J'ai tellement de projets pour cette fic' maintenant, j'espère pouvoir tous les mener au bout ! Si je parviens à me dégager plus de temps d'abord, et peut-être si je suis assez tenace !
Bonne lecture !
Une lumière passa par la fenêtre, qui fut suivie par une seconde, et une autre. Peu à peu, le train ralentit et les lumières aveuglèrent Draco qui n'avait pas fermé ses rideaux. Le halo jaune n'avait rien d'un soleil, et les réverbères étaient trempés d'une pluie qui tombait drue, à travers la nuit. De toute évidence, ce n'était qu'un des arrêts de leur train, mais la gare semblait bien plus vivante que Londres. Draco se redressa sur le matelas en se frottant le visage, l'autre main sur son ventre qui se réveillait autant par la faim que le désir inassouvi qui ne le lâchait pas. Il devait faire avec, au moins jusqu'au soir.
Il se leva, pris le temps d'une toilette rapide et se changea. Il avait toujours l'impression de sentir la sueur, et ça le dégoutait. Ne prenant pas le temps de se coiffer correctement, il attacha juste ses mèches dans un ruban lâche. Un thé lui changerait les idées.
Draco déverrouilla le verrou et ouvrit prudemment la porte. Baddock était assis à la table du salon, jouant aux cartes sorcières. Le jeu semblait bien s'amuser, et le score qu'affichait la carte du Joker, souriant de toutes ses dents, n'était clairement pas en faveur du précepteur. Celui-ci avait des yeux de hibou tournés vers son patron, et les rabaissa sur son jeu, comme s'il ne savait pas quoi faire. Il se redressa et saluant Draco, il resta une seconde sans savoir quoi faire avant de d'envisager se rassoir, sans pour autant le faire. Ses yeux semblaient fixés sur Draco autant comme s'il l'observait que comme il le craignait.
« Où sommes-nous ?
- A Glasgow. C'est le second arrêt. Il nous en reste… quatre, mais vous le savez. Hum…
Draco eu un sourire amusé du soudain malaise de son employé.
« Si je vous dérange, vous pouvez le dire.
- Non ! Non ! Vous ne me… Euh, enfin, si ! Non ! Je…
Il souffla et baissa les yeux, en les frottant de sa main. Il ne les rouvrit que pour regarder à nouveau le Noble.
- Vous seriez d'accord de parler ? Je vais refaire du thé.
- Vous en avez bu combien de tasses ?
- Deux théières. Hum. Oui, je vais... me contenter d'un verre d'eau.
- Sage décision.
Draco le laissa s'activer comme si l'homme était sur ressort. Il était semble-t-il tendu par tout le thé qu'il avait avalé, mais il était aussi alerte et extrêmement conscient de la présence de son patron, ne le quittant de vue que pour ne pas renverser la théière ou brûler sa manche en la faisant chauffer. Draco qui le savait toujours calme et posé, même en situation de stress, ne comprenait ce changement de comportement, encore moins quand le fait même de s'asseoir aggravait en conséquence la nervosité de Baddock.
- Vous devriez sans doute vous repos…
- Je n'ai pas pu, soudainement le précepteur avant de se reprendre. Pardon, j'ai essayé mais je n'ai pas pu. D'abord, Scorpius risquait de se réveiller, ne pas nous voir l'aurait inquiété. Mais surtout…
Il chercha ses mots, mais peinait à même sortir un son après avoir parlé si vite. Draco fronça les sourcils.
- Mais surtout ?
Baddock frotta tour à tour sa nuque, ses yeux et à nouveau sa nuque. Quand la bouilloire siffla il s'en servit clairement pour gagner un peu de temps. Mais une fois installé face à Draco, plus droit qu'un piquet et servant deux tasses de thé, il humecta ses lèvres pour parler. Rien ne sortit d'abord et il voulu prendre sa tasse mais d'un coup de baguette, Draco l'écarta. Il ne touchait pas non plus à la sienne. Il y avait clairement un problème, en plus de l'incident du départ, et Baddock n'osait clairement pas en parler.
