Si vous êtes prêt : advienne que pourra.
Chapitre huit : la rupture.
« Arrête. »
« Arrêter quoi? »
Je lève les yeux et le fixe de l'autre côté du bureau. Il baisse le regard.
Son petit manège a dépassé de loin le stade de l'irritation. Ses regards inquisiteurs, ses sautes d'humeur, ses crises de bouderie. Il passe bien plus de temps à essayer de m'étudier moi que ses leçons. Il ne me posera probablement jamais les questions qui le tarabustent, mais je ne suis même pas certain qu'il serait pire de répondre à ses interrogations sur mon passé plutôt que de continuer à être hanté par leur constante présence entre nous deux. J'en suis arrivé à un tel point que je confesserai tout, sans prêter attention aux conséquences, juste pour qu'il cesse de me fixer ainsi.
De me scruter, plutôt. Parce que le simple fait de me regarder, il l'a toujours fait. C'est juste la lueur interrogative que je vois constamment dans ses yeux qui m'exaspère. Je n'aime pas que l'on me dévisage ainsi. Et s'il ne s'arrête pas bientôt, je le tue. Ou je me contenterai peut-être de lui arracher les yeux.
« Bon dieu, je t'ai dit d'arrêter. »
« Je ne fais rien. »
« Aux dernières nouvelles, je ne suis pas une matière qui fait partie de ton programme scolaire. Si tu as quelque chose à me dire, dis-le. Mais si tu me continues à me regarder comme ça une minute de plus, je te maudis. » Je ponctue mes menaces avec un regard sévère. Il fronce les sourcils avec colère mais reste silencieux. Ce qui ne l'empêche toujours pas de me fixer.
Je soupire avec exaspération. « Qu'est-ce qu'il y a ? » je grogne.
« Tu ne me répondras pas, de toute façon. »
J'agrippe les bras de ma chaise pour m'empêcher d'attraper ma baguette. La mauvaise humeur que je detecte dans sa voix diminue un peu plus le mince de fil de patience que je possède et qui a menacé de plus en plus souvent de se rompre au cours des dernières semaines. « Qu'est-ce qu'il y a ? », je répète à voix basse.
« Est-ce que tu as déjà... » Il soupire et détourne le regard.
« Oui ? »
« Tué quelqu'un », achève-t-il en un murmure. Au moins il ne me regarde plus, effrayé de ma réponse.
« Ne sois pas ridicule. » Je ravale la bile qui m'est montée jusqu'à la gorge et reporte mon attention sur la pile de devoirs que je suis en train de corriger.
« Tu vois, je te l'avais dit que tu ne répondrais pas. » Il expire violemment et je prie pour que la discussion s'arrête là. Dans mes rêves. « C'est comment ? »
« Harry. »
« Je veux juste savoir, c'est tout. »
« Pourquoi ? »
« Tu le regrettes ? »
Je serre la mâchoire et le foudroie du regard. Je suis supposé avoir des remords, hein ? La vérité c'est que quiconque finit tout simplement par ne plus y songer avec le temps. Mais ce gosse voudrait que je chérisse la vie en prétendant qu'il s'agit de la chose la plus précieuse au monde. Il voudrait que je me sente coupable d'avoir osé la prendre à quelqu'un et que je fasse semblant d'être encore hanté par ça. Il ne peut pas comprendre que je n'y pense même plus. Que j'ai des choses bien plus importantes à regretter que la mort de Moldus anonymes.
« Non », je réponds avec amertume. « Je ne les connaissais pas et leurs vies ne signifiaient rien pour moi. » Je souris sardoniquement en voyant l'expression ébahie sur sa figure.
Il secoue la tête. « Je ne te crois pas », dit-il d'une voix faible.
Je lâche un rire sans joie.
