Bêta : Emilie ! Merci pour tes conseils fifous quand je suis plus que foncedée ! T'es mon sensei ! Heureusement que t'es là sinon ça ne serait pas fameux.

Note : Bonjour, bonjour. Je viens à vous avec un chapitre spécial que j'ai eu énormément de plaisir à écrire. Ce chapitre met en scène les amours tumultueuses du double elfique, d'Eden – Eadun Carnillë et Thranduil. Il a lieu durant le second âge, vous pourrez y rencontrer le roi Oropher et tout l'Eryn Galen comme je le vois, c'est-à-dire un royaume vaste avec ses domaines. Dans ce chapitre, Eadun n'est pas « encore » défigurée, elle n'a pas encore effacée la mémoire de Ràvion et de Thranduil, elle n'a pas encore volé l'anneau de la terre (voir les réminiscences d'Eden, flash-back ). Eadun est une toute jeune elfe de 27 ans à l'orée de sa vie d'adulte, une femme en devenir dans un monde régi par des hommes. Thranduil doit ( encore ) épouser Vàna de la Vertefeuille à cette époque, mais vous allez voir que tout ne se passera pas comme prévu... C'est le tout premier chapitre d'Eden en mode elfe, il y en aura d'autres vu que j'adore faire des flash back !

Bien entendu, la suite suivra la Eden moderne avec Thranduil et commencera à boucler la première partie. Il est temps que tout le monde se casse à Eryn Galen.

Joyeux Noël, bonne année ! Buvez et fumez avec modération ( MDR )

En petite geekette je vois Orelon comme Tom Hiddleston, Oropher comme Sam Neil, Cuthalion Jason Isaacs, Eressëa Gaspard Ulliel ( ahah délire de meuf ).

Ps : Les fautes d'orthographes dans la lettre d'Eden, c'est fait exprès

Age de Vàna 1561 ans.

Age de Thranduil 1658 ans.

Eadun : signification ourson et prospérité

Personnages Oc :

Damoiselle Eadun Vertefeuille : cousine de Vàna, nièce de Uildor fille de Naimi et Belegorn Vertefeuille.

Damoiselle Vàna Estelil Vertefeuille : fille du seigneur Uildor de la Vertefeuille.

Nestadeth : la gouvernante, une elfe nando.

Eressëa Galvornion : Héritier du domaine du pin, fils de Galvorn, neveu du roi.

Orelon Oropherion : Fils cadet d'Oropher, seigneur du peuplier.

Cuthalion Belegion : Haut commandant des armées, seigneur du boulot blanc, ancien pupille d'Oropher et meilleur ami de Thranduil.


Chapitre spécial numéro 1 – Double Astral


Pink Diary

Aujourd'hui j'ai passer une journé nul. Vraiment pas bien a cause de mon frere Roger. Il me fait tous le temps croire des trucs pas vrai. Il m'a dit que les elfes existait et que je marierai avec le roi des elfes si je fezé des jolies maison pour les fées avec des petit morcaux de bois et des feuille. Alors j'ai cherché toute la nuie je crois l'avoir vu. C'était comme dans les film, il avait des long cheveux d'or mieu que les princesses disney et il était plus bo que leonardo dicaprio avec des yeux joli. Mais je me suis réveiller et mes parents mon trouver. Roger était inquiet, bien fait pour lui. Il m'a dit qu'il m'avé raconté des histoires et que j'avais fais juste un rêve en m'endormant contre l'arbre. C'est pas gentil de faire sa. Plus jamais je crois aux contes de fées. Et puis d'abor le seigneur des anno c'est du caca.

Eden 8 ans.

1 août 1562 Second âge du soleil

Fief de la Vertefeuille.

Les rayons du soleil lui cuisaient agréablement la peau… se laissant aller un peu, elle ferma un instant les yeux. C'était ennuyeux de devoir rester assise à terminer ce travail d'aiguille, tandis que le temps était si radieux et propice à toutes sortes d'amusements. Le gazouillement enchanteur des petits oiseaux, le parfum enivrant de la végétation, le goût exquis des mirabelles mûres. Son pied tapota frénétiquement contre le pied de la chaise, tant l'excitation des faveurs estivales la faisait languir.

Eadun pensa à tout ce qu'elle aurait pu faire de divertissant au lieu de se piquer les doigts. Aller manger des fruits dans les vergers, se baigner avec Eressëa et ses amis du village. Elle lâcha un petit couinement de douleur, l'aiguille s'était de nouveau plantée dans son index. L'inertie de son existence, lui devenait insupportable. Plus elle grandissait, plus elle avait le sentiment de ne pas disposer d'elle-même. Jouer avec ses amis du village ne posait aucun problème auparavant. Pourquoi précisément cet été on la privait de ses plaisirs ?

Les nuages lévitaient dans le bleu aérien du ciel, Eeadun rêvassa à la liberté de son enfance. Enfance joyeuse élimée par tant de nouveaux devoirs et de règles insipides venus des autres provinces du royaume.

« Quand le roi Oropher ne s'occupait pas de nous, tout était plus simple… Si seulement il pouvait nous oublier, le royaume est assez grand pour que tous y trouvent de l'agrément ». Le fil se cassa, ses pommettes poupines se s'empourprèrent sous l'énervement. La patience n'était pas son fort, naneth le lui répétait souvent.

Aux prémices de l'été, le premier soir des chaleurs étouffantes que portait le vent, naneth lui avait longuement peigné les cheveux, avec des étoiles plein ses yeux non dénués de tristesse : « Tu viens de quitter l'enfance ma douce, seule la cérémonie de majorité te sépare encore de la vie. Ne t'inquiète pas j'œuvrerai pour ton bonheur et nous ferons tout pour que tu restes le plus longtemps possible avec nous. ». Pourquoi sa mère disait des choses si stupides ? Sa poitrine arrondie, le dessin léger de ses hanches, cela n'avait aucune importance. Il y avait seulement le sang perdu chaque saison depuis une année qu'elle trouvait ennuyeux, douloureux et dérangeant. Les lunes faisaient partie des grandes discussions, son amie d'enfance Rían en avait fait les frais. L'âge de ses quarante-trois ans, année de ses lunes, elle s'était fiancée avec un chevalier du domaine du Chêne dans le lointain sud et elle ne l'avait plus vue depuis. Eadun avait beaucoup pleuré. « Rían vient de se marier, c'est une grande nouvelle n'est-ce pas, son époux devait être enchanté… Elle a brodé tout son trousseau elle-même ». La jeune elfe n'avait plus écouté sa mère, elle avait fait une grimace, en se disant à quel point les grandes personnes pouvaient être rabats-joies. Le rire de sa mère avait carillonné parmi le brouhaha des ellith des bains et Eadun avait replongé sa tête sous l'eau.

Les yeux piqués par des larmes de frustration, elle regarda sa gouvernante avec son air le plus éploré, espérant que la vieille elfe sylvaine daigne lui donner l'autorisation de jouer dehors. En réponse à cela, la matrone fronça les sourcils, lui intimant sans doute de reprendre son pénible travail.

- Vous sortirez quand vous aurez terminé, penneth, énonça la respectée gouvernante en la dominant de sa haute taille.

Nestadeth était belle comme toutes les représentantes de leur race. Cependant ses traits plus marqués et la sagesse de son regard vert feuillage révélaient aisément son âge avancé. Eadun avait soudain essayé de deviner son âge : cinq mille ans sans doute à s'occuper des elfling d'autrui. L'imagination d'Eadun avait alors mis en scène sa gouvernante dans l'Eryn Galen libre, qui rencontrait les sindar. Sa gouvernante avait été peut-être une guerrière. L'arc bandé, elle aurait tenu en joue les princes sindar venus de l'ouest. Cela aurait été fantastique !

- Si je termine rapidement, pourriez-vous parler à madame ma mère ? demanda-t-elle sur son ton le plus adorable. J'aimerais tant aller danser, s'il vous plaît … Je serai sage. La gouvernante arqua un sourcil circonspect. Je ne poserai aucun problème, je le jure sur la plus brillante étoile de Varda.

Nestadeth était trop occupée et lassée de devoir encore marchander avec cette enfant insupportable.

- On ne jure point sur Elbereth, combien de fois dois-je vous le dire ? s'énerva la matrone en lissant nerveusement les longs pans rigides de sa robe marron. Vous n'avez point fait votre entrée dans le monde, et le Seigneur Uildor a été catégorique. Eadun joua avec la manche de la chemise et imagina que c'était la tête de son oncle. Votre père et votre mère préfèrent aussi vous voir rester au village. Aller danser aux bals donnés en l'honneur du Roi, c'est rencontrer les Grands du royaume, et vous n'êtes ni prête ni présentable, acheva de dire la gouvernante en fermant le dernier bouton de la robe de sa cousine Vàna, qui, à ses côtés, lui adressa un beau et énervant sourire.

