L'après-midi du même jour…

May franchit la porte d'un pas lent mais décidé. Elle était la dernière apparemment, Emrys, Arthur, Gaius, Gwen et Uther étaient déjà présents dans les quartiers de Morgane. Un lourd silence pesait dans la pièce, témoin de l'anxiété partagée par tous. Ils avaient réussi à la maintenir dans un état inconscient depuis plus de dix heures en se relayant pour entretenir le sort et faire qu'elle ne parvienne pas à se réveiller d'elle-même.

Uther était assis sur son lit, caressant ses cheveux comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'elle était enfant et qu'elle le tolérait encore près d'elle. Comment allait-elle réagir ? Aurait-elle toujours cette même haine envers lui et sa famille ? Bien sûr se dit-il…pour elle rien n'avait changé depuis hier, elle ne savait même pas que Cendred était mort, qu'ils avaient gagné…

- Uther ? appela sa compagne doucement. Nous sommes prêts…si tu l'es également.

L'ancien souverain se retourna vers elle, son regard clair plus incertain que jamais. L'avenir de Morgane résidait uniquement en elle, dépendrait du choix qu'elle ferait: rester avec eux et accepter leur nouvelle vie ou les rejeter et partir.

- Oui…marmonna-t-il.

Il déposa un baiser sur le front de sa fille en murmurant quelque chose de quasi inaudible que May supposa être un « je t'aime » et « pardonne-moi », et se leva pour laisser le champ libre aux deux sorciers. Il s'arrêta à hauteur de May et la fixa.

- Tu es sûre de pouvoir le faire ? s'inquiéta Uther en prenant une de ses mains dans la sienne.

- Ça va, répondit-elle en entrelaçant ses doigts. Je me sens bien et Kilgharrah m'a protégée avec un sort vu que tu as réussi à le contaminer avec ton inquiétude…ce sort est puissant, mais à deux cela sera plus facile.

- Bien, dit-il en embrassant sa joue avant de s'éloigner pour rejoindre son fils aîné.

Merlin et May s'assirent de chaque côté du lit où reposait Morgane. Ils sentaient une puissance malfaisante émaner d'elle, témoin d'années passées à haïr Camelot et les siens.

- Allons-y, souffla May en fixa son frère.

Merlin hocha de la tête et mit sa main droite au-dessus du visage de Morgane pour débuter le sort de réveil. Il ferma les yeux alors qu'il prononçât les mots de l'ancienne Religion.

- Gielde ic þec þissa meowles sawol... Gyden æblæce

Quelques secondes plus tard qui parurent une éternité à Uther, Morgane commença à se réveiller, ses paupières puis ses doigts bougeaient comme dans un réflexe.

- Elle se réveille, commenta Emrys.

Il jeta un dernier regard azur à May qui acquiesça. Il fallait le faire maintenant, s'ils attendaient plus, elle pourrait retrouver ses esprits, comprendre ce qu'ils étaient en train de faire et les attaquer violemment…

- scinnlāc Forstandan ūs. Gerrecan ac ābǣdan ānweald Morgana Pendragon…

La voix des deux sorciers résonnait dans la pièce, les différentes personnes présentes osaient à peine respirer pour ne pas troubler leur sort. Morgane ouvrit les yeux difficilement et s'alarma instantanément en voyant deux mains au-dessus d'elle dont les propriétaires qui n'étaient autre que Merlin et May récitaient une formule magique sur elle…Quoi magique? Ils avaient des pouvoirs ? Non non non, ils n'avaient pas de pouvoirs! Elle devait rêvait ou plutôt cauchemarder... Qu'est ce que cela voulait dire ? Elle chercha à se débattre mais sentit des bras venir la maintenir en place. Arthur…et Uther ! Il était bel et bien vivant alors…elle n'avait pas imaginé le face à face quelques heures plut tôt avec son père. Tout lui revint en mémoire, elle se souvenait être face à lui sur une des terrasses du château, leur « discussion » et surtout elle se rappelait très bien se préparer à le tuer avec sa magie. Il aurait dû être mort, personne ne pouvait survivre à son sort, surtout pas lui! Mais elle avait échoué, visiblement. Il était toujours vivant et c'était elle qui était en position de prisonnière.

