Un noël différent

Résumé de l'histoire depuis le début !!!

Harry, Ron et Hermione entament leur 7ème année à Poudlard alors que la guerre fait rage. Hermione est nommée Préfète-en-chef sans grande surprise, et officieusement chargée de surveiller son homologue qui n'est autre que Draco Malefoy. D'autres élèves font également leur rentrée, dont un jeune français, Orion Duchâteau, avec qui Hermione sort quelques temps. Une matière oubliée et longtemps interdite fait son apparition : la Magie élémentaire, permettant à ceux qui l'exercent de puiser leur énergie d'un élément naturel. Ron, Harry, Orion et Draco créent la surprise puisque chacun possèdent la puissance d'un élément (la terre, l'air, l'eau et le feu) complètement. Hermione quant à elle s'avère être la détentrice de la puissance de l'esprit, ce qui est un pouvoir extrêmement rare. Les jeunes gens détiennent donc à eux cinq une puissance sans égale, et recommandation leur est faite de ne jamais s'opposer les uns aux autres. La guerre les rattrape lorsque d'autres écoles de magie sont attaquées par les Mangemorts. Les relations entre le Trio d'Or se font de plus en plus distantes. Harry et Ginny sortent désormais ensemble, tandis que Hermione se rapproche lentement de Draco. Ron décide donc de créer entre eux des liens de sang afin que leur amitié perdure malgré tout, et les trois adolescents deviennent ainsi frères et sœur. Le professeur Lupin leur révèle alors que, Sirius et James Potter ayant créé ce même lien, Harry a donc un cousin en la personne du fils de Sirius qui n'est autre qu'Orion. Cependant, les adolescents préfèrent ne rien en révéler à l'intéressé. Dumbledore convie les deux Préfets-en-chef à la cérémonie officialisant un rapprochement entre les mondes Moldus et sorciers, qu'il considère comme indispensable pour vaincre définitivement Voldemort, alors que Draco hésite toujours à qui donner son allégeance. La cérémonie est cependant interrompue par une attaque des Mangemorts, qui se révèle n'être plus tard qu'une diversion destinée à couvrir une évasion massive de Mangemorts d'Azkhaban, dont Lucius Malefoy en personne. Peu de temps avant d'être séparés, Hermione et Draco décide de donner un nouveau tour à leur relation complexe et de sortir ensemble. Alors que Draco retourne au Manoir Malefoy où son père lui annonce qu'il va être marqué, Hermione rejoint quant à elle ses deux frères au Terrier où elle doit passer noël en leur compagnie. Ginny refuse le nouveau lien qui l'unit désormais à Harry, tandis que Ron se propose comme espion au service de l'Ordre du Phénix. Pendant ce temps, Draco est conduit auprès de Voldemort, mais avant qu'il ne reçoive la Marque, Narcissa, ayant prévenu les Aurors intervient. Tous deux se retrouvent en fuite et sont conduits par Dumbledore au 12, Grimmauld Square, où ils retrouvent le Trio d'Or et la famille Weasley.

25 chapitres pour en arriver là… Les RaRs sont sur le blog !

Hermione était assise, seule, faisant face au sapin qu'elle venait de décorer. Sa baguette était posée à côté d'elle, prête à être utilisée de nouveau. Quelque chose clochait, mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce que c'était exactement, et le travail qu'elle venait d'accomplir lui laissait un sentiment d'inachevé. D'un mouvement de baguette, elle changea pour la quatrième fois l'emplacement de deux étoiles scintillantes.

« C'est joli… », sourit Harry en pénétrant dans le salon. La pièce formait comme une oasis de lumière dans la demeure ancestrale des Black, sombre, humide, et tout sauf accueillante.

Hermione accueillit le compliment d'un mouvement négatif de la tête. « Non, il y a quelque chose qui ne va pas… », déclara-t-elle d'un ton anxieux.

« Je le trouve très bien comme ça » , insista-t-il en venant s'asseoir auprès d'elle. Elle poussa un soupir exaspéré pour toute réponse, esquissant une grimace en faisant disparaître un ange. Pendant quelques minutes, les deux adolescents restèrent assis en silence, regardant le sapin en écoutant les bruits des préparatifs qui agitaient la vieille maison. Des odeurs délicieuses de gâteaux au gingembre en train de cuire s'échappaient de la cuisine, repoussant pour le moment les effluves d'humidité et de poussière qui envahissaient usuellement l'ensemble de la maison.

