Chapitre 26 : Clarifier la Solution

La plupart des matières d'ASPIC n'étaient prises que par une fraction des élèves de sixième et septième année. Les Professeurs Rogue et McGonagall n'admettaient que les meilleurs élèves dans leurs classes d'ASPIC, tandis que les autres matières étaient trop spécialisées pour attirer beaucoup d'élèves. Le cours de Défense Contre les Forces du Mal était une exception notable à cette règle. Knight n'avait placé aucune restriction à l'admission à sa classe d'ASPIC, et quasiment tous les élèves de sixième et septième années s'étaient inscrits.

Ils étaient tous réunis dans la Grande Salle jeudi soir, alors que le Premier Cours Pratique de Défense était sur le point de démarrer. Les élèves s'étaient installés à leurs tables de maison, regroupés à l'extrémité la plus proche du devant de la salle où la nervosité et l'impatience étaient palpables. Tout le monde savait que Rogue convoitait depuis longtemps le poste de Forces du Mal - et que Dumbledore le lui avait inlassablement refusé. Par conséquent, les spéculations allaient bon train au sujet de ce que leur Maître des Potions leur avait préparé.

La porte s'ouvrit et Rogue entra, ses robes tourbillonnant derrière lui tandis qu'il traversait la salle. Il se retourna pour faire face aux élèves qui se turent immédiatement, dans l'expectative. Rogue laissa le silence durer, balayant la salle des yeux, s'arrêtant sur chacun d'entre eux. Enfin, quand la tension fut devenue presque insoutenable, il se mit à parler d'une voix doucereuse à peine plus haute qu'un murmure mais qui s'octroyait sans le moindre effort l'attention de chacun des élèves présents.

— Votre formation en Défense Contre les Forces du Mal a souffert du renouvellement constant de vos enseignants, enseignants qui, dans la plupart des cas, se sont révélés incompétents - voire pire.

Rogue fit une pause et laissa le poids de cette déclaration s'installer, puis continua.

— Je ne peux pas, en l'espace de quatre mois, remédier à toutes les lacunes de votre éducation. Pour cette raison, je me focaliserai à vous enseigner comment survivre dans l'état actuel de notre monde. Vous êtes tous des duellistes compétents, il me semble. Certains d'entre vous pensent sans doute pouvoir se fier à leurs capacités contre des adversaires expérimentés. Mais soyez conscients que même les Aurors, qui passent pourtant des années à apprendre à maîtriser les techniques de duels les plus avancées, sont toujours confrontés au risque de tomber sur un ennemi plus rapide, mieux préparé, ou simplement plus chanceux. Même la sorcière ou le sorcier le plus expérimenté peut être vaincu par un adversaire moins bon, s'il abaisse sa garde ou sous-estime son rival.

Rogue regarda Harry et il sut qu'il pensait à leur duel de l'année précédente.

— Plus que vos compétences, ce sont les décisions que vous prendrez en moins d'une fraction de seconde, qui, lorsque vous affronterez un adversaire - et en particulier s'il pratique la Magie Noire -, feront la différence entre la vie et la mort, la victoire ou la défaite.

C'était exactement que Ryan leur avait dit l'année précédente, réalisa Harry, même si Rogue parvenait à tout faire paraître bien plus sérieux.

— Je peux vous apprendre à penser comme votre ennemi, continua Rogue, et ainsi anticiper ses actions et prendre le dessus. En effet, les Forces du Mal, même si variées et en constante évolution, sont immuables de par leur nature. Elles ont une unique quête : le pouvoir, le contrôle. Elles cherchent à manipuler, piéger, séduire; et ce qu'elles ne peuvent pas séduire, elles le détruisent. Comprenez bien cela - et c'est crucial - peu importe qui vous êtes, ou quelles sont vos loyautés. Les Forces du Mal ne connaissent ni ami, ni ennemi. Elles s'emparent de tout ce qui est à leur portée et elles se serviront de vos faiblesses pour vous détruire.

Le regard de Rogue balaya une nouvelle fois les élèves.

— La fierté, la vanité, l'ardeur démesurée, l'abus de confiance en soi, la peur, le doute, la haine. Les yeux de Rogue se posèrent sur Harry. Même l'amour. Tous les moyens seront employés pour vous vaincre et vos capacités avec une baguette ne pourront pas vous sauver. Pas si vous êtes incapables de rester concentrés sur votre but.

Rogue se retourna, fit un geste de la main et un grand écran blanc apparut.

— Nous allons commencer ce soir par une dissertation. Vous devez réfléchir aux questions suivantes.

Tandis que Rogue parlait, une longue liste de questions apparut sur le tableau, dans l'écriture en patte de mouche familière de Rogue. Harry lut les premières :

1) Quel rôle, s'il y en a un, vous imaginez-vous jouer dans la guerre actuelle ?

2) Sacrifieriez-vous un ami, si c'était le seul moyen d'assurer la victoire à votre cause ?

3) Abandonneriez-vous votre cause pour sauver votre propre vie ?

4) Chercheriez-vous à tuer un ennemi durant une bataille ?

...

Des murmures traversèrent la pièce tandis que les autres élèves prenaient également connaissance des questions. Harry entendit un reniflement bruyant en provenance de la table de Serpentard et tourna les yeux pour voir Drago Malfoy ricaner avec Pansy Parkinson.

— La réponse à la numéro trois est : "Seulement si tu es un Malfoy", dit Ron dans un faux murmure suffisamment bruyant pour être sûr que le Serpentard l'entende.

— Pour la numéro quatre également, Weasley, riposta Malfoy.

— Silence ! aboya Rogue et la pièce redevint une nouvelle fois silencieuse. J'attends de vous une analyse complète et sérieuse de ces questions. Il n'y aura ni bavardage, ni discussion. Je veux un silence absolu. Quand vous aurez fini votre devoir, vous pourrez me l'apporter et partir. Commencez.

Durant l'heure suivante, les élèves travaillèrent pendant que Rogue parcourait la salle, baissant les yeux sur leurs devoirs. Contrairement à ses habitudes, il ne fit aucune remarque désobligeante à qui que ce soit. Il ne secoua jamais la tête avec dégoût et ne lança aucun sourire condescendant en direction du travail d'un seul des élèves. Son visage resta impassible, ne révélant rien ni de ses pensées, ni de ses émotions. Enfin, les élèves commençaient à finir. Un par un, ils rendirent à Rogue leur devoir. Ron fut un des premiers à rendre le sien et à partir. Ginny finit une minute plus tard et partit.

Harry regarda ses camarades partir, mais même s'il avait déjà répondu à toutes les questions, il n'arrivait pas à se résoudre à rendre sa feuille. Finalement, Hermione et Neville rendirent leurs travaux et Harry fut le dernier élève restant dans la salle. Rogue posa les yeux sur lui.

