Outch.

Ce chapitre était douloureux à accoucher. Au final 19 pages plus tard? Beauuuuucoup de blabla et une Easyan très confuse! Pour moi, il s'agit d'un chapitre un peu particulier parce qu'il soulève pas mal de questions, parce qu'il montre une certaine facette de la Brigade, de personnages qu'on pensait connaitre à la perfection. Du fait que je sois une créature sans éthique ni moral...

(tousse)

Bref! Je suis assez nerveuse de l'accueil qu'aura ce chapitre, surtout que, soyons franc, j'ai tout à fait conscience de prendre beaucoup trop de temps pour finir tout ce barda et de lasser mon lectorat (qui au final a déjà dû changer quatre mille fois de vie en quasiment trois ans du publication!) J'espère juste que vous apprécierez et que ça vous fera passer un bon moment!

Bonne lecture mes chatons!


My Beautiful Beast

Season 2

Chapitre 24 : Stranglehold

L'incendie des sous-sols de Génov'Pharma ne fut pas l'évènement qui propulsa l'entreprise à la une des journaux.

Ce dont tous les médias parlaient à la place c'était du scandale mis en lumière par la Brigade Spécial au sujet de leurs essais cliniques illégaux et des multiples poursuites pour harcèlement sexuel qui accusaient la majorité de ses dirigeants. Le nom de la boîte fut traîné dans la boue, sa chute fut spectaculaire et très vite, le contexte politique, en pleine campagne électorale, s'était servi des retombées médiatiques pour rouvrir le débat sur la corruption, l'insécurité et le manque d'éthique des grandes institutions paradyziennes. Cheval de bataille exploité et surexploité par le candidat favoris de ces élections, Rodd Reiss.

Personne ne parlait de la disparition de près d'une trentaine d'employés, personne ne parlait de l'existence de laboratoires secrets ou de cobayes difformes…

Eld était chargé d'extirper un maximum d'informations aux prisonniers avant de les aider à disparaitre. Eren essayait de toutes ses forces de ne pas extrapoler les mesures qui se dissimulaient pernicieusement derrière le vague terme de disparition. Mais en toute sincérité ? Il savait pertinemment que la Brigade n'avait pas les moyens de mettre en œuvre la protection et la surveillance d'autant de témoins.

Hanji de son côté, avait récupéré le matériel, les expériences et les cobayes. Elle avait déclaré vouloir se servir de ces trouvailles afin d'isoler et d'identifier 'l'élément mystère' qui semblait au centre de toutes les recherches titanesques. A part les Titans et les hommes de confiance d'Erwin, personne n'avait la moindre idée de l'existence de l'Opération G.

C'était un coup de maître. Une avancée considérable dans la lutte qui les opposait au gang évasif qui leur échappait depuis des années. Pour une fois, la Brigade avait l'avantage…

Alors pourquoi Eren éprouvait-il un tel malaise depuis cette fameuse nuit ?

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Trois jours après l'Opération, Eren n'avait toujours pas réussi à retrouver son calme.

Il présumait, sans trop pouvoir se l'expliquer qu'il s'agissait surtout des résidus de l'énergie nerveuse qu'il n'avait pas réussi à évacuer pendant l'intervention. Tout s'était passé si vite. Tout avait été si simple. Oui, c'était très certainement pour cette raison qu'il était toujours aussi nerveux… S'il voulait vraiment se débarrasser de cette drôle d'impression tout ce qu'il lui restait à faire c'était de passer à l'action, de trouver par lui-même l'angle d'attaque par lequel il pourrait ajouter sa pierre à l'édifice.

Raison pour laquelle il se trouvait actuellement devant cet immeuble, à attendre, au lieu de cuisiner le dîner qu'il avait promis à Levi la veille.

« Eren ?! »

L'exclamation d'Ymir était surprise, avec une pointe de défiance. Elle s'était figée à quelques pas seulement d'Eren et le scrutait avec attention. Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon cargo noir, un sweat gris large qui masquait sa silhouette, une casquette sur la tête, elle portait un lourd sac de courses sur l'avant-bras. Eren se redressa, quittant le coin de mur où il s'était adossé quelques minutes plus tôt. Il leva une main pour la saluer : « Coucou, Ymir. Le temps se réchauffe, tu ne trouves pas ? On voit bien que l'été approche… » Le regard inquisiteur de la brunette se durcit tout à coup : « Oh pitié, Eren. Rends nous service à tous les deux et arrête ton cirque. Qu'est-ce que tu me veux ? » Eren adopta un air faussement offusqué : « Femme de peu de foi ! Est-ce que je n'ai même plus le droit de rendre visite à une amie ?

- Eren, depuis qu'on se connait, on respecte tous les deux une sorte de règle tacite. Je ne crois pas trop m'avancer en disant que tu sais tout aussi bien que moi que cette règle stipule qu'on s'apprécie dans une certaine mesure tant qu'aucun d'entre nous n'empiète sur les plates-bandes de l'autre. Aussi bien dit ; je ne fouille pas dans ta vie et tu te tiens bien loin de la mienne en retour…Et bien sûr, cette règle est devenue encore plus vitale après qu'on ait tous les deux reçus la formation spéciale d'Eld. Ta simple présence devant cet immeuble viole toutes nos conventions. Je n'ai jamais invité personne ici. D'ailleurs Ce n'est même pas l'adresse que j'ai inscrite sur mes documents officiels…Alors, si t'as pris la peine de m'espionner et de trouver ma planque, c'est forcément que t'attends un truc de moi. Autant allez droit au but. Qu'est-ce que tu fous ici, Eren ?

- Je dois dire que même si elle ne me surprend pas vraiment, ta paranoïa force le respect. Tu mens à la Brigade, t'as invité tous les M.P dans un appartement que ni toi, ni Krista n'habitez vraiment. Comme je l'ai déjà dit, de ta part ? Rien d'étonnant. Mais j'admets que savoir que Krista accepte de te suivre dans ton délire, ça me déçoit plus que je ne m'y attendais.

- Oh, arrête un peu de jouer la victime outrée ! Tu sais que ce n'est pas des M.P que je me méfie ! Krista n'a jamais voulu vous mentir et on ne joue, malheureusement, aucun rôle quand on traîne avec votre bande de dégénérés. Pas la peine de jouer la carte de l'amitié bafouée pour m'amadouer, t'es presque une centaine d'années trop jeune pour que ça prenne. Maintenant, arrête de tourner autour du pot et accouche, qu'est-ce que tu me veux ? » Ils se fixèrent un moment. Puis Eren ferma les yeux et soupira : « Tu dis et tu répètes que tu n'as accepté d'entrer dans la Brigade que parce que Krista ne t'a pas laissé le choix. Qu'elle se serait enrôlée avec ou sans toi. Mais Krista ne t'a pas forcé à me tendre la main, tu m'as entraîné et tu m'as aidé, pour que je me contrôle et que j'achève le début de mon Eveil…

- Eren, je te l'ai déjà dit, je ne te guiderais pas vers ton Eveil complet. Pas alors que je suis diamétralement opposée à l'utilisation que tu comptes faire de tes pouvoirs.

