Notes : Bonjour à toutes et merci à mes fidèles «revieweuses» auxquelles je n'ai pas eu le temps de répondre. Cette histoire s'achève –ceci est d'ailleurs l'avant-dernier chapitre- et je prends tout mon temps libre disponible pour la terminer, malgré la cadence un peu infernale de ma vie ces temps-ci. J'ai remarqué, en allant vérifier que le chapitre précédent était bien arrivé sur Fanfiction, que j'avais laissé plusieurs fautes et erreurs de frappe dans ma précipitation à le terminer à temps. Je m'en excuse et je compte le rééditer sous peu.
Bonne lecture!
DB
Chapitre 23
Les hormones de Dean
Cape Elizabeth, 27 août
Dean résiste trois jours avant de craquer, mais Sam sait que seule la présence de Bobby l'a empêché de le faire avant. Debout sur le perron avec Sumiko dans les bras, il fait un dernier signe de la main à leur ami qui part directement pour l'Idaho s'occuper d'un cas potentiel de possession multiple.
Bobby n'est pas fait pour l'inaction, mais Sam le soupçonne surtout de ne pas vouloir s'incruster dans leur intimité familiale maintenant qu'Angie est née. Lui-même se sent partagé quant à son départ : les responsabilités qui pèsent sur ses épaules lui semblent énormes : s'occuper d'un nouveau-né, d'une enfant d'un an et de son frère qui se relève péniblement de ses couches suffisent à effrayer le chasseur téméraire qu'il est.
D'un autre côté, Dean ne parlera pas de ce qui le ronge tant qu'ils ne seront pas seuls.
La voiture de Bobby disparaît au bout de l'allée sous un soleil timide un peu après huit heures du matin, le 27 août. Sam sent dans la poche de son jeans le renflement de l'enveloppe que son ami lui a donné. Encore de l'argent. Beaucoup d'argent. Sam ne sait pas où Bobby a trouvé un tel montant. Ce dernier n'a pas voulu lui répondre. Un cadeau, pour la naissance d'Angie, a-t-il dit.
Sam n'a même pas songé à refuser. Il ne peut pas trouver de travail maintenant et leurs dernières réserves commencent à s'épuiser. Ils planifient d'attendre un mois avant de retourner en Angleterre, pour laisser à Angie le temps de grandir un peu. Il faut vivre d'ici là, et il est hors de question qu'ils se retrouvent aussi fauchés à leur arrivée là-bas que la première fois.
Sam installe Sumiko dans son parc pour qu'elle laisse Dean en paix pendant qu'il termine de donner le biberon à Angie. La maison est un véritable champ de bataille. La télé est ouverte sur un marathon de Twilight Zone –la série originale, et tout semble sinistre soudainement.
Dean est allongé sur le divan, le dos appuyé contre un des accoudoirs. Il est pâle et cerné. Il y a dans ses yeux une absence qui fait mal à regarder.
Angie aspire l'air de son biberon vide et agite ses pattes dans sa couverture emmêlée.
-Dean. Elle a fini, indique Sam au bout d'un moment.
Dean le regarde un instant sans comprendre, puis retire la tétine de la bouche d'Angelia et la dresse contre lui pour lui faire faire son rot. Angie enfouit son visage dans son cou en se pelotonnant contre lui. Ses cheveux noirs hirsutes font contraste avec la peau blanche de son père.
Sumiko, assise dans son parc, agite sa pieuvre d'un air songeur, observant Dean à travers les mailles du filet blanc. L'état d'esprit de leur fille aînée est, comme toujours, en diapason avec celle de son père.
Sans trop savoir pourquoi, Sam a soudainement envie de pleurer. Le manque de sommeil probablement.
-Je vais préparer le déjeuner, annonce-t-il.
Dean hoche lentement la tête.
-Tu m'appelles si tu as besoin de quelque chose.
