Bonjour à tous ! J'ai beaucoup de choses à vous dire, moi, aujourd'hui !
• La première chose que je voulais vous annoncer, c'est la naissance de trois dérivés de la Ligue Souterraine. Et oui, cet univers m'inspire énormément…
La première c'est DTLS, qui signifie danstaliguesouterraine (merci à Moody Poison pour le titre). Vous connaissez le principe de DTC ? Ben là, c'est pareil, mais version Ligue Souterraine, des extraits de conversations sur les chans IRC de la Ligue.
La deuxième s'appelle « Diamonds On The Inside » (merci à Ben Harper pour le titre). Elle traite, sans grande surprise, de Neko. Et d'Artik aussi. Il s'agit du récit des trois mois de formation de Neko ! La célèbre voleuse, à la retraite, a décidé de reprendre du service, tout en menant en parallèle sa formation de dresseuse souterraine, persuadée que ce sera simple de concilier les deux. C'était évidemment sans compter sur Artik…
La dernière, « Printemps Noir » traite, quant à elle, d'un complot. Quelqu'un a décidé d'évincer le général Sévignan et, très surprenant, il apprécie moyennement. Il va donc demander à Ln(3) de l'aider à trouver qui veut sa mort, hormis, bien entendu, Artik et d'autres personnes. Pour vous éviter tout spoil, je commencerai la publication de celui-ci après le chapitre 28 de la Ligue.
• La deuxième concerne le premier anniversaire de la Ligue Souterraine, qui approche à grands pas, puisque c'est le 4 mars. Pour cette occasion, j'organise un jeu-concours ! Je vous invite donc à écrire un drabble entre 100 et 500 mots sur le personnage de la Ligue Souterraine qui vous inspire le plus, puis à me le remettre par MP, reviews ou mail pour ceux qui ont mon adresse mail. Ils seront bien sûr tous publiés le jour de l'anniversaire de la Ligue et tout le monde peut participer. L'auteur de mon préféré gagnera le spoil de son choix ou un hors-série juste pour lui.
Date limite : 3 mars !
Rapide FAQ :
« Oui mais si Neko elle participe, on va tous l'avoir dans le baba, vu que c'est ta beta et aussi la seule à avoir eu le droit d'écrire une fanfic de fanfic ! » Elle joue pour la gloire, c'est ma beta, elle connaît l'intrigue presque aussi bien que moi (à quelques détails près, mais il faut que je garde quelques secrets pour la surprendre... =D). Quant aux HS, vous pensez bien qu'elle m'en commande déjà quand elle veut… (l'avantage d'être ma beta, je suppose)
« Oui mais on peut très bien dire des conneries sur la suite ! » Oui m'enfin bon… C'est bien loin d'être un drame, moi aussi, dans mes premiers HS, j'ai dit des conneries sur la suite. Même dans les chapitres de la Ligue. Il s'agit de se faire plaisir, de me faire plaisir et de fêter l'anniversaire de la Ligue !
« Donc on peut tuer cette sale garce qu'on aime pas si on veut ? » Ouip ! Et plus c'est sadique, plus j'aime ça.
« Et tout le monde peut participer ? Même moi qui n'ai jamais écrit ? » Bien sûr ! Ce n'est pas un tribunal correctionnel et je ne suis pas méchante avec les débutants ni avec les habitués.
« Ouais, mais j'vais avoir l'air con, avec mon petit texte moisi, j'ai pas de talent » Marc Lévy non plus et il vend des millions de livres. Haem. Plus sérieusement, c'est vraiment pour marquer le coup, hein !
« Et si je veux pas qu'on sache que c'est moi qui l'ai écrit, parce que j'ai trop honte ? » Bah je marquerai un autre pseudo, proposé, pour signer l'œuvre tout de même.
« Et toi, tu participes anonymement ? » Oh, la bonne idée, j'devrais, tiens. Non, mon style est trop identifiable, je suis incapable d'écrire sans faire des sous-entendus sur la suite. Et puis franchement, je gagnerai ni HS ni spoils (ou alors, ça sera mon double maléfique qui les fera et je crains pour la suite, sachant que c'est lui qui a eu l'idée de Printemps Noir (mon double maléfique = moi, mais en plus sadique))
« Et tu réutiliseras nos idées, dans la Ligue ? » Pas forcément et jamais sans le consentement (et les crédits) de l'auteur de l'idée. Si ça réapparaît, alors que je n'ai pas demandé l'autorisation, c'est que c'était mon scénario et qu'il a été percé à jour !
« Épouse-moi ! » D'accord ! À la condition de fournir une lettre de motivation argumentée en trois exemplaires… Nan, j'déconne, c'est moi qui hurle des « épouse-moi » à tout va, pas le droit de me copier.
« Neko veut vraiment te perdre dans une forêt ? » J'en sais rien, mais j'ai de plus en plus de soupçons… Non, mais, rassurez-vous, c'est pour mon bien, qu'elle me perd dans des forêts !
• La troisième chose, eh bien... Chapitre plus court que le précédent (« sans blague, le précédent, tu nous as tués, il faisait 15 000 mots... ») oui, bah, vachement plus court que le précédent. Que voulez-vous, j'avais moins de choses à dire.
Bon chapitre !
Chapitre 26 – Dégâts collatéraux.
Plusieurs semaines avant la bataille.
Le regard posé sur le petit écran qui éclairait la pièce assombrie de flashs de lumière, Flora soupira, montant le son et se redressa quand le jingle des informations résonna dans la pièce, s'attirant un claquement de langue agacé au bout de la pièce. Elle ignora formellement son fiancé pour se concentrer sur l'écran, braquant sur la présentatrice un regard dur.
—Des nouvelles, à présent, de l'enquête sur le massacre de Rivamar, qui avait mis à jour l'existence d'une organisation criminelle de grande envergure nommée la Ligue Souterraine.
—Les vrais criminels, siffla Flora, ce sont les journaleux qui débitent des conneries sans savoir de quoi ils parlent.
Il y eut un mouvement dans la pièce, derrière Flora. Drew leva les yeux et sourit tristement. Il finit par sortir du salon avec un soupir exaspéré, attiré dans la pièce attenante par les pleurs d'un enfant, alors que Flora se contentait de monter un peu plus le son pour couvrir les hurlements. Elle déglutit. Ils allaient enfin en venir au point qui l'intéressait vraiment, depuis que Sacha et Ln(3) étaient venus déposer Ondine et le mouflet.
Chaque jour, elle guettait les informations, attendant toujours vainement d'avoir des nouvelles d'Artik et Sacha, ne parvenant pas à savoir s'il était bon de ne pas en avoir. Son accouchement s'était bien déroulé et Cédric, son fils, allait bien. Elle, par contre, beaucoup moins.
Victime du baby blues, ou plus vraisemblablement rongée par l'angoisse de ne savoir si son meilleur ami était vivant, mort ou emprisonné, elle s'était laissée aller et avait pris six kilos, en plus de ceux de sa grossesse. Joufflue mais éteinte, elle ne ressemblait en aucun cas à la jeune femme qu'elle était encore une année auparavant. Son pied battant furieusement un rythme démontrant à lui seul combien elle était anxieuse, elle porta un doigt à sa bouche, mordant dans les cuticules qui dépassaient de ses doigts, ne prêtant aucune attention à la personne qui venait de faire s'enfoncer le canapé en s'installant dedans.
Les yeux rivés sur l'écran, elle soupira quand la journaliste passa à autre chose, sans lister la moindre victime, sans dire s'ils avaient retrouvé la Ligue Souterraine. Elle s'était contentée de déblatérer la propagande ridicule de l'État.
Ni Artik ni Psyko n'étaient des assassins. Ils étaient un peu agressifs, par moments, se battaient tout le temps, mais ils n'étaient en rien responsables du massacre de Rivamar et c'était injuste qu'eux soient poursuivis, qu'eux doivent faire la guerre. Ils n'étaient pas des assassins. Ni l'un ni l'autre n'avait de sang sur la main et elle voulait que ça reste ainsi.
Et sérieusement, Attila ? Il était formellement incapable de faire du mal à une mouche ! Et Régis alors… À part pour ses recherches, il ne sortait pratiquement pas de son laboratoire, c'était dégueulasse de s'en prendre à eux. Ln(3) et Neko, Flora n'en avait cure. Elle n'aimait pas Neko, cette fille avait failli lui broyer la main. Et elle n'aimait pas beaucoup plus Ln(3), qui avait pris la place d'Ondine auprès de Sacha.
