Hey ! Hey ! J'ai pris une pause durant mes révisions pour corriger ce chapitre et le poster. Désolé du retard ! é_è
Je ne suis pas trop confiante pour ce chapitre. Il fait office de transition avant le tournoi, et il introduit le background d'Andrew afin que vous puissiez mieux l'appréhender dans la suite. Ce chapitre est pas mal centré sur ça, mais je tiens à rassurer ce que ça inquiéterait : Andrew n'est pas là pour faire de l'ombre à Ryoma. Certes, c'est un OC donc je me dois de l'introduire correctement, mais il sera la au même titre que les autres membres de la famille de Ryoma, en tant que personnage secondaire. Sa présence va clairement aider à mettre en place certains points de l'intrigue cependant, c'est pourquoi il était nécessaire.
J'essayais de faire une mise en contexte efficace, mais je ne suis pas sûre que ce soit réussi. Comme je ne vois pas ce qui serait à changer j'ai décidé de laisser ça comme ça.
Ah, je ne sais plus si je l'avais dit, mais au cas où je le dis là : Les dialogues en italique dans le texte sont une manière de distinguer quand les personnages parlent anglais. Comme ça c'est clair.
Sur ce, bonne lecture :)
Disclaimer : PoT ne m'appartient pas.
Chapitre 26 : Andrew
Arai observait la fille brune qui s'adressait à son kouhai, s'interrogant sur leurs liens. À ses côtés, un petit garçon blond fixait la recrue de Seigaku avec attention. Le regard de ce dernier s'enfuit soudainement, glissant très brièvement sur la cour du collège avant de contempler le sol goudronné sans grand intérêt.
Le deuxième année lança un coup d'œil vers le titulaire, curieux de savoir s'il avait remarqué l'enfant et de voir s'il avait fait quoi que ce soit qui aurait pu créer cette gêne chez l'étranger, mais il ne parvint pas à repérer un quelconque changement chez lui.
Ce ne fut que lorsque la jeune femme mentionna la présence d'une autre personne qu'il montra enfin une réaction. C'était faiblement perceptible, et peut-être qu'Arai surinterprétait, mais il avait laissé apparaître une légère surprise, et il semblait plus pensif.
D'une certaine manière, être témoin de cette scène rendait encore plus concrète la cécité du garçon aux yeux de son aîné. Il lui arrivait lors de leurs entraînements de se demander si Echizen était réellement aveugle. Quoi que le rookie puisse en dire, la vue lui semblait importante pour jouer au tennis, être aussi bon sans rien voir lui paraissait presque incroyable. Si le garçon n'était pas aussi arrogant, il aurait presque été admiratif.
Même les déplacements du plus jeune au sein de l'établissement ou dans les rues le surprenaient à cause de son aisance. Certes, ils s'imprégnaient de maladresse, le plus jeune exprimait quelques doutes et faisait des erreurs... Néanmoins, le fait qu'il se débrouillait sans aide faisait presque oublier les difficultés que pouvait rencontrer le gamin.
Arai étudiait parfois la façon dont l'assurance du garçon se rompait par moment. Le reste du temps, il ne prêtait pas trop d'attention à sa cécité. Il avait beau s'être obsédé là-dessus depuis l'arrivée du gamin à Seigaku, maintenant qu'il connaissait l'origine de son comportement étrange, il accordait moins d'attention à tous ces détails qui le dérangeaient par le passé.
Cela dit, il ne niait pas prendre un certain plaisir à repérer des faiblesses chez le prodige. Si un jour il lui cassait un peu trop les pieds, il ne se gênerait pas pour appuyer là où ça ferait mal.
Arai reporta son attention sur le gamin blond, qui faisait languir le première année. Le petit le détaillait de nouveau, avec une fascination presque léthargique. Il se reprit seulement quand la demoiselle à côté posa une main dans son dos pour l'encourager. Son regard, qui avait encore trouvé moyen d'épouser le sol entre-temps, se releva vers l'adolescent. Il ouvrit enfin la bouche.
Il ne dit pas grand-chose, et sans surprise, il s'exprimait en anglais. Ce qui troubla davantage Arai fut d'entendre son kouhai répondre avec un accent qui rivalisait parfaitement avec celui de l'américain. Volontairement ou non, Echizen trouvait toujours moyen de se la jouer. Le deuxième année leva les yeux aux ciel.
– Comment se fait-il que tu sois au Japon ?
– Grand-mère est ici aussi.
– Ah, je vois…
Si ça surprenait Ryoma que son cousin soit au Japon, ça l'intriguait d'autant plus qu'il soit accompagné de cette femme, qui à son souvenir ne portait pas l'Asie dans son cœur. L'oncle Théodore n'avait jamais aimé en parler, mais ses parents n'avaient pas apprécié qu'il épouse une fille aux origines asiatiques. La demi-sœur de Rinko, même si elle était à moitié américaine de naissance, avait eu du mal à se faire accepter par ses beaux-parents.
Désormais, ces derniers étaient les tuteurs légitimes d'Andrew, et il paraissait logique qu'ils veuillent l'éloigner le plus possible de ses origines japonaises.
Ryoma imaginait mal Andrew faire un caprice pour que sa grand-mère l'emmène au Japon, et encore moins cette dernière accepter. Cependant, il ne la connaissait pas personnellement, visiblement elle savait faire des concessions.
Le première année se doutait qu'il obtiendrait des réponses à ses interrogations quand ils seraient chez eux, il laissa donc le sujet de côté et préféra expliquer à Nanako :
– Nous n'avons pas de séance de club aujourd'hui, mais nous allons quand même nous entraîner.
Sa cousine savait déjà qu'il jouait avec un senpai avant de rentrer à la maison ces derniers jours, puisqu'elle ne manquait jamais de remarquer ses retards et de le questionner. Elle comprit rapidement la situation et supposa que le collégien qui l'accompagnait était l'aîné en question.
Alors que l'attention de l'étudiante s'attardait sur Arai, elle lui adressa un sourire, suivi d'un air amusé quand ce dernier la regarda avec des yeux ronds.
– Vous êtes le senpai de Ryoma-san ? Je suis sa cousine, merci de toujours prendre soin de lui.
– Non, je…
L'adolescent déglutit, il ne savait pas quoi dire. Il ne comptait pas prétendre être un bon senpai, pour Echizen ou quiconque, mais il ne pouvait pas dire non plus qu'il se trouvait souvent près de faire la misère à son cousin.
Ryoma aurait sûrement trouvé la situation amusante, si son esprit n'était pas aussi troublé par la présence d'Andrew ici.
– Vous jouez sur le terrain du quartier, n'est-ce pas ? Cela vous dérangerait-il si nous vous regardions ?
Déconcerté, le deuxième ne put qu'acquiescer d'un geste de tête et en émettant difficilement un son. La fille brune le remercia et, sentant une torpeur chez les deux collégiens, joignit ses mains en un claquement qui les ramena sur terre.
– Bien, et si nous nous y rendions ?
Ce fut ainsi que les deux membres du club de tennis de Seigaku quittèrent enfin le collège, accompagnés d'un enfant pas encore près d'avoir fini l'école primaire et d'une jeune femme à leur tête.
Bien qu'il les suivait, Echizen traînait la patte. Arai se retrouva sans le vouloir en début de file à côté Nanako, alors que son kouhai flânait quelques mètres derrière. Même le petit américain marchait plus vite, du haut de ses courtes jambes.
