Nous y voilà donc. Après six mois, cette aventure arrive à sa fin dans ce chapitre explosif. Je tiens quand même à faire mon auteur lavette en remerciant tous ceux qui m'ont suivi jusqu'ici, ceux qui laissaient des reviews tout comme ceux qui restaient dans l'ombre. Merci à vous lecteurs.
Un dernier avertissement : si vous êtes du genre à lire la fin d'un chapitre, abstenez-vous. Il y a une surprise à la fin, qui risque de vous gâcher un peu la conclusion. Vous pouvez aussi le faire quand même, mais au moins, je vous ai prévenu. ;-)
À présent, c'est parti pour la fin de Requiem pour un clown. :-D
Chapitre Vingt-Cinq
Rira bien qui rira le dernier
Monorail de Gotham
20 décembre, 12h49
Lil'Jay
Je tente d'ouvrir le feu, mais les balles sifflent sur les côtés de Batman sans le blesser, et il m'est impossible de tirer une seconde fois avant que le corps-à-corps s'engage. Je bondis en arrière en rentrant le ventre, m'épargnant un coup de coude qui aurait très certainement été douloureux. Une pirouette vers l'arrière me met temporairement hors de portée afin de me permettre l'utilisation de mes armes. À mon grand désarroi, Batman redresse sa cape devant lui comme un bouclier, coinçant les balles dans les fibres renforcées. Il tournoie ensuite sur lui-même et j'ai juste le temps de voir la grenade fumigène avant que la fumée n'envahisse le compartiment avec une explosion.
Aveuglée par la fumée, je pousse une exclamation de surprise en reculant à tâtons. Mes mains atteignent le tableau de bord du monorail, m'apprenant que je me suis mis dos au mur toute seule. À la dernière minute, je me souviens d'activer mes lunettes thermiques, juste à temps pour éviter une autre attaque. Mes pieds quittent le sol lorsque je prends appui sur la console et percutent la mâchoire de Batman qui encaisse sans broncher le coup avant de donner un coup de poing vers mon visage. Je roule sur moi-même et le gantelet enfonce la délicate machinerie, projetant quelques étincelles.
En tentant de m'esquiver de nouveau, je suis tiré par en arrière lorsque Batman s'est saisi de ma cape. Pourquoi n'ai-je jamais songé à ce détail avant ?
Le chevalier se saisit de mon col et me soulève à la hauteur de son visage bouillant d'une rage que je ne lui connais pas. Lui qui est toujours d'un calme désarmant, la colère qui vibre dans sa voix me fait frissonner de peur.
-Où est-elle ?! hurle-t-il en me secouant comme un prunier. OÙ EST-ELLE ?!
Il parle bien sûr d'Harley Quinn. Se doute-t-il de quelque chose ? Non, bien sûr que non…et si oui ? S'imagine-t-il vraiment que je sache quoique ce soit sur la position de la reine du chaos ? Pour être franche, je doute que même Red Aces sache quelque chose. Et ceux qui étaient au courant ne doivent plus être en mesure de vendre la mèche…
-Comment va ta blessure ? je demande en avalant péniblement ma salive, faisant référence à la balle que je lui ai tirée il y a quelques mois.
En guise de réponse à mon acte de bravoure stupide, il me lance contre la console de commande. La douleur explose dans mon crâne tandis que je sens le goût du sang envahir ma bouche. Sans me laisser le temps de me remettre, il se saisit d'un des grelots de ma cagoule et me tire la tête vers l'arrière, répétant sa question. Lorsque je lui propose d'aller voir ailleurs si j'y suis, il frappe de nouveau mon front contre la console. Aïe, je songe alors qu'un filet de sang coule sur ma joue. Celle-là, je l'ai senti passer.
Mon corps semble prêt à rendre les armes, à me laisser tomber dans la bienfaisante torpeur de l'inconscience. Mais je refuse d'abandonner aussi simplement. Toute ma vie, j'ai fui et je me suis caché, laissant d'autres se battre à ma place. Je ne suis plus sûre si je me bats encore pour une cause : néanmoins, je peux au moins me battre pour moi. C'est pourquoi je me force à me saisir d'une grenade fixée à ma ceinture de bandoulière, parvenant à arracher la goupille du pouce. Je la laisse ensuite tomber sur le sol, où elle roule vers l'arrière grâce au mouvement du monorail.
Ma stratégie fonctionne et Batman me lâche en voyant l'explosif. Réagissant à la vitesse de l'éclair, il donne un coup de pied à la grenade qui est projetée au fond du compartiment. À ma grande surprise, il enroule ensuite sa cape autour de moi et me plaque au sol juste à temps pour me protéger de l'explosion. Le wagon est agité d'un violent soubresaut qui me fait craindre un déraillement, mais non. Le monorail poursuit sa route à travers Gotham. Seulement cette fois, un sifflement strident me déchire les oreilles.
En me dégageant du justicier, je constate qu'un pan important du mur gauche du train a disparu, laissant voir les immeubles défiler de manière floue. Un début d'incendie commence également à se propager le long du train, dangereusement proche des cuves de gaz…
Voyant que Batman n'a pas l'intention de me lâcher aussi facilement, je saisis son visage à deux mains et percute son estomac de mon genou. Sans le blesser sérieusement, le coup le fait reculer assez pour que je puisse bondir à l'écart. Le détonateur de Red Aces est à presque à portée de main…
Je jette un regard à Batman, incertaine, puis me jette sur l'appareil. Un batarang ricoche sur le mur au-dessus de ma tête une seconde avant que mes doigts se referment sur l'objet qui attend toujours la confirmation. J'échappe un rire nerveux, puis active le détonateur en fermant les yeux.
