Blabla du 27/05/2010 : Yep yep ! Je vous poste ce chapitre avec comme un peu de regret. Encore une fois, je vous avais promis monts et merveilles concernant son contenu, et encore une fois mon texte s'est tellement développé que je n'ai pas pu faire rentrer l'intégralité du chapitre dans... le chapitre. Mais comme vous pouvez voir, ceci est le -1-, ce qui appelle un -2- qui ne saurait tarder. Enfin je dis ça, mais lundi je reprends l'animation, jusqu'en fin juin, et en rentrant chez moi le week-end, donc je profiterai de ces petites escales pour vous pondre les deux ou trois derniers chapitres du Tome. Par ailleurs, pour ceux et celles qui ne connaissent pas, je ne saurais que vous conseiller l'auteur Ashkelm et ses Chroniques de Margaret dont je me suis librement inspirée pour mes propres chroniques. De plus, il fait quelques clins d'oeil à ma fic dans la sienne, et je ne manquerai pas d'en faire autant lors des prochains tomes. (Et puis surtout, il me fait de la pub auprès de ses lectrices, héhé !) sinon, en ce qui concerne les Chroniques de Maeva, je pars travailler un mois sur les classes vertes, et le garçon super mignon dont je vous parlais sera également de la partie. Il passe même sûrement la nuit de dimanche chez moi, puisque nous partons du même point lundi ! Yahu ! Pardonnez-moi de m'épancher ainsi, et si vous même avez envie de me faire partager des petites confidences ou anecdotes, je serai une oreille formidable, promis ! Sinon, remerciements au gratin habituel : Umbris, Caramelise, Victoria, Ashkelm, et place aux RAR :

Audace : Je suis très contente que tu ais lu mes Chroniques, ça me donne un nouvel avis, un peu plus extérieur puisque tu as tout lu d'un coup. Concernant les Qafettes, dippet (l'abruti) et tout, tu verras par toi-même durant le tome III mais les histoires d'ex Qafettes devraient prendre beaucoup moins de place que dans ce tome. J'ai suivi ton conseil, et ai arrêté les points virgules, mais merlin que c'est dur ! en tous cas, j'espère que ce chapitre te plaira ! Bisous !

Natsuki : Moi non plus je ne vois pas Minerva en petite femme serviable. D'ailleurs, elle ne le sera pas, mais tu t'en doutes certainement !


LA BROCHE, LA MALLETTE ET LES ATOUTS (1)

Le mois de juin débuta avec pour maître mot les révisions. Toute l'agitation à propos du Q.A.F, du Quidditch, et de tout ce qui fait le divertissement à Poudlard, retomba comme un soufflet. Le château était calme, de jour comme de nuit. Ceux qui passaient leurs BUSES ou leurs ASPICS ne montraient plus le bout de leurs nez en dehors des cours et des repas, et les autres, quoiqu'un peu moins impliqués, révisaient néanmoins avec beaucoup de sérieux les examens qui définiraient s'ils revenaient à Poudlard l'an suivant. Cette atmosphère studieuse tranchait agréablement avec l'agitation qui régnait le reste du temps dans le château, et même le samedi et le dimanche devenaient les jours de prédilection pour réviser. Les professeurs n'avaient plus que ce mot là à la bouche, et exhortaient les élèves à revoir tout le programme de l'année. Les cours étaient incroyablement calmes et silencieux. Ce qui rendait mes conversations avec Jedusor bien plus difficiles, d'autant plus que nous étions nous aussi touchés en partie par cette frénésie des révisions. Enfin, mon binôme, vraiment en partie.

- Pourquoi est-ce que je me casserais la tête à réapprendre tout ce que je sais déjà, lâcha-t-il avec dédain.

- Pour tout connaître sur le bout des doigts.

Il me jeta un regard dégoûté.

- Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi. D'ailleurs, tu n'as pas besoin non plus de toutes ces heures de révisions que tout le monde s'impose.

Il balaya la classe d'un œil moqueur, et persifla :

- Voila : une équipe d'imbéciles nous mettent la pression, et toute l'école fonce tête baissée et se plonge corps et âme dans des hypothétiques révisions, comme s'il s'agissait de l'examen de leur vie. Quelles que soient nos performances, nous serons tous admis en troisième année c'est à se demander si les profs prennent le temps de lire nos copies.

- Ce n'est pas plus mal que la classe revoie tout le programme au moins, personne ne nous ralentira pendant les cours, l'année prochaine.

Il me jaugea un instant de son regard sombre, avant de hocher la tête. Puis il dit :

- Tu es au point sur la pratique des sorts ?