- Comment est-ce que tu peux encore dire un truc pareil ? Tu étais là pourtant ! Tu as vu ce qu'on a découvert dans le dernier laboratoire de Génov'Pharma. » Ymir se raidit et détourna les yeux. Eren continua : « Tu affirmes que les Titans ne savent pas à quoi ils ont affaire, que la Seconde et la Troisième Génération sont 'différents' de nous, les Oblivions originels. Pourtant, cette petite fille, sa corne, c'était… » Ymir fixait toujours le vide, mâchoire crispée. Eren s'agaça : « Tu ne peux pas continuer à détourner les yeux ! Pas alors qu'on sait tous les deux ce qu'ils essaient vraiment de reproduire ! Ils ne veulent pas vraiment reproduire le Sérum, n'est-ce pas ? Ce qu'ils veulent c'est retrouver la pureté qu'ils ont perdu en altérant les Originels lors de la fabrication du premier Sérum ? C'est ça ? » Ymir agita la tête, irritée : « Non, Eren. Je te le répète, les Titans ne savent rien des Oblivions ! Retrouver la pureté des Originaux ? Ils n'ont sûrement même pas conscience du fait que nous ayons été altérés ! Ces contrefaçons n'ont pas la moindre idée des forces avec lesquels ils jouent. Ils ignorent tout de la Déesse, de notre Histoire, ils ignorent même ce qu'ils sont réellement ! Comment est-ce qu'ils pourraient réussir à recréer quoique ce soit de viable dans ces conditions ? …

- Ce que tu dis n'a aucune importance si à la fin, même par hasard, ils parviennent tout de même à … » Ymir pouffa de rire, amère : « Tu penses qu'ils ont une chance de réussir ? Tu rigoles j'espère ? La chose qu'on a vu dans cette cuve ? C'était leur unique chance sur un trilliard de ne serait-ce qu'approcher d'une reproduction d'Oblivion. Et tu sais quoi ? Quand bien même leur petite expérience aurait réussi ? Ça n'aurait absolument rien changé à notre situation. Crois-moi, si tu veux vraiment leur mettre des bâtons dans les roues ? Fais-toi un baluchon et tires-toi d'ici ! Quittes Paradiz, trouves-toi un petit havre de paix à Antya et oublies donc toute cette histoire de vengeance à la con… » Eren serra les poings : « Tu plaisantes, là ?! Ils ont tué ma mère ! Ils sont une menace, pour ce pays et, pourquoi pas quand ils en auront terminé ici, pour le monde ! Mais tu crois que je vais juste leur tourner le dos ?! On a une chance de les vaincre Ymir ! On approche du but, tu le sais ! Tu peux toujours le nier, mais tu as vu tout comme moi de quoi l'Escadron est capable ! Si tu nous disais ce que tu sais d'eux, si tu acceptais de te battre à nos côtés, on pourrait enfin se débarrasser de ces parasites pour de bon ! Plus aucune raison d'être sur le qui-vive, tu serais enfin libre ! » L'éclat de rire qu'Ymir lui servit pour toute réponse lui glaça le sang.

Elle s'approcha d'un pas, presque menaçante : « Le pire ? C'est que tu as vraiment l'air de croire toutes les conneries que tu débites ! Eren, je te le dis et te le redis, Erwin Smith et toutes ses petites tentatives pour arrêter ce qui va bientôt se passer ? C'est du pipi de chat. Même s'il parvenait par miracle à démanteler, à temps, tous les réseaux criminels que les Titans ont mis en place, il serait toujours incapable de vaincre leur armée.

- S'ils ont une armée aussi puissante que ça, pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas encore passé à l'offensive ? Qu'est-ce qu'ils attendent ? » Ymir agita la tête, visiblement frustrée : « Tu as l'air de croire, à tort, que je sais ce qui peut passer par la tête de ces types. Que je serais au courant de leur but ultime. Et tu te goures complètement ! Tout ce que je sais, c'est que le jour où Karla a décidé de se tirer ? Elle en a bien plus fait pour sauver l'Humanité que tu ne pourras jamais accomplir en jouant au vaillant petit soldat sous le commandement de Smith ! Alors, oui, je l'avoue, j'étais blessée, dégoûtée même, qu'elle ait pu nous tourner le dos comme ça. Mais avant de partir elle nous a scellé, elle a fait en sorte qu'on ne puisse plus se reproduire ou se transformer, alors, si les autres Oblivions sont encore en vie aujourd'hui ? C'est très certainement grâce à son sacrifice. Toi, qu'est-ce que tu crois avoir accompli jusqu'ici pour venir en aide à qui que ce soit ? » Un lourd silence s'installa.

Ymir posa doucement son sac de courses au sol et lorsqu'elle fit de nouveau face à son interlocuteur, son regard se voulait compatissant : « Je peux t'assurer que ce constat est aussi difficile à avaler pour moi que pour toi. Mais je sais que j'ai raison lorsque je te dis que, pour honorer sa volonté, tu ferais mieux de faire profil bas. Suis mon conseil, détournes-toi de toute cette merde. De toute façon, comment est-ce que tu comptes apporter ton aide ? Tu vas les combattre à armes égales ? Tu comptes utiliser ta véritable forme ? » Un nouveau silence. Ymir écarquilla les yeux, effarée : « Tu déconnes ! Dis-moi que tu déconnes ! » Eren serra les dents : « Je n'aurais pas le choix, s'ils attaquent, je ne pourrais pas tout simplement me laisser trucider sans combattre, Ymir ! » Elle avait l'air de vouloir le secouer comme un prunier, ses yeux lançaient des éclairs lorsqu'elle s'écria : « Mais t'es complètement con ou complètement taré ?! Qui est au courant ? Qui sait pour toi, tes pouvoirs ? » Eren soutint son regard et carra les épaules : « Quelle importance ?!

- Quelle importance ?! Comment est-ce que tu peux être aussi débile ?! Tu as vu tout ce qu'a abandonné ta mère pour conserver ce secret ! Comment est-ce que t'as pu être assez con pour le révéler à…Oh putain, dis-moi qu'Erwin et ses sbires… » Eren garda le silence. Ymir jura, fit les cent pas puis revint se poster face à lui : « Qu'est-ce que tu leur as dit ? Qu'est-ce qu'ils savent ?!

- Ce qu'il y a de plus évident ! Ce que je me devais de leur dire ! Ils savent pour l'assassinat de ma mère, donc ils savent pour les Troisième Génération, ils savent que Zeke et moi, nous ne sommes pas Humains. Ils savent pour les Shifters et ce qui peuvent les blesser… » Ymir jura de plus bel. Elle bascula la tête en arrière, ses griffes apparurent puis se rétractèrent aussitôt. Une fois sa colère sous contrôle, elle le vrilla de son regard doré incandescent : « Les Hommes ne sont pas prêts à accepter l'existence des Oblivions Eren, si tu continues dans cette voie, tu nous condamneras tous ! Ce que tu leur as déjà confié à notre sujet, le simple fait que tu les laisses t'étudier et t'observer comme un rat de laboratoire, tu n'as pas idée des répercussions que ça peut avoir !

