Chapitre 23

Pov Bella

La suite de la visite chez mon père se passa bien. Edward avait trainé dans toutes les pièces, donnant son avis, faisant de petites remarques par-ci, par-là. Après cela, j'avais pris mon courage à deux mains pour lui donner mon dernier présent, et désormais, il portait fièrement le bracelet en or que je lui avais offert. Sur une face était écrit son prénom, et sur l'autre : « A jamais dans mon cœur ».

-Je voulais juste t'offrir un petit souvenir, pour que… tu te souviennes de moi, même dans plusieurs années, m'étais-je justifiée en détournant le regard.

Nous étions assis sur le canapé défoncé de Charlie, et je commençais à vraiment avoir froid, grelottant presque. Mon vampire m'avait regardé avec un sourire en coin avant de me répondre.

-On ne peut pas t'oublier, Bella Swan.

J'avais juste pu rougir sans trouver de mot pour répliquer, surtout devant son assurance. Il avait sorti lui aussi un petit paquet que j'avais pris, surprise de son geste. Il s'agissait d'une bague surmontée d'une perle rosée : un bijou simple mais très beau.

-Tu m'as déjà offert un très beau cadeau, lui avais-je rappelé. Une promenade en montgolfière ne peut pas s'oublier.

-Je pourrais t'offrir une excursion en montgolfière tous les jours autour du monde entier, balaya-t-il d'un geste de la main. Alors que ça… C'est pour souligner notre amitié. La perle rosée exprime la confiance et la générosité. Tu incarnes ça, à mes yeux.

Il avait ponctué le tout d'un nouveau sourire en coin. Subitement, le temps sembla comme figé, et sa main vint caresser ma joue. Sa deuxième main vint englober mon autre joue, puis son visage se rapprocha doucement du mien.

-Ne bouge pas, souffla-t-il à mon oreille. Je voudrais… faire quelque chose dont je rêve depuis un long moment.

Il recula de quelques millimètres, me regardant dans les yeux. Je ne sus ce qu'il y vit, mais je suis certaine de ce qu'il n'avait pas vu : un refus ou de la peur. Je sentis son souffle me percuter, ce qui me fit haleter, comprenant ce qu'il voulait faire. Je serai volontiers allé à la rencontre de ses lèvres, mais il me tenait trop fermement - sans pour autant me faire mal – pour que je puisse bouger. Je ne savais pas ce qu'il craignait, mais qu'il aille aussi lentement me rendait folle. Mon cœur battait à vive allure, je le sentais cogner dans ma poitrine presque douloureusement, pourtant cette douleur était presque bienvenue parce que je l'associais au baiser qu'Edward allait me donner.

Et soudain, tout s'arrêta : ses lèvres glacées entrèrent en contact avec les miennes, créant un délicieux tourbillon de chaleur dans mon ventre, mes yeux se fermant sous la déferlante de ce bien-être. D'elles-mêmes, mes mains allèrent se loger dans la nuque de mon vampire, cherchant à rapprocher nos deux corps. Si le monde cessait de tourner à ce moment-là, cela ne m'aurait rien fait du tout. La seule chose que je désirais, c'est que cet instant dure une éternité.

Doucement, sa bouche commença à se mouvoir, m'enjoignant silencieusement à faire de même. Rester immobile aurait été la pire de toutes les bêtises, alors je n'empêchai même pas mes lèvres de glisser au rythme des siennes. Ses doigts bougèrent aussi, palpant délicatement ma peau, s'aventurant parfois le long de mon cou et sur le haut de ma poitrine.

Bien trop tôt à mon goût, le baiser cessa. Je rouvris les yeux pour voir Edward qui me souriait, fier de lui.

-J'ai réussis, chuchota-t-il. Tu es encore en vie !

Comme pour se le prouver, sa main droite vint se poser sur ma poitrine, à gauche, là où se trouvait mon cœur.

-J'aime ce son, dit-il en souriant.

Je lui rendis son sourire, sur un petit nuage. Malheureusement, Edward étant Edward, il recommença à m'asticoter.

-Bon, tu penses avoir encore un peu de forces pour rentrer ? Ou bien est-ce que tu acceptes d'avouer que je suis plus fort que toi ?

-Comme si tu jouais à la loyale ! Avais-je soupiré en levant les yeux au ciel et me mettant debout. Mais j'ai hâte de voir comment Carlisle va te mettre à l'amende pour m'avoir laissée aussi longtemps dans une maison froide. Bien sûr, je ne parle pas d'Esmée, parce que je suis certaine que ta tête vaudra le détour avec elle.