- Hmmm, répliquai-je, ce qui laissait entendre ce qu'il voulait.

- Ce soir après le repas, dans la salle du 7eme étage, entre Binômes. Et on verra si ta magie est toujours aussi « enflammée ».

Quand j'annonçai à Artémis mon planning de la soirée, elle fit une drôle de tête. J'ajoutai précautionneusement :

- Je ne veux pas savoir ce qu'il se passe entre Jedusor et toi, mais moi ce n'est que mon Binôme. Rien d'autre.

Et je filai jusqu'à la salle secrète. Lui qui venait de blâmer les autres élèves parce qu'ils révisaient l'intégralité du programme, nous fit refaire tous les sortilèges de notre seconde année. Bien sûr, cela prit plusieurs soirées, mais je n'en n'étais pas déçue. Et Jedusor, même s'il avait souvent une longueur d'avance sur moi, se laissait parfois surprendre par la force incontrôlable de mes sorts, ce qui me faisait beaucoup rire. Un soir, particulièrement contrarié, il m'interrogea :

- Est-ce que tu sais quelque chose à propos de la Mallette d'ébène ?

Je frémis et affrontai son regard noir.

- Hmm… Non, pas vraiment. Pourquoi ?

Il me sonda avec méfiance, comme pour juger de ce qu'il pouvait me dire.

- Caliste en est obsédée, sans que je ne sache de quoi il s'agit. Et cette ignorance me dérange. Je sais qu'il va se passer quelque chose à propos de cette Mallette, d'ici peu de temps, et avant de m'y impliquer j'aimerais savoir ce que c'est.

- Tu comptes t'impliquer dans l'affaire de la Mallette, m'écriai-je sans réfléchir.

Il haussa un sourcil faussement étonné, et ricana, l'air supérieur :

- Je me disais bien que tu étais au courant de quelque chose.

Il avait raison : seule une personne concernée pouvait réagir aussi vivement.

- Je ne peux rien te dire à propos de la Mallette.

Un petit sourire méprisant lui étira le coin des lèvres.

- Même si tu avais, comme qui dirait, un intérêt à me mettre dans l'histoire ?

- Que veux-tu dire ?

- En échange de tes informations, je pourrai te prévenir de où et quand se passera ce qu'attend Caliste.

Je m'accordai une petite seconde de réflexion avant de rétorquer fermement :

- Non merci. Pour ma part, je n'ai aucune envie d'être impliquée là dedans.

Même si la tentation était grande. Il lâcha, doucement :

- Si tu as peur de me mettre dans le secret, détrompes-toi. Information, ou non, je me rendrai au « rendez-vous » avec Caliste, et lorsqu'elle sera au pied du mur, elle sera bien forcée de m'apprendre tout ce que je désire.

– Tant mieux pour toi.

Son regard se fit glacial, et d'un bond, il descendit de la table où il s'était assis.

– Comme tu veux. Bonne nuit.

Et d'une démarche furieuse, il quitta notre salle secrète. Jedusor et sa susceptibilité. Il ne tolérait pas qu'on puisse lui refuser quoique ce soit. Ce soir là, en rentrant au dortoir, je fouillai sous mon lit et retrouvai la Broche Bestiale, jetée à cet endroit quelques mois auparavant, lors d'une dispute avec Artémis. D'un coup de baguette, j'allumai une petite bougie et m'assis sur le matelas, le bijou dans les mains.

– Que fais-tu ?

Je sursautai. Ce n'était qu'Artémis, les yeux ensommeillés, qui me regardait depuis son oreiller.

– Chuuut, lui intimai-je en dissimulant la Broche sous mes draps. Si quelqu'un apprenait que c'est moi qui l'ai…

– Pff, Min' personne ne sait ce que c'est. Tu as trouvé comment elle fonctionne ?

– Non. Et je n'en n'ai pas tellement envie.

Elle se redressa dans ses couvertures, et balança ses jambes en dehors du lit en baillant.

– Moi ça m'intrigue. Autant que de savoir ce que sont les Atouts. Et qui a volé la Mallette.

– Tout est lié. Toutes ces réponses viendront certainement en même temps. Moi j'aimerais savoir ce qui va se passer quand la Panthère donnera le feu vert à Caliste pour récupérer la Mallette.

Je pensais à la proposition de Jedusor. C'était une grande tentation que de pouvoir assister à la rencontre entre Nott et la Panthère. J'en parlai à Artémis, sachant qu'elle ne me serait d'aucun secours pour résister à cette tentation. Comme je m'en doutai, elle s'exclama d'une voix qui menaçait de réveiller les filles :

– Flûte, Min', tu te rends compte de cette opportunité ? C'est l'occasion ou jamais de tout savoir !