« Tu – tu ne peux pas être aussi… »
« Insensible ? Non, personne ne m'a jamais accusé d'être sans-coeur. » Je lui souris avec irnonie. « A l'avenir, Potter, ne pose pas de questions si tu n'es pas prêt à entendre la réponse. »
Une brusque montée de cruauté me traverse. Cette excitation malsaine que l'on ne ressent que lorsqu'on vient de briser les espoirs de quelqu'un d'autre. Je ne parviens pas à me souvenir de la dernière fois où j'ai délibèrement assouvi mes pulsions sadiques envers lui et y avoir pris plaisir en les voyant faire mouche. Je ne me souviens pas de la dernière fois où il s'est laissé avoir, en fait.
« Combien ? » fait-il d'une voix étranglée.
« Directement, un seul. »
« Et indirectement ? »
« Je ne sais pas. »
« Tu ne sais pas genre tu ne te rappelles pas, où il y en avait trop pour savoir ? »
Je rigole avec malveillance. « Je ne sais pas, tout simplement parce que ce ne sont pas tes affaires et que je refuse de répondre à tes questions concernant des choses qui se sont passées avant ta naissance. A présent, si tu en a fini avec ton interrogatoire, je te demanderai de - »
« Pas la peine », crache-t-il, se levant de sa chaise et manquant presque de tout renverser. « Je m'en vais. «
Je le fixe silencieusement pendant un moment. Il me rend mon regard comme s'il s'attend à ce que je réponde quelque chose. Que je lui demande de rester peut-être. Ses yeux m'implorent de le faire. Un silence lourd plane dans la pièce – de ceux qui suivent immédiatement un bruit de verre brisé. Evidemment, si ça n'était qu'une question de vaisselle cassée, je pourrai tout réparer en un simple mouvement de baguette. Ce qui s'est brisé ici ne peut se réparer aussi facilement, et de plus, je ne suis même pas certain que je le ferai si j'en avais la possibilité.
Si j'étais un homme meilleur, j'essaierais de lui expliquer que parmi toutes les choses que je suis supposé regretter, j'ai du faire un choix entre celles qui me touchaient réellement et les autres, afin de ne pas être écrasé par le poids de ma propre culpabilité. Cependant, je ne suis pas un homme bien et je prefererai encore pisser sur les cendres de feu ma chère mère plutôt que ressasser des crimes de plus de vingt ans pour lesquelles je me suis déjà maintes fois repenti. Je ne me justifierai pas. Je n'en ai pas besoin.
Il se met à ranger ses affaires et je retourne à mes tests, fixant les réponses griffonnées comme si elles pouvaient d'une façon ou d'une autre se transformer et me dicter quoi faire. Une fois qu'il a tout remballé, il lance son sac par-dessus son épaule et me tourne le dos.
« Dis quelque chose au moins. »
Les mots « je suis désolé » résonnent faiblement dans mon esprit. Heureusement ils finissent par s'estomper durant leur trajet vers ma bouche. Un froid glacial tel que je n'avais plus ressenti depuis une eternité m'envahit.
« Bonne nuit, Mr Potter. »
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« Salut », dit-il en entrant dans mon bureau tout en s'attardant à la porte comme pour anticiper une fuite rapide.
« Potter », fais-je à voix basse, lui jetant un bref regard.
Je l'entends soupirer puis il dit : « Ecoute, à propos de la nuit dernière… »
« Je prefère qu'on en discute plus tard, si cela ne te dérange pas. »
« Il n'y aura pas de plus tard », crache-t-il. La porte se referme. Je lève les yeux vers lui avec une expression vaguement curieuse. « C'est juste que…Je ne crois pas que je peux… »
« De quoi ? Parler ? Peut-être que si je te donnais un parchemin et une plume tu pourrais enfin me dire pourquoi tu es là avant que nous ne soyons centenaires. »
« Je ne viens plus », répond-il d'une voix froide, ses yeux fixes comme pour guetter la moindre réaction.