- Non…Nooon ! cria-t-elle en se débattant vivement. Laissez-moi !

- tō āhreddan. Beorgan ūs feorran hiere hatian. dōn Emrys ac mec spōwan (Magie Aide nous à contrôler et brider les pouvoirs de Morgane Pendragon pour la sauver. Protège- nous de sa haine. Fais que Emrys et moi réussissions. )

Quand les deux sorciers finirent leur sort, leurs yeux s'illuminèrent et une lueur bleue s'échappa de leurs mains pour aller s'enrouler autour de Morgane.

- Qu'est ce que vous m'avez fait ? hurla-t-elle. Lâchez-moi !

Morgane se débattait de plus en plus…Quand la lueur bleue s'évanouit, May retira sa main et se redressa, fixant la « sorcière » comme l'appelait le Dragon.

- C'est fini, commenta-t-elle.

- Ablinn ðu forlæte ðu nu, souffla Morgane avec une agressivité non dissimulée dans ses yeux bleus intenses.

Mais rien ne se produit, ses yeux ne changèrent pas de couleur, aucune lueur ni effet ne se suivirent ses paroles.

- Ablinn ðu forlæte ðu nu, répéta-t-elle avec plus de conviction et de haine.

- Vous pouvez la lâcher, déclara la compagne d'Uther en s'éloignant d'elle.

- Sûre ? demanda Arthur incertain.

- Oui, finit Merlin, et le sort fonctionne. Elle a essayé deux fois de nous projeter à l'autre bout de la pièce sans succès. Sa magie n'est plus un problème.

Merlin resta assis sur lit, pendant que Arthur et son père relâchaient leurs prises sur Morgane. Ils avaient dû user de toutes leurs forces pour la maintenir en place sur le lit pendant que les deux sorciers finissaient leur sort.

- Qu'est ce que vous m'avez fait ? hurla-t-elle quasi hystérique.

- Ils ont bridé ta magie, répondit Uther à ses côtés en la fixant le plus calmement possible. Pour ta propre sécurité et la nôtre.

Morgane ne cessait de regarder autour d'elle cherchant visiblement un allier dans la pièce, mais ne trouva personne. Elle était seule ici, que c'était-il donc passé pendant qu'elle était inconsciente? Et combien de temps avait -elle été inconsciente d'ailleurs?

- C'est fini, Morgane. Cendred est mort et son armée a été anéantie.

- C'est impossible…personne ne peut lutter contre une armée de magiciens noirs. Surtout pas vous...vous mentez !

Uther ne put refréner un soupir de déception. Cela allait s'annoncer plus compliqué que prévu. Restreindre la magie de Morgane n'était visiblement que la partie facile de leur plan, lui faire accepter ce qu'ils avaient en tête serait très très compliqué.

- Regarde par toi-même, suggéra Uther en désignant la fenêtre la plus proche. Et tu verras que nous te disons la vérité.

Morgane hésita, son regard apeuré prouvant le sentiment d'insécurité qui la submergeait en cet instant. Puis finalement elle amorça un mouvement qui força Arthur à se pousser de son lit pour la laisser se lever. Arthur suivit sa demi-sœur du regard, elle portait toujours les mêmes habits que lors de son attaque, soit un pantalon et une côte de mailles pour la protéger. Ses cheveux noirs étaient toujours tressés dans son dos la faisant ressembler à ce qu'Arthur avait toujours connu d'elle, une belle jeune femme avec un caractère bien trempé, celui de leur père.

Quand Morgane fut enfin à la hauteur de la fenêtre, ce qu'elle vit la figea. Dehors des dizaines voir des centaines de personnes s'affairaient à la reconstruction du palais, et certains d'entre eux utilisaient la magie pour les aider sous le regard bienfaisant des chevaliers de Camelot. Aucun signe de Cendred ou de son armée, non tout ce qu'elle voyait c'était les habitants de la cité qui œuvraient pour leur royaume. Qu'est ce qui avait bien pu se passer pendant qu'elle était inconsciente ?

- Tu vois, la vie reprend son cours...

Morgane sursauta en sentant le souffle de son père dans son cou, elle était tellement absorbée par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux qu'elle ne l'avait pas entendu approcher jusqu'à être à quelques millimètres d'elle.