Puis rien.
Pas d'explosion, pas de chuintement indiquant que nos réserves de gaz sont libérées sur les rues et leurs habitants. Juste le vrombissement du monorail et le sifflement du vent qui s'engouffre dans la brèche. Qu'est-ce qui se passe ? Quelque chose n'a pas fonctionné ?
Une détonation lointaine retentit. Avant que je puisse comprendre de quoi il s'agit, la silhouette de Red Aces apparait soudain à travers la brèche, me prenant moi-même par surprise. Je n'avais même pas réalisé qu'elle avait quitté le wagon durant mon combat avec Batman.
Ma partenaire se balance à l'intérieur du wagon en hurlant et percute le dos de Batman, enroulant ses jambes autour de sa taille. Le chevalier noir grogne sa surprise en fléchissant les genoux, mais ne tente pas de dégager sa nouvelle ennemie. À la place, il s'empresse de pianoter une touche invisible sur son gantelet. Sa cape semble luire et Red Aces pousse un cri de douleur avant d'être projeté au sol, agitée de spasmes. Mon cœur manque un battement, puis je constate qu'elle se relève, ses membres tremblants.
-Tu ne m'auras pas deux fois avec la même stratégie, Stone, dit Batman en désactivant le courant électrique de sa cape.
-Entendu, rétorque Red Aces. Jouons là directement alors.
Brandissant son plus intimidant poignard –celui qui possède une lame dentelée conçue pour traverser les os-, elle charge en se servant de la paroi comme tremplin. Batman s'attend néanmoins à une attaque de ce genre, car il croise ses avant-bras de façon que les excroissances en dépassant bloquent la lame à quelques centimètres de son visage. Me trouvant tant fascinée par le duel que j'en oublie de prêter assistance à ma partenaire, je reste immobile à me demander qui peut l'emporter entre les deux.
Finalement, la force brute de Batman l'emporte sur l'agressivité de Red Aces qui se retrouve à son tour plaquée contre le mur. Lorsque je me décide à intervenir un peu tard, le chevalier noir me repousse d'une taloche brutale qui me fait me mordre ma propre langue et trébucher. Je crache un peu de sang, à moitié surprise de ne pas voir une dent ou deux suivre le même chemin. Mon ennemi ne bouge plus, tendant l'oreille comme si quelqu'un lui parlait.
-Non…murmure-t-il en relâchant Red Aces qui s'affale au sol.
Il fixe quelque chose à l'avant de la locomotive, et je suis son regard. À plusieurs mètres devant nous, le rail unique du monorail s'arrête brusquement, tordu par l'explosion de la bombe que j'ai probablement activée moi-même. Le train lancé à pleine vitesse et chargé à ras bord de sa mortelle cargaison s'apprête à dérailler et à s'écraser directement dans un hôpital…
Nous devons foutre le camp d'ici !
Batman doit avoir compris que c'est sans espoir, mais son désarroi semble ouvrir une porte dans sa défense que Red Aces entend exploiter. Elle referme sa prise sur la poignée de son arme blanche et tente de lacérer l'abdomen du chevalier noir. Ce dernier voit venir le coup et referme ses mains sur l'avant-bras de ma partenaire et le tort dans son dos dans une clé de bras si violente que je peux entendre l'humérus se briser avec un craquement sinistre. Red Aces pousse une plainte déchirante de douleur et lâche son couteau, avant d'être envoyée à travers la brèche d'un coup de pied dans son dos. Je pousse un cri d'horreur, puis constate que par une chance incroyable, elle s'est écrasée sur un toit qui se trouvait à notre hauteur pile au bon moment. Batman me jette un regard l'espace d'un instant, puis secoue la tête.
-Je n'ai pas à te tuer. Mais je n'ai pas à te sauver non plus.
Il s'éjecte à son tour de la locomotive. Sous mes yeux, il écarte les pans de sa cape, qui prend l'allure des ailes d'une chauve-souris et s'éloigne en planant.
Mon instinct de survie encore fonctionnel envoie un déluge d'adrénaline dans mes veines lorsqu'il prend conscience de la collision imminente et je me dirige à mon tour vers la brèche. Avant que je puisse sauter, le monorail atteint la brèche et fait un vol plané dans les airs, fonçant vers la façade vitrée de l'hôpital. Comme au ralenti, je me jette de l'appareil en vol, parvenant à dégainer mon grappin et à l'activer avant la catastrophe. Le choc trop brusque déboîte mon épaule, me faisant hurler, mais je suis arraché prestement à la zone dangereuse lorsque le monorail défonce plusieurs étages et explose. L'onde de choc me frappe de plein fouet et m'envoie valdinguer jusqu'au sommet d'un toit où je vais faire roulade sur roulade avant d'être arrêté par une bouche de climatisation.