- Ils ne m'observent pas comme un rat de laboratoire, Ymir ! Tu te trompes de cible, là ! Ils tentent d'empêcher une catastrophe monumentale, ils ont besoin de savoir comment se défendre ! Tu crois que je serais vraiment celui qui va révéler au monde l'existence des Shifters ? Parce que tu penses sincèrement que quand les Titans accompliront leur but et prendront le contrôle de Paradiz, ils vont passer sous silence la nature de leurs dirigeants ? Tu penses que les créatures de la Troisième Génération resteront dans l'ombre ?! Si c'était le cas, ils ne se fatigueraient pas avec toutes ces expériences ! Qu'est-ce qui les bloque vraiment ? Est-ce que les Troisième Génération sont vraiment si incontrôlables ? Est-ce qu'ils veulent un plus grand nombre de soldats de Deuxième Génération ?

- Je ne sais pas ! Et ce n'est pas grave que je l'ignore parce que, comme je me tue à te le répéter, ce n'est pas ça le plus important ! Ce que les Titans comptent faire de ce pays ? C'est le cadet de nos soucis ! La vérité sur les Oblivions ? Ça, ça compte ! Et t'es en train de tout foutre en l'air ! Toi et ton idéalisme à la con ! T'es pas capable de voir ce qui te pends au nez !

- Tu sais ce que je pense ? C'est que tu te caches derrière tes certitudes et tes grands airs, tu me fais miroiter toutes tes connaissances sur l'Histoire des Oblivions et ta capacité à me guider vers l'Eveil. Mais, en réalité ? Tu ignores toi aussi ce que les Titans ont l'intention de faire et ça te terrifies. Alors, oui, je suis d'accord avec toi, ma mère a bel et bien fait un sacrifice, elle est partie parce qu'elle n'avait pas d'autre choix, parce que c'était ce qu'il fallait faire. Toi ? Tu fuis ! T'es une lâche et t'essaies de justifier tes actions en jouant la grande Cassandre, sage et puissante ! Mais plus on discute et plus je vois de quoi t'es vraiment faite, 'tantine' et c'est que du vent ! » L'intensité du regard d'Ymir se chargea d'électricité, ses muscles se crispèrent. Eren sentit un frisson lui remonter le long de l'échine et avant même d'en avoir conscience il lui montrait les crocs, grognant silencieusement.

Mais Ymir n'attaqua pas, elle se contenta de serrer les poings et de siffler : « Pense ce que tu veux de moi, tu ne sais rien de ma vie. Tu ne sais pas comment j'en suis arrivé-là, qui était vraiment ta mère, tu ne sais rien de rien ! Et t'es là, à balancer ton avis et tes préjugés comme un nourrisson capricieux balance son hochet dans tous les sens. Pourquoi est-ce que je devrais prendre en compte l'opinion que t'as de moi ?! Je sais ce dont les Titans sont capables ! Ça suffit amplement ! Et toi, peux-tu en dire autant de tes soi-disant alliés ?

- Quoi ?

- Quelle importance que les Titans prennent ou non le contrôle de ce pays ? En quoi est-ce que c'est censé nous concerner ce qu'il adviendra des Humains qui pullulent sur ces terres ? Tu crois vraiment qu'ils en auraient eu quelque chose à foutre si les rôles étaient inversés ? Que des Hommes se seraient sacrifiés pour voler au secours d'Oblivions ? Ne me fais pas rire, même toi Eren tu n'es pas assez naïf pour y croire… » Eren cligna des yeux, abasourdi : « Tu…tu détestes les Humains ! Si tu ne veux pas nous aider c'est parce que…

- Bien joué, génie ! Il t'en aura fallu du temps pour percuter ! Tu vois toute cette situation de travers, c'est ça ton plus gros problème. J'ai vu de quoi était capable les Hommes, Eren. Je sais le genre de réactions qu'on reçoit lorsqu'on admet être différent d'eux. A l'époque lorsque notre peuple a été capturé, l'Empereur cherchait à obtenir des soldats parfaits, une armée pour conquérir les terres convoitées de Paradiz, son ennemi juré. Ils nous ont disséqués, étudiés, torturés. Nous ne valions pas mieux que des rats de laboratoire. Tout le monde se fichait pas mal de ce qu'on allait devenir. Les Deuxième et Troisièmes Génération ne sont pas comme nous. Ils sont incomplets, ils sont…autre chose. Proches, mais pas tout à fait ce qu'un Oblivion peut prétendre être. Mais au moins ? Ils ne sont pas Humains. Ils ont beau être dingues et dangereux, ils sont le moindre mal ! Quand ils auront pris le contrôle de Paradiz, qu'importe comment ils s'y prennent pour y parvenir, les Oblivions auront toujours une place sur ces terres. Peut-être pas une place de choix mais une place, néanmoins. Je pourrais toujours m'en sortir, trouver une alternative, vivre. » Elle le pointa du doigt, accusatrice : « Maintenant, réponds à cette question, Eren. Que se passera-t-il si par miracle Erwin Smith, l'Humanité remportait la victoire ? Qu'adviendra-t-il des survivants Oblivions ? Des Deuxième et Troisième Génération ? Qu'est-ce que tes précieux 'alliés' ont prévu de faire de toi, le monstre de foire, une fois qu'ils auront terminé de t'exploiter ? Quand leur guerre sera gagnée et qu'ils n'auront plus besoin de l'arme que tu représentes actuellement ? » La réponse aurait dû être évidente.

Eren n'aurait pas dû éprouver la moindre hésitation à formuler une réplique.

Et pourtant, il se retrouvait là, à court de mots.

Erwin voulait débarrasser Paradiz de sa gangrène. Il voulait un pays sûr et prospère. Les Titans encourageaient la criminalité. Ils étaient dangereux et prévoyaient sans aucun doute de s'emparer du pays. Les Titans étaient l'ennemi. Ils avaient tué les amis de Levi, la mère d'Eren, Kenny et un nombre incalculable d'innocents… Et pourtant, il y avait comme un courant, une tension sous-jacente, qui n'avait plus quitté Eren depuis l'Opération G. Comme une boule en travers de la gorge qui refusait de bouger. Une petite voix, tout au fond de sa tête qui ne cessait de murmurer depuis la découverte qu'il avait fait ce soir-là, dans cette cuve…Voir cette fillette, flottant dans un liquide douteux, son malheur exposé à la vue de tous. Elle était difforme, 'différente' et pourtant, paradoxalement, si familière à ses yeux. Une corne d'Oblivion sur le front… Levi, pour l'instant, semblait le protéger. Jusqu'à présent, on demandait systématiquement l'avis d'Eren avant d'entamer le moindre test sur sa nature, ses capacités…pour l'instant, c'était de la coopération. Ils avaient un but commun. Mais ensuite ? Est-ce que…