– Je ne crois pas que ce soit à prendre à la légère, répliquai-je, hésitante.

A présent complètement éveillée, Artémis bondit sur mon lit et brandit la Broche Bestiale sous mon nez.

– Nom de nom, tu sais qu'avec ça, nous on pourrait ouvrir la Mallette ? Et prendre les Atouts !

– Sans savoir dans quoi on s'embarque. Liv nous a dit que les Atouts sont dangereux.

– Elle a dit pareil voire pire de la Broche, et pourtant quand elle te l'a filé, elle n'a pas eu l'air d'avoir trop de problèmes de conscience. Non, je te le dis, Min', Liv dramatise tout.

Je baissai les yeux sur la Broche. Effectivement, à part les griffes acérées du chat bondissant, elle n'était pas bien inquiétante et jamais encore ne m'avait causé du tort. Mais il était certainement trop tôt pour juger. Je ne savais même pas m'en servir, en admettant qu'elle ait des propriétés spéciales.

– Elle aurait pu me l'offrir avec le mode d'emploi, grognai-je en désignant la Broche. Pour le moment, rien de ce que Liv m'a annoncé ne s'est passé.

Artémis saisit la perche au vol :

– C'est une fanatique. Elle exagère tout. Je suis sûre que même les Atouts ne sont au final pas grand-chose.

– Et toi t'es une maligne, tu me donnerais tous les arguments au monde pour parvenir à tes fins.

Nous nous regardâmes en souriant. Elle savait que je commençais à trop bien la connaître.

– Alors, s'enquit-elle. Tu vas accepter le marché de Tom ?

– Pas pour l'instant.

Ses yeux s'emplirent de déception. Je poursuivis :

– Il faut que j'y réfléchisse. Parce que si j'accepte ce marché, ça veut dire que le soir où on suivra Caliste à son rendez-vous, on aura la Broche, et on ouvrira peut-être la Mallette.

Son visage s'éclaira, avant de devenir songeur. Elle était certainement en train de lister tous ses arguments pour me convaincre de foncer tête baissée. Sacrée Artémis quand elle avait une idée dans la tête, elle ne l'avait, comme on dit, pas ailleurs.

Quelques jours s'écoulèrent sans que nous n'évoquâmes le sujet. C'était en partie parce que nous étions toujours accompagnées de Dolly, Cerena ou des Jumelles, devant lesquelles nous ne pouvions en parler. Pour ma part, je ne songeais qu'à ça. Si j'acceptais la proposition de mon Binôme, cela signifiait que je me rendrai sur les lieux de l'action. Une perspective à la fois attrayante et inquiétante. En résumé : la Panthère faisait venir Caliste pour qu'elle ouvre la Mallette, et pouvoir par cette manipulation récupérer les Atouts Caliste savait qu'elle était incapable dans l'immédiat d'ouvrir la Mallette, mais elle escomptait s'en emparer et moi, en m'immisçant dans cette affaire, quel rôle allai-je tenir ? Soit j'allais supplanter Caliste et ouvrir la Mallette à sa place, et ainsi prendre les Atouts soit, si la Panthère comprenait mes objectifs, elle me ferait ouvrir la Mallette et récupèrerait elle-même les Atouts. Perspective inquiétante, et pourtant, mon désir de m'y jeter allait de paire avec les propos que j'avais tenu à Hadrien quelques temps plus tôt. Ce que je ne lui avais pas dit, c'est que j'avais l'intime conviction d'avoir un destin. C'était stupide, mais de mon âge : je pensais que ma vie n'allait pas se résumer à « mariage », « enfant » et « ménage ». M'emparer des Atouts était comme précipiter un peu les choses être au cœur de l'action. Ce n'étaient pas les mêmes motivations qui agitaient Artémis. Mon amie était une fataliste : elle était sûre et certaine que sa vie ressemblerait au schéma conventionnel, et désirait, par le biais des Atouts, y mettre un peu de piment actuellement. Et puis, bien qu'elle n'en parlait pas, je savais qu'elle désirait plus que tout se venger de Caliste, et du mauvais tour qu'elle lui avait joué durant l'avant dernier numéro des Qafettes. Lui souffler les Atouts sous le nez n'était-il pas une vengeance savoureuse ?