Étrangement en position assise et face au carnage, j'observe les wagons du monorail s'écraser les uns après les autres sur l'immeuble avant de rebondir sur les bâtiments voisins ou jusque dans les rues tandis que la locomotive s'est transformée en boule de feu. Puis, pour parfaire ce chef-d'œuvre de destruction et de cacophonie de métal à l'agonie, les bombonnes de gaz crèvent à leur tour et libèrent la toxine sur plusieurs mètres de diamètre avant de retomber rapidement dans les rues et de s'étendre partout. À l'abri dans les hauteurs, j'entends les premiers cris et ricanements hystériques, prouvant qu'Harley a menti sur une chose : il ne s'agit pas de gaz hilarant, mais bien de Delirium.
Je referme ma main valide sur mon bras blessée et mords ma lèvre inférieure d'appréhension. J'étouffe un gémissement douloureux en replaçant mon épaule déboîtée, puis me laisse choir la respiration haletante en attendant que la souffrance s'amenuise. J'ai mal à chaque inspiration ; je dois avoir une ou deux côtes de fêlées. Bien peu de choses, considérant ce à quoi je viens d'échapper.
Après quelques minutes, je me relève péniblement et va sur le bord du toit pour constater les dégâts : toute la moitié supérieure de l'hôpital est la proie des flammes, de même que quelques autres immeubles et plusieurs voitures au sol ; et parmi les débris écrasés du monorail, parmi les fumeroles se dissipant déjà du Delirium, les gens infectés laissent libre cours à leur folie meurtrière en attaquant tout ce qui bouge. En regardant l'hôpital, j'ai un étrange sentiment de déjà-vu…
Mon regard tombe sur le panneau de pierre planté devant le bâtiment hospitalier : Gotham General Hospital. La lumière se fait alors dans mon esprit : j'ai vu cet endroit dans les nouvelles du journal télévisé, il y a quelques semaines de cela. C'est ici qu'on a emmené Dick Grayson, alias Nightwing, après que je lui ai tiré dans la tête. Aux dernières nouvelles, il était toujours dans le coma ici même.
Rien ni personne n'aurait pu survivre à une telle catastrophe. Et si par un miracle improbable, Nightwing est encore en vie, les fous vont s'occuper de le mettre en pièces. Et dans son état, il ne pourra rien faire.
Je comprends mieux la réaction de Batman tout à l'heure. Nul doute qu'Harley Quinn est venu lui révéler la destination finale de ce train, trop tard pour l'arrêter –il était prévu de donner à Batman une radio le reliant à l'Asylum Tower-. Tout cela n'était en fait qu'une belle arnaque : bien que les victimes ici soient nombreuses, cela n'a rien à voir à ce qu'aurait donné un gazage du sud-est de l'île. L'unique objectif d'Harley était d'éliminer le dernier proche de son ennemi encore vivant –plus ou moins- et en liberté.
C'était…bien joué.
Me rappelant soudain dans quelles conditions j'ai été séparée de ma partenaire, je décide qu'il est plus que temps de quitter cet endroit et d'aller voir si elle va bien.
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Quartier sud-est de Gotham
20 décembre, 13h33
Lil'Jay
Moi-même amochée par l'affrontement et le déraillement, il me faut plus d'une demi-heure malgré mon grappin pour rejoindre la dernière position connue de Red Aces. Pour ce faire, je me suis de peine et de misère hissée sur le rail et m'en suis servi pour me déplacer, faisant appel à toute ma concentration pour ne pas glisser et aller m'écraser au sol, plusieurs étages plus loin. Après tout cela, ça aurait été une fin plutôt humiliante.
Je la repère enfin depuis mon perchoir, tache rouge au milieu du gravier gris recouvrant le toit. J'utilise mon grappin pour descendre, mais le fidèle appareil rend finalement l'âme et j'atterris de manière bien peu gracieuse à la hauteur de ma partenaire. Red Aces se retourne à mon arrivée et me sourit de toutes ses dents, révélant un trou sanglant dans sa dentition et se dirige vers moi. Son bras droit pend lamentablement sur le côté, mais elle parvient à me redresser sur mes pieds avec sa gauche avant de m'embrasser.
-N'est-ce pas merveilleux ? me dit-elle en gloussant.
-Batman s'est échappé, je réponds cyniquement, et aucune de nous deux n'est désormais en mesure de servir d'obstacle.
-Ma chérie, tu ne comprends donc pas ? Une fois que la boîte de Pandore est ouverte, plus rien ne peut la refermer !
Je connais bien le mythe. Tous les maux de la Terre enfermés dans une boîte qui fut ouverte par l'insouciante Pandore. Lorsque l'idiote réalisa son erreur et voulu refermer la boîte, elle y enferma une dernière chose : l'Espoir.
Un déclic se fait alors dans mon esprit. Alors que Red Aces se lance dans un monologue décousu sur la joie de voir le monde promis par Harley Quinn, je comprends ce qui m'a toujours manqué : non pas une cause ou un but, mais bien l'espoir. Je n'ai jamais eu l'espoir de fuir ma vie. Jamais eu d'espoir pour cette société corrompue, ce peuple ignorant et cette vie sans saveur. J'ai cru trouver la liberté en tuant mon propre père, mais en réalité, je doutais toujours ; l'espoir était absent.
J'ai troqué un mensonge pour un autre. Au fond, je suis toujours une esclave.
Ma main se dirige vers la crosse du dernier pistolet qui me reste. Du pouce, je parcours la gravure représentant le symbole du Gémeau, censé représenter ma nouvelle vie. Quelle imbécilité d'avoir cru qu'un symbole d'union représentait la liberté. J'aurais mieux fait de graver une chaîne.
