Tu n'auras que ma haine.
[5x06] : « Comment osait-il lui demander de lui prendre le bras, alors qu'il avait tué ses frères ? »
Cette fic est écrite dans le cadre de la 110ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Vivace". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous.
Revenir à Winterfell, étonnamment, n'avait rien à voir avec le fait de rentrer à la maison, pour Sansa Stark.
Pas quand elle avait le terrible et écœurant sentiment que Littlefinger était en train de tout bonnement la vendre aux Bolton.
Pas alors que Winterfell n'était plus à elle, plus aux Stark, si ce n'est en théorie, et que ceux qui les avaient trahis avaient pris leur place.
Pas alors qu'elle vivait dans la même demeure que l'homme qui avait assassiné son frère, et vu mourir sa mère sans broncher une seule seconde, et qui s'était accaparé le Nord avec le soutien des Lannister.
Pas alors qu'elle devait vivre tout les jours avec l'homme qui avait assassiné ses deux petits frères.
Quand elle regardait Théon, elle ne ressentait pas juste de la colère et de la haine, non c'était bien pire que cela.
Elle haïssait Roose Bolton de toutes ses forces, elle aurait voulu pouvoir le tuer de ses propres mains, mais aucun sentiment d'amertume ne s'ajoutait à cette colère.
Quand elle voyait Théon, enfin, Reek, elle voyait ce qui avait été autrefois, et ne serait plus jamais.
Elle entendait les rires de ses frères et sœur, elle voyait son père sourire, sa mère à ses côtés, elle voyait Théon apprendre à tirer à l'arc à Robb, à Jon, à Bran, à Arya aussi parfois, quand elle arrivait à s'extirper de la prise de Septa Mordane.
Elle se souvenait des jours heureux, des jours moins heureux, d'une époque où ils étaient encore une famille, des jours qui ne reviendraient jamais, d'une harmonie que Théon avait brisé en...
Il avait trahi Robb.
Ça, elle aurait pu l'accepter, peut-être, ou au moins le comprendre.
Qu'il choisisse sa famille de sang plutôt qu'eux, parmi lesquels il n'était en réalité qu'un prisonnier, c'était quelque chose de parfaitement concevable pour la jeune femme.
Après tout, elle avait été elle-même l'otage des Lannister à Port-Réal pendant suffisamment longtemps pour comprendre ce que cela faisait d'être loin de chez soi.
Elle restait une Stark, du plus profond de son cœur.
Sauf que Théon avait attaqué Winterfell.
Théon avait brûlé sa maison, s'en était pris à ses frères, il...
Il avait tué Bran et Rickon.
Et la jeune dame savait parfaitement qu'elle ne lui pardonnerait jamais cette infamie.
« Tu les as tués, tu les as brûlés, tu as exposé leurs corps, tu as tué mes frères, comment as-tu pu faire une chose pareille ? »
Maintenant, à chaque fois qu'elle le voyait, elle avait envie de lui hurler au visage : pourquoi ?
Et arriva le jour du mariage.
Sansa redoutait ce jour, qui était censé, du moins le croyait-elle autrefois, être le plus beau jour de sa vie.
Mais, après son séjour à Port-Réal, tout ce que Joffrey lui avait fait, et son mariage catastrophique avec Tyrion, puisqu'il n'y avait aucun amour entre eux, seulement du respect mutuel (ce qui était bien plus que ce qu'elle avait jamais eu avec Joffrey, ou aurait jamais avec Ramsay), elle avait perdu toutes ses illusions.
Quand Théon vint la chercher, elle resta froide, imperturbable, faisant absolument tout pour ne pas s'écrouler.
Lorsqu'il lui demanda de lui prendre le bras, elle vit rouge, d'un seul coup.
Et elle eut envie de hurler.
Comment osait-il lui demander de lui prendre le bras, alors qu'il avait tué ses frères ?
Comment pouvait-il croire qu'elle allait accéder à sa demande, après tout ce qu'il lui avait fait ?
Pourquoi allait-elle accepter ?
Elle lisait la peur dans ses yeux, et ça ne lui faisait rien.
Il allait souffrir, d'accord, c'est vrai.
Et alors ?
Elle aussi elle souffrait, toute sa famille entière avait péri, son cœur était brisé en mille morceaux, ses frères étaient morts à cause de lui, alors que ce n'étaient que des enfants, qui n'avaient rien à voir avec tout ça, et elle aurait dû lui témoigner de la compassion ?
Et puis quoi encore ?
Elle aurait voulu le gifler, le frapper, lui faire mal, elle aurait voulu pouvoir avoir le luxe de pleurer, pleurer sa famille perdue, ses parents et ses frères morts, sa sœur introuvable, et la simple présence de ce traître à ses côtés était un rappel constant de tout ce qu'elle avait perdu.
Et à chaque fois qu'elle le voyait, elle se souvenait qu'autrefois, elle croyait encore aux princes charmants et aux contes de fée, et que désormais, elle ne croyait plus en rien.
Et dieux, ça faisait tellement mal.
Elle se fichait bien de ce que Ramsay pourrait lui faire, et, à chaque fois qu'elle se rappelait du jeune garçon railleur qu'il avait été et qu'elle considérait comme un frère, et qu'elle avait envie de faire preuve de clémence à son égard, une unique phrase revenait en elle, tel un mantra qu'elle se répétait chaque jour, afin sa colère et sa haine perdurent.
Il a tué Bran et Rickon.
Et, aveuglée par sa colère, elle ne voyait pas à quel point celui qu'elle voyait comme un monstre était brisé, elle ne voyait pas encore à quel point son futur époux était un foutu salopard.
Il y avait une part de Sansa Stark, toute petite et bien enfouie au fond d'elle-même, mauvaise, sombre et cruelle, créée par tout ces moments passés aux côtés de Joffrey, Cersei, Littlefinger et Ramsay, qui était en train de se réjouir de ce qui était en train d'arriver à Théon, de toute cette souffrance qu'il allait bientôt endurer des mains de Ramsay.
C'était mal, elle le savait.
Mais il le méritait bien, pas vrai ?
Elle ne le croyait qu'à moitié, le croire entièrement, ça aurait été devenir comme Cersei, comme Joffrey, un véritable monstre, et elle s'y refusait.
Pourtant, si elle refusa d'accéder à la requête de Théon, ce fut à la fois par dégoût et par fierté, mais aussi, un peu, par cruauté.
Il a tué Bran et Rickon.
Il méritait la mort pour ça.
Non, c'était faux.
Il méritait bien pire.
Et, même si la lueur de peur dans les yeux de Reek (rien que cela était suffisant pour que Sansa ne le haïsse pas complètement. Comment pouvait-elle entièrement détester quelqu'un qui était suffisamment brisé pour accepter d'être renommé de cette manière ? Qu'est-ce que Ramsay lui avait fait pour le réduire à ça exactement ?) l'attrista légèrement, elle ne put se résigner à laisser sa colère de côté.
Il a tué Bran et Rickon.
Alors, elle resta ferme, froide et digne, le fusilla du regard, et se leva seule, sans accepter son bras, se dirigeant d'elle-même jusqu'à l'endroit où les noces seraient célébrées.
Et, si Théon avait véritablement été lui-même, il n'aurait définitivement pas reconnu la jeune fille avec qui il avait grandi autrefois.