Depuis ce matin, la maisonnée était en liesse. Tout le monde s'affairait à l'ouvrage. Les feux des cuisines étaient allumés, et l'odeur délicieuse des mets préparés donnait à Eadun l'envie de saliver sur sa jolie robe. Ennuyeux, ennuyeux, ennuyeux : « ennuyeux », marmonna-t-elle en inversant pour la centième fois les points de la manche de la chemise en soie. Elle fixa son regard sur ses pieds emprisonnés dans les chausses neuves qu'on l' avait obligé à enfiler. Aujourd'hui, on l'avait réveillée aux aurores. Coiffée, habillée à la va-vite, et enfin elle était allée dans la chambre de sa cousine pour terminer ses travaux d'aiguille et admirer la fille du seigneur de la Vertefeuille qui se parait de ses plus beaux atours.

D'une beauté éclatante, Vàna tourbillonna dans sa magnifique robe de soie lilas. Sa longue chevelure brune polie de reflets auburns resplendissait sous la lumière d'Anar, dévalait les pentes voluptueuses de ses hanches et ondulait comme un lac caressé par une douce brise. S'émerveillant de la beauté de sa jeune maîtresse, Nestadeth souriait, ses yeux émeraudes bordés de larmes. C'est vrai qu'elle était jolie. Eadun aussi aurait voulu porter une jolie robe et danser jusqu'aux aurores. Les bals avaient l'air d'être quelque chose de merveilleux, moins intéressants que les voyages d' Eärendil à Valinor, mais si attirants.

Boudeuse, elle fit balader son regard caramel dans la douillette chambrée de Vàna. Une chambre bien plus belle que la sienne avec ses rideaux bleus striés de bordures de fleurs multicolores, la charmante cheminée de marbre, son lit à baldaquin gravé d'oiseaux et son moelleux tapis. La pièce était lumineuse, magnifique quand Vàna l'occupait.

Oui, c'était un très beau tableau à voir, mais Eadun se jurait de se carapater à la première occasion et rejoindre Eressëa. Tout cela était la faute du roi et de son haut conseil royal, ils avaient détruit tous les projets d'Eadun avec leur sale remue-ménage. Les grands seigneurs, les fils du roi et lui-même étaient tous allés chasser dans les terres royales proches des frontières du fief de son oncle. C'était la grande chasse annuelle où les grands d'Eryn Galen partaient massacrer des animaux innocents et comparaient leurs fortunes respectives comme leurs talents guerriers. Quand le roi se déplaçait, il partait avec une centaine de personnes – pages, seigneurs, écuyers et domestiques. Aujourd'hui c'était à la Maison de la Vertefeuille d'accueillir « tout ce beau monde ». Eadun n'avait jamais vu le roi, ni les princes. Ils ressemblaient à des figures lointaines, qu'elle trouvait tantôt effrayantes, tantôt magnifiques, et parfois, habitante du fief indépendant de la Vertefeuille, elle doutait même de leur existence. Elle enfonça l'aiguille dans le doux tissu de la manche de la chemise.

- Oh, mademoiselle, regardez, la manche de cette chemise est plus longue que l'autre, se lamenta sa gouvernante en observant son travail avec une mine dépitée. Aucun ellon digne de ce nom ne porterait un pareil carnage, même pas le fils du forgeron… Par Manwë, vous allez me faire quitter notre bon royaume pour prendre la mer un de ces jours, continua Nestadeth sur un ton culpabilisant en agitant la chemise sous le nez retroussé d'Eadun avec frénésie.

Vàna fit un sourire moqueur et s'assit sur son lit. Ses longs doigts fuselés allèrent planter un très beau peigne sur le chignon parsemé de fleurs qu'elle avait à l'arrière de sa tête.

- Il n'aura qu'à retrousser sa manche, rétorqua Eadun, un sourire canaille sur ses lèvres rondes.

Le beau visage de sa gouvernante prit une teinte cramoisie. Eadun continuait à regarder sa cousine belle comme le jour, les ailes arc-en-ciel du papillon parant le peigne magnifiait encore sa radieuse beauté. Elle leva le menton. « Vivement qu'elle parte se marier, celle-là », pensa Eadun.

- Ne faîtes pas la fière, mon enfant, gronda-t-elle les mains sur les hanches. Votre joli minois ne pourra pas éternellement jouer en votre faveur. Elle tira vigoureusement son oreille. Quel seigneur voudrait prendre pour épouse, une elleth incapable de tenir une maisonnée ?

Sa cousine se leva et posa une main aimable sur l'épaule de la gouvernante. Le parfum de chèvrefeuille de l'elleth noble lui caressa les narines, et la douleur de sa petite oreille pointue, méchamment maltraitée, se fit moins forte.

- Laissez donc, Nestadeth, dit Vàna d'une voix douce. Eadun n'a que vingt-sept ans, elle a tout le temps pour apprendre.

La noblesse transpirait de toute la personne de Vàna, elle était la fille du seigneur de la Vertefeuille, le frère bien-aimé de son père. Un destin grandiose s'ouvrirait à elle, Eadun en était certaine, même si la Maison de la Vertefeuille n'avait pas toujours eu les bonnes grâces royales. Unique domaine à refuser l'égide d'Oropher, il était resté des siècles en autarcie, vivant avec ses propres lois et vénérant l'Egnor sylvaine. La jeune Eadun était née dans ce climat bon enfant, habituée à une certaine liberté. Malheureusement, son grand-père avait laissé la seigneurie de la Vertefeuille à son fils ainé, Uildor, qui, admiratif de la grandeur du règne d'Oropher, voulut tout faire pour attirer de nouveau les faveurs royales. Sans la protection du roi, son oncle pensait qu'ils risquaient le pire. Il était donc descendu à la capitale, il y a deux ans avec Vàna dans le but de se faire une place à la cour et recevoir quelques titres. Chanceux, ils purent gagner mieux que des titres…

Un mariage avec l'un des grands seigneurs du royaume ! Eadun ne savait pas lequel, cela lui était égal, elle était seulement heureuse que sa cousine réalise son rêve – faire un beau mariage.

Le vent allait prestement tourner. Vàna était l'espoir vivant de toute sa famille. Son mariage ferait sortir les nobles de la Vertefeuille du besoin, redorerait leur blason rapiécé d'honneur nimbé par la feuille de frêne royale. Certains hivers, ils avaient tant souffert, Eadun sentait encore la faim lui ronger l'estomac. La Vertefeuille allait ployer devant son suzerain, et avec cette menace, Eadun ressentait les changements infimes. Le culte de l'Egnor fut interdit, l'éducation raffermie… Eadun put tirer un trait sur ses projets, et tout cela était à cause du roi, de son conseil cruel et de ses horribles fils. Eadun ne les avait jamais vus, mais elle était certaine qu'ils étaient aussi stupides que des sangliers.

« Le roi est comme le soleil », pensait son oncle, « loin de lui, ses serviteurs dépérissent ». Son grand père disait plutôt que le seigneur Oropher tenait plus du dragon que du cerf, et qu'il préférait lécher le cul d'un orc plutôt que de lui faire allégeance. Uildor avait éloigné son père, le soleil avait alors de nouveau brillé sur eux, jetant sur leur Maison noble trop longtemps oubliée par la capitale et ses voisins, un intérêt vif de la part de la grande noblesse et du roi cerf lui-même.

Mais, Eadun ne savait pas bien toutes ces affaires-là, on se gardait bien de lui apprendre. La connaissance de ces nouvelles était le fait de son nouvel ami Eressëa, son cousin Eressëa, le neveu du roi, qui attendait son père dans leur fief depuis cinq lunes.

La vieille gouvernante lâcha son oreille, Eeadun y porta instantanément sa main.

- Vous êtes bonne, damoiselle Vàna, dit Nestadeth avec déférence.

- Je ne me marierai jamais, je vais partir d'ici et découvrir le monde avec Eressëa, coupa Eadun d'une voix fébrile, mais décidée. Elle se leva et fit tomber toutes les pelotes d'aiguilles sur le tapis.

En rage, Eadun regarda sa cousine et sa gouvernante muette d'affligement.

- Eadun Belegorniel, une jeune fille de noble naissance ne hausse pas le ton, la réprimanda gentiment sa gouvernante. Bien sûr que vous vous marierez, votre père vous trouvera un bon époux de votre rang et vous vivrez heureuse dans notre logis de la Vertefeuille… Oh je voulais dire, rectifia-t-elle en faisant la grimace, dans le bon royaume du roi Oropher, dit-elle avec un petit sourire crispé, croyant sans doute la consoler.

Le pan bleutée de la robe de Vàna se traîna avec elle jusqu'à un joli fauteuil en velours. Envieuse, Eadun regarda encore le joli peigne. Être une elleth n'avait qu'un seul bon côté, au moins l'on pouvait porter des belles choses. Dommage qu'il faille étudier, tout cela pour espérer un jour échanger les anneaux d'or avec un seigneur abruti par la chasse, le complot et la guerre. Le mariage était un choix, il devait être célébrer après maintes pérégrinations, avec son âme sœur. Eadun ne voyait pas cela autrement. C'était triste de voir autant d'elfes qui se mariaient pour des alliances, et moins pour l'amour.