Je dégaine l'arme et la pointe vers Red Aces. Me tournant le dos, elle doit cependant comprendre que mon silence est anormal, car elle se retourne. En voyant l'arme pointée sur elle, Red Aces ne s'affole pas ni ne se met en colère : elle sourit davantage et pose sa main valide sur sa hanche.
-Que comptes-tu faire avec cela ? me demande-t-elle.
La question prend plus d'impact qu'elle ne le s'imagine sans doute. C'est vrai cela que suis-je en train de faire ? Qu'est-ce que je veux faire.
-Tu veux me tuer ? poursuit Red Aces. Comme tu as tué ton père ? Pourtant, je t'aime de toute mon âme !
-Mensonge, je dis en tremblant, des larmes roulant sur mes joues. Je ne suis…qu'une esclave…servile…pour toi…pas vrai ?
J'ai toujours nié l'infidélité de mon amante, même si je suis tombé plus d'une fois sur des preuves accablantes. Elle me gardait près d'elle, car je faisais tout ce qu'elle voulait. Je lui obéissais plus à elle qu'à Harley Quinn elle-même ! C'est à ce point que je l'aimais. Que je l'aime toujours. Cependant, malgré mon hésitation, une flamme s'est allumée en moi.
-Gabrielle, je murmure, l'appelant pour la première fois par son vrai nom. Je…je t'aimerai toujours.
Le coup de feu résonne en écho dans tout le quartier, faisant bourdonner mes oreilles. Red Aces écarquille les yeux et fixe sa poitrine de laquelle fleurit rapidement une fleur plus écarlate que le rouge de sa tenue. Elle porte la main à son sein et recule de quelques pas, gloussant de manière étranglée. On croirait davantage entendre un gargouillement qu'un rire. Puis, elle bascule par-dessus le bord du toit.
Hors de mon champ de vision.
Hors de ma vie.
Elle est partie.
-Même l'homme le plus puissant du monde peut mourir d'une balle dans la tête, je dis à moi-même. De même que n'importe quelle femme…
Je ferme les yeux, pleurant de plus belle, sanglotant même. L'amour de ma vie est mort de ma main. Il ne me reste plus qu'une chose à faire pour que l'on soit éternellement ensemble, en égales. Je lève le canon de mon arme et le cale sous mon menton, directement dans les tissus mous de ma gorge. Une pression de la détente. La fin sera presque immédiate, car la balle va réduire mon cerveau en bouilli et le répandre un peu partout. Si simple, si tentant…
Quelque chose me retient. La flamme ne s'est pas éteinte, au contraire. Comme alimentée par la disparition de Red Aces, elle s'accroit en moi et me remplit d'une nouvelle…détermination. Non, je refuse de mourir ici, comme une lâche.
Mon père est mort. Red Aces est morte. Plus jamais je ne subirai leur tyrannie, leur brutalité. Pour la première fois de ma vie je suis…libre ? Est-ce vrai cette fois ?
Qui suis-je ?
Tant que je n'aurai pas trouvé la réponse à cette question, il y aura une ombre sur ma vie. Néanmoins, je me sens apaisée, avec moins de crainte que d'ordinaire. J'abaisse mon pistolet et l'observe avec curiosité, comme si je le voyais pour la première fois. Il est malsain d'autant s'attacher à des objets aussi…matériels.
Presque machinalement, j'éjecte le chargeur et le jette sur le côté, fais quelques pas avant de jeter l'arme un peu plus loin. Mes pas s'accélèrent jusqu'à se muer en course. Le rebord du toit se rapproche à toute vitesse, jusqu'à ce que tout d'un coup, il ne reste plus que le vide…
…et l'hélicoptère de journaliste qui passait à ce moment et que j'avais entendu arriver. Je m'accroche à un des patins de l'appareil dont le vrombissement des pales donne l'impression de faire vibrer mes dents dans mes gencives. J'escalade l'hélicoptère le plus vite possible et force la portière, prenant par surprise les deux hommes s'y trouvant.
-Je prends les commandes, j'annonce avant de jeter le premier homme par-dessus bord.
Le journaliste pousse un hurlement avant d'aller s'écraser à travers une fenêtre un étage plus bas. Il devrait vivre. Alors que je monte dans la cabine, le pilote m'observe avec horreur et décide avec sagesse qu'il aura plus de chance avec le vide qu'avec moi. Il ouvre donc la portière de son côté et se laisse tomber. Il aura au moins eu dans sa panique la présence d'esprit d'emporter un parachute.
Une fois installée aux commandes et après avoir stabilisé mon vol, je prends une longue respiration et retire lentement ma cagoule. En la jetant à son tour dans le vide, je confirme que Black Aces est effectivement morte avec sa partenaire, mettant fin au duo des As d'Harley Quinn.
Je me dirige vers le continent, laissant derrière moi Gotham, Batman et Harley Quinn, ainsi que mon ancienne vie. Je ne sais pas encore qui je suis, mais je crois qu'il est temps de le découvrir.