Ymir interrompit son fil de pensée, comme si elle avait pu lire sur son visage absolument toute sa réflexion : « Ouais, c'est bien ce que je me disais. Pour le moment, vous avez un ennemi commun. Alors c'est facile pour eux d'avoir l'air de t'accepter tel tu es, surtout parce que t'es aussi l'un de leur plus grand atout. Sauf qu'un jour, tu ne leur seras plus aussi utile. Pire, tu deviendras une sacrée épine dans le pied. Et ce jour-là ? Ce même Erwin Smith à qui tu as confié ta vie et tous tes secrets, te planteras un long couteau dans le dos, au nom de cette précieuse Humanité qu'il a toujours proféré vouloir protéger. » Elle ramassa son sac de courses et s'approcha. Une fois à la hauteur d'Eren, elle se stoppa et lui lança un dernier regard appuyé : « Je t'ai appris tout ce qu'il fallait pour que tu puisses dissimuler tes pouvoirs, ta nature. J'ai fait ça au nom de l'amour que je portais à Karla. Mais aujourd'hui, elle est morte. Et je refuse de prendre part à cette guerre vide de sens. Il est grand temps que je vive pour moi-même. Et, 'neveu', je t'invite à commencer à en faire de même. » Sur ces mots, elle tapa son code puis pénétra dans son immeuble sans regarder en arrière.

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Eren était bien plus secoué qu'il n'était prêt à l'admettre.

Difficile de simplement ignorer les points soulevés par la confrontation qu'il avait eu avec Ymir à peine deux jours plus tôt. Surtout pas alors qu'il était à des lieux de pouvoir répondre de façon satisfaisante aux questions qu'elle s'était posée sur l'avenir des Shifters une fois les Titans mis hors d'état de nuire. Le problème, c'était qu'ils étaient encore en pleine bataille et qu'Eren n'avait que très peu d'occasions de creuser le sujet. Actuellement, il était censé concentrer tous ses efforts à réduire à néant les plans de l'ennemi, pas à douter des intentions de ses alliés… « On pourra bien dire d'eux tout ce qu'on voudra mais les Titans ont de sacrés scientifiques ! » Eren papillonna, brutalement ramené dans l'instant présent par la déclaration clairement admirative d'Hanji.

Ils se trouvaient actuellement dans le bureau de Levi, à tenir une réunion informelle sur les progrès d'Hanji avec les informations récoltées pendant l'Opération.

Jusqu'ici, elle s'était surtout contentée de leur raconter à quel point elle était fascinée par les fonctions ou la construction des engins qu'elle avait récupéré cette nuit-là. Eren n'aurait sans doute pas dû s'étonner qu'elle en vienne à admirer le génie des scientifiques assez fous pour transformer ces pauvres émigrés en monstres de foire, les tuant dans le process. Levi semblait partager son trouble, du moins si on croyait le froncement de ses sourcils : « Arrête un peu deux secondes de baver sur leurs prétendues prouesses scientifiques et parle nous plutôt de ce qui nous intéresse vraiment, sale psychopathe. » Hanji fit la moue : « Tu ne me laisses jamais parler de ce qui m'intéresse, moi ! Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne l'amitié, sale gnome grincheux…

- C'est ce qui explique sans doute pourquoi on n'est pas vraiment amis, Binoclarde. Sérieusement, je conserve déjà difficilement mon peu de santé mentale quand je bosse avec vous, pourquoi est-ce que je prendrais le risque de perdre le peu de bon sens qui me reste en t'écoutant parler pendant des heures de mutilations et de torture ?

- C'est de la science Levi ! Pas de la cruauté gratuite !

- A en croire l'extase que tu tires visiblement de tes expériences les plus dégueulasses, je me réserve le droit de douter de ton affirmation, si le tu veux bien. » La moue d'Hanji empira. Levi la vrilla du regard : « Est-ce que tu veux bien nous dire maintenant pourquoi t'étais aussi excitée ce matin ? » Presque immédiatement, toute trace de contrariété quitta le visage de la brunette et elle se mit à trépigner sur place : « C'est de l'ADN ! » Un léger silence accueillit sa déclaration. Alors elle s'empressa d'expliquer : « L'ingrédient secret de tous les médicaments illicites et toutes les drogues mises au point par nos amis Titans par le biais de leurs intermédiaires ? C'est de l'ADN ! Eh oui, je vous le donne dans le mille, pas de l'ADN humain ! Mais bel et bien un extrait génétique d'autre chose'. J'ai pu noter quelques ressemblances entre la génomique de notre chaton ici présent et l'échantillon de Génov'Pharma mais les différences entre les deux sujets sont assez notables pour qu'on pense avoir affaire à une toute autre espèce ! Ce serait comme comparer les génomes d'un âne et d'un cheval, il y a une certaine parenté mais…

- Attends une minute Quatr'yeux, t'es en train de dire que ces tarés ont essayé de faire ingérer l'ADN de l'un de leur Shifter à des Humains ? Et que c'est ça qui les as transformés ? » Hanji fronça les sourcils : « Hum, non, ce n'est pas aussi simple. Vois-tu, l'élément mystère est bel et bien l'ADN d'un des leurs, mais les résultats ? Ils différent beaucoup trop d'un patient à l'autre pour qu'on puisse clairement définir quel but visaient les Titans avec ces expériences. En gros, certains patients décédaient sur le coup, d'autres perdaient la tête, quelques-uns parvenaient à s'en tirer légèrement plus…robustes ? Mais les effets chez ceux-ci en plus de ne pas être permanents provoquaient une énorme dépendance et finissait inexorablement par les détruire de l'intérieur. Comme s'ils prenaient un boost, qui au final épuisait toutes leurs réserves…

- Donc, Eren avait raison ? Ils tentent de reproduire le Sérum ? D'augmenter le nombre de leurs soldats ?

- Aucune idée. Mais c'est pourtant exactement ce que je vais conclure dans le rapport que je remettrais à Erwin. Pas parce qu'il s'agit à mon avis de l'explication correcte pour définir le but des Titans mais parce que c'est encore l'explication la plus logique, la seule dont on dispose pour l'instant. Pourtant si je dois être honnête ? Je doute que ce soit si simple. » Eren avait le cœur battant, la bouche pâteuse et les mains moites. Les paroles d'Ymir lui revenaient en boucle et il se détestait d'éprouver un tel malaise.

Ymir se trompait forcément.

Même si Erwin était loin d'être le plus fiable des hommes, Hanji et Levi, le reste de l'Escadron, ils étaient sa famille. Ils l'avaient vu grandir. Eren comptait à leurs yeux. Il entendit Levi demander avec intérêt : « Quel autre but ils pourraient avoir ?

- Je n'en sais rien ! Mais, Levi, soyons sérieux deux minutes ; comment affirmer qu'il s'agit de la seule conclusion possible ? Il y a encore tellement de questions sans réponse ! D'abord, le donneur. L'ADN trouvé à Génov'Pharma était systématiquement le même. Pourquoi lui ? Qu'est-ce qui les a poussés à le sélectionner ? J'aimerais vraiment qu'on puisse mettre la main sur les recherches d'un autre de leur centre d'expérience, histoire de voir s'ils manipulent tous le même échantillonnage ou si diverses sources biologiques ont été envisagées… » Eren n'y tint plus : « Qu'est ce que vous comptez faire des cobayes une fois vos analyses terminées ? » Le regard vide qu'Hanji posa sur lui l'espace d'un instant le figea sur la place.

