Neige en Wallachie


Traduction de The Snow in Wallachia par YamatosSenpai

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Partie XXVI : Œuvre d'art

« Hé. »

Rukia remua légèrement, ses vêtements entortillés n'importe comment autour d'elle.

« Hé. Tu es réveillée ? »

« Hmmm... », gémit Rukia en couvrant son visage d'une main gracile.

« Ça va aller... »

« Aie ! », geignit Rukia, repoussant les larges bras qui la soulevaient du lit. « Reposez-moi. »

« Chuuut ! Reste tranquille. Tais-toi... »

Rukia ouvrit péniblement les yeux. La silhouette de Ginjo se précisa, et elle gronda presque de surprise. « Qu'êtes vous devenu- ? »

« Tu peux blâmer ton frère pour ça puisqu'il est celui qui m'a transformé... », souffla Ginjo en marchant vers la fenêtre. Il s'arrêta, les lattes de bois craquant sous ses bottes.

« Quoi ? », questionna Rukia, les yeux plissés.

Ginjo se glissa par la fenêtre ouverte, quelque peu maladroitement étant donné sa grande taille et la position de Rukia dans ses bras. Il sauta et atterrit sur le sol avec un bruit sourd, l'impact se répercutant dans tout son squelette. Il ignora les fourmillements qui le traversaient et se précipita hors de l'espace à découvert. Il entreprit de passer furtivement de l'ombre d'un bâtiment à un autre, Rukia serrée contre sa poitrine.

Ginjo s'introduisit dans une vaste grange. L'odeur douce du grain et de la luzerne remplit les poumons fatigués de Rukia. « Allez-vous me tuer ? », demanda-t-elle en levant des yeux écarquillés, grands comme des soucoupes, sur Ginjo.

« Non », souffla Ginjo. Il secoua la tête avec honte, et posa Rukia sur le sol, hésitant à relâcher son étreinte sur le vampire affaibli. « Pars. »

« Que je parte ? », demanda Rukia, vacillante. « Où sont Tsukishima et Coyote ? »

« Coyote est avec le Maître », chuchota Ginjo. « Et Tsukishima monte la garde... »

« Je ne comprends pas », murmura Rukia, tout le corps douloureux. Elle toussa contre sa manche, du sang rouge giclant sur le tissu défraîchi.

« J'essaie de te sauver », grogna Ginjo. « Ne gâche pas l'occasion. Pars. Pars maintenant ! »

« Je ne peux pas... », refusa Rukia en secouant la tête.

« Je te l'ordonne », aboya Ginjo en repoussant Rukia. Mais Rukia n'avait plus aucune force ; elle s'effondra sur le sol poussiéreux et parsemé de paille. Ginjo jura et s'agenouilla auprès de la petite vampire avec inquiétude.

« Je ne peux pas », répéta Rukia, les jointures de ses mains blanchies dans l'effort qu'elle faisait pour s'asseoir. « Peu importe qui me l'ordonne, je ne peux pas bouger. »

« Tu es un vampire », murmura Ginjo. « Ceci n'est rien... »

« Je suis trop blessée », confessa Rukia en attrapant le poignet de Ginjo de sa toute petite main. « Je souffre de dommages internes, mes poumons, mon estomac... »

« Le Maît-, Aizen, il ne te laissera pas partir », expliqua Ginjo doucement. « Il pense qu'il peut t'utiliser... »

« Il pense que je peux porter ses enfants... », gronda Rukia, les joues s'échauffant de colère.

« Ce qui est dément », exhala Ginjo, appuyant son dire en secouant la tête.

« Tuez-moi », sollicita Rukia. « Je ne peux pas m'enfuir et je ne peux pas supporter ça plus longtemps.

« Tu dois t'enfuir », s'énerva Ginjo. « Je ne laisserai pas l''un des miens être soumis à ce genre de traitement. »

« Que vous arriverait-il si je m'en allais ? Si, bien sûr, je pouvais partir ? », questionna Rukia.