Le rire d'Edward me fit chaud au cœur : ça faisait du bien de se chamailler à nouveau, de l'entendre rire et rire avec lui (et un peu de lui aussi). J'avais encore la sensation de ses lèvres sur les miennes, j'étais persuadée que je n'oublierais jamais ça. C'est donc sa main au creux de mes reins et la tête dans les étoiles que nous sortîmes de la maison. J'avais l'intention de revenir plus tard, seule, pour apprivoiser cette maison. Je voulais en profiter pour regarder si Charlie avait enregistré des photos sur son ordinateur.

Alors que j'allais monter dans la voiture, le portable d'Edward sonna. Surpris, il mit l'appareil à l'oreille.

-Oui ? » Il fronça les sourcils. Il me fixait, mais je ne savais pas s'il me voyait vraiment. « Non, rien. » Il fit une pause plus longue, avant de s'énerver et de s'éloigner, me tournant le dos. « Non, je refuse ! Ils n'ont aucun droit sur nous, il ne faut pas se laisser faire. » Le vampire se mit à faire les cent pas, s'éloignant encore de la voiture.

Finalement, il revint, en colère.

-Bella, est-ce que tu veux bien rester là ?

-Pourquoi ? Que se passe-t-il ? M'inquiétai-je.

-Il y a eu une altercation entre Rosalie et les Quileutes. Rien de grave, mais je ne voudrais pas que tu fasses les frais de la colère d'Emmett. Les Cullen essayent de le calmer, et Carlisle semble croire que je peux les aider.

Ma première idée aurait été de venir, juste pour embêter Edward (je prenais plaisir à le contrarier, et ça faisait longtemps que je ne l'avais pas fait), mais je songeai que Carlisle n'aurait pas apprécié que je prenne des risques. De plus, il fallait avouer que voir un vampire tout casser dans une maison n'était pas un spectacle auquel j'aurais pris goût. Et surtout, je compris que notre moment d'intimité était révolu.

-D'accord, acceptai-je alors.

Edward parut très surpris, pourtant il sourit, me remercia d'un rapide baiser, une simple pression sur mes lèvres, avant de me pousser gentiment jusqu'à l'intérieur de la maison.

-Je sais comment entrer dans une maison, me moquai-je.

-Je m'assure juste que tu ne tombes pas, te connaissant…

-Hey ! Protestai-je. Je sais encore marcher sur une surface plane sans me casser la figure !

Edward pouffa.

-Ça reste à voir. Je reviens vite te chercher.

Il n'alla pas jusqu'à fermer à clé, cependant j'étais sûre qu'il y avait pensé. S'il avait fait ça, j'aurais pris un malin plaisir à sortir et à l'attendre devant la porte. A la place, une fois la voiture partie sur les chapeaux de roues, je montai allumer le vieil ordinateur de Charlie. Ce devait être une bécane de seconde main, parce que je savais qu'il ne l'avait pas depuis longtemps, or c'était un modèle plutôt ancien. Je m'étonnais encore du fait qu'Internet n'ait pas fait tout bugger.

Une fois l'engin en marche, j'ouvris le dossier des images où je trouvai des clichés de moi que je lui avais envoyés, et quelques photos d'un jeune indien, souvent avec un indien plus âgé en fauteuil roulant. Charlie avait-il un appareil numérique sans me l'avoir dit ? Ou bien est-ce que quelqu'un avait téléchargé les images ?

Ne me posant pas plus de questions, sachant que je n'obtiendrais sûrement jamais la réponse, je farfouillais encore un peu dans les divers dossiers. Il y avait surtout des rapports de police, que mon père avait dû écrire durant ses jours de repos ou des soirées. Et puis, vers la fin de la liste des documents textes, il y en avait un intitulé « Pour Bella, à finir ». Je décidai d'imprimer le fichier puis de descendre me faire un thé.

C'est pendant que l'eau chauffait dans la bouilloire que quelqu'un tapa à la porte.

-Edward ! Je ne te pensais pas assez timide pour ne pas entrer sans frapper ! M'amusai-je en allant ouvrir.

Ce ne fut cependant pas Edward qui se trouvait sur le seuil, mais le jeune indien que j'avais vu sur les photos dans l'ordinateur.

-Désolé, ce n'est pas Edward, sourit-il en s'avançant.

Il me tendit une main que je serrai, puis il s'invita tout seul à entrer.

-Qui est Edward ? S'enquit-il.

-Un ami, répondis-je vaguement. Qui es-tu ?

-Jacob Black, le fils de Billy, expliqua-t-il comme si ça coulait de source.

-C'était un ami de mon père, me souvins-je. Je t'ai vu sur des photos.