Ça gênait Arai de se trouver plus proche de la famille de son kouhai tandis que ce dernier s'éloignait de plus en plus. La situation était dérangeante, et à défaut de ne pouvoir faire avancer plus vite le prodige en le réprimandant, par peur de paraître rude devant sa cousine, il pesta intérieurement.
Le deuxième s'inquiétait de l'efficacité qu'aurait son entraînement avec le première année si ce dernier n'était pas pleinement dedans. Il préférait d'autant ne pas jouer contre lui dans de telles conditions. Pas parce qu'il pensait gagner facilement, bien au contraire... Il détestait l'idée perdre contre quelqu'un qui n'était même pas sérieux.
Arai ne se faisait pas d'illusion, il n'ignorait pas que la recrue ne se donnait jamais à fond dans leur match, mais si le gamin s'investissait encore moins qu'à l'habitude et gagnait toujours haut la main, son égo ne supporterait pas.
Malheureusement, il était trop tard pour annuler leur entraînement maintenant qu'ils avaient deux spectateurs enthousiastes… ou plutôt une seule. Le gosse ne débordait pas particulièrement de joie à l'idée de les voir jouer. Il semblait aussi impassible qu'Echizen pouvait l'être. Arai aurait parié que c'était un trait de famille, si la jeune femme à côté de lui ne démantelait pas sa théorie avec son expression des plus aimables.
Pendant qu'il se faisait cette réflexion, il ne put s'empêcher de remarquer que sa voisine de marche tournait la tête pour vérifier que le reste de la troupe suivait. Malgré les sourires doux – et troublants – qu'elle adressait à Arai quand leurs regards se croisaient, elle semblait se faire du souci quant à l'attitude des deux autres qui traînaient derrière.
Dès qu'elle remarqua l'attention du collégien sur elle, son expression d'inquiétude s'effaça. Le deuxième année comprit qu'elle essayait de ne pas l'incommoder avec les histoires de familles. Sans s'en rendre compte, il ne détacha pas ses yeux d'elle pendant une longue minute, jusqu'à ce qu'elle l'interroge du regard. Il détourna la tête, soudainement embarrassé, et perpétua le silence.
Ce fut sans compter sur la jeune femme, qui le prit de court en lançant une conversation.
Elle lui demanda depuis combien de temps il jouait au tennis, s'il jouait exclusivement en simple, et s'il était plutôt défensif ou offensif. Arai répondit avec plus ou moins d'aise. Ses questions l'étonnaient, mais étant la cousine d'Echizen, ça expliquait son intérêt pour le tennis. Quoi qu'en y réfléchissant de plus près, sa propre famille n'avait jamais fait l'effort de s'y intéresser… Même sa sœur, qui n'était pas totalement désintéressée par ce qu'il faisait ne cherchait pas à y comprendre grand-chose. Alors, peut-être que Nanako jouait-elle aussi ? Il se surprit à le lui demander.
La jeune fille répondit par la négative, elle avoua avoir plus été tournée vers le basketball durant son adolescence, avant d'enchaîner sur le sujet du sport en général. Elle parlait d'aspects qu'elle avait pu remarqué chez certains sportifs et en faisait un portrait assez élogieux. L'attendrissement dans sa voix ne laissa pas l'adolescent de marbre, même s'il demeura silencieux.
Il aimait entendre du positif sur la pratique sportive, ça le changeait de son père pour qui les études importaient davantage que ce genre de « passe-temps.» Cette discussion le motivait de nouveau à vouloir vaincre Echizen. Si son cadet se relâchait aujourd'hui, il ne laisserait pas passer l'occasion.
Quand ils arrivèrent sur le court de rue, les deux collégiens s'en allèrent trouver un endroit à l'abri des regards pour se changer, tandis que Nanako et Andrew s'installaient sur un des bancs prévus pour les spectateurs.
La jeune femme n'avait pas beaucoup eu l'occasion de parler au petit blond. Il fallait dire que ce dernier n'était pas très bavard. Elle ne savait pas si l'enfant se taisait par timidité ou à cause de la barrière du langage, bien qu'elle n'excluait pas non plus la possibilité que son mutisme soit dû au mal-être que ses grands-parents évoquaient quand ils mentionnaient leur petit-fils.
Rinko était celle qui avait soumis l'idée qu'ils aillent observer l'entraînement de Ryoma. Andrew n'avait pas exprimé d'avis sur le sujet, alors les adultes avaient décidé pour lui. Après tout les deux garçons étaient proches, et ça les arrangeait d'être entre eux pour discuter.
Nanako, pour sa part, avait essayé d'amorcer la conversation avec l'enfant durant leur trajet jusqu'à Seigaku, mais ce dernier gardait toutes réponses pour lui. Il ouvrait la bouche seulement pour les questions simples, comme celles qui concernaient son âge et sa compréhension du japonais.
Même quand elle lui parlait en anglais pour qu'il se sente plus à l'aise, ses efforts n'aboutissaient pas. Il fallait dire qu'elle n'était qu'une étrangère pour lui, même si leur lien de sang était égal à celui qu'il partageait avec Ryoma, ça ne signifiait pas grand-chose. Ils ne s'étaient jamais rencontrés avant aujourd'hui.
Elle-même ne le considérait pas encore comme un membre de sa famille. Tout ce qu'elle voyait en lui, c'était un enfant de 8 ans dont le monde était chamboulé, et qui selon le reste la famille s'entendait très bien avec Ryoma. Pourtant, les garçons n'avaient guère échangé lors de leurs retrouvailles, et se muraient tous deux dans un mutisme pesant.
La situation paraissait assez compliquée. L'étudiante se doutait qu'ils s'étaient quittés en des circonstances difficiles, puisque le retour de Ryoma au Japon était intimement lié à l'accident qu'ils avaient vécu. Elle ne pouvait se mettre à leur place, ce qui ne l'empêchait pas de s'inquiéter pour eux.
Les deux collégiens revinrent en tenue de sport et commencèrent leur entraînement. Nanako, qui avait l'habitude de voir jouer son cousin contre son père, constata l'énorme différence de niveau qui les séparait. Il menait largement son senpai, à un tel point que, connaissant Ryoma, le match devait plus l'ennuyer qu'autre chose. Aussi, elle se demanda ce qui poussait le prodige à s'entraîner avec le deuxième année plusieurs soirs d'affilés.
L'idée que ces rencontres aient un autre objectif que le tennis, purement et simplement, fit regagner son sourire à la jeune fille. Ryoma se serait-il fait un ami ? C'était la première fois qu'il organisait des rencontres régulières avec un membre de son club depuis son arrivée à Seigaku. Nanako aurait cru que Kaidoh serait le premier à provoquer ce changement, mais elle se réjouissait malgré cette tournure inattendue des événements. Ça lui mettait du baume au cœur de voir son cousin s'ouvrir de nouveau, lui qui ne sortait peu du fait de sa cécité et qui redoutait sans cesse qu'on découvre son handicap.
Quand il lui avait raconté, la semaine précédente, que trois de ses aînés savaient désormais qu'il était aveugle et que ça se passait relativement bien, l'adolescent lui avait signalé qu'il ne fallait pas s'enthousiasmer pour si peu. Elle n'était pas d'accord. Visiblement, son cousin ne se rendait pas compte de l'avancée que c'était pour lui, mais d'un point de vue extérieur, c'était flagrant.