— Alors, Mr. Potter ?

Harry le regarda, puis se leva et lui remit son devoir sans un seul mot.

La Tour de Gryffondor bourdonnait de conversations concernant le devoir de Rogue quand Harry arriva.

— Vous croyez vraiment qu'un professeur devrait nous demander si on tuerait quelqu'un ? dit Parvati. C'est tellement sinistre.

— Au moins, maintenant on sait à quoi Rogue pense dans ses donjons au milieu de la nuit quand il n'arrive pas à dormir.

Hermione prit la parole.

— Il essaye juste de nous faire réfléchir aux implications éthiques et morales du combat contre les Forces du Mal. Prenez la question : " Sacrifieriez-vous un ami, si c'était la seule manière de battre un ennemi ?" J'aurai pu passer des heures rien que sur celle-là.

— Et toi Harry ? demanda Seamus. Qu'est-ce que tu en as pensé ?

— Je ne pense pas que Rogue en ait quelque chose à faire des implications éthiques ou morales de quoi que ce soit. Je pense qu'il essaye juste de nous préparer à mener une guerre.

Harry se détourna et monta à son dortoir. Il s'allongea sur son lit, mais l'instant suivant quelqu'un frappa à sa porte et Ginny entra.

— Tu vas bien ? demanda-t-elle.

— Bien sûr, je vais bien. Je suis fatigué, c'est tout.

— Tu ne devrais pas mentir, Harry. Tu ne le fais pas très bien.

Harry soupira et s'assit.

— Je vais bien. C'est juste que le devoir de Rogue m'a fait penser à toutes les choses auxquelles j'essaye de ne pas penser : le prix à payer pour vaincre Voldemort, le nombre de personnes qui pourraient mourir, ce que je vais devoir faire rien que pour avoir une chance de l'affronter et le battre. Je sais que je suis le seul à avoir la possibilité de gagner et je ne peux pas échouer - quoi qu'il en coûte, quoi qui doive être sacrifié.

Ginny s'assit à côté d'Harry et prit sa main.

— Harry, tu ne peux pas t'inquiéter pour tout le monde. Rogue a dit que nous devions rester focalisés sur nos objectifs et il a raison. Tu as déjà assez à t'occuper, tu dois chercher un moyen de vaincre Voldemort. Pour le reste d'entre nous, on sait prendre soin de nous.

Harry serra étroitement sa main.

— Je sais.

Ginny embrassa Harry, puis se leva et partit.

— Et Harry, ne t'en fais pas. Tu n'échoueras pas.


Harry essaya de garder loin de ses pensées le devoir de Rogue, espérant qu'il passe à des sujets plus pratiques durant la leçon suivante mais cet espoir fut balayé d'un revers de main le jeudi soir suivant. Rogue arriva à leur Cours Pratique de Défense les bras chargés d'un gros paquet de parchemins qui étaient évidemment leurs copies de la semaine précédente. Il plaça les devoirs au coin de la table de Serdaigle et prit le premier dans ses mains.

— Miss Brown, vous n'avez pas la moindre idée de ce qu'implique une guerre. Je vous conseille fortement d'éviter toute activité qui irait dans ce sens. Je n'aurais plus besoin de votre présence à ce cours. Vous pouvez partir.

Lavande resta bouche bée et elle dévisagea Rogue, pétrifiée. Tout comme toute la salle.

Les lèvres de Rogue se courbèrent avec un air supérieur.

— N'ai-je pas été clair quant à l'objectif de ce cours ? Vous n'êtes pas des enfants. La plupart d'entre vous sont déjà majeurs et pour les autres, c'est une question de mois. J'ai préparé un programme d'étude indépendant, qui, s'il est suivi à la lettre, vous assurera de réussir vos ASPIC, mais je refuse de perdre mon temps à vous mâcher le travail - pas quand il y a des leçons plus importantes devant être enseignées à ceux qui souhaitent et peuvent apprendre.

— Miss Brown, je vous assure que vous n'êtes pas la seule à ne pas être à sa place dans ce cours. Les élèves suivants peuvent également partir.

Rogue lut une longue liste de noms, puis ajouta :

— Vous prendrez le programme au fond de la salle en partant et j'attends vos devoirs sur le sujet de la semaine chaque lundi, et ce dès cette semaine.

— Ceux dont je n'ai pas appelé le nom, je veux vous voir assis aux tables de Poufsouffle et Serdaigle devant moi. Déplacez-vous rapidement. Nous n'avons pas toute la nuit.

Les élèves se regardèrent puis se levèrent. Il y eut un bruyant bruissement de papiers et des raclements de chaises tandis qu'ils regroupaient leurs affaires. Bien plus de la moitié des élèves sortirent de la salle tandis que les autres se cherchaient des places aux tables désignées. Quand les derniers eurent quitté la salle et que ceux qui restaient furent à nouveau installés, Rogue s'adressa à sa classe désormais réduite.

— Ne vous estimez pas heureux. Vous aurez deux fois plus de travail que vos camarades que je viens de congédier et beaucoup d'entre vous ne sont encore que marginalement plus avisés des demandes d'une guerre.

Rogue prit un autre devoir de la pile placée devant lui.

— Mr. Malfoy, vous semblez prêt à poignarder n'importe qui dans le dos à la moindre provocation. Ce genre de caractère impitoyable a certainement sa place, mais il n'est pas toujours compatible avec la préservation de soi, ce qui, je pense, devrait être votre but premier. Un homme qui trahit n'importe qui pour son propre intérêt finit tout seul. Et le mouton solitaire est le premier à être mangé par les loups.

Rogue rendit à Malfoy son devoir et saisit les deux suivants, ignorant l'expression stupéfaite de son élève.

— Mr. Weasley, votre enthousiasme est typique du Gryffondor prêt à se précipiter là où un homme plus sage redoute de s'engager. Malheureusement, vos stratégies ont plus de chances de vous faire tuer vous et vos amis que vos ennemis.

— Miss Weasley, bien que votre attitude reste quelque peu naïve, il semblerait qu'il y ait un espoir que vous parveniez à vous maintenir en vie. Peut-être pourrez vous aider votre frère à le faire également.

Rogue donna leurs devoirs aux Weasley et continua avec le suivant.

— Mr. Londubat...

Neville tressaillit et baissa les yeux quand Rogue prononça son nom.

— Mr. Londubat, regardez-moi quand je vous parle, cassa Rogue avec irritation.

Neville leva des yeux grand ouverts sur Rogue. Rogue le fixa d'une expression froide et impénétrable un moment, puis rendit à Neville son devoir.

— Vous avez une conscience affûtée de ce qui est en jeu dans cette guerre et de vos propres priorités, dit Rogue à voix basse. Vous devez maintenant réunir la confiance en vous nécessaire pour relever le défi.