Ces journées d'interrogations ne furent pas des plus agréables, surtout que ne sachant toujours pas quelle décision prendre, j'en devenais obsédée. Il y eut néanmoins un évènement pour me tirer momentanément de ce dilemme ce jour-là après le repas du midi, lorsque je voulus réviser mes cours d'Histoire de la Magie, je me rendis compte que j'avais oublié mon livre sur la rive du lac, la veille. Prévenant Astrée et Cerena que j'allais le chercher en vitesse, et croisant les doigts pour qu'il y soit encore, je courus jusqu'au lieu-dit. Sagement posé sur une pierre, il n'attendait que moi.

– … alors je suis allée le voir, et, et…

Les propos noyés dans des sanglots attirèrent mon attention. Ils venaient de derrière la haie. Je connaissais cette voix féminine. Accroupie, je ne bougeai pas d'un pouce, et écoutai malgré moi.

– Que t'a-t-il dit ?

Cette seconde voix était plus posée, bien que soucieuse. La voix typique d'une amie qui est préoccupée par notre chagrin.

– Il avait l'air sincèrement désolée… (Elle renifla plusieurs fois avant de poursuivre.) Il m'a dit que je suis une chic fille, qu'il a beaucoup d'estime pour moi, mais que…

Elle eut un sanglot un peu plus bruyant que les précédents.

– Que quoi ?

– Que j'ai visiblement mal interprété l'intérêt qu'il me porte… (Nouveau concert de reniflement), il me considère comme une amie, et…

Ses mots s'étranglèrent dans ses pleurs, mais manifestement son amie avait entendu. Elle s'exclama :

– Juste de l'affection ?

– Oui… Il a dit que je suis une amie qui lui est très chère, mais qu'il n'est pas amoureux, et qu'il ne peut pas faire semblant de l'être.

Elle se moucha bruyamment, et termina :

– Et surtout… que son cœur est promis à une autre.

– Ca veut dire qu'il en aime une autre ?

Une véritable douleur était perceptible dans la voix de celle qui répondit :

– Je ne crois pas… j'ai l'impression qu'il évoquait un mariage arrangé…

Passée la surprise, je reconnus immédiatement la voix larmoyante. Judith Duncan. Et elle parlait d'Alaric, cela ne faisait aucun doute. Je m'éloignai à pas-de-loup des deux filles, je ne voulais pas en entendre davantage. En réalité, je ressentais de la compassion à son égard, une compassion paradoxale, une compassion teintée de colère qui n'avait pas de cible. L'hostilité que j'avais éprouvé à l'égard de Judith s'était évanouie. Elle n'y pouvait rien si les choses étaient mal faites. Ce n'était pas de sa faute si elle s'était éprise d'un type promis à une autre, mais ce n'était pas de la mienne si j'allais lui être fiancée. Sans ces stupides conventions, ces mariages arrangés, Judith aurait pu librement s'éprendre d'Alaric, et moi être délivrée de mes « engagements ». La vie, cette injustice. Je me remémorais les propos de mon frère Hadrien : « trouver un compromis satisfaisant ». Mais où pouvait-on trouver un compromis satisfaisant dans cette situation ? Je ne voyais que l'acceptation de ma triste condition. Quelques temps plus tôt, je serais allée me confier à Hadrien, c'était désormais impossible. A ce sujet, en tous cas. Sa morale profondément conventionnelle ne pouvait pas me réconforter. Il restait Firmin.

Je ne le trouvai que durant le dîner, à la table des Serdaigles. Une année plus tôt, j'aurais été incapable de le rejoindre à sa table, trop intimidée par tous ces élèves inconnus. Mais là, les choses avaient changées : la plupart des filles Serdaigles avaient fait partie du Q.A.F, donc la tablée ne me paraissait plus aussi inquiétante qu'autrefois. Je fus surprise de constater que Firmin m'observait déjà lorsque je me levai de ma propre table.

– Je vais dire quelques mots à mon frère, glissai-je à Artémis qui hocha la tête.

Il ne me lâcha pas des yeux jusqu'à ce que j'arrive à ses côtés.

– Que veux-tu ?

Je saluai amicalement les anciennes Qafettes, avant de me tourner un peu moins cordialement vers lui.

– Comment ça, qu'est-ce que je veux ? Il me semble que je peux encore venir te parler.

Il se leva avec raideur, et nous quittâmes la grande salle sans échanger un mot. Parvenus à la porte, et dissimulés des autres par une statue, nous nous arrêtâmes. Il posa un regard froid sur moi.

– Alors ?

Firmin n'était pas exactement le confident rêvé, mais soit, c'était mon frère.

– Hadrien m'a parlé, à propos de mes fiançailles. Le 31 juillet.

– Très bien. Je n'avais aucune envie de m'y coller, répliqua-t-il avec indifférence.