Et s'ils étaient morts ? Que l'état le dissimulait ? Que ferait-elle si Artik était mort ? Des regrets sourds s'emparèrent de son corps. Si elle avait su que toute cette histoire allait continuer de cette façon, elle aurait certainement cédé aux avances de l'homme magnifique qu'était Artik.
Il ne la laissait pas indifférente. Ondine avait eu raison sur toute la ligne, ça n'avait rien à voir avec les hormones de la grossesse. Artik lui plaisait, c'était un fait. Avoir voyagé avec lui, doublé à sa vie qui semblait se bousculer – le mariage, l'enfant – lui avait fait prendre conscience que peut-être elle s'était trop précipitée. Drew était son premier amour, mais était-il le dernier ? Le doute pouvait-il se distiller dans ses veines ? Et si Artik avait été à même de lui apporter les mêmes choses que Drew, mais avec tout le piquant qu'il y avait dans sa vie, toute la Ligue Souterraine ?
Oui, elle regrettait de ne pas avoir cédé à ses avances. Juste une fois. Juste pour s'assurer qu'elle ne passait pas à côté de quelque chose. Et à présent, c'était trop tard. Il était sûrement mort. Elle secoua la tête, fermant les paupières et mordant l'intérieur de ses joues. Elle ne pouvait pas penser comme ça. Artik et Sacha étaient vivants. Neko était une furtive, d'après ce qu'elle avait compris. Elle avait dû les mettre à l'abri. Ils attendaient dans un coin que toute cette affaire se tasse mais ne pouvaient pas revenir vers ici les voir, pour ne pas les mettre en danger.
Ils ne feraient pas la connerie de se moquer de la règle numéro quatre dans un tel moment, non ? Sacha lui avait expliqué les règles de la Ligue Souterraine. La plus évoquée était la numéro quatre, mais elles étaient toutes très importantes et basées sur un certain individualisme. Les dresseurs souterrains n'auraient pas l'idée moisie de devenir solidaires. L'autre pute aux cheveux roux devait chercher son demeuré de frère pour le donner aux militaires afin de reprendre le cours de son défi.
Oui, dans pas longtemps Sacha et son sourire seraient de retour. Ils effaceraient en même temps les cernes, la peur et le désespoir de ses yeux. Il fallait qu'elle y croie.
Ses bonnes résolutions semblèrent s'évanouir quand elle vit la journaliste se redresser sur sa chaise, portant une main à son oreillette, pour annoncer un flash spécial.
La télé s'éteignit dans un flash noir et Flora leva les yeux sur Drew, qu'elle n'avait même pas vu repasser. Il lui jetait un regard accusateur, tenant dans ses bras l'enfant qu'ils avaient fait ensemble et qu'il avait eu seul.
—Ça suffit maintenant, grogna-t-il en recalant le bébé dans ses bras pour lui assurer plus de confort. Tu es pitoyable, Flora.
—Je t'emmerde. Rallume la télé, s'il te plaît.
—Non. Reprends-toi, chérie. Ça ne sert à rien, ce que tu fais.
Flora baissa les yeux, consciente qu'ils ne devaient pas refléter des choses très positives et Drew ouvrit les rideaux, laissant un soleil magnifique la narguer. Comme s'il devait y avoir du soleil alors que Sacha et Artik et Attila et Prof étaient en danger. Drew secoua la tête et murmura :
—Est-ce que tu réagirais comme ça, si c'était moi, à la place d'Artik ?
Flora ignora la question. De toute façon, elle ne se posait pas, Drew n'était pas dresseur souterrain, il était coordinateur. Et en plus, il avait un enfant. Il y eut un mouvement à côté de Flora, qui tourna la tête, horrifiée :
—Oh non, Ondine, ne pleure pas !
La rousse ne put pourtant pas s'empêcher de laisser échapper ses sanglots, se dérobant à l'étreinte fausse que voulait lui offrir Flora. La tension qui régnait entre son couple d'amis depuis que Drew avait rejoint leur trio l'épuisait et l'usait.
Elle trouvait ça tellement vain qu'ils se déchirent alors qu'au-dehors Sacha risquait sa vie, alors qu'au-dehors Marie risquait sa vie, comme Attila, et Ln(3). Elle souhaitait qu'ils soient vivants, qu'ils soient libres, surtout, que les raids militaires dont elle soupçonnait fortement l'existence les avait épargnés. Elle se leva, sanglotant toujours pour se rendre dans la pièce adjacente, laissant Flora encaisser le regard dur et accusateur de Drew.
Elle se demandait s'ils se rendaient compte de la chance qu'ils avaient d'être ensemble, tous les trois, d'être en vie et loin du danger, de pouvoir se reposer l'un sur l'autre. Elle n'avait que la bague que Sacha lui avait glissée à l'annulaire avant de la laisser seule dans l'arène de Max, elle n'avait rien d'autre que des souvenirs auxquels elle devait croire pour ne pas s'effondrer, elle n'avait que la promesse de l'élève de son amour, qui lui avait dit qu'elle le protègerait. Est-ce que vraiment ça importait de savoir si Flora agirait de la même façon si c'était Drew au lieu d'Artik ? Est-ce que ça avait la moindre importance ? Ondine n'avait jamais eu le courage d'avouer à Flora que le dresseur aux cheveux bleus et son élève un peu étrange étaient morts dans l'explosion d'une de leurs planques. Elle avait trop peur de faire de la peine à Flora et elle ne voulait pas ajouter ça à la tension qui régnait.
En plus, cet attachement immodéré pour Artik que Flora avait développé, c'était juste un foutu transfert qui lui passerait, une forme étrange du baby blues. Elle réalisait à peine qu'elle n'était plus juste une femme, mais qu'elle était la femme de quelqu'un, la mère d'un enfant. Il était normal qu'elle tente de s'évader, d'autant plus que toute cette histoire risquait de lui arracher son meilleur ami. Seulement son meilleur ami.
Ondine, elle, risquait de perdre l'homme qu'elle aimait et sa petite sœur. Elle risquait aussi… Déglutissant pour retenir ses larmes, s'interdisant de pleurer devant le petit garçon brun qui dormait dans la chambre, elle glissa une main dans sa poche pour en tirer un petit médaillon qu'elle gardait précieusement, ne le montrant à personne. L'ouvrant, elle regarda le portrait de ses parents et de ses sœurs. Secouant la tête, elle replongea le médaillon dans sa poche, avant de tirer la chaise qu'il y avait près du lit du petit Sacha pour s'installer dessus, caressant doucement les cheveux de l'enfant de sa main droite, la gauche saisissant les doigts gelés du petit garçon.
Elle devait être forte, se dit-elle en voyant sa bague, en voyant sa main liée avec celle de Sacha. Elle devait être forte pour Ln, à qui elle avait promis que son fils serait sauf – elle commençait déjà à faillir à sa promesse. Elle serait forte parce que Sacha reviendrait. Elle devait attendre son retour. Il ne l'abandonnerait pas, il l'avait juré et n'avait jamais failli. Il reviendra.
Laissant ses larmes couler en constatant que la peau de l'enfant paraissait encore plus froide que d'habitude, elle posa la main droite sur son cou, à la recherche d'un pouls.
Sacha était tombé gravement malade. Aucun médecin ne savait dire ce qu'il avait, ils affirmaient seulement que ce n'était pas contagieux et qu'il aurait besoin d'un environnement familier pour, si ce n'est guérir, au moins ne pas se sentir seul quand… Ondine les avait interrompus, serrant contre son cœur celui qu'elle avait fait passer pour son fils. Elle n'avait pas voulu entendre ces points de suspension, ni voir les médecins remuer leurs têtes d'un air désolé, elle n'avait pas voulu voir dans leurs gestes les ailes de la Mort s'abattant sur un si jeune enfant.
Elle s'était attachée à ce môme. Et réciproquement. Il était son fils par procuration et elle était sa mère d'intérim. Il était son Sacha modèle réduit, l'enfant qu'ils auraient pu avoir s'ils avaient suivi le mauvais exemple de Ln(3).
Elle ne pouvait pas le laisser mourir, ou même juste penser qu'il pouvait mourir, parce que sur le visage juvénile, elle croyait reconnaître celui de Psyko, à l'époque lointaine où elle l'avait repêché dans une rivière. Son cœur se serra. Les temps allaient être noircis par cette guerre infâme à laquelle elle n'aurait jamais cru s'opposer.