- Ils utilisent la magie…et vous ne dites rien ? nargua-t-elle. Vous avez tué pour bien moins que cela…vous vous ramollissez, Père.

- La magie est ce qui nous a tous sauvés, ce qui m'a sauvé de la mort, Morgane. Sans elle, cela fait longtemps que nous serions tous six pieds sous terre…toi comme moi.

- Vous oubliez que la magie vous a enlevé votre femme…continua Morgane.

Leur conversation se poursuivait sans que jamais leurs regards ne se croisent, comme s'il était plus facile de dire les choses sans voir l'autre. Leurs querelles avaient été le point de départ de tout cela, l'origine de la haine de Morgane pour son père, de son envie de détruire tout ce qui lui rappelait son enfance et la vie qu'elle avait eue auprès de lui. Le ton calme et posé d'Uther ne faisait qu'augmenter son incompréhension de la situation, comment pouvait-il se tenir là dans la même pièce qu'elle, sachant ce qu'elle était, ce qu'elle avait fait, planifié pour s'assurer de la chute de son cher royaume et de son accession au trône. Elle sentait la présence de son père derrière elle, la dominant de plusieurs centimètres mais suffisamment éloigné d'elle pour qu'il ne la touche pas. Autrefois, le sentir si près d'elle était réconfortant, aujourd'hui, cela n'avait plus aucun effet excepté celui d'augmenter encore plus sa rancœur envers lui.

- Non, Nimueh l'a tuée, pas la magie. J'ai commis l'impardonnable erreur de lui faire confiance, et cela a coûté la vie d'Ygraine.

Morgane se retourna faisant face à son père pour la première fois. Uther décela sans difficulté dans le bleu de ses yeux toute la haine qu'elle lui vouait mais aussi un soupçon de curiosité à sa dernière remarque. Il choisit de poursuive son explication, malgré le fait qu'il ne soit pas seul avec sa fille.

- Nimueh m'avait promis un héritier en échange je devais sacrifier une vie. J'avais décidé d'échanger la mienne contre la naissance d'Arthur et la certitude qu'Ygraine serait épargnée.

- Vous vous seriez sacrifié pour votre fils, absurde Uther ! Cela ne vous ressemble pas…vous tenez trop à votre misérable vie !

- Je tenais encore plus à celle d'Ygraine ! Elle était mon cœur, mon âme! Jamais je n'aurais pu lui faire de mal!rétorqua Uther irrité. Mais j'étais prêt à mourir pour qu'elle ait cet enfant qu'elle désirant tant. Qu'elle soit la merveilleuse mère que je voyais en elle! Et à la place de cela, j'ai dû la regarder mourir impuissant! A cause de Nimueh!

Arthur suivait l'échange attentivement, jamais son père ne lui avait parlé de ce mystère entourant sa naissance. Il s'approcha de Gaius et lui murmura à l'oreille :

- Cela est-il vrai, Gaius ? Mon père voulait-il se sacrifier pour moi ?

Le vieux médecin tourna la tête vers lui et répondit d'une voix certaine :

- Oui, vos parents ne pouvaient avoir d'enfants naturellement, ils ont fait appel à Nimueh pour les aider. Mais il y avait un prix, une vie à sacrifier, Uther avait décidé que ce serait la sienne. Mais Nimueh l'a trompé. Et la perte de votre mère l'a brisé entrainant les conséquences que vous savez...

Arthur ne répondit rien reportant son attention sur son père et sa sœur.

- Morgane, souffla-t-il en essayant de se calmer et de refouler des émotions qui étaient remontées à la surface plus vite qu'il ne l'aurait cru, je sais que les choses n'ont jamais été faciles entre nous, nos tempérament explosifs nous empêchaient de nous parler, d'être honnêtes l'un envers l'autre. Je ne prétends pas effacer mes erreurs ni ces années où j'ai répandu une terreur sur mon royaume, obligeant les personnes à renier qui elles étaient réellement pour éviter de finir sur le bûcher. Mais j'ai reçu le cadeau inattendu d'avoir une deuxième chance, de tout recommencer et je n'ai pas le droit de te priver de cette possibilité.

Morgane resta silencieuse, écoutant son père faire son mea culpa comme jamais elle ne l'avait entendu, l'homme qui se tenait devant elle n'avait rien de commun avec le Uther Pendragon qu'elle avait connu quelques années auparavant, avec l'homme qui avait assassiné tant de personnes innocentes.