- Et Eressëa est le fils d'un grand seigneur, ourson. Il prendra la suite de son père comme le veut la coutume, cessez de rêvasser à des aventures puériles. Vàna agita la main contre son visage, comme si elle avait trop chaud. Il n'y a rien d'autre de l'autre côté de la lisière de la forêt que des races inférieures et mortelles. Vous pourriez voir les autres royaumes elfiques, mais ils n'ont rien à envier au nôtre, voulut lui apprendre sa cousine sur un ton docte et aristocratique.

Sans doute à cause de la mention d'Eressëa, la gouvernante eut l'air folle de joie.

- Dame Vàna a raison, ma chère, complimenta encore la douairière. Je suis néanmoins heureuse de vous voir bien vous entendre avec le neveu du roi. A-t-il fait mention de demander l'autorisation à votre père de vous faire la cour ? Vous n'êtes encore qu'une elfling, mais vous n'êtes pas vilaine et malgré vos lacunes dans tous les domaines inimaginables où doit exceller une damoiselle de votre qualité vous êtes une très bonne chanteuse, cela n'a pas dû échapper au jeune fils de Galvorn !

Bien sûr, il n'y avait que cela qui les intéressait. Elle hocha la tête, faisant balancer son épaisse tresse blonde sur sa frêle épaule.

- Non, il a mon amitié et j'ai la sienne, se justifia-t-elle en s'esclaffant. Quelle idée grotesque ! Seulement, je dois le voir dans l'heure, il voudrait me faire part de quelque chose d'important, dit-elle, malicieuse.

- Par Manwë, alors allez-y tout de suite, mon enfant ! s'exclama Nestadeth. N'oubliez juste pas de prendre un chaperon avec vous, Silmarien fera l'affaire, continua-t-elle en arrangeant sa couronne de fleurs, parlant de la femme de chambre. Oh vos mains sont toutes blessées, pinig…

Elle lui caressa les doigts avec un sourire maternel, et Eadun lui fit un baiser sur la joue. Elle se mit sur la pointe des pieds et fit aussi un baiser à sa cousine, qui lui pinça les joues, puis elle courut dévaler les escaliers tapissés de lierre : « Ne courez pas, Eadun. », cria la gouvernante.

La jeunesse faisait perdre toute priorité à sa petite Eadun. Elle ne se rendait même pas compte que les courbes de son corps annonçaient sa prochaine entrée dans le monde. Vàna enroula une mèche de cheveux autour de son index. Qui disait entrée dans le monde, disait fiançailles prochaines. La pauvre enfant lisait trop de poèmes et d'épopées du premier âge. Vàna méprisait son innocence et sa facilité à s'émouvoir devant toute chose. Elle était naïve et trop naturelle. Quelle tristesse, elle adorait Eadun et ne voulait pas la voir désabusée par sa condition ! Jamais, une personnalité comme la sienne ne pourrait survivre à la cour et pourtant il le faudrait bien. La mère de la jeune elfe ne manquerait pas de lui chercher quelque beau parti parmi les seigneurs invités. Vàna alla s'assoir devant sa glace et tapota de l'huile essentielle de chèvrefeuille dans le creux de son cou.

- Ne vous inquiétez point pour ma jeune cousine, dit Vàna de sa voix de velours, en mettant sa lourde chevelure de côté, Elle a son caractère certes, mais je ne peux nier que c'est une elfling charmante, dotée de très beaux yeux de biche qui ensorcèleraient les plus réfractaires. Elle ne manquera pas d'intriguer quelques ellyn, heureux de pouvoir exhiber une elfe de la Vertefeuille, et à moitié avari de surcroît. Elle sourit à son reflet. La cour du roi Oropher, quoique sindarine jusqu'à la racine, raffole des nouveautés exotiques venues des provinces, et Eadun en sera la plus belle pièce.

- Je partage votre avis, madame. Mais, je m'inquiète pour elle… . La pauvre enfant est trop spontanée. Si elle ne change point, je crains pour son avenir. Heureusement que vous êtes là pour sauver notre honneur, acheva-t-elle en caressant la joue lisse de sa protégée.

L'enfance d'un elfe était une période heureuse et longue autrefois pour les eldar de ce royaume. Seulement cela avait changé, contrairement aux temps de guerres où les elfes ne prenaient pas d'époux. Dans ces jours de paix fragile, les mariages arrivaient rapidement après la cérémonie de majorité et les fiançailles survenaient bien avant. Devinant les troubles prochains et l'agitation des forces ténébreuses, le conseil royal ne pouvait plus laisser les jeunes gens se divertir des siècles. Les académies militaires régies par le seigneur Cuthalion du bouleau blanc n'avaient que faire des jérémiades des ellith. Les garnisons ne se remplissaient pas toutes seules et pour protéger les précieuses frontières de son royaume, le roi Oropher savait qu'il fallait des naissances et vite. Vàna sourit à sa gouvernante, avant de s'admirer dans la glace aux moulures dorées de sa coiffeuse. La lignée d'Oropher avait besoin d'être assurée, et il n'y avait point de meilleures candidates qu'elle à cette tâche.

- Nestadeth, appelez ma camériste voulez-vous. Elle posa le peigne papillon sur le bois ciré du meuble. Il faut que je sois enchanteresse, le roi et ses seigneurs arriveront au crépuscule, j'ai seulement quelques heures…

- Bien entendu, obéit sa gouvernante, béate d'admiration devant sa beauté.

Elle défit le petit chignon et les nattes essaimées de fleurs, qui révélaient ses charmantes oreilles pointues.

- Il paraîtrait que la grande chasse a été bonne et que le prince Thranduil a fait des prouesses d'archeries… il me tarde de le revoir.

La gouvernante enleva une dernière fleur de sa chevelure, faisant courir les dernières mèches le long du visage angélique de Vàna.

- Il restera figé devant votre beauté… C'est un ellon d'exception et vous ma chère enfant vous deviendrez sa femme.

- Ma mère m'a parlé des discussions à mon propos, et je n'ai pu le croire. Dans sept jours, le roi annoncera nos prochaines fiançailles devant tous, et le royaume aura les yeux rivés sur notre logis. Elle serra sa gouvernante contre elle. Oh, je suis si heureuse, si heureuse que je pourrais en mourir. Mais ne dîtes rien à Eadun, je veux lui faire la surprise.


Il accéléra le pas, frotta la fine pellicule de sueur de son front. La forêt était dense, mais il connaissait déjà chaque arbre, écoutait leurs merveilleux chants et vénérait leur grandeur. C'était là qu'il la trouverait. Il sentit son cœur battre plus fort dans son torse. Celui-ci manqua un battement. Derrière le gigantesque tronc d'un chêne centenaire une feuille émeraude chut pour aller se faire emporter dans le courant de la rivière enchantée. Une deuxième tomba dans la chevelure dorée d'Eadun. Elle la prit, joua avec la tige, la faisant tourner face après face, ses yeux châtaigne dans le vague. Une fresque de fleurs d'elanor couronnait sa tête, et une grosse tresse comme un épi de blé mûr pendait dans son dos. Préférait-il ses pommettes légèrement bouffies, qui donnait à son visage un air tout à fait adorable ? Ses lèvres pleines aux contours de cœur ? Sa petite taille ? Ses bras ronds, ses jambes fines, ses fesses délicieusement rebondies ? Irmo, il ne savait pas. Il posa une main sur son cœur, l'intimant de s'arrêter, alors qu'il regardait ses jambes fuselées et ses petits pieds battre l'eau, chassant quelques libellules au passage. Elle avait relevé les jupes de sa robe d'un tissu vert aérien à mi-cuisses, et la pauvre enfant ignorait l'effet que cela produisait sur son jeune esprit en ébullition. ( NTLR : les ados des vrais chiens en chaleur ) Son regard marron clair se planta dans le sien, sur ses lèvres rosées se dessina un sourire coquin, comme elle seule en avait le secret. Non, elle savait, elle aimait jouer de son récent pouvoir d'elleth sur lui. Cruelle elfling !

- Valar, habillée comme cela, tu ressembles vraiment à une fille, dit Eressëa en masquant son trouble avec un sourire goguenard d'elfling adolescent.

- C'est parce que j'en suis une, orc… maugréa-t-elle en feignant de lui jeter la feuille dessus, alors qu'il s'asseyait à côté d'elle, enlevait ses bottes et retroussait son pantalon d'entraînement.

Elle fit la moue en mettant une mèche derrière son oreille pointue.

- Tu es en retard.

Eressëa n'était jamais en retard, l'être aujourd'hui n'était pas gentil du tout. Elle sourit, chassant vite sa mauvaise humeur et ses souvenirs traumatisants de broderies. A cet instant elle trouvait qu'Eressëa était particulièrement beau, non qu'il ne le fût pas d'habitude. Quand il sortait des entraînements, il avait ses airs d'animal blessé par les coups de son maître d'armes. Une rage perceptible dans le regard, battant comme le sang d'une veine jugulaire. Ses longs cheveux sombres tombaient sur son buste d'athlète juvénile, fin et fort comme un jeune arbre. Sa beauté androgyne, rendait les ellith du manoir toutes excitées, et mêmes les ellith plus vieilles l'adoraient. Surtout, c'était ses formidables yeux de givre, aussi pénétrants que deux lames tournées dans le soleil, qui faisaient perdre ses moyens à toutes. La chevelure sombre, les yeux clairs acides et la haute taille… Eressëa avait tout d'un sinda de haute lignée. Vainement, il lui était arrivé parfois de chercher dans son physique une ressemblance avec sa mère, la sylvaine Elenna, mais il y en avait aucune. Le corps du jeune ellon avait tout pris du côté sinda, c'était quand on regardait à l'intérieur que c'était différent. Il était doux, posé et fuyait les conflits inutiles. La sauvage soif de pouvoir, il ne l'avait pas ni les emportements communs aux sindar. Les sindar étaient comme l'océan, quand on croyait qu'ils tenaient tout de la forêt. Ils semblaient calmes, mais c'était pour mieux tempêter la seconde d'après. A moitié sylvaine comme Eressëa, Eadun préférait bien mieux la partie sylvaine.