- Vous avez dit vous contenter d'un verre d'eau.
- C'est vrai…
- Pourquoi vous ne pouvez pas vous reposer ?
- Ce n'est rien…
- J'en doute.
Draco n'était pas vraiment aimable avec Baddock, et en règle générale, il n'aimait pas qu'on lui cache des choses. Harry était particulièrement doué dans le domaine alors s'il devait avoir un autre menteur à ses côtés, le Noble ne le supporterait pas. Et il appréciait assez Baddock pour considérer qu'il valait mieux résoudre cet incident que de le voir quitter ses services. Baddock semblait soudain devenir un chien abattu, les épaules basses, à murmurer, Draco l'entendit bien, le premier juron qu'il ne l'ait jamais entendu dire.
- J'ignore de quel sortilège ou quelle potion vous êtes… victime, mais si elle affecte autant votre entourage, je comprends mieux pourquoi il est difficile de vous approcher… Euh… Non pas que je n'apprécie pas être… dans votre entourage… Je…
Draco ouvrit les yeux ronds, incrédule à ces mots dont il ne comprenait pas le moindre sens. La potion l'affecte, lui, pas les autres. Elle n'affectait que très peu Harry… Jusqu'à présent. Draco prit sa tasse pour calmer son ventre douloureux en buvant le thé chaud. Il était très bon et lui permit de se détourner de la réaction presque défensive qu'avait eu Baddock.
- Elle vous affecte ?
Comme si Baddock avait craint la question, il rentra encore plus les épaules en lançant un regard contrit à Draco. Draco le remarqua, les joues du précepteur prirent une teinte rouge sans passer par le rose. Draco reposa sa tasse, stupéfait.
- La potion ne devait m'affecter, moi, pas mon entourage. Je comptais m'en débarrasser pour ne plus en subir les effets, mais si elle affecte ceux qui m'entourent…
Draco n'eut pas trop à réfléchir pour savoir que la situation deviendrait vite dangereuse. Il était susceptible de faire beaucoup, beaucoup de tort.
- Comment ?
- Je vous demande pardon… ?
- Comment ça vous affecte ?! Qu'est-ce que ça… Provoque ?
Le rougissement de Baddock remonta jusqu'à ses oreilles alors qu'il détournait le regard. Draco aurait pu en rester là, mais sachant que ça pourrait peut-être affecter ses proches, son fils, il ne voulait pas s'en tenir à des allusions. Il n'allait pas s'approcher, mais son regard rivé sur le précepteur lui fit clairement comprendre que son patron aurait sa réponse, tôt ou tard. Ça n'en restait pas moins difficile pour lui de parler.
- C'est que… Je n'ai jamais été… confronté à quoi que ce soit de semblable. Surtout pas envers…
Il fit un geste comme pour marquer la particularité de Draco et celui-ci finit sa phrase en percevant de quoi il voulait parler. L'instinct féminin avait encore ses avantages.
- Un homme.
Baddock secoua vigoureusement la tête, à en faire craquer sa nuque, pour affirmer ce point. Il se frotta la nuque pour faire passer la douleur qu'il devait soudainement ressentir, mais il reprit.
- Je ne suis pas vraiment romantique, mais j'attends néanmoins de trouver la bonne personne, qui aura les mêmes valeurs que moi et les mêmes sentiments que j'aurais pour elle. C'est important pour moi et je me suis fixé ces conditions dès l'adolescence. Je pensais m'y tenir avec la droiture que j'ai toujours voulu garder dans ma vie…
Son regard se fit encore plus fuyant alors qu'il grattait sa joue où naissait une barbe fine.
- C'est bien la première fois que j'ai remis en question mes idéaux. Face à vous.
Draco avait les yeux comme des soucoupes alors que le précepteur agitait les mains devant lui, comme pour effacer ce qu'il avait dit. Geste inutile.
- Je ! Je sais que ce sont les effets de la potion. Dans une majorité des cas, savoir qu'on est sous l'emprise d'un sort ou d'une influence magique suffit pour s'en défaire. Sauf dans le cas de magie puissante. Et c'est ce qui m'inquiète.