Rogue prit le devoir suivant et Neville s'affaissa avec soulagement.

— Miss Lovegood -

— Oui, Professeur.

Rogue foudroya Luna des yeux pour l'avoir interrompu, mais Luna semblait imperturbable. Elle regarda Rogue attentivement avec un sourire serein.

Rogue donna à la jeune fille sa copie.

— Vous avez un point de vue unique, Miss Lovegood.

— Merci monsieur.

Rogue tira le devoir suivant de la pile et Harry sut immédiatement que ce devait être celui d'Hermione puisqu'il était trois fois plus long que celui des autres.

— Miss Granger, dit Rogue lentement en feuilletant les pages de son devoir. Je croyais que mes instructions étaient claires, mais visiblement elles n'ont pas su pénétrer votre cerveau surchargé. Vous rendez-vous compte que vous n'avez pas su répondre à une seule question ?

Quoi ? laissa échapper Hermione d'un ton strident. Ce n'est pas vrai ! J'ai indiqué clairement quelle est la meilleure manière de procéder, dans chacun des cas.

— En effet. Mais je n'ai pas demandé quelle serait la meilleure façon de procéder. J'ai demandé ce que vous feriez. Ces questions ne sont pas identiques, et les réponses ne le seront pas non plus. Refaites-le et rendez-le moi lundi. Mais laissez-moi vous avertir. La guerre n'a rien d'un exercice académique et vous ne trouverez pas vos réponses dans un livre de philosophie. Elles doivent venir de vous.

Rogue continua à distribuer les devoirs, en les critiquant tous à leur tour. Enfin, il atteignit la fin de la pile et prit le dernier devoir. Il leva les yeux vers Harry qui croisa son regard sans broncher.

— Eh bien, Mr. Potter, dit Rogue à voix basse. Il semblerait que votre réputation de meilleur élève de Défense de cette école ne soit pas injustifiée. Bien que vous soyez, de manière prévisible, trop noble pour votre bien, vous avez cependant une compréhension raisonnablement mature des demandes de la guerre.

— Je me dois d'en avoir, dit Harry.

Rogue rendit à Harry sa copie puis reporta son attention à la classe.

— Chacun d'entre vous se doit de revoir les commentaires que j'ai écrits dans vos copies et de réfléchir sérieusement aux priorités que vous avez indiquées. Pendant toute la durée de ce Cours Pratique, nous discuterons des stratégies que vous pourriez employer dans des situations variées afin d'arriver à vos fins, ainsi que leurs possibles conséquences.

— Cependant, ne soyez pas surpris si au cours des semaines suivantes, vous découvrez que vous vous êtes vous-même mal évalués. A la fin de l'année, beaucoup d'entre vous verront probablement leurs réponses à ces questions évoluer significativement. C'est en tout cas souhaitable car cela signifierait que vous avez réfléchi à ce que vous êtes et n'êtes pas capables de faire. Plus tôt vous le comprendrez, mieux vous serez préparés à affronter vos ennemis.

— Ce sera tout pour ce soir. Prenez un programme en sortant et j'attends vos devoirs de Comparaison des avantages des Charmes de Protection les plus communs pour lundi.

Les élève se levèrent et commencèrent à se retirer de la salle, mais Harry resta en arrière.

— Vous avez une question, Mr. Potter ?

— Oui, monsieur. C'est tout ce qu'on va faire jusqu'à la fin de l'année ou est-ce que vous allez nous enseigner quelque chose ?

Rogue haussa un sourcil.

— Je suis en train de vous enseigner quelque chose, Potter. Vous êtes juste trop obtus pour le remarquer.

— Croyez-vous sincèrement que je n'ai pas déjà réfléchi à toutes ces choses, dit Harry, brandissant son devoir à Rogue.

— Je suis sûr que non. En fait, je serais prêt à parier que vous faites tout ce que vous pouvez pour éviter d'avoir à y penser.

— Ce n'est pas vrai ! dit Harry avec indignation, même s'il savait que Rogue n'était pas loin du compte.

— Ah bon ? Rogue croisa les bras et regarda Harry d'un air impérieux. Dites-moi, Potter, dans ce cas, quel est votre plan pour vaincre le Seigneur des Ténèbres ?

— Vous connaissez le plan. Je dois l'affronter dans son esprit. C'est pour ça que je n'arrête pas d'aller vous voir vous et Dumbledore.

— Quelle que soit l'utilité que nos leçons aient jamais eue, elle est depuis longtemps dépassée. Je soupçonne que cela est également vrai de vos leçons avec Dumbledore. Elles ne servent qu'à une seule chose : vous distraire des problèmes pratiques qu'implique votre affrontement avec le Seigneur des Ténèbres.

— Vous dites que vous avez l'intention de l'affronter dans son esprit. C'est une idée raisonnable en soi, mais comment comptez-vous entrer dans son esprit ? Avez-vous l'intention de le faire dans votre sommeil ? Sinon, vous aurez alors à l'affronter physiquement. Où comptez-vous le rencontrer pour qu'il ne soit pas entouré de ses Mangemorts ? Et une fois seuls, comment allez-vous le dissuader de vous tuer suffisamment longtemps pour établir le contact mental requis ?

— En admettant même que vous alliez aussi loin, plonger dans son esprit vous rendra insensible à votre environnement et extrêmement vulnérable à toute attaque. Comment vous protégerez-vous ? Il faudra probablement l'aide de la totalité de l'Ordre, et de celle de tout autre allié qui pourra être mis à votre service afin de retenir les serviteurs du Seigneur des Ténèbres assez longtemps, et vous donner le temps nécessaire à mener la bataille mentale que vous proposez. Et tout cela demande un plan que vous n'avez pas encore commencé à considérer. Ai-je raison ?

Harry fixa Rogue. Évidemment, il avait raison. Harry n'avait considéré aucun de ces problèmes logistiques qu'impliquait son combat contre Voldemort.

— J'espérais que quelqu'un planifierais cette partie pour moi. Ou ne pensez-vous pas que j'ai assez à faire ?

— Ce que je pense est que vous devriez au minimum être conscient des plans qui sont fait en votre nom. Si Dumbledore ne vous en a pas encore informé, vous devriez envisager de lui poser la question.

— Je le ferai. Croyez-moi.

Harry quitta la Grande Salle et retourna à la Tour de Gryffondor pour y trouver une discussion animée sur le cours de Rogue. Les élèves ayant été renvoyés écoutaient avec fascination le récit de ce qu'ils avaient manqué et se joignaient avec enthousiasme aux débats qui s'en suivaient. Harry monta au lit, mais le sujet était toujours sur les lèvres de tout le monde durant le petit déjeuner le matin suivant, la conversation encouragée par les titres à la fois du Chicaneur et de la Gazette du Sorcier qui disaient que Knight avait tué un autre Mangemort.