Elle qui avait toujours été contre la moindre illégalité se retrouvait maintenant à se ronger les sangs pour ses dresseurs souterrains, pour ses criminels. Ils étaient irresponsables, et complètement cinglés, ils étaient brutaux et incapables de la moindre finesse – exception faite de Neko, puisqu'elle semblait être une voleuse professionnelle. Ondine supposait qu'il fallait faire preuve d'un minimum de doigté pour ça – mais ils étaient vivants, pleins d'énergie et avaient su s'imposer des limites. Ils méritaient certes la prison, mais pas la mort. Pas la torture.
Ondine sursauta quand elle sentit une main se poser sur son épaule et elle croisa le regard de Flora, qui semblait réellement peinée.
—Je suis… désolée, Ondine. Je…
Ondine secoua la tête.
—C'est pas grave. Flora, occupe-toi de ton fils et de ton fiancé. On n'a pas besoin d'être deux à être furieusement terrorisées… Sacha et les autres vont bien. Je veux y croire.
Flora déglutit et finalement, après un long silence, hocha la tête en pressant l'épaule d'Ondine, qui reprit :
—Si Sacha a survécu à toutes les aventures qu'il a vécues, avec moi, avec toi, seul, dans la Ligue Souterraine, il peut survivre à n'importe quelle guerre. Tu le connais, il n'est pas du genre à se laisser assassiner bêtement.
Le sourire de la rousse était forcé, et celui de Flora, aussi sincère que possible, éteint. Le bébé recommença à pleurer, bercé par la voix de Drew, dans l'autre pièce. Flora prit une deuxième chaise pour s'installer près d'Ondine.
—Je… Je doute, souffla-t-elle à voix basse. Ai-je fait le bon choix ? Artik est…
—Artik n'est pas fait pour toi, Flora. Artik aime passer de femme en femme, de danger en danger. Il était sincère quand il te faisait des avances mais cette vie-là n'est pas pour toi. Tu as besoin du confort, de la stabilité que peut t'apporter Drew. Rappelle-toi… Rappelle-toi quand tu l'as connu, Flo. Rappelle-toi de votre histoire. Est-ce que ça vaut le coup de foutre en l'air tout ça pour un dresseur souterrain qui ne s'intéresse à rien d'autre qu'aux sensations fortes ?
La coordinatrice baissa les yeux, à peine consciente que la voix d'Ondine devait forcément porter jusqu'aux oreilles de Drew.
—Pourtant, toi, tu as envoyé balader tout ça.
—Le jeu en valait la chandelle. Largement. Sacha a toujours été la plus belle de mes emmerdes. Je m'y suis faite depuis le temps.
Riant enfin de bon cœur, les deux femmes se regardèrent et Ondine arracha sa main de celle de Mini-Terreur pour la mettre sur celles, jointes, de Flora.
—Drew est quelqu'un de bien. Drew ne mérite pas les doutes dont tu entoures votre histoire. Pas pour Artik. Je l'apprécie énormément, mais il ne vaut pas le coup, Flora. Laisse-le à Neko, garde ton mari.
—Neko et Artik ? Tu penses ?
—Pourquoi pas ? Tu sais, avec les dresseurs souterrains, je m'attends à tout.
Flora soupira avant de se lever, dans la ferme intention de reprendre sa vie en main.
—Tant qu'on ne me dit pas Artik et Aura, je pense que je peux me faire à tout.
S'étirant doucement, baillant légèrement d'avoir passé trop peu d'heures assise à un bureau ces derniers temps, Annabelle, tourna le regard vers la fenêtre. Mentali lui donna un petit coup de tête et elle baissa les yeux sur lui, gratouillant doucement sa tête.
—Toi aussi, tu as un mauvais pressentiment ? murmura-t-elle dans le silence de son bureau.
Mentali hocha doucement la tête, la regardant droit dans les yeux. Elle sourit, comprenant parfaitement le Pokémon. Il tentait de lui faire comprendre que la détermination était plus qu'essentielle. Que ni lui ni elle ne devaient flancher.
Pourtant, plus le temps passait, moins les gens ne semblaient enclins à se mouiller pour la Ligue Souterraine. Il y avait bien Carla Gédublé qui lui avait assuré un financement discret de la résistance, disant qu'elle avait un intérêt tout particulier à ce que cette association ne meure pas, mais hormis ça, trop peu de Champions Officiels avaient décidé de suivre Annabelle dans sa lutte. Certains étaient d'accord avec elle mais trop lâches pour s'engager à ses côtés dans la bataille, à cause des rumeurs des bas-fonds.
Reggie les lui avait rapportées, lui qui était parti dans le monde souterrain pour tenter de pousser à la révolte les autres organisations. Les rumeurs faisaient état de l'implication des commandos Reshiram et Spiritomb, ceux-là même qui avaient changé le cours de la dernière guerre, en étant à peine vingt-deux. Les généraux Crush et Sévignan faisaient peur à tout le monde. La propagande fonctionnait bien. Le seul qui avait accepté de la suivre à visage découvert était Max.
Annabelle secoua la tête. Gédublé et Max. Clémentiville semblait être le centre de la résistance et du soutien apporté à la Ligue Souterraine. Hélas, ça semblait surtout être le seul point de révolte face à l'injuste sort qui attendait les dresseurs souterrains.
Le Génie Extrême soupira. Non, tout n'était pas encore foutu, le gouvernement n'avait pas encore installé de couvre-feu, preuve que le destin tragique de la Ligue Souterraine n'était pas encore scellé.
Sacha avait intérêt à survivre. Ils devaient encore faire un repas à quatre, histoire de se présenter leurs conjoints respectifs et de rire de toutes leurs aventures, elle devait encore lui raconter que le petit qu'il avait jadis humilié était revenu pour prendre sa revanche. Et surtout, il devait lui présenter Artik, le connard aux cheveux bleus dont elle avait entendu parler par Hydro. La défunte dresseuse aquatique lui avait confié une mission de la plus haute importance, à base de nourriture avariée dans un sandwich. Et Annabelle comptait bien s'en acquitter. Pouffant avant de retrouver son sérieux, elle attrapa un stylo dont elle mordilla le bout en réfléchissant.
Elle était également très inquiète pour son petit ami, même si elle ne le disait pas. Il avait choisi de la suivre, lui avait confessé qu'il avait rencontré Sacha quelques années auparavant, qu'il l'appréciait énormément. Puis Reggie avait fait son sac, pris ses Pokéballs, avant de lui affirmer qu'il allait œuvrer en sous-sol, qu'il allait tenter de trouver des alliés bien plus bas.
Annabelle soupira avant de poser sa main sur la tête de Mentali. Elle avait peur. Reggie donnait pourtant des nouvelles régulières mais le Génie Extrême savait parfaitement comment le monde de l'ombre faisait devenir les hommes comme Reggie, comme Sacha. Il les transformait en monstres.
Alors certes Psyko était quelqu'un de plus ou moins raisonnable, canalisé comme il l'était par les règles strictes qui régissaient la Ligue Souterraine, tenu en laisse par son formateur – Annabelle avait appris de la bouche d'Hydro que ce formateur était très strict sur les codes à respecter et que le chien fou qu'était Psyko serait totalement sous contrôle grâce à lui – mais qu'en était-il pour Reggie ? Avait-il quelqu'un pour l'empêcher de sombrer, maintenant qu'il n'avait plus que des contacts téléphoniques avec sa petite amie ? Elle sursauta quand elle entendit des coups frappés à la fenêtre et elle se dépêcha d'aller ouvrir le carreau, retenant de justesse un hurlement quand un corps inconscient tomba, ensanglanté, à ses pieds.
S'agenouillant pour tâter le pouls de l'homme, elle hoqueta quand elle vit sur sa main un tatouage semblable à celui qu'Hydro avait juste derrière l'oreille. LS. Un dresseur souterrain. Annabelle fit signe à Mentali de sortir par la fenêtre pour aller surveiller les environs, et une fois le Pokémon sorti sur le rebord de la fenêtre qui donnait accès à un toit, elle tira sur le rideau pour dissimuler son bureau à un quelconque survol aérien. Prise de court et de panique, elle attrapa le téléphone qu'elle avait posé sur son bureau pour composer le premier numéro qui lui venait à l'esprit, celui de son voisin, un charmant médecin, pour lui annoncer d'une voix qu'elle souhaitait calme :
—Allô, docteur Houston ? On a un problème.
Arrachant ses gants en latex et les jetant dans la poubelle la plus proche, le docteur Houston secoua la tête en braquant sur Annabelle un regard torve.
—Anna, tu sais que je t'aime bien. Mais es-tu réellement obligée d'héberger cet homme chez toi ?