-Mmm…
Sam soupire et va dans la cuisine, prépare une omelette rapide en faisant un peu de rangement.
Le rituel de ralentissement, s'il a aidé le corps de Dean à mieux gérer les effets de la fin du sortilège, semble posséder aussi ses inconvénients. La fièvre de Dean est toujours présente, et l'ouverture de son périnée n'est pas tout à fait refermée, même s'il ne reste plus grand' chose. Les muscles de son ventre sont relâchés, mais la peau recommence à se tendre. La quantité d'énergie nécessaire à cette métamorphose doit épuiser son frère, déjà aux prises avec la chute brutale des hormones de grossesse.
Dean a dormi presque continuellement les vingt-quatre premières heures, et soudainement, cette absence, ou cette triste présence s'est mise à hanter son regard. Sam se souvient des premiers jours suivant la naissance de Sumiko, mais les choses étaient différentes. Dean éprouvait surtout de la frustration à ne pas pouvoir s'occuper de sa fille et s'était rapidement remis par la suite, même si Sam le sentait plus fragile émotionnellement.
Cette fois, c'est différent. Dean était débout le lendemain de l'accouchement, prêt à aider Sam et à s'occuper d'Angie et de Sumiko. Il n'a pas pu faire plus que de nourrir Angie, tremblant et incertain sur ses jambes, trop fatigué même pour circuler longtemps seul dans la maison. Sam lui a dit et répété qu'il en faisait déjà beaucoup, pour quelqu'un qui vient d'accoucher et qui de plus est en train de subir une métamorphose, mais il n'est pas sûr que cet état des choses soit la véritable cause de la tristesse et la mélancolie qui émanent de son frère.
L'omelette terminée, Sam fait du café et retourne dans le salon. Debout dans son parc, Sumiko semble fascinée par la voix dramatique de l'annonceur de Twilight Zone. Dean regarde l'écran sans le voir. Angie dort dans ses bras.
-C'est prêt, annonce Sam en prenant le bébé à Dean sans même recevoir un regard de son frère.
Il dépose sa fille dans le berceau de Sumiko, qu'ils ont descendu dans le salon pour ne pas avoir à monter à l'étage trop souvent pour rien. Angie a un petit grognement satisfait mais elle n'ouvre pas les yeux. Pour autant que Sam puisse en juger, après seulement trois jours d'existence, sa cadette est un bébé extrêmement calme. Les premières fois, il a fallu la réveiller pour lui donner son lait. Maintenant, elle se contente de quelques plaintes, ou d'un sanglot unique. Quand elle ne dort pas, elle ouvre parfois ses yeux immenses et sombres et regarde autour d'elle. Dans ces moments-là, elle paraît plus âgée qu'elle ne l'est réellement.
«Tu étais pareil» s'est contenté de dire Dean quand Sam a abordé le sujet.
Son frère assure aussi qu'Angelia lui ressemble, même si Sam a de la difficulté à reconnaître ses traits sur le visage si jeune de sa fille. L'enflure causée par l'accouchement a passablement diminuée, et là où Sumiko était tout en angles pointus, Angie a une physionomie plus ronde, de la forme de sa tête jusqu'à la courbe délicate de ses oreilles et l'ovale minuscule de sa bouche rose. Elle garde un air sérieux, passablement atténué par ses cheveux hirsute doux comme de la laine au toucher.
Sam ferme le téléviseur et prend Sue dans ses bras.
-Dean? Viens, j'ai fait du café.
Dean soupire mais se lève péniblement. Son pantalon de pyjama pend tristement sur ses hanches. Il porte un t-shirt d'avant sa grossesse, qui accentue sa minceur. Sam se demande combien de calories par jour son corps doit brûler pour gérer la métamorphose.