Nanako passa quelques minutes à regarder le match avec très peu d'attention, elle imaginait le jour où Ryoma ne ressentirait plus le besoin de se cacher, persuadée qu'il viendrait plus tôt que prévu.
Ce ne fut que lorsqu'elle revint sur terre que l'étudiante se souvint du bonhomme assis à ses côtés et vérifia que tout allait bien pour lui. Il était aussi peu concentré sur le jeu qu'elle, et il n'y avait pas moyen de dire s'il était content d'être ici.
La jeune femme se demandait vraiment si les adultes faisaient le bon choix pour lui en l'amenant dans ce pays. Ça la dérangeait un peu que, depuis le début de cette transaction, l'enfant ne se soit pas prononcé sur ses envies. Elle supposait qu'on lui avait déjà demandé son avis au moins une fois, et peut-être ne ferait-elle que l'ennuyer en insistant davantage, mais en le voyant aussi terne, elle ne put s'empêcher d'essayer d'entrer en contact avec lui.
– Andrew-san ?
Le blond leva la tête vers la voix qui écorchait son nom d'une manière typiquement japonaise, pour voir ce qu'on lui voulait.
– Est-ce que tu as vraiment envie de rester vivre au Japon ?
L'enfant baissa les yeux et plissa ses paupières, mais ne répondit pas, aussi supposa-t-elle qu'il ne la comprenait peut-être pas.
– Désolé, est-ce que c'était trop compliqué ? Je voulais te demander si…
De l'universel secouement de tête de droite à gauche, le plus jeune lui indiqua qu'il l'avait comprise. Elle se tut donc, se demandant s'il venait juste de répondre à sa question précédente, mais l'expression sur le visage du petit le montrait encore en pleine réflexion.
Elle l'observa finement alors qu'il se détournait d'elle. Il se mit à gigoter, et ses pieds faisaient crisser quelques graviers au sol, ce qui trahissait son agitation intérieure. Cela dura un certain temps, puis il s'immobilisa. Les bruits de fond qu'il provoquait cessèrent, ne laissant entendre plus que la course des joueurs sur le terrain devant eux. Ses épaules s'affaissèrent et ses phalanges se resserraient.
La jeune femme ne s'attendait plus à entendre un son sortir de ce corps frêle et tout contracté. Pourtant, Andrew parla, d'une voix basse, presque chuchotée.
– Le Japon n'est pas… ce que… je veux, dit-il doucement en japonais.
Il prenait de grandes respirations marquées et cherchait ses mots. Une fois la phrase sortie, il se redressa. Ainsi, il aurait presque paru satisfait de sa formulation, mais il se tourna de nouveau Nanako pour entrer dans un bref contact visuel qui lui suffit pour s'assurer qu'il avait été compris. Il ne parvint cependant pas à tenir ce regard plus longtemps. Ses yeux s'enfuirent dans le vague et il reprit, en parlant beaucoup plus rapidement maintenant qu'il était sûr de ses mots.
– L'Amérique n'est pas ce que je veux aussi, souffla-t-il.
La maladresse de son langage se mêlait à son ton affligé. Paradoxalement, son corps se détendit et il releva la tête vers le ciel pâle et sans nuages à qui il voua une fascination sans bornes pendant les prochaines minutes.
La jeune femme saisissait mieux pourquoi le garçon ne s'était pas manifesté dans cette décision que prenait sa famille pour lui. Un frisson lui parcourut l'échine. Il n'était pas dû à la température, plutôt douce, qu'avaient les fins de journées en cette saison, mais à l'atmosphère que dégageait le plus jeune. Il lui paraissait si loin, si inaccessible, qu'elle avait beau chercher tous les mots possibles, elle n'en voyait aucun qui pourrait l'atteindre.
Avec malaise, Nanako reposa les yeux sur les deux adolescents pris dans leur activité. Elle continua à jeter des coups d'œil à l'enfant, toujours noyé au fin fond de sa bulle. S'ils avaient tous pensé que retrouver son cousin aurait un effet bénéfique sur Andrew, le résultat se faisait désirer. Il ne posa pas un œil sur lui jusqu'à la fin de l'entraînement.
Voyant les collégiens se rapprocher, la jeune femme se leva. Elle entendit Ryoma faire une remarque à son senpai, comme quoi il avait été un peu moins mauvais que les fois précédentes et pourrait peut-être espérer remporter un jeu sur six dans un an ou deux.
Nanako fronça les sourcils et retint un soupir face à l'attitude de son cousin. Arai pestait intérieurement et cherchait une remarque acerbe quand son attention se posa sur le sourire contrit de Nanako, qui ne tarda pas à faire la leçon à son cadet.
Le deuxième année se sentit un peu soutenu et rentra les crocs. Il resta calme et se tint droit, fier de montrer qu'il pouvait se tempérer et qu'il était assez mature pour ne pas être touché par ces enfantillages.
Il décida de ranger ses affaires, tout en gardant un œil curieux sur la cousine du prodige qui discutait avec ce dernier. Elle lui demandait pourquoi leur séance de club avait été annulée et le blâma gentiment quand elle apprit qu'il avait un tournoi ce week-end et ne lui avait rien dit.
Ce serait mentir de dire qu'Arai ne jalousait pas un peu son kouhai d'avoir quelqu'un dans sa famille qui s'intéressait à sa passion. Il continua à les observer intensément pendant qu'il ramassait ses affaires, avant de se décider à leur dire au revoir.
Malgré tout, la journée n'avait pas été si mauvaise, sa performance contre Echizen avait été un peu meilleure et ça ne lui semblait pas totalement dû au fait que l'autre ait été dans les nuages. De plus, il pourrait assister au tournoi ce week-end et s'il ne pouvait pas encore se tenir à la place des titulaires, regarder leurs matchs le motivait toujours à s'améliorer. Il avait hâte de les voir de nouveau dans le feu de l'action.
Peu après son départ, les trois cousins rentrèrent chez eux. Cette fois, Ryoma ne resta pas à l'écart, mais il ne parla pas plus, de même que l'enfant à côté de lui. Nanako se demandait vraiment si c'était elle qui interprétait mal l'atmosphère ou s'il y avait bien un souci. Après tout, elle n'avait jamais été témoin elle-même de leur relation en Amérique, peut-être parlaient-ils peu là-bas aussi ? Elle ne connaissait pas Andrew, mais il était vrai que sauf dans des cas bien précis, Ryoma n'était pas des plus loquaces.
À défaut d'avoir d'autres idées pour égayer l'ambiance, elle raconta quelques anecdotes récentes sur Karupin pendant le trajet.
Ryoma peinait à discuter sereinement avec sa cousine, même alors qu'elle parlait de son chat, qui était quand même son premier amour. Il luttait pour rassembler sa concentration, aspirée sans cesse ailleurs. Il n'avait pourtant pas de pensée concrète qui venait le titiller, juste un flux de malaise qui l'envahissait et qu'il tentait de rejeter. S'il avait réussi à s'en débarrasser pendant son entraînement, la sensation avait repris de plus belle dès qu'il s'était rapproché de ses cousins.
Ce ne fut que lorsque Nanako replongea dans le silence qu'il cessa de résister à cette émotion silencieuse et assourdissante. Elle le mettait dans un état d'alerte qu'il ne pouvait se permettre d'ignorer.