« Quand vas-tu… Tu sais… Améliorer ta relation avec Ginny ? », demanda-t-elle soudain, hésitant à lui rappeler le moyen par lequel cela pouvait se faire.

« Je ne sais pas », répondit-il lentement. « Tu sais, j'ai vraiment peur de perdre Ron… il est insupportable parfois, mais je ne sais pas comment j'aurais pu arriver aussi loin sans lui… et sans toi. Mais je ne veux pas perdre Ginny non plus. J'aurai du réfléchir un peu plus avant de me lancer dans tous ces liens, mais j'avais vraiment envie d'avoir un frère et une sœur, et je voulais que ce soit vous. Mais tout est tellement plus compliqué maintenant. Les prix à payer sont trop lourds… »

« Je comprends », murmura Hermione avec un sourire un peu triste. « Pourtant, il faut que tu fasses quelque chose. Très vite. Ginny et Ron sont tous les deux très têtus, ils ne sont pas frères et sœurs pour rien, et, plus tu attendras, plus tu cours le risque de les voir faire quelque chose de désespéré. »

Le Garçon-Qui-A-Survécu prit un air mal à l'aise. « Désespéré ? A quel point ? » Elle haussa les épaules. « Oh, je me demande des fois s'ils ont autre chose à faire que de me rendre la vie encore plus compliquée… », soupira le jeune homme en se reversant contre le dossier de la chaise. « Je vais aller voir ce qu'ils font », ajouta-t-il en se levant et en déposant un baiser léger sur la joue de son amie. « Et laisse ce sapin tranquille, il est très beau comme il est ! »

Hermione demeura seule face à l'arbre décoré qui semblait la narguer. Harry avait très certainement une vie compliquée, mais cela ne voulait pas dire pour autant que celle de ses amis l'étaient beaucoup moins. Tous étaient amenés à faire des choix difficiles, à renoncer à certaines choses pour en acquérir d'autres, et, plus Hermione y réfléchissait, plus il lui semblait que c'était le propre de la vie en général. Comme pour confirmer ces pensées, la porte s'ouvrit de nouveau pour laisser passer une silhouette fine et élégante. Narcissa semblait s'être déjà vêtue pour le dîner de noël. Elle portait une longue robe argentée assortie d'une courte traîne qui effleurait le plancher maculé de tâches.

« Où est Draco ? », demanda-t-elle à l'adolescente d'un ton qui ressemblait davantage à un ordre.

« Je ne sais pas… », répondit celle-ci qui avait l'impression que son ignorance était une faute grave. L'épouse de Lucius était la mère de son petit ami. Elle devait donc tout faire pour que leurs relations soient aussi cordiales que possible, mais elle faisait partie d'un monde si différent du sien qu'elle ne savait vraiment pas comment la cerner. « Je croyais qu'il était avec vous. »

Narcissa secoua la tête dans un signe négatif. Son regard qui errait dans la pièce s'arrêta sur le sapin, et, d'un mouvement de baguette distrait, elle rectifia l'arrangement d'une guirlande, bouchant un trou que la décoratrice initiale n'avait pas remarqué. Cette dernière réprima un mouvement d'humeur, vexée d'avoir été ainsi prise en défaut alors qu'elle avait l'habitude de conduire tout ce qu'elle faisait à la perfection. « Quelles sont au juste tes relations avec mon fils ? » , demanda-t-elle soudain.

Hermione resta interdite. « Que voulez-vous dire ? »

« Draco est un être exceptionnel », insista la maîtresse de la demeure Malefoy. « Il m'a dit s'intéresser à une jeune fille en particulier… est-ce vous ? Sans vouloir vous blesser, vous me semblez plutôt ordinaire. Je suis sûre que vous êtes très gentille et intelligente, mais Draco… »

« Je ne tolèrerais pas que vous m'insultiez une seconde de plus », l'interrompit Hermione avec une voix vibrante en se redressant. « J'apprécie votre fils, mais nos relations ne vous concernent pas. »

« C'est là où vous vous trompez, jeune fille », rétorqua Narcissa avec un sourire indéfinissable. « Je suis sa mère, quand vous n'êtes rien ! »