-Tu as allumé son ordinateur alors, grimaça-t-il. Il les voulait pour pouvoir te les montrer, alors je lui ai laissé sur une clé USB. Il n'était pas doué pour la technologie.

Je souris, entièrement d'accord avec ça. La bouilloire siffla, aussi je me servis le thé, comme prévu. Je voulais saisir l'opportunité que j'avais d'en découvrir plus sur lui.

-Tu connaissais bien Charlie ? Le questionnai-je, avide.

-Oh oui ! M'assura-t-il en riant. Ton père était soit fourré au poste, soit chez mon père. Ils pouvaient passer des journées et des nuits à la pêche. Au départ, ils ont essayé de me faire apprécier, mais ils ont fini par comprendre que ce n'était pas mon passe-temps favori.

-Tu es plus football américain ? Tentai-je en observant sa carrure étoffée.

-Pas du tout ! Je traine dans la réserve avec des potes, on observe, on plonge… C'est sympa. Tu devrais venir, un jour.

-La réserve Quileute ? Je… Je ne suis pas fan de la mer, c'est trop froid pour moi. Et puis, je suis malade, alors je ne pense pas que Carlisle approuve que je traine dehors ou même que je fasse trempette dans l'océan.

-Carlisle Cullen ? Ce n'est pas le meilleur médecin de la ville.

J'étais étonnée qu'il ne me parle pas des loups. Il n'avait pas l'air d'en être un, sinon il se serait déjà transformé, non ?

-Il se trouve que j'ai travaillé chez lui. Comme je suis tombée malade juste avant qu'il ne revienne, il s'est senti obligé de me soigner, mentis-je. Au fait, j'ai vu la sculpture que ton père a fabriquée pour le mien. Il se débrouille très bien.

-Il est super doué tu veux dire ! Se vanta-t-il. Les blancs adorent ses figurines, j'en vends plein sur les marchés. Je lui demanderai de t'en faire une spécialement pour toi. Eh ! J'y pense, Billy sera heureux de faire ta connaissance. Tu viens ?

Il se leva, plein d'énergie, me prit par la main et me tira à lui. Sa main était brulante, surtout en comparaison avec celle d'Edward. Le mouvement me fit tousser, et Jacob me lâcha aussitôt.

-Est-ce que ça va ? S'enquit-il, visiblement concerné. On devrait te mettre au chaud, il fait plutôt froid ici. Je croyais que le fameux docteur Cullen voulait te soigner correctement.

Le ton méprisant qu'il employait ne me plaisait pas, alors je me fis un devoir de le défendre.

-Il n'y est pour rien ! C'est moi qui ai tenu à venir ici.

-Tu n'étais jamais venue ? S'étonna Jacob.

-Si, une fois, mais…je n'avais plus le courage de revenir, avouai-je, dépitée. J'irais voir Billy un jour, c'est la moindre des choses, mais j'ai besoin d'y aller par étape.

-Je comprends, m'assura-t-il. Mais…

Il semblait chercher quelque chose, mais j'ignorais quoi. Tout à coup, on entendit des pneus crisser. Jacob empoigna mon bras, me faisant mal.

-Aie ! M'écriai-je. Qu'est-ce que tu fais ?

Il m'entraina vers la cuisine lentement, en marche arrière. Edward apparut soudain dans mon champ de vision, en colère. Jasper était derrière lui avec Carlisle, et tous deux retenaient mon vampire d'une main sur l'épaule.

-Lâche-la Jacob Black, somma Carlisle.

Au lieu de l'écouter, le Quileute me fit passer derrière lui. Il tremblait sans que je ne sache pourquoi. Les vampires reculèrent, mais les Cullen eurent du mal à tirer Edward en arrière.

-Tu me fais mal ! Protestai-je.

Je ne comprenais pas ce qui se passait, ce qui m'énervait mais aussi m'effrayait un peu.

-Sam n'a pas autorisé cela, reprit Carlisle tandis que Jacob me faisait reculer encore.

-Elle a votre odeur, c'est répugnant, grogna l'indien, me faisant sursauter. Elle risque sa vie à chaque instant avec vous ! Charlie n'aurait pas approuvé, et j'ai le devoir de la protéger.

-Hey ! Je ne suis pas une fille fragile ! Me rebellai-je en me débattant pour échapper à sa poigne.

Le fait de me démener et de lui crier après me fit tousser, mais pas une petite quinte de toux. Cela faisait presque un jour que je n'avais pas toussé comme ça, et ça me laissa épuisée. Ce fut la faiblesse dans mes jambes qui débloqua la situation : Jacob me lâcha, et je me laissai glisser au sol.

-On n'en restera pas là ! S'exclama l'indien en s'enfuyant par la porte de la cuisine.