Le plus difficile ne fut pas de trouver la cause de son trouble. Il la connaissait déjà, bien qu'il n'aimait pas le reconnaître. Depuis qu'il était retourné au Japon après l'accident, chaque fois que ses parents mentionnaient Andrew, chaque fois qu'il se retrouvait à penser à lui, un pincement de culpabilité le saisissait. Ces moments étaient assez rares, suffisamment pour qu'il ait tendance à oublier ce problème, mais il se trouvait maintenant devant le fait accompli, sans aucun moyen pour son esprit de fuir.
Il savait qu'avec la mort de son père, son cousin n'avait d'autre choix que de vivre avec ses grands-parents. Pour avoir vécu avec Théodore et son fils pendant un an et pour les avoir fréquentés d'autant plus longtemps, il savait que le blondinet n'avait pas une relation très affectueuse avec eux. Il ne les détestait pas, mais les relations parfois houleuses entre Ted et ses parents avaient déteint sur lui, et ce malgré les efforts de son père pour qu'il ne soit pas influencé.
Même s'il connaissait la situation familiale de son cousin, Ryoma n'avait pas été là pour lui. Ni pour la mort de son père, ni pour le reste. À ce moment-là, il s'était enfermé dans sa bulle, trop accaparé par ses propres problèmes pour chercher à l'aider.
Certes, il n'aurait pas pu lui ramener son père, mais il n'aurait pas dû le laisser seul pour autant.
S'il avait ne serait-ce qu'accordé un peu d'attention à Andrew durant cette période, mais non… Il avait été aveugle, trop pour voir son cousin, trop pour s'occuper de lui comme avant l'accident. La cécité lui avait rongé le cerveau, dans tous les sens du terme. Il n'était pas fier de cette phase de sa vie de manière générale, mais il regrettait particulièrement son comportement envers lui.
C'était d'autant pire qu'il avait pris soin d'éviter de l'avoir au téléphone la seule fois où sa mère – qui se chargeait de prendre des nouvelles – le lui avait proposé. Même maintenant qu'il l'avait près de lui, il ne parvenait pas à lui parler. Pas comme avant.
Il se demandait comment leur relation avait pu ainsi changer, et encore une fois la réponse s'imposait à lui trop facilement à son goût. Avant, c'était son cousin qui venait souvent vers lui pour lui parler d'un tas de choses. Maintenant que Andy était trop mal pour l'approcher, c'était à lui de faire le premier pas.
Cette fois l'adolescent n'avait plus d'excuse, il était parfaitement conscient de la situation et lui-même avait surmonté en grande partie ses problèmes. Il réalisait à quel point ce n'était pas lui qui avait le plus perdu dans cet accident. La culpabilité le submergeait davantage quand il songeait au fait que, si son oncle ne l'avait pas amené à son tournoi ce jour-là, son cousin ne serait pas orphelin.
Ses méninges tournaient à plein régime sans lui apporter aucune solution, aucun mot ne lui paraissait bon à dire. Malgré son côté asocial, le prodige n'avait normalement pas tant difficultés à s'exprimer quand il le voulait, que ce soit avec sa famille ou des inconnus. Pourtant il se trouvait là, incapable de s'adresser à son cousin.
Le trajet du retour parut beaucoup trop court au joueur de tennis, qui n'était pas parvenu à prononcer un mot à l'égard de l'enfant avant qu'il n'atteigne le pas de la maison.
La porte s'ouvrit sur une discussion déjà bien entamée, la voix d'une femme âgée à l'accent prononcé raisonnait. Ryoma en déduit naturellement qu'elle appartenait à la mère de Théodore.
– À ce sujet… Je souhaitais vous présenter personnellement mes excuses. Le temps et certaines épreuves traversées avec mon fils m'ont fait prendre conscience que nous aurions dû laisser une chance à votre sœur. On ne peut plus revenir sur le passé maintenant, mais nous pouvons encore jouer sur le présent. C'est pourquoi, même si je ne vous cacherais pas que nous aurions aimé pouvoir le garder avec nous… Nous voulons ce qui est le mieux pour lui.
Silencieux dans le couloir de l'entrée, les jeunes n'osaient pas les interrompre. Nanako profita de la pause marquée dans le discours de la dame pour passer une main dans le dos de ses cadets et les pousser vers l'avant. Ils n'allaient tout de même pas rester à les espionner.
Ils s'avancèrent, salués au passage par Nanjiroh qui s'isolait dans le salon, et retrouvrèrent les deux femmes attablées dans la cuisine. Rinko demanda si leur sortie s'était bien déroulée, et l'étudiante prit soin de répondre par l'affirmative sans rentrer dans les détails.
Tout de suite après, la voix de la vieille femme se fit de nouveau entendre :
– Ryoma… Je ne sais pas si tu te souviens de moi ? Je suis Courtney, la mère de Theodore.
– Un peu, répondit-il avec nonchalance.
Il avait davantage entendu parler d'elle que vue en chaire et en os, aussi sa voix ne lui rappelait pas grand-chose.
– Je suis contente de voir que tu te portes bien.
Venant d'une personne qu'il ne connaissait pas vraiment, ce n'était que des formalités. Il acquiesça néanmoins alors que sa mère l'invitait à s'assoir à la table. Il hésita cependant à s'installer, dans le doute qu'une autre personne silencieuse n'occupe l'une des places qu'il supposait disponibles.
Nanako tira une chaise pour Andrew, et répéta l'opération pour Ryoma quand elle remarqua son temps d'arrêt. Une fois tous assis, sauf Rinko qui ressentait le besoin de se rapprocher de son fils, Courtney discuta un peu à voix basse avec son petit-fils.
Elle lui expliquait qu'il pourrait les contacter elle et son grand-père autant de fois qu'il le voudrait et qu'il pourrait retourner en Amérique pendant les vacances s'il le souhaitait. Si le garçon répondit ce ne fut que par des hochements de tête, car sa voix ne s'exprima pas.
Le collégien prêtait attention aux propos de la vieille dame et au peu de réactions qu'il percevait. Il se laissa déconcentrer deux secondes par Rinko qui passait la main dans ses cheveux pour les arranger ou simplement lui caresser la tête, avant que Courtney ne se tourne vers eux et demande :
– Est-ce que vous pensez que l'intégration sera difficile ? Nous n'avons aucune idée de son niveau en japonais, Teddy essayait de lui apprendre un peu, mais il disait lui-même ne pas être très bon… Il me semble qu'il t'avait demandé de l'aide à ce niveau, Ryoma ?
– Oui, je leur apprenais parfois pendant les week-ends, confirma-t-il.
Une petite vague de nostalgie le frappa alors qu'il se remémorait son oncle et son cousin essayer de saisir les bases de la langue japonaise et d'en apprendre plus sur la culture du pays. Ted se montrait plus intéressé que son enfant, mais Andy possédait quelques facilités à retenir les informations.
Tantôt l'adulte félicitait son fils pour ses capacités, tantôt il se plaignait que le gamin ait l'avantage de la jeunesse. Ce qui entraînait des chamailleries que Ryoma ne savait pas gérer.
Ces leçons n'ayant pas toujours été des plus sérieuses, il ne pouvait apaiser l'inquiétude de la vieille dame quant au niveau de son cousin.
– Ça devrait aller, la rassura Rinko. Il sera bien entouré. Ryoma lui donnerait un coup de main sur l'oral. Nanako lui apprendra peut-être l'écrit, mais je ne sais pas si elle aura beaucoup de temps…
L'étudiante aurait aimé démentir, mais entre ses études et l'aide qu'elle apportait à Ryoma, elle ne pensait pas pouvoir fournir le soutien qui serait vraiment nécessaire au jeune étranger. Il aurait sûrement besoin de plus de temps qu'elle pouvait se permettre d'accorder.