L'adolescente la défia du regard : « Vous étiez peut-être importante hier, mais aujourd'hui, votre époux et vos amis ne vous regardent plus que comme une traîtresse en fuite. Soyez certaine que j'admire votre geste, mais je doute que vous ayez conscience des conséquences qu'il a eut ! » Sans attendre la réponse, elle sortit de la pièce, laissant Narcissa seule, son visage à la perfection aussi glacée que celui de son fils figé dans une expression indéfinissable. Jamais elle ne s'était sentie aussi blessée. Elle le savait, elle était digne de Draco, elle était l'élève la plus brillante que Poudlard ait connu depuis des générations, et elle se battait pour une cause juste. Personne, fut-ce une aristocrate à la beauté aussi terrifiante que celle de Narcissa, ne pouvait lui enlever ça. D'un pas décidé, elle grimpa les escaliers quatre à quatre jusqu'à la pièce la plus haute de la maison qui servait de grenier.

C'était un endroit sombre, humide et déplaisant, comme d'ailleurs la plupart des pièces du 12, Grimmauld Square, mais au moins, elle y serait tranquille. Après cette altercation, elle se sentait prise d'une soudaine haine du genre humain. Elle se posta près de la fenêtre en œil de bœuf qui, seule, permettait à une lumière blafarde d'éclairer un peu le réduit. Au travers des vitres sales, elle voyait le square à ses pieds. Mais le petit jardin public habituellement désert témoignait d'une activité étrange. Des hommes habillés de noir, le visage dissimulé sous de grands parapluies de même couleur, faisaient des allées et venues devant la demeure invisible des Blacks. Bien qu'elle sache qu'ils étaient incapables de la voir, elle se recula dans la pénombre. Visiblement, les Mangemorts savaient où se cachaient les fugitifs, même s'ils ne pouvaient y accéder.

« Ils sont là depuis ce matin… », dit une voix dans son dos. Hermione se retourna, la main sur sa baguette, puis la laissa retomber.

« Ta mère te cherche », informa-t-elle son petit ami d'un ton neutre.

Il esquissa un sourire indéfinissable. « Ma mère me cherche tout le temps », répondit-il. « C'est une personne remarquable… Je pense que vous allez bien vous entendre. Je ne connais personne qui n'aime pas ma mère ! »

« En tout cas, je ne pense pas que ta mère m'aime beaucoup », rétorqua Hermione d'un ton aigre.

Il haussa les épaules, et vint s'asseoir à côté d'elle. Ils étaient si haut sous les toits que, bien que la maison soit habitée à la fois par la famille Weasley et une grande partie de l'Ordre du Phénix, ils n'entendaient aucun son de voix. En revanche, les murs et les planchers craquaient de manière sinistre, comme si la maison elle-même respirait lentement, telle un monstre endormi. Ils restèrent en silence à regarder les rondes menaçantes des hommes au dessous d'eux. « Ils ne veulent pas que nous sortions », dit Draco à voix basse. « Je pense qu'ils ont peur que nous ne révélions l'existence de cette maison aux autres, et que tout cela ne soit qu'un piège. Personnellement, je les trouve extrêmement naïfs… Si c'est ce qu'ils craignent, pourquoi nous avoir conduit jusqu'ici dans un premier temps ? Jamais les Mangemorts ne commettraient une telle erreur. »

« Nous ne sommes pas comme les Mangemorts ! », protesta Hermione, vexée par le ton du Serpentard. « Et nous n'avons pas les mêmes méthodes qu'eux. Je trouve ça bien que Dumbledore vous ait emmené jusqu'ici. »

« Tu crois qu'il sait ? », demanda soudain Draco, « pour nous ? »

« S'il ne le sait pas, il s'en doute, et McGonagall ne tardera pas à le mettre au courant dans tous les cas », répondit-elle, songeuse. Draco hocha la tête, mais Hermione fut incapable d'évaluer si cela était bon ou mauvais signe. « Nous devrions descendre », ajouta-t-elle. « Ou les autres vont se douter de quelque chose. Mais je crois que Ginny sait déjà, elle aussi. »

Il soupira avant de se lever, époussetant son pantalon maculé de toiles d'araignées pluricentennaires, puis se ravisa. « Attends un peu… », dit-il avec un sourire.