Edward et Carlisle furent aussitôt à mes côtés. Edward me prit dans ses bras tandis que Carlisle posait sa main dans mon dos.

-Rentrons te mettre au chaud, décida mon vampire.

-Tout va bien, l'assurai-je d'une voix plus ferme que je ne m'attendais.

Jasper restait derrière nous dehors, regardant partout, surveillant les alentours. Edward me serrait contre lui plutôt fermement, pourtant je ne songeais pas à protester, aimant beaucoup son étreinte. Il s'assit à l'arrière, moi sur ses genoux, et Jasper monta à côté de nous. Mon vampire déposa un baiser sur ma tempe, me faisant soupirer de bien-être.

-Que s'est-il passé avec Rosalie ? M'enquis-je.

-Les Quileutes ont su que tu étais chez ton père, alors ils ont trouvé le moyen de te voir seule. Ils se doutaient que nous ne t'aurions pas ramenée à la villa, par précaution.

-J'en ai marre que les gens décident pour moi, grommelai-je.

Edward pouffa, mais mon regard noir ne devait pas vraiment l'en dissuader.

-Vous croyez que je pourrais voir Billy en dehors de la réserve ?

Ma question sembla les choquer, parce que pas un ne put répondre immédiatement.

-Je préfèrerai que tu attendes que nous ayons trouvé un compromis avec les loups, me raisonna le médecin. Nous nous réunissons demain.

Nous arrivâmes rapidement à la villa. Esmée accourut avant même que nous soyons arrêtés, puis me serra dans ses bras.

-J'ai eu tellement peur ! Souffla-t-elle. Viens, on rentre.

J'entendis un énorme boucan à l'étage, me faisant sursauter, mais ce fut Esmée criant à Emmett d'arrêter immédiatement qui m'impressionna encore plus. Le bruit cessa aussitôt.

-Il est grognon, m'expliqua la mère de famille. Lui et Rosalie se font la tête, mais ça ne dure jamais. Alice les a surnommé les bonobos dès les premiers jours de leur arrivée, Jasper et elle. Alors la réconciliation sur l'oreiller n'est pas loin.

Elle m'installa devant la télé avec un chocolat chaud tandis qu'Edward, Jasper et Carlisle montaient à l'étage.

-Rosalie va bien ? M'inquiétai-je après m'être réchauffée. Ils ne lui ont pas fait de mal ?

-Les vampires sont plutôt résistants à la douleur, m'assura-t-elle. A vrai dire, ces jeunes gens sont assez fins stratèges, puisqu'ils ont fait en sorte que ça ressemble à une agression sans en être vraiment une. La seule chose qui a souffert chez Rosalie, ce sont ses cheveux et sa fierté, mais la connaissant, elle saura se venger.

-Et pour ses cheveux ?

-Ils repoussent, ne t'en fais pas. A l'heure qu'il est, ça ne doit même plus se voir. Par contre, j'ai peur que la rencontre de demain soit plus que tendue. Je voudrais qu'Emmett soit exempté. J'ai peur qu'il ne sache pas se contenir.

-Jasper ne peut pas atténuer sa colère ? Avançai-je.

-Si, bien sûr, il le fera. Mais Emmett a plus d'un tour dans son sac. Est-ce que tu te réchauffes ? Veux-tu une couverture ?

-Non, rigolai-je devant l'attitude maternelle d'Esmée. Je vais mieux.


Pov Edward

Bella allait de mieux en mieux. Elle prenait bien ses antibiotiques, buvait beaucoup, s'alimentait correctement et respectait les conseils du docteur Cullen. J'étais fier d'elle. Surtout, j'avais beaucoup aimé ce Noël, très différent de ceux, solitaires, que j'avais vécu jusqu'à maintenant. Bella m'avait offert une montre élégante, avec une sentence qui ne pouvait que me rendre fier d'elle par la vision qu'elle avait de moi : « Aucun temps qui passe n'a de prise sur toi ».

Durant la visite de la maison de Charlie, Bella m'avait posé une question, et si, quelques mois encore auparavant je n'aurais pas répondu, là je savais que je me devais de lui donner une réponse.

-Pourquoi as-tu froissé le journal du lendemain de ta… mort ?

Nous étions assis sur le lit de son père, au premier étage. Je voyais qu'elle avait froid, mais j'avais décidé de la laisser gérer ça sans intervenir, pour lui montrer que je la laissais prendre ses décisions. Bien sûr, j'aurais aimé qu'elle pense à prendre une couverture, ou un gilet de plus, mais nous étions chez Charlie, aussi me doutais-je qu'elle ne toucherait à rien.