— Je ne pourrais jamais commettre un meurtre, dit Neville. Je ne pense pas pouvoir tuer qui que ce soit.

— Je préfère tuer un ennemi que laisser mourir un ami, dit Seamus.

— Mais tuerais-tu un ennemi ? demanda Ginny.

— S'il meurt de toute façon, qu'est-ce que ça change ? dit Dean.

— Ça change tout puisqu'il s'agit en réalité de ce que chacun d'entre nous ferait et ne ferait pas, dit Ginny.

Hermione se mordait la lèvre et avait l'air inhabituellement tendue.

— Je ne pense pas que je pourrais le faire. Je ne pense pas que je pourrais tuer quelqu'un ou sacrifier la vie d'une autre personne même si c'était la seule manière de gagner la guerre. Objectivement, je sais que je devrais être capable de le faire et que plus de personnes mourraient sur le long terme si je ne le faisais pas. Mais je ne peux pas imaginer...

Ron tendit la main et saisit celle d'Hermione.

— Ce n'est pas grave Hermione. Je ne pense pas que beaucoup d'entre nous auront un jour à faire ce genre de choix de toute façon.

Harry détourna les yeux et poignarda sauvagement son boudin noir. Ron avait raison. Très peu d'entre auraient besoin de tuer ou de prendre une décision qui pourrait entraîner la mort de quelqu'un d'autre. Mais Harry avait déjà fait les deux et ne pouvait s'empêcher de se demander quand il aurait à le faire à nouveau.


Harry arriva au bureau de Dumbledore à son heure habituelle dimanche soir. Comme toujours, le thé était prêt et Dumbledore versa une tasse à Harry pendant qu'ils s'asseyaient près du feu.

— Tu sembles troublé ce soir, Harry, commenta Dumbledore en sirotant son thé. Quelque chose ne va pas ?

— Non, répondit Harry automatiquement. En fait, si, corrigea-t-il, reposant sa tasse de thé. Je pense que j'ai appris tout ce que je peux apprendre sur les duels dans l'esprit, donc je me demandais : quelle est la prochaine étape ? Je veux dire, à un certain point, il faudra que j'affronte Voldemort et je ne suis toujours pas vraiment fixé au sujet du plan à mettre en œuvre pour y parvenir.

— Ah. Tu as pris à cœur le conseil que le Professeur Rogue t'a donné en cours de Défense, je vois, dit Dumbledore.

— Il se trouve qu'il a raison. Nous devons tous réfléchir à ce qui arrivera, avoir un plan.

Harry attendit, impatient, mais Dumbledore ne dit rien. Il continua simplement de boire son thé à petites gorgées.

— Vous préparez un plan pour que j'affronte Voldemort, n'est-ce pas, monsieur ? insista Harry.

— Je n'appellerais pas vraiment cela un plan, non. C'est plutôt un objectif pour le moment.

Harry serra les dents et essaya de garder son ton neutre.

— Va-t-il y avoir un plan à un moment donné, ou faudra-t-il que j'improvise au fur et à mesure ?

Dumbledore ignora l'insolence d'Harry.

— Quand le temps arrivera, il y aura un plan, je te l'assure.

— Mais vous ne savez pas quand ça arrivera ?

— Harry, Voldemort n'est pas un ennemi contre qui tu peux foncer tête baissé au combat. Il est difficile à coincer, malin, et ne viendra à toi que de sa propre volonté et quand il croira avoir le dessus. Tu ne peux pas l'obliger à te rencontrer et il est impératif qu'il ne se rende pas compte que tu souhaites l'affronter. Ton seul espoir de succès est de le prendre par surprise, quand sa garde est baissée. En conséquence, nous devons attendre qu'une opportunité se présente - une chance, de préférence qu'il aura lui-même provoquée - de l'affronter quand il se pensera en contrôle de la situation. Tu peux sûrement comprendre qu'il est impossible de planifier une telle éventualité. Nous devons simplement être prêt à saisir notre chance quand elle se présentera.

— C'est pourquoi tu dois mettre toute ta volonté à affiner tes capacités dans l'esprit. C'est ce qui rend tes sessions avec moi, et particulièrement celles avec le Professeur Rogue, vitales.

— Et au sujet de l'immortalité de Voldemort ? demanda Harry. Vous avez dit que vous me diriez comment il a réussi.

— J'ai dit que je te le dévoilerai quand le temps sera le bon, mais ce temps n'est pas encore venu. Pour le moment, tu dois te concentrer sur tes leçons.

Il était clair que Dumbledore considérait le sujet clos, Harry ravala donc toute question supplémentaire et atteignit son esprit.


Une heure plus tard, alors qu'Harry retournait à la Tour de Gryffondor, il devait admettre qu'il se sentait bien moins anxieux qu'il ne l'avait été en se rendant au bureau de Dumbledore. Combattre une horde d'Acromentules était pour lui une bonne façon d'oublier ses inquiétudes et il se sentait convaincu d'être capable de détourner tout ce que Voldemort pourrait lui envoyer dans un duel mental.

Tout de même, le problème de l'immortalité de Voldemort le harcelait, particulièrement parce que Dumbledore persistait à éluder le sujet, et Harry en était toujours perturbé le lendemain. Même après avoir passé la matinée suivante à travailler sur le devoir de Défense de Rogue et son après-midi dans le crottin d'Hippogriffe jusqu'aux coudes au cours d'Herbologie, il ne pouvait toujours pas chasser le sentiment d'appréhension qu'il ressentait. Finalement, il confia sa frustration à Ron, Ginny et Hermione au dîner.

— Peut-être que Dumbledore a raison, quand même, Harry, dit Hermione, faisant tourner ses petits pois dans son assiette en réfléchissait au problème. Peut-être que savoir comment Voldemort est devenu immortel n'est pas si important. Ça n'affecte probablement pas ta stratégie, donc Dumbledore ne veut pas que ça puisse te distraire.

— Je serais bien moins distrait s'il me le disait, fit remarquer Harry. D'ailleurs, je sais qu'il y a quelque chose d'important qu'il n'explicite pas. Je le sens et je dois savoir ce que c'est avant d'avoir à affronter Voldemort.

— Si Dumbledore ne veut pas te le dire, nous savons où nous pouvons le découvrir, dit Ron, les recherches de Jedusor sont dans cette fichue maison au Pays de Galles.

Harry secoua la tête. Il se souvenait de ce qui avait failli arriver à Rogue la dernière fois qu'il était parti seul de son côté.

— J'ai promis à Dumbledore de ne pas chercher davantage. Je ne peux pas briser une nouvelle fois la promesse que je lui ai faite.

— Peut-être pas, mais moi je ne lui ai rien promis.

Harry, Hermione et Ginny dévisagèrent Ron avec surprise.