« Attendre quoi ? », l'interrogea-t-elle en s'apprêtant à franchir la porte. En quelques pas il la rejoignit et l'attira dans ses bras.

« Nous n'aurons pas tant d'opportunités comme ça », murmura-t-il dans son cou. Malgré elle, elle lui rendit son étreinte et ferma les yeux. Curieuses, ses mains se glissèrent sous son pull, suffisamment gelées pour la faire frissonner, de froid et de quelque chose de plus, mais le corps contre le sien était chaud au contraire. Quittant ses hanches qu'il pétrissait, ondulant contre elle d'une manière qui la rendait folle, il pressa tendrement un de ses seins au travers du tissu fin de son soutien gorge, et une boule se forma dans son bas-ventre. Docilement, elle leva les bras tandis qu'il lui retirait le vêtement de laine et fut saisie par le froid et l'humidité.

Que ce soit ou non ce qu'il avait recherché, elle se blottit encore plus étroitement contre lui en frémissant et glissa ses bras sous son pull à lui pour profiter de sa chaleur. D'une façon ou d'une autre, elle dut le lui enlever à son tour puisque il se retrouva à un moment torse nu, sa peau si blanche dans la semi obscurité hérissée par la chair de poule. Fascinée, elle fit glisser ses mains le long de ses abdominaux, des ses pectoraux, de ses épaules, puis à nouveau dans son dos. Il la laissa faire. Claquant des dents tous les deux, mais sans cesser de s'embrasser, il la souleva et referma la porte grinçante en la repoussant du pied. Leurs respirations précipitées résonnaient d'une manière hors du commun dans la pièce vide.

Glacée, elle enroula ses jambes autours des hanches du garçon et rouvrit les yeux. Elle ne l'avait jamais vu sous cet angle, ses iris argentés levés vers elle, son visage taillé au couteau souligné par l'ombre. « Il sont en bas », murmura-t-elle sans savoir elle-même si elle parlait de leurs amis ou de leurs ennemis, les deux catégories se fondant en une seule. « On nous cherche… »

« Il y aura toujours une bonne raison, tu le sais… », souffla-t-il en faisant glisser le pantalon de la jeune fille le long de ses hanches. « Ca finira par arriver… »

Elle secoua la tête, fiévreuse. « Ce n'est pas ça… Je veux le faire avec toi… Mais pas comme ça. »

Ses mains s'arrêtèrent, comme figées, et il s'écarta d'elle. Ses yeux brillaient toujours de désir, mais de la colère les assombrissaient aussi. Elle se sentit soudain mal à l'aise, presque nue, tremblante de froid. Elle n'y avait pas vraiment réfléchi, à vrai dire. Certes, elle se doutait qu'elle finirait par perdre sa virginité. Sans avoir l'intention de la conserver jusqu'à un hypothétique mariage, pour peu qu'elle vive jusque là, franchir le pas lui avait toujours paru comme une échéance relativement lointaine. Visiblement, pour Draco, ce n'était pas le cas. Il semblait plus que probable qu'il serait le premier à qui elle se donnerait si complètement, et tout d'un coup, elle eut peur. Peur qu'il ne soit pas le bon, celui qu'elle attendait. Apparemment, elle croyait encore au prince charmant…

« Comment alors ? », grinça-t-il, impatient. « Tu veux que je t'épouse ? Que la guerre soit finie ? Tu es trop intelligente pour ça… »

La pointe l'atteignit en plein cœur, et, pour la première fois depuis longtemps, les larmes lui montèrent aux yeux. Pourquoi s'était-elle donc imaginée qu'elle aurait droit à un minimum de compréhension et de tendresse ? Il enflammait son corps, lui faisait perdre conscience d'elle-même, mais en fin de compte, cela ne suffisait pas. Cela aurait suffit à d'autres pourtant. Pleine de ressentiment à la fois contre lui et contre elle-même, elle lui lança un regard noir et commença à se rhabiller. Blanc de rage, il se retourna en envoya son poing fermé contre le mur avant de grimacer de douleur sous le choc. Au même moment, la porte s'ouvrit.