Secouant ses cheveux violets, elle s'abstint de répondre, sûre que son voisin ne dirait rien. Pas qu'il était partisan de la Ligue Souterraine, il ne se permettait juste pas d'émettre des jugements sur l'entourage de ses amis, encore moins sur celui des ses voisins. Elle lui tendit une main le remerciant, alors qu'il disait qu'il facturerait les soins à son nom à elle, afin que ça passe inaperçu. Émue par le geste de cet homme farouchement apolitique – et donc neutre et passif – elle hocha la tête et le laissa repartir jusqu'à la porte pour se mettre au chevet de l'homme qui lui était tombé dessus.
Il s'était réveillé peu de temps avant et n'était pas très loquace, devant le médecin. Il tourna ses yeux noisette vers elle et elle sourit, tentant de se montrer amicale et de ne pas le harceler de questions. En profitant pour détailler le visage pointu, les pommettes hautes, le nez aquilin et les lèvres fines, Annabelle le laissa prendre la parole, ce qu'il fit d'une voix un peu éraillée :
—Où suis-je ? En prison ?
—Non. Je suis une amie de Psyko.
L'homme se redressa, grimaça et retomba sur le lit, ses cheveux châtains et bouclés tranchant avec le blanc des draps. Il gémit de douleur.
—Je m'appelle Lime, grogna l'homme. Tu prends des risques en me venant en aide.
—Je sais. Tiens, ajouta-t-elle en lui tendant un verre d'eau. Bois et raconte-moi ce qu'il t'est arrivé.
—Ma Formatrice m'a appris à me méfier de tout le monde, refusa-t-il. Qui es-tu ?
Annabelle sourit un peu plus et se présenta, comprenant que Lime serait sans doute bien plus méfiant que ne l'était Sacha dans sa plus grande paranoïa. Il sembla se détendre un peu quand elle affirma être le centre d'une résistance orchestrée pour aider les dresseurs souterrains à se cacher, qu'elle allait l'aider à se soigner. Pourtant, il secoua la tête quand elle lui proposa une planque jusqu'à la fin de cette sombre période.
—Je ne peux pas faire ça, souffla-t-il. Je ne suis pas un lâche et j'aime la Ligue Souterraine. Je partirai dès que je serai rétabli pour retrouver les autres. Je ne les abandonnerai pas pour me cacher, c'est parfaitement hors de question.
Annabelle leva les yeux au ciel et soupira.
—Il ne s'agit pas de se cacher, mais de faire en sorte de rester en vie.
—Je préfère mourir la tête haute que vivre en lâche.
La phrase de Lime mit fin à la conversation et il se tourna dans le lit pour trouver une position plus confortable. Il grogna quand il s'installa sur son poignet cassé.
—J'espère juste qu'Aura survivra. Ma Formatrice, ajouta-t-il pour Annabelle. Elle fait pas mal d'excès qui donnent une mauvaise image d'elle, mais moi je l'aime beaucoup.
Pinçant les lèvres pour se forcer à ne pas le contredire, Annabelle hocha la tête, avant de contempler Lime qui s'endormait, vaincu par les émotions du jour. Contente d'avoir enfin pu donner un peu d'aide à un dresseur souterrain, elle sortit silencieusement de la chambre devant laquelle Alakazam montait la garde pour la prévenir s'il y avait un mouvement suspect aux alentours. Elle retourna dans son bureau afin d'annoncer la bonne nouvelle à Reggie, n'ayant trouvé que ce prétexte pour entendre la voix du garçon et s'assurer que tout allait bien pour lui.
Il répondit au bout de la deuxième sonnerie, et Annabelle se sentit un peu mieux dès le premier mot. Il allait bien.
Miaouss passa la tête dans le couloir, rapidement imité par Jessie et James qui vérifiaient que l'espace de la grande maison dans laquelle ils avaient pénétré – une porte ouverte, c'était même pas une véritable effraction, mais s'ils ne disaient rien au boss, ça pourrait passer pour telle quand même – était bel et bien vide de toute présence.
Ils avaient parcouru une distance impressionnante pour rallier le QG de la Team Rocket et avaient encore beaucoup de route à faire. Miaouss fusilla James du regard quand l'estomac de celui-ci gargouilla. Ils avaient faim, aussi.
Le détour par cette cuisine offerte à leur larcin leur avait fait l'effet d'une évidence. Et la faim qui les prenait en tenaille avait eu raison de leurs rares réticences. S'enfuir des ruines du château de Fresnelle leur avait paru presque trop facile, eux qui étaient connus pour être les plus poissards de tous les agents de la Team Rocket.
Être tenus en échec par des gamins pendant des années, alors que les opérations qui n'impliquaient pas d'être confrontés à eux se déroulaient bien, était la preuve dont ils n'avaient aucunement besoin de leur malchance chronique.
James grimaça pour s'excuser et Miaouss secoua la tête, s'infiltrant dans la cuisine sur la pointe des pieds, faisant signe aux deux autres de le suivre, ce qu'il firent d'un air méfiant, s'attendant à tout moment à être surprise par un des morveux. Le Pokémon félin ouvrit de sa patte un des battants du frigo, des bouteilles tintèrent, Jessie et James grimacèrent et braquèrent un regard sur la porte, alors que Miaouss faisait davantage attention à ce qu'il faisait.
Une fois le frigo ouvert en grand, les odeurs de nourriture ouvrant davantage encore leurs appétits, ils oublièrent toute notion de prudence et attrapèrent tout ce qui tombait sous leurs mains et pattes pour étaler les précieux mets sur la table.
—À TABLE ! scandèrent-ils d'une même voix réjouie, en portant chacun une main à leur aliment préféré.
—Oh du lait d'Écrémeuh, se réjouit Miaouss, le meilleur des laits.
Se léchant les babines, il attrapa la bouteille, alors que James, la bouche pleine, demandait :
—On fait quoi après ? On rentre chez le boss ?
Jessie approuva d'un hochement de tête, arrêtant de se goinfrer quelques secondes à peine pour dire :
—Oui, bien chur.
—Mais vous ne croyez pas qu'il va nous en vouloir ?
—D'être sortis vivants de chez Diane de Fresnelle ? Sans qu'il ait besoin de payer la caution ?
Miaouss avala trois gorgées de lait, avant de ricaner et de continuer son discours :
—Il sera fier de nous. Je vois ça d'ici ! On sera même promus à la section stratégique et finies les courses après des morveux ! Finies les basses besognes ! Finie l'heure de gloire de Persian et à moi les genoux du boss !
Jessie et James, convaincus comme à chaque fois, hochèrent vigoureusement la tête et avalèrent une bouchée en répondant à la voix qui leur demandait ce qu'ils faisaient là :
—Nous chommes de retour…
Annabelle interrompit violemment la chansonnette de la Team Rocket, en envoyant son Alakazam qui les paralysa dans des positions très inconfortables. Ils n'étaient définitivement pas les bienvenus ici. Jessie grogna. Elle avait pourtant espéré ne pas tomber sur un des morveux, mais cette fille aux cheveux violets lui évoquait quelque chose. Elle tenta de bouger de la position inconfortable, Annabelle répéta sa question, aucun ne répondit, paralysés qu'ils étaient par l'attaque psychique du Pokémon vraiment très laid de la jeune femme.
James baissa les yeux. Il la reconnaissait aussi cette fille mais comme elle avait été sans la moindre importance dans la chasse de Pikachu, il n'arrivait pas à la resituer.
Un homme entra dans la pièce. La Team Rocket était sûre de ne jamais l'avoir vu, celui-là, par contre. Des cheveux bouclés comme ça, non, jamais. James s'en souviendrait. Et Jessie aussi, elle aurait adoré en avoir de tels.
—Je ne pense pas qu'ils puissent parler, en étant paralysé, dit-il à juste titre.
Annabelle se tourna vers lui et sourit, contrite.
—On va mettre cette erreur sur le compte du stress ? demanda-t-elle un peu mal à l'aise. Alakazam, tu peux les relâcher.
Les trois intrus s'écrasèrent dans un amas de bras et de jambes sur la première des chaises et Annabelle répéta une troisième fois sa question :
—Que faites-vous là ?
—Ça me paraît évident, miaula Miaouss d'une petite voix, on mange. Allez, soyez sympas, on a rien mangé depuis qu'on est arrivés des ruines du château de Fresnelle…
—Le château de Fresnelle ? intervint Lime en écartant Annabelle du chemin. Vous étiez chez Aura ? Elle va bien ?
—Sans doute, soupira Jessie en se dégageant de la jambe de James qui l'empêchait de se redresser. Comment voulez-vous qu'on le sache, on était prisonniers.