Par désespoir, je m'enflammai :

– On me fiance, et c'est tout ce que ça te fait ?

– Toi, en revanche, ça te rend plus capricieuse que tu ne l'as jamais été.

Son détachement me fit l'effet d'un poison. Mais il rajouta :

– Ecoute-moi. Maman a des intérêts dans ce mariage. Il y a d'une part la noblesse du nom McGonagall, et d'autre part la fortune montante des Keitch, avec leur Compagnie de la Comète. Et ces intérêts, ils sont pour toi, elle n'en profitera pas. Ca ne signifie pas que je m'attends à ce que tu la remercies.

– Je vois, déclarai-je sombrement.

– Hadrien, pour sa part, n'a pas une vision très originale du monde.

– Pas très originale, fais-moi rire.

Son regard se fit plus grave.

– Qui es-tu pour juger, Minerva ? Est-ce toi, l'aînée de la famille ? Est-ce dans tes bras que Maman pleurait parce qu'elle avait à peine de quoi nous nourrir ? Est-ce toi qui a assisté, année après année, au délabrement d'une femme seule, au poids qu'elle portait sur ses épaules, et à sa peine ? Hadrien n'a pas choisi de voir tout cela, mais voila, il était le plus âgé, et Maman avait besoin d'une épaule sur laquelle se reposer. Et je peux comprendre le point de vue que notre frère a développé.

– Je ne savais pas tout cela, soufflai-je.

– Et ça ne change pas grand-chose en ce qui concerne tes fiançailles, ricana-t-il sèchement. En tous cas, tu n'as pas ton mot à dire.

– Merci de me le rappeler.

Il me donna une tape un peu guindée sur l'épaule, que j'interprétai comme fraternelle, puis s'éloigna sans autre forme de cérémonie. Je le rattrapai d'un bond, et interrogeai :

– Et toi, qu'en penses-tu, de mes fiançailles ?

– C'est certainement une bonne chose, pour ta sécurité.

– C'est encore l'histoire qu'Alaric a une fortune avec ses foutus balais, et qu'on aura une vie aisée…

Mais Firmin me coupa, glacial :

– Je ne parle pas de ta sécurité matérielle, petite sotte, mais de ta survie.

Et il me laissa, là, à la porte de la grande salle, trop interloquée pour lui demander des explications. J'étais profondément choquée du ton qu'il avait employé, presque chargé de menaces. Mais je n'eus guère le temps de ruminer cette étrange conversation, car, à peine fus-je dans la salle commune, qu'un bruit à la fenêtre m'alerta. Une petite chouette blanche donnait des coups de bec dans la vitre. Il s'agissait de celle de Liv. Je lui ouvris aussitôt, et détachai prestement le mot accroché à sa patte.

– Laisse la fenêtre ouverte, Min', soupira Heinrich, un peu plus loin. Il fait abominablement chaud, ce soir.

La chouette repartit aussitôt, sans demander son reste.

« M. ce soir, à minuit et demi, j'utiliserai la cheminée de ta salle commune. Veille à ce qu'il ne reste personne dans la pièce. L. »

Elle m'en demandait beaucoup. Je ne pouvais tout de même pas, à minuit quinze, demander aux autres Gryffondors d'aller se coucher ! J'appris par le biais de Dolly qu'Artémis et les Jumelles étaient en retenue. Je craignais qu'elles ne reviennent durant ma conversation avec Liv, ce qui n'aurait pas été gênant s'il ne s'était agi que d'Artémis. La soirée s'écoula très lentement, mes angoisses s'effaçant tandis qu'il ne restait presque plus personne dans la salle. Finalement, à l'heure dite, j'étais toute seule, et les filles n'étaient pas revenues.

La cheminée crépita subitement, et la tête blonde de Liv y apparut. Elle jeta des coups d'œil méfiants autour de moi, et souffla :

– Personne ?

– Personne, confirmai-je.

Elle sembla se détendre. Ses yeux bleus se posèrent sur moi, et m'examinèrent brièvement. J'en profitai pour faire de même : on reconnaissait un fort air du professeur Arnaud sur son visage, en plus jeune : Liv ne devait pas excéder les vingt ans. Ses pommettes hautes sur des joues rondes – les joues de quelqu'un qui ne se prive pas – lui conféraient un charme particulier, élégant et candide à la fois, rehaussé par son petit nez droit et sa bouche charnue.

– Tu m'as l'air fatiguée, remarqua-t-elle en souriant. Je ne te retiendrai pas longtemps, rassures-toi. Tu n'as parlé de la Broche à personne ?