« Cours », ordonna Ginjo, toisant Rukia. « Cours jusqu'à ce que tu meures. Puis relève-toi et cours encore. »

« Maître Ginjo ! » Rukia l'appela, les yeux agrandis de désespoir. « Ne me laissez pas ici... »

« Cours », continua Ginjo. « Et ne te retourne pas. »

« Je ne peux pas ! », cria Rukia. « Ne me laissez pas ici ! » Rukia abattit ses petits poings sur le sol dur. « Je ne veux pas mourir dans la boue tel un porc ! »

« Une comtesse jusqu'au bout... », s'amusa Ginjo en éclatant de rire. « Au revoir, Rukia. »

« Kugo ! Kugo, s'il vous plaît ! », supplia Rukia, incapable même de se mettre à genoux. Elle s'effondra en avant, une crise de toux secouant son corps mince. Du sang aspergea la terre poussiéreuse, tombant en gouttes souffreteuses de son menton.

« Rukia, ma chère », roucoula Ginjo, jetant un dernier regard par-dessus son épaule. « Soit tu te lèves et cours, soit tu meurs en essayant. »

L'estomac de Ginjo se serra alors qu'il renversait du pied un baril de pétrole. Il sortit de sa poche une allumette et la frotta contre un des ses ongles griffus. Il jeta l'allumette, le pétrole prenant feu immédiatement. Il s'éloigna de la grange, ignorant les cris hantés qui le poursuivaient.

Ginjo venait juste d'arriver au dernier étage de l'auberge quand le chaos qui régnait dans la ville les atteignit. Il entra dans l'appartement et observa avec détachement Coyote se dépêcher de s'habiller. Celui-ci portait sur lui une odeur de sexe et de sang tellement forte, et presque continuellement, que Ginjo se demanda comment les humains ne se liquéfiaient pas en sa seule présence.

« J'en ai tellement ras le bol des incendies », jeta Coyote, qui laçait ses bottes avec des gestes rapides.

« Où vas-tu ? », demanda Ginjo, priant pour que l'odeur de souffre et de pétrole ne fût pas sur lui.

« Y mettre un terme », marmonna Coyote en tirant sur ses gants.

Aizen émergea de ses quartiers privés ; il balaya la pièce sans mot dire, ses yeux se posant finalement sur Coyote. Ginjo passa nerveusement la langue sur ses lèvres ; c'était seulement une question de temps avant qu'Aizen ne réalisât que le lit était vide.

« Où est Ru- », commença Coyote, les yeux agrandis. Mais aussitôt que les premiers mots lui échappèrent des lèvres, il réalisa son erreur. Il s'arrêta immédiatement, se mordant presque la langue pour se faire taire. « Où est l'eau ? », tenta-t-il de se rattraper. « Où y a-t-il de l'eau en abondance ? »

« Il y a un puits sur la place du village », offrit Tsukishima, décroisant ses bras et s'écartant du mur. « Êtes-vous d'accord, Maître ? Cela pourrait éveiller les soupçons si trois hommes en bonne santé n'aidaient pas à éteindre le feu... »

« Vous pouvez aller l'éteindre », permit Aizen. « Mais lavez vos cheveux ensuite. Je ne supporte pas que vos cheveux sentent la fumée. »

« Bien, Monsieur », dit Coyote avec un signe de tête.

Les trois changeants se dirigèrent vers la porte, le pas raidi. Ils étaient anxieux, incapables de se détendre tant qu'ils avaient le dos tourné à leur Maître. Coyote sortit le premier, sautant presque au bas des marches. Ginjo le suivit de près, se cognant à lui sur le palier.

Aussitôt que Tsukishima fût sorti de l'auberge, Coyote se tourna vers eux avec une lueur de fureur dans les yeux. « Où est-elle ? »

« Qui ? », demanda Ginjo tout en attrapant un seau et se dirigeant vers le puits.

« Tu sais très bien de qui je veux parler ! », gronda Coyote en se saisissant de la pelle qui lui était tendue.

« J'ai bien peur que non », souffla Ginjo, clignant de l'œil pour exaspérer Coyote.

« Dis-moi où elle est », enjoignit Coyote en saisissant rudement Ginjo par les épaules.

« Nous ne pouvons pas vous faire confiance », dit Tsukishima pour toute réponse, ses paupières tombantes se refermant complètement l'espace d'un clignement.

« C'est ridicule ! », jeta Coyote.

« Vraiment ? », appuya Ginjo, la voix traînante. « Parce que si je me souviens bien, le Maître a la possibilité de partager ton corps... »

« C'est… C'est différent. J'ai le contrôle de moi-même à présent... », grinça Coyote.