« Hermione, tu es là ? », demanda la voix de Ginny avant que celle-ci ne paraisse. La jolie rousse avait l'air à la fois éreintée et furieuse. « J'ai besoin d'aide pour tuer cette femme et faire porter le chapeau à quelqu'un d'autre ! Si elle me demande encore une seule chose sur ce ton suffisant, je vais faire quelque chose d'impardonnable ! »

L'adolescente poussa violemment la porte qui vint claquer contre le mur, faisant s'élever un nuage de poussière impressionnant et manquant de peu d'éborgner Draco qui se tenait juste derrière. Ce dernier sauta de côté et se racla la gorge brillamment. Les yeux bleus de la sœur de Ron le dévisagèrent d'un air incrédule, revinrent vers Hermione, semblèrent prendre conscience de l'état dans lequel les deux jeunes gens se trouvaient, puis se refermèrent avec horreur. « OK », dit-elle, « je vais sortir lentement, et quand je rentrerai de nouveau, tout ira bien. Je me réveillerai dans ma chambre au Terrier, et tout ça ne sera qu'un mauvais rêve. »

« Attends, Ginny, je vais t'expliquer ! », s'écria Hermione en se précipitant vers elle, tentant en même temps d'enfiler son pull et ignorant le ricanement du Serpentard. « Ce n'est pas ce que tu crois ! »

Mais la jeune fille avait déjà commencé à descendre les escaliers, ignorant les appels de son amie, le bout de ses oreilles aussi rouge que celui de Ron lorsque ce dernier était fou de rage. « Je crois que tu n'as pas vraiment besoin de me faire un dessin, sinon j'en mourrai. A moins que vous n'ayez tous les deux été submergés par la chaleur au point que vous ayez été obligé de vous déshabiller immédiatement… », siffla-t-elle. Elle se retourna d'un bloc, s'arrêtant si soudainement qu'Hermione du se raccrocher à la rampe de l'escalier pour ne pas les faire toutes les deux basculer dans le vide. « Mais je doute fort que ce soit ça, et, crois moi, je n'ai vraiment pas envie d'entendre tes explications ! »

Elle qui avait habituellement réponse à toutes les questions se trouva sans voix, sans autre ressource que celle de rougir en baissant les yeux. « Je suis désolée », murmura-t-elle, « je sais que tu traverses une période difficile… »

Les yeux de Ginny avaient prit un éclat glacial. Bien que se tenant quelques marches en dessous d'Hermione, elle parvenait à la regarder de haut. « Tu fais ce que tu veux de ta vie, ça ne me regarde pas. Envoie toi en l'air avec un Mangemort si c'est ce qui te plaît, ne viens pas ensuite te plaindre lorsqu'il t'humiliera devant tout le monde. C'est ce qu'il fera, tu sais. Mais je te rappelle, puisque tu sembles l'avoir oublié, que tu es là pour le surveiller, pas pour te laisser peloter dans le grenier. »

La jeune fille sentit les larmes lui monter aux yeux sous l'attaque, qui ressemblait tellement peu à l'adolescente aux cheveux roux qui lui faisait face. C'était méchant, et, à son avis, complètement injustifié. La situation dans laquelle se trouait sa cadette, la frustration qui l'habitait ne pouvait pas tout justifier non plus. La voix de Mme Weasley les appelant pour préparer la table du dîner de Noël l'interrompit, et elle s'efforça de reprendre une contenance. Sans plus parler, mais leur hostilité planant au dessus d'elles comme l'ombre d'un grand oiseau noir, les deux rouge et or descendirent les marches vers la cuisine. Quelque part dans la maison, la voix stridente du portrait de Mme Black retentit, suivie de jurons bien sentis qui ne pouvaient provenir que de l'un des jumeaux.

La cuisine avait été astiquée de fond en comble avec l'aide pleine de réluctance de Kreatur. Le vieil elfe de maison était à présent assis aux pieds de Narcissa Malefoy, levant des yeux adorateurs vers la femme blonde qui trônait dans un fauteuil. Mme Weasley avait les mâchoires crispées et sa tête des mauvais jours tandis qu'elle s'activait autours des fourneaux, sa baguette se déplaçant si vite que Hermione avait de la peine à la suivre. Les pots et les chaudrons voltigeaient dans la pièce comme un ballet bien ordonné, laissant s'échapper des odeurs délicieuses qui lui firent venir l'eau à la bouche.