Lime tira une chaise, se laissa tomber dessus et ignora totalement Annabelle qui gémissait qu'on ne pouvait pas faire confiance à la Team Rocket pour les inviter d'un geste impérieux – qu'il avait totalement copié sur ceux, empreints de plus de grâce, d'Aura – à s'asseoir et se restaurer à leur guise.
—La Team Rocket ? Giovanni, donc…
—C'est notre boss, oui, commenta James sans se rendre compte qu'il interrompait le cours d'une importante réflexion.
Lime échangea un regard profond avec Annabelle qui sursauta subitement.
Il avait fallu une semaine au dresseur souterrain pour cesser de se terrer dans sa chambre, pour qu'il sorte de la petite pièce qui lui était assignée pour aider le Génie Extrême à administrer la résistance d'une meilleure façon. Il avait encore des béquilles, des plaies qui suintaient, et pourtant il était debout. Annabelle l'admirait pour ce courage, cette résistance, qu'elle avait déjà vue chez Sacha et qu'elle imaginait présente en tout dresseur souterrain.
Cet homme avait vite compris quelle stratégie Annabelle visait et l'association d'idées entre la présence de la Team Rocket et ce fameux plan alluma une lueur dans les yeux de la maîtresse des lieux. Elle cessa de protester contre l'installation du trio de perdants à sa table et prit une chaise à son tour.
—C'est que vous pouvez nous être utiles, alors, commenta Lime d'une voix pensive. Si vous étiez dans les cachots d'Aura, c'est qu'elle avait un problème avec vous, non ?
—On lui a volé Sulfura, raconta Miaouss d'un air hautain.
—Pas longtemps, compléta James par souci d'honnêteté. Environ une heure. On s'est vite faits attraper. Comme toujours, en fait.
Jessie et Miaouss le fusillèrent du regard, résistant à la tentation de se jeter sur lui pour le tabasser d'avouer qu'ils avaient lamentablement échoué d'un air si détendu. Lime émit un petit sifflement impressionné.
—Même le voler une heure est quelque chose d'incroyable. Comment avez-vous fait ?
Il capta le regard d'Annabelle et toussota.
—Peu importe. Giovanni aurait un moyen d'effacer ce vol en donnant de l'aide à la Ligue Souterraine. Comme je connais Aura, elle préférera un coup de main pour sauver sa précieuse Ligue Souterraine plutôt que plusieurs millions de pokédollars de compensation.
—C'est une excellente idée, s'écria Annabelle. Ça nous ferait un soutien en sous-sol.
—Et ainsi Reggie aurait moins de mal à s'attacher des alliés si quelqu'un fait le premier pas.
—Et comme la Team Rocket a une influence certaine sur pas mal de monde, on pourrait même acheter certains diplomates.
—Et je pourrais même me faire l'émissaire des de Fresnelle pour intervenir à Sinnoh.
—Il ne manquerait ainsi plus beaucoup de territoire à conquérir avec une influence positive pour la Ligue, acheva Annabelle. C'est parfait.
Les trois membres de la Team Rocket échangèrent des regards un peu sceptiques, pleins d'incompréhension. De quoi parlaient-ils ces deux-là ? Jessie secoua la tête. Ils faisaient leurs plans sans même se soucier de savoir s'ils allaient les aider ou pas. Elle s'éclaircit la gorge.
—Et nous demander nos avis, jamais ? Moi, j'ai pas envie de vous aider.
—Oui, je me doute bien que vous ne comptez pas aider Psyko, alors que vous avez passé toute son enfance à tenter de voler son Pikachu, grommela Annabelle. Mais je ne vous laisse pas le choix.
L'attitude de Jessie avait changé d'une façon très visible dès la mention du nom de Psyko et Lime leva les yeux au ciel. Au moins, cette fille aux cheveux roses contredisait la théorie d'Aura selon laquelle Psyko n'attirait que des femmes géniales. Celle-ci avait l'air particulièrement stupide. Pourtant, les yeux brillants d'étoiles, elle demanda :
—Sexy-Morveux est impliqué dans cette histoire ?
Lime grimaça et se promit de charrier Psyko jusqu'à la fin de ses jours avec ce surnom pitoyable. La fille de la Team Rocket semblait déjà rêver à des choses indicibles, puisque son partenaire lui donna un coup sur la tête, le rouge aux joues. Le Miaouss qui parle semblait réfléchir.
—C'est bon pour nous, ça… Si on arrive à effacer la dette du boss envers Diane de Fresnelle, il nous en sera reconnaissant et on sera richement récompensés…
Interpelés, intéressés, Jessie et James tournèrent vivement la tête vers leur troisième comparse qui hocha la tête d'un air entendu, croisant ses pattes sur son ventre.
—Imaginez… Le boss est atteint d'insomnie, n'arrivant pas à calculer combien il faudra à Diane de Fresnelle pour nous libérer et réparer l'offense. Et là, nous revenons, en lui apportant non seulement une tisane aux plantes mais aussi une alliance avec la Ligue Souterraine… Et là, il dira « Il faut que je récompense le fabuleux Miaouss et les deux imbéciles qu'il traîne comme des boulets, je vais en faire mes bras droits »…
Lime et Annabelle échangèrent des regards profondément sceptiques, alors que Jessie et James hochaient plus que vigoureusement la tête, convaincus.
Quelques minutes plus tard, l'accord était conclu. Jessie, James et Miaouss tentaient de contacter Giovanni pour avoir une vidéoconférence avec lui.
—Comment ça annulé ?
La voix du jeune militaire résonna dans le silence de la foule et il tourna la tête en direction du lieutenant Abille qui hoqueta, profondément désespérée. Elle aussi semblait terriblement déçue. Elle secoua la tête, appuyée sur le mur.
Le général Sévignan leva les yeux au ciel, agacé de devoir annoncer l'absence de Reshiram à ses dix hommes. La salle de repos où il les avait trouvés, jouant aux cartes en attendant l'appel d'urgence, prêts à partir, paraissait s'emplir d'une terrible amertume. Eux non plus ne comprenaient pas. Il soupira et regarda le jeune adjudant Floret qui venait de parler. Son visage rond à l'air encore poupon fit sourire le général. Qui pourrait penser que derrière cet homme à l'air adolescent se cachait un membre des forces spéciales ?
—Le général Nérée, chef d'État Major, m'a annoncé sa décision de ne pas impliquer Reshiram dans cette opération.
—Pourquoi ? demanda un homme qui était appuyé à la fenêtre. Et le capitaine Ducan, alors ?
Sévignan secoua la tête. Il savait combien Nico était proche du capitaine Ducan, les deux étaient semblables, comme cul et chemise, à l'époque où celui qui était devenu Drake était encore un militaire du rang actif. Ils avaient perdu contact après l'infiltration du capitaine, pour ne pas éveiller les soupçons, et Sévignan ne doutait pas que son soldat était impatient de retrouver son ami de toujours. Lui-même était également quelque peu pressé de retrouver son second, son remplaçant l'ennuyait.
Nico grogna avant de se lever et quitter la pièce en marmonnant quelque chose à propos de la perte de l'esprit de Reshiram et Sévignan retint une grimace. Il n'aimait pas ces insinuations. Lui n'était en rien responsable de la décision du chef d'État Major. Il soupira discrètement avant de lever les yeux sur Cécile qui contemplait ses pieds, gênée, jouant avec ses mains, mal à l'aise dans cette salle réservée à une unité exclusivement masculine – elle n'en était pas encore tout à fait la seule femme.
Il sourit avant de mettre fin à la réunion, rassurant ses hommes sur le sort du capitaine Ducan. Il n'allait pas être abandonné à son état d'infiltré, l'ordre était de le rapatrier quoiqu'il arrive. Ses subordonnés le remercièrent chaleureusement et il se détourna en hochant la tête.
Sortant de la pièce, il saisit le poignet du lieutenant dans une discrétion toute relative qui fit sourire moqueusement un ou deux membres de Reshiram. Il la conduisit sans la moindre douceur jusque dans son bureau, indifférent à ses protestations et ses demandes de douceur. Quand ils furent dans la pièce, il la lâcha et ferma la porte. Ln baissa la tête pour frotter son poignet endolori et un peu rouge, évitant de croiser le regard de son supérieur, préférant se perdre dans la contemplation de ses rangers.
—Ça me fait sortir de mes gonds que Reshiram ait été relégué à des missions éclairs alors qu'on aurait pu être sur les lieux.
—C'était prévisible, souffla Ln sans lâcher ses chaussures des yeux. Mon général, votre inimitié envers Williams n'allait pas jouer en votre faveur, c'était plus qu'évident…
—Ce qui m'énerve encore plus, c'est que ton sort à toi est différent, lança Sévignan d'une voix furieuse. Tu es réquisitionnée avec ton père sur le théâtre des opérations.