La rivière enchantée brillait d'un éclat cristallin, elle suivit une autre feuille tombée du regard, la vit disparaître petit à petit au loin. Allait-elle à Laketown ou dans un village humain ? Quelqu'un d'autre la regarderait-elle aussi ? Eadun aurait voulu être cette feuille.

- Je... Il se gratta le sommet du crâne, ses longs cheveux noirs lisses comme des bandes de parchemins trempées dans l'encre dansèrent dans l'une des rares brises de l'été. Je m'entraînais à l'épée avec ton père, ma cérémonie de majorité approche à grand pas et je revois Adar… Je dois être prêt, lui faire honneur… Vois-tu, son regard alla se poser de nouveau sur les jambes d'Eadun, puis sur sa nuque chauffée par le soleil. Cette semaine, je vais combattre l'épée du printemps, je dois au moins tenir une minute.

L'épée du printemps était bien sûr, Thranduil Oropherion, le cousin d'Eressëa, un ellon aguerri par la politique et les combats depuis des lustres. L'héritier de son père. Ainsi, Eressëa voulait bien se faire voir par son cousin c'était…

- Tu deviens ennuyeux, Eressëa. Elle le secoua vigoureusement. Ne sois pas comme eux, je t'en en prie. Rappelle-toi notre promesse de partir voir la mer ensemble, les déserts du Rhûn et toutes les merveilles d'Arda, dit-elle passionnée. Elle le regarda baisser les yeux, et fuir son regard encore. Quel était son problème en ce moment ? Elle prit de l'eau claire dans le creux de sa main et lui aspergea le visage, Souris ! Souris Eressëa ! Il éclata de rire, s'épongea les traits avec sa manche.

- Arrête Eadun, demanda le jeune héritier, la situation est préoccupante. Il fronça les sourcils et son regard nagea avec le courant de la rivière. La maison de la Vertefeuille a intérêt à ne pas faire un pas de travers… Il la regarda dans les yeux. Les conseillers du roi voudraient que l'Aran confisque vos terres, et que vous soyez tous tenus sous bonne garde… Ils craignent vos mœurs qu'ils disent dissolues. Mon père, grand prête du culte d'Eru a beau avoir épousé une sylvaine, il déteste vos croyances. Un éclair d'inquiétude traversa les yeux d'ambre d'Eadun. Le roi veut vous soumettre par n'importe quel moyen. Il battit des paupières, fit tomber encore son regard parmi les brins d'herbe et les fleurs, ses doigts cherchèrent ceux de son amie. Je… crains pour toi. Le roi ne laisse jamais de deuxième chance et mes cousins sont les portes-étendard de l'étoile d'argent. Le prince Orelon hait ardemment l'Egnor. Et le prince Thranduil est bien moins à même de pardonner à ceux qu'il appelle : « des traîtres » que son père… Il se pinça les lèvres. Ne crois pas que je n'aime pas mes cousins, je les admire. Thranduil est un modèle pour moi, mais ce sont des ellyn de pouvoir…

Eadun gloussa, prit les bottes de l'héritier du pin et les jeta dans la rivière.

- Mais ! Mais ! Mais ! Voilà qui attira ton attention sur autre chose !

Le jeune héritier du pin poussa un cri d'étonnement et elle se leva continua à l'embêter à le chatouiller. Il répliqua en lui pinçant les joues, puis ils tombèrent tous les deux dans l'herbe tiède. Il était au-dessus ses mèches humides caressant son visage. Eadun sentit le cœur d'Eressëa battre contre elle, elle vit ses joues d'albâtre se colorer de tâches rouges et son souffle s'emballer.

- Promets-moi que tu resteras au village… Loin d'eux.

Sa main caressa sa gorge, elle le regarda en souriant, croyant que la plaisanterie continuait. Or, il ne plaisantait nullement. Il s'approcha lentement d'elle, et ses lèvres se posèrent sur les siennes. C'était si étrange, elle ne ressentait rien de particulièrement fort, c'était plutôt agréable. Elle poussa un frêle gémissement et le repoussa. Elle recula sur les coudes, sa natte était en train de se défaire faisant pleuvoir une myriade d'elanor sur sa robe aux voilages verts d'eau. Elle rejeta sa chevelure en arrière, le regarda, inquiète.

- Eadun, je ne savais point quelle folie me prenait ces derniers temps, je ne voyais que toi parmi toutes les autres… Je croyais devenir fou en ta compagnie tant mon fëa vibrait de plaisir. Il la ramena contre lui. Mais c'était aussi si douloureux. Je rêve de toi et ne pense qu'à toi… avoua-t-il dans une voix mourante. Si tu savais à quel point je souffre, je t' ai menti en te faisant croire que je voulais partir avec toi, alors que je n'avais qu'une seule envie c'était de grandir le plus rapidement et de demander ta main à ton père.

Il la ramena contre lui, mais elle s'agita de plus belle. Vint un silence entre eux et Eeadun ne sut pas quoi faire. Seuls la musique incessante de la rivière enchantée et le chant des oiseaux illustraient cette tragédie adolescente.

- Valar, Eressëa, réveille-toi ! s'exclama-t-elle. Tu peux être un ellon fantastique… Elle entoura le visage angélique d'Eressëa dans le creux de ses mains. Imagine… Partir loin, connaître des aventures… Nous pourrions faire tout ce que bon nous semble et devenir ce que nous voulons être ! dit-elle sur un ton enjoué.

- Mais ce que je veux devenir c'est l'épée de mon père et le bouclier de mon roi.

Elle le regarda un long moment, il semblait si différent que dans leurs précédentes rencontres. Ce n'était qu'un jeu, ils s'étaient déjà embrassés pour rire, il lui avait offert une bague faite en tiges d'herbe pour imiter les adultes, les singer. Un après-midi, ils avaient volé une bouteille de vin ainsi que des gâteaux et au plus profond de la nuit, ils avaient fêté un festin de minuit. Ils avaient dansé et dansé jusqu'au petit matin. La punition qu'elle avait subie au retour de cette escapade fut un prix dérisoire en contrepartie de la merveilleuse soirée qu'ils avaient passé ensemble. Vraiment, ils ne faisaient rien de méchant.

- C'est pour jouer ? Elle s'approcha de lui et caressa son nez retroussé contre sa joue.

- Non Eadun, cela ne l'est pas…, murmura-il. Je t'aime, il la regarda, ses yeux d'un bleu glacial brillant d'un éclat, d'une braise qu'elle ne lui avait jamais vu ou avait refusé de voir. Je te demande infiniment pardon…

Il la plaqua contre le tronc, et elle vit ses pupilles s'embraser de plus belle.

- Je suis le seul qui puisse te comprendre, Eadun, tu le sais. Ils feront l'impossible pour te marier à l'un des proches du roi... Ce sont tous des ellyn de plus d'un millénaire. Le seigneur de la Vertefeuille et votre père… Cela ne leur suffit pas de vendre ta cousine pour la sauvegarde de votre clan, acheva-t-il sombrement. Ils te vendront toi aussi.

Elle inspira et expira, exprima sa lassitude en poussant doucement son ami, une main posée sur son torse.

- Oui et alors ? Les pupilles d'Eressëa s'écarquillèrent. Cela n'a aucune importance, n'est-ce pas le destin d'une elleth de ma condition ? Tu te prétends mon ami Eressëa, et tu veux pourtant toi aussi me priver de ma liberté ? Pourquoi ? Nous ne sommes encore que des elfling… Ses traits s'affaissèrent sous la tristesse. Tu veux être un seigneur… Tu veux être puissant… Tu veux être comme eux… Tu te trompes. Elle tourna la tête et se peigna les cheveux avec ses doigts, faisant tomber encore quelques fleurs. J'ai peur de toutes ces choses, je ne veux pas me marier et être malheureuse comme naneth.

Comment avait-il pu se montrer si maladroit? Sa mère Naimi Rhosselas s'était mariée par dépit avec le Ser Belegorn de la Vertefeuille. Maintenant le couple vivait dans des talain séparés. D'aucun disait qu'elle était une sorcière de l'Egnor, qui n'avait pas toujours partagé la couche de son époux. Mais personne ne pouvait le prouver, et Eadun comme son jeune frère Rusco, un elfling d'à peine deux ans vivaient dans cet étrange climat.

Eadun Vertefeuille.