– Si à Artémis. Ma… meilleure amie.

Elle eut un petit hochement de tête conciliant.

– J'espère que c'est quelqu'un de fiable.

Son ton se fit tout à coup très sérieux :

– Minerva, je dois te prévenir à propos des Atouts : il ne faut absolument pas qu'ils soient libérés de la Mallette. Les conséquences en seraient inexprimables.

Les arguments d'Artémis me revinrent, et j'objectai :

– Tu m'as déjà mise en garde contre la Broche, alors qu'elle me semble plutôt inoffensive.

– Elle ne l'est pas.

– Alors, explique-moi pourquoi ? Tu me laisses dans l'ignorance.

La jeune femme me sonda de l'azur de ses yeux, et sembla pousser un léger soupir.

- Je peux comprendre ton indignation, Minerva, mais je ne pense pas qu'elle soit de mise en ce moment. Je sais, la curiosité nous pousse souvent à croire que l'assouvir est notre priorité, mais ce n'est pas le cas. Je te demande quelque chose de difficile, et j'en suis consciente, mais je le fais pour te protéger : il y a des choses qu'il faut que tu ignores, pour ta propre sécurité.

- Mais pourquoi ?

- Parce que les Atouts demeurent un mystère pour le monde, et que je connais certains personnages qui seraient prêts à tout pour extorquer des informations à quelqu'un. Au pire, insista-t-elle avec un regard appuyé. Pour éviter que quelque chose ne t'arrive, il vaut mieux que tu ne sois au courant de rien, et surtout que tu ne sois pas mêlée à l'ouverture de la Mallette.

Je me permis d'ajouter, le ton suffisant :

- D'autant plus que j'en possède la clef.

- C'est encore autre chose. Ce sont sûrement les mêmes personnes qui s'intéressent de près à la Broche Bestiale, et à la Mallette. Si tu entrais en possession des Atouts, ces personnes mal intentionnées finiraient pas savoir que tu es détentrice de la Broche.

- Et ?

Elle me lança un regard presque menaçant.

- Et je t'ai déjà dit que la Broche n'était pas un cadeau. Je ne te l'ai pas offerte mais "transmise", la nuance est infime et pourtant : la Broche te revenait, et même sans mon aide, elle serait tombée entre tes mains.

Je trouvai le moment particulièrement adéquat pour lui faire une petite confession :

- Je l'ai déjà eu entre les mains, l'année dernière.

Et je lui relatai toute l'histoire du vol de la Broche dans le bureau du concierge, orchestré par Caliste, et découvert par Arnaud. A la fin de mon récit, Liv se contenta de souffler lugubrement :

- Il va falloir être encore plus vigilante. En ce qui concerne la Broche, permets-moi d'insister : ne mentionne jamais son existence. Et fais comme si tu ne sais pas de quoi il s'agit. Pour les Atouts, ça va être plus délicat. Will devrait être plus à même de t'en parler.

- Will ? m'étonnai-je.

Un éclat de tendresse dansa soudain dans son regard.

- William et moi comptons nous marier l'an prochain, et tu...

Une voix masculine la coupa pour sussurer avec une note de dédain :

- J'entends prononcer mon prénom avec bien trop de désinvolture.

- Will, tu tombes bien, s'exclama Liv et tournant la tête dans la cheminée. Mine...

- Je tombe toujours bien. De préférence sur mes deux pattes.

Il lui avait de nouveau coupé la parole d'un ton mêlé de sarcasme et de malice. Soudain le visage de Liv disparut, et celui d'un jeune homme séduisant la remplaça dans la cheminée. Il devait être son aîné de plusieurs années, mais n'avait pas encore les rides du trentenaire. Le dénommé Will m'adressa un hochement de tête poli, et se présenta :

- William McAvoy, futur époux de ta... de Liv, se reprit-il avec aplomb.

- McAvoy ? Ca me dit quelque chose. Mais oui, m'écriai-je tout à coup, j'ai lu un article dans lequel un certain McAvoy évoquait les Atouts. Enfin, je ne l'ai pas vraiment lu, on me l'a décrit...

Un léger sourire teinté de fierté se glissa sous ses quelques poils de moustache.

- Mon grand père maternel. Un passionné d'objets uniques, précieux et dangereux. Il les collectionnait... Enfin, ceux qu'il parvenait à trouver ; les autres, il se contentait de rassembler des informations à leur propos.

- Et les Atouts, il les a eu ? interrogeai-je, intéressée par son histoire.

Il eut un rire un peu grinçant.