Draco s'adossa contre le dossier du fauteuil, saisissant la portée des mots que lui disait son employé.
- Malgré ça, vous ressentez ce doute.
- Oui.
Le rouge n'allait pas en s'améliorant sur le visage de Baddock, descendant dans son cou et colorant son front comme jamais.
- Pour être tout à fait honnête. C'est plus… marqué qu'un doute.
- Plus que ça ?
Pour ne pas regarder Draco, le précepteur leva sa main sur son visage pour couvrir ses yeux et il soupira pour calmer son émoi, là encore, ce fut sans effet.
- Même en sachant que c'est dû à une potion, que ce n'est vrai en rien… Je n'arrive pas à me dissuader de penser que… Je n'ai sans doute jamais désiré quelqu'un à ce point. Depuis que nos mains se sont frôlées, j'ai peur de ne pas rester maître de moi. J'imagine que ce serait pire si nous venions à nous toucher à nouveau, mais même sans ça, c'est étourdissant. Vous m'apparaissez si... C'est aussi étrange qu'effrayant. C'est pourquoi j'ai préféré que vous fermiez le loquet de votre chambre. Je n'ai jamais été amené à ce genre de situation, je ne connaissais pas mes limites. Je les ignore sans doute toujours.
Les mots ne rassuraient Draco qu'en une seule chose. Ils ressentaient donc la même chose. Ce désir grandissant en lui, Baddock en subissait les mêmes effets. Harry avait-il aussi ressenti ça aussi ? Connaissant l'Élu, il n'avait pas la retenue du précepteur, et il aurait donc simplement le besoin de combler ce désir dès qu'il arrivait. Ça pourrait expliquer son comportement emporté depuis quelques temps. Mais il lui en aurait sans doute parlé, il aurait pu distinguer les signes. S'il y était vraiment sensible. On parle quand même d'un homme capable de résister à l'Impérium.
Face à Draco, Baddock semblait au comble de l'embarras, n'ayant pas ôté la main sur ses yeux et serrant l'autre dans un poing sur son genou. Le Noble n'aurait pas pu lire son expression, mais ses mots traversèrent ses lèvres avant qu'il y réfléchisse vraiment, sans doute à cause de son propre état, qui faisait écho à celui de Baddock.
- Le désir s'apaise quand il est satisfait.
Cette fois, ce fut le précepteur qui eut les yeux comme des soucoupes quand il leva les yeux vers son patron.
- Euh, je vous prie de m'excuser ?
- Si cette sensation vous rend si mal, il serait facile de s'en débarrasser. Cela ne prendrait qu'une ou deux dizaines de minutes, et vous, nous, en serions libérés. Les circonstances sont particulières et je suis le principal responsable de cette situation, je ne vous en tiendrai pas rigueur. Nous nous libérons de ce désir, et n'en reparlerons jamais.
S'il n'était pas sûr de lui au début, chaque argument qu'il amenait était chaque fois empreint d'un peu plus de confiance. Après tout, ce n'était qu'un exutoire, et ce serait sans doute plus facile de voyager avec Baddock s'il n'a pas ces airs de hibou surpris jusqu'à ce qu'ils trouvent une solution. S'ils trouvent une solution. Pour montrer que son invitation n'était pas une plaisanterie, Draco écarta un peu les jambes et posa nonchalamment sa main sur sa hanche. Un spectacle dont Baddock ne perdit pas une miette en déglutissant difficilement. Mais il hocha négativement la tête.
- Je… Je comprends et je vous suis reconnaissant de cette, hum, proposition… Je ne sais pas si… Ce que vous me dites… C'est contre mes valeurs, et le respect que j'ai pour vous. Je suis désolé. Je ne peux pas… nous imposer ça. Je veux que nous restions en bons termes, et sans secret. Je vous donne ma parole, aussi longtemps que ça durera, je ne céderai pas. Si tant est que nous ne nous touchions pas.
- Mais si vous cédez ? Devant des témoins ? Devant Scorpius ?