- Nous recommençons une nouvelle vie ici Morgane. Une vie où toutes les personnes quelque soient leurs particularités sont les bienvenues.

- Et par particularités, vous entendez…

- …magie, oui. Nous repartons sur des bases saines, apprenons des erreurs du passé.

- Vous êtes en train de me dire que vous acceptez les magiciens ici, à Camelot après les avoir exterminés pendant plus de vingt ans ? Que vous est-il arrivé, Père ? Quelqu'un vous aurait-il jeté un sort, railla Morgane.

- Non, quelque chose de beaucoup plus simple…et plus complexe à la fois, soupira Uther. Regarde autour de toi, Morgane. Que vois-tu ?

- … ?

Elle balaya la salle d'un rapide coup d'œil mais ne vit rien qui pourrait être une réponse à sa question. Uther continua alors son explication.

- Dans cette pièce, il n'y a que trois personnes qui ne soient pas magiciennes. Gwen, Arthur et moi-même. La majorité de ma famille possède de la magie. Même ma compagne était une magicienne et je n'ai rien vu.

May leva les yeux jusqu'à croiser le regard de plus en plus incertain de la fille d'Uther. Elle commençait à douter et c'était le but de tout cela.

- Camelot a toujours eu de la magie en son cœur, il y avait trop de colère et de vengeance en moi pour le voir. Je m'excuse pour t'avoir menti, Morgane, de t'avoir caché la vérité sur nos liens et ta magie. Je pensais que c'était la meilleure solution, je me suis trompé, et lourdement. Je ne peux changer le passé, effacer nos erreurs et notre incompréhension mutuelle. Mais je t'offre la possibilité de faire partie de la reconstruction de Camelot, avec nous au sein de ta famille.

Morgane avait ouvert la bouche pour répondre, mais la referma au bout de quelques secondes, choisissant de garder sa réflexion pour elle.

Uther baissa les yeux une fraction de seconde, déçu qu'elle ne lui donne pas sa réponse de suite.

- Nous n'attendons pas de réponse immédiatement, dit Arthur. Sache que tu une des nôtres, et que nous pensons que ta place est ici avec nous. Mais si tu souhaites partir, personne ne te retiendra, tu seras libre de faire ce que bon te semble.

- Et nous te rendrons tes pouvoirs si tel est ton choix, conclut Merlin.

La discussion était close, ils avaient dit ce qu'ils avaient à dire. Gaius fut le premier à sortir de la pièce suivi de peu par Gwen et le reste des personnes présentes. Morgane se retrouva alors seule avec elle-même en même temps que la porte se refermait en un « clac » sourd. Elle devait admettre que leur discours avait le mérite d'être plus qu'inattendu, de même que le fait qu'il y ait beaucoup plus de magiciens qu'elle pensait au sein de Camelot. Ce qui la perturbait le plus ce n'était pas le fait qu'elle soit toujours en vie malgré ses complots pour reprendre Camelot et détruire son frère, ni que son père soit bien vivant elle savait mieux que quiconque la puissance de la magie, non ce qui la déstabilisait le plus c'était le fait qu'Uther tolère toute cette magie autour de lui sans sourciller. Et…

- …que ça va ?...

Morgane fut interrompue dans ses pensées par des voix provenant de l'extérieur de sa chambre. Elle s'approcha vers le mur le plus près de la porte, là où était présente une petite ouverture servant pour laisser circuler l'air. Quelqu'un était juste derrière.

- Et s'il était trop tard ? Si sa haine envers moi était si forte que rien ne pourrait…l'assouvir à part ma mort ? Si cela faisait trop longtemps qu'elle utilise la magie noire et que cela ait corrompue son cœur ? Si le retour en arrière n'était pas possible ?

Morgane reconnut sans mal la voix de son père emplie d'incertitude et d'émotion. Il parlait doucement, sa voix grave résonnait contre la paroi et il ne devait être qu'à quelques dizaines de centimètre d'elle, seul le mur de ses quartiers les séparait. La jeune femme se dressa sur la pointe des pieds et aperçut Uther appuyé contre le mur la tête basse. En face de lui, May semblait essayer de le réconforter, caressant sa joue doucement. L'ancien médecin de Camelot était une magicienne, comment Uther pouvait-il se tenir dans la même pièce qu'elle, se demanda Morgane ? Tolérer qu'elle le touche ? Se comporte comme si de rien était ?