« Peut-être bien que oui, peut-être bien que non », rétorqua Ginjo. « On ne peut pas prendre ce risque. »

« C'est injuste ! », s'écria Coyote.

« Chuuuut », siffla Ginjo en recouvrant de sa main la bouche de Coyote. « Silence. »

« Cela n'a rien de personnel », ajouta Tsukishima. « C'est plus sûr si on ne vous met pas au courant. »

« Tu es un agent double », accusa Ginjo. « Et tu ne le sais même pas. »

« Je vais tous vous tuer », dit Coyote dans un souffle.

« C'est bien ce que nous redoutons », soupira Ginjo.

Cela prit plus d'une heure pour éteindre l'incendie. Les trois changeants retournèrent à l'auberge. Ils étaient couverts de fumée et de suie, et ils luttèrent entre eux pour savoir qui serait le premier à se laver. À la fin, Tsukishima gagna, son imposante stature jouant en sa faveur. Ginjo et Coyote s'assirent en silence jusqu'à ce qu'il ressortît. « Je vais au marché. Je vais revenir. »

« C'est mon tour », insista Coyote, enfonçant ses ongles dans la main de Ginjo alors que celui-ci essayait de se lever. « Le Maître aura besoin de moi avant qu'il n'ait besoin de toi. »

Mais il ne fallut pas bien longtemps avant que Ginjo ne cognât à la porte de la salle de bain, exigeant que Coyote se dépêchât. « D'accord ! D'Accord ! Le Crétin(1)... », marmonna Coyote en se mettant debout, l'eau ruisselant le long de son corps musclé.

Ils s'habilla distraitement avant de s'asseoir sur le lit de Rukia. Où était-elle ? Pendant combien de temps pouvait-il ne pas rapporter sa disparition ? S'était-elle échappée ? Si c'était le cas, était-elle loin maintenant ? Coyote était si perdu dans ses pensées qu'il ne remarqua pas le retour des deux hommes dans la chambre.

« Personne n'était à l'intérieur », murmura Tsukishima en posant un gros morceau de fromage vieilli sur la table.

« Il… il n'y avait pas de restes ? Ou de traces… ? », demanda Ginjo, qui se rongeait les ongles d'inquiétude.

Coyote ne fit pas attention à la conversation, s'affairant à la place avec le fromage à sa disposition. Il en coupa une portion avec habileté, la plaça sur une tranche de pain bis et posa dessus une belle grappe de raisin rouge. Il enfourna le tout dans sa bouche, et mâcha avec force et enthousiasme.

« Si quelqu'un était à l'intérieur lorsque le feu a commencé », éclaircit Tsukishima, surveillant Coyote avec méfiance, « il sera parti avant que le feu n'ait pu le consumer. »

« Ce fromage n'est pas mauvais », pensa Coyote tout haut. Il se fit une autre tartine.

« Tant mieux... », murmura Ginjo en hochant pesamment la tête. « Je suis content que personne n'ait été blessé. »

« Le raisin est un peu aigre », convint Coyote en haussant les épaules.

« Les villageois pensent que le feu a été allumé exprès », continua Tsukishima, s'attachant le regard de Ginjo. « À ce qu'il semble, c'était là qu'ils gardaient leurs réserves pour l'hiver. »

« Le printemps est presque là », dit Ginjo d'un ton sec. « Ils survivront. »

« Le pain blanc est sans aucun doute un luxe de la haute société », soupira Coyote, picorant la tartine qui faisait son repas avec désappointement. « Je me souviens que je mangeais du pain blanc au château lorsque j'étais petit… C'était divin... »

« Cela veut dire que nous ne devrions pas rester plus longtemps ici », soupira Tsukishima. « Ils sont devenus nerveux. »

« Qu'ils s'inquiètent donc ! », gronda Ginjo. « Des vers de terre inutiles, rampant sans rien voir... »

« Ça suffit ! », craqua Coyote, agacé, en cognant son poing sur la table. « Arrêtez de m'ignorer ! Est-ce que vous allez manger, oui ou non ? »

« Je viens juste de manger », répondit Tsukishima en se tapotant les lèvres.

« Je vais au marché », soupira Ginjo en se levant.