Le poids que je ressens brusquement dans mon ventre est bien plus surprenant que cette nouvelle. Je hausse un sourcil et le fixe en retour durant un moment avec ce que j'espère passer pour un regard ennuyé. Une fois que je parviens à reprendre mon souffle, je dis : « Très bien. Je préviendrai le directeur. Bonne journée. »
« C'est tout ce que tu as à dire ? » Sa voix flanche et je le vois lutter pour garder une expression neutre.
Les coins de ma bouche s'étirent. « Quoi ? Tu aurais voulu que je me jette à tes pieds et que je te supplie de me pardonner ? Il serait temps que tu grandisses, gamin. Et dégage d'ici. »
Je ne peux pas dire ce qui m'ennuie le plus, qu'il reste de marbre face à mes attaques ou que je sois presque incapable de faire de même. Je soutiens son regard, observant l'obstination se dissiper peu à peu, ne laissant place à rien – le vide.
« Je le dirai à Dumbledore », fait-il. « Je pense que c'est mieux si ça vient de moi. » Il se détourne et ouvre la porte. Il murmure quelque chose qui sonne comme « à plus tard » avant de partir.
Je relâche mon souffle en fixant la porte comme si je m'attendais à le voir revenir. En vain.
Au bout d'un moment, la boule solide qui s'est formé dans mon estomac se dissout brusquement. Je me dirige vers mon bureau et en retire une flasque, ignorant le fait que c'est lui qui me l'a donnée. Je prends une longue gorgée, la douceur exquise du brandy nettoyant les mots que j'aurais du lui dire. Je devrais ressentir quelque chose – autre chose que le néant mental, voire l'amusement vague qui m'emplis.
Il s'imagine vraiment que c'est fini.
Je rigole avec incrédulité avant de prendre une autre gorgée.
C'est mon jour de chance, décidément.
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Je traverse le hall d'entrée d'un pas determiné. Je sais qu'il me fuit. Je peux sentir ses yeux fixer ma nuque à travers ses fichues lunettes en demi-lunes. J'ai presque atteint les escaliers descendant vers les donjons lorsqu'il m'apelle.
« Severus. »
Merde.
Je ne m'arrête pas, me contentant de ralentir le rythme. Après deux semaines passées à l'éviter, refusant poliment ses invitations pour le thé et l'esquivant quand je le voyais dans le couloir, je commence à en avoir marre de courir. Cette conversation est inévitable de toute façon.
« Albus », fais-je de la voix de celui qui n'a vraiment pas le temps de parler.
Même si, avec la tranquillité de mes soirées fraîchement retrouvée, j'ai bien entendu plus que le temps. Et il le sait.
« Comment allez-vous ? »
« Je vais bien. Pourquoi est-ce vous vous le demandez ? »
Il glousse. « C'est ce que je fais toujours. »
« Oui. Mais pourquoi ? »
Il rigole un peu plus fort cette fois-ci, et pose sa main sur mon épaule. Je soupire avec irritation et me tourne vers lui.
« Albus - »
« Comment allez-vous ? » Il me fixe par-desus ses lunettes.
Je réussis avec succès à m'empêcher de rouler des yeux avec insolence. Mon mépris est cependant clairement perceptible dans le ton de ma réponse. « Je vais bien, merci. Et vous-même ? »
Je me ratatine sous l'intensité de son regard comme un gosse qui se fait reprimander.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? », demande-t-il avec un soupçon d'accusation. Je songe à jouer les innocents, mais je ne pense pas qu'il gobera ça.
« Rien du tout. Il n'a plus besoins de cours privés, c'est tout », dis-je franchement.
« C'est exactement ce qu'il m'a dit. Je ne le crois pas non plus. Qu'est-ce qui s'est passé ? » répète-t-il.
Je souris avec suffisance. « Querelle d'amoureux. » Je recommence à marcher. Il s'obstine à me suivre.
« Rien de trop sérieux, j'espère. »
Je le foudroie du regard. Il sourit en retour.
