleil, voilé, du printemps.
Je le fis rentrer dans mon esprit, en prenant bien soin de ne plus penser à la bague.
Cet endroit est encore plus magnifique à cette période de l'année, pensai-je.
Il ne fut absolument pas dupe de la banale conversation vers laquelle je tentais de le diriger. Je lui fis un petit sourire moqueur et je l'embrassai tendrement, mes mains caressant sa peau, pour lui faire oublier ses soupçons.
Il répondit d'abord timidement à mon baiser. Puis sa respiration s'accéléra et je le sentis abandonner.
Tu n'as pas le droit d'utiliser mes techniques pour me divertir. Tu es démoniaque, pensa-t-il
Je souris tandis qu'il crochetait mes cheveux et s'allongeait sur moi.
Nous passâmes la nuit et la journée suivante à nous balader. J'aurai aimé que ce week-end ne finisse jamais. Hélas, lundi s'approchait dangereusement avec sa routine scolaire. Heureusement, l'année se finissait.
Que dirais-tu de partir tous les deux durant l'été ? me proposa-t-il. As-tu déjà visité d'autres pays ?
L'Europe et l'Amérique essentiellement. Mais cela fait tellement longtemps. Beaucoup de choses ont du changer, j'imagine…
Alors nous pourrions tenter l'Asie ou l'Afrique. Emmett et Rosalie ont adoré l'Afrique du sud, si bien sûr les combats avec des lions et des éléphants t'intéressent.
Je suis sure qu'il doit y avoir d'autres façons de les admirer, plaisantai-je.
Que dirais-tu si nous partions après le bal des finissants, en juin ?
Pourquoi si tôt ? Rien ne presse.
Edward eut un petit sourire moqueur.
En fait, j'aimerai bien être de retour pour la mi-août. Je soupçonne Alice de vouloir organiser
A mon air horrifié, il ne put s'empêcher de rire.
Tu veux plaisanter, j'espère ! m'outrai-je.
Je savais bien que tu réagirais ainsi. C'est pour cela que j'ai préféré te prévenir à l'avance. Tu as deux mois pour t'y préparer.
Deux mois pour angoisser, oui !
Je saurai bien te faire oublier ta peur, me murmura-t-il , d'une voix chaude.
Nous rentrâmes durant la nuit de dimanche. Les sœurs Denali devaient partir très tôt, le lundi matin et nous tenions tout de même à leur dire au revoir : notre absence se serait révélée impolie.
Je remarquai immédiatement la tension qui régnait dans la maison. Les Denali et les Cullen semblaient ne pas s'être adressés la parole depuis plusieurs heures et chacun restait dans son coin. En nous voyant, Tanya me jeta un regard noir avant de s'avancer vers Edward.
Je suis contente que tu sois enfin là, s'exclama-t-elle. Nous allions partir et je tenais à te voir avant une dernière fois.
Edward se renfrogna mais il répondit courtoisement :
Bien. Faites donc bon voyage.
Elle lui fit un petit signe de la tête, visiblement résignée et nous tourna le dos, suivie de ses deux sœurs.
Je ne pouvais pas croire que j'étais responsable de la dispute qui séparait les Cullen des Denali. Même si les trois femmes m'étaient particulièrement antipathiques, elles avaient toujours été liées avec ma nouvelle famille, et je ne me pardonnerai jamais s'ils devenaient ennemis.
Je lus alors dans l'esprit de Tanya : je coulais connaître les ressentiments qu'elle pouvait avoir à mon égard afin de pouvoir y remédier.
Je refuse de me battre contre les Volturi, l'entendis-je penser certainement à l'attention d'Edward. Ce qui se passe à Seattle n'est pas de notre ressort.
Je restai médusée. Voilà bien un nom auquel je ne m'attendais certainement pas à ce moment là.
Quelle est le rapport entre les Volturi et Seattle, demandai-je.
Tous s'arrêtèrent et me regardèrent, interloqués. Les Cullen avaient révélé aux trois sœurs que je ne lisais que dans l'esprit d'Edward et ils ne s'attendaient pas à ce que j'enfreigne la règle que je m'étais moi-même dictée.