« Vous êtes insupportables tous les deux », gronda Coyote.

« Vicomte, très cher », laissa tomber Ginjo, la bouche serrée, nous ne pouvons pas manger avec toi, à moins que tu n'aies l'intention de nous aider à chasser... » Ginjo marcha jusqu'à la porte, ses bottes battant le plancher. « Nous devons boire du sang. Aucune quantité de fromage ou de raisins ne satisfera notre faim. »


« Je vous mets tous en garde contre le fait de vous mettre à l'aise », réprimanda Byakuya, qui surveillait la scène avec un visage sans expression.

Orihime, au beau milieu d'une éclaboussure, pencha la tête sur le côté de confusion. Ichigo baissa les mains avec embarras, et Renji profita de l'occasion pour lui projeter une vague d'eau qui atterrit en plein sur sa tête. Ichigo en oublia de respirer, l'eau froide de la rivière le faisant frissonner. « Ren-ji ! »

« Ah-ha-ha ! », gloussa Renji diaboliquement, frappant son poing contre celui d'Orihime en signe de victoire. « Nous avons réussi ! »

« Nous allons partir bientôt », leur rappela Byakuya doucement. « C'est une longue marche jusqu'au prochain village. Et au-delà, qui sait... »

« Gardez votre énergie, jeunes gens ! », taquina Kira en agitant son poing dans l'air. Orihime se mit à rire avec délice, les joues fraîches et rondes. Elle nagea vers la rive, en regardant Kira avec toute son attention. Kira le remarqua et s'agenouilla au bord de la rivière. Il tendit la main et caressa sa tête, comme si elle était un chiot plutôt qu'une petite fille. « Nos trois chers petits roux... », dit doucement Kira, en regardant tour à tour Renji et Ichigo. « Nos porte-bonheurs. »

« Les cheveux roux ne portent pas bonheur ! », releva Orihime, les taquineries d'une vie entière lui surgissant à l'esprit.

« Ridicule », dit Kira, les yeux plissés. « Caresser la tête d'un roux porte chance. Veux-tu dire que tu n'as jamais caressé ta propre tête ? » Kira se mit debout et secoua ses mèches blondes, accentuant son effet dramatique. « Je n'ai pas de raison de mentir. Tu es vraiment chanceuse. »

« Les personnes chanceuses nous parlent même à nous... », murmura Ichigo, et Renji confirma de la tête.

« J'ai toujours aimé les cheveux roux », avança Byakuya distraitement, tout en se positionnant sur la branche basse d'un arbre. « Mais j'ai un faible pour la couleur rouge. Rien n'est plus beau que des éclaboussures de rouge dans la neige... »

« Je ne suis pas d'accord », contesta aussitôt Kira. « Je pense toujours que la plus belle des choses que j'ai jamais vue est l'océan. » Kira poussa un lourd soupir. « Pas les eaux froides de l'Atlantique, mais le bleu transparent de, euh, je crois que vous l'appelez le Nouveau Monde... »

« Et la Méditerranée, alors ? Allez… Est-ce qu'il existe quelque chose de plus beau ? », intervint Ichigo.

« Coyote me manque », dit Orihime soudain.

Shunsui et Jûshirô se fixèrent du regard. Shunsui détourna le sien le premier, et Jûshirô se leva avec un soupir réticent. « Bientôt. Nous le verrons bientôt. »

« Bientôt quand ? », pressa Orihime.

« Je ne sais pas », admit Jûshirô. « Il y a eu quelques difficultés. Aizen est plus fort à l'heure actuelle. Et Coyote pense qu'il nous aide en se tenant à l'écart de nous... »

« Mais qu'en est-il de Coyote ? », demanda Orihime. « Est-ce qu'il n'a pas peur lui aussi d'Aizen ? »

« Eh bien... », commença Jûshirô sans finir.

« Bien sûr que non », répondit Ichigo avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux. « Il hait le Maître, mais il n'a pas peur de lui. Coyote ira bien. » Ichigo tira sur les cheveux d'Orihime pour faire bonne mesure. « Tu le verras bientôt. »

« Aïe ! Ça fait mal ! », cria Orihime en se tenant la tête. « Espèce de sale scinque ! »

« Je ne suis pas un scinque ! », grogna Ichigo, son visage se déformant malicieusement en un effrayant masque.

