A peine Ellone eut-elle prononcé ces mots que Squall sentit les vibrations de sa G-Force préférée qui revenait à lui, à l'évidence prête à combattre. Il se redressa immédiatement et attrapa son arme:
Linoa ! Sors d'ici, va-t-en, vite ! Hurla-t-il.
Elle ne comprit pas ce subit changement et obéit néanmoins sans poser de question. Elle franchit la porte comme la pièce s'effaçait pour faire place au sublime dragon gris qui déploya ses ailes en râlant. Une fois à l'abri dans le couloir, elle réalisa que Squall se retrouvait maintenant seul face à Bahamut. Mais c'était trop tard. Elle ne pouvait plus le rejoindre. Se maudissant, elle s'assit contre le mur, Angel à ses côtés et ferma les yeux.
Debout face à son dragon, vêtu d'un simple pantalon de jogging gris qui lui servait de pyjama, son arme à la main, Squall se sentit soudainement bien petit. La G-Force hurla une seconde fois et se mit en position d'attaque. Son adversaire raffermit sa poigne sur la garde de sa gunblade. Cependant, contre toute attente et au grand soulagement de Squall qui y lut sa chance, il se mit à parler:
Humain, je t'ai prêté ma force mais une entité déloyale m'a défait de mon serment.
Bahamut, puisque tu te souviens de moi, reviens !
C'est contraire aux lois des Guardians. Tu dois auparavant à nouveau me prouver ta force.
Se reculant, il hurla et chargea. Squall plongea en avant et se glissa entre les pattes du dragon pour esquiver l'attaque. Jurant, il vérifia ses associations: aucune magie offensive associée à part brasier, aucune magie défensive non plus mis à part un joli 100 de protection face à sacré.
Bravo ! Rien d'utile face à Bahamut, pas d'attaque, pas de défense, personne pour m'épauler… Chances de réussite ? 2... En avant…
Il chargea à son tour espérant toucher au mieux les yeux ou le cœur, à défaut une aile.
Patte arrière droite… Autant frapper la lampe !
Désormais pleinement réveillé, noyé par l'adrénaline qui envahissait ses veines, il laissa la colère prendre le pas sur la raison et attaqua de nouveau, blessant la G-Force à la poitrine.
7000 HP, bien, mais insuffisant. Ca va être long… Trouve autre chose Leonhart, et vite
Le dragon ne lui laissa pas de répit et attaqua, toutes griffes dehors. Squall ne put se reculer à temps et quatre traits rouges apparurent sur son torse.
Encore 3000 HP et c'est la fin… Bon sang ! J'ai même pas de soins max…
Il se concentra pour ce qui lui parut de longues minutes: il n'avait toujours pas récupéré Ifrit et n'avait que très rarement invoqué Shiva. Cette dernière semblait apparemment décidée à le lui rappeler. Finalement, la déesse de glace apparut et disparut aussitôt pour revenir cette fois aux côtés du dragon gris sous les yeux médusés de Squall.
Merci Squall. En voici une de plus… Tu ne comprends pas ? C'est pourtant simple: la Terre regorge de magie, Linoa possède une puissance qu'elle ne soupçonne même pas… Tout ça est inexploité, j'en ai besoin pour savoir qui je suis. Pourquoi refusez-vous de me laisser faire ?
Essoufflé, Squall baissa sa garde et regarda machinalement vers le ciel pour lui répondre à voix haute.
Ellone, je n'hésiterai pas à me battre contre toi s'il le faut comme je me suis battu contre Edéa, notre gouvernante.
Elle rit.
Tu ne peux rien faire.
Comprenant que la raisonner ne mènerait nulle part, ayant repris son souffle, il prépara son limit-break et lança Lionheart sur Bahamut. Il frappa, frappa et frappa encore sous l'effet non plus de la colère mais de la rage. Tout ceci était absurde.