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Asylum Tower
20 décembre, 21h57
Harley Quinn
Toujours aucune nouvelle de mes As. Je ne suis pas inquiète. Quel est le pire qui puisse arriver ? Qu'elles soient mortes toutes les deux ? Batman ne tue pas ses victimes, mais je les ai un prise au dépourvu avec mon coup à l'hôpital. Tant pis alors. De toute façon, elles étaient remplaçables. Je suis sûre que j'arriverai à trouver de nouveaux acolytes, en cherchant un peu.
Piers devant moi fixe l'échiquier avec une concentration telle qu'on pourrait croire qu'il essaye de bouger les pièces par la force de sa pensée. Amusée, je reste cependant silencieuse en attendant qu'il se décide à jouer, agitant un yoyo d'un air négligent. Il faut bien s'occuper pendant que Batman s'escrime à sauver sa ville condamnée.
Enfin, Piers déplace délicatement le cavalier de sorte à menacer ma reine. Exactement l'ouverture que je cherchais. Avec un sourire, je fais glisser mon dernier fou directement derrière les lignes ennemies et va acculer le roi ennemi, prononçant un «échec et mat» triomphant. Quand je pense qu'avant, je rechignais à apprendre ce jeu ! Pourtant, il est très amusant. Les échecs nous donnent l'occasion, si on applique la bonne stratégie, de donner une illusion de sécurité à son adversaire, tandis que l'on déplace tranquillement ses pions. Puis, lorsque la vérité éclate, il est déjà trop tard. L'ennemi perd tout sans pouvoir se défendre.
C'est comme moi, en fait. Tous ces longs mois, j'ai mené ma barque autour de Gotham, sans que personne n'envisage que je sois dangereuse. Et maintenant, tout le monde s'en mord les doigts.
D'un coup de pied, je m'éloigne de la table supportant l'échiquier grâce aux roulettes de ma chaise et retourne examiner mes écrans. Mmh. Le gouvernement s'est finalement décidé à envoyer la garde nationale. Mais bien sûr, comme à chaque fois, ils vont se contenter d'attendre sagement que les deux camps s'entredéchirent avant d'intervenir et de se proclamer des héros. Si ça les amuse.
Dans les dernières heures, outre le Gotham General Hospital et le Grand Mail, j'ai réussi à détruire quatre avant-postes de la police, la moitié du Bowery et plusieurs emplacements divers au gré de mes humeurs. Batou se fatigue, il n'arrive plus à suivre le rythme et il commet des erreurs. D'ailleurs, où se trouve-t-il ?
Le GPS de sa radio me renseigne rapidement. Il se dirige vers le vieux Gotham. Huh, c'est curieux, ce n'est pas l'emplacement d'une de mes bombes du moment. À moins que…
Mais oui ! Le grand détective a enfin découvert où se trouvait son vieux majordome. Il doit se sentir stupide de ne pas y avoir pensé plus tôt. Tous mes coups majeurs étaient dans des lieux symboliques pour lui ou moi. L'Allée du Crime, l'hôpital où était soigné son ancien acolyte, l'endroit où il m'a affronté pour la première fois…quelle meilleure circonstance que cet endroit pour le mettre au défi de sauver la personne à qui il tient le plus ?
-Alfred ? je demande en lançant un appel dans la cellule du majordome. Ça va, toujours vivant ?
Le vieil homme relève la tête et dévisage la caméra. Malgré les ecchymoses et les signes de malnutrition, il encaisse assez bien pour un vieillard. Il garde ce même regard de défiance tranquille, comme s'il me regardait moi plutôt que la caméra.
-J'ai de bonnes nouvelles. Il semble que ton patron soit en chemin. Tu veux lui parler ?
Ne lui laissant pas le choix, je bascule sur la fréquence de Batman, faisant en sorte que les deux peuvent m'entendre.
-Salut Batou. Pas trop fatigué ? C'est une dure journée après tout. Tiens, parce que je suis gentille et que je sais que tu te diriges vers lui, je vais te passer Alfred. Dis bonjour Alfred !
-Maître Bruce ! s'exclame le majordome.
-J'arrive Alfred, répond Batman sans s'arrêter. Tenez bon.
-Je vous en prie, n'en faites rien ! Vous devez arrêter cette horrible femme. Gotham est plus importante que ma propre personne.
-J'ai assez fait mourir d'innocents, grogne Batman.
-Vraiment ? Alors pourquoi t'apprêtes-tu à laisser deux bombes exploser pour sauver une seule personne ?
-La ferme.
-Quelle grossièreté ! Je te dis la vérité : j'ai deux bombes sur le point d'exploser. En te dépêchant, tu peux encore les désamorcer.
Je glousse un peu avant de me rapprocher du micro et murmure presque ma dernière phrase.
-Cependant, si tu choisis les bombes, ton majordome et presque-père va crever comme un chien. Alors ? La ville ou le vieux ?
Il hésite, comme le confirme le point rouge immobile sur la carte GPS. Je peux imaginer la bataille qui fait rage dans son esprit. À force de vivre une double vie, il fallait bien qu'un jour, il se sente déchiré par les deux. Mon rire devient plus fort, plus victorieux. Puis soudain, il fonce vers les docks. Il a fait son choix.
-Désolée Alfred, je lui dis en coupant la communication avec Batman. Il faut croire qu'au fond, il est plus égoïste qu'il ne veut l'admettre. Il arrive.