-Parce qu'il y avait l'avis de recherche, avais-je répondu. Mes parents ont lancé cet avis dès le lendemain de ma disparition. Il y avait aussi les questions des journalistes, et ils ont été horribles avec eux. Comme ils n'ont pas trouvé mon corps, ils ont pensé que j'avais été kidnappé ou que mes parents avaient caché mon corps après m'avoir tué. J'étais en pleine transformation à ce moment-là, même si je ne le savais pas ni n'en avais conscience, mais quand j'ai repris connaissance trois jours plus tard, j'ai vu la une de ce jour-là. Voir ses propres parents insultés de la sorte… En plus d'avoir perdu mon humanité… Je n'ai jamais pu accepter ça. Après avoir lu le journal, je suis allé épier mes parents, et leur détresse m'a fait mal. Avoir vu ce journal, tellement d'années après… Je n'ai pas su gérer. J'ai à nouveau eu envie de tuer les journalistes qui ont osé supposer que mes parents étaient à l'origine de ma disparition. J'étais en colère contre celui qui m'avait tué, puisque je pensais être mort, et contre moi pour le fait d'être sorti boire et m'être fait avoir comme ça.

-Tu as retrouvé ce salaud ?

-Oui. Je me suis assuré qu'il ne rôde plus jamais aux abords des bars.

J'aurais pensé que la cruauté que je devais afficher aurait fait peur à Bella, mais il n'en fut rien. Elle se contenta de hocher la tête d'un air concerné. Elle attrapa ma main et la serra de toutes ses forces, même si je ne le sentis pas vraiment.

Ensuite, nous étions redescendus, et elle avait tenu à faire une nouvelle pause, sur le canapé. Je n'avais compris ses intentions qu'au dernier moment, pourtant j'appréciais ça chez elle : être surpris. Elle m'avait offert un petit bracelet en or, bien travaillé, que je trouvais très beau, avec une inscription reflétant sa personnalité : simple mais inoubliable : « A jamais dans mon cœur ».

-On ne peut pas t'oublier, Bella Swan, lui avais-je affirmé en la regardant dans les yeux.

J'étais sincère, touché par ses rougissements. Je savais qu'elle voulait m'offrir autre chose que la montre, mais les Cullen avaient bien gardé le secret. Je trouvais que plus le temps passait, plus nous nous rapprochions Bella et moi, avouant à tâtons nos sentiments. C'était nouveau pour elle, pour moi également.

Du coup, j'avais profité de ce petit moment pour lui offrir moi aussi un cadeau révélant mon attachement pour elle : une simple bague, mais qui voulait dire plus que ce que j'avais avoué. Je comptais tout dire, mais bien plus tard, au bon moment. C'était un conseil d'Alice, conseil que je trouvais sage.

Bien sûr, mon humaine avait tenté de fuir, en prétextant que je lui avais déjà offert quelque chose. Pourtant, ce n'était qu'une goutte dans la mer. Alors elle avait accepté sans rien dire. Et là, comme un papillon de nuit est attiré par de la lumière, j'eus besoin de plus. Plus que des mots, plus que des symboles. Ce que j'avais pensé une minute plus tôt était balayé, remplacé par ce besoin impérieux.

Ma main alla se poser toute seule sur la joue de mon humaine, rejointe presque aussitôt par l'autre pour tenir délicatement son visage.

-Ne bouge pas, murmurai-je à son oreille. Je voudrais… faire quelque chose dont je rêve depuis un long moment.

Je la regardai ensuite dans les yeux, pour être certain qu'elle le voulait aussi, et je fus heureux d'y lire de l'attente et de la détermination. Alors, lentement, très lentement, même pour moi, pour maîtriser mes gestes et les siens, je me penchai afin de déposer mes lèvres sur les siennes. J'entendis son cœur rater un battement, avant de repartir à toute vitesse. La sentir contre moi était indescriptible, être si proche était… le bonheur pur et simple. Je pouvais mourir après cela, je serais tout de même le plus heureux des hommes.

Les petites mains de mon humaine se logèrent dans mon cou, nous rapprochant encore, et je ne me laissai faire, aux anges. J'aurais pu considérer ce soudain rapprochement comme une victoire, mais il m'en fallut plus : mes lèvres se mirent à bouger, enjoignant celles de Bella à faire de même. Le temps semblait suspendu, aussi profitai-je de chaque seconde, chaque dixième de seconde. C'était trop important pour penser à autre chose qu'à la fragile créature que j'embrassais. Mes mains partaient à la découverte de la peau de son cou, veillant à rester convenant. De mon vivant, un tel geste aurait été répréhensible avant des fiançailles, alors j'étais content que les mœurs aient évolué.