Elle fut néanmoins soulagée et amusée quand sa tante soumit une idée lumineuse :
– En fait, on a même quelqu'un à qui ça ferait du bien d'occuper ses journées. Ne vous en faites pas, enseigner le japonais devrait être dans ses compétences.
Le collégien se demanda un instant de qui elle parlait, mais un fracas dans le salon lui permit facilement de comprendre que son géniteur était visé et ne s'attendait pas du tout à ça. Il esquissa une mimique moqueuse alors qu'il imaginait son fainéant père obligé de s'improviser professeur de japonais. Voilà qui était de bonne guerre. Un gloussement de Nanako confirma qu'il n'était pas le seul à penser ainsi.
Fière de sa suggestion, et pas mécontente de rendre son mari utile, Rinko poursuivit :
– On fera comme ça, et puis d'expérience, il n'est pas si difficile d'apprendre une langue au sein de sa patrie. Andrew est encore jeune et je suis sûre que c'est un garçon très intelligent, il prendra le coup de main. Vous pouvez compter sur nous, on veillera sur lui au grain.
Courtney sembla satisfaite de ce discours. Elle ajouta, avec conviction :
– Avec une telle équipe, il finira expert ! Et entre nous, votre mari a une aura typiquement japonaise, ça permettra au petit d'en apprendre plus sur votre culture.
Cette affirmation déclencha un rire gêné chez les filles. Nanjiroh se félicita d'être resté dans le salon assis par terre, loin de cette bêtise générale.
– Vous dites ça à cause de la tenue ? supposa la femme du moine, gardant pour elle ses réflexions. Je crains qu'il ne faille pas se fier à l'habit. Il fera de son mieux cependant, je vous l'assure.
Son ton grondait d'avance l'ancien joueur professionnel, qui n'avait pas intérêt à la faire mentir. Face à cette coercition, Nanjiroh se retint de râler. Avec le monde qu'ils hébergeaient ce soir, il lui serait moins facile de trouver logis s'il venait à découcher, et il redoutait suffisamment le courroux de son épouse pour dormir dans sa chambre après l'avoir mise en colère.
Si la grand-mère ne connaissait pas assez l'homme pour rire avec sa famille, elle sourit néanmoins, se moquer gentiment d'un époux était une activité qu'elle connaissait bien.
Rinko se leva pour reprendre la préparation du souper qu'elle avait délaissée plus tôt. Ryoma en profita pour s'éclipser à son tour le temps de ranger ses affaires. Pour éviter qu'il ne glisse par accident, il fut averti à ce moment-là que son futon était déjà installé dans sa chambre afin qu'il puisse y accueillir Andrew.
Nanako s'occupa de faire la conversation aux invités. Elle leur expliquait ce qu'était un futon et précisa que son cousin céderait sûrement son lit occidental à l'enfant, qui n'était pas habitué à dormir à même le sol.
Courtney ne pouvait s'empêcher d'être soulagée. Elle avait commencé à ranger au placard ses préjugés sur les membres de sa belle famille et sur les Asiatiques en général bien avant de décider de leur confier leur petit-fils, mais certaines craintes subsistaient. Heureusement, la famille Echizen ne lui faisait pas regretter sa décision.
Avec les années, l'insistance de Ted avait porté ses fruits, ne serait-ce que pour sa mère. Son mari était encore plus borné qu'elle, et s'il avait accepté de laisser partir Andrew pour le Japon, c'était uniquement parce qu'il avait abandonné sa cause il y a longtemps. Si le gamin aimait l'Asie, il n'allait pas le retenir, après tout ça coulait dans son sang. Néanmoins, il n'avait pas pris la peine de faire le déplacement pour autant.
Sa femme, contrairement à lui, ressentait davantage de regrets vis-à-vis de leur comportement. Le temps l'avait changée et elle aurait souhaité avoir été moins dure envers sa belle-fille. Peut-être aurait-elle vu autre chose que leurs différences, si elle avait regardé où il fallait ? Ainsi, elle et son fils ne se seraient pas fâchés.
La seule chose qu'elle pouvait faire aujourd'hui pour rattraper son erreur, était de laisser partir son petit-fils. Même s'il était tout ce qu'il lui restait de Theodore…
Probablement n'aurait-elle jamais fait toute cette démarche, qui lui permettait aussi de s'excuser auprès de la sœur de sa belle-fille, si Andrew s'était senti tout à fait à son aise avec eux. Seulement, le malheur du petit blondinet lui crevait les yeux et elle avouait ne plus pouvoir supporter cette vue.
Elle et son mari étaient âgés, se fatiguaient beaucoup plus vite, et la vie qu'ils apporteraient à Andrew ne serait pas aussi active qu'il en avait besoin à son âge. Elle comprenait qu'un enfant devait grandir dans une famille plus jeune, entouré de personnes qui lui ressemblaient davantage, et qui l'accompagneraient dans sa vie et ses intérêts plus qu'ils en étaient capables.
De plus, Andrew leur avait toujours parlé du Japon le peu de fois qu'ils le voyaient, et Theodore racontait toujours à quel point son garçon admirait Ryoma et le considérait comme un frère. Il paraissait donc naturel à Courtney que son petit-fils se sente mieux dans ce pays, malgré le lien de sang ténu qu'il partageait avec cette famille.
Persuadée que cette décision était la bonne, elle le laissait entre leur main. Le manque d'engouement que présentait l'enfant ne l'alarmait pas, il était comme ça depuis la mort de Ted et elle ne s'attendait pas à ce que la joie de vivre l'enveloppe en débarquant en Asie.
La vieille dame se pencha au-dessus de la table pour caresser le visage de son petit-fils, qui la fixa sans broncher. Elle souhaitait sincèrement que le temps guérisse ses blessures… Elle ne se remettrait jamais d'avoir perdu Théodore, aussi comprenait-elle à quel point cette perte affectait le petit.
La grande différence entre eux deux, était qu'elle était sur la fin du voyage alors que lui était à l'aube de sa vie. Contrairement à elle, il avait besoin de se remettre de cette perte, et ce n'était avec deux vieilles branches à la routine monotone qu'il avancerait dans la vie. Quand bien même l'enfant s'attacherait à eux leur espérance de vie diminuait de jour en jour. Courtney ne voulait pas risquer que le garçon subisse un nouveau deuil, pas avant qu'il n'ait fini de se construire. Celui de ses parents le dévastait déjà bien assez.
La passivité d'Andrew ne suffisait pas à cacher le désagrément qu'il ressentait quand sa grand-mère le touchait. Cette dernière reçut le message, et cessa le contact qu'elle avait voulu réconfortant. Nanako, témoin de la scène, observa sans un mot la désolation de la femme et le regard teinté de regret de son descendant.
L'enfant se leva soudainement de table, pour se réfugier dans la pièce d'à côté où il se laissa glisser contre un mur, caché de tous, sauf de Nanjiroh qui lui faisait face. Le moine ignorait totalement quoi faire, il s'était volontairement éloigné de la conversation pour cette raison, et maintenant il se trouvait face aux regards de sa femme et de sa nièce qui espéraient qu'il se manifeste.