Sa démarche est lente mais déjà plus assurée que la veille. Dans la cuisine, il s'assoit et attend que Sam le serve. Sumiko, affamée et impatiente, crie son nom entrecoupés de «mam-mam» et de vagues syllabes qui désignent probablement sa pléiade d'aliments favoris. Dean ne la regarde pas une seule fois. Il frotte sa barbe de trois jours et attend patiemment que Sam le serve.
Il délaisse l'omelette et les fruits pour le café. Sam installe Sumiko et s'assoit à son tour.
-Alors? Demande-t-il quand Dean a bu la moitié de sa tasse.
-Quoi?
-Tu vas me dire ce qui se passe maintenant que Bobby est parti?
Dean regarde Sam droit dans les yeux cette fois. Les siens sont sombres et injectés de sang. Il pince les lèvres, et Sam est certain de se faire rabrouer, mais son frère le surprend.
-Je… je ne sais pas ce qui se passe, finit par dire Dean. Je ne sais pas, Sam.
-Est-ce que… comment tu te sens, physiquement, je veux dire?
-Mieux. Je crois que j'ai encore un peu de fièvre et tu sais… ce n'est pas… il y a toujours cette sensation de brûlure, mais je me sens mieux.
-Alors?
Dean prend sa fourchette et pique l'omelette avec méfiance, comme s'il s'attendait à ce qu'elle prenne vie soudainement.
-Dean?
-Est-ce qu'on ne pourrait pas juste déjeuner, Sam? Je ne sais pas ce que tu veux que je te dise et j'ai vraiment du mal à me concentrer.
La voix de Dean est presque suppliante.
-Okay, murmure Sam. Okay… mais je suis là, tu sais.
-Je sais.
Dean mange, uniquement pour faire plaisir à Sam et pour éviter de se faire expliquer encore une fois l'importance de bien se nourrir pour fournir à son corps l'énergie dont il a besoin pour se rétablir.
-Tu devrais aller prendre une douche et ensuite sortir dans le jardin, dit Sam un peu plus tard en débarrassant la table. Il fait soleil, et tu es blanc comme un drap.
-Sam… je n'ai pas besoin que tu prennes soin de moi.
Et pourtant, Dean fait exactement ce que son cadet lui a suggéré. Un peu après dix heures, Sam le trouve endormi dans la chaise longue, à l'ombre du saule tordu près de la remise. Il retourne à l'intérieur avec Sumiko malgré ses protestations, pour laisser son frère se reposer.
)))(((
La journée passe dans une tornade de pleurs, de changements de couche et de tâches ménagères.
Le prochain boire d'Angie est prévu pour vingt-trois heures. Après avoir baigné ses deux filles, couché Sumiko et fait trois lessives pendant que Dean berçait le bébé, Sam n'a pas le courage d'attendre. À neuf heures, après avoir jeté un dernier coup d'œil à Angie qui dort dans son berceau près de leur lit, il se glisse entre les draps frais et soupire de contentement. Dean dort depuis quelques minutes. Il grogne, marmonne quelque chose d'incompréhensible et se tourne de façon à être blotti étroitement contre Sam. Surpris, ce dernier entoure son frère toujours fiévreux de ses bras. Dean initie rarement la position des cuillers, ou quoi que ce soit s'en rapprochant. Sam est, après tout, la femme de leur couple. Selon Dean, tout au moins.
Sam s'attend à demeurer éveillé malgré sa fatigue, prêt à se lever au moindre grincement de leur fille, la tête trop pleine de questions, de réflexions et de vagues inquiétudes. Cependant, il s'endort presque instantanément, bercé par la chaleur de son frère.
Il se réveille brusquement, assis dans son lit, rempli d'un sentiment qui se rapproche de la panique. Dans la clarté bleue de la lune, il voit le berceau vide. Le lit est froid, sans Dean blotti contre lui.
Sam se lève. Il est onze heures trente. Il calme les battements précipités de son cœur. Dean a probablement entendu Angie et est descendu au salon lui donner son biberon.