« Ah, vous voilà enfin ! », s'exclama la mère de Ginny lorsqu'elles entrèrent, essuyant d'un revers de la manche les perles de sueur sur son front. Ce geste provoqua un changement de parcours d'un chaudron de soupe de poisson qui coupa la course d'un pichet de Bièraubeurre. Les deux récipients se heurtèrent avec un craquement sinistre, se balancèrent quelques instants avant de tomber au sol, répandant leur contenu. Du désespoir apparut su le visage de Mme Weasley qui sembla paniquer avant de se tourner vers les deux jeunes filles. « J'ai vraiment besoin d'aide », laissa-t-elle tomber en jetant un regard appuyé vers Narcissa Malefoy qui contemplait le désastre avec sérénité.

Si Mme Weasley avait espéré faire réagir son invité, ce fut un échec cuisant, mais les deux Gryffondors se hâtèrent quant à elle de mettre la main à la pâte. A partir de ce moment, le temps sembla filer entre leurs doigts sans qu'elles aient simplement le temps de respirer. Un repas de noël dans la famille Weasley état, en règle générale, un gigantesque casse tête. Un repas de noël rassemblant non seulement la famille Weasley, mais également la majeure partie des membre de l'Ordre du Phénix, auquel il fallait ajouter plusieurs invités, le tout dans une maison inhabitée depuis des mois, relevait de l'impossible. Toutefois, cela ne semblait pas être le problème de la mère de Draco qui restait paisiblement assise à contempler l'effervescence autours d'elle.

Enfin, vers six heures du soir, les deux adolescentes éreintées montèrent dans la chambre qu'elles partageaient pour prendre une douche bien méritée et se changer. L'eau chaude sembla emporter avec elle la fatigue et les tensions, et, lorsqu'elles redescendirent pour se joindre au reste de la compagnie, Hermione et Ginny donnaient l'impression de s'être réconciliée. Cependant, la jolie rousse évita soigneusement le regard de Draco qui avait pris place dans le salon aux proportions monumentales aux côtés de sa mère. L'espace d'un instant, Hermione eut l'espoir fou de voir le Serpentard changer de place pour venir s'asseoir à côté d'elle sur le canapé violet, mais il ne bougea pas d'un pouce, se contentant de la suivre des yeux tandis qu'elle traversait la pièce.

Que ce soit en raison de la présence de ces deux convives inattendus ou simplement pour éviter de remuer des réflexions trop douloureuses, les membres de l'Ordre se donnèrent un mal impressionnant pour ne pas évoquer, de près ou de loin, la guerre qui faisait rage autours d'eux. Malgré tout, même les détails les plus légers ramenaient les esprits d'une façon ou d'une autre à la situation présente. Les invités se taisaient alors, plongés dans leurs propres réflexions, et un silence pensant s'installait. Puis l'un ou l'autre se reprenait et relançait la conversation avec une gaieté forcée que reprenaient les autres avec des rires qui sonnaient faux.

Attablée autours de la table qui croulait sous les mets délicieux, Hermione se sentit prise d'un malaise. Toute cette bonne humeur factice la rendait malade. Noël ne pouvait pas être Noël en tant de guerre… Elle ne se sentait pas à sa place, souffrant de voir les visages de ceux qu'elle aimait autours d'elle lui renvoyant en miroir sa propre attitude. Elle ne supportait pas de devoir prendre par à ces conversations volontairement oiseuses et sans but alors que tant d'autres choses tellement plus importantes auraient du être discutées. Pourtant, poussée par le groupe, elle n'osait pas briser le tabou et dire tout haut ce que les autres pensaient tout bas.

La salle à manger sur laquelle s'étaient portés la plus grande partie des efforts de décoration semblait une oasis de lumières dans la grande maison glaciale et ténébreuse dans laquelle personne, mis à part peut-être Narcissa Malefoy, ne se sentait vraiment à l'aise. Mais loin d'être réconfortante, cette impression lui donnait au contraire la nausée. Elle avait l'impression que l'ancienne demeure de Sirius représentait la guerre en général, tout ce qui était mauvais et haïssable… C'était leur repère pourtant, l'endroit le plus sûr auquel ils pouvaient penser, mais elle le détestait. Ce n'était pas, ce ne pourrait jamais être un foyer.