- Nous n'en savons rien, dit-elle. Il faut lui laisser du temps. Hier elle venait pour détruire son frère et Camelot et là elle vient de se réveiller prisonnière en comprenant qu'elle a échoué.

- Je sais, soupira-t-il. Mais si elle veut partir, si mon passé pèse plus dans son cœur que le présent, que mes explications…que mes actions ?

- Uther…

Morgane vit May relever le visage de son père pour qu'il la regarde dans les yeux. La sorcière aperçut des larmes couler sur son visage. Son père pleurait ? Elle n'avait vu Uther pleurer qu'à de rares occasions et la fois où il avait compris la haine qu'elle lui vouait en était une…

- Je ne peux pas la perdre, May. Je me suis battu pour défendre Camelot dans l'espoir d'y accueillir de nouveau toute ma famille. C'est ma fille, j'ai besoin d'elle près de moi, de savoir qu'elle va bien et qu'elle …me pardonne. C'est exclusivement ma faute si nous en sommes arrivés là au point de déclencher une guerre, je n'ai pas su écouter mes amis, ma famille, leur accorder l'importance qu'ils méritaient. Je sais qu'il y a un prix à payer mais je ne peux pas la perdre…

- Tu as déjà payé le prix, Uther je te rappelle. Et ce que tu as accompli au cours de cette année passée, peu de personnes en auraient été capables.

- Mais est ce suffisant ? rétorqua-t-il aussitôt. Est-ce suffisant pour qu'elle reconsidère son point de vue sur moi ? Me tolère voire m'accepte ? Et Arthur ? Elle le voit uniquement comme un rival pour le trône…alors qu'ils étaient si complices enfant.

- Je ne sais pas, admit la jeune femme. Beaucoup de choses doivent se bousculer dans sa tête, elle ne sait plus qui sont ses amis de ses ennemis. Nous lui avons enlevé ses pouvoirs et c'est la pire chose qui puisse arriver à un magicien. Pour le moment, elle ne nous considère certainement pas comme des amis et encore moins comme sa famille.

- Oui, murmura Uther imperceptiblement.

- Laissons lui du temps, elle ne sait pas ce que tu as fait pour en arriver là aujourd'hui, quel chemin tu as parcouru, ce que tu as enduré et quel homme tu es devenu…

Uther esquissa un sourire avant de lui répondre, et Morgane vit dans ses yeux une petite étincelle s'allumer.

- …celui qui va épouser une magicienne qui va lui donner un deuxième enfant doué de magie…commenta-t-il.

Ils avaient des enfants ? Cela était la suite logique des choses…mais des enfants magiciens ? Comment Uther pouvait-il accepter cela ?

- Tu n'es plus le Uther qu'elle a connu autrefois, tu es quelqu'un de radicalement différent, la soif de vengeance a quitté ton cœur. Si tu as fait ce long et difficile chemin pour être en paix avec toi-même, peut-être en sera-t-elle capable ? Comme tu l'as dit, Morgane est ta fille et réussir l'impossible est dans votre sang. Nous devons juste être patients…

Un long silence s'en suivi au court duquel Uther semblait réfléchir à ce que la protégée de Gaius lui avait dit.

- Allons chercher Lukah, il va se réveiller, dit May en prenant la main de l'ancien roi qui se laissa faire.

Les bruits de leurs pas résonnèrent sur le pavé du couloir, et au bout de quelques secondes, elle n'entendit plus rien. Cette fois Morgane était réellement seule.

Elle s'éloigna du mur, repensant à tout ce qu'elle avait entendu. Elle ne comprenait toujours pas comment ils l'avaient vaincue, comment ils avaient défait son armée. Morgane avait eu la surprise qu'ils aient des magiciens parmi leurs troupes, mais leurs pouvoirs n'étaient en rien comparables à ses sorciers. Et leur nombre…ils étaient trois fois moins nombreux que l'armée qu'elle et Cendred avaient levée. Son regard se perdit sur une bougie qui brûlait le long de la fenêtre, elle essaya de l'éteindre avec sa magie, mais rien ne se passa. Ils avaient également réussi le tour de force de lui enlever ce qui faisait d'elle ce qu'elle était. Morgane donna un coup violent dans le pichet d'eau qui était près d'elle de colère, le récipient ainsi que son plateau volèrent et s'écrasèrent dans un lourd fracas au sol. Comment avaient-ils pu lui faire cela ?