C'était comme se retrouver sous l'inspection impénétrable et immuable d'un reptile. Puis soudain, Hanji agita la tête et esquissa un sourire qui se voulait rassurant : « Ils sont à peine maintenus en vie par les machines. Tout ce qu'on veut c'est enfin réussir à anticiper les besoins et les agissements des Titans, pour ça on est obligé de les étudier et comprendre ce qu'ils ont subi jusqu'ici. Quand on en aura fini avec les analyses, on les laissera s'en aller en paix, avec autant de dignité que possible. » Eren acquiesça, un bourdonnement à l'oreille.

Il ne lui faisait pas confiance et il osait à peine imaginer ce qu'il adviendrait réellement des cobayes.

Mais il était sûr d'une chose, il commençait sincèrement à douter des intentions de ceux qu'il n'avait pu considérer jusqu'ici que comme des alliés. Hanji venait à peine de refermer la porte derrière elle quand Levi l'interpella : « Vas-y, crache le morceau. » Eren déglutit, avança la main et se mit à jouer distraitement avec l'un des stylos qui traînait sur le bureau de son amant. Il avait l'impression gênante que le simple fait de se poser toutes ces questions étaient en quelques sortes une trahison au serment qu'ils s'étaient faits. Celui d'anéantir les Titans. Coûte que coûte.

Oh, bien entendu, Eren n'était pas comme Ymir, loin de là. Il n'était pas raciste. Il ne savait même pas à quoi vivre dans une communauté d'Oblivions pouvait bien ressembler. Pour lui, ses amis, les innocents qu'il croisait dans la rue, leur vie importait. Les desseins des Titans ne deviendraient jamais les siens, qu'il veuille ou non se protéger de la haine et du rejet des Paradiziens dans un futur proche.

Malgré tout, les questions demeuraient.

Et son mal être n'irait sûrement qu'en empirant.

Il prit une grande inspiration.

Levi et lui, ils s'étaient promis de ne plus se refermer au moindre problème. Ils devaient communiquer et c'était ce qu'Eren allait s'efforcer de faire, immédiatement plutôt que d'attendre que la situation ne lui échappe complètement : « Je n'arrive pas à m'enlever certaines questions de la tête… » Levi haussa à peine un sourcil : « Des questions ? A quel sujet ? » Eren désigna d'un geste vague l'ensemble de la pièce : « Je ne sais pas trop, un peu de tout ? A propos de la Brigade, d'Erwin…Je veux dire, est-ce que tu sais ce qu'il a réellement l'intention de faire des résultats de recherche des Titans ? Est-ce que tu sais s'il compte combattre le feu par le feu ? Créer ses propres soldats ultimes ? Et puis qu'est-ce qu'il se passe au juste si l'existence des gens comme moi, des Shifters, devient public ? Est-ce qu'il compte me livrer en pâture à l'opinion public et aux intrigues politiques une fois que j'aurais rempli ma part du deal ? Est-ce que je vais finir dans un laboratoire militaire ? Dans une prison ou un cirque ? » Levi ne lui fit pas l'affront de tourner ses inquiétudes en ridicule.

Il se contenta de se laisser aller contre le dossier de sa chaise et de prendre un air pensif.

Eren continua, la gorge nouée : « Je sais que toi aussi, tu y penses. Sinon pourquoi m'avoir encouragé à ne rien dire à propos de ma forme finale ? Tu te poses des questions toi aussi, pas vrai ? » Levi se redressa tout à coup et sans un mot, contourna son bureau pour venir faire face à Eren. D'un mouvement fluide et sûr, il lui intima de se redresser à son tour. Quand ils se retrouvèrent face à face, il l'observa longuement, détaillant son visage avec attention. Puis, comme s'il avait enfin trouvé une réponse satisfaisante, l'enlaça doucement.

L'une de ses mains vint lui agriper fermement la nuque avant de lui guider la tête jusqu'à son épaule. Ses doigts lui glissèrent ensuite dans la chevelure avec tendresse. Eren se rendit compte sur le coup qu'il tremblait légèrement. Il en aurait sans doute été embarrassé si l'étreinte de Levi n'était pas si foutrement agréable. La voix suave et profonde de son partenaire lui résonna au creux de l'oreille alors qu'il s'évertuait à mieux enfoncer son nez au creux de son cou : « Je ne vais pas te mentir gamin, je n'ai pas la moindre foutue idée de la direction dans laquelle Monosourcil va maintenant conduire l'offensive. Parfois, je regrette un peu l'époque où il suffisait que je te laisse te servir de moi comme d'une vulgaire peluche pour que tous tes problèmes s'envolent. En ce temps-là, quand je te disais que tout irait bien, j'avais la certitude de réussir à respecter ma promesse… » Il marqua une courte pause. Puis il s'éclaircit légèrement la gorge et continua : « On sait tous les deux que ce temps-là est révolu. » Oui, ce temps-là était bel et bien résolu.

Il avait beau se trouver dans les bras de Levi Eren ne ressentait absolument plus la même chose qu'à l'époque. Ce n'était plus une forme de protection et de rassurance. Ce qui lui était offert avec cette étreinte ? C'était une promesse, celle qu'il y aurait toujours quelqu'un pour combattre à ses côtés. Un allié indéfectible. C'était comme pour lui dire ''Oui, cette situation put la merde. Mais on la surmontera ensemble.'' Eren n'aurait jamais cru qu'un geste aussi simple puisse exprimer autant ou avoir un tel impact. Mais déjà, le nœud qui s'était formé dans son estomac se déliait. Levi reprit : « Personne ne te sacrifiera tant que je serais vivant. On va mettre ces foutus Titans en pièces et à la fin, s'il le faut, on quittera ce putain de pays à la nage pour rejoindre Antya. » Eren pouffa de rire.

Il redressa la tête et soulagé, retraça la mâchoire de son amant d'un effleurement léger du doigt avant de lui poser un rapide baiser sur les lèvres : « Okay. Ça, je n'ai aucun mal à y croire. »

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A la suite de sa discussion avec Eren, Levi n'avait pas eu d'autre choix que de trouver l'occasion de parler à Erwin au plus vite.

Après tout, les inquiétudes d'Eren étaient parfaitement légitimes.

Levi les partageait.

Il était grand temps que le tordu qui leur servait à tous de Commandant fasse un petit point. Et Levi se fichait pas mal du fait que Captain Nazi se soit déclaré indisponible pour le mois à venir. Levi était assez bien placé pour passer outre ses instructions les plus strictes. Raison pour laquelle, certainement, Mike avait à peine esquissé un pas pour l'empêcher de pénétrer dans son bureau. Comme à son habitude, Levi ne s'embarrassa pas des conventions sociales avant d'annoncer la raison de sa venue : « Qu'est-ce que tu comptes faire des résultats de recherches des Titans ? Est-ce qu'en plus de ton merdier habituel il va bientôt falloir que je gère une armée de soldats mutants cinglés ? » Erwin releva les yeux de son document, lentement et avec, si Levi osait le dire, une certaine marque de soulagement au fond du regard.