Etait-ce le fait de ses coups ? Etait-ce la volonté du dragon ? Toujours est-il que celui-ci se rendit et réintégra son espace temps. Ne restait plus que Shiva…
Attends, tu rigoles là ?
A ton avis ?
Irvine, Linoa a certainement mieux à faire à cette heure-ci que nous réveiller pour des contes !
Dépêchez-vous ! Il est inconscient et ma magie ne suffit pas à le réveiller… J'ai besoin d'aide !!!
Après le départ de Bahamut, fatigué, Squall avait engagé le combat avec Shiva ayant bon espoir de la reprendre elle aussi sans trop de difficultés. Il s'était jeté sur la déesse, mais les cristaux de glace qu'elle avait lancés ralentissaient considérablement sa course et le coup eut un effet bien limité. G-Force élémentaire de glace, Shiva se servit ensuite d'un puissant glacier pour lui immobiliser les jambes et il s'était retrouvé partiellement figé. Il la vit concentrer une boule d'énergie entre ses mains, il connaissait ce geste, elle allait ensuite la lancer avec un grand sourire, en faisant voler ses longs cheveux blonds d'un mouvement de tête accompagné d'un rire cristallin.
Transcendantale… C'est fini…
La glace avait fini de l'emprisonner avant d'imploser en mille et un morceaux, graduellement. Les éclats lui piquèrent la figure, les bras, le torse et finalement les jambes, il avait la peau en feu, marquée de centaines de coupures. Impuissant, il avait laissé le froid l'emporter, tout doucement, sans douleur. Puis tout avait cessé et la G-Force s'était effacée, le laissant seul, inconscient, au beau milieu de sa chambre. Toujours assise dans le couloir, Linoa avait senti la fin du combat, le départ de la G-Force. Des G-Forces ? Tout était trouble, mais une chose était sûre, le combat avait déclenché une force phénoménale. Pressentant le pire, elle était entrée, ouvrant doucement la porte, étonnée par le silence.
… Squall ?
Tous ses amis étaient maintenant groupés autour de son lit et le regardaient inquiets. Ils l'avaient amené à l'infirmerie du palais et attendaient que le médecin arrive. Il n'avait pas l'air en danger, hormis les griffures sur son torse, il n'était pas blessé. Il affichait un visage calme, comme s'il dormait, ou était… mort.
C'est ce que Linoa avait pensé quand elle l'avait trouvé. Elle s'était servie de sa magie, en vain. Elle l'avait pris dans ses bras et avait vérifié son pouls, cherché sa respiration. Il respirait. Mais ne se réveillait pas. Elle pensa à l'inquiétude qu'il avait du ressentir quand Ultimécia l'avait plongée dans le coma et sourit au souvenir de leurs retrouvailles dans l'hydre. Sa réaction quand elle avait voulu le serrer dans ses bras. Même en étant seul avec elle en orbite dans l'espace, même après avoir failli la perdre, après avoir sciemment risqué sa vie pour simplement dériver avec elle dans l'infini spatial, il restait soumis à ses peurs.
C'était maintenant à son tour de lui faire peur et il se débrouillait bien. Elle était terrorisée. Au fond d'elle, elle tenait Ellone responsable, d'une manière ou d'une autre. Dans le couloir, elle s'était concentrée, espérant pouvoir la contacter. En vain. Elle avait ensuite tenté de joindre Squall, de le protéger, l'aider. En vain. Tous ces efforts l'avaient obligée à utiliser ses pouvoirs. Elle ne pensait pas en avoir autant. Les appeler devenait à chaque fois plus facile. Elle savait qu'ils étaient dangereux, qu'elle devait les laisser dormir… Mais elle se trouvait désormais sans chevalier, sans garde-fou: il gisait devant elle, si calme, si apaisé.
Quelqu'un posa une main sur son épaule et elle sursauta légèrement revenant sur terre.
Linoa… Le médecin est là. Tu veux manger que'qu'chose pendant qu'il l'examine ?
Merci Seifer. Je préfère rester.