- Il y a voué sa vie, oui. Beaucoup d'objets le passionnaient, mais aucun ne pouvait rivaliser avec les Atouts. J'ignore encore s'il a pu les tenir entre ses mains, mais ce qui est certain, c'est qu'il a possédé la Mallette d'ébène. Et c'est lui qui l'a confiée au Ministère.

- Il ne la voulait plus ?

A nouveau, un rire sans joie.

- Après tant d'années à la rechercher, et à l'étudier, je pense qu'il a découvert des choses concernant les Atouts qui l'ont décidé à la mettre en sécurité.

- Il ne vous en a jamais parlé ?

- Il aurait été bien en peine de le faire, remarqua-t-il avec un sourire aigre. Il a été victime d'un regrettable accident, ou devrais-je plutôt dire incident, peu après avoir donné la Mallette et certainement des informations au Ministère. Mais trève de confidences familiales, trancha-t-il fermement. Tout cela pour souligner que la Mallette renferme des biens profondément dangereux, qui n'ont leur place dans les mains de personne. Ils sont dangereux à la fois pour l'ordre du monde, et se retournent souvent contre celui qui les utilise.

Il dut lire une certaine inquiétude sur mon visage, et eut un sourire satisfait.

- Ne pense pas que je veuille récupérer la Mallette par intérêt personnel, surtout que je serais bien incapable de l'ouvrir : au contraire, mon seul but est de la ramener au Ministère, et d'espérer qu'elle se fasse oublier.

Je commençai à comprendre où il voulait en venir.

- Vous comptez sur moi pour récupérer la Mallette ?

Cette fois il eut un grand sourire, et son visage pivota vers là où devait se trouver Liv.

- Tu ne m'avais pas dit, ma chérie, que Minerva était aussi vive d'esprit. En fait, reprit-il en me regardant à nouveau, je voudrais d'abord être sûr que tu ne convoites pas les Atouts, toi qui as la possibilité de t'en emparer.

- Vous n'avez aucun souci à vous faire, sur ce plan là, répliquai-je sincèrement.

- Très bien. Alors dans ce cas, effectivement je te donne raison : je veux que tu récupères la Mallette, et que tu la transmette à Liv avant qu'elle ne puisse être ouverte. Puisque tu as déjà eu accès aux informations sur les Atouts, j'imagine que tu pourrais savoir le lieu et le moment où la Mallette changera de main.

Je hochai la tête, songeant à Jedusor. Sa proposition prenait enfin un sens, et d'une certaine manière je ne craignais pas de lui dévoiler ce qu'était la Mallette, puisqu'il le découvrirait forcément par lui-même.

- Mais comment voulez-vous que je fasse pour m'emparer de la Mallette ? En fondant droit sur la Panthère et Caliste, et leur prenant le coffret des mains avant de m'enfuir à toute vitesse ?

William ricana, et j'entendis le gloussement de Liv, sans la distinguer. Ce fut sa voix à elle qui répondit, chaleureusement :

- Si l'échange se fit en mains propres, je te conseille de l'attendre un peu plus loin, pourquoi pas dans le noir, et de l'attaquer pour la lui prendre.

– Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez ?

– Hé bien, dit-il avec une moue supérieure, justement : nous nous rendons compte de ce que nous te demandons. Par contre, toi, tu n'as pas conscience de ce que tu encours si tu ne le fais pas.

Pour atténuer la menace de ses propos, Liv rajouta, plus doucement :

– Quand la Panthère verra que ce n'est pas Caliste qui a la Broche, elle prendra de nouvelles mesures pour trouver la personne qu'elle cherche, et l'obliger à ouvrir la Mallette. Elle pourrait être bien moins patiente qu'avec ta camarade.

– Penses-tu que la Panthère en sache beaucoup sur les Atouts ?

Le visage de William disparut de la cheminée, remplacé par celui pensif de Liv.

– Si la Panthère est la personne à laquelle je pense, oui. Et je ne te dirai pas son identité, rajouta-t-elle en anticipant ma question. Toujours pour la même raison : moins tu en sais, plus tu es en sécurité. Si tu venais à te méfier d'elle, elle comprendrait quelque chose.

Il y eut soudain des bruits de pas dans les escaliers des dortoirs. Liv jeta un regard nerveux, et annonça :

– Je préfère ne pas m'attarder. Minerva…

– Je ferai de mon mieux, promis-je hâtivement en voyant des mollet apparaître sur les marches du haut. Je te recontacterai.

Elle acquiesça, une lueur à la fois confiante et inquiète au fond des prunelles, puis son visage disparut, et la cheminée redevint vide et sombre. La voix d'Heinrich me parvint des escaliers.