Elle leva la tête et le regarda d'un drôle d'air, bien plus attentive à ses gestes, alors qu'il contournait son bureau pour ouvrir le troisième tiroir et en tirer une cordelette qu'elle contempla en fronçant les sourcils.
—Ce… Qu'est-ce que c'est ?
Le général sourit et s'approcha d'elle, lui demandant de ne pas bouger d'une voix sensuelle et franchement inquiétante, tandis qu'elle s'empourprait. Il sourit, passant la cordelette à la ceinture du pantalon de treillis de Cécile qui eut un léger mouvement de recul, quand un des morceaux de la cordelette frôla l'intérieur de son poignet, dans une caresse bien moins rêche que ce qu'elle attendait.
—Je te trouble ?
Le murmure la fit déglutir et elle secoua la tête.
—N… Non, mon général, souffla Cécile en levant ses yeux ambrés sur le visage de Sévignan qui sourit encore plus.
Il se pencha vers elle, chuchota dans son oreille quelque chose à propos des mensonges qu'elle ne prit pas le temps d'analyser, sentant la cordelette s'enfoncer dans ses hanches alors qu'il serrait le nœud.
—Cette cordelette de chanvre, expliqua-t-il, te permettra de te rappeler à qui tu appartiens et à qui va ta véritable allégeance quand tu seras loin de moi.
—Aucun risque que j'oublie.
Sa voix se brisa sur un soupir et fit sourire Sévignan qui ne retint même pas un ricanement satisfait en la repoussant loin de lui.
—Fais gaffe à cette cordelette. C'est le symbole de Reshiram, preuve que tu fais partie de la famille. Tu sais ce que ça signifie ?
Elle hocha la tête en mordillant ses lèvres, des larmes brillant dans ses yeux. Les ravalant de justesse, elle tenta de sourire, mais l'émotion figeait son visage. Elle savait ce que ça signifiait, mieux que quiconque.
Suivant des yeux le général qui s'approcha de la fenêtre avant de se remettre derrière son bureau, elle soupira.
—Quels sont vos ordres, durant mon absence ?
—N'oublie pas d'où tu viens. Et comme toujours, quand tu rentres, passe par ici pour me faire ton rapport. Maintenant, dégage, je t'ai assez vue.
Elle sortit du bureau et la porte claqua alors qu'il maudissait sa bêtise. Il avait encore besoin du lieutenant pour pouvoir parler à Alex en personne. Tant pis, il la rappellerait ultérieurement.
Slalomant entre les gens amassés dans ce bar trop fréquenté à son goût, elle ramena les deux verres à la table, bien décidée à résister le temps de cette discussion à l'envie de tuer des gens qui lui montaient quand, comme ici, ils se regroupaient, en bons Wattouats bien dressés, pour engloutir des litres d'un alcool mal distillé et coupé à l'eau.
Elle qui n'aimait ni la foule, trop potentiellement ennemie, ni l'alcool, ennemi certain, elle se sentait presque déplacée dans cet endroit exigu qui sentait la sueur et l'envie. Encore qu'elle trouvait que l'ambiance n'était pas aussi exécrable qu'en temps normal, la musique bien moins forte, ils s'entendaient parler sans avoir besoin de hurler. C'était tout de même plus appréciable que cette sorte de bruit que les jeunes appréciaient, qui éclatait les tympans, mettait la tête en pastèque et grillait les neurones.
Autrui lui avait donné rendez-vous ici, disant qu'un jeune homme s'activait en sous-sol, qu'il faisait peur et trop de bruit et qu'il devait être calmé. Quand June avait voulu savoir de quoi il s'agissait, son commanditaire avait secoué la tête, désigné du coin de l'œil une personne qui guettait la conversation, pour lui signifier qu'il était risqué d'en parler dans des lieux aussi peu protégés. Elle en avait vite conclu qu'il s'agissait de la Ligue Souterraine et de ses deux cadets. Par extension, elle avait repensé à ce colosse blond, Attila, et donc à elle qu'il faudrait qu'elle aille voir rapidement, même quelques minutes. Elle voulait s'assurer, bien malgré elle, que tout marchait selon les plans. Elle était inquiète.
Autrui soupira, June glissa son doigt sur son verre jouant avec la condensation :
—Alors ?
Il secoua la tête, reportant son regard sur la foule amassée. Elle avala une gorgée de son cocktail sans alcool – elle avait un contrat en suivant et travailler ivre était contraire à toutes les règles strictes qu'elle respectait à la lettre depuis ses débuts, ce qui lui avait valu une réputation de rigueur et de discipline pas si éloignée de la réalité. Son commanditaire répondit :
—Je ne suis même pas sûr qu'on puisse y faire quoi que ce soit. Neko et Horus sont dans une situation critique. Je sais que tu aimes ta fratrie, mais je pense que tu es trop enfoncée dans l'ombre pour pouvoir faire quoique ce soit pour ces deux-là.
Il fit une pause, avalant une gorgée d'absinthe.
—Et il y a le cas Reggie à régler en priorité. Il fait trop de bruit, il va finir par attirer l'attention sur nous, à tenter de s'entourer d'ombre en restant dans la lumière.
—Tu sais où il crèche ?
—Ce n'est pas un contrat, insaisissable meurtrière.
June sourit et balaya la réflexion d'un revers de main. Elle le savait mieux que personne. Et ce jeune pouvait lui être utile. Il pourrait aider ses deux cadets pendant qu'elle s'occupait du cas de l'autre idiote. À conditions, bien sûr, que ce petit soit capable de s'occuper du monde souterrain, il fallait avoir les épaules larges et elle aurait à l'évaluer avant de lui confier l'organisation d'un réseau souterrain en faveur de la Ligue. Et elle allait devoir faire ça sans attirer l'attention de l'homme qui lui faisait face, puisque, semble-t-il, il ne voulait pas qu'elle s'implique dans cette guerre civile. La neutralité quand sa famille était en danger ? Très peu pour elle, merci. Autrui soupira discrètement, mais pas assez pour qu'elle passe à côté.
—Tu devrais laisser les dresseurs souterrains se débrouiller entre eux, affirma-t-il en passant un pouce sur une cicatrice qu'il avait sous l'œil.
June lui avait présenté tour à tour son frère et sa sœur, l'un en tant que spécialiste de l'intelligence industrielle, l'autre étant la célèbre voleuse qui avait cambriolé la Gédublé SARL pour un larcin de courtoisie. Autrui n'avait pas été très étonné d'apprendre qu'ils partageaient le même sang et il avait été ravi de pouvoir ajouter à sa liste de contractuels ces deux références, étendant ainsi la suprématie de son marché, attribuant le nom de code « Horus » à celui que les dresseurs souterrains appelaient Cash. Il se souviendrait toujours de sa tueuse à gages préférée lui souriant ironiquement quand il lui avait demandé son avis à propos d'un contrat pour Neko. Elle avait dit à ce moment-là que son frère, comme sa sœur, étaient bien assez grands pour évaluer une proposition sans avoir besoin de son aide, qu'ils se démerdaient, maintenant qu'ils étaient indépendants sur leurs secteurs. Peut-être devrait-elle appliquer cette vision des choses à la Ligue Souterraine.
—D'autant plus que le général Altaïr Sévignan est impliqué dans cette histoire. Et qu'il te veut.
Autrui avait choisi ce moment précis pour évoquer le général qui menait les hommes de Reshiram, espérant que ça dissuaderait la tueuse à gages de s'impliquer de trop près dans ce conflit qui ne la concernait pas.
June ricana.
—C'est un débutant. Je ne le crains nullement. Il se veut Sharpedo, il n'est que Magicarpe. Si dans le monde diurne, c'est un prédateur, dans mon univers, il n'est qu'une feuille et je suis le vent, il voltige selon mon souffle et danse dans la paume de ma main. Après tout, je suis June l'Insaisissable…
Elle fit un clin d'œil à son commanditaire, avant de faire tinter leurs verres, avalant d'une traite ce qu'il lui restait de boisson, puis elle se leva.
—Si c'est tout ce que tu avais à me dire, je vais y aller, j'ai un homme politique à égorger, moi.
Il saisit son poignet, elle pivota la tête vers lui et pour la première fois, il remarqua combien la ressemblance entre Neko et elle était diffuse mais réelle. Elles dégageaient la même présence, quand elles parlaient de leur travail. Il l'incita à se rasseoir d'un mouvement de tête.