- Je vous assure que ça n'arrivera pas.
A nouveau, Draco regardait Baddock avec une stupéfaction accrue. Alors qu'il était dans le même état que lui, que le désir en était douloureux, et qu'il se voyait offrir l'objet dudit désir sans la moindre conséquence néfaste, cet homme… refusait. Draco se sentit tour à tour fier qu'un homme si droit enseigne son fils, et aussi un peu honteux de se voir ainsi refoulé.
Il le savait, il pouvait bien simplement se lever et se vautrer sur Baddock, il savait par expérience que dans ce cas de figure, même toute la volonté du monde ne protégerait pas Baddock des pulsions qui le saisiraient alors. Quoique, Draco vint à en douter un peu. Mais face à tant de droiture, auquel Draco n'était pas du tout habitué, il comprit que l'homme, même incertain de tenir le coup, préférait chercher la force de tenir que d'accepter la facilité de céder ainsi à la tentation. Draco eut un léger rire.
- Vous êtes un homme étrange, Mr Baddock. Votre sincérité et votre loyauté envers vos principes vous honorent. J'ai rarement croisé un homme comme vous, mais j'espère que Scorpius aura ne serait-ce que la moitié de votre vertu.
Draco tourna la tête et resserra les genoux pour se lever, afin de préparer de quoi manger. Baddock, lui, aurait pu fumer par les oreilles dont le rouge de son visage s'était empiré. Mais il reprit contenance.
- Je vous… remercie, bredouilla-t-il en se levant comme s'il avait bu une bouteille complète d'alcool. Si vous permettez, je vais… faire un tour, et ensuite, je… J'irais sans doute dormir un peu.
- Avec tout le thé que vous avez bu, je vous souhaite bien du courage, rit encore Draco, mais je ne vous retiens pas.
La démarche digne d'un coucou d'horloge du précepteur ne donnait pas tort au Noble.
Le train repartit et gare après gare, le soleil se leva à l'horizon. Baddock dut faire plusieurs tours du train, car Draco ne le revit qu'à ce moment-là, quand il ouvrit précautionneusement la porte du wagon, de peur de tomber nez à nez avec lui. Il avait l'air plus calme, mais il évitait tout de même de regarder trop longtemps son patron, et s'enferma vite dans sa chambre. Sans doute s'était-il remis les idées au clair et était arrivé à la même conclusion que Draco. Plus vite ils seraient débarrassés des effets de la potion, plus vite ils seraient tranquilles.
Scorpius n'ouvrit pas les yeux avant un long moment. Ce fut Draco qui alla dans sa chambre pour réveiller la tête blonde dépassant à peine de la couverture. Baillant et frottant ses yeux fatigués, Scorpius n'en oubliait pas pour autant d'embrasser son père ou de laisser tomber sa tête sur son épaule pour somnoler encore un peu alors que Draco préparait son petit-déjeuner. Même s'il demanda où se trouvait Baddock, il ne fut pas surpris ou inquiet d'entendre que son précepteur dormait, et il hocha doucement la tête en guise de réponse. Draco sourit. Pour Scorpius, tout allait bien. Au fond c'était mieux ainsi.
L'enfant mangea tranquillement son déjeuner, fit sa toilette et comme il restait une grande partie de la journée avant l'arrivée du train, il sortit ses parchemins et travailla seul son écriture, sur la table du salon où son père lisait. Draco n'avait pas la tête à ça, et il restait coincé sur la même page, plongé dans ses pensées et ce qu'il devait faire. Que faire si la propriétaire du grimoire n'avait pas de solution ? Que faire si la situation empirait ? Devrait-il se débaucher ? Révéler son secret à la société sorcière ? Allait-il perdre la tête ? être interné ? Ou devrait-il céder à jamais à Harry et devenir son jouet pour garder son image intacte, jusqu'à l'incident de trop ? Qu'adviendrait-il de Scorpius ? Qu'adviendra-t-il de leur blason, de leur fortune, de tout ce que Draco avait tenté de préserver, d'abord pour son père, puis pour lui, et enfin pour son fils ?