— Ron, tu ne peux pas retourner là-bas tout seul ! Hermione avait l'air totalement horrifiée.

— Pourquoi pas ? Je suis un Sang-Pur. Les Détraqueurs de Lawrence ne s'en prendront pas à moi et Lawrence lui-même ne présente pas la moindre menace.

— Tu ne peux pas être certain que ces Détraqueurs ne t'attaqueront pas et rien ne te dit qu'il n'y a pas d'autres choses qui rôdent dans les parages. De plus, il y a des tas de recherches. Même si tu savais quoi chercher, il te faudrait des jours pour trouver.

— Mais je n'aurais pas à tout lire. Je pourrais simplement tout mettre dans un sac et le ramener à la Cabane Hurlante pour vous laisser faire le tri.

— C'est quand même trop dangereux, dit Hermione avec insistance.

— Je ne pense pas qu'on ait à aller aussi loin, du moins pas tout de suite, dit Harry avant qu'une dispute n'éclate réellement entre Ron et Hermione.

Ron secoua la tête avec impatience.

— Mais si Dumbledore ne te dit pas -

— Je suis sûre qu'il finira par le faire, le coupa Hermione.

— Mais s'il ne sait pas vraiment, en fin de compte ? dit Ginny à voix basse. Et s'il ne sait pas exactement ce que Voldemort a fait pour devenir immortel, ni même comment précisément tu peux le battre, Harry ?

— Tu crois qu'il me ment ? demanda Harry, incrédule.

— Non ! Ce n'est pas ce que je veux dire. Je pense juste qu'il se base peut-être plus sur l'intuition que sur de vraies connaissances.

— Plus comme une supposition guidée par une série d'observations, dit Hermione, hochant lentement la tête. C'est possible. C'est peut-être la raison pour laquelle il est si réservé avec toi, Harry.

Harry fronça les sourcils. Dumbledore croyait beaucoup à l'instinct, Harry le savait, mais tout de même.

— J'aimerais penser que Dumbledore se base sur quelque chose d'un peu plus concret que son intuition et ses suppositions.

— C'est pourquoi je pense qu'on doit le découvrir nous-même, dit Ron. Je peux aller au Pays de Galles et être de retour en moins d'une heure, Harry.

Harry se mordit la lèvre. Il voulait terriblement connaître le secret enfoui dans les recherches de Jedusor, mais il ne pouvait pas briser la promesse qu'il avait faite à Dumbledore, et il n'allait pas se mentir à lui-même en prétendant qu'envoyer Ron n'était pas contraire aux ordres du vieux sorcier.

— Je ne peux pas te laisser faire ça, Ron. Si quelque chose devait arriver et que Voldemort le découvrait, ça pourrait être un désastre.

— Alors qu'est-ce que tu vas faire ? Tu as dit toi-même qu'il fallait que tu saches à quoi t'attendre avant d'affronter Voldemort. Combien de temps vas-tu attendre que Dumbledore te le dise ? Et qu'arrivera-t-il s'il ne le fait jamais clairement ? Tu vas regarder dans une des boules de cristal de Trelawney et espérer que "Le Troisième Œil" te montre la réponse ?

— Attends une minute, dit Harry. C'est ça !

Ron regarda Harry, effaré.

— Je plaisantais ! Trelawney est une escroc ! Tu le sais très bien.

— Pas Trelawney, dit Harry, secouant la tête avec impatience tout en se levant de table. Venez. J'ai une idée.

Harry guida rapidement Ron, Hermione et Ginny à la Tour de Gryffondor et à son dortoir. Il alla directement à sa valise, trouva ses robes habillées et retira un petit flacon en cristal d'une de ses poches.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Ginny.

— Solution Clarifiante, dit Harry, levant le flacon au niveau de ses yeux pour l'examiner.

Hermione eut un hoquet de surprise.

— Solution Clarifiante ? Elle s'avança et observa le flacon de plus prêt. Où as-tu eu ça ?

— Je l'ai préparée avec Rogue cet été.

— Qu'est-ce que la Solution Clarifiante ? demanda Ginny. Je ne crois pas qu'on l'ait déjà fait en Potions.

De manière prévisible, Hermione connaissait la réponse, et Ron avait l'air perplexe.

— Elle est préparée spécifiquement pour un individu en ajoutant quelques gouttes de sang à la solution de base. Quand la personne pour qui la solution a été préparée la boit, elle reçoit un flash momentané de lucidité : un instant de clarté où la réponse à son plus grand besoin est révélée.

— Tu veux dire que cette potion pourrait te dire ce que tu as besoin de savoir pour vaincre Voldemort ? demanda Ron, l'air réellement impressionné.

— Ça pourrait aider en tout cas, répondit Harry.

— Tu ne peux pas savoir, Harry, dit Hermione avec inquiétude. Il faut faire attention avec ça. Les gens qui en ont pris ont souvent obtenu des résultats perturbants.

— Hermione, je ne vois rien de plus perturbant que de devoir affronter le mage noir le plus puissant du monde, qui se trouve être également immortel, dit Harry. D'ailleurs, qu'est-ce qui pourrait être plus important pour moi que de découvrir comment vaincre Voldemort ?

Harry décapsula le flacon et avala son contenu. L'effet fut instantané. Il sentit une intense euphorie et avec elle, vint une soudaine réalisation. Bien sûr ! Comment avait-il pu oublier ?

Le moment s'écoula aussi rapidement qu'il était arrivé et l'euphorie disparut. Harry fronça les sourcils.

— Alors ? demanda Hermione. Ça a fonctionné ?

— Je - je ne suis pas sûr, dit Harry, incertain.

— Qu'est-ce que tu as découvert ? demanda Ron.

Harry regarda les visages expectants de ses amis et se sentit désolé.

— Je sais où j'avais déjà lu des choses au sujet de la Tentacula Piqueuse.

Les autres le dévisagèrent en silence.

— Tu es sûr de l'avoir préparée correctement ? demanda Ron.

— Bien sûr que oui ! dit Harry, indigné, se retournant pour faire les cent pas dans la pièce.

— Très bien. Pas la peine de t'énerver.

Harry inspira profondément et se retourna pour regarder Ron.

— Je suis désolé. Je pensais juste que je découvrirais quelque chose d'utile.

Harry lança un regard noir au flacon de cristal vide dans sa main, il avait l'impression d'avoir été trahi.

— Et où avais-tu déjà lu quelque chose au sujet de la Tentacula Piqueuse ? demanda Ginny.

Harry fit un geste négligeant en direction de sa valise.

— Dans une des lettres de ma mère. Il y en avait pas mal dans les affaires que ma tante m'a envoyées. Je n'en ai lu que quelques-unes dans le Poudlard Express.

— Montre-nous.