Si l'interruption impromptue de son Caporal le plus insubordonné était un soulagement, Levi osait à peine imaginer à quel point les documents qui lui faisaient face pouvaient être chiants.

C'était la première fois que Levi le voyait dans un tel état. Sa veste était placée sur sa chaise, sa coiffure complètement défaite, sa chemise déboutonnée de trois boutons et un verre, quasi vide, de ce que Levi identifia comme étant du whisky, se trouvait à portée de sa main. Erwin se recula dans son siège et indiqua d'un vague geste du bras la chaise qui lui faisait face. Puis alors que Levi s'installait, le blond déclara : « Je n'aurais jamais cru un jour pouvoir saisir avec autant de justesse toute l'ironie cruelle de la notion de 'paradoxe'. Mais voilà que je me retrouve projeté en plein dans ce qu'on appelle communément 'un exercice pratique'. Le concept paradoxal m'apparait dans toute sa splendeur…

- Okay. Et combien de verre est-ce que tu t'es déjà enfilé ce soir, Monosourcil ?

- Vois-tu, Rodd Reiss et tous nos détracteurs sont d'avis que les Brigades n'étaient que l'invention d'un mégalomaniaque aux tendances tyranniques prononcées. Leurs preuves ? Mes hommes ont un comportement 'anarchiques', ma façon de les diriger est au choix trop laxiste ou purement psychotique au mieux. Le truc, tu vois, c'est qu'ils ne peuvent, aujourd'hui, nous faire passer pour une force répressive, incontrôlable et dangereuse que parce que, paradoxalement, ah, le paradoxe, nos méthodes ont permis de tellement assainir les rues de Paradiz que le véritable danger, celui contre lequel nous nous battons corps et âme, n'est déjà plus dans le cœur de la population qu'une vague menace hypothétique.

-… Je crois vraiment que tu ferais mieux de ne pas finir ce verre…

- Les gangs qui pullulaient dans les rues, l'insécurité, la corruption des forces de l'ordre, la violence, la jeunesse en perdition…ce sont nos efforts qui ont lentement mais sûrement repoussé tous ces maux au rang de souvenirs, de cauchemars lointains. Et pourtant ? Le paradoxe Levi ! C'est que cette sécurité, cette impression grandissante de bien être qu'éprouve le peuple, le fait que les choses s'arrangent, qu'ils doivent et peuvent aspirer à une vie plus sereine, c'est exactement ce qui fait des Brigades la cible à abattre. Elles sont une relique du passée, une forme de violence dont on devrait aujourd'hui plus avoir honte que louer. Les héros d'hier sont donc la menace de demain…

- Erwin. La situation est aussi horrible que ça ? » Le blond marqua une longue pause. Puis il agita la tête, comme pour se recentrer : « Les élections approchent. Je sens qu'un changement radical risque de se produire dans les prochains mois, le genre de changement qui, je l'avoue, intervient beaucoup plus tôt dans la partie que je ne l'avais anticipé. Contrairement à ce que veux bien croire l'opinion public, je rêve moi aussi du jour où les Brigades deviendront un système obsolète. Dieu m'en soit témoin, je vis, uniquement dans l'espoir de voir arriver le moment où Paradiz aura assez guéri pour ne plus avoir besoin de béquilles pour avancer…C'est juste que cette…vague de pacifisme insolite arrive au pire moment possible. Nous sommes dans un tournant décisif de notre entreprise. L'ennemi est proche, je le sens. Cependant, j'ai bien peur que lui aussi le sente. Après l'Opération G ? Il doit se douter que nous sommes plus proches que jamais.

- Tu penses qu'ils ont encore une longueur d'avance…

- La secte d'Atlas, Levi. Ils sont partout. Ils sont insaisissables, invisibles. Leur doctrine élitiste, cette idée qu'il puisse exister parmi nous, simple mortel, une sorte de peuple élu, c'est exactement ce qui fait vibrer le cœur de tous les puissants et les riches de ce pays. Non, que dis-je, du monde. Ce sont des hommes qui ont déjà tout ce dont on peut rêver, alors ils cherchent un sens, un but à leur vie. Une essence à s'approprier. Cette secte ? C'est le poison que j'ai échoué à détecter avant qu'il n'ait entièrement corrompu notre système nerveux. Qui l'aurait cru ? Dans un pays rongé par la criminalité, la violence et la corruption, c'est bel et bien de la religion qu'on aurait dû se méfier le plus ! » La note légèrement hystérique d'euphorie qui s'élevait du discours d'Erwin avait de quoi inquiéter.

Levi s'agita un peu sur son siège, mal à l'aise : « Ils ont encore une longueur d'avance ? Bien, d'accord. Et alors ? Ce n'est pas comme si ce n'était pas déjà le cas depuis des années. T'as commencé tout ce bordel alors que les Titans avaient déjà assis leur domination sur toute la sphère criminelle du pays. Ils ont des décades d'avance sur nous, ils ont eu beaucoup de temps pour mettre en place leurs plans. Et ça ne t'a jamais arrêté avant. » Erwin cligna des yeux, très lentement. Puis il ricana : « Oui, tu as raison. Rien d'étonnant à ce que la pression se fasse plus forte à quelques pas du dénouement. J'ai juste…

-…eu besoin de te mettre une bonne race pour décompresser ? Ce n'est pas moi qui vais te jeter la première pierre. En vérité, te voir dans cet état, ça me rassure un peu. Tu sais, comme ça je vois bien que t'es un type comme les autres, et non pas un androïde psychotique mis au point en secret par l'armée…comme on a pu le penser auparavant avec l'équipe. » Erwin pouffa de rire. Puis il se redressa légèrement, le regard un peu plus alerte : « Je vais trouver une solution. Je vais gagner du temps. S'ils veulent que ça devienne une guerre d'usure, ils sont loin d'être au bout de leur surprise…

- Bien, voilà l'Erwin qu'on connait tous et qu'on adore détester. » Le blond agita la tête, entre amusement et exaspération : « J'ai cru comprendre que tu t'inquiétais de l'avenir des cobayes qu'Hanji a récupéré l'autre jour ? Il était question, si je ne m'abuse, de super soldats cinglés ?

- Je veux savoir ce que tu comptes faire de ce qu'on a découvert. Est-ce que tu vas combattre le feu par le feu ? Et Eren, où est-ce que tu le situes dans tout ton bordel ? Parce qu'autant être clair, le protéger est et demeurera toujours ma priorité. Je ne te laisserais pas le mettre en porte-à-faux, il faudra d'abord que tu me passes sur le corps. » Ils se fixèrent un long moment. Et enfin, Erwin répondit : « Est-ce que tu penses vraiment que la seule façon de vaincre un monstre c'est en devenant soi-même un monstre ?

- Ravale ta rhétorique de merde et répond clairement, Schwarzi ! Est-ce que tu comptes te créer une armée de soldats mutants ?