Et tout se retournait quand il se demandait quoi faire si on le libérait des effets de la potion. Est-ce que ça libérerait ceux qui en ressentait les effets ? Baddock ? Harry ? Si Harry en ressentait les effets, ça expliquait peut-être toute l'histoire depuis le début. Ils ne s'étaient jamais vraiment aimés. C'était juste un effet secondaire de cette foutue potion que Draco aurait dû coincer dans le gosier d'Harry le soir de son mariage.
Mais en levant les yeux vers Scorpius, Draco se dit tout de même qu'il y avait un point positif à cette situation. Sans Harry et ses idées tordues, Draco aurait pu avoir des enfants et vivre heureux avec Astoria, mais il n'aurait jamais eu Scorpius. Sa naissance ne valait peut-être pas tous ces sacrifices, mais Scorpius valait maintenant plus que tout ce qui s'était produit par le passé. Et c'est encore pour lui que Draco voyageait pour se libérer d'une situation dont il ne serait pas sorti seul.
Dans un soupir, Draco referma son livre, et observa le paysage défilant par la fenêtre. Si seulement il avait la moindre certitude de trouver un remède. Au lieu de ça, il suivait les instructions d'une feuille donnée par la Sang-de-Bourbe pour l'éloigner de Londres. Si Astoria était là, son jugement pourrait aider son veuf. Elle qui avait fait un voyage avant lui en terres étrangères, elle aurait pu parfaitement l'accompagner et l'aider. Ils n'auraient pas eu besoin de Baddock pour le voyage et l'incident de la nuit n'aurait jamais eu lieu.
« Maman !
Draco détourna le regard du paysage pour regarder Scorpius qui avait parlé. Le garçon détourna aussi le regard pour regarder son père et haussa les épaules.
- Ah bah non. Partie.
Et il se remit naturellement à dessiner. Draco resta un moment à le regarder, avant de regarder la direction où avait fixé son fils, un peu derrière lui. Rien. Mais étrangement, cela peina le Noble. L préféra ne pas y penser et rouvrit son livre.
Le voyage passa lentement, mais Draco se prit à l'apprécier quand l'air marin emplit le wagon et les coursives, alors que le train passait la Manche, roulant sur les rails au niveau de la mer calme. Il n'était jamais allé en France, mais il avait déjà passé des vacances, enfant, sur les côtes anglaises et l'embrun ravivait ses souvenirs lointains et sa bonne humeur de cette époque alors insouciante. Baddock sortit de sa chambre pour reprendre ses fonctions de précepteur. Même si son regard disait clairement qu'il n'était pas libéré du charme de son patron, il le tournait vers Draco le moins possible, et semblait tenir bon. Draco, qui désormais avait l'habitude, en était tout de même impressionné. Il n'avait pas tenu bien longtemps face à un tel désir, la première fois. Encore moins quand l'homme qui désirait lui avait tacitement donné la permission de le toucher.
Enfin, après plusieurs heures à rouler le long des côtes françaises, depuis Dunkerque, Le Havre et Brest, le train s'arrêta à Nantes. La gare sorcière était couverte d'une verrière nichée dans le lit de la Loire. Au-dessus de la structure de métal vert de gris et de verre poli passait le courant du fleuve. Il était éclairé par les lumières de gare qui illuminaient parfois une plante ou une créature curieuse des nouveaux arrivants. Les lampes à gaz suspendues au plafond et aux murs étaient remplies par des feux follets joueurs qui en avaient fait leur logis de verre, coloré selon les heures et leurs humeurs. A les distinguer dans la lumière qu'ils émettaient, c'étaient de petits farfadets à l'aspect étonnamment jeune, presque enfantin, et aux ailes d'insectes, papillons, libellules, ou encore scarabées. Certains se cachaient dans les réservoirs pour dormir. D'autres voletaient autour de leur lampe pour saluer les voyageurs, ou même les naïades du fleuve. De leur lumière douce, on pouvait voir parfaitement l'ensemble de la gare. Comme elle n'était pas du tout utilisée par les moldus, les sorciers y avaient établi des commerces et des hôtels. Ils utilisaient librement leur magie, pour transporter leurs valises ou réserver leurs billets auprès du gobelin patibulaire siégeant à la billetterie. Certaines voies étaient utilisées par les trains, mais d'autres présentaient d'étranges machines aux mécanismes complexes. Travaillant d'elles-mêmes à l'entretien des voies et des quais, Elles lâchaient parfois un épais nuage de vapeur où jouaient les feux follets et les hiboux en transit. D'autres machines à apparences humanoïdes, bâties comme des dockers, étaient parées de masques et de membres en porcelaine lisse et décorée, cachant à peine les articulations de cuivres rutilants. Ces hommes de métal portaient les marchandises avec un sourire et en levant leur casquette de cuivre dans un bruit de vapeur.