Jamais, il ne voulait la perdre, elle était devenue si indispensable à ses yeux. Parbleu, il avait eu tort de lui dire toutes ces choses, mais il voulait tant qu'elle parte avec lui dans le sud de la forêt, là où se tenait la grandiose maisonnée du pin. Galvorn son père l'aimait énormément et sûrement, il accepterait de prendre Eadun comme pupille, puis il pourrait l'épouser plus tard. Eressëa voulait se persuader : « C'est possible, il acceptera … Je dois juste lui faire entendre raison ». Eadun sourit et se hissa sur une branche au-dessus. Ainsi elle monta, monta encore et disparut enfin dans la mer de frondaison rafraîchie par les feuilles.

- Eadun, descends de là, je suis désolé ! cria-t-il en mettant ses mains de chaque côté de sa bouche pour augmenter la portée de sa voix. Je te conjure de me pardonner, descends et nous parlerons calmement. Tu…Tu sais que j'ai le vertige.

Une mirabelle lui tomba sur la tête, et encore une.

- J'en ai encore pleins dans mes poches, alors prenez garde, monseigneur ! Si vous m'aimez, je vous demande de partir, une mirabelle frôla son oreille, je m'étais trompée vous êtes un vrai sinda, vous croyez pouvoir prendre tout ce que vous voulez ! Ne revenez que quand vous reviendrez à la raison !

Il évita un autre fruit, son agilité elfique, lui permit de ne pas s'en prendre d'autres. La colère montait en lui, sa fierté tombait en morceaux, tandis qu'une elleth lui lançait des mirabelles. Si son père le voyait.

- Très bien, je m'en vais ! cria Eressëa.

- Très bien, bon débarras !

Pieds nus, son pantalon trempé, sa cotte d'entraînement à moitié ouverte, il avait piètre allure. Il savait qu'elle s'amusait encore avec lui et même, s' il était en colère, il ne pouvait s'empêcher de rire.

- Bien !

- Bien, acheva Eadun dans un sourire en lui envoyant une autre mirabelle.


Les arbres géants entonnaient un chant joyeux à l'approche du splendide cortège royal. Les seigneurs étaient tous montés sur des destriers aux robes couleur du soir, tandis que petit à petit le soleil tombait dans l'horizon et que resplendissait encore plus la fière monture immaculée du Roi Cerf, le plus grand seigneur des bois du nord et le maître de ses domaines. Il portait comme ses conseillers ses vêtements de chasse, et sa chevelure argentée tressée fermement contre ses tempes affirmait les durs contours de son visage. Personne ne pouvait nier sa royauté en cette merveilleuse journée auréolée des plus beaux succès à la chasse. Oropher laissa à ses lèvres fines le loisir de s'étirer en un petit sourire rempli de satisfaction. Sa longue cape pourpre posée sur ses larges épaules encadrait sa grande taille. Sa magnifique cotte de chasse gravée d'arabesques dorées s'entrelaçant à des crochets de bronze, accentuait encore plus la vigueur de son corps de guerrier. Le roi avait connu des guerres, les combats, la mort et la perte, mais l'existence paisible qu'il coulait depuis bientôt un millénaire dans son vaste royaume avait amoindri ses tourments. Il se félicitait d'enfin pouvoir posséder la Vertefeuille, ce fief accaparé par le premier seigneur de la Vertefeuille de Doriath.

Le traître avait fait croire à une allégeance prochaine quand ils eurent passé les lisières de la forêt. Il ne tint pas sa promesse. Le maître de la Vertefeuille avait voulu posséder son propre domaine sans n'en avoir rien à faire de sa redevance à l'ordre de l'étoile d'argent.

Son regard d'un bleu d'acier, similaire à ses fils et ses pères, admira la luxuriante végétation de ce côté de son royaume, laissé trop longtemps dans l'oubli. Sur ces terres, les elfes sylvains avaient les mêmes droits que les sindar et ils n'obéissaient à aucune loi de Thingol. Pire, ils avaient décidé de prendre la religion des elfes nandor du premier âge, l'Egnor, qui vénérait les sept filles de Yavanna.

Stupidité, il s'occuperait de ce territoire et, si le mariage de son fils aîné n'aboutissait pas, il confisquerait leurs terres et la posséderait pour lui-même. Les domaines de la maison du Frêne nécessitaient un plus grand espace vital. Il sourit au seigneur Cuthalion, son ancien pupille, qui chevauchait aux côtés de son frère Galvorn et de son plus jeune fils, Orelon. Cuthalion était un ellon, qu'il tenait en très haute estime et qui entendait les choses de la même manière que lui.

Il fit un grand sourire, ses dents blanches resplendirent dans les éclats du soleil timides de la fin d'après-midi, rayons craintifs, se faufilant parmi les feuilles des hauts arbres. La chasse excellente, ses deux fils près de lui et non pas partis dans quelques occupations diplomatiques ou dans la sécurité des frontières, il se sentait bien, heureux, puissant. Il caressa la crinière argentée de son cheval. La curiosité le titillait, les elfes de la Vertefeuille avaient vécu si loin des affaires du royaume dans leur petit domaine.

- Ces bois sont enchanteurs, aranen , dit Cuthalion. Nous aurions dû nous occuper de leur cas plus tôt, retentit la voix profonde du commandant des armées, ses sourcils arqués de faucon tombant sur son regard métallique.

- Il est certain que j'aurais dû songer à un mariage plus tôt, cela permet de régler nos problèmes sans écueils.

- Ernil Thranduil a l'air d'accepter cette idée, poursuivit Cuthalion.

Galvorn rentra dans leur conversation avec la subtilité qui lui était propre.

- C'est le devoir de tout prince de sang, et puis il a assez profité de son célibat, n'est-ce pas sire mon frère ?

- Assurément, d'ailleurs où est-il ? Il regarda dans les arbres, connaissant son fils, il devait encore être en chasse. Thranduil détestait manquer sa cible.

D'une beauté glacée, svelte et musclé, les cheveux noir d'ébène, les yeux d'un bleu aussi vif qu'un ruisseau figé par les derniers gels de l'hiver. Orelon fit éclater son rire. Il était vêtu richement, outrancier dans ses atours, portant un pourpoint émeraude au col fermé d'une broche d'or en forme de feuille de peuplier, sa maison princière, dont il avait la gouvernance dans les terres royales au-delà de la frontière de la Vertfefeuille.

- Mon frère traque une biche blanche depuis une journée déjà, je lui ai dit qu'elle était bien trop vive, mais il ne veut rien savoir, dit-il sur un ton de velours. Si vous l'aviez vue, Adar, je n'ai jamais vu une petite merveille pareille… Il leva le poing en l'air. Ce domaine est un trésor, dommage que Thranduil doive épouser la petite fille d'un parjure pour nous l'approprier. Nous aurions dû prendre ce qui est vôtre par les armes, termina-t-il passionné, un sourire carnassier sur son visage fin, ses yeux de glace, comme deux orbes de cristal à contrejour du soleil habités par l'envie la plus forte, celle de posséder immédiatement et sans douceur. Vous…

L'arrivée de Thranduil, qui tomba gracieusement d'un hêtre lui coupa la parole. Son frère n'avait même pas daigné revêtir des vêtements décents pour la rencontre avec sa future promise tant il avait été obnubilé par sa traque. Le prince, une main sur son cœur, salua respectueusement son royal père. Sur l'une de ses épaules pendait le corps de la biche au pelage marron et sur l'autre son arc et son carquois à moitié rempli. De toute sa carrure se ressentait la force, la virilité d'un grand d'Eryn Galen. Il n'avait pas tressé sa longue chevelure cendrée, qui tombait sur son plastron de cuir noir d'où dépassait le tissu de sa tunique de chasse bleu marine. Sa riche cape saphir brodée au col de l'écusson de sa maisonnée, finissait d'auréoler cette puissance de la nature. Orelon lui fit un large sourire et Cuthalion lança un regard entendu avec Oropher quand ils virent la biche abattue.

- Elle a filé… dit-il dans un souffle.

Son visage paisible ne laissait entrevoir nulle frustration, mais Oropher qui connaissait bien son fils savait à quel point sa fierté avait pu être froissée. La persévérance était l'une de ses principales qualités quand celle-ci ne s'alliait pas à son entêtement. Un jour, il avait manqué sa cible à Doriath dans sa prime jeunesse, et Oropher avait dû lui-même le chercher dans les bois de Neldoreth. Il s'était attendu à le sermonner sévèrement, un jeune fils de seigneur ne partait pas tout seul à la chasse. Or quand il avait trouvé son premier né, l'elfling de dix ans surexcité, lui avait montré la dépouille de la biche en criant : « Je l'ai eu, Adar ! ». Le roi elfe sourit à son frère Galvorn, l'histoire entre les biches immaculées et son fils aîné ne se terminerait-elle jamais ? Ses souvenirs le rendirent un brin nostalgique d'un temps où ses fils n'étaient que des elfling, et non des ellyn princiers. Les quêtes restaient pourtant les mêmes…

Orelon rit sous cape, tandis qu'un rayon boisé éclairait sa tiare d'argent.