Je mis fin au baiser, ne voulant pas la brusquer, et m'étonnai encore de mon geste, mais ravi au possible, fier surtout de ne pas l'avoir blessée ou pire.

-J'ai réussis, chuchotai-je. Tu es encore en vie !

Désirant rendre cette phrase concrète, je posai ma main sur son cœur : le sentir battre était incroyablement formidable. Bella était devenue trop importante pour moi pour que je la prive de sa vie, mais j'étais heureux de pouvoir interagir avec elle de cette façon. Chaque progrès que je faisais dans ma relation avec elle me semblait insurmontable, jusqu'à ce que je le franchisse. Et après, le monde était merveilleusement beau, coloré et parfait.

-J'aime beaucoup ce son, ne pus-je m'empêcher de sourire.

Bella me rendit mon sourire, et je la trouvais encore plus belle que d'habitude. J'aurais pu recommencer encore et encore, mais je tenais à me montrer raisonnable, aussi me remis-je à l'embêter afin qu'elle puisse rentrer à la villa se réchauffer.

-Bon, tu penses avoir encore un peu de forces pour rentrer ? Ou bien est-ce que tu acceptes d'avouer que je suis plus fort que toi ? Lui avais-je dis, narquois.

Elle leva les yeux au ciel en riant, se levant.

-Comme si tu jouais à la loyale ! Mais j'ai hâte de voir comment Carlisle va te mettre à l'amende pour m'avoir laissée aussi longtemps dans une maison froide. Bien sûr, je ne parle pas d'Esmée, parce que je suis certaine que ta tête vaudra le détour avec elle.

Je ne pus que rire, retrouvant la Bella d'il y a un mois, incisive et amusante. La voir sourire à mon rire me réchauffa le cœur (même si celui-ci ne battait plus), puis je mis ma main au bas de son dos pour la conduire à la voiture. La toucher était agréable, j'appréciais d'être avec quelqu'un sans entendre ses pensées, et je commençais à aimer la proximité que j'arrivais à avoir avec elle. Elle-même semblait la chercher, me touchant de plus en plus. Et le baiser… Ce souvenir allait me suivre le reste de ma longue vie, c'était une certitude. Je ne voulais pas me projeter dans le futur, mais plus je côtoyais Bella, plus je désirais un avenir commun avec elle.

Mon portable sonna soudain. Étonné, je décrochai pour entendre Carlisle.

-Edward, c'est Carlisle. Vous n'avez pas d'ennui ? Rien à signaler ?

-Non, rien.

-Nous avons eu un souci de notre côté. Rosalie et les loups se sont presque battus, ce qui ne sera pas sans conséquence je crois. A mon avis, ils vont faire pression pour que le climat devienne invivable, sans provoquer de perte. Ils veulent que nous partions, en laissant Bella ici bien entendu. En échange, ils nous autorisent à revenir dans cent ans sans nous causer de problème.

Plus le médecin parlait, plus la colère s'insinuait en moi, aussi commençai-je à m'éloigner de la voiture pour ne pas effrayer mon humaine par un geste trop brusque. Je me doutais qu'ils ne voudraient pas que nous restions, surtout si Bella préférait vivre avec nous que toute seule. Mais la dernière phrase me fit sortir de mes gonds.

-Non, je refuse ! Ils n'ont aucun droit sur nous, il ne faut pas se laisser faire !

-Calme-toi Edward ! S'écria Carlisle. Es-tu à côté de Bella ?

-Non, je me suis éloigné, marmonnai-je. Elle ne doit plus m'entendre.

-Je voulais m'assurer que tu ne fasses rien d'involontaire. Nous ne nous laisserons pas dicter notre conduite bien sûr, mais il va falloir discuter sérieusement, le plus tôt possible. Le plus important pour le moment est d'apaiser les esprits, notamment ceux d'Emmett et Rosalie. Je te conseillerai de proposer à Bella de rester chez son père, qu'elle continue sa visite.

-Pourquoi as-tu besoin de moi ? M'enquis-je, curieux.

-Je veux que nous puissions savoir précisément jusqu'où se sont approchés les loups, et imposer un territoire que nous aurons nous-mêmes décidé. Et plus tôt nous calmerons Emmett, plus tôt Bella ne craindra rien.

-Emmett pourrait lui faire du mal ?

-Ce ne sera en aucune manière voulu si c'est le cas, me rassura le médecin. Mais deux précautions valent mieux qu'une.

Entièrement d'accord avec lui, je raccrochai pour aller avertir Bella.

-Bella, est-ce que tu veux bien rester là ?