Scorpius trouvait le tout fascinant, ne remarquant pas à quel point son père prenait un soin particulier à n'approcher personne. Il ne craignait pas trop les dockers, mais par précaution, il préféra les éviter aussi et Baddock ouvrant la marche, il suivait son sillage en veillant à ne pas se laisser distancer ni le coller.
En arrivant au bout des quais, le Hall s'étendait, avec davantage de commerces, des magasins de souvenirs et de bonbons, et les vendeurs de botteraux chauds au sucre ou au chocolat. On voyait des sièges pour attendre les trains et le tableau d'affichage géré par d'autres lutins, pas luminescents mais remarquable par leurs petits cirés jaunes à la capuche pointue. On ne distinguait pas leur visage en dessous, mais leurs mains semblaient démesurément grandes et maniaient habilement les plaquettes d'information. Plus loin, un orchestre d'automates jouait, dans l'indifférence générale. Un bruit assourdissant attira le regard de Draco vers leur gauche, et il eut juste le temps de voir un navire fluvial partir du quai où il était amarré. Le bateau n'avança pas longtemps avant de remonter à la surface, porté par les turbines vissées à la coque et les Naïades qui lui soufflaient un bon courant dans ses voiles. La gare ferroviaire jouxtait donc le port du Nantes magique. En toute logique, la gare routière devait donc se trouver à leur droite. Un escalier de briques de verre dévoilait une fosse béante sous les pieds des passagers qui remontait à la surface. On n'aurait pu dire si c'étaient des remous ou les fonds marins, mais l'obscurité de cette fosse semblait vivante à Draco.
Une fois presque en surface, mais toujours sous l'eau, à peut-être moins d'un mètre, la lumière venait seulement de l'extérieur. Le soleil perçant les flots offrait un éclairage fantasque bleu gris. Sous la nouvelle verrière, entre les calèches aux destinations inconnus au sorcier et le tramway digne des livres de Jules Verne, il ne fut pas difficile de déterminer que l'automobile reluisante et conduite par un énième automate était celle de leur hôte. L'automate descendit de l'automobile Renault de type Nc noire et or à fauteuil blanc pour prendre les bagages des trois voyageurs et les inviter à prendre place dans le véhicule. Aucun des trois n'était jamais monté dans ce genre d'engin, les Anglais préférant les balais, les Portoloins ou la poudre de cheminette. Mais il faut avouer qu'une fois la voiture en route, remontant dans une bulle vers la surface pour suivre le chemin près de la berge ligérienne, ils profitèrent avec plaisir du soleil et du vent d'été, confortablement installés sur les sièges de cuir clair.
L'automate était limité dans son langage et ses paroles, mais Draco comprit qu'on les attendait avec une certaine impatience. « Madame de Lys » était une femme semble-t-il pleine de vie, et grande amie des inventeurs et ingénieurs sorciers. Sa grand-mère avait été la mécène de Jules Verne lui-même. Alors quand par Narcissa, elle avait entendu dire que le jeune Malefoy avait besoin d'aide, elle n'avait pas hésité à ouvrit son manoir à ce révolutionnaire en matière de potions et de produits tous plus inventifs les uns que les autres. Elle était en outre caractérisée par une grande coquetterie. Draco s'amusa d'imaginer la matriarche des De Lys en robe à froufous et feuilletant des magazines de magie mécaniques avec ravissement. Il n'était pas vraiment dans le juste.