« C'est un gamin de seize ans qui a finalement décidé de ne plus passer son adolescence cloîtré dans un donjon avec un homme qui le méprise. On devrait plutôt l'applaudir pour ça, étant donné que c'est probablement la seule décision sage qu'il ait jamais prise. Ca pourrait bien être la dernière, d'ailleurs. »
Il fronce les sourcils et je soupire en réalisant brusquement les différents sous-entendus de cette phrase.
D'accord, je suis insensible. Allez-y, maudissez-moi.
Il marche silencieusement à mes côtés. L'atmosphère est chargée entre nous. « C'était sa décision », je répète. « Et elle a pris du temps. Il n'a plus besoin de moi et je suis plus qu'heureux de retrouver mon intimité. »
Aussi vide soit-elle.
Stop.
« Vous avez peut-être raison », dit-il après un long silence contemplatif. « Vous lui avez déjà donné bien plus que je n'attendais de vous, Severus. Et si Harry se sent suffisamment bien pour partir, je suppose que nous devrions considérer ça comme un progrès. Il a l'air de se porter bien. ».
Trop bien, je songe. Je ne sais pas si je devrais me sentir offensé que notre petite rupture ne l'affecte pas plus que ça. Je suis partagé entre l'envie de gifler ce sale petit con et ressentir une fierté détachée de le voir si calme. Il semble avoir également retrouvé l'appétit. Il n'a plus l'air aussi fatigué. Il parvient même à rire avec les petits crétins qui l'accompagnent comme si rien n'avait changé. Comme si sa vie tout entière n'avait pas commencé à s'effriter autour de lui. S'il n'y avait pas le fait qu'il refuse presque toujours de croiser mon regard, ce serait presque comme si cette année et les six mois avant n'avaient presque jamais existé.
Je le hais.
« En effet. A présent, Albus, à moins que vous n'ayez autre chose à ajouter, j'ai des étudiants qui attendent que je les descende », je fais avec un sourire moqueur, ce qui le fait glousser.
Il me tapote dans le dos avant de pivoter pour remonter les escaliers.
« Cet enfant a toujours été un excellent menteur », lâche-t-il en guise de mots d'adieux.
Je me retourne, sourcils froncés, le regardant s'éloigner. Je me rends compte qu'il essaie de me remonter le moral, comme s'il pensait que je puisse être déçu que le gosse soit parti. Celui-ci était sous ma responsabilité simplement parce qu'il ne pouvait se débrouiller seul. Et même s'il est vrai que nous nous sommes rapprochés sans doute un peu plus que Dumbledore ne l'aurait prévu, je ne suis pas plus attaché à ce gamin qu'à mon job. Les deux ne font rien d'autre que creuser ma tombe prématurément et faire apparaître mes côtes un peu plus chaque jour. Je suis bien loin d'avoir besoin de consolation pour la perte de l'un des deux, au contraire, je devrais célébrer ça.
Après tout, personne ne viendrait à pleurer la disparition d'un cancer.
C'est avec ces pensées en tête que je retourne dans mon bureau où j'allume une chandelle avant de porter à nouveau un autre toast à ma libération. Et encore un autre. Et ainsi de suite jusqu'à ce que je finisse par en être pleinement convaincu.
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« Professeur Rogue ? »
Sa voix me coule dans le dos telle de l'eau froide. J'essaie de ne pas montrer les dents tandis que je lève la tête vers eux. « Votre retenue est avec Mr Rusard. »
« Il a dit qu'il n'était pas au courant », fait-il d'une voix aussi sèche que la mienne.
« C'est ridicule, j'ai - » complètement oublié de le prevenir, je réalise soudainement.
« Tu es crevé », remarque-t-il en entrant dans la pièce. « Et tu as un air affreux. »
« Vingt points de moins pour Gryffondor, Mr Potter. Rappelez vous qui je suis. »
« Alors c'est ça, on en revient là hein ? Tu n'es vraiment qu'un pauvre type. » Il referme la porte et traverse la pièce pour s'asseoir sur la chaise devant mon bureau.