L'après-midi passa sans que rien ne trouble le silence des quartiers de celle qui fut la pupille d'Uther. Il faisait nuit dehors désormais et des torches avaient illuminé les alentours de la citadelle, faisant ressembler le château à ce qu'il était autrefois quand elle avait encore cette insouciance de jeune fille aisée…

Elle avait observé les différents travaux se déroulant près de ses quartiers, l'emploi de magie sans arrière pensée pour la reconstruction et Morgane avait aussi un indice de comment ils avaient réussi à la vaincre. Depuis environs une demi-heure, des dragons volaient au-dessus de Camelot comme autant de gardiens pour la cité. C'était donc cela leur secret...où avaient-ils trouvé ces créatures ? Et pourquoi avaient-elles accepté de les aider, Uther les avait pourchassées jusqu'à leur extinction?

Toc toc

Quelqu'un frappa à la porte, la jeune femme se retourna et aperçut Arthur qui entrait avec un plateau repas pour elle. Il s'arrêta juste après avoir passé la porte.

- Je peux entrer ? demanda-t-il incertain.

- Quelle question…comme si j'avais le choix ! Je suis votre prisonnière, cher frère…

Arthur avança donc en ayant préalablement fait signe au garde posté à l'extérieur qui referma la porte. Le Roi avança et posa le plateau sur la table, Morgane remarqua alors qu'avait été préparé un repas pour deux personnes et non pour une seule. Son frère prévoyait donc de dîner avec elle…Quelle chance !

- J'ai fait préparer un repas, mais si tu ne veux pas de ma compagnie, je comprendrais et te laisserais seule. Mais j'aurais voulu qu'on parle. Seuls.

Morgane laissa un sourire moqueur apparaître sur son visage, il voulait parler, alors ils parleraient…elle s'approcha de lui et prit place en face du plateau en silence. Arthur comprit que cela n'allait pas s'annoncer facile, mais il fallait essayer. Alors il s'assit en face d'elle et commença à sortir la nourriture du plateau. Sa sœur se servit et commença à manger. Elle observait Arthur qui la regardait pensif.

- Quoi, finit-elle par dire exaspérée de son silence ?

- Comment en sommes-nous arrivés là, Morgane ? Qu'est ce qui s'est passé pour que tu ne souhaites que notre mort et la destruction de Camelot ?

- Tu sais ce qu'il s'est passé…tu étais là.

- Morgane…souffla Arthur en sentant le ton haineux de sa sœur.

Il savait qu'elle allait rejeter l'entièreté de la faute sur leur père, sa haine de la magie, le mensonge sur leur lien, son intransigeance quant à sa manière de gouverner le royaume. Arthur était parfaitement conscient des reproches qu'elle allait faire à Uther parce qu'il lui avait fait les même au cours du passé et avait passé de longues heures à parler avec lui depuis son retour à Camelot. Il avait besoin d'explications, et comprenait que sa sœur soit dans le même cas.

- Quoi ? Tu vas me dire qu'il n'y est pour rien ? Que ses actions, ses décisions étaient les meilleurs pour Camelot ? Qu'il a eu raison de bannir la magie et tuer tous ceux qui la pratiquaient ? Qu'il a eu raison de me cacher qui j'étais et ce que j'étais !

Morgane s'emporta rapidement sous les yeux de son frère, laissant apparaître au grand jour toutes les souffrances qu'elle avait endurées à Camelot.

- Je n'avais personne Arthur à qui parler de mes dons, personne pour m'aider à comprendre ce qui m'arrivait ! Gaius me gavait de potions…et Uther, il ne faisait simplement rien ! Il ignorait le problème…J'ai cru devenir folle…et maintenant vous voulez que j'oublie tout cela et redevienne la gentille et naïve Morgane qui obéissait sans broncher ? Je ne crois pas, non !