—Ce n'est pas tout. Reste éloignée de la Ligue Souterraine, s'il te plaît. L'armée a décidé d'orchestrer une descente chez tous les proches et tous les partisans de cette organisation. La répression commence et je ne veux pas que tu mettes à mal mon commerce en te faisant prendre.
—Je suis June l'Insaisissable, répéta la tueuse à gages avec un sourire, la voix acide. Il n'y a aucune chance que ces Caninos galeux puissent me mettre la main dessus. Ton commerce ne craint rien.
Elle finit par quitter la table, à peine troublée par ce que venait de lui révéler Autrui, agacée par son comportement. Elle détestait quand il ne la considérait que comme un morceau de son commerce. Ils étaient tout de même mariés depuis trois ans !
S'enfonçant dans la nuit, main sur la Pokéball, elle secoua la tête. Elle aurait bien le temps de penser à tout ça plus tard et mélanger privé et professionnel était forcément une source d'ennui, elle aurait dû s'en souvenir avant de s'attacher à lui.
Le général Sévignan tourna la tête à gauche, puis à droite, vérifiant que l'ensemble de ses neuf hommes étaient en place, dissimulés à la fois par leurs vêtements noirs de combat et par la nuit, tout aussi sombre que leurs tenues. Il inspira profondément, faisant signe à l'adjudant Floret de partir en éclaireur, ce qu'il fit, talonné par son Rattata qui s'infiltra dans le conduit d'aération.
Tout allait se passer à merveille. Tout devait se passer à merveille. Ils étaient Reshiram, bon sang, le commando d'élite le mieux entraîné, le mieux préparé pour les raids de ce type ! Et ce n'était pas comme s'il était incompétent dans son boulot. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas ressenti un tel stress pour une opération aussi simple.
Il avait tout vérifié et examiné en détails, le plan d'attaque et la topographie des lieux, il avait imaginé cinq solutions de repli au cas où les choses tournent mal, il avait paré à toutes les éventualités, il en était plus que certain. Pourtant, à chaque fois qu'il posait les yeux sur une des cordelettes de chanvre que ses hommes arboraient avec fierté, tout comme cet insigne au Reshiram noir, il sentait son estomac se nouer. Ses soldats étaient largement prêts, ils pouvaient même mener des opérations de ce genre sans lui, rodés à l'exercice qu'ils étaient, ayant eu à faire bien plus compliqué lorsque le pays était allé prêter main forte à des alliés. Reshiram s'était bâti une réputation dans le sang, une réputation bien méritée, ils avaient tous travaillé avec acharnement pour en arriver là, humains et Pokémons.
Pourtant il n'arrivait pas à se détacher d'un foutu malaise, une impression de catastrophe imminente qui enserrait ses tripes. N'étant pas connu pour être un intuitif, il n'avait rien dit, se contentant de ne prêter qu'une demi oreille à ce murmure instinctif qui lui chuintait les pires horreurs.
Plus ils s'étaient approchés du lieu de leur raid, plus le nœud de son estomac s'était emmêlé. Il tenta de se rassurer en attendant le signal de l'éclaireur. Les minutes défilèrent, froides comme la nuit, alors qu'il repassait mentalement tous les préparatifs une dernière fois. Rien n'avait été laissé au hasard, leurs équipes avaient été épurées et adaptées en fonction des statistiques des Pokémons qu'ils allaient affronter, comme si un seul homme pouvait défier à lui seul Reshiram, comme si cet endroit décrépi pouvait être un refuge pour la Ligue Souterraine. Son cœur se serra une nouvelle fois. Quelque chose clochait, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.
Il continua son examen des lieux, visualisant parfaitement les plans sur papier dans ce décor en trois dimensions, appréhendant mieux les distances, les espaces, les défauts de la typographie – ceux à leur avantage, comme ceux qui pourraient leur causer du tort – et tout ne pouvait que bien se passer.
La nuit était vraiment fraîche mais le ciel était dégagé, le vent était glacial, il venait du nord. Les conditions étaient idéales, se força-t-il à rester calme. Tous les membres de Reshiram étaient en sécurité, auprès de lui, il ne laisserait personne mourir, ils étaient eux aussi une famille. Rien ne saurait venir briser cette décision. Il y eut un mouvement dans les buissons, personne ne sourcilla, reconnaissant la marque de fabrique d'un des membres du commando, qui se déplaçait pour remplir sa mission, à présent que l'adjudant Floret avait donné son signe. La deuxième vague d'éclaireurs allait partir pour contourner le bâtiment, installer un feu croisé, avant d'achever la partie de ce soir dans un final explosif.
Sévignan tourna son regard vers le nord-est et il écarquilla les yeux, réalisant enfin l'erreur qu'il avait commise bien malgré lui. C'était ça ! Depuis le début, ce qui lui remuait les entrailles, c'était ça ! Bon sang qu'il était stupide !
Merde !
D'un mouvement fluide, il indiqua au colonel Priest, qui le secondait dans cette opération, de le rejoindre un peu plus loin, afin de lui expliquer qu'il lui laissait la suite des opérations, rangeant minutieusement arme d'assaut et Pokéball luisant sous l'éclat de la lune. Sans se soucier d'un quelconque hochement de tête de la part de son subordonné, il s'éloigna le plus rapidement possible.
Merde !
Sévignan tâtonna ses poches fébrilement, s'énervant contre lui-même et ceux qui lui avaient permis d'oublier si facilement d'analyser correctement les faits, il maudit la Ligue Souterraine, Williams, cette connasse de lieutenant, Williams une nouvelle fois, Neko, June l'Insaisissable, une dernière fois Williams et tout ce qui lui passait par la tête. Se laisser berner si facilement, alors que c'était une évidence flagrante lui donnait envie de se frapper fort. Il accéléra sa course, sans prêter attention aux rares passants qui s'écartaient de son chemin, étonnés de voir un militaire si affolé.
Merde !
Il finit par ralentir l'allure après dix minutes, à peine essoufflé par le rythme éreintant qu'il avait pourtant maintenu, tentant de reprendre un peu de sang-froid. Maintenant qu'il avait réalisé, tout allait bien se passer. Il lui suffisait de rejoindre les lieux au plus vite pour empêcher ça.
Faites que j'arrive à temps !
Ondine secoua la tête en se détournant du chevet du petit, évitant furieusement le salon jouxtant sa chambre, où l'ambiance était toujours survoltée entre Flora et Drew. Elle avait repris un peu de poil de la bête depuis qu'elles avaient discuté, que la Championne avait convaincu son amie de renoncer à un mort. Quelle drôle de phrase.
Elle sortit et observa l'escalier qui remontait à l'étage d'un air envieux. La caresse du soleil sur son visage lui manquait, comme le froid, l'odeur de l'air frais. Elle savait pourtant qu'elle ne devait pas se montrer, elle le savait mieux que personne, pour ne pas mettre en danger sa vie et donc celle de Psyko, cet idiot serait capable de venir la chercher, même dans les flammes de l'Enfer, revisitant sans le savoir un mythe depuis longtemps tombé en désuétude.
Elle glissa une main dans ses cheveux qui commençaient à repousser et s'écarta du chemin, pour laisser passer le dresseur souterrain qui avait investi la Tour de Combats. Il s'arrêta près d'elle et observa son visage avec attention, comme à chaque fois. Quand elle s'était présentée à lui, il l'avait prise pour une autre, et Ondine ne doutait pas une seule seconde qui était cette autre.
Lime était gentil. Ferme dans ses décisions, il avait de la poigne, mais il était humain. La rousse avait appris à le différencier d'Aura, en dépit de leurs liens. Elle l'aimait bien, en fait. Il lui demanda comment elle allait et elle sourit doucement.
—Je vais bien, et toi ? Comment va la résistance ?
—C'est un peu dur de gérer Giovanni, il semble persuadé qu'Aura lui laissera son marché noir s'il la tire d'affaire. Mais Reggie a réussi à avoir un contact avec une dénommée June, qui l'a aiguillé quelques jours à travers le milieu, pour lui éviter de sévères déconvenues. À présent, elle lui a laissé le contrôle du monde souterrain, elle affirme qu'elle a autre chose à régler.
Ondine était bien entendu tenue à l'écart de la résistance. Flora et Drew auraient pu y participer, mais si le coordinateur préférait consacrer du temps à son enfant, Flora, elle, n'était pas assez remise pour avoir une attitude autre que celle de l'attente. Elle n'avait pas retrouvé toutes ses forces.