Rien de bien grave, me dit Edward. Je t'expliquerai plus tard.
Son ton confiant tranchait avec son regard inquiet. Je me raidis subitement. Pour une raison encore obscure, je n'aimais pas son comportement. Ils voulaient me cacher quelque chose.
Je tentai de me remémorer ce que je savais sur Seattle. La plus grande ville la plus proche de Forks, la plus meurtrière également, des meurtres à répétitions qui sont apparus voilà cinq mois.
En quoi les assassinats à Seattle ont à voir avec les Volturi ? répétai-je en tentant de lire dans l'esprit de tous les présents la réponse qu'ils ne me donneraient pas oralement.
Edward voulut m'enlacer la taille mais je me reculai, refusant qu'il me touche. S'il évitait la discussion, c'était que l'évènement était très grave.
Je lus dans son regard une peine déchirante. Puis il soupira de résignation :
Je ne voulais pas t'alarmer, Bella. C'est pour cela que j'ai demandé aux autres de ne pas te révéler l'ampleur des évènements. Nous avons déjà vu comment tu pouvais te comporter face aux Volturi. Il était préférable que nous réglions le problème sans t'impliquer.
Je ne comprenais toujours pas où il venait en venir. En quoi les Volturi étaient-ils responsables de la vague de meurtres qui s'abattaient sur Seattle ?
Les Denali tentèrent de repartir mais je bloquai la porte d'entrée par les pensées. Surprises, elles se retournèrent vers moi pour comprendre ce que je désirais. Elles devaient rester ici, elles étaient les seules qui ne parvenaient pas à me bloquer leur esprit. Les Cullen paraissaient me cacher des informations. Même Emmett avait les idées confuses.
Je me tournai vers la télévision et l'allumai mentalement. J'entendis tous les vampires sursautés mais je ne prêtai pas attention. Je zappai les chaînes jusqu'à ce que je tombe sur des informations sui traitaient de ce sujet. Deux journalistes débattaient sur les violences urbaines. Trente assassinats étaient à déplorer : tous les meurtres avaient lieu la nuit, les cadavres étaient entièrement vidés de leur sang et atrocement mutilés. Les victimes semblaient prises au hasard : elles étaient de tous âges et de toutes races.
C'était le comportement typique d'un vampire. Quelle sotte j'avais été ! Voilà plus de six mois maintenant que je connaissais les faits et jamais je n'avais fait la relation.
Je n'avais plus besoin des Denali pour comprendre les conclusions de Carlisle et de sa famille : Les Volturi étaient en train de se forger une armée de nouveau-nés pour m'attaquer. Aux vues de l'aggravation des crimes commis dans la cille, elle devait se monter maintenant à une bonne vingtaine de membres.
Sans vraiment en avoir conscience, j'avais à nouveau laissé l'accès de sortie libre. J'entendis alors Irina murmurer une excuse et les trois femmes disparurent. Je les haïssais : non pas parce qu'elle refusait de m'aider, non pas parce que Tanya, visiblement, ne m'aimait pas, mais car elles laissaient la famille Cullen face à un grand danger. Combattre un nouveau-né était difficile : ces êtres étaient violents, instinctifs et impulsifs. Ils se nourrissaient de leur propre sang, ce qui leur garantissait une force plus élevée que celle d'un vampire plus ancien.
Mais en combattre vingt relevait de l'absurdité. Je savais que j'allais survivre. Aucun vampire ne pouvait me tuer, aussi fort soit-il. Mais je n'étais pas sure pour autant de pouvoir protéger mes sept amis.
Je stoppai là soudain ma réflexion. Je savais que les nouveau-nés ne pouvaient me battre. Et les Volturi le savaient également. Ce n'était pas logique…
Edward tenta une nouvelle approche et à nouveau je reculai.
Excuse-moi, Bella, murmura-t-il, la voix angoissée. Tout ce que je cherchai, c'était à te protéger. Carlisle pensait parler à Aro et le résonner. Si les Volturi comprenaient que tu ne cherchais pas à les détruire, ils vont rentrer chez eux, et notre existence aurait continué comme auparavant.