- Tu aurais pu m'en parler…pour ta magie et le reste. J'étais là pour toi, Morgane, je l'ai toujours été et au lieu de ça tu as imaginé un complot pour te venger.

- Et tu aurais fait quoi, Arthur ? Dis-moi ! Qu'aurait- fait le si merveilleux Arthur Pendragon s'il avait appris que j'étais une sorcière ? Tu aurais obéi bêtement et m'aurais dénoncée à notre cher père…

Arthur prit quelques secondes pour réfléchir, picorant des aliments de son assiette. Elle avait raison, qu'aurait-il fait ?

- Non, je ne t'aurais pas dénoncée, Morgane, tu étais déjà comme ma sœur. Nous aurions pu trouver une solution…peut-être demandé conseil aux Druides ?

- Mmmm. Vraiment ?se moqua-t-elle.

- Ne t'ai-je pas aidée avec le petit Druide ? Ai-je averti mon père de ce que nous avions fait ?

Pour la première fois, Morgane resta silencieuse. Elle se souvenait de ce à quoi Arthur faisait allusion.

- Je comprends que tu te sois sentie trahie, j'ai ressenti la même chose quand j'ai appris que tu été ma sœur. Cela m'a fait mal, très mal. Le fait qu'il nous ait cachés la vérité si longtemps m'a blessé, mais ce qui m'a meurtri le plus c'est la manière dont cette vérité a éclaté. J'ai vu mon univers s'écrouler quand tu as pris le pouvoir à Camelot, répandant une terreur que jamais les années de règne de notre père n'ont connue. (Arthur marqua une pause) Tu lui ressembles beaucoup trop Morgane pour le juger si rapidement, pour ne pas le comprendre. Je ne parle pas de l'excuser mais de le comprendre.

Arthur parlait pour la première fois à quelqu'un de ce qu'il avait éprouvé ce jour là, et c'était à sa sœur qu'il s'ouvrait, parce qu'elle était la seule personne à pouvoir ressentir ce qu'il avait vécu. A comprendre comment ses certitudes s'étaient écroulées une à une avec l'aveu de leur lien. Il savait parfaitement que s'il avait été seul, jamais il n'aurait pu surmonter cette épreuve. Il devait sa survie à la présence de Merlin à ses côtés, qui l'avait convaincu de ne rien faire, de battre en retraite pour mieux revenir et reprendre Camelot.

- Comment peux-tu encore le défendre, après ce qu'il nous a fait ?

- Il a changé, dit simplement Arthur sortant de sa réflexion en la fixant droit dans les yeux. Il n'est plus le même homme. Ta trahison l'a beaucoup blessé, mais cela était nécessaire pour qu'il comprenne les erreurs qu'il avait commises, qu'il voie enfin la vérité en face.

- La vérité sur quoi ? La magie ? Moi ? Lui ? Il a fait tellement de mensonges, causé tellement de souffrances, tué des enfants qui n'avaient rien demandé à personne! Tu es devenu Roi, Arthur ! Toi mieux que quiconque sait ce que cela signifie d'avoir un tel pouvoir ! Et pourtant tu continues à justifier ses actes alors que tu sais qu'il avait tort !

- Il pensait nous protéger, il croyait que la magie était mauvaise et personne ne lui a prouvé le contraire, et certainement pas toi en l'utilisant pour prendre le trône de force, s'énerva Arthur. Tu aurais pu tout changer Morgane si tu lui avais parlé, si tu avais essayé de le comprendre. Il t'aimait beaucoup plus qu'il ne le laissait voir, t'a toujours traitée différemment de moi, te privilégiant, il a autorisé des choses dont tu n'as pas idée pour te sauver…et toi tu persistes à le haïr.

Le jeune Roi jeta ce qu'il tenait dans son assiette et se leva, exaspéré de la tournure de leur discussion. Il n'allait pas être simple de la convaincre de la bonne foi d'Uther. Il préférait quitter les quartiers de sa sœur plutôt que de dire des paroles qu'il allait regretter.

- Parle-lui, à May. Ecoutes-les avant de juger. Beaucoup de choses se sont passées depuis deux ans. Après tu pourras décider en ton âme et conscience ce que tu veux pour ton futur.

Et c'est sur ces dernières paroles qu'il sortit de la pièce en refermant la porte dans un bruit sourd.