Orihime hurla lorsqu'Ichigo bondit à sa poursuite. Elle ne pouvait pas nager très vite et Ichigo la rejoignit en un instant, la jeta en l'air et la rattrapa dans ses bras chauds et musclés. « Non ! Non ! Me mange pas ! »

« Vous aimez les enfants, hein ? », demanda Renji. Byakuya réalisa qu'il était en train de sourire, et immédiatement son visage se ferma. Il avisa Renji comme si la remarque l'avait profondément offensé. Renji rit, secouant ses cheveux mouillés de droite et de gauche. Il inclina la tête, l'eau dans son oreille s'évacuant. « Vous avez eu des enfants, hein ? »

« Des garçons », confirma Byakuya en hochant le menton. « Les filles sont entièrement différentes. Elles sont à peine de la même espèce. »

« Je ne crois pas que nous pouvons avoir des enfants », se demanda Renji à haute voix. « Je veux dire, personne n'en a jamais eu. »

« Alors qu'est Orihime ? », demanda Byakuya en arquant un sourcil.

« Elle n'est pas la leur... », grogna Renji.

« Quelle chose terrible que de dire cela », gronda Byakuya sans y mettre de cœur. « Est-ce qu'avec eux, elle ne sent point que c'est là sa place? »

« Je voulais dire par le sang », murmura Renji, les joues rougissantes.

« Le sang ne veut rien dire », affirma Byakuya sans équivoque. « J'ai goûté le sang de toutes sortes de personnes et pas une seule fois un sang ne m'a rappelé celui d'un autre. Il n'existe pas de lien dans le sang, en dehors du fait que tous les humains en ont. »

« Bon. Je ne pense pas que ceux de mon espèce puissent porter des enfants... », corrigea Renji. « Vos enfants. Sont-ils- ? »

« Avant de poser une question, il faudrait toujours se demander : suis-je prêt à mourir pour cette réponse ? Si la réponse est non, il ne faut pas la poser... », dit Byakuya dans un murmure.

« Compris », répondit Renji.

« C'est décidé alors », déclara soudain Kira, en brossant ses vêtements.

« Qu'est-ce qui est décidé ? », demanda Renji en secouant la tête. « Je ne savais même pas qu'on discutait. »

« Nous partirons dans trois jours », expliqua Kira. « Reposez-vous bien d'ici là. Parce que je suis sûr que Shunsui projette de nous faire marcher jusqu'à notre mort. »

« Je déteste creuser », taquina Shunsui. « Vous n'avez besoin de commencer à vous inquiéter que si je me mets à creuser des trous. »


« Dites-nous à quoi s'attendre », suggéra Jûshirô en tapotant doucement le dos d'Orihime, qui dormait contre lui. La figure de la fillette était cachée, le front lourd contre sa poitrine ; son souffle se dispersait sur sa peau agréablement.

« Nous pouvons nous attendre au moins à un mort et probablement quelques dommages permanents », dit Kira d'un ton sec, sa pipe tenue lâchement entre les dents.

« Un peu de sérieux », se fâcha Jûshirô.

« Je le suis », rétorqua Kira.

« Les humains sont des plus faibles », dit Byakuya d'un ton neutre. « Mais le style de combat de Jûshirô est bien au-dessus de ses congénères. Orihime est un handicap... »

« Elle nous est utile », intervint Shunsui. « Elle peut trouver les gangues de loup. »

« Ce qui, je le maintiens, est le principal objectif de notre communauté », expliqua Renji. « Je me suis joint à vous pour sauver les changeants. Un jour, tous les Maîtres reviendront pour leurs gangues de loup. Certaines sont des choses comme des fémurs ou des globes oculaires, et d'autres, d'autres sont des cœurs et des moelles épinières... » Renji se sentit bizarre avec l'attention de Byakuya et Kira concentrées uniquement sur lui. « C'est une horrible façon de mourir. Or ce n'est que le destin d'un changeant. »

« Vos gangues de loup ont été enlevées », dit Kira en claquant de la langue. « Enfin, presque... »

« Nous avons retiré la gangue de loup et implanté quelques uns de ces étranges filaments noirs », expliqua Ichigo.