- Je ne désire pas obtenir plus de pouvoir Levi et encore moins acquérir une armée parfaitement incontrôlable à ajouter à la longue liste de mes problèmes actuels. De ce qu'on sait de ces 'créatures' les Titans eux-mêmes peinent à les contrôler. Quoiqu'ait emporté Carla dans sa fuite, quoiqu'ils essaient de reproduire, c'est essentiel à l'exécution de leur plan. Je cherche autre chose, Levi. La vérité. Une contre-mesure…

- Eren est ton Joker, n'est-ce pas ? Tu comptes l'utiliser en cas d'extrême nécessité, c'est lui ton plan de secours…

- Je sais que je n'ai rien fait pour que vous n'ayez aucun mal à me croire lorsque j'affirme qu'à mes yeux, vous êtes spéciaux, importants. Mais il va quand même falloir me faire confiance sur ce point, je ne vous sacrifierais sur l'échiquier qu'en cas d'extrême nécessité. Eren est une arme à double tranchant, Levi. Son pouvoir est fascinant, son existence ? Tout simplement extraordinaire. J'apprécie ce petit. Je n'ai aucun intérêt à ce que sa nature soit révélée au public. Les Shifters, sont un point de la problématique qui rend toute l'équation absolument impossible à gérer. Crois-moi. J'ai comme l'impression qu'il vaut mieux autant pour nous que pour les Titans que la présence d'une autre forme de vie sur notre planète reste dans le domaine de la spéculation pure et simple. » Ce n'était pas une déclaration d'amour, ce n'était pas une promesse, mais c'était largement plus que ce à quoi s'était attendu Levi.

Le regard bleu d'Erwin, insondable, d'une clarté effrayante, donnait l'impression d'être complètement vide d'émotion. Et pourtant, il y avait cette même honnêteté, cette assurance inébranlable en surface. Quelque chose qui, de part son immuabilité, poussait Levi à lui faire confiance malgré tout. Quoiqu'il advienne dorénavant, ils allaient essayer de combattre avec les armes qui leurs avaient été donné et non en empruntant les munitions ennemies.

Eren serait en sécurité aussi longtemps qu'ils pourraient se le permettre.

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Après le dénouement de leur dernière discussion, Eren avait plus ou moins pensé qu'Ymir éviterait de lui adresser la parole jusqu'à la prochaine décennie.

C'était sûrement la raison pour laquelle il était plus que surpris lorsque cette fois-ci, elle prit l'initiative de le prendre à parti au détour d'un couloir, alors qu'il se rendait d'un pas leste vers la salle des Archives, les yeux résolument braqués sur le document qu'il survolait rapidement. Elle l'avait attiré dans un placard isolé avec fermeté. Eren s'était laissé faire. Premièrement parce qu'il était pris de court ensuite parce qu'il mourrait d'envie de savoir ce qu'elle avait de si important à lui dire.

Dès qu'ils entrèrent, elle prit soin de bien refermer la porte. Eren haussa un sourcil, ils y voyaient tous les deux dans le noir mais Ymir prit néanmoins la peine d'allumer la lumière d'un geste brusque. Eren s'adossa au mur, repoussant distraitement le balai qui menaçait de lui tomber dessus et demanda avec sarcasme : « Je sais que tes sens tordus d'Oblivion t'ont déjà permis de découvrir ce qu'il se passait entre Levi et moi, mais j'espère que t'as bien saisi que l'inceste ne m'excite que s'il est théorique…Levi n'est pas réellement mon frère, tu le sais ? Toi par contre…

- La ferme, idiot ! » Eren poussa un soupire et leva les bras en signe d'abandon, le dossier qu'il lisait quelques minutes auparavant, lui pendant mollement au bout de la main : « Je ne sais pas si tu as remarqué mais ça fait quasiment une semaine qu'on s'esquive soigneusement tous les deux. Je tiens à signaler que ce n'est pas moi qui ai brisé l'omerta ! Si tu ne veux pas que je t'agace ? Petit conseil ? Ne m'adresse pas la parole ! » Ymir serra la mâchoire et agita la tête, visiblement hallucinée : « La Déesse seule sait pourquoi je me fatigue autant avec cette famille ! Tu as trouvé le moyen d'incarner le pire de tes deux parents !

- Oh, c'est riche venant de toi. T'es pas non plus la tête d'affiche du poster pour l'amabilité. » Eren tapota le dossier qu'il avait en main et s'organisa afin de pouvoir croiser les bras sur son torse sans qu'il ne le gêne. Ymir le fixa un moment puis plissa les yeux avant de simplement les fermer et se frotter l'arrête du nez. Au bout d'une ou deux respirations ponctuées, elle déclara : « Je sais qu'essayer de te faire changer d'avis c'est comme essayer d'apprendre l'arithmétique à un rocher. Mais si tu tiens vraiment à t'associer à ces types, je me dis qu'il faudrait que tu le fasses au moins en ayant pleinement conscience d'avec qui tu traites.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Va voir ton Imprégné, parle-lui du Code Noir en cours. Et rappelles-toi qu'un jour, ça pourrait très bien être toi de l'autre côté du viseur. » A ces mots, elle quitta le placard sans attendre. Eren agita la tête, exaspéré : « Au moins maintenant, je sais où j'ai chopé mon goût pour le drama. » Il quitta le placard à son tour et ignora complètement le regard totalement ahuri que lui lança Hannah sur son passage.

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C'était juste un peu avant que Levi ne fasse sa grande annonce.

Tous les membres de l'Escadron Ailé étaient présents. Les anciens et les fraîchement titularisés. Tous étaient suspendus à ses lèvres. Eren savait ce qui allait ressortir de cette réunion, alors il se permit de survoler la salle du regard plutôt que d'écouter le bilan dressé par leur Caporal. Encore aujourd'hui, il peinait à croire que les M.P aient tous fini par adopter sa cause, qu'ils soient encore tous là, à lutter à ses côtés. Qu'ils aient choisi de bien faire, de se rendre utiles.

Ymir l'avait forcé à reconsidérer un bon nombre de faits.

Eren n'était pas assez naïf pour croire que les choses resteraient les mêmes si les M.P apprenaient tout à coup qu'il n'était même pas Humain. Il avait conscience du fait qu'Armin et Mikasa étaient un cas à part. Mais en attendant, il n'en croyait pas moins qu'Ymir se trompait lorsqu'elle condamnait l'Humanité. Lorsqu'elle pensait qu'ils combattaient, Oblivions et Hommes, un idéal différent. Tout le monde rêvait d'un endroit où vivre sereinement, de paix et d'acceptation. Il devait être possible d'atteindre cet idéal, Eren voulait y croire.

Levi en était à commenter les statistiques de leurs dégâts matériels.

Eren grimaça et muta à nouveau son monologue.

C'était certainement les pires chiffres de toute l'histoire de la Brigade d'Intervention. Les Bourrins n'avaient vraiment pas fait dans la dentelle. Heureusement que leur graphique de succès contrebalançait les choses… Le grand sourire que combattait très visiblement Léo et le pétillement dans les yeux de Levi, conjugués aux divers ricanements étouffés qu'on pouvait entendre de-ci delà à chacune des remarques acerbes et sarcastiques du Caporal, indiquaient plutôt clairement que ce n'était pas aujourd'hui que ce genre 'd'accidents' étaient près d'arrêter.