Je n'écoutai que d'une oreille distraite son argumentation. Je tentai de comprendre ce que signifiait ma déduction.
Pourquoi… hésitai-je. Pourquoi pensez-vous que les Volturi sont mêlés à cela ?
Carlisle s'avança alors. Son visage semblait plus serein que celui des autres.
Les meurtres ont commencé après qu'Aro et Jane soient venus nous voir. Ils ont pris une telle ampleur que les Volturi auraient déjà du intervenir. Tu connais leur règle.
Que les humains ignorent notre existence, répondis-je mécaniquement tout en tentant de poursuivre le fil de mon hypothèse.
S'ils ne l'ont pas fait, c'est qu'ils sont à l'origine de l'évènement.
Ou qu'ils craignent celui qui l'a fait, murmurai-je pour moi-même.
La vérité m'apparut comme un coup de poignard. Les Volturi n'étaient en rien responsables de tout ceci. Carlisle avait tord. Les meurtres n'avaient pas commencé après la venue d'Aro. Le premier avait eu lieu quelques jours auparavant, après que je me sois remise de mon malaise du sauvetage de Tulsa.
Quelqu'un d'autre avait senti l'énergie que j'avais utilisée.
Quelqu'un qui ne me craignait pas.
Vous avez commis une grave erreur en me cachant ses informations, continuai-je.
Nous ne voulions pas d'offenser, Bella, continua Carlisle, surpris soudain par le ton ferme de ma voix.
Je relevai la tête et le toisai froidement. Ma décision avait été prise en quelques secondes seulement. De toute façon, je n'avais pas le choix. Il n'y avait pour moi qu'une seule solution.
Je dois partir, affirmai-je.
Non, hurla Edward.
Il s'avança et je le poussai un peu brusquement par la pensée. Je devais fixer son père, ne pas le regarder lui, pour ne pas qu'il comprenne. C'était primordial !
Je n'ai plus rien à faire ici, continuai-je. Il est temps que je parte.
Ne nous hâtons pas, dit alors Carlisle. Réagir sous le coup de la colère nous fera regretter à tous des gestes inconsidérés.
Oui, tu as raison, Carlisle, répondis-je tout aussi froidement. Je suis en colère. Voilà des mois que vous vous jouez de moi. Je vous ai fait confiance, VOUS m'avez demandé de vous faire confiance. Je suis venue chez vous, j'ai refoulé mes peurs, mes craintes. J'ai même accepté de fréquenter un lycée. Et vous, vous avez utilisé ma naïveté.
En aucune façon, m'assura Esmée.
Vraiment, raillai-je. Je découvre d'abord que Carlisle cherche à retrouver la plante qui a servi à nous transformer et j'apprends maintenant que tous derrière mon dos, vous fomentez et conspirez.
Nous voulions juste trouver un moyen de régler ce problème, Bella, m'expliqua Edward.
Et toi tu as été le pire, continuai-je, tentant de cacher les tremblements qui commençaient à agiter mes mains. Tu étais celui qui s'arrangeait pour m'éloigner afin que le reste du groupe continue sans danger. J'avais une confiance aveugle en toi et tu as profité de la situation. Tu as fait en sorte que je ne me pose jamais de questions, tu m'as clôturée dans notre relation.
Non, gémit-il.
Tu t'es arrangé pour que je sois jalouse de Tanya pour que je m'éloigne et que vous puissiez vous retrouver seuls.
C'est faux, Bella, tout ceci est faux, me jura Edward. Je connais ton habitude à te sentir coupable de tous les évènements négatifs qui peuvent nous arriver. Je craignais tellement que tu en arrives à des extrémités. Je ne cherchai qu'à te protéger, parce que je t'aime.
Je fermai les yeux pour cacher mon émotion. Je devais finir rapidement cette conversation avant de craquer.
Et bien, tu as eu tord, Edward. Je suis parfaitement capable de me contrôler. Sinon, toi et ta famille ne seraient plus là pour écouter ce que je vais vous dire maintenant.
Je vis Jasper et Emmett se placer devant Alice et Rosalie. J'eus la nausée. Comment pouvaient-ils croire tous ces mensonges ?