Cette révélation semble le vieillir de quelques années et il laisse retomber sa tête sur sa poitrine, en proie aux remords. Il est enchaîné aux murs d'un entrepôt qui réveille bien des mauvais souvenirs en moi. C'est là que monsieur J. a succombé. Ici que ma vie a basculée pour toujours. Quel délicieux retournement de situation aujourd'hui que l'être le plus précieux aux yeux de Batman meurt là où le mien est mort. La boucle sera bouclée.
Et la conclusion des Harley Games sera enfin effective.
Il faut moins d'une trentaine de minutes à Batman avant d'arriver aux docks, ce qui est très rapide considérant que j'ai saboté sa batmobile un peu plus tôt. Les réservistes devraient apprendre à mieux garder leurs mines antichars…
Lorsqu'il arrive à proximité de l'entrepôt, il ralentit, craignant probablement un coup fourré. Très sage de sa part, bien que peu utile dans ce cas-ci. Alfred n'a aucun garde pour le surveiller et je n'ai placé aucune bombe dans le secteur. Il n'y a qu'un seul petit mécanisme commandé à distance par ce petit levier…
-Tu es sûr que tu veux t'aventurer là-dedans ? je lui susurre en jouant de l'index sur le levier. Il y a bien des fantômes dans ce bâtiment puant.
Il ne répond pas et se dirige vers les portes cadenassées, son regard balayant les environs. Je ricane et abaisse le levier.
Batman bondit en arrière en entendant probablement le chuintement provenant de l'intérieur. À l'écran, Alfred s'agite furieusement, en proie à la panique, avant que ce soit les spasmes qui le prennent. Ses mouvements se font alors plus violents, jusqu'à ce que les chaînes le retenant cèdent. Le majordome tombe au sol et se relève péniblement, ses épaules tremblant sous l'effet des rires hystériques qui s'échappent de sa gorge. À ce moment, Batman enfonce la porte de l'entrepôt et tombe nez à nez avec le visage grimaçant de la créature qui avait jadis été son serviteur favori.
-Alfred…s'exclame Batman en faisant en avant…bon sang…je suis désolé…
Ricanant frénétiquement, Alfred bondit sur le chevalier noir et le renverse sur le dos. Batman parvient tout juste à l'empêcher de le réduire en pièces en l'éloignant du bout de ses bras, mais Alfred n'est plus réceptif aux mots. Finalement, mon ennemi se résigne à frapper le fou, l'envoyant rouler un peu plus loin. Les deux adversaires se remettent debout et Alfred charge presque aussitôt.
À ma grande déception, Batman n'attaque pas et utilise son grappin pour se projeter vers les poutrelles du plafond. Incapable d'atteindre sa proie, le fou fait des cercles en ricanant de frustration, agitant inutilement ses bras vers le justicier du dimanche. Quel rabat-joie…j'aurais peut-être dû mettre un verrouillage sur l'entrepôt, de sorte qu'il ne puisse pas partir aussi facilement…c'est trop injuste.
-Au fait Batou…tu te souviens des bombes ?
Le palais de justice explose au loin, suivit par le pénitencier de Black Gates, sur une île aux abords de Gotham. Dans ce second cas, je n'ai pas totalement rasé l'endroit, j'ai juste fait en sorte que les murailles et le courant alimentant les verrous de sécurité ne soient plus fonctionnels…quoi de mieux qu'une marée de détenus avides de sang pour ajouter de la dynamite au mélange ?
-Tu n'as pas pu sauver Alfred, tu n'as pas pu sauver ces innocents tués dans les explosions…à quoi sers-tu, Batman ? Gotham n'a plus besoin de toi ! Elle n'a jamais eu besoin de toi, tu es une nuisance, un fou parmi tant d'autres qui se ment à lui-même. Pourquoi ne l'admets-tu pas ?
-La tour Wayne, dit-il en guise de réponse.
-Je te demande pardon ?
-C'est là que tu te caches depuis le début ?
Je sursaute de surprise. Comment a-t-il compris ? Cela fait des heures que les Jeux ont commencées, il n'a jamais eu l'air de se douter où j'étais. Est-ce qu'il a réussi à deviner, ou est-ce qu'un quelconque gadget est parvenu à retracer la position de mon signal radio ? Malheureusement, les deux théories sont possibles.
Mon silence de quelques secondes est éloquent pour Batman qui se met immédiatement en route. Paniquant un peu, je m'empresse de l'avertir que s'il s'approche trop, je vais faire sauter le siège de tout son empire financier, avec en prime les employés qu'il contient et qui sont mes otages. Rien à faire, il continue d'avancer de toit en toit. Bon, tant pis. Il est temps de lancer le programme Doomsday.
Après avoir tapé le mot de passe «harley3joker», je lance un compte à rebours programmé sur toutes les bombes restantes. Il est temps d'en finir.
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Toit de la Tour Wayne
20 décembre, 23h12
Harley Quinn
Du haut de l'un des plus grands gratte-ciels de Gotham, la vue est splendide. Au milieu du blizzard nocturne qui commence à souffler, les lumières survivantes de la ville brillent parmi les incendies se propageant un peu partout. Des cris innombrables résonnent en échos, mêlés par les ricanements hystériques des fous et des occasionnels coups de feu. Le chaos s'est emparé de Gotham, et même la petite armée rassemblée sur le continent par le président n'ose pas intervenir.
Mon œuvre.
Non, c'est son œuvre.