L'homme mima une supplique, pour montrer qu'il ne maîtrisait pas la situation, cependant les femmes n'intervinrent pas. Nanako se sentait impuissante, comme plus tôt elle pressentait qu'elle n'avait pas les outils pour aider l'enfant et préférait ne rien faire plutôt qu'empirer les choses. Rinko, trop occupée par la cuisine, ne savait rien de ce qui s'était passé et cherchait plus d'informations avant d'agir, tandis que Courtney demeurait muette comme une tombe.
Ce fut dans ce mutisme empli d'interrogation et de panique que Ryoma fit son retour. Il avait passé quelques minutes dans sa chambre avec Karupin, pour se ressourcer, ce qui lui avait fait le plus grand bien.
Il s'interrogea assez vite sur le silence qui entourait la pièce. Si les ustensiles de sa mère ne tintinaient pas, il se serait presque demandé s'ils étaient tous partis. Heureusement, son chat qui l'avait suivi miaula, comme s'il comprenait le besoin de son maître, ce qui encouragea l'adolescent à s'avancer dans la salle et combler le manque d'interaction.
– On mange du curry ? questionna-t-il en reconnaissant l'odeur.
Il ne remarqua qu'après avoir demandé qu'il était retourné au japonais par inadvertance, malgré les invités. Sa mère répondit par l'affirmative alors qu'il s'approchait d'elle. La femme s'empressa de solliciter, à voix basse, pour qu'il aille parler à son cousin. Sans plus d'explication.
Le première année décida que ça l'agaçait de ne pas être tenu informé. Pour commencer, on ne le prévenait pas à l'avance de l'arrivée de son cousin au Japon. Même maintenant qu'il était là on ne lui en expliquait même pas les circonstances de son séjour, il avait dû comprendre par lui-même, d'après les discussions, qu'Andrew resterait sûrement ici un moment. Pour combler le tout, il s'était visiblement passé quelque chose et on requérait qu'il lui parle sans l'informer du problème.
Le jeune préféra ne pas rester bloquer sur ça. Ces contrariétés ne devaient pas venir le gêner s'il devait parler à son cousin. Ryoma sentit une détermination se gonfler dans sa poitrine, c'était maintenant ou jamais. Quand il réfléchissait, il ne parvenait pas à dire quoi que ce soit au garçon. S'il voulait aider l'enfant, et il fallait cesser de penser et prendre le taureau par les cornes.
Il se dirigea vers la chaise qu'occupait Andrew plus tôt. Cependant, quand sa main se posa sur le dossier celle-ci se déplaça avec légèreté : elle ne pouvait qu'être vide. Avant qu'on ne lui indique où chercher le blondinet, l'aveugle s'exprima de lui-même :
– Andy ? Où es-tu ?
Au début, aucune réponse. Ryoma supposa qu'il devait être là, quelque part, sinon les adultes lui indiqueraient sur-le-champ où son cousin se cachait. Le collégien se déplaça dans la pièce, à l'affût du moindre bruit qui trahirait la présence de son cousin. Finalement, ce fut sa petite voix qui se manifesta :
– Là…
L'adolescent se dirigea alors vers le salon, et s'arrêta à l'entrée. Il tendit l'oreille, mais ne parvint pas à discerner plus d'information.
– Il semblerait que j'ai besoin de ta coopération pour te trouver.
Pour toute réponse, il entendit deux tapes au sol sur sa droite, et il ne lui en fallut pas plus. Ryoma disparut derrière le mur, ignorant tout du regard soulagé que posaient les femmes sur lui. Il donnait peut-être l'impression aux adultes qu'il savait ce qu'il faisait, malheureusement ils ignoraient combien ils se trompaient.
Il s'assit à côté du plus jeune, afin d'être confortable pour discuter, et son élan s'essouffla là. Il n'avait jamais été bon pour les conversations importantes, sauf peut-être quand ça avait un rapport avec le tennis, il se demandait vraiment comment sa mère avait pu penser que c'était une bonne idée de l'envoyer au front.
Il n'avait strictement aucune idée de ce qu'il pouvait dire, et ne se pensait pas du tout légitime du rôle qu'on lui confiait. La discussion demeura suspendue dans le temps, ils restèrent assis côte à côte. Les autres, dans le fond, mettaient la table, et l'impact des couverts sur le bois chatouillait les tympans de l'adolescent en pleine réflexion. La notion du temps lui échappait peu à peu tandis qu'il tentait d'attraper une accroche pour aborder le plus jeune. N'importe laquelle conviendrait, pour peu qu'elle ne baignait pas dans la maladresse.
À peine en trouva-t-il une, ridiculement simple mais qui avait le mérite de ne pas lui demander comment il allait, qu'il se jeta à l'eau.
– Donc, tu vas vivre ici à partir de maintenant ?
Au moins, ça répondrait aux questions qu'il se posait depuis qu'il avait entendu sa mère et Courtney parler.
– Apparemment.
Voilà. C'était déjà la fin, un bel échec. D'habitude il ne cherchait pas à faire parler les gens qui n'en avaient pas envie, sauf quand il s'agissait de les provoquer, mais la situation ne s'y prêtait pas du tout. Il abandonna vite l'idée de converser, rester près de lui suffirait pour l'instant.
Ce fut à sa grande surprise qu'Andrew murmura :
– Est-ce que c'est une gêne pour vous si je reste ?
La poitrine du première année se gonfla alors qu'il prenait une inspiration et se collait davantage contre le mur. Jamais il n'avait éprouvé autant de plaisir à entendre la voix de son cousin.
– Non, tu es de la famille. Étais-je une gêne quand je restais chez toi ?
– Non… Je suis de ta famille, et de la famille de tata Rinko, mais pour les autres…
– Nanako est aussi ta cousine. Quant à mon père… Ne fais pas attention à lui, il est plus indésirable que toi dans cette maison.
– Tu sais que j'entends très bien tes messes basses ? signala Nanjiroh. Gosse ingrat.
Le moine fut la cible d'un regard intense de la part du blondinet. Il se crut jugé pendant quelques secondes, mais quand le petit dévisagea Ryoma, avec une expression affligée, pour revenir à l'ancien pro, son attitude prit un tout autre sens.
L'enfant n'avait pas l'air d'être d'approuver le fait que son cousin parle mal de son père, et il n'était pas difficile de comprendre pourquoi, même si Ryoma était inconscient de cela. Certes il n'avait pas moyen de voir les regards du plus jeune pour s'en rendre compte, mais il ne réfléchissait pas beaucoup avant de parler non plus.
– Tu devrais faire attention à ce que tu dis, avertit l'adulte, l'air de rien.
– Che, souffla son fils sans saisir le message sous-jacent. Dans tous les cas, il sera sûrement content d'avoir de la compagnie.
Il n'obtint aucun commentaire cette fois-ci, et la conversation retomba. Les minutes passèrent, on les avertit que le repas serait bientôt servi. Alors qu'il hésitait à se relever immédiatement, une douce fourrure se frotta contre les jambes de l'adolescent.
Un sourire se glissa sur ses lèvres alors qu'il entreprit de cajoler le ventre du félin. Il le grattait derrière les oreilles, geste accueilli par des ronronnements, quand une idée lumineuse lui traversa l'esprit. Il attrapa l'Himalayen et l'apporta contre son torse, ce qui lui valut un miaulement de surprise, puis il se tourna vers son cousin.
Il lui déposa délicatement son animal de compagnie sur les jambes de l'enfant, après avoir vérifié tactilement où elles étaient.