- Tu as manqué la blanche alors tu t'es défoulé sur l'une de ses sœurs… Est-ce ta future promise qui te trouble à ce point ? Il fit une petite grimace de dégoût. Je te comprends, cela doit être si dur d'être contraint à un tel sacrifice et tout cela pour posséder un bout de terre qui devrait déjà nous appartenir…

Il regarda son frère, un sourire malicieux sur ses lèvres.

- Je ne suis contraint de rien Orelon, il est temps que je prenne femme. Autant que ce soit fait dans la province, les ellith de la capitale m'épuisent par leur frivolité.

- Ah, bon, mellon ? Je pensais que c'était une toute autre forme d'épuisement ? demanda Cuthalion sur le ton de la plaisanterie.

- Impossible. Au lit je ne ressens aucune forme d'épuisement, plaisanta Thranduil, grisé par la chasse.

Le roi lança un regard sévère à son fils, puis se prit à rire. Décidément, les bois jouxtant la rivière enchantée l'apaisaient plus que de mesure. Thranduil fit descendre le corps de la biche de son épaule et le donna à un page. La grande chasse estivale était sa période favorite de l'année. Cette année, cela était même excitant de visiter le domaine de la Vertefeuille. Après tout le travail qu'il avait entrepris pour que ce fief rentre enfin véritablement dans le royaume, ses efforts seraient récompensés. Il épousseta son épaule, une feuille verte voleta vers le sol. La Vertefeuille appartiendrait à la couronne et l'Egnor serait enfin étouffée par l'étoile d'argent. Le moyen d'y arriver était si simple. Il avait étreint tant d'ellith sans pour autant se lier à une seule, alors prendre épouse ainsi ne le dérangeait aucunement. Thranduil Oropherion connaissait ses devoirs et faire croître la lignée de sa maison n'était pas le plus difficile de tous. Vàna Vertefeuille était belle, vierge et sinda. Elle ferait une princesse parfaite.

Cuthalion descendit de sa monture et inspecta la prise de son ami de son œil expert. Il le railla de ne pas avoir pu avoir sa biche blanche, et Thranduil renchérit que quitte à devoir rester trois lunes dans les bois, il l'attraperait comme toutes les autres. Le roi leva le bras, intimant l'arrêt de la longue délégation royale.

A l'étonnement de tous, le roi lui-même mit pied à terre. Force millénaire et grand guerrier, Oropher irradiait de majesté. Thranduil était fier de porter la livrée du Frêne, d'être son fils aîné. Tous verraient à la Vertefeuille à quel point la famille royale était soudée. La puissance que dégageait le roi des forêts et ses fils briserait les dernières barrières de la maisonnée parjure.

- Ta monture est à l'arrière du cortège avec la mesnie du Seigneur Seregon, ion nin. Je pourrais donner l'ordre de l'amener, mais j'ai une autre idée ! lança le roi, géant parmi les géants, conquérant de la dernière parcelle de sa forêt. Galvorn, mon frère… Thranduil, Orelon et Cuthalion, je vous veux pour une promenade jusqu'à la maisonnée de la Vertefeuille. Il sourit. J'aime contempler la beauté de ma forêt et j'ai rarement vu ce côté de la rivière enchantée. Nous allons donc surprendre nos hôtes ! Cela fera grand plaisir à ta future promise, Thranduil !

Un léger sourire fendit les lèvres du prince héritier.

- Je n'en doute pas une seule seconde, Adar.

Marcher tranquillement dans les bois de la rivière enchantée était une activité délectable dans cette forêt cet été caniculaire où les ellyn originaires de Doriath s'épanouissaient dans leur milieu naturel - la forêt. Pourtant cette partie d'Eryn Galen était différente des autres car il y régnait une atmosphère sauvage, comme un lieu encore inexploré, à l'époque hors d'atteinte. Les fouler était un droit, une victoire pour Thranduil. Le vaste royaume elfique d'Eryn Galen compterait maintenant le fief de la Vertefeuille en son sein.

Le cortège s'était éloigné, prenant une autre route, et ils s'enfoncèrent plus profondément parmi les vieux arbres, âmes millénaires alimentées par la magique rivière enchantée. Son père se prit même à enlever sa cape royale et sa tiare d'or, de façon à se mouvoir dans ces lieux sans en troubler la quiétude. Il ressentit un étrange sentiment, il marchait dans le royaume de son père, mais dans des endroits où il n'avait jamais mis les pieds. Eryn Galen était pourtant connue de lui dans ses moindres recoins comme une amante. Or ce n'était pas le cas des bois de la Vertefeuille, coupés trop longtemps de la portée du sceptre de son père. Il huma le doux parfum de l'humus, et de l'écorce, toucha les troncs des chênes pour en apprendre leur histoire. Un lieu virginal, séduit, conquis, et qui serait défloré par lui-même quand il prendrait la damoiselle de la Vertefeuille pour épouse.

Cuthalion parlait calmement avec son frère, Galvorn le regard perdu dans les feuillages semblait revoir les salles boisées des bois de Region. Le grand roi Oropher marchait seul à l'avant, sa démarche noble, aérienne appelait cette partie des bois à lui confier ses terres. De dos, Thranduil crut revoir son père plus d'un millénaire auparavant, quand il était seigneur à Doriath et chassait avec lui. Est-ce que son visage reflétait la même joie que dans ces temps anciens où son épouse était encore en vie ? Il l'espérait du plus profond de son âme. Le grand prince était comblé, et jubilait de voir son père enfin contrôler toutes les parcelles de son royaume. La voix malicieuse d'Orelon coupa cet instant de quiétude.

- Par Manwë, mais qui vois-je là ? Regardez Adar, mon oncle ! Mon cousin Eressëa ! dit-t-il en pointant sa main fine sur un elfling presque adulte, qui traînait ses pieds nus dans la mousse tiède de la forêt, le visage renfrogné.

Galvorn s'arrêta et fronça ses sourcils noirs, qui tremblèrent comme deux serpents. Le roi ouvrit ses bras voulant accueillir son neveu mais le principal intéressé n'en avait cure. Il était comme absorbé par le sol et marmonnait dans sa barbe des paroles inintelligibles. Eressëa arborait toujours l'apparence impeccable de jeune héritier. Ce jour était un grand jour pour l'elfling, il allait revoir son père et son clan pour les premiers combats de sa cérémonie de majorité. Il ressentait grande joie à revoir son jeune cousin, qu'il considérait comme son frère. En revanche, l'elfling n'avait pas l'air enchanté. Thranduil fronça les sourcils. Très loin de l'être même…

Soudain, le jeune elfe nota enfin les arrivants. Son visage blêmi, chose encore plus étrange, il se prosterna devant le roi, embrassa son père, sans pour autant perdre son air stupide, comme si voir ses illustres parents l'ennuyaient seulement plus que de mesure. Timide, il accepta l'étreinte du souverain, la tape sur l'épaule de Cuthalion, puis il le regarda d'un air encore plus idiot et Thranduil eut envie de le secouer.

- Tu n'as pas honte d'être vêtu comme le dernier des maroufles… s'énerva le seigneur Galvorn. Nu pieds, sans tes bottes, encore dans tes vêtements militaires et par les Valar ton pantalon est trempé ! Il regarda son fils avec inquiétude. Que t'est-il arrivé mon fils ?

Eressëa rougissant se gratta la gorge.

- Je suis tombé… sur… Je veux dire j'ai rencontré une… un animal sauvage et j'ai…

- Assez, mon cousin, vous vous humiliez à proférer de pareils mensonges, dit Thranduil sur un ton tranchant, tandis que le visage juvénile d'Eressëa prenait la couleur d'une tomate bien mûre. Un grand sourire s'épanouit sur les commissures des lèvres du grand prince, il alla vers son cousin et lui tapa fermement sur l'épaule. Je plaisante, jeune cousin. Tu sors de l'entraînement je vois ! J'espère que tu es prêt à m'affronter ?

Le frère de Thranduil ricana, il posa l'une de ses grandes mains pâles sur l'une de ses hanches.

- Si tu tiens plus de cinq minutes, je t'offrirai un beau présent, jeune cousin ! rit Orelon, accompagné de Cuthalion, qui en digne commandant des armées avait grand hâte de voir les progrès de l'héritier du pin.

- J'offrirai donc le double ! dit Oropher de sa voix grave et douce. Même d'une voix extrêmement calme, la force que dégageait son père permettait de se faire entendre. Mais la parole d'un roi n'était-elle pas édit de roi ? Quelle est l'arme qui a à ta préférence ? demanda Oropher, en marchant près de son neveu.

- L'épée, sire, répondit la petite voix d'Eressëa. Etrangement, plus ils s'approchaient tous des rives de la rivière, plus son visage se décomposait.

Le grand roi sourit, son regard sage caressa l'elfing d'un aprobe paternel.

- C'est fort bien, mais il ne faut pas se limiter à l'épée. Un elfe de ton rang se doit de connaître toutes les armes d'un grand seigneur. Mes fils t'enseigneront, et croiser le fer avec ion Thranduil te fera le plus grand bien.

- Je suis prêt votre grâce, à devenir un ellon, avoua l'elfling. Je veux passer ma cérémonie de majorité !

Oropher rit doucement et tapota la joue de son neveu.

- Ne sois point trop impatient, Eressëa.