Il a raison. Dans la cuisine, une marmite pleine d'eau chaude refroidit sur le feu. Il marche sans bruit jusqu'au salon. Dean s'est peut-être déjà rendormi, Angie dans les bras.
Il entend les bruits, d'abord : une série de hoquets étouffés et d'inspirations précipités. La télévision est ouverte et projette sa lumière mouvante sur Dean et Angie, installés dans le fauteuil à bascule.
Le biberon vide est déposé sur la table à café, près d'une boîte de lingette et d'une couche souillée refermée par les attaches autocollantes.
Dean est penché sur le bébé, les épaules secouées de spasmes, et répète les mêmes mots encore et encore. «Je suis désolé. Je suis désolé, mon amour. Désolé…»
Angelia dort, indifférente aux sanglots de son père.
-Dean… murmure Sam d'une voix à peine audible.
Son frère sursaute et lève la tête. Il renifle, essuie ses yeux et son nez sur la manche de son kangourou et tente de sourire. «Hé. Je… j'étais réveillé et je me suis dit que je pouvais la nourrir. Je me sentais assez bien pour…»
Dean s'interrompt et ravale un sanglot. Sans rien dire, Sam s'approche, prend Angelia et la dépose dans le berceau. Angie a un soupir de satisfaction, tète un instant dans le vide, puis se rendort.
Sam s'assoit par terre près du fauteuil et pose ses mains sur les cuisses de Dean qui détourne la tête et essuie ses yeux.
-Tu es désolé, Dean? Demande-t-il doucement.
Dean hausse les épaules. Les larmes ont collé ensemble ses longs cils noirs qui paraissent encore plus longs.
-Parle-moi.
-Pour dire quoi? Grogne Dean avec dérision. Que je suis un foutu braillard qui ne sait même pas pourquoi il pleure?
-Tu te rappelles quand Rania avait parlé du baby blues-
-La ferme avec tes conneries psycho pop, Sam. J'suis pas d'humeur.
-Ce ne sont pas des conneries, Dean. C'est physiologique, pas psychologique. Tes hormones ont fait une chute brutale.
-Ouais, c'est ça, rétorque Dean en souriant de façon cynique, détournant la tête du regard insistant de Sam.
-Écoute, si tu veux continuer à te complaire dans ton malheur, Dean, vas-y, dit Sam avec frustration. Parce que ces neufs derniers mois, j'ai vraiment essayé de rendre les choses plus facile pour toi et-
Sam se redresse sur ses jambes, prêt à retourner se coucher. Il n'est pas en colère contre Dean, pas vraiment. Il manque seulement d'énergie pour aider son frère malgré lui.
-Sam, reste, dit Dean en lui attrapant le poignet. Reste. S'il te plaît. Excuse-moi.
Sam se rassoit lentement. Dean baisse la tête et pose une main sur son ventre presque plat.
-Je me sens tellement vide, en dedans, murmure-t-il timidement.
-Oh. Ce n'est pas… tu n'as pas ressenti la même chose, après la naissance de Sue?
-Ouais, mais c'était loin d'être aussi… intense. Tu sais, cette connexion que j'avais avec Angie je… même si on avait atténué les effets, je la sentais avec moi, tout le temps. Je ne pense pas que je m'en rendais vraiment compte, jusqu'à ce qu'elle sorte. Et maintenant… Je croyais… j'espérais qu'il resterait quelque chose, après tout ce qui s'est passé pendant la grossesse, et ses pouvoirs et-
-Quoi? Tu pensais que les rideaux allaient s'enflammer si on la faisait attendre trop longtemps pour sa bouteille? Blague Sam doucement.
Ce n'est pas comme si l'idée –non pas les rideaux enflammés spécifiquement- ne lui était pas passé par la tête. Il est ridiculement fier de tirer un sourire à Dean –aussi léger soit-il.
