CHAPITRE 26 – MISE AU POINT.
-Ne fais pas l'enfant, s'exclama Blaise à un Drago avachi dans sur son canapé, un verre vide dans une main, une cigarette dans l'autre, les yeux vitreux. Et pose ce verre ! T'en es à combien hein ?
-Six. Répondit calmement Drago. Il leva les yeux vers le métis, qui luttait visiblement contre l'envie de secouer son ami. J'ai fait une connerie.
-JE SAIS, cria Blaise. Drago, par pitié, tais-toi et arrêtes de boire ! Tu répètes la même phrase depuis une heure. Ça commence à devenir lassant.
-Je sais. J'ai fait une connerie.
-PUTAIN Drake, pitié, ferme-la … Je ne vais pas tenir longtemps sinon. J'essaye de réfléchir, de trouver une solution pour réparer tes âneries, alors si tu pouvais coopérer et la boucler …
-Elle a dit que je l'avais déçue, Blaise. Déçue … Elle avait des espoirs tu crois ?
Blaise sourit. Bien sûr qu'Hermione Granger avait eu toutes sortes d'espoirs, on parlait quand même de Drago Malefoy. Et Blaise ne connaissait personne qui résiste au charme aristocratique de son meilleur ami. Ouais, sûrement.
Le jeune homme s'avachit à côté de Drago en attrapant la bouteille de Whisky pur-feu au passage. -Tout aurait été comme sur des roulettes Drake si tu avais seulement fermé ta gueule quand Potty est venu te chercher des noises.
-Il me cherche il me trouve. C'est pas Potter le problème, c'est Hermione. Tu pourrais suivre quand même. Prononça plus ou moins distinctement le jeune blond, la bouche rendue pâteuse par l'alcool.
-Hermione ? Tu l'appelles Hermione ? La vache … t'es mordu mec ! S'amusa Blaise. Maintenant il comprenait l'ampleur de la déprime de Drago. T'en fais pas, on va la récupérer ta copine.
-Non, y'a plus d'espoir là. Elle ne voudra plus jamais me voir. Il tourna son regard triste et froid vers Blaise, et lui arracha la bouteille d'alcool. Il s'en envoya une rasade directement dans le fond de la gorge, basculant franchement la bouteille.
-Tu sais que je n'ai jamais vu quelqu'un avec l'alcool plus triste que toi, Drago ? Pouffa le métis. Cette situation l'amusait. Le grand Drago Malefoy avait trouvé une fille qui lui faisait de l'effet, vraiment de l'effet ! Au point de le réduire à geindre sur un canapé en buvant des litres de Whisky pur-feu. Il devait avouer que c'était jouissif de le voir dans cet état. Pour une fois, Blaise se sentait « supérieur » au blond, et ce n'était pas désagréable, même si l'état de son meilleur ami commençait à l'inquiéter. Il lui ôta la bouteille des mains et claqua des doigts devant ses yeux pour attirer son attention
-Attends demain, parce que là t'es pas en état, et vas la voir. Tu t'excuses, tu baratines, on s'en fout, tu la récupères. Il s'agit pas de faire le con là Drago, j'ai pas l'intention de passer mes nuits à jouer à la baby-sitter parce que t'as perdu ton jouet, mon pote !
-C'est Hermione, pas un jouet Blaise. Répliqua Drago, soudain presque dégrisé.
-Ouais … vraiment mordu ! Soupira le métis. Désespérant. Il avait tellement changé depuis la rentrée scolaire, que Blaise crût l'espace d'une seconde qu'il plaisantait. Mais non, Drago était on ne peut plus sérieux. Hermione n'était pas un jouet. Hermione n'était plus un jouet. Elle devenait l'objet de tous les désirs de l'homme assis à côté de lui.
Bien
joué Granger, ça va faire des étincelles, lui et toi …
***
Le dimanche soir, Drago Malefoy frappa à la porte de l'appartement d'Hermione. Seules ses amies étaient là. Hermione n'était pas rentrée du week-end, et les deux jeunes femmes étaient vraiment inquiètes. Ce n'était pas le genre de l'ancienne préfète en chef des Gryffondors de ne pas prévenir, ou de rester presque trois jours sans donner de nouvelles.
Drago
rentra chez lui plus soucieux que jamais. Il avait peur qu'Hermione
ait fait quelque chose de stupide … peut-être à cause de lui.
C'était se donner beaucoup d'importance, mais il s'agit tout
de même de Drago Malefoy …
Il espérait de tout son cœur
qu'elle vienne travailler à l'hôpital le soir même.
***
Hermione avait disparu de la surface de Londres pendant les trois jours du week-end. Trois jours de solitude, pour réfléchir. Trois jours loin de ces hommes qui la chamboulaient complètement.
Ron, l'ex devenu agressif et accusateur, Harry, le meilleur ami curieux et surprotecteur, et Drago, l'amant terrible … Drago … Hermione avait décidé de ne plus jouer au chat et à la souris avec lui, d'autant plus qu'elle n'était pas sûre du tout d'avoir le rôle du chat dans l'histoire … de toute façon, à quoi jouait-il lui-même ! Il avait l'air vraiment attiré par elle, et ne rechignait pas pour l'embrasser ou la rapprocher de lui, mais il ne s'était pas déclaré. C'était peut-être juste la suite du jeu, après tout, réfléchit-elle, même si, elle ne savait pas vraiment pourquoi, cette idée lui semblait plutôt bancale.