Ils avancèrent tous jusqu'à la rive de la rivière où un vieux chêne tirait son eau. A partir de là, Eressëa avait le teint d'une jeune pucelle à ses noces. Le roi posa sa main parée de bagues sur l'écorce de l'arbre, lui parla dans la langue de ses pères, dans un moment de pur recueillement.

- Je pense que nous devrions partir, dit l'elfing d'une voix ferme et sans appel. Galvorn sursauta en entendant son fils parler ainsi à son souverain. Et Thranduil croisa les bras sur son torse puissant, scrutant les expressions contraires, qui se disputaient l'égide sur le visage d'ange de l'elfling.

Ce qui arriva fit pâlir le visage d'Eressëa comma la neige des montagnes solitaires. Cuthalion Belegion, grand archer, banda son arc et le pointa en direction des frondaisons frémissantes du chêne. Une mirabelle frappa la tempe d'Oropher, roi de Vertbois le grand. L'œil d'un elfe ne pouvait pas se tromper, c'était bien une mirabelle qui tombait, puis une et encore une.

- Par les feux du Mordor, nous sommes attaqués ? pouffa Orelon, tandis qu'Oropher lui lançait un regard noir. Allez-y, mellon ! Tuez cet impudent écureuil ! rit le jeune prince de plus bel à l'intention du commandant des armées.

Eressëa se mit alors entre Cuthalion et le chêne, levant haut les bras, les traits tordus par la terreur.

- Non ! Ne faîtes pas cela ! hurla-t-il, il leva son visage vers la cime de l'arbre. Je t'en prie, arrête cela, je ne suis pas seul idiote !

Une voix féminine, juvénile surgit des feuilles vertes du chêne avec une pluie de mirabelles.

- Tu as ramené des amis avec toi pour m'ennuyer, sale orc ? tinta la voix de l'inconnue. Tu vas le regretter ! L'inconnue éclata d'un rire clair, comme un gazouillement. Retourne à Telperion chez ton père le grand seigneur et chez ton roi devenir épée et bouclier !

Le souverain d'Eryn Galen ordonna à Cuthalion d'abaisser son arc et Eressëa eut l'air soudain de manquer d'air. Alors on avait le toupet d'insulter le roi lui-même alors qu'il se rendait dans l'une de ses provinces ? Thranduil échangea un regard sombre avec son frère. Cela avait l'air d'un enfantillage mais un enfantillage qui avait agressé la personne du roi avec des mirabelles…


Eadun battit des cils, allongea ses jambes sur le bois rugueux de la branche où elle s'était couchée. Confortablement alanguie contre le tronc, elle regarda les larges feuilles émeraude, qui la dissimulaient à la vue des elfes venus troubler sa quiétude. Ce lieu était son refuge à elle, et à elle seule. Généreuse, elle en avait fait profiter Eressëa, pensant qu'elle pouvait lui faire confiance. Et voilà qu'il revenait se venger d'elle en ramenant des indésirables avec lui. Une petite chose l'avait interpelée. La personne qui venait de parler n'avait pas une voix d'elfling, ni celle d'une jeune personne. Mais bien, une voix d'ellon… Elle ramena ses genoux contre elle, tapota ses doigts meurtris par les aiguilles sur le doux tissu de sa robe.

- Je vous ordonne de descendre immédiatement de cet arbre, ou je viendrai vous en tirer moi-même ! gronda cette fois-ci une voix effrayante, rauque, grave… La voix que prenait Adar quand elle faisait une grosse bêtise.

Elbereth, avait-elle commis une idiotie en lançant ces mirabelles ? Avec qui Eressëa était-il revenu ? Le sindarin de l'inconnu avec un accent sophistiqué celui des elfes de haut rang habitués à l'emploi du doriathrim. Autant dire que dans les bois de la Vertefeuille, personne ne parlait de cette manière. Ses lèvres tremblèrent, elle comprenait peu à peu que « les amis » d'Eressëa ne devaient point être ses amis mais des ellyn plus âgés. Combien étaient-ils ? A l'écoute de leur accent, ils venaient de la cour du domaine royal de Telperion dans l'EmynDuir. Hors de question qu'elle descende, il fallait qu'elle s'en aille et vite. Depuis son enfance, Eadun passait des journées entières dans les arbres. Elle connaissait par cœur ces bois, il ne lui fallait qu'à…

- Sedho, mellon Cuthalion, vous allez faire peur à l'écureuil, dit la voix chaude du premier ellon.

Elle blêmit. Eru, elle ne pouvait se voir, mais elle savait qu'elle devait être blanche comme un linge. Le seigneur Cuthalion de Bar-en-Nimbrethil… Haut commandant des armées et de la garde royale, la jeune elfe avait entendu des sacrées histoires sur ses prouesses guerrières. Son domaine était à l'ouest du leur et Ada n'aimait pas trop leur belliqueux voisin. Depuis que l'aran Oropher avait déplacé sa capitale au nord de son royaume, leur charmant domaine était plus que tout en danger. Le seigneur Cuthalion à l'ouest, la capitale royale au sud-est et le domaine du prince Orelon, juste tout près du leur. Son estomac commença à faire des bruits étranges, cela arrivait toujours quand elle était nerveuse. Elle hoqueta. « Pas nerveuse, terrifiée ».

- Descendez ma douce et je vous jure que je ferai l'impossible pour qu'il ne vous arrive rien de fâcheux à terre, plaisanta encore l'ellon rieur tandis qu'Eadun se mordillait les ongles.

- Ne faîtes point des promesses en l'air ernil Orelon , articula le monstrueux Hîr Cuthalion.

- Je ne pensais pas que mon fils unique fréquentait des gueux, cracha la voix aristocratique du seigneur Galvorn. Lui, elle le connaissait, elle l'avait déjà entendu se disputer avec Adar dans le petit salon quand son père refusait d'aller présenter ses respects au roi.

Qu'avait-elle fait ? Par sa faute, Vàna aurait des ennuis. Et si celui qu'elle devait épouser était le seigneur Cuthalion… Des larmes lui piquèrent les yeux. Grande sœur allait la détester, et son oncle le seigneur Uildor lui interdirait définitivement de se promener toute seule en forêt. Elle tenta de réunir l'once de courage qui lui restait, cependant il s'était envolé… loin très loin, dans une galaxie lointaine, très lointaine. Sa gorge se rétrécissait, la branche où elle était assise semblait plus petite et fragile, comme si elle pouvait se rompre à tout moment. Le prince Orelon était en bas, le seigneur Cuthalion et le père d'Eressëa… Elle balaya une larme importune du revers de sa manche, et commença à renifler. Eressëa était accompagné d'ellyn parmi les plus illustres de la délégation du roi il ne manquait plus que…

- C'est une perte de temps, résonna une voix profonde au bas de son cocon boisé. Des picotements lui remontèrent l'échine, ce fut comme si son fëa se roulait en boule sur lui-même. Adar, laissez-moi la chercher…

Le dernier elfe à parler lui fit friser la crise de panique. Une voix noble, une voix puissante, une voix de roi.

- Vas-y, ion, permit la voix du souverain. Venge ton roi.

Eadun se mit sur ses deux pieds, s'accouda en tronc de l'arbre. L'elfing lança un regard désabusé vers ses jambes qui ne cessaient de s'entrechoquer. Les pires idées se bousculaient dans son esprit et son cœur frappait si fort dans sa poitrine qu'elle n'en comptait même plus les battements. Ce traître d'Eressëa était venu avec le roi lui-même, ses fils et son père, quelle cruauté ! Naneth avait raison quand elle disait qu'il ne fallait jamais croire les jeunes ellyr quand ils disaient qu'ils nous aimaient, surtout des jeunes aristocrates pourris gâtés. Son pied nu s'égratigna contre l'écorce rugueuse de l'arbre. Elle entendit un bruissement, et sauta sur une branche adjacente. Sa chevelure blonde était maintenant complètement dénouée et pendait sur son visage, le long de son cœur, collait à sa nuque. Derrière elle approchait le prince, quel prince elle ne savait pas, elle se répétait seulement les prières de l'Egnor inlassablement dans sa tête, alors qu'agilement elle rejoignait une autre branche. Les arbres étaient la demeure des elfes sylvains, mais ils étaient aussi celle des elfes sindar. L'esprit de la petite elleth se vidait, impossible de réfléchir, pendant qu'elle se faisait traquée par un prince de plus d'un millénaire dont elle avait insulté le père. Elle attrapa une branche au-dessus d'elle, et entendit un léger craquement derrière elle. Il était là, tout près tous ses sens en alerte pouvaient en attester. Un parfum de menthe poivrée lui prit le nez. Morte de peur elle voulut bondir sur la branche de l'hêtre, à côté du chêne. Mais, sa chevelure se prit dans les branchettes chargées de feuilles, elle l'attrapa et décolla du sol, couina de douleur quand elle sentit des échardes lui rentrer dans les paumes. Tout près, il était tout près. Elle osa enfin se retourner. Deux yeux merveilleux, prédateurs et magnifiques se logèrent dans les siens. D'un bleu si clair, si pur qu'elle en eût le souffle coupé. Et ce n'était rien à côté de l'elfe en lui-même. Le prince n'avait rien à voir avec Eressëa et ses jeunes amis du village. Il était épouvantablement grand et épouvantablement beau. Sa chevelure d'or mêlée à l'argent encadrait un visage fin, aux traits masculins tordus par l'amusement, d'une virilité qui la fit totalement perdre ses moyens. En ces quelques secondes, elle avait vu aussi la largesse de ses épaules, la dangereuse beauté de ses bras musclés, qui allèrent lui enserrer la taille. Elle frissonna et au dernier moment recula. Valar, elle était tant chamboulée, qu'elle se prit le pan de sa robe dans une branche dérapa et se tordit violemment la cheville. Elle cria de douleur, pensant qu'elle allait s'étaler tout du long sur l'herbe en dessous, mais l'elfe lui prit le poignet et la hissa comme si elle ne pesait rien du tout contre son torse. Etait-ce sa cheville ou son cœur qui lui faisait si mal, elle ne savait pas lequel choisir. En fils de noble ascendance, le prince aux cheveux d'or la prit dans ses bras, faisant bien attention de ne pas toucher un millimètre de sa peau. Enroulant ses bras autour de sa légère robe estivale… La tête baissée, elle n'osa pas le regarder. Le prince sauta de branche en branche avec maestria. Sa haute taille ne semblait aucunement entraver sa vitesse ni l'adresse de ses mouvements. En un rien de temps, elle sentit la légère secousse de la chute et ils furent à terre.