– Là. Ça fait un moment que vous ne vous êtes pas vu, mais ça ne devrait pas trop le déranger. Il est de bonne humeur, profites-en.
Ryoma se mit debout, ce qui ne l'empêcha pas de prêter attention aux vocalises de Karupin qui lui indiquait que son cadet interagissait bien avec lui. Le jeune ne doutait pas du pouvoir réconfortant de son chat, puisque lui-même surmontait les coups durs grâce à cette boule de poils.
Au moins pour un temps, peut-être que le félidé apaiserait la solitude du garçon. Andrew vivait une phase similaire à ce qu'il avait vécu au début de sa cécité, comme son mutisme semblait le révéler, alors il devait se sentir extrêmement seul, qu'importe combien on l'entourait. Ryoma ne pouvait pas voir concrètement ses expressions et son comportement, mais le peu qu'il ressentait lui rappelait l'isolement par lequel il était passé.
Souffrir. Avoir l'impression d'être incompris. Rejeter les autres, qui à force d'échecs se sentent impuissants et cessent d'essayer, tout ça pour finir par se sentir abandonné et les rejeter d'autant plus... Ce cercle vicieux, il s'y était perdu pendant un temps. Sans le tennis qui lui avait permis de reprendre confiance en lui et en ses sens, il y serait peut-être encore.
Quand Ryoma s'imaginait que son cousin avait sûrement vécu seul dans ce même genre d'obscurité pendant l'année précédente, l'idée le tétanisait. Il l'avait privé de son père comme il s'était privé de sa vue. Il l'avait plongé dans un enfer assurément pire que le sien, et alors que lui s'était sorti de la pénombre après quelques mois – au moins émotionnellement, puisqu'il serait dans le noir jusqu'à la fin de ses jours – il y avait laissé derrière lui son cousin.
Même si rentrer au Japon n'avait pas été sa décision, il l'avait accepté sans rechigner. Comme il continuait d'accepter le fait de ne pas avoir les moyens de l'aider, en laissant à Karupin la charge de consoler le gamin.
La grand-mère du garçon remercia doucement Ryoma, qui ne répondit pas, il n'avait rien fait et ne prétendrait pas le contraire. Ce genre d'efforts sans conviction ne méritait pas de reconnaissance. S'il comparait ça au tennis, il ne vaudrait pas mieux qu'un joueur faible, amotivé, qui se complaisait dans sa médiocrité et qui abandonnait tout au moindre effort à fournir. C'était inacceptable quand il savait que son incapacité faisait du tort à Andrew.
Il avait sincèrement apprécié sa routine en Amérique avec eux, et il avait trouvé agréable d'être considéré comme un grand-frère par Andy. Ces heures qu'ils avaient passé à jouer ensemble, sur des consoles ou avec Karupin... Tous ces moments de troubles quand l'enfant venait l'interroger sur des mystères de la vie que Ted ne lui expliquait pas pour des raisons stratégiques, et dont Ryoma ne connaissait pas forcément les réponses…
Il s'était sincèrement attaché au petit blond, si bien que son admiration comptait plus que bon nombre de compliments qu'il recevait sur ses performances au tennis.
Tous ces sentiments, ils ne méritaient pas d'être énoncés et encore moins ressentis par quelqu'un qui avait négligé son cousin pendant tant de temps. Il ne vivrait pas avec lui-même s'il ne faisait rien pour réparer cette erreur.
Quand Rinko annonça que le dîner était prêt, il s'avança machinalement jusqu'à sa place. Enfoui au fond de ses pensées, il ne réagit presque pas quand elle remplit son assiette. Un raclement de gorge se fit entendre à table, et ramena l'adolescent à la réalité. Le bruit des couverts indiquait que seul lui ne touchait pas encore à la nourriture.
– Ryoma ? Ça va refroidir si tu attends trop, le prévint Nanako.
Le repas se déroula dans le calme, la discussion se limita à Rinko et sa nièce qui testaient le japonais d'Andrew en lui demandant de traduire des phrases aléatoires. Le collégien nota que l'année passée sans pratiquer la langue se faisait sentir, l'enfant hésitait plus que dans ses souvenirs, et dès qu'une phrase lui paraissait trop compliquée il renonçait bien plus rapidement. Sa mère prévint l'enfant qu'une fois sa grand-mère repartie, ils lui parleraient majoritairement japonais afin qu'il progresse. L'anglais ne serait utilisé que pour expliquer le vocabulaire et les formulations qu'il ne connaissait pas.
Le petit n'émit aucune opposition. Tel que Ryoma le connaissait, son cousin n'aurait pas aimé ces règles. Il acceptait d'apprendre cette langue sans être trop sérieux et n'aimait pas être forcé.
Cependant, il n'avait plus le choix. S'il allait vivre dans ce pays et y être éduqué, il devait bien parler japonais. L'absence de plainte donnait l'impression que le plus jeune se résignait juste à son sort.
En face de lui, les filles semblaient enthousiastes et satisfaites d'arriver à faire parler l'enfant. La grand-mère aussi, elle proposa à son petit-fils qu'il lui apprenne à son tour ce qu'on lui enseignait ici quand il la visiterait. La joie de ce dernier ne se ressentit pas. Sceptique, il lui rappela :
– Mais tu n'aimes pas le Japon.
– Eh bien… Je m'intéresse à ce que tu aimes, trésor, expliqua-t-elle avec une pointe de gêne.
Le garçon s'apprêta à rétorquer :
– C'était… Non, c'est rien, oubli.
C'était son père qui affectionnait ce pays. La seule raison pour laquelle Andrew lui en parlait souvent par le passé était pour défendre ses parents auprès de ses aïeuls. Ryoma n'ignorait rien de cela, et se demandait pourquoi le petit renonçait à rétorquer quoi que ce soit.
– Tu sais que les choses n'ont pas toujours été faciles entre ton père et nous, mais nous l'aimions, n'en doute pas, comme nous t'aimons. Ton grand-père… Il a encore du chemin à faire, mais sache que tu seras toujours le bienvenu chez nous. Même si un océan nous sépare, je ne t'oublierais pas, alors ne nous oublie pas non plus, d'accord ?
Aucune réponse, le garçon hochait peut-être de la tête ? Une ambiance particulière planait. L'adolescent ne savait que penser de cette femme. Il restait surpris qu'elle leur laisse Andrew comme ça, et que ça se fasse aussi facilement. Les planifications et démarches administratives pour changer de tuteurs et de pays duraient sûrement depuis un moment, ce qui rendait d'autant incroyable pour Ryoma le fait que personne n'ait jugé nécessaire de le tenir au courant.
L'irritation le rongeait. À quoi pensaient ses parents ? Même Nanako semblait dans le coup… Il comprenait qu'il n'ait pas son mot à dire dans l'affaire, mais qu'on lui cache quelque chose d'aussi important le décevait.
La situation lui tombait dessus sans prévenir, et il n'était pas certain d'être encore apte à la gérer. Il se retrouvait coincé entre sa détermination d'aider son cousin et le désarmement qu'il ressentait à décider de ça du jour au lendemain.
Aussi calme et rationnel essayait-il de rester, il ne pouvait que reconnaître sa confusion. Il blâmait ses parents pour cela, et quiconque l'ayant tenu dans l'ignorance, espérant intérieurement que sa cousine ne faisait pas partie du lot.
Le repas finit, il aida à débarrasser. Nanako se chargea ensuite de guider Courtney jusqu'à sa chambre d'ami et Rinko invita son fils à coucher son cousin. Il s'exécuta.