Je suis tout à fait conscient que j'ai renoncé il y a bien longtemps au moindre pouvoir que j'avais sur ce garçon, mais si je souhaite retrouver mon rôle supérieur le moins qu'il puisse faire est de s'y plier. Dans mes rêves. « Etes-vous venu ici pour m'insulter et vous assurer de perdre tous les points de votre maison, ou y a-t-il une autre raison ? »
« Je suis en retenue », dit-il, une expression d'innocence sur la figure.
« J'annule ma sanction. Vous pouvez partir. »
« Je pense que c'était intentionnel si tu ne l'as pas dit à Rusard. Parce que je te manque. » Un leger sourire apparaît sur ses lèvres tandis que je commence tout doucement à être irrité par son insolence. Ou sa tentative d'avoir l'air charmant – peut importe laquelle.
« Cinquante points, Mr Potter. Si je dois vous demander une fois de plus de sortir d'ici je vous mets en retenue pour chaque soirée jusqu'à la fin du trimestre. », fais-je d'une voix basse, « Et je peux vous assurer que cette fois-ci je n'y manquerai pas. » Je suis plutôt satisfait de ma capacité à garder ma voix calme malgré le fait que je peux que mes yeux peinent à rester fixés sur sa figure. Mes yeux se rétrecissent en ésperant que cela puisse aider. Au bout d'un moment je réalise qu'il n'est toujours pas parti et qu'apparemment il n'en a nullement l'intention.
« Bon dieu, Harry, qu'est-ce que tu veux ? » je soupire, refusant à prétendre avoir le contrôle et m'affaissant dans ma chaise. Je ferme les yeux en posant les mains sur mon visage. Que l'on me maudisse pour ma faiblesse, mais au point où j'en suis-je m'en moque royalement. Il ne dit toujours rien et je rouvre les yeux pour le voir me fixer avec une expression étrange.
« Je ne suis plus en colère contre toi », fait-t-il doucement.
Ces mots me font rire avec incrédulité. « Oh, parfait. Je vais pouvoir recommencer à vivre », dis-je avec une voix sèche.
« C'est juste que…tu ne rends pas les choses faciles, tu sais. Je sais que tu n'aimes pas parler de ce qui s'est passé mais…et bien, Voldemort a foutu en l'air quasi toute ma vie. Et… »Il inspire profondément comme pour se rememorer le discours qu'il a soigneusement préparé avant de venir ici. Il me lance un regard puis détourne les yeux dès qu'ils croisent les miens. Il recommence à parler, plus calmement cette fois-ci. « J'ai besoin de comprendre. Je veux savoir pourquoi tu es l'un d'entre eux et pourquoi tu es parti. Peut-être que ça n'a pas d'importance, mais pour moi ça en a. »
Il ôte une poussière imaginaire sur sa robe et il semble soudainement aussi misérable qu'il devrait toujours l'être. Comme si le masque qu'il avait porté le mois dernier venait de voler en éclat, laissant place à un jeune garçon brisé au lieu de ce jeune idiot enthousiaste et arrogant que j'étais parvenu à mépriser avec autant d'avidité. Durant un instant je suis prêt à dire quelque chose pour lui remonter le moral.
Ensuite je me souviens que je me fous totalement de ce qui peut bien le tracasser. Je n'ai pas envie d'en parler. J'ouvre la bouche pour le lui dire lorsqu'il me coupe.
« Tu savais qu'il voulait tuer mes parents ? » demande-t-il d'une voix étranglée.
Avant qu'il me soit venu en tête de lui ordonner de dégager, il se lève et secoue la tête. « Je suis désolé. Je…non, pas la peine. Bonne nuit, Sev- Professeur Rogue. »
La rapidité avec laquelle il a changé de comportement me fait presque tourner la tête. Ou peut-être que c'est à cause de la flasque de brandy que je viens de vider. Peu importe la raison, je ferme les yeux sans me concentrer sur les mots qui atteignent mes oreilles. J'ouvre les yeux pour voir qu'il me fixe.