Eren baissa les yeux et combattit à son tour un fou rire lorsque Levi entreprit avec détachement d'expliquer en quoi faire exploser un bâtiment n'était pas, en réalité, une méthode systématique d'intervention et qu'il existait en réalité tout un protocole à suivre avant et pendant l'utilisation d'explosif. L'exercice s'avéra plus que difficile lorsque Levi enchaîna en expliquant que la mise en place de barrages routiers était la technique appropriée à employer afin d'arrêter un suspect en fuite dans un véhicule et qu'il n'était pas recommandé, dans les faits, de débuter une poursuite sur l'autoroute la plus fréquentée d'Heaven au volant d'une voiture de course volée…

Réplique qui conduisit Conny et Sasha à échanger un 'tape-là' totalement inapproprié. Levi les vrilla du regard. Conny se contenta d'hausser les épaules : « Ça valait totalement le coup ! Une retenue sur salaire ? Pfff, s'il vous plait ! Est-ce que vous savez combien coûtait ce petit bijou ?! C'était une putain de Ferrari Pininfarina Sergio ! Quel être pourvu d'un cœur aurait laissé passer une occasion pareille ?! Et puis je l'ai juste empruntée, elle n'a même pas eu une seule égratignure au final… » Hanji pouffa de rire : « Oh bien sûr que Levi sait combien elle coûte ! Après tout il adore faire joujou avec ses grosses voitures. Et puis c'est un pro de la course poursuite, tout le monde se souvient encore de l'arrestation de Gioni, alors il sait de quoi il parle quand…

- La ferme Hanji ! Toi, le bonze, la prochaine fois que ta copine et toi vous voulez faire une virée dans une bagnole de luxe faites comme tout le monde, allez en boutique pour demander un tour d'essai ! » A la consternation générale, Sasha et Conny répondirent en chœur : « On est juste des plan-culs réguliers ! » Le silence glacial qui accueillit leur révélation ne fut perturbé que par l'éclat de rire à peine contrôlé de Léo.

Levi se contenta d'hausser un sourcil et le duo se décomposa à vue d'œil.

Conny balbutia : « Ce qui n'a absolument aucun rapport avec la discussion présente et qui était une information complètement inappropriée à partager dans ce contexte…c'est noté patron. Pitié que quelqu'un me sauve. » Eren eut pitié de lui : « La ferme Conny.

- Merci, vieux. » Levi baissa les yeux sur sa feuille, sans doute pour en revenir au vif du sujet. Lorsqu'il redressa la tête, il prit une minute pour tous les observer avec attention avant de déclarer : « Bon, maintenant passons aux choses sérieuses. Vous avez tous, miraculeusement, terminés votre période d'Apprentissage et tout de même décidé de continuer à bosser avec nous… je ne sais pas si ça en dit plus long sur l'état de votre santé mentale ou l'était de la nôtre pour avoir accepté de vous engager. Quoiqu'il en soit, vous faites dorénavant pleinement parti de l'Escadron Ailé. » Une grande exclamation collective s'éleva dans la salle. Il attendit patiemment qu'elle se calme avant d'ajouter : « Et donc, vous n'êtes pas sans savoir que notre Escadron en plus d'avoir la particularité d'être totalement autonome contrairement aux autres unités de la Brigade d'Intervention, a pour projet principal de mettre un terme aux agissements d'un gang en particulier. » A cette déclaration le silence fut complet.

L'intérêt des recrues était piqué.

Ils avaient tous vu la conférence de presse dans laquelle Levi révélait au monde entier l'existence d'une super organisation criminelle, qui en secret, manipulait absolument tous les plus grands trafics du pays. Le gang des Titans trempait dans absolument tout ce qu'il y avait de louche à Paradiz, pire, ils les supervisaient dans l'ombre. Levi expliqua avec sérieux : « Certains d'entre vous ont été amenés, à plusieurs reprises durant cette année, à traiter des cas spéciaux dans lesquels les criminels visés se sont avérés être membres de ce gang. Nous, les 'Anciens' avons essayé de profiter de votre présence pour ne nous concentrer que sur la chasse aux alliés confirmés des Titans, malheureusement leur réseau est si complexe et si vaste qu'il est arrivé que vous tombiez par pur hasard sur un émissaire titanesque… » Léo poussa un grognement agacé : « Ces salauds sont vraiment coriaces… » Levi acquiesça doucement. Puis il reprit : « Nos secteurs d'Informatique et de Renseignement ont travaillé main dans la main, sans compter les heures, mais aujourd'hui, nous pouvons affirmés que nous avons trouvé un moyen plus qu'efficace de traquer et détruire la majorité des émissaires encore présents dans la région de Sina et même, pourquoi pas, dans l'intégralité de Paradiz. » Une vague d'étonnement secoua l'assemblée.

Eren esquissa un sourire satisfait et posa un regard particulièrement suffisant sur Ymir. Qui lui répondit presque immédiatement en lui présentant le majeur. Levi poursuivit : « Il s'agit d'un algorithme qui va nous permettre, à partir de ce jour, anciennes et nouvelles recrues, de nous concentrer uniquement sur l'anéantissement de ces cellules. A part quelques interventions ponctuelles, vous ne vivrez, mangerez et dormirez que Titans. Ça a l'air complètement dingue dit comme ça, mais je vous assure qu'une fois qu'on se sera débarrasser de ces salauds, vous regretterez presque de vous être fait engagés par la Brigade d'Intervention. Sans eux, la mission la plus excitante et dangereuse que vous aurez à accomplir ce sera d'empêcher un pochtron bourré de remonter le périphérique en sens inverse ou la répression de foule pendant une manif'… » Un léger silence suivit sa réplique.

Jean roula des yeux : « Super, commençons donc tous à épargner pour notre retraite et préparons nos prochaines vacances de groupes ! Je propose le Camping du Petit Ours dans la région de Maria, j'ai entendu dire que la forêt était quasiment vierge, ça devrait nous rappeler le bon vieux temps. Vous savez quand ce sociopathe de Shadis nous abandonnait en pleine montagne, sans vivres, pendant trois jours ? Ah, la nostalgie… » Léo avait l'air, comme d'habitude de ne pas tout avoir saisi l'ironie de la réplique et il observait Jean avec un mélange d'admiration et de regret : « Oh la vache ! Votre instructeur vous a vraiment fait ça ? Pourquoi il faut que les meilleurs enseignants bossent tous à la capitale ? » Jean fronça les sourcils : « Est-ce que tu prends de la drogue ? Des cachets ? Un truc qui pourrait expliquer pourquoi t'es aussi bizarre ?! » Levi les interrompit : « On se recentre les morveux ! Pour une fois, on ne va pas se contenter de poursuivre ces connards, on va passer à l'offensive. J'attends de vous des résultats aussi stellaires que durant votre Apprentissage. Avec un peu moins d'explosions, de détériorations de biens publics et de vols, si possible. Fin de la réunion. » Comme d'ordinaire, le brouhaha