Bien sûr, elle ne se contenta pas d'un simple oui ou non, demandant des explications. En même temps, j'aurais sûrement fait la même chose si j'avais été à sa place.

-Il y a eu une altercation entre Rosalie et les Quileutes, expliquai-je. Rien de grave, mais je ne voudrais pas que tu fasses les frais de la colère d'Emmett. Les Cullen essayent de le calmer, et Carlisle semble croire que je peux les aider.

La jeune fille prit quelques secondes pour réfléchir. Je m'attendais à un « je veux venir avec toi », mais contre toute attente, elle accepta de me laisser partir rejoindre seul les Cullen.

-Merci, ne pus-je m'empêcher de dire tandis que je la raccompagnai jusqu'à la porte, soulignant ma gratitude par un simple baiser.

-Je sais comment entrer dans une maison, critiqua-t-elle, narquoise.

-Je m'assure juste que tu ne tombes pas, te connaissant…Répliquai-je pour avoir le dernier mot et, peut-être, entendre encore son rire.

-Hey ! Se vexa-t-elle. Je sais encore marcher sur une surface plane sans me casser la figure !

Je ne pus m'empêcher de pouffer.

-Ça reste à voir. Je reviens vite te chercher, affirmai-je.

Lui faisant confiance pour rester sage, je partis rapidement en direction de la villa en voiture. Il ne me fallut que trois minutes pour arriver, faisant hurler le moteur. Je trouvai sur place Rosalie, les cheveux en bataille, qui criait au meurtre. Elle tenait dans ses mains de grosses mèches blondes, des sanglots dans la voix.

-Je suis défigurée à vie ! Couina-t-elle. Je suis condamnée à être laide des cheveux !

-Mais non, compatit Esmée. Tu sais très bien que dans une heure, ça ne se verra même plus ! Allez, viens-là !

Elle étreignit sa fille tandis que je focalisai mon attention sur Emmett, enfermé dans sa chambre. Il essayait d'élaborer un plan afin d'échapper à la vigilance des Cullen pour se glisser à la réserve et démolir le portrait des jeunes indiens.

-Je n'aurais jamais pensé voir Emmett prêt à s'en prendre à des humains, remarquai-je.

-Ce ne sont pas des humains, grommela le brun baraqué. Ils supporteront quelques coups.

-Laissons-le bouder un peu, raisonna Carlisle. Séparons-nous pour appréhender jusqu'où les loups se sont introduits chez nous. Emmett, continua-t-il sans élever la voix, protège les filles, et profites-en pour te calmer.

Nous sortîmes à vive allure, pistant les odeurs. Je repérai deux odeurs différentes, les esprits de Jasper et Carlisle en suivant cinq en tout. Notre périmètre de sécurité était assez grand, parce qu'ils n'avaient pas fait de trop grandes violations dans ce que nous considérions comme notre territoire.

-Cette intrusion ne me plaît pas, renifla le médecin lorsque nous nous fûmes rejoints tous les trois. Il nous faut une plus large marge de manœuvre, sinon ils vont nous asphyxier.

-Je suis sûr que ça fait partie de leur stratégie, avança Jasper. Une armée fait pareil en cas de siège.

-Un siège… Répéta pensivement le patriarche Cullen. Oui, c'est vrai que ça y ressemble. Rentrons voir comment vont Emmett et Rosalie.

C'est sur le chemin du retour que je captai cette pensée.

« Mince, ils rentrent déjà ? Il faut prévenir Jacob ! »

Il s'agissait d'Embry, qui pensait à son Frère de loup Jacob qui avait été choisi pour parler à Bella et la convaincre de ne pas rentrer à la villa ce soir, afin d'avoir le champ libre pour nous attaquer.

-Ils ont pour projet de nous assaillir, grognai-je en accélérant l'allure. L'un d'eux est en train de manipuler Bella pour qu'elle reste au loin.

-Je vais appeler leur Alpha pour avancer la réunion à demain. Il faut vraiment trouver un accord qui convienne à nos deux clans.

Nous ne nous arrêtâmes même pas à la villa : en sautant dans ma voiture avec Carlisle et Jasper (le médecin m'avait acheté cette voiture comme cadeau d'amitié), je scannai les pensées du couple Emmett/Rosalie pour constater qu'ils étaient plus calmes, mais qu'ils ne se parlaient plus.

-Oui, ça arrive assez souvent, rit Jasper après que je les en aie informés. Rosalie a beau être très gentille, elle a son petit caractère, Emmett étant aussi têtu qu'une mule. Quand ils ne règlent pas leur différent le soir, Rosalie interdit l'entrée de sa chambre à son mari, qui supporte mal l'abstinence.