- Vous avez cueilli un beau fruit, mais il n'a pas l'air assez mûr, ma foi, rit la voix malicieuse et froide qu'elle avait entendue auparavant quand elle était au-dessus de l'arbre.

Le prince la posa doucement à terre, et elle fut à genoux dans l'herbe, sa cheville l'élançait considérablement mais elle était dans un tel état de nerf qu'elle n'en avait ni cure ni tourment. Elle leva un regard timide vers les ellyn. Le premier qu'elle vit fût celui qui venait de prendre la parole. Aussi grand que le terrifiant chasseur princier, il portait une tiare d'argent et des vêtements d'une richesse, qui aurait fait pâlir Vàna de jalousie. Son visage était fin, ses traits délicats et sur sa bouche fine se dessinait un sourire en coin qu'elle trouva fort détestable. Le regard glacé ressemblait étrangement au chasseur, il devait être Orelon, le petit prince. Eadun savait que la chevelure du cadet d'Oropher était aussi noire que celle de son père pouvait être d'argent. A ses côtés, il y avait un elfe à l'air sévère, au port raide et droit, doté d'un regard de faucon aussi gris que l'orage automnal. Son armure étincelante soulignait son corps de guerrier, et Eadun reconnut directement le blason de la maison du bouleau blanc, qui ornait sa cape gris argenté. Ses yeux marrons se posèrent sur le seigneur Galvorn. Le ada d'Eressëa n'était pas de bonne humeur, cela se comprenait. Eressëa, lui, avait l'air d'avoir ingéré un civet avarié, son visage angélique disant que le pire était à venir. Tentant de lui redonner courage et se redonner courage par la même occasion, elle lui adressa son sourire le plus charmant. Or, ses lèvres étaient tellement engourdies qu'elle ne put que modeler ses lèvres en une sorte de grimace peu engageante.

Et enfin, elle osa poser son regard sur le roi. L'ellon royal avait le visage de quelqu'un qui avait traversé maints tourments, mais qui resplendissait la noblesse ancestrale des seigneurs de Doriath. Sa chevelure d'argent, ses yeux de givre aussi pénétrants que l'ithil à sa forme pleine la figèrent sur place. Ses sourcils arqués se relevèrent. Il les fronça et Eadun sentit les larmes lui monter de nouveau aux yeux. Au nom d'Elbereth, elle aurait dû rester dans la chambre de sa cousine et faire de la broderie.

Elle se prosterna le plus bas qu'elle put, attirée comme un aimant par le sol comme si l'herbe moelleuse pourrait la recouvrir toute entière. Nestadeth lui avait bien enseigné mais elle ne put faire un salut convenable tant la peur lui vissait le fëa et le trouble aussi. Le trouble qui l'avait pris à l'instant où elle avait croisé le regard du prince Thranduil. D'ailleurs, le grand prince devait être encore derrière elle. La trouvait-il pitoyable à ainsi se courber comme une paysanne ?

- Est-ce la manière dont les elfes de la Vertefeuille souhaitent la bienvenue à leur roi ? demanda la voix sévère du souverain en lançant à ses pieds une mirabelle.

Ses épaules tremblèrent sous le sanglot à venir.

- Oh, votre Grâce, je vous demande infiniment pardon ! Jamais je n'aurais même songé à faire cela si j'avais su que c'était vous, dit-elle sa voix devenue légèrement rauque à cause de tous les pleurs qui se regroupaient dans la gorge. Je vous en supplie, je ne veux point mourir… articula-t-elle.

Oh que non, elle ne pouvait pas mourir avant d'avoir parcouru le monde comme elle se l'était promis ni goûter aux plaisirs de l'amour dans les bras de son âme sœur. C'était trop cruel.

- Relève-toi, penneth, ordonna le roi. Ay, tu m'insultes, elleth, ton roi n'est pas un barbare et ce jour ne sera entaché par rien d'autre que ton insouciante stupidité.

Elle obéit. Quand elle fût debout, sa cheville lui mordit les sens et elle s'apprêta à tomber comme une poupée de chiffon dans l'herbe, mais c'était oublier le prince héritier qui la rattrapa.

- Vous êtes blessée, asseyez vous, intima la voix de velours du prince.

Après avoir obéi aux ordres du père, elle obéit aux ordres du fils. Elle commençait à en avoir vraiment marre de cette journée et ne rêvait qu'à ses draps soyeux et à la délicieuse tisane de sauge de Naneth. Obéir toujours obéir. Elle grimaça de douleur, mit l'une de ses longues mèches ondulée derrière ses oreilles. Elle croisa de nouveau le regard ciel du prince, il s'agenouilla près d'elle.

- Permettez-vous que je regarde ? demanda-t-il sa voix noble.

- Oui vous pouvez, murmura-t-elle.

Il releva légèrement le bas de sa robe et prit sa cheville dans ses doigts tièdes. Il fallait vraiment qu'elle cesse de réagir comme la pucelle qu'elle était, ce n'était plus possible. Son fëa lui vrillait tant l'esprit. Elle ressentit une douce chaleur l'envahir et comprit que le prince possédait le don de guérison. Bientôt, elle ne ressentit que la chaude douceur de sa main, et oublia toutes ses peurs. Le prince fronça les sourcils, et détourna le regard. Soudain, elle vit qu'il se refermait, ses traits se firent d'une dureté et d'une férocité incroyable. Il enleva sa main, elle retira son pied et se prit à le regarder une autre fois en face. Ce n'était pas convenable mais elle en avait tant envie. NDLR : Fëa explosition ahah !

- Dea, mais qu'as- tu fais ? cria la voix d'Eressëa. Le jeune elfling accourut vers elle. Je suis navré aranen, votre altesse. Dea est une simple elfe du village, elle ne connait pas l'étiquette. N'est-ce pas Dea ?

- Je me disais bien que ce ne pouvait qu'être une fille de peu, cracha le seigneur Galvorn en lançant un regard noir à son fils. Tu vas voir ce que tu vas prendre, fils.

Dea ? Eressëa essayait de la sauver en la faisant passer pour une paysanne ? D'un autre côté cela n'était pas plus mal, elle resterait au village pendant toutes les festivités, les joutes et les bals. Quand la délégation s'en irait, ils l'oublieraient et elle pourrait continuer à vivre normalement.

- Oui je suis navrée… Ne punissez point Eressëa, seigneur Galvorn, demanda la petite voix de l'elfine. C'est de ma faute, j'ai voulu embêter Eressëa en lançant ses bottes dans la rivière et je suis montée sur l'arbre car je savais qu'il avait le vertige !

Le rire grave du prince Thranduil monta dans ses oreilles, et son frère Orelon ne se fit pas prier pour l'accompagner.

- Alors, un elfe sinda a peur de monter aux arbres, c'est original, dit le prince sur un ton suave, en se relevant.

Eadun essaya de se rattraper en balbutiant.

J- e ne serai jamais assez désolée… Que l'Egnor et les sept filles de Yavanna vous bénissent et que votre séjour vous soit agréable. Elle leur adressa à tous un sourire éblouissant, puis se rattrapa en voyant leur mine sombre. Ai-je dit quelque chose de mal ?


Finito ! ( nan je rigole )

La suite suivra les aventures d'Eden et de Thranduil. Je trouvais ça intéressant de faire des flash back plus poussés sur la vie du double elfe d'Eden. J'ai trop kiffé écrire

Je vous fais des gros bisous ! Comme d'hab je fais ce que je veux. Au prochain chapitre, il y aura des trucs pas très catholiques, mais bon un peu de piment n'a jamais tué personne. J'aime bien faire galérer mon héroïne.

XoXo Gossip Toutouille

Sur ce je vais me coucher, je frise la crise de foie avec toute ce que j'ai bouffé