Les cadeaux étaient tous restés au Terrier. Personne, dans la précipitation qui avait suivi leur départ, n'avait pensé à emmener les paquets enrubannés dans leur fuite. Ces présents, qui, pour certains, avaient nécessité des mois de recherche et des gâchis de mètres de papier cadeau pour être parfaits, avaient été oubliés. Pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, les adolescents ne sacrifiaient pas à cette cérémonie bruyante et joyeuse d'échange de menues offrandes et suivirent les adultes au salon en se jetant des regards désolés de côté. Hermione avait envie de pleurer. C'était tellement injuste… Harry et Ginny marchaient devant elle, leurs doigts étroitement entrelacés, et même Ron n'avait pas le cœur de briser ces quelques instants de répit.

Draco avait le regard lointain. Il se tenait à ses côtés, mais ne semblait pas la voir. Comme mu par un automatisme, il alla s'asseoir aux pieds de sa mère qui s'était arrogé d'office le meilleur fauteuil, et posa sa tête contre ses genoux. D'une main absente, Narcissa effleura les cheveux blonds qui formaient une tâche claire sur le fond sombre de sa robe de satin bleu nuit. Les grands yeux myosotis de la jeune femme vinrent se poser sur Hermione, qui s'était pelotonnée sur un canapé profond entre Ron et Tonks. L'adolescente ne cessait de la fasciner. Poussée par l'habitude et ce qu'on lui avait seriné dès l'enfance, l'épouse de Lucius ne pouvait s'empêcher d'éprouver un mépris profond pour ceux qu'elle appelait les Sangs-de-Bourbe. Ils n'étaient pourtant, dans son monde protégé, qu'une idée lointaine qu'elle chassait de ses pensées comme une mouche désagréable.

Tout au long de son enfance et de son adolescence, elle n'en avait pour ainsi dire connu aucun. Les enfants de Moldus qui fréquentaient Poudlard lors de ses années d'études ne lui adressaient jamais la parole, et elle ne cherchait pas leur compagnie. Lorsque Andromeda, sa propre sœur, avait commencé à fréquenté ce type qu'elle avait plus tard épousé, elle s'était distraitement demandé, si elle-même pourrait un jour se retrouvé dans une telle situation. La réponse n'avait pas tardé, sèche et évidente comme un claquement de fouet : non. Cela ne se faisait pas chez les Blacks, malgré tout ce que Droméda et son cousin Sirius pouvait penser. Et lorsque Lucius avait commencé à rechercher ses faveurs en sixième année, elle s'était secrètement réjouie que sa vie reste aussi simple et évidente qu'elle l'avait été lorsqu'elle était enfant.

Pas de questions compliquées, pas de décisions difficiles… Tout avait été tellement parfait. Tout avait été comme elle l'avait toujours rêvé. Elle avait naturellement assumé que Draco suivrait la même voie, mais l'éducation que Lucius avait insisté pour donner à leur fils unique l'avait effrayé. Elle avait cru faire pour le mieux en lui inculquant l'indépendance, mais elle n'aurait jamais cru que son propre enfant se trouve un jour dans la même situation qu'Androméda l'avait été en son temps. Et elle, comment devait-elle réagir ? Le rayer définitivement de ses pensées et de son cœur comme l'avait sa famille lorsque sa sœur avait épousé Ted ? Ou pouvait-elle supporter cet affront et même encourager Draco à suivre la voie de son propre cœur ?

Cette petite Granger était assez jolie, bien que beaucoup moins que certaines des filles qui avaient tourné autours de son Draco depuis que celui-ci avait perdu les traits aigus de l'enfance. Elle lui trouvait un air calme et raisonnable, un peu trop sérieux pour son âge peut-être. Les adultes dans la pièce semblaient la considérer avec un certain respect, s'adressant à elle comme à un des leurs. Mais, à vrai dire, c'était aussi le cas de ses deux amis, le garçon Weasley et Harry Potter. Elle en avait certainement assez vu pour avoir gagné ce respect, elle n'était donc pas une petite cruche comme Narcissa l'avait elle-même été lorsqu'elle avait son âge. Elle lui avait même tenu tête lorsqu'elle s'était montré volontairement blessante envers elle. Mais, très sérieusement, elle doutait que cette histoire avec Draco aille bien loin. Le garçon était comme son père : ce qu'il recherchait chez une femme, ce n'était pas un esprit vif et fort, mais plutôt un corps docile et accueillant.