Linoa, tu peux pas. Viens, ce sera pas long.
Il la prit par le bras et la releva doucement. Soupirant, elle le suivit. Il ne l'emmena pas loin, en fait, ils restèrent dans le couloir. Il faut dire qu'aucun des deux n'avait vraiment faim. Les autres étaient retournés dans leur chambre, il fallait être près à agir. Inutile de tenir tout le monde réveillé. On les tiendrait au courant. Dans le couloir désert et sans bruit, ils s'assirent. Linoa, le regard perdu dans le vague, ne parlait pas. Seifer l'observa pendant un moment. Il remarqua la froideur de ses yeux. Il connaissait bien la jeune fille, ce n'était pas elle. Linoa n'était jamais en colère, un caprice parfois oui, mais elle n'était pas méchante. Elle était bien trop expressive pour intérioriser les choses, cette particularité avait pour effet de désamorcer tout conflit éventuel en mettant à jour la moindre contrariété. Elle était incapable de faire du mal, les choses n'allaient jamais assez loin pour ça. Mais il ne l'avait encore jamais vue blessée et il ne savait pas à quelle réaction s'attendre. Il décida que la voir au-delà du stade expressif était définitivement un mauvais signe. Ce soir, on lui avait pris ce dont elle avait besoin: Squall.
L'été qu'ils avaient passé ensemble, il avait cru qu'elle l'aimait. Pff… Quel prétentieux ! Il ne voyait en elle qu'une midinette, une belle fille à posséder, comment aurait-elle pu aimer quelqu'un qui la traitait comme un objet ? Les premiers temps, en la voyant avec Squall, il avait rit. Des âmes sœurs ? Conneries ! En fait, il était jaloux… Ces deux-là s'étaient trouvés, ils ne l'avaient peut-être pas vu aussitôt, mais tout le monde autour d'eux aurait pu le dire. Il lui prit la main et elle revint doucement à elle, il y avait de la douleur au fond de ses yeux. Et il fut pris de court. Il n'était pas fait pour parler, il ne savait que blesser les gens. Il était Seifer Almasy, le méchant du groupe, celui qui attaquait tout le monde par ses remarques et qui faisait cavalier seul.
Linoa, il va s'en remettre. Ne t'inquiète pas tant.
Elle ne répondit pas.
Il a déteint sur elle ou quoi ? Linoa, tu n'as jamais pu te taire, alors parle ! S'il te plait...
Linoa, ne fais pas la bêtise de te laisser aller à la colère, c'est ce qu'Ellone veut, ce qu'elle attend. Tu te perdras…Et tu ne le verras plus…
Seifer, tu n'as pas à me surveiller, laisse-moi.
Oh, ça s'il n'y avait que moi, je t'obéirais avec plaisir. Mais j'ai une promesse à tenir.
Malgré elle intéressée, elle lui demanda laquelleHeureux de la voir réagir, il s'expliqua sans se faire prier, fier de lui.
Squall m'a fait promettre de veiller sur toi s'il venait un jour à partir en mission et que tu doives toi rester à la B.G.U.. Aujourd'hui, par extension, considérant qu'il ne peut pas veiller sur toi pour le moment, tu es sous ma responsabilité jusqu'à son réveil !
Elle renifla, incrédule.
Mais oui, c'est ça ! Pas besoin d'inventer une histoire aussi farfelue Seifer… Tu es la dernière personne à qui Squall ferait confiance.
Détrompe-toi chère Linoa. Je suis le seul à pouvoir rivaliser avec lui et il le sait parfaitement. Je suis donc tout indiqué pour faire le remplaçant. Je peux t'assurer qu'il me l'a demandé, et j'ai promis, alors, à partir d'aujourd'hui et jusqu'à ce qu'il se remette: je suis ton chevalier par intérim.
Elle le regarda droit dans les yeux pour mesurer son sérieux. Il ne plaisantait pas, pas cette fois.
Un petit sourire ?