Quant à Harry, Hermione décida qu'elle ne lui parlerait pas tout de suite. Le temps de la conversation et des éventuelles excuses viendrait un jour, mais elle gardait encore trop de rancœur en elle pour tout pardonner aussi vite. Son meilleur ami, à qui elle avait tout confié, était allé casser la figure de l'homme qui hantait ses nuits. Avouez qu'il y avait de quoi être plutôt en colère.
Hermione avait eu brusquement besoin d'espace. Pendant ce long week-end, elle avait voyagé dans le passé. Les fantômes des innocents morts à la guerre s'étaient rappelés à son bon souvenir alors qu'elle se baladait près de la tombe de Dumbledore. Elle revisita Poudlard grâce à l'aimable autorisation de son ancien professeur de métamorphose, et se sentit apaisée par ce retour aux sources. Faire le point, prendre un peu de recul lui faisait du bien. Il y avait longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi sereine, et elle profita de ces instants au maximum, sachant que ce court moment de répit serait définitivement terminé dès son retour à Londres. Le stress et les incertitudes ressurgiraient d'un coup, peut-être même plus forts qu'auparavant.
Le ciel gris orageux, les rafales de vent et les averses diluviennes collaient parfaitement à son humeur morose et nostalgique.
Chacun
de nous porte en lui le ciel et l'enfer
Oscar Wilde
***
En arrivant à l'Hôpital au bout de ces trois jours, Hermione apparut à Drago comme une déesse réincarnée. La jeune femme avait un air presque serein sur son visage pale, éclairé seulement par ses deux grands yeux noisette. Elle semblait plutôt confiante.
Drago ressentit un soulagement immense, et se retint de la serrer fort contre lui. S'il s'était laissé aller, il l'aurait étreinte jusqu'à l'étouffer. Tellement peu Malefoy… il se contenta de lui adresser un petit sourire contrit, auquel elle répondit par un sourire d'une douceur incroyable.
Sa décision était prise, il avait envie d'être avec elle. Tous ses préjugés avaient volé en éclats à l'instant même où elle lui était revenue après trois jours d'absence. Retour à la vie. Tant pis pour Weasley, et que le meilleur gagne.
A la pause, Hermione eut la surprise de voir Drago s'approcher d'elle d'un pas décidé après avoir refermé la porte de la salle de préparation des potions. Il lui prit la main et de celle qui lui restait, lui caressa la joue lentement. La jeune femme n'eut aucune réaction, si ce n'est que son souffle s'accéléra significativement.
-Qu'est-ce que tu fais Drago ? Souffla-t-elle avec anxiété.
Il lui sourit et se pencha. Leurs lèvres n'étaient qu'à quelques centimètres de distance, leurs souffles se mélangeaient déjà. Je t'embrasse, voyons. Murmura-t-il avant de combler cette distance qui lui semblait de plus en plus insupportable. D'emblée, le baiser s'avéra passionné, furieux. Hermione s'en délectait. Elle savait que ce serait le dernier. Le dernier … Drago passa ses deux mains dans les boucles soyeuses de la jeune femme, qui se dégagea à contrecœur.
-Je ne peux pas. Drago, j'ai pris une décision. Je veux qu'on arrête ça. C'est trop douloureux, je ne sais jamais sur quel pied danser… elle baissa la tête, gênée par les prunelles grises de l'homme qui la fixait d'un air blessé.
-Oh … je vois. Drago, qui avait préparé un petit discours d'excuse et une presque déclaration se retrouva tout dépité, et passablement furieux. Pas contre Hermione, qu'il comprenait, dans le fond, mais contre Weasley, qui allait continuer à la serrer contre lui, à l'embrasser, à lui faire l'amour. Alors je n'ai pas à poser la question, tu choisis Weasley… constata-t-il.
-Quoi ? Hermione ne comprenait pas ce que Ron venait faire dans l'histoire cette fois-ci ? Oh, ça y est, je vois, continua-t-elle. Drago, j'ai rompu avec Ron. Ce n'était pas sincère entre nous deux, je … je ne l'aimais pas vraiment comme j'aurais dû. Tout ça pour dire … je ne te repousse pas pour Ron, c'est juste que … que tout ça m'a fait réfléchir, et je préfère m'éloigner de ... de toute cette merde.
Drago n'avait rien à rajouter. Sa colère était partie aussi vite qu'elle était arrivée. Hermione voulait être célibataire. Que pouvait-il faire contre ça. On peut lutter contre un homme, pas contre cette lassitude qu'il lisait à présent dans les yeux de la jeune femme. Il ne put faire autrement que de la serrer contre lui, fort, une dernière fois. Puis il se dégagea, l'embrassa sur le front, et sortit sans dire un mot supplémentaire. Les mots ne serviraient à rien, de toute façon. Il fallait attendre que le temps fasse son œuvre.
Les
tragédies des autres sont toujours d'une banalité
désespérante.
Oscar Wilde