Harry leva les yeux vers Ginny, surpris, mais elle était apparemment sérieuse, donc il reposa le flacon et alla fouiller une nouvelle fois dans sa valise. Il sortit la vieille boite abîmée renfermant les affaires de sa mère, alla à la pêche aux lettres éparpillées dans toute la boite et les feuilleta.

— La voilà.

Il commença à la lire à voix haute et les autres s'approchèrent pour lire par-dessus son épaule.

Evans,

J'ai trouvé le livre dont je te parlais et j'avais raison. Le venin de la Tentacula Piqueuse est un des rares poisons qui ne peut pas être traité par un bézoard, mais le livre ne dit pas vraiment pourquoi. Peut-être que c'est parce qu'elle est mi-plante, mi-créature. Elle est vraiment dangereuse aussi – bien plus que sa cousine la Tentacula Vénéneuse. J'ai un livre sur les plantes et animaux exotiques qui explique tout à son sujet. La poison te tuerait bien sûr, mais ce n'est pas vraiment le pire. Elle sème des petites spores sous la peau lorsqu'elle attaque et celles-ci se développent extraordinairement vite. Si elles ne sont pas détruites, elles germeront en de nouvelles plantes, transperçant la peau en une question de minutes. Les plantes continueront à croître en se nourrissant de leur victime. Je ne vois pas de pire manière de mourir.

SR

— Réjouissant comme lettre, dit Ron.

— Harry, tu vas bien ? demanda Ginny.

Harry ne répondit pas. Il avait toujours les yeux rivés sur la lettre.

— Tu n'aurais peut-être pas dû lire ça, dit Hermione. Après ce que tu as traversé - Harry, qu'est-ce que tu fais ?

Harry posa brutalement les lettres de sa mère et se remit à retourner sa valise. Il en sortit un petit tas de papiers, le feuilleta et en sélectionna un. Puis il reprit la lettre de sa mère et plaça les deux feuilles côte à côte.

— Je n'y crois pas.

— Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda Hermione.

— Ça vient de Rogue.

— Quoi ? dit Ginny.

— La lettre de ma mère - c'est Rogue qui l'a écrite !

— Tu te fous de nous, dit Ron.

— Je suis sérieux. Regarde. Ça, ce sont les lettres que Rogue m'a envoyées à Noël quand j'étais au Terrier. L'écriture est la même que celle de la lettre de ma mère. Et regarde les signatures. Elles sont identiques !

C'était vrai. Les deux lettres étaient signées d'un petit et reconnaissable "SR", clairement de la même main. En fait, c'était la signature qui avait attiré l'attention d'Harry dans la lettre de sa mère et lui avait fait comprendre qui en était l'expéditeur.

— Vous savez, quand on y pense, c'est vrai que c'est le genre de lettre que Rogue pourrait écrire, dit Ron.

— Mais que faisait-il à écrire à ma mère ?

— Il dit juste-là qu'il a trouvé un livre au sujet d'une chose dont ils discutaient, fit remarquer Hermione.

Ron hocha la tête.

— Ils devaient avoir des avis différents là-dessus et Rogue voulait écrire à ta mère pour se vanter d'avoir raison.

— Mais si c'est vrai, dit Hermione lentement. Si c'est tout ce que c'était, alors pourquoi la Solution Clarifiante a-t-elle déterminé que c'était la chose la plus importante qu'Harry devait découvrir ?

Ils se regardèrent tous les quatre, puis, comme un seul homme, ils se retournèrent vers les tas de lettres de la boîte.

Ressentant une terreur qu'il n'aurait su expliquer, Harry reposa les lettres qu'il avait dans les mains et retira les autres de la boîte. Il mit un tas dans les mains de chacun de ses amis et en prit un lui même.

— Voyons ça.

Ils commencèrent à fouiller les lettres et il ne fallut pas longtemps pour que Ginny prenne la parole.

— J'en ai une. On dirait plusieurs notes écrites sur la même page. Elle la lut à voix haute.

Y a-t-il une chose que tu ne sais pas sur les Forces du Mal ? - LE

Non. - SR

Modeste également, je vois.

Ne demande pas si tu ne veux pas savoir.

Ron secoua la tête.

— N'a-t-il jamais été autre chose qu'un abruti arrogant ?

— J'en ai une autre, dit Hermione quelques instants plus tard.

Evans,

Encore merci de m'avoir invité chez toi. Je suis ravi que ta fouineuse de petite sœur ait fait un cauchemar. Ça lui apprendra à nous écouter en douce ! On aurait dû lui glisser une potion pour lui teindre les cheveux en vert. Mais j'imagine que tu aurais eu des problèmes pour ça. Ça pourrait en valoir la peine tout de même. Humm, peut-être quelque chose de moins évident, comme une potion pour lui donner de l'acné. Il va falloir que j'y réfléchisse.

SR

— Et voilà la suite. On dirait que celle-ci était de ta mère Harry, et Rogue a seulement ajouté une note en bas.

Severus,

Cette recette pour la potion acné a parfaitement fonctionné ! Pétunia est en train de pleurer dans sa chambre en ce moment parce qu'elle va à un bal demain et a désormais un bouton sur le bout du nez. C'est débile si tu me demandes mon avis, mais j'imagine que je lui donnerai quand même l'antidote ce soir.

Lily

— A la fin, Rogue a juste écrit "Gryffondors !".

Ils continuèrent ainsi pendant plus d'une demie heure. La plupart des lettres ne contenaient que quelques lignes même si certaines s'étalaient sur plusieurs pages, quand Rogue s'attardait à discuter d'une potion ou d'un sort qui avait captivé son intérêt. Harry pouvait presque entendre l'enthousiasme dans la voix du garçon, et une ou deux fois, il dut combattre une envie de sourire.

En passant d'un été à un autre, les lettres devenaient de plus en plus élaborées. Moqueries et farces d'enfants laissaient place à des distractions plus sages.

Une en particulier fit réfléchir Harry :

Ces idiots que Dumbledore persiste à embaucher sont une disgrâce ! J'en savais deux fois plus que cet idiot, Garret, en première année. On a besoin de quelqu'un qui sait de quoi il parle et n'a pas peur de nous enseigner le pire. Après tout, si nous ne savons pas ce que sont les Forces du Mal, je ne vois pas comment on peut apprendre à s'en défendre.

SR

Ils avaient presque terminé le dernier tas quand Hermione dit :

— Il y en une autre.

Evans,

Je suis en fait content de vivre dans le monde Moldu. Qui veut vivre au milieu d'une guerre ? Je lis la Gazette du Sorcier également, et les choses ne font qu'empirer chaque jour...

Hermione hésita, se mordant les lèvres en parcourant le reste de la lettre.

— Continue, pressa Harry. Lis la fin.

Hermione lui lança un regard désolé et continua.