La barrière magique se déroba à leur arrivée, se refermant derrière eux. Devant, ils purent ainsi voir apparaître un château typique des châteaux de la Loire, en pierre blanches et vitraux colorés, entourée avant même ses murs d'enceinte d'un jardin en rien comparable à celui des Malefoy. Les dryades en avaient fait clairement leur territoire, peuple protégé par la famille De Lys, et les en remerciaient en donnant à leurs plantes l'éclat et la beauté des plus splendides fleurs, et des plus monumentaux massifs que Draco ait vu dans un jardin sorcier. Les douves étaient remplies d'une eau limpide où couraient des araignées d'eau colorées, et où nageaient des poissons énormes. Le pont se forma de lui-même sous les roues de la voiture, soudant dalle après dalle le chemin nécessaire à son passage.
Dans l'enceinte du château, un autre jardin s'étendait, à la française, entretenu par un homme muni de sa baguette. Il salua les invités d'un signe de tête et en levant son chapeau avant de reprendre la taille d'une topiaire en forme de montre, qui résonnait d'un tictac en xylophone. Ils firent le tour d'une fontaine en pierre blanche avant de se garer dans une ancienne écurie, changée en hangar. Draco se souvenait du garage de Harry au Square Grimmaurd, mais ce serait comparer une kitchenette avec la cuisine d'un cinq étoiles. Invités à descendre de voiture, ils rencontrèrent ainsi leur hôte.
Madame De Lys semblait être une aventurière. Dans un tailleur pantalon et gilet ocre qui définissait parfaitement sa silhouette fine, sa chemise de flanelle blanche légère flottait au moindre mouvement, bien qu'elle en ait retroussé les manches pour travailler sur l'aileron d'un REP 1, un avion d'un siècle d'âge. Ses cheveux gris clair tirés en chignon élégant laissait pourtant flotter quelques mèches qui encadraient de boucles son visage concentré. Ses traits ridés aux yeux et aux commissures de sa bouche montraient qu'elle avait beaucoup ri dans sa vie, mais les rides de son front laissaient aussi entrevoir des périodes de troubles. Et malgré ça, la femme ne cachait pas ses signes de vieillesses, et décorait plutôt sa bouche et ses paupières d'un élégant maquillage qui seyait à son âge. Et à ses pieds, l'acharnée portait de superbes escarpins. Elle avait, selon la mère de Draco, près de soixante-dix ans, mais on lui en donnait cinquante tout au plus.
En enlevant ses doigts de la machine, et nettoya ses mains d'un coup de baguette et fit tourner l'aileron d'une pichenette, souriant à son travail. Et alors que Draco s'avançait vers elle, elle réarrangea une mèche derrière son oreille. Son anglais était teint d'un français persistant mais qui était doux à l'oreille, presque amusant.
« Mr Malefoy ! Quel plaisir de vous voir ! De vous rencontrer enfin !
- Mes hommages, Madame ! dit Draco dans son français lui aussi empreint d'anglais, en lui offrant un baisemain respectueux. Je vous remercie de nous accueillir, mon fils, son précepteur et moi, dans votre superbe demeure !
Scorpius, quoique clairement intimidé, suivit le geste de son précepteur, et salua timidement la femme qui lui souriait, attendrie.
- Mais c'est un plaisir ! J'ai toujours rêvé de vous rencontrer ! Et puis, quand j'ai su que vous deviez venir en France, j'ai insisté auprès de votre mère pour avoir le privilège de vous avoir chez moi ! Le voyage s'est-il bien passé ?
- A merveille, mentit Draco dans un sourire.
- Avez-vous eu le temps de manger ? Ou peut-être souhaitez-vous vous reposer un peu ?
- Non, nous avons voyagé tranquillement et nous avons déjeuner dans le train.
- Dans ce cas, permettez-moi de vous faire découvrir le domaine familial. Je suis sûre que j'ai bien quelques surprises pour votre fils. Nantes pratique depuis près d'un siècle une magie mécanique qu'on ne trouve nulle part ailleurs ! Nous en sommes très fiers !