« C'est une idée stupide », gémit Kira en tapant le bec de sa pipe contre sa paume. « C'est comme jeter une œuvre d'art mais garder la colle sur le mur. »

« C'était mon cœur », jeta sèchement Ichigo. « Je ne peux pas précisément vivre si Ulquiorra revient pour le récupérer. N'est-ce pas ? »

« Vous êtes l'un d'entre eux », dit Renji avec dédain. « Vous ne comprendriez pas. »

« Et c'est loin d'être une "œuvre d'art..." », gronda Ichigo.

« Allons, allons, messieurs », se récria Kira, « Ne me persécutez pas. »

« Ce Maître... » Byakuya changea de sujet avec aisance. « Comment est-il ? »

« Il est grand », expliqua Kira. « Il est stupide, et il est méchant. »

« Ses capacités… ? », pressa Byakuya.

« Nombreuses. » Kira soupira. « Mais sa capacité la plus problématique est de pouvoir atteindre une taille incroyable... » Kira illustra par de grands gestes avec ses bras. « Et sa capacité à manipuler le fer. »

« De quelle taille sommes-nous en train de parler ? », demanda Renji en dévisageant Kira. « Ma taille atteint 4 mètres quand je me transforme. »

« Plus grand », répondit Kira. « Bien plus grand. »

« Que voulez-vous dire par manipuler le fer ? », demanda Jûshirô, ses yeux verts plissés de confusion. « Vous ne voulez pas dire une épée, n'est-ce pas ? »

« Non » Kira secoua la tête. « Certains Maîtres ont des capacités uniques. Les trois plus forts principalement, mais d'autres ont acquis la capacité de contrôler les minéraux et les métaux de la terre. »

« C'est embêtant. » Shunsui laissa échapper son souffle, l'air agitant ses cheveux autour de son visage.

« Vous croyez ? », demanda Kira, qui roula des yeux avec exagération.

« Mais sinon, vous êtes d'un niveau égal ? », demanda Byakuya doucement.

« Mis à part les choses les plus évidentes et difficiles à surmonter, oui, je suppose que nous sommes d'un niveau égal », grogna Kira.

« Vous l'avez choisi », dit Shunsui sans aucun remords. «Vous vous souvenez ? »

« Ce gâchis n'est pas ma faute, Shun-su-i... », aboya Kira, les yeux s'assombrissant. « Si vous voulez de l'assurance et de l'entrain, je ne suis pas le Maître qu'il vous faut... »

« Est-ce que les Maîtres combattent à l'épée ? », demanda Jûshirô.

« Seulement cinq, plus ou moins », répondit Kira. Il n'est pas l'un d'entre eux. »

« Savez-vous combattre à l'épée ? », demanda Byakuya en dévisageant Kira avec insistance.

Kira eut un sourire sans humour et haussa légèrement les épaules. « Eh non. » Il posa son narguilé à ses pieds. « Désolé de vous décevoir, Vampire, Épéiste. »

« Mes talents résident dans le maniement de l'épée », admit Byakuya. « Je ne suis pas certain de la façon dont je suis supposé combattre une créature magique. Je vous en prie, dites-moi... »

« Le secret pour tuer un Maître est de ne pas s'arrêter », expliqua Kira. « Quand vous l'avez mis à terre, c'est là que vous devez redoubler d'efforts. Écrasez-le au sein de la Terre et broyez-le jusqu'à ce qu'il retourne en poussière. »

« J'ai combattu quelques Maîtres dans ma jeunesse », murmura Ichigo. « C'est toujours brutal, mais je pense que nous avons un bon groupe. »

Kira ouvrit la bouche, une repartie mordante à propos du Conseil sur la langue, mais il hésita, secoua la tête et referma la bouche. Il communiqua un regard coupable à Shunsui avant de frissonner. Il saisit de nouveau son narguilé et l'installa entre ses jambes. « Nous vaincrons. »

« Nous vaincrons », insista Kira. « Nous ne sommes pas en forme, nous manquons d'entraînement... » Kira fit un signe de tête insistant vers Shunsui. « Je n'ai pas combattu depuis presque trois cent ans... » Il souffla un large cercle de fumée. « Mais nous sommes plus forts et plus nombreux. Ce ne sera pas joli, mais nous vaincrons. »

Partie XXVI : fin

(1) NdT : En français dans le texte