Tu vois mon petit bébé, j'ai fait ça pour toi, parce que c'est ce que ton père voulait. Répandre la folie sur un monde trop sérieux. Ainsi, quand tu naîtras, ce seras un magnifique monde de rire, de meurtre et de chaos qui…
-La fête est terminée Quinn, annonce Batman en achevant son escalade.
Quel rabat-joie celui-là, je songe avec mécontentement. Pas moyen d'avoir un moment seul à seul avec mon enfant ?
Je me retourne et le dévisage en souriant, Un monde joyeux dans une main et ma canne dans l'autre. Au fond de moi, je sais qu'il s'agit de l'ultime affrontement, et je me sens confiante. Monsieur J. veille sur moi, même si je n'entends plus sa voix et que je ne le vois plus. D'autant que Batman porte les traces de la longue journée de combats et de course qu'il vient de traverser. Sa tenue est déchirée par endroits et le bas de sa cape est tellement en lambeaux que c'est à se demander comment il peut toujours planer avec. De plus, une éraflure tout juste coagulée est visible sur sa joue, faisant probablement écho aux multiples blessures cachées son cette armure.
Batman fait deux pas avant de s'immobiliser, se doutant de quelque chose. Il jette un coup d'œil à ses pieds et constate la présence des petites vignes qu'il a piétinées sans le réaliser.
-Tu me permets de sortir mon Joker ? je dis avant de me concentrer.
Péniblement, j'établis le contact avec la faible conscience des plantes laissées là par mes soins et active un pouvoir que j'ai récemment découvert. À l'instar de la défunte «Traitresse Ivy», je parviens à renforcer les vignes et à les enrouler autour des jambes du chevalier noir qui pousse une exclamation de surprise en tentant de se libérer. Malheureusement, je n'arrive pas à faire pousser les vignes plus que leur taille initiale, et le mieux que je parviens à faire avant de relâcher ma concentration, à bout de souffle, c'est de ligoter jusqu'aux genoux les jambes de mon ennemi.
-Poison Ivy, comprend Batman. Elle t'a fait ça ?
-Oh, je doute que cette traitresse se doutait à quel point elle m'a changé, je réponds en haussant des épaules. Pas mal, non ?
Profitant de son immobilisme, je lui donne deux violents coups de canne sur la mâchoire, le faisant chanceler et tomber sur un genou. Batman n'a pas le temps de se relever qu'un autre coup l'atteint sur le dessus du crâne. Alors que je le passe à tabac, je m'amuse comme une folle, riant aux éclats. Soudain, le poing de Batman se referme sur ma canne. Il lève la tête vers moi avant de me repousser de sa main libre, me désarmant sur le coup. Je retombe sur les fesses de manière humiliante et ne peux que le regarder déchirer les vignes enfin dépourvues de leur force. Libre, le chevalier noir brise la canne en deux et jette les fragments sur le côté.
-C'était un cadeau de monsieur J., je pleurniche.
Soudain, je tournoie sur moi-même au sol, balayant les jambes du justicier qui bascule à terre à son tour. Un monde joyeux m'a échappé, c'est pourquoi je sors de mon sac à surprises une pleine poignée de dentiers ricaneurs que je lance sur lui. Les multiples explosions de pétard le forcent à se protéger de sa cape, ce qui me laisse le temps de bondir et de tournoyer dans les airs afin de me placer dans son dos. Mon coup de pied est détourné par un tournoiement de la lourde cape, me faisant tourner sur moi-même comme une ballerine. J'esquive une autre attaque et m'éloigne en quelques pas, fouillant dans les poches intérieures de ma veste.
Batman arrête sa charge en constatant que je viens de sortir des cartes à jouer et se voit forcer d'esquiver les armes tranchantes que je fais voler vers lui. L'une d'elles tranche l'oreille droite de sa capuche, tandis qu'une autre laisse une éraflure sur sa cuisse. Il parvient finalement à se saisir de son grappin et à me viser avec. Le câble s'enroule autour de mon avant-bras et m'attire vers mon ennemi. Mais je suis prête et bondit une fois à sa hauteur, passant par-dessus son épaule jusque dans son dos. Un coup du talon de ma botte derrière son genou le fait tomber, et je me retrouve soudain avec son grappin déroulé entre les mains.
Je souris et enroule prestement le câble métallique autour de sa gorge, pressant mon pied dans son dos musculeux pour accroître la pression. Tout en portant ses mains à son cou pour tenter de se libérer, Batman ne peut dans cette position qu'admirer la ville à feu et à sang en contrebas.
-Regarde ! je hurle en riant. Regarde ta magnifique ville ! Gotham est en flamme, et ceux qui ne sont pas déjà morts sont probablement dévorés par la folie. Accepte-le, j'ai gagné ! Gagné, gagné, GAGNÉ !
Il laisse filer un râle et tente maintenant de m'atteindre directement. Je suis cependant hors de sa portée, ses muscles se retournant contre lui en l'empêchant d'atteindre la souplesse vitale. Je me moque de ses efforts pitoyables et serre plus fort.
-Et tu sais quoi ? Nous arrivons au bouquet final.
Le premier coup de minuit résonne dans toute la ville. Sous nos yeux, alors que le sol se met à trembler comme s'il y avait un tremblement de terre, de véritables geysers de gaz verts jaillissent de partout, expulsé des égouts où les bombes se trouvaient, répandant le Delirium dans toutes les rues, toutes les maisons et toutes les caves. Personne ne peut plus échapper à la toxine qui est partout !