Je sais que tu penses qu'il serait noble d'essayer de sauver le monde quand on aura quitté Poudlard, mais j'ai entendu mes camarades de maison murmurer. Je sais que Tu-Sais-Qui est capable de bien plus de choses que tu ne le penses, et crois-moi Lily, tu ne veux pas te trouver en travers de leur route, que ce soit lui ou ses Mangemorts. Reste en dehors de son combat. La seule chose qui pourrait arriver serait que tu te fasses tuer.

SR

— C'est la dernière, chuchota Hermione.

Harry regarda la pile de lettres qu'ils avaient triées. Il devait y en avoir un bon paquet au total. En silence, il les regroupa, en fit une belle pile et jeta un coup d'œil à l'horloge. L'heure de retrouver Rogue pour leur session était passée depuis longtemps, mais il ne se souciait pas vraiment qu'il soit en colère contre lui.

— Je reviens dans un moment.

Harry quitta son dortoir et se dirigea vers les donjons et avec chaque pas qu'il faisait, il sentait sa colère doubler. Il l'avait appelée "Lily". Il était allé chez elle et avait plaisanté sur Pétunia et son sale caractère avec elle. Ils avaient été amis, et pourtant, Rogue ne l'avait jamais laissé entendre à Harry. Il avait une liste infinie de reproches à James Potter qu'il n'avait jamais hésité à balancer au visage d'Harry. Mais apparemment, c'était trop demander que de garder un mot gentil pour la jeune fille qui avait été son amie d'enfance ?

Harry arriva au bureau de Rogue, et frappa sèchement à la porte puis entra dans la pièce sans attendre de réponse. Rogue était assis à son bureau et leva les yeux pour lancer une remarque sarcastique à Harry.

— C'est sympa de vous montrer, Potter. Puisque je vous fais une grande faveur en acceptant de laisser ces sessions continuer, on aurait pu penser que vous seriez au moins à l'heure. Mais encore une fois, vous ne vous êtes jamais embarrassé de respect ou de gratitude envers autrui.

Harry ignora la critique de Rogue et lui mit le tas de lettres sous le nez.

— Ça vous dérangerait de m'expliquer ça ?

Rogue fronça les sourcils, visiblement perplexe.

— Quoi ?

Ça ! dit Harry, désignant les lettres qu'il posa brusquement sur le bureau. Il déplia la première et la lui tendit.

— Allez-y, lisez-la.

Rogue détacha son regard stupéfait d'Harry et le posa sur la lettre. Son expression passa de l'étonnement et de l'outrage à l'incrédulité. Il prit la lettre des mains d'Harry et passa délicatement ses doigts sur la page.

— Où avez-vous eu ceci ? demanda Rogue dans un murmure presque respectueux.

— Elles étaient dans les effets personnels de ma mère. Ma tante me les a envoyés. Harry attendit, mais Rogue ne dit rien. Il continuait de fixer la lettre, et semblait avoir même oublié la présence d'Harry. Professeur !

Rogue leva les yeux avec irritation.

— Quoi ?

— Pourquoi écriviez-vous à ma mère ?

— Il me semble que ce ne sont pas vos affaires. Cependant, vous les avez sûrement lues. Il s'agit de l'humble discours de deux enfants. Qu'est-ce qui, précisément, échappe à votre compréhension ?

— Je les comprends très bien. Ce que je ne comprends pas est comment vous et ma mère avez pu devenir de si bons amis.

Harry était certain que Rogue avait tressailli à ses mots, mais sa voix ne trahissait pas le moindre mal aise quand il parla.

— Votre mère et moi étions de loin les meilleurs élèves en Potions de notre année. Nous étions généralement partenaires en cours et avons découvert que nous n'habitions qu'à quelques kilomètres. Par conséquent, nous avons décidé de rester en contact durant les vacances d'été, pour approfondir notre travail scolaire.

Harry regarda Rogue durement.

— Vous aviez douze ans. Même vous ne pouviez pas "approfondir votre travail scolaire" à cet âge, et je suis certain que ma mère non plus. Vous étiez amis.

— Nous étions des connaissances et j'ai dû mal à voir le crime que j'ai commis. Voudriez-vous interdire à un enfant de correspondre avec ses camarades de classe ?

— Bien sûr que non ! Je ne comprends simplement pas pourquoi vous êtes assis là, à essayer de prétendre que vous la connaissiez à peine ? Vous avez raison : j'ai lu ces lettres et elles n'ont pas été écrites par des "connaissances" motivées par le simple fait d'avoir des bonnes notes en cours. Vous lui avez écrit toutes les semaines pendant plusieurs étés ! Vous êtes allé chez elle.

Rogue frappa la lettre contre le bureau en la reposant et se leva.

— C'était il y a plus de vingt ans ! Quelle importance ?

— C'est important pour moi parce que tout le monde est toujours prêt à me parler de mon père, mais personne ne m'a jamais dit un mot au sujet de ma mère. Je ne sais presque rien sur elle. Ma tante refuse même de prononcer son nom !

— Pétunia, cracha Rogue. Cette - Il s'arrêta subitement, mais pas assez vite.

— Oh, oui, c'est vrai, vous connaissez ma tante également ? demanda Harry avec sarcasme. Vous lui avez refilé une bonne acné une fois, pas vrai ?

Rogue soupira.

— Comme vous l'avez fait remarquer, Potter, j'ai rendu visite à votre mère chez elle. Il était improbable que j'aie alors la chance d'éviter sa sœur, du fait que cette misérable gamine était constamment en train de nous espionner. La potion que j'ai concoctée pour votre mère n'était qu'une réponse à ses actes, croyez-moi.

— Vous n'avez pas à m'en convaincre, Professeur, et je ne vous demande pas de vous justifier. C'est juste que je ne comprends pas pourquoi vous ne m'avez jamais dit que vous étiez amis.

Le tressaillement fut immanquable cette fois-ci.

— Potter, si vous voulez savoir des choses sur votre mère, demandez à Lupin. Ils étaient amis. Je ne suis pas la personne avec qui vous devriez avoir cette conversation.

— Eh bien, la Solution Clarifiante n'est pas de votre avis.

— Quoi ?

— Je l'ai prise il y a une heure et c'est ici qu'elle m'a mené.

Rogue ferma les yeux et se pinça brièvement l'arête du nez.

— Potter, je vous ai dit de faire attention avec ça !

— Je croyais que je faisais attention. Je m'attendais à ce qu'elle m'aide à trouver un moyen de vaincre Voldemort, mais apparemment, il est plus important pour moi de comprendre pourquoi vous et ma mère étiez amis.

Rogue se détourna, une expression peinée sur le visage. Mais Harry n'entendait pas reculer.

— N'y a-t-il rien que vous pourriez me dire ? dit-il calmement. Vous la connaissiez. Je n'ai jamais pu.

Rogue ferma les yeux, puis les rouvrit et se retourna pour regarder Harry.