Draco n'eut qu'à tourner les yeux vers ceux plein d'étoiles de son fils pour acquiescer. Etonnamment, des froufrous apparurent tout de même, depuis l'entrée du manoir. Draco distingua une fillette blonde de cinq ou six ans, tout au plus, dans une adorable robe à rubans rose et violet, courir vers le hangar. L'enfant, pas même fatiguée de sa course, s'arrêta aux côtés de Madame De Lys et s'exclama.
- Grand-mère !
- Carol ! J'allais t'appeler. Je vois que tu as fait une nouvelle robe ! Elle te va à ravir !
- Tu trouves ? Elle ne me gêne pas, celle-ci !
- Absolument adorable ! Elle fait ressortir tes yeux à merveille !
Madame De Lys se tourna vers Draco, Baddock et Scorpius, en posant les mains sur les épaules de la fillette qui fit la révérence et les fixait tour à tour avec un grand sourire.
- Messieurs, je vous présente Carol. Sa mère, ma fille, me l'a confié pour les vacances. Ça ne vous dérange pas s'il nous accompagne ?
Draco cru mal entendre, mais en regardant la fillette, enfin calme, il se rendit compte de son erreur. Quoiqu'en robe, Carol était bien un garçon aux cheveux longs. Il eut tout de même un sourire en reconnaissant l'utilisation des produits Malefoy pour faire illusion. Et le garçon lui offrit un autre sourire joyeux.
- Je n'y vois pas le moindre inconvénient. Nous avons affaire à un jeune créateur !
- Oh, bredouilla Carol, ce n'est pas vraiment de la création, mais j'aimerais être tailleur plus tard ! Et maquilleur ! Rendre les gens beaux ! Mais je n'ai pas de mannequin pour me dire si mes robes sont confortables, c'est important aussi ! Vous l'aviez dit dans un article !
- Quand il a su que vous veniez au château, susurra Madame De Lys, il n'en a pas dormi de la nuit ! Vous avez donc deux fans parmi nous, sans doute plus.
Les adultes discutant, Draco vit du coin de l'œil Scorpius regarder la robe avec intérêt et Carol lui faire une révérence auquel le petit répondit comme il l'avait fait pour Madame De Lys, après s'être assuré auprès de Baddock qu'il le pouvait. Le temps que le petit Carol se change, Draco fit cadeau à son hôte d'un assortiment de nouveauté de son entreprise dont la matriarche fut ravie. Puis tout le monde quitta le hangar pour découvrir le reste du château. Draco fut impressionné que la famille De Lys soit aussi prestigieuse et riche, non sans travail : Elle jouissait d'un grand domaine, avait investit dans des commerces et des activités rentables, était mécène d'art et d'innovations magique et surtout, elle possédait un vignoble de très bon cru. Le petit-fils De Lys réapparut dans une tenue similaire à sa grand-mère, tailleur et chemise légère avec des souliers élégants, et les cheveux attachés. C'était très clair, même à un si jeune âge, Carol était éperdument coquet.
Bien que Draco aurait volontiers coupé court à la visite et demandé à aller dans la forêt de Brocéliande, il n'en fit rien. Son hôte était exemplaire, et Scorpius apprenait beaucoup de choses, ébloui par toutes les merveilles du château. Même si son ventre se tordait de désir, Draco supportait la douleur et patienta, restant un invité attendu et de marque. La visite se déroula doucement, agréable et fascinante. En plus, il faisait beau. En jetant un coup d'œil à Baddock, Draco comprit qu'il n'était pas le seul à endurer son état, mais il espérait que comme pour Baddock, dont il ne remarquait le malaise que parce qu'il connaissait le précepteur, il ne laissait rien transparaître de son état. Si tel était le cas, Madame de Lys n'en fit aucun commentaire.
Voilà un nouveau chapitre. Un peu court car il m'a fallut pas mal d'effort pour l'écrire. J'espère qu'il vous plaira!