– C'est toi Minerva ?

– En effet.

Il descendit quelques marches, et me lança un coup d'œil. Il semblait fatigué, peut-être encore un peu dans les limbes d'un sommeil interrompu brutalement.

– Tu es toute seule ? Je t'ai entendu parler.

Le fait qu'il m'ait interrompu pendant ce qu'il me paraissait être une discussion importante, et que de surcroit, il puisse se permettre de me questionner, m'agaça. Je lui répondis, du ton sarcastique et dédaigneux que Jedusor employait pour m'énerver :

– C'est drôle, parce que justement j'étais en grande conversation avec quelqu'un. D'ailleurs, tu l'as fait fuir.

Il feignit un rire sans joie, et décréta en remontant vers son dortoir :

– Tu ferais mieux d'aller dormir. Ce n'est pas une heure pour faire je ne sais quoi toute seule dans la salle commune.

Ulcérée par son ton condescendant, je trouvai l'idée de l'écouter particulièrement révoltante. Et pourtant le sommeil me gagnait tout doucement. Pour ne pas faire le plaisir à Heinrich d'obtempérer trop vite, je m'allongeai confortablement dans un canapé de la salle commune, et tout en regardant distraitement le plafond lisse, laissai mes pensées soucieuses s'emparer de moi. La conversation avec Liv et William me laissait pleine d'appréhensions et de doutes. Avaient-ils évoqué leurs véritables motivations de récupérer les Atouts ? Après tout, je ne les connaissais pas, et peut-être comptaient-ils seulement se servir de moi pour récupérer la Mallette, et ainsi s'emparer des Atouts, et non les rendre au Ministère. Et tous ces mystères. Tout ce que je savais de la Mallette et des Atouts, je l'avais appris par autrui, eux ne se fendaient d'aucune explication, seulement d'ordres. Liv m'avait déjà donné la Broche Bestiale, maintenant elle voulait que je prenne la Mallette, tout en me mettant en garde contre ces deux objets. Mais n'étais-je pas, de fait, son instrument ? Elle était peut-être en train de me manipuler dans un but obscur.

Je remuai la tête, cherchant à éclaircir mes idées. Cela n'allait pas : je ne voyais que le mal, dans notre conversation. Je me sentais particulièrement méfiante, une sensation que je n'avais jusqu'alors jamais éprouvée. Mais j'étais dans une situation fort inconfortable : je devais, et rapidement, faire le choix de croire ou de ne pas croire une personne, ne sachant pas à quoi cela m'engagerait dans un cas comme dans l'autre. Je n'avais encore jamais douté de Liv. Mais là, les choses changeaient : elle me demandait un service étrange, pour des raisons pour le moins obscures.

Par ailleurs, les mises en gardes de Liv n'étaient pas tombées dans l'oreille d'une sourde : je n'avais plus la plus petite envie de prendre possession des Atouts. Et quand bien même s'ils étaient bien plus innocents qu'elle ne le disait, je ne voulais pas courir le risque. D'autant plus que William avait semblé sincère en expliquant que les Atouts étaient dangereux pour le monde, et pouvaient se retourner contre leur détenteur. Ils prétendaient vouloir les rendre au Ministère : étaient-ils honnêtes ? Je n'en savais fichtre rien, et il allait falloir que je me décide. Soit j'accomplissais ce qu'ils me demandaient, ou du moins, j'essayais, soit je faisais une croix sur les Atouts, et les oubliais définitivement. Et en ce cas, ce serait la Panthère qui les aurait. Etait-ce finalement pire ? Il y avait d'un côté la Panthère qui manipulait Caliste Nott pour récupérer la Mallette, et de l'autre Liv et William qui faisaient de même avec moi. N'était-il pas préférable que les Atouts soient entre les mains de ces deux derniers, loin de Poudlard ?


Le suivant marquera un moment crucial de ce Tome, mais aussi dans le fil conducteur des Chroniques. Un peu le chapitre pivot de l'histoire, même si on ne le mesurera que plus tard. Je pense que vous vous doutez bien de ce qu'il va se passer, je vous laisse en tous cas imaginer. Comme pour le tome précédent, je vous réserve une petite surprise de fin de Tome, qui aura pour protagoniste Artémis. Et je vous l'ai déjà sûrement dit, mais je ne pense pas attaquer le tome III avant septembre. Pourquoi ? Parce que j'assure les colos de juillet et aout, et je ne mettrai pas un pied chez moi des deux mois. Voila, à bientôt ! je vais tenter d'écrire le chapitre suivant demain soir. Peut-être le poster le week-end prochain. A très vite mes crevettes !