—Très bien, je suis contente de voir que ça avance, murmura-t-elle d'une voix étranglée. J'ai tellement peur pour Psyko que…
—Je ne m'inquiète pas pour lui, rétorqua Lime avec un sourire. Prof, Aura, Ln(3) et Inu sont avec lui. Ma Formatrice ne permettra pas qu'il arrive quelque chose à Psyko et Prof non plus. Quant à Ln… Si elle t'a laissé sa Flamme, c'est qu'elle compte bien protéger la tienne.
Il se mordilla les lèvres.
—Oh, excuse-moi, Ondine, je… Je voulais dire ton petit ami, pas ta Flamme. Ce terme est inapproprié.
Éclatant de rire, Ondine posa une main légère sur son bras.
—Je ne pense pas que tu sois si éloigné de la réalité. Psyko serait ma Flamme si je devais entrer dans la Ligue Souterraine. Alors je ne le prends pas mal.
Un clin d'œil et un sourire contrit plus tard, il s'excusait et gravissait les marches, alors que Drew sortait en trombe du salon du sous-sol aménagé avec un soupir excédé. Ondine le retint par le poignet, il se dégagea brutalement et grimpa les escaliers sans lancer un regard à la rousse qui haussait les sourcils, surprise.
Faisant claquer sa langue de dépit alors qu'elle entendait Flora pleurer, elle mit de côté l'interdiction d'Annabelle de monter plus haut que le sous-sol pour poursuivre Drew et lui faire entendre sa façon de penser. Lui non plus ne faisait aucun effort pour comprendre la peine de Flora et c'était fichtrement agaçant.
Elle le retrouva bien vite dans la cuisine, assis à la table, la tête entre les mains et elle se racla la gorge en mettant ses mains sur ses hanches, le faisant sursauter. Il tourna les yeux vers elle, partagé entre l'envie de copieusement l'engueuler de rester à découvert alors que c'était interdit pour elle et celle, plus impérieuse, de l'ignorer formellement.
Il savait très bien qu'elle allait lui faire la morale. Il s'apprêta à subir ses foudres, préparant un petit discours bien senti pour lui répondre de façon sèche et expéditive mais elle se contenta de laisser retomber ses bras, s'approchant de lui et passant sa main dans son dos, secouant la tête d'un air désespéré.
—Vous êtes invivables, tous les deux, lâcha-t-elle en s'asseyant à côté de lui.
—Moi ? s'offusqua Drew. C'est elle qui remet en cause tout ce qu'on a construit, pour un type qui n'est même pas là et qui n'aurait pas sacrifié le quart de ce que je lui ai donné !
Ondine soupira.
—Tu te rends compte, énonça-t-elle d'une voix faible, que tu es jaloux d'un mort ?
—Quoi ?
Drew pivota la tête vers Ondine qui hocha la tête en pinçant les lèvres. Elle raconta dans un murmure la fuite de la planque, les policiers, sa dispute avec Ln(3), l'explosion de la planque, la tristesse qui avait enserré leurs cœurs et Drew demeura immobile, incrédule. Il cligna des yeux, chuchotant qu'il n'en revenait pas.
—C'est pas possible… Je… Je ne souhaitais pas sa mort…
Un silence s'installa entre eux et s'éternisa entre eux, puis Drew, plus pour se donner bonne conscience que par réelle envie de la disputer, lui rappela qu'elle n'avait pas le droit de monter. Ondine s'apprêta à répondre quand la porte s'ouvrit à la volée sur Annabelle qui regarda le coordinateur, un peu blanche. La rousse balbutia quelques excuses, affirmant qu'elle redescendait et Annabelle secoua la tête, ne semblant même pas remarquer sa présence.
La main qui tenait un papier tremblait. Ses lèvres aussi, quand elles s'ouvrirent pour annoncer d'une voix tremblante :
—Max est à l'hôpital dans un état critique. L'arène de Clémentiville a explosé la nuit dernière. Il… Il est le seul survivant. Deux corps calcinés ont été retrouvés dans les décombres…
La chaise de Drew tomba quand il se redressa sous la violence des mots d'Annabelle. Il tourna les yeux vers Ondine qui hocha la tête et il descendit, dans la ferme intention d'annoncer l'horrible nouvelle à Flora en personne. Elle allait être dévastée.
À travers la vitre qui donnait vue sur la salle de soins intensifs où reposait son frère, Flora contemplait les dégâts de l'explosion suivie d'un incendie ravageur, qui lui avaient pris ses deux parents et laissé pour mort son unique petit frère. Son corps entier était recouvert de bandages, le service des grands brûlés l'avait pris en charge au plus tôt et il avait été plongé dans un sommeil artificiel afin de lui éviter des souffrances inutiles. S'il survivait à la brûlure, avait froidement énoncé le médecin en levant à peine les yeux de sa feuille, Max serait sourd d'une oreille et probablement devrait-il se déplacer dans un fauteuil roulant. Une paralysie avait été détectée, suite à la fracture de deux vertèbres.
« Il s'est battu » pensa fièrement Flora. « Il s'est battu pour la Ligue Souterraine, pour Sacha, pendant que je me terrais dans mon coin. »
Une main se posa sur son épaule. Elle reconnaissait le contact doux et apaisant de son fiancé et elle se laissa enlacer, acceptant son étreinte pour la première fois depuis qu'ils avaient trouvé refuge chez Annabelle, mené là-bas par le père de Ln, qui affirmait qu'ils n'étaient pas en sécurité à Clémentiville. Il avait eu raison. C'était Max qui en avait payé le prix fort.
—Qui ? souffla-t-elle. Qui est responsable de l'état de mon petit frère ?
Une rage mal contenue vibrait dans sa voix, rage que ni Ondine ni Drew ne pouvaient réellement comprendre, l'une étant la benjamine de sa famille, l'autre étant malheureusement fils unique. Elle frappa la vitre de son poing, faisant sursauter Annabelle qui discutait plus loin avec un médecin.
—Qui ? répéta-t-elle en haussant la voix.
Le Génie Extrême s'approcha, s'appuyant contre la vitre pour observer la silhouette mourante de Max. Elle ne pouvait pas non plus imaginer la douleur de cette aînée de voir son frère si mal en point, de le voir souffrir. Elle n'effleurait même pas l'impuissance qui donnait la nausée à Flora quand elle pensait que son frère avait dû supposer ça tout seul. Elle n'était pas présente. Elle n'était pas présente parce qu'elle préférait se poser des questions sur ses amours, sur une possible relation entre Artik et elle.
Une colère envers elle-même gronda au fond de ses entrailles, quand elle prit conscience de son comportement futile et vain. Sa main se resserra sur celles de Drew, elle enlaça leurs doigts, alors qu'Annabelle répondait à la question.
—Le général Sévignan et ses hommes, le commando Reshiram.
—Ils paieront.
Le murmure tomba sur les résistants comme une sentence mortelle et Ondine déglutit. Tout ça n'augurait rien de bon, hélas. Annabelle sourit, posa une main sur l'épaule de Flora, alors que la rousse se rapprochait d'eux, tenant dans ses bras le petit Cédric qui dormait profondément.
—Ce sera dangereux, souffla Annabelle. Nous risquerons de mourir.
La détermination implacable de Flora balaya tous les doutes des autres :
—S'il le faut, nous mourrons.
Elle tourna la tête vers le nord-est, pensant à l'homme qui lui avait fait découvrir la Ligue Souterraine, qui les avait protégées, Ondine et elle, en dépit de ce qu'il risquait et elle hocha la tête, comme pour prouver qu'elle était déterminée.
La bataille serait longue, et agitée, probablement parsemée de pertes. Amis, alliés, certains tomberaient au combat. Mais plus jamais elle ne laisserait des innocents à peine impliqués dans cette guerre mourir sans avoir tenté de les sauver.
Elle n'avait pas peur. Personne n'avait le droit de ravager sa famille, tuer ses amis, ses parents, massacrer son petit frère, son unique petit frère, celui qu'elle avait promis de protéger. Drew et Cédric auraient pu être dans cette arène, Max aurait pu ne pas être le seul allongé sur ce lit. Plus jamais, plus jamais elle ne laisserait un militaire abuser de son pouvoir.
Pouvait-elle deviner qu'au même instant, Attila prononçait une phrase similaire ? Si elle avait pu, sans doute aurait-elle été fière de constater que cet homme qui portait le même prénom que son père faisait preuve d'une combattivité qu'elle ressentait au fond d'elle-même. Si elle avait pu, elle aurait souhaité bonne chance à Psyko, Prof, Ln, Neko, Artik et Attila qui s'engageaient dans une bataille dont tout le monde ne sortira pas vivant.
Vous me détestez, hein ? o/*