-Mais qu'est-ce qui reste, Sammy? Demande-t-il plus sérieusement. Elle… elle est trop calme, elle… Qu'est qui se passe dans sa tête, tu crois? Est-ce qu'elle se souvient de… est-ce qu'elle pense comme un bébé ou…?
-Premièrement, tu as dit que j'étais pareil… Et je suis presque certain d'avoir été un bébé qui pensait comme un bébé.
-J'ai dit ça pour me rassurer.
-Je ne sais pas, Dean, mais je doute qu'elle soit différente à ce point. C'était… elle était à l'intérieur de toi. Tu étais son vaisseau, d'une certaine façon.
-Mais on ne peut pas en être certains, insiste Dean. Je n'ai plus de connexion avec elle et je ne peux pas savoir. Ça va finir par me rendre fou.
-Tu te rappelles de ce que Maria a dit? Le message d'Angie?
-Qu'elle n'aurait pas conscience de tout ce qui s'est passé une fois venue au monde.
Dean s'agite sur son fauteuil et se mord les lèvres. Il n'est pas encore convaincu. Sam se rapproche et caresse doucement sa cuisse. «Dean, elle a trois jours et elle est… parfaite. Elle ne pleure pas beaucoup, mais certains nouveau-nés sont comme ça, surtout les deux premières semaines.»
-Sue-
-Sue et Angie sont différentes. C'est normal. Je ne peux pas te garantir que les pouvoirs d'Angelia se sont endormis avec sa naissance, ni combien de temps durera cet état des choses si c'est ce qui s'est passé, mais c'est un bébé. Un bébé très jeune. Elle n'est pas triste. Elle n'est pas anormale. Elle est magnifique et tu l'as portée pendant neuf mois et c'est un mélange de toi et moi. Un autre miracle. Nous avons deux petits miracles avec nous, grâce à toi, et il faut arriver à en profiter sans arrière-pensée.
-Tout paraît tellement simple quand tu dis ça comme ça… et un peu mélo, aussi.
Sam sourit. «C'est toi qui t'excuse au bébé en pleurant au beau milieu de la nuit.»
Il reçoit une tape derrière la tête et pince la cuisse de Dean en échange. Un silence confortable s'installe entre eux, quelques minutes. Dean promène ses doigts dans ses cheveux, et s'il le pouvait, Sam ronronnerait.
-Hé… Pourquoi est-ce que tu t'excusais, au juste? Demande-t-il tout bas.
-Parce que je suis un con, parce qu'elle a dû subir tout ça… tout ce qui m'est arrivé et parce que maintenant elle est là et que je ne suis même pas capable d'en profiter.
Sam se relève sur ses genoux et prend le menton de Dean entre ses doigts.
-Oui, tu es un con, si tu t'excuses pour des choses qui ne font aucun sens.
Dean hausse les épaules, l'air de dire : tu me connais, je ne peux pas m'en empêcher, puis il se penche et embrasse Sam longuement sur la bouche.
Le simple contact allume en Sam un feu qu'il gardait soigneusement éteint depuis quelques semaines. Il se redresse et s'assoit sur l'accoudoir du fauteuil, empoigne le visage de Dean à deux mains et lui rend le baiser, sans compromis, enfouissant sa langue dans sa bouche jusqu'à ce qu'il ait gouté, recouvert chaque surface de sa propre salive.
Dean lui répond plus doucement, presque hésitant, et quand Sam tente de soulever l'élastique de son boxeur il l'arrête et met fin au baiser, même si un début d'érection est parfaitement visible sous le tissu et que sa respiration s'est accélérée.
-Quoi? Demande Sam presque impatiemment.
-Sam… je ne suis pas encore redevenu… mon ventre est…
-La ferme, Dean. J'en ai besoin. S'il te plaît j'en ai tellement besoin…
Dean repousse doucement Sam jusqu'à ce qu'il comprenne le message et se retrouve étendu sur le dos, par terre, les poils doux de la moquette lui chatouillant le cou. Dean s'étend près de lui en souriant et presse sa main contre son érection. Sam frissonne et se cabre. Quand les doigts de son frère se faufilent dans ses sous-vêtements et manipulent habilement son gland chaud et gonflé, il a peur de jouir immédiatement, peur de toute la force de son désir qui brise ses chaînes et déferle en lui, rugissant depuis ses veines jusque dans ses tympans.