— Nous étions amis parce votre mère était amie avec presque tous nos camarades de classe. Elle était brillante, populaire, extravertie. Elle était gentille avec tout le monde. Rogue détourna les yeux. Même avec moi. Elle était la seule réelle amie que je n'ai jamais eue.

— Les lettres se sont arrêtées après votre quatrième année. Qu'est-il arrivé ?

Rogue secoua la tête avec dégoût.

— Je me suis associé à un groupe de mes camarades de maison qui étaient moins que sympathiques envers les Nés-Moldu.

— Les futurs Mangemorts, devina Harry. Mais pourquoi ? Vous êtes un Sang-Mêlé. Je sais que vous vous fichiez des politiques de Sang-Pur. Pourquoi devenir ami avec eux ?

La bouche de Rogue se convulsa en un sourire amer.

— Vous voulez vraiment le savoir ? Je vous laisse une chance de deviner.

Harry eut un soupçon horrible et sentit son cœur plonger dans sa poitrine.

— A cause de mon père ?

— Pour être protégé de votre père, oui. Durant mes premières années à Poudlard, je pouvais me défendre contre lui et ses amis. Je connaissais bien plus de sortilèges qu'eux. Mais ni votre père, ni Black, n'était stupide. En quatrième année, ils pouvaient me battre. En cinquième année, j'avais commencé à apprendre mes propres sorts pour me défendre contre eux, juste pour rester au niveau. Je les écrivais dans mon livre de Potions que j'avais toujours avec moi, mais ce petit fouineur de Pettigrew a vu mes notes et l'a dit à ses amis.

— Un samedi après le déjeuner, alors que j'allais à la bibliothèque, lui, votre père et Black, m'attendaient dans un couloir désert. Rogue renifla avec dégoût à ce souvenir. Ils ne m'ont même pas jeté de sort. Ils m'ont juste attrapé, m'ont pris mes livres et ma baguette et m'ont enfermé dans un placard à balai. Ils ont jeté un sortilège d'insonorisation dessus pour que personne ne m'entende appeler à l'aide et m'ont laissé là. Ils ne sont revenus me chercher que le matin suivant.

Harry haleta.

— C'est impossible. Vous ne pouvez pas avoir disparu aussi longtemps. Quelqu'un aurait fini par le remarquer et l'aurait dit aux professeurs.

— Je suis resté dans ce placard pendant dix-neuf heures, Potter et non, personne n'a remarqué mon absence au dîner, ni le fait que personne n'avait dormi dans mon lit. Vous ne comprenez pas ? Personne ne l'a remarqué parce que tout le monde se fichait éperdument de moi.

Harry fixa Rogue. Il se trouvait que oui, il comprenait ce que c'était de ne pas être remarqué. Étant enfant, il avait été soigneusement ignoré par son oncle et sa tante, toujours heureux de prétendre qu'il n'existait pas. Tout cela avait changé quand il était arrivé à Poudlard, mais il se demandait désormais ce que sa vie aurait été dans le cas contraire - ce qu'avait due être la vie de Rogue.

— Bien entendu, votre père a trouvé la plaisanterie excellente, continua Rogue, amèrement. Il a ri et a dit que j'avais de la chance, que je n'avais pas besoin de Cape d'Invisibilité pour traîner dans les couloirs parce que j'étais déjà invisible aux yeux de tout le monde. Lui et ses amis n'ont même pas eu de retenue pour ce qu'ils ont fait, parce que naturellement, personne ne le savait et que si je l'avais signalé, ça aurait été ma parole contre la leur.

— Mais le pire dans tout cela restera le sourire de votre père quand il m'a rendu mon livre de Potions. Il m'a dit qu'il avait eu bien assez de temps pour apprendre mes sortilèges. Si j'avais le moindre doute à ce sujet, il a été immédiatement discrédité le lendemain, quand il a utilisé mon charme Levicorpus sur un garçon de première année qui les avait bousculés dans les couloirs. Il se tenait là, dans la lumière, comme toujours, à s'attribuer le mérite de mon travail pendant que tout le monde louait son intelligence.

— Mais j'ai appris une bonne leçon durant mon long et inconfortable emprisonnement dans ce placard. J'ai compris que j'avais besoin de quelqu'un pour surveiller mes arrières, de la même façon que les amis de votre père surveillaient les siennes. Une fois ma décision prise, le cours d'action à suivre était évident. Il y avait certains Serpentards qui avaient été très clair avec moi, disant admirer mes vastes connaissances sur les Forces du Mal et étant prêt à m'accueillir dans leurs rangs. Ils ne faisaient aucun secret de leur préjugé de Sang-Pur, mais ils ne les affichaient pas non plus à cette époque et je ne pensais pas que ce serait un problème. Inutile de le préciser, j'avais tort.

— Au début, j'ai essayé de maintenir mes liens avec le groupe parallèlement à mon amitié avec votre mère, mes les deux parties me causaient des problèmes pour mes loyautés contradictoires. Je ne voulais en abandonner aucun des deux. Lily avait gagné ma confiance et mon respect, mais, bien que je ne pouvais pas qualifier d' "ami" un seul des mes compagnons de Serpentard, quand j'étais avec eux, votre père n'osait pas me jeter de sort, ni même m'insulter.

— Au final, tout s'est conclu une après-midi après nos BUSE de Défense. J'imagine que je n'ai pas à vous la rappeler.

— Non, murmura Harry.

— J'ai choisi ma route ce jour-là et votre mère et moi n'avons plus jamais parlé en dehors des cours après cela. Deux années plus tard, mes camarades et moi sommes devenus des Mangemorts.

Harry fixa Rogue, incapable de trouver quelque chose à dire. Il se sentait malade.

— Maintenant, Mr. Potter, dit Rogue. Si vous n'avez pas d'autres envies de vous immiscer dans mon passé, j'ai des choses à faire.

Harry hocha la tête et quitta le bureau sans un autre mot. En marchant, il essayait de se dire que tout avait été de la faute de Rogue. Il avait fait le choix de se lier aux Sang-Pur fanatiques de Serpentard. Il avait pris la décision de devenir un Mangemort. Pourtant, même si Rogue avait choisi sa route, Harry ne pouvait pas prétendre que son père ne l'y avait pas poussé. Si c'était un choix entre être constamment la cible d'un groupe de brutes qui l'attaquaient à trois contre un, et se retourner vers les pires éléments de Serpentard pour y trouver une protection, pouvait-il vraiment en vouloir à Rogue d'avoir choisi ses camarades de maison ? Le pire de tout était cependant qu'Harry comprenait parfaitement pourquoi Rogue détestait James Potter et il se demandait si son père s'était jamais rendu compte que ses agressions à répétition avaient fait de Rogue exactement ce qu'il le croyait être : un Mangemort.