Mon esprit reste desespérement silencieux tandis que j'essaie de saisi ce qu'il peut bien avoir dit. Il est clairement en train d'attendre ma réponse. « Bonne nuit, Mr Potter. »
Il pince les lèvres avec colère. Mauvaise réponse, apparemment. « C'était mes parents. Si tu ne le contredis pas, je vais penser que tu étais au courant. Ou pire. » Sa voix est étranglée et même si je ne parviens pas totalement à déchiffrer son expression, je peux entendre les supplications dans sa voix.
Je pourrai me maudire un million de fois pour l'autoriser à me contraindre à faire ça, mais je lui réponds quand même. Je ne sais pas dire pourquoi exactement, si ce n'est que je prefère être haï pour les choses que j'ai faites plutôt que celles que je n'ai pas faites. Sans le regarder, je réponds : « Je le savais. J'ai essayé de l'empêcher. Ton père ne voulait pas - » écouter, je dis presque. Je réalise qu'il ma écouté, en réalité. Mais qu'il n'aurait pas du.
Mon ventre se soulève sous l'effet de cette constatation et je referme la bouche pour m'empêcher de ressortir toute la nourriture que j'ai été forcé d'avaler aujourd'hui. Une des parties conservatrices de mon esprit me rappelle que je n'aurais pas pu savoir tout simplement parce que c'était Pettigrew et pas Black. Mais c'est moi qui suis allé lui parler. Qui l'ai convaincu qu'on ne pouvait faire confiance à Black. Je lui ai montré la Marque. Je n'oublierai jamais le degoût sur son visage. Trahison. Incrédulité. Arrogance.
« Severus ? »
« Hm », je grogne. Puis je réalise que me suis interrompu à mi-phrase.
« Est-ce que ça va bien ? » Il traverse la pièce et tend le bras pour repousser les cheveux de mon visage. Ils retombent quand même.
« Va-t'en. » Je me lève, le forçant à reculer. Je me penche en avant pour m'appuyer contre le bureau.
« Severus, est-ce que tu ? »
« Je vais bien, Potter. Fous le camp d'ici », je grogne, passant à côté de lui d'un pas assuré qui devrait me flatter plus que ça.
La douleur que je vois dans ses yeux lorsque je me retourne m'énerve encore plus. Il n'a a pas le droit d'être blessé. C'est lui qui a décidé de mettre fin à tout ceci. Et je prefère être damné plutôt que de le laisser me faire sentir coupable.
Il prend une profonde inspiration avant de se diriger vers la porte, l'ouvrant vivement avant de la claquer avec force derrière lui. Dans le silence qui suit, j'essai de me rapeler que je me fous bien de ce qu'il peut penser de moi. J'essaie de ne pas penser au temps où il n'écoutait jamais lorsque je lui ordonnais de sortir. L'air est rempli de colère et du dégoût que je ressens pour moi-même.
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Cela a pris deux mois pour reconstruire la vie que j'avais avant qu'il ne l'envahisse. On pourrait facilement oublier qu'il a jamais été ici, s'il n'y avait pas cette chaise et la flasque qui sont devenus des éléments aussi indispensables dans ma vie quotidienne que ma baguette et parviennent même à rapeler quelque peu sa présence. Son bureau est parti, l'autre chaise est constamment inocupée, et les draps ont depuis bien longtemps été lavés de toutes nos pêchés. Lui-même s'est fondu dans les masses de ces crétins detestables qui peuplent l'école.
Je suis…et bien, je n'ai jamais été heureux, mais l'amertume générale qui a toujours teinté ma vie depuis bien avant sa naissance s'est à nouveau installée ici et me rappelle que je prefère rester seul de toute façon.
Les murs du château respirent la tranquillité après minuit. Durant les rares occasions ou je croise une quelconque créature, morte ou vive, il n'est jamais difficile de la renvoyer d'où elle vient. Il se dégage un certain pouvoir des personnes qui sont capables de ne produire que les seuls bruits de pas glissés contre la pierre. Les ombres écoutent, les personnages des portraits ouvrent un ciel endormi, les échos résonnent et vous donnent l'impression d'être une entité bien plus puissante.