Dean s'amuse avec son gland et la fente de son urètre jusqu'à ce qu'il puisse récolter quelques gouttes de liquide pré éjaculatoire Il en enduit son sexe et se met à le branler rapidement, enfouit sa tête dans son cou et suce doucement la peau, à l'endroit exact qui rend toujours Sam à moitié fou de plaisir et…
À travers les vapeurs de l'extase qui brouillent se pensées, Sam réalise ce que Dean essaie de faire. Dean, mal à l'aise dans son corps imparfait, toujours aussi insécure, Dean tente de faire plaisir à Sam, de l'amener à l'orgasme en essayant de se faire oublier au passage.
-Dean, halète Sam en mettant sa main sur celle de son frère pour arrêter son mouvement frénétique.
-Mmm? Demande Dean en suçant la peau tendre du cou de Sam avec deux fois plus d'ardeur.
-Dean, c'est toi aussi, dit Sam plus fermement. Je ne veux pas y arriver tout seul. Je te veux, toi.
Dean soupire et s'effondre sur le dos. Sam pointe l'évidence de son érection qui tend ses boxeurs. «Tu en as envie toi aussi.»
-Je ne veux pas. Je ne suis pas prêt à…
-Je sais. Seigneur, je peux comprendre… Tu as accouché il y a trois jours. Laisse-moi juste… il y a moyen de…
Sam enjambe Dean et s'appuie sur ses bras pour ne pas lui faire porter son poids. Il ne tente pas de le déshabiller, ni même de glisser sa main à l'intérieur de ses sous-vêtements. Il aligne ses hanches sur les siennes et s'y frotte une fois, sentant la chaleur et la dureté du sexe de son frère sous le coton usé. Dean tente de protester, mais il ne peut que laisser échapper un gémissement plein du même désir urgent que Sam.
Ce dernier sourit, se penche et embrasse le bout du nez de Dean, sachant à quel point ce geste énerve son frère.
-Tu es fatigué, murmure-t-il d'une voix rauque. Fais juste… profiter du moment.
Sam frotte son pénis contre celui de Dean, encore, et encore, de plus en plus rapidement, de plus en plus fort. Il baisse la tête et attrape un mamelon à travers le t-shirt de son frère, le mordille lentement avant de commencer à le sucer.
Dean donne des coups de bassin maintenant. Ses mains caressent le dos de Sam, puis descendent jusqu'à ses fesses qu'il serre fort entre ses doigts puissants. Sam gémit autour du téton pointé et enflé de son frère, pousse plus fort jusqu'à ce que la pression entre leurs deux sexe atteigne cette ligne mince entre le plaisir et la douleur.
-Sam… répète Dean encore et encore, comme une litanie.
Il respire superficiellement, ses jambes tremblent malgré le fait que Sam fournisse la majorité de l'effort. Ses mains baissent les sous-vêtements de Sam et l'un de ses doigts appuie doucement sur son anus, tout autour, sans chercher à le pénétrer, jouant avec le muscle serré comme la bouche de Sam joue avec son mamelon.
Une décharge électrique qui se propage dans tout son corps arrache un cri essoufflé à Sam. «Dean j'y suis presque, annonce-t-il» en bougeant plus vite.
Et ces quelques mots suffisent à amener Dean au-delà du point de rupture. Il se cambre brusquement et s'immobilise, grimaçant, extatique, et son pénis lourd pulse contre celui de Sam, son sperme rend son boxeur humide et collant, l'odeur de sa semence envahit la pièce et il gémit longuement en enfonçant son doigt dans l'anus de Sam.