Batman tombe à genoux en entendant les hurlements mêlés de rires douloureux, serrant les poings avec impuissance. Je le relâche le temps de ramasser Un monde joyeux et pointe le pistolet entre ses deux yeux.
-Je t'ai tout pris, je lui dis en souriant. Tes amis, tes proches, ton honneur et ta ville ; admire ton échec, Batou, car il est total. Et à présent que je t'ai tout enlevé, je vais t'offrir la grâce de mourir. Ma vengeance sera complète !
Je ris, profitant de la situation. J'ai la tête qui tourne tant l'excitation est parfaite. Un bourdonnement semblable à un essaim d'abeilles furieuses résonne dans mes oreilles, et il me faut un moment pour réaliser que je me sens de plus en plus mal. Qu'est-ce que…
Des tremblements agitent mes membres, et je sens comme une pression sur ma poitrine. Le bourdonnement se fait plus fort, et j'ai l'impression que ma tête va exploser. Qu'est-ce qui se passe, bon sang ? Une autre diablerie de Batman ?
Mais non, le justicier déchu n'a pas bougé et m'observe alors que ce malaise anormal s'amplifie jusqu'à brouiller ma vue. La dernière chose que j'entends avant d'être projeté dans un maelström de couleurs et de bruits, c'est un long rire.
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Base secrète du SHIELD
21 décembre 2012, 0h00
Harley Quinn
Après un temps qui semble durer à la fois une éternité et quelques secondes, je sens enfin un sol sous mes pieds et m'y laisse tomber, les jambes engourdies. Entouré de vapeur, je ne comprends pas ce qui vient de se passer, j'ai la nausée. Je vomis d'ailleurs, répandant toutes les sucreries que j'avais mangées dans l'Asylum Tower. Navrée mon petit Jack…
C'est alors que je réalise que je ne suis plus au même endroit. Déjà, il y a un toit au-dessus de ma tête, et ensuite parce que j'entends plusieurs voix. L'une d'entre elles, justement, est celle d'un homme aboyant des ordres aux autres.
-Regardez ! s'exclame le type autoritaire. Je crois qu'il y a quelqu'un dans le portail…
Le claquement familier de plusieurs armes d'assaut que l'on charge en même temps retentit. Dans quelles espèces d'ennuis tu viens de te jeter, ma pauvre fille ?
-Ne tirez pas ! insiste le type alors qu'une silhouette floue dans la brume se dresse devant moi. Vous êtes malades ?
-Docteur Richard, vous dirigez peut-être ce projet, mais les protocoles de sécurité sont clairs : en cas d'intrusion d'une entité étrangère dans notre dimension, il nous faut la considérer comme hostile jusqu'à preuve du contraire.
Attend, c'est de moi qu'il parle, là ? Entité étrangère ? Dimension ? Je n'y comprends rien. Est-ce que j'ai téléporté dans un lieu encore plus fou que Gotham ? L'homme autoritaire se penche vers moi, se révélant un peu plus en détail. C'est un type dans la quarantaine, dont la chevelure brune grisonne aux tempes. Une étrange tenue bleue le vêt en dessous d'une blouse blanche, ornée d'un 4. Tout de suite, il m'est antipathique.
Je n'aime pas les blouses blanches.
Il me tend une main, souriant d'une manière qu'il veut rassurante.
-Parlez-vous ma langue ? demande-t-il dans un anglais parfaitement américain, quoiqu'avec des intonations universitaires. Je suis Red Richard. Qui êtes-vous ? Et d'où venez-vous ?
Je reste silencieuse, haussant un sourcil en détaillant les lieux révélés par la dissipation de la brume. Il s'agit d'une sorte de laboratoire, avec des ordinateurs et des machines partout, aux murs entièrement bétonnés. Le symbole d'un aigle dans un cercle, autour duquel sont lisibles les mots Strategic Hazard Intervention Espionage Logistics Directorate. Au moins je sais ce que veut dire SHIELD. C'est vrai que ça fait plus court.
Néanmoins, avec la nuée de types en noirs tous armés, il n'est pas difficile de comprendre que ce sont des soldats, et donc dépourvus d'intérêts. Quelqu'un fait un commentaire désobligeant sur ma tenue, avant que Richard reprenne la parole, s'aidant de gestes comme si j'étais débile.
-Vous êtes sur Terre. Probablement dans une dimension alternative à la vôtre. Vous…vous êtes là par accident. Je suis désolé…
Je souris et fouille discrètement dans une de mes sacoches de ceinture jusqu'à trouver mes deux dernières grenades Haha. Mon sourire s'élargit, et cet idiot de Richard se méprend sur mes intentions.
Eh bien mon bébé, on dirait que nous avons un nouveau terrain de jeu pour nous amuser.
La Fin…?
Oh mon dieu ! Il est fou, il est tombé sur la tête ! C'est fini ? Oui et non. Le printemps prochain, attendez-vous à voir une toute nouvelle histoire intitulée «Qui veut la peau d'Harley Quinn ?», alors que notre clown favorite a été envoyé dans une toute autre dimension…celle de l'univers Marvel !
Un dernier chapitre suivra pour conclure Requiem pour un clown. Disons que ce sera une sorte de bonus, histoire de clore un élément de l'histoire. On se reverra d'ici là. :-D