Ou tout seul, simplement.
J'ai cessé de m'attendre à le croiser dans les couloirs, de foncer dans quelque ombre recouverte d'une cape. Je me suis délibèrement retenu d'utiliser la carte tout simplement parce que je me fous royalement de ce qu'il peut bien faire de ses nuits. Et s'il lui prend l'envie de errer à nouveau dans les couloirs après le couvre-feu, je laisse à quelqu'un le soin de l'attraper. Ca ne me regarde plus. Ca n'est plus mon problème.
Plus le mien.
Merlin soit béni de m'en avoir débarassé.
Je me détourne volontairement de la tour des Gryffondor pour me diriger vers les quartiers des Serdaigle. La tranquillité qui règne dans cette partie du château est la plus susceptible de m'ennuyer au point que je puisse finalement bénéficier de quelques heures de sommeil avant l'aube. Il n'y a rien de mieux qu'un peu d'intellect prétentieux pour engourdir l'esprit. La tour des Serdaigle en suinte de tous côtés.
Plus je marche, plus je semble éveillé. Je me demande si utiliser une potion de Sommeil serait efficace, aussi peu disposé que je puisse être à en arriver là. Ou quelque chose d'en peut plus léger. Une potion de Sommeil sans rêve, peut-être.
Je suis enfin décidé à descendre lorsque j'entends un bourdonnement que je reconnais comme un sort de Discrétion – ce qui ne peut signifier qu'une chose. Je souris avec une satisfaction sinistre tandis que je marche vers une porte fermée, la magie frôlant ma peau tandis que ma main se pose sur la poignée. Je la pousse lentement avant de pousser la porte et de découvrir une pièce avec differentes choses entreposées là. Prenant une profonde respiration, je traverse la barrière du sort pour être accueilli par des bruits de respiration lourde et entrecoupées. Une large garde-robe me bloque la vue. Je la contourne furtivement.
A première vue, l'image refuse de se fixer dans ma méoire – une peau blanche, des cheveux noris ebourrifés, une longue cicatrice rose traversant la partie droite de son dos, illuminé par la faible lumière bleue filtrant à travers une fenêtre sale. Ce n'est que lorsqu'une voix résonne dans la pièce, détruisant le silence, que je retrouve mes esprits. Mes poumons se gonflent douloureusement, se remplissant de l'air que j'ai oublié d'expirer.
Je fais un pas en arrière, mon talon raclant bryuamment contre la pierre. Les deux garçons sautent en l'air et se mettent rapidement sur leurs pieds, l'un d'eux se refugiant dans un coin de manière presque comique. L'autre reste planté là comme un abruti. La bouche grande ouverte, rougissant visiblement malgré le peu de lumière.
« Professeur ! On… »
L'autre garçon s'interrompt. Il n'est même pas venu à Potter l'idée de se couvrir. Il ne me vient même pas à l'idée de dire quelque chose. Je suis pris par une envie irrésisitble de fuir cette scène, de retrouver mes donjons et de boires de litres jusqu'à ce je sois capable de tout oublier ou du moins de n'en avoir plus rien à foutre.
Mais bon, d'abord je suis sopposé dire quelque chose.
« Dans vos salles communes. Maintenant. », dis-je d'une voix qui est un peu trop enrouée pour être la mienne.
« Oui, monsieur », souffle la serdaigle. Je le foudroie avec le regard meurtrier obligatoire justte avant qu'il ne sorte. Je marche rapidement justqu'à la limite du sort de Discrétion et j'inspire profondément. J'entends l'autre garçon chuchoter : « Il ne nous a même pas retiré de points. Il a perdu la boule. »
« Contente-toi de la fermer », murmure Potter.
Je traverse la barrière du sort et je parviens je ne sais comment à rejoindre mes appartements, sans même savoir quel chemin j'ai emprunté.
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