Sam crie à nouveau et sent une chaleur intense s'étendre dans son bas-ventre et se propager jusqu'à ses testicules avant de gonfler dans son pénis et de jaillir de son sexe en longs cordons tièdes.
-Et merde, tu avais raison, souffle Dean en repoussant mollement Sam.
-Quoi? Marmonne Sam, surfant encore sur la vague de son plaisir.
-J'en avais envie.
-Je sais.
-Quand… quand j'irai mieux, je vais te renverser sur l'accoudoir du fauteuil et te pénétrer si fort que tu prendras des jours à t'en remettre.
Le pénis de Sam tressaille faiblement, mais vaillamment, pour approuver l'idée.
)))(((
29 août
«Seigneur Dieu, Angie. Ça ne peut pas être normal.»
Sam jette un coup d'œil à Dean qui change la couche du bébé sur la table de la cuisine, convertie en table à langer temporaire par l'ajout d'un piqué de plastique.
-Tu as vu ça? Demande-t-il à Sam en grimaçant, la couche ouverte dans la main, pendant qu'Angie grogne et agite ses minuscules jambes.
-Dean ce n'est pas très hygiénique, réplique Sam en se tournant vers Sumiko pour lui donner un autre morceau de pain grillé.
Sumiko secoue la tête et plisse le nez.
-Tu as coupé l'appétit de la p'tite, accuse Sam. Et le mien aussi, du même coup.
-On est trois maintenant, rétorque Dean qui referme la couche et la glisse dans un sac de plastique qu'il ferme soigneusement. Puis, il le lance à bout de bras.
Le sac atterrit dans le couloir avec un bruit que Sam refuse de qualifier.
-Dean!
-Sam!
-Tu as quoi, cinq ans d'âge mental?
Comme pour confirmer l'insulte, Dean tire la langue, puis reporte son attention sur Angie qu'il rhabille et emmaillote avec des gestes rapides et sûrs. Leur fille est éveillée et calme, ses yeux ronds lui donne un air surpris comique accentué par la façon dont sa houppe de cheveux s'incline sur le côté gauche, plus raide que jamais.
-BÉÉBÉÉ! Hurle Sumiko en tapant sur sa table.
Prononcer ce mot en hurlant semble la seule façon, pour Sue, de saluer sa sœur.
Dean cale Angelia au creux de son bras et s'assoit à la table, l'air fatigué mais détendu, en avalant d'une traite le fond tiède de sa tasse de café. Depuis leur discussion au milieu de la nuit, il semble gérer ses émotions plus facilement. La disparition complète de son conduit utérin et de sa fièvre ne doivent pas non plus nuire à son humeur de plus en plus paisible et égale.
-Regarde-toi, dit-il en appuyant doucement sur le nez d'Angelia. À quoi tu penses, beauté?
-BÉBÉ! Répète Sumiko en offrant à sa sœur un morceau de pain mâché et humide.
-Un peu plus tard, ma puce, dit Sam en posant une demi-banane sur la tablette de Sumiko.
Oubliant l'odeur encore présente de la couche d'Angie, Sumiko se pâme sur son aliment préféré et l'empoigne à deux mains en souriant comme une maniaque.
La sonnette de la porte retentit.
-Il n'est même pas huit heures, murmure Sam en se levant, ses instincts de chasseur prenant le dessus.
-Du calme, réplique Dean. Ce sont les papiers d'Angie, je te parie. Norton devait les envoyer par courrier recommandé.
-Mmm…
Sam n'est pas convaincu, et il tâte son canif dans la poche arrière de son jeans en allant jusqu'à la porte d'entrée. Dean a raison, pourtant. Sam signe le reçu tendu par le livreur de Fed Ex et prend l'enveloppe épaisse entre ses mains. Il est soulagé. Les papiers officiels confirmeront légalement la naissance –l'existence- d'Angelia et leur permettront de l'amener chez un médecin pour qu'elle soit examinée pour la première fois par un professionnel. Non pas qu'il doute de l'état de santé de sa fille cadette, mais Sam n'a pas pu pratiquer tous les examens standards suivant la naissance d'un bébé, et il a besoin d'être rassuré.