Et puis, de toute façon, les deux adolescents étaient encore jeunes, ils avaient tout le temps devant eux, et une idylle de collège ne finirait pas forcément par un mariage. Les jeunes se mariaient de plus en plus tard, ces jours-ci, et ces unions ne duraient pas toujours comme elles auraient du. Narcissa se torturait probablement pour rien… Elle décida avec sagesse d'attendre, et d'agir comme les circonstances l'exigeraient lorsque le moment serait venu. Avec un brin d'humeur, elle se fustigea d'avoir perdu autant de temps sur un problème qui n'avait pas de solution, et reporta son attention sur le reste de l'assemblée.

Le grand salon des Blacks était aussi bondé qu'il l'avait été au temps des grandes fêtes données bien des années auparavant et réservées aux sorciers dont le sang était le plus pur, pureté qu'ils chérissaient comme leur plus précieux trésor. Avec ceux qui étaient enterrés dans les caves les plus profonde de Gringotts bien entendu… Pour autant que Narcissa puisse en juger, la réunion était à peu près aussi joyeuse que celles qu'elle se remémorait vaguement. Seuls les visages autours de la table basse avaient changé. Les expressions aussi : au lieu d'un air de majesté légèrement dédaigneux, les invités affichaient une mine sombre et anxieuse, jetant de temps en temps un coup d'œil vers les fenêtres aveugles comme s'ils craignaient que quelque chose n'en surgisse pour les attaquer.

Concernant ce dernier point, ce n'était d'ailleurs pas impossible. La mince femme blonde réprima un léger soupir. Par son geste, elle avait à jamais condamné sa place de maîtresse de la bonne société. Certes, l'époque n'était pas aux fêtes fastueuses qu'elle avait donné il n'y avait pas si longtemps auparavant, mais elle doutait fort qu'aucun de ses anciens amis ne lui adresse plus jamais la parole après ce qu'elle avait fait. A moins, bien sûr, que l'Ordre du Phénix ne remporte la victoire. Auquel cas, tous s'empresseraient de nouveau autours d'elle, recherchant ses faveurs et sa protection. Ce ne serait probablement pas désagréable. Tous, mis à part Lucius. Le visage de son époux vint flotter un moment devant ses yeux comme celui d'un fantôme venu du passé, beau et triomphant comme il lui était apparu le jour de leurs noces. Elle avait été contrainte de choisir entre son fils et son époux. Elle les aimait tous les deux pourtant, d'une façon différente certes, mais elle les aimait.

Plus jamais il ne la serrerait dans ses bras, impérieux et plein de fougue. Draco serrait-il dans ses bras cette petite fille de Moldus de la même façon ? Trahirait-elle un jour son fils comme elle-même avait trahit son époux ? Si seulement… Si seulement il y avait la paix, alors elle n'aurait pas à le faire. Le visage d'une fillette en larmes, ses longs cheveux d'un blond presque blanc encadrant ses joues rondes apparut devant ses yeux. Puis la petite figure commença à s'éloigner, s'éloigner de plus en plus vite, puis disparut. Narcissa sursauta. Draco s'agita à ses pieds, cherchant de nouveau une position confortable. Oui, il faudrait la paix, mais une paix différente de celle qu'elle avait connue. Une paix sans choix douloureux. Une paix telle que l'Ordre du Phénix seul pouvait en apporter.

Douze coups sonnèrent à la massive horloge normande de bois noir qui dominait l'assemblée de toute sa taille. « Joyeux Noël ! », annonça Dumbledore en se levant de son siège, invitant les autres convives à faire de même.

Ils répondirent à leur tour, les mêmes mots prononcés par deux bonnes dizaines de bouches qui ne croyaient pas un instant à ce qu'elles racontaient. Les baisers, les poignées de main s'échangeaient, froids et mous, incertains. Trop de tourments. Sitôt après, ils se dispersèrent, comme soulagés que la soirée prenne enfin fin. Il y aurait d'autres soirées, d'autres Noël, et soudain, tout ce qui comptait, c'était que aucun de ces Noëls à venir ne ressemble en un seul point à celui qui venait de passer.

Et fin de ce chapitre… Le prochain devrait arriver d'ici le mois prochain au maximum. En attendant, il y aura d'autres baisers dans 30 baisers pour une éternité et des mots pas très doux dans Réminiscences