Une fois dans sa chambre, Ryoma se dirigea directement vers le lit, écrasant le futon au passage, et arrangea la couverture qu'il laissait souvent en désordre.
– Ça devrait être bon. Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande. Je serais dans la salle de bain, la porte à droite en sortant. Si tu veux t'occuper avant de dormir, tu peux toucher à tout ce qu'il y a ici, ça ne me dérange pas. Si tu bouges quelque chose, essaye de le remettre à sa place après par contre.
– La lumière ? enquit son cousin.
– Ah. L'interrupteur est quelque part par là, indiqua le collégien en cherchant puis enclenchant le bouton. Pense juste à éteindre quand tu n'en auras plus besoin, je l'utilise pas.
Un simple « okay » parvienne aux oreilles de Ryoma, qui attrapa son pyjama s'éclipsa sur le champs. Il opta cette fois pour une douche afin de ne pas s'éterniser. Ce soir là, le temps n'était pas à la détente ou la réflexion, il devait se coucher tôt pour le tournoi.
Quand il retourna dans sa chambre, il demanda à son cousin s'il dormait.
– Pas encore, mais je vais.
Cela serait probablement tout pour ce soir, puisqu'il ne trouva rien d'autre à lui demander. Il s'installa dans le futon et attendit que Morphée l'emporte. Malheureusement, même s'il ne pensait à rien de concret, le sommeil ne le gagnait pas. Il se tourna à plusieurs reprises sur lui-même, et blâma le manque de matelas comme source de son inconfort.
Au bout d'un moment, il ne pouvait plus tenir en place. La respiration de son cousin à côté l'informait qu'au moins un d'eux dormait. Il se leva donc en prenant soin de ne pas faire trop de bruit et descendit au rez-de-chaussée à la recherche de la présence d'autres insomniaques. À défaut d'en trouver, il chercha son chat, et l'emmena avec lui. Bercé par le ronronnement du félin, il parvint enfin à s'endormir.
Les décors défilaient, tous différents et quelque peu difformes. Andrew se promenait avec son père et son cousin, en touriste, dans ce qui était probablement New York. À chaque fois qu'il s'intéressait trop à ce qui se passait autour et perdait de vue l'un d'eux, l'enfant angoissait. Il s'accrochait désespérément pour s'assurer que ça ne se reproduirait pas.
L'atmosphère éphémère l'oppressait, il lui suffisait de tourner la tête pour que l'environnement ne soit plus le même, ça ne le rassurait pas. Il ne contrôlait rien. Bientôt, il réalisa que sa main, qui plus tôt agrippait celle de son père, ne tenait plus quoi que ce soit. Ryoma avait aussi disparu.
Il les chercha, encore et encore, sans rien trouver. Il bougeait dans tous les sens, son pouls s'emballait, il suffoquait. Les draps, qui s'emmêlaient dans ses jambes alors qu'il se retournait maintes et maintes fois dans son lit, lui signalaient qu'il pouvait s'échapper de cet enfer. Aussi se releva-t-il soudainement.
À quatre pattes sur le matelas, ses mains tremblaient. Quand il eut repris sa respiration, un bref coup d'œil en direction de la fenêtre par laquelle les étoiles et la lune éclairaient très faiblement la pièce lui suffit pour comprendre qu'il n'était pas chez lui.
Il se demandait où il se trouvait. Tout lui revint assez vite. Il n'était ni chez son père, ni ses grands-parents. Son coeur se serra dans sa poitrine, reste de l'anxiété qui l'avait submergé dans son rêve. Il gigota pour essayer de la calmer, et se stabilisa contre le mur pour y chercher un quelconque soutien. Les minutes s'écoulèrent, interminables, et ne lui étaient d'aucun secours.
Avec les mois, il réalisait que le pire n'était pas les cauchemars en eux-mêmes, mais le fait de se réveiller face à une réalité ô combien similaire à ces derniers. Il n'avait plus personne chez qui se réfugier après ces nuits mouvementées. Même en cette nuit d'été, il frissonnait à cause de cette solitude. Il aurait tout donné pour un peu de chaleur de la part de quelqu'un qu'il connaissait vraiment. Tellement que, lorsqu'il songea à Ryoma qui dormait à côté, il ne put s'empêcher de sortir du lit et l'approcher.
Dans le noir, il avançait doucement. Jusque là, il n'avait pas cherché à faire d'effort pour approcher son cousin et ne comptait pas en faire, mais l'état dans lequel le plongeaient ses cauchemars le faisait oublier sa résolution de ne pas approcher de trop son cousin. Le besoin de pallier ce gouffre de solitude le poussait à des actions désespérées.
Il attrapa ce qu'il supposa être la couverture du futon et l'écarta pour se faufiler dessous. Au passage, il écrasa sans délicatesse une des jambes de l'endormi qui émergea aussitôt de son sommeil. Le sentant bouger, l'enfant réalisa qu'il dérangeait. Il se raidit et s'excusa.
Ryoma n'avait pas dormi assez profondément pour ne pas deviner qui le réveillait.
– Quelque chose ne va pas ? marmonna-t-il, un peu surpris.
– Un cauchemar.
La compréhension se fraya rapidement un chemin dans l'esprit de l'adolescent qui s'écarta pour laisser une place à Andrew. Puisque le garçon ne bougeait pas, il l'invita à le rejoindre avec les mots.
Il ne s'attendait pas à ce que le plus jeune se colle autant à lui. Habituellement, il n'était pas bon pour ce genre de choses, pourtant ça ne lui prit pas plus d'une seconde pour réagir et l'envelopper dans ses bras.
Peut-être était-ce la nuit qui éveillait son instinct cajoleur, ou tout simplement le premier pas de son cousin qui démolissait les barrières entre eux, mais rien de tout ça n'importait. Il resserra son étreinte sans pour autant étouffer l'enfant.
– Je suis désolé…
Les excuses sortirent de sa bouche plus facilement qu'il ne l'aurait pensé, il les prononçait sans même réfléchir. Pour toute réponse, son cadet le serra à son tour. Ryoma se crispa sous l'étreinte, loin d'être douce et affectueuse. Les doigts de son cousin lui pinçaient la peau, seul son pyjama les empêchait de le griffer. Son premier réflexe fut de s'en défaire. L'enfant remarqua la douleur qu'il infligeait à son aîné et adoucit son geste au grand soulagement de ce dernier.
Ryoma se doutait qu'il n'avait pas eu l'intention de lui faire mal, et continua de le réconforter.
L'embrassade s'allégea quelques minutes plus tard, quand le plus petit se rendormit enfin, ce qui permit à l'adolescent de se sentir plus à l'aise.
L'odeur de son cousin l'entourait, et sa respiration désormais sereine l'apaisait. Il était cependant bien plus encombrant que Karupin. Le collégien craignait de mettre un long moment avant de retrouver le sommeil. Pourtant, peu de temps s'écoula avant que les caresses machinales qu'il appliquait dans le dos de l'américain ne cessent, en même temps que sa conscience sombrait loin de la réalité.
Voilà pour ce chapitre. Le prochain est vraiment le jour du tournoi, depuis le temps que j'en parle... XD Je ne me doutais pas qu'il se passerait tant de choses entre temps.
A partir de maintenant on devrait davantage entendre parler des autres équipes. Je sais que certains d'entre vous étaient curieux de si on allait les voir. Ça arrive, doucement, mais sûrement.