Je vais partir et ne plus jamais vous revoir. Je vous conseille de vous éloigner de l'état de Washington. Les Volturi apprendront rapidement notre départ et ils rentreront alors sagement chez eux. Ne cherchez jamais à me retrouver. Comme tu l'as dit, Edward, je maîtrise mal ma colère.
Avant même qu'Edward puisse dire quelque chose, je disparus, m'enfonçant dans le nord de la forêt. Seul un long hurlement m'accompagna.
Avant de me diriger vers Seattle, j'avais une dernière chose à faire.
Ma disparition allait se savoir rapidement auprès des Quileutes. Et je ne voulais surtout pas que se déclenche une guerre entre les deux par ma faute.
Aussi je fis rapidement demi-tour, effaçant mes traces, jusqu'à la plage de la Push. Il faisait doux en ce mois de moi et je les retrouvai tous autour du feu.
Sam et Jacob se levèrent rapidement à ma vue. Ils avaient du comprendre que quelque chose s'était passée car leur sourire s'effaça immédiatement.
Je pars, leur dis-je simplement.
Comment ça, tu pars ? s'exclama Jake, les yeux soudain paniqués.
Voilà bientôt dix mois que je reste au même endroit. Je suis une nomade et une solitaire, Jacob. Il est temps pour moi de partir.
Les yeux du jeune indien s'agrandirent sous l'effet de la peur et il s'avança de quelques pas. Je me reculai pour garder la même distance entre nous. Je me souvins alors avoir eu le même geste avec Edward tantôt.
Les Cullen t'ont fait du mal, explosa-t-il.
Je pris le parti de l'ignorer et de m'adresser directement au chef de la meute.
Sam, j'ai décidé de partir de mon propre chef et personne d'autre que moi n'est responsable de ceci. Tu es chef des Quileutes et c'est à toi de faire régner la paix entre les deux classes. Puis-je compter sur toi ?
Sam me dévisagea longuement. Son regard devint alors froid et distant come au début où je l'avais connu. Je me demandai ce qu'il pouvait bien penser. J'allais lire dans son esprit mais sa réponse me surprit.
Je comprends ta décision, Bella. Et je la respecte. Tu peux compter sur moi, il n'y aura aucun problème avec les Cullen.
Quoi, vociféra Jacob. Non, mais c'est du délire, Sam. Tu ne peux pas laisser passer ça.
Encore une fois, je ne tins pas compte des remarques de Jacob. J'avais le soutien de Sam. Actuellement, c'était le plus important. Je devais maintenant disparaitre au plus vite.
Je te remercie, Sam et je vous souhaite une bonne continuation, affirmai-je, la gorge serrée en me retournant.
Sache tout de même que si tu changes d'avis, notre clan te sera toujours ouvert, me dit-il.
Je ne reviendrai jamais. Ma décision est définitive.
Je disparus aussi rapidement, laissant derrière moi un second hurlement.
Je partis vers le nord, m'enfonçant dans la vaste forêt qui traversait l'état de Washington.
Surtout, ne rien penser ! D'abord, m'enfuir, m'éloigner le plus loin possible de Forks ! Trouver le meilleur endroit possible pour attendre l'armée de nouveaux vampires et empêcher qu'un massacre ne soit commis.
En chemin, je plongeais dans un petit lac, me débarrassant de toutes les odeurs de ce qui serait maintenant à jamais mon passé.
Au bout de deux ou trois heures – le temps n'avait pas vraiment d'importance à ce moment là – je découvris une petite clairière qui semblait parfaite.
Je me blottis alors, trempée, contre un arbre.
Le silence s'abattit sur moi, comme une chape de plomb. Plus de rire, plus de caresses, plus de baisers. Maintenant, il n'y aurait plus jamais rien. J'étais à nouveau seule.
Mon corps se mit à trembler sans que je puisse le contrôler. Ce n'était pas le froid, bien que je continue à dégouliner d'eau. Des larmes ruisselèrent sur mes joues.
Je réalisai alors l'énorme bêtise que j'avais commise.
Et à mon tour, je me mis à hurler.