-Du coup, pouffa Carlisle, on retrouve souvent Emmett à genou le lendemain, à faire son mea culpa. Vivre à leurs côtés nous empêche de nous embêter.

Je souris, ayant déjà constaté ça. Avant même d'arriver devant la petite maison de Charlie, les pensées du Quileute me sautèrent au visage, façon de parler. Depuis plus de cinq minutes, il essayait d'inciter Bella à se rendre à la réserve. Dans sa tête, il passait en revue plusieurs arguments pour ne pas la brusquer. Quand il entendit mes pneus crisser lorsque je freinai brutalement, je le vis prendre brutalement mon humaine par le bras, lui faisant mal. Il ne nous fallut qu'une seconde à Carlisle, Jasper et moi pour faire front. Les deux Cullen me retenaient, je supposais qu'ils se doutaient que je voulais juste foncer et sûrement frapper Jacob Black.

-Lâche-la Jacob Black, somma Carlisle.

Mais au lieu d'obéir, l'indien fit reculer Bella, se mettant devant elle. Il se retenait de se transformer, et je voyais dans les esprits du médecin et son fils que ceux-ci connaissaient les conséquences de ce que cette métamorphose pouvait engendrer : de graves blessures pour Bella, et un comportement agressif de la part du loup. Ils me tirèrent pour que je recule, Carlisle plaidant dans le silence de son esprit.

« Il vaut mieux s'éloigner par précaution. Ça prouvera notre bonne volonté. Je te promets que tu pourras t'expliquer avec lui demain, mais pour le moment, nous devons faire en sorte d'éloigner Bella pour éviter toute tragédie. »

J'obéis à contrecœur. La jeune fille protesta encore, plaidant la douleur que lui infligeait le loup, mais j'avais l'impression que c'était plus pour essayer de le faire desserrer sa poigne et ainsi se dégager toute seule, que par réelle souffrance. Son cœur battait à un rythme effréné, et j'entendais Jasper se concentrer sur notre échange plutôt que sur le bruit humide du sang de Bella glisser vivement dans ses veines.

-Sam n'a pas autorisé cela, affirma le médecin alors que l'indien faisait encore reculer Bella.

Je ne savais pas comment elle voyait cela, si les évènements étaient aussi rapides pour elle qu'ils l'étaient vraiment. Nous n'avions passé le seuil que depuis quarante-huit secondes, pourtant moi-même j'avais l'impression que ça durait depuis une heure.

-Elle a votre odeur, c'est répugnant, grogna le Quileute.

Bella sursauta, mais cela ne sembla pas interpeller l'autochtone.

-Elle risque sa vie à chaque instant avec vous, continua-t-il. Charlie n'aurait pas approuvé, et j'ai le devoir de la protéger.

-Hey ! Je ne suis pas une fille fragile, se récria Bella en gigotant.

Ses gesticulations la firent tousser violemment, épuisant ses forces. Ses jambes faiblirent, paniquant l'indien qui lâcha la jeune fille pour s'enfuir en nous promettant de revenir à la charge. Je fus aussitôt devant Bella qui s'était laissé glisser, la prenant dans mes bras pour lui éviter de marcher. La tête de mon humaine prit place sur mon épaule, son souffle chaud heurtant mon cou. A travers les yeux de Carlisle, je la vis fermer les yeux à moitié, épuisée mais en alerte. Lorsque nous fûmes dans la sécurité de la voiture, j'embrassai sa tempe, soulagé de la sentir contre moi.

Une fois dans la voiture, Bella voulut savoir ce qui était arrivé à Rosalie, et le médecin lui répondit tout en conduisant.

-J'en ai marre que les gens décident pour moi, ronchonna-t-elle.

Je ne pus m'empêcher de rire sous cap, même en voyant par les yeux de Jasper le regard en biais qu'elle était sensée me lancer. Lorsqu'elle demanda à voir Billy, je me retins de grogner. Même si le vieux Quileute était un simple humain, je n'aimais pas l'idée de savoir Bella seule avec lui qui essaierait de la persuader de vivre avec eux. Le point positif était qu'elle semblait avoir compris qu'aller le voir à la réserve risquait de ne pas nous plaire, voire même être dangereux pour elle.

Une fois arrivés à la villa, Esmée se fit un plaisir de s'occuper de notre protégée, tandis que Jasper, Carlisle et moi montâmes pour retrouver Emmett qui ramassait les morceaux de l'armoire qu'il venait de lancer à travers leur chambre.

-Emmett, saurais-tu garder ton calme face aux loups ? Lui demanda gravement son père. Nous devons organiser la rencontre avec les Quileutes.