-Tu l'ouvres? Demande Dean d'une voix incertaine quand Sam réapparait dans la cuisine avec l'enveloppe.
Il tapote doucement les fesses d'Angie dont les yeux se ferment malgré elle. Elle a, jusqu'à présent, refusé la suce, et sa petite bouche tête paresseusement dans le vide.
Le certificat et l'acte de naissances sont standards, semblable à ceux de Sumiko. Cette fois, l'endroit désigné de la naissance d'Angelia est l'hôpital pour enfants de Boston. Sam vérifie attentivement les autres détails. Sur l'acte de naissance de Sumiko, Dean est désigné comme le père biologique et Sam comme le père adoptif, la mère étant inconnue –une procédure normale dans le cas d'une mère porteuse, semble-t-il.
Sam fronce les sourcils en s'attardant au paragraphe.
-Merde, Dean, il y a une erreur sur les papiers.
-Quoi?
-Ils ont inversé les noms. Je suis désigné comme le père biologique d'Angie, et toi comme le père adoptif.
Dean adopte un air sincèrement surpris. «Euh… Sam, ce n'est pas une erreur. C'est moi qui ai donné les renseignements à Bobby, pour Norton.»
Sam s'assoit lentement, avec l'impression qu'une centaine de papillons ont élu domicile au creux de son ventre.
-Mais… Pourquoi?
-Pourquoi? Pourquoi est-ce que je serais le père biologique des deux filles?
-Parce que…
-Parce que je les ai portées? Écoute, Sammy, si notre petit mensonge élaboré tient la route -pour le reste de notre existence, je veux dire- les filles vont quand même poser des questions.
-Et?
Dean lève les yeux au ciel et secoue lentement la tête. «Ce serait injuste, pour toi. Je ne sais pas si tout ça va faire une différence pour Sue et Angie, mais tu mérites d'être officiellement le père biologique de l'une d'elles. Je veux dire… ce n'est pas ce qu'un véritable couple gai ferait, s'il devait faire appel à une mère porteuse?
Sam ouvre la bouche pour dire quelque chose, mais rien ne sort. Voir son nom écrit près du terme père biologique, malgré que ce soit littéralement le cas, le bouleverse tant qu'il sent ses jambes devenir cotonneuses et s'assoit précipitamment avant de se retrouver par terre.
-Sammy? Qu'est-ce qui se passe? Demande Dean qui paraît toujours aussi surpris de la réaction de son frère.
-Je… j'sais pas, avoue Sam en frottant vigoureusement son visage, partagé entre le rire et les larmes.
-Bobo papa Sssa, déclare Sue, la bouche pleine.
-Non, ton père n'a pas de bobo, répond Dean avec exaspération. Il fait juste réagir de façon exagérée, comme si je lui faisais une faveur.
-Dean, merci.
-Mais pourquoi! Je ne les ai pas faites tout seul.
-Je sais. C'est juste…
-Okay, Samantha, dit Dean en se levant. Tu brailleras dans mes bras plus tard. La maison est dégueulasse, il faut que je me lave, le frigo est vide et Koko n'a plus de vêtements propres.
Dean quitte la cuisine d'une démarche assurée, laissant Sam seul avec sa fille aînée qui l'observe attentivement, la tête inclinée sur le côté. Elle finit par lui offrir le bout de sa banane, un geste d'une incroyable générosité pour elle. Sam sourit à travers ses larmes –tiens, il pleure- et accepte pour une fois l'offrande de sa fille.
Il laisse ses émotions le submerger, et se demande comment Dean réagira à la surprise qu'il est en train de lui préparer.
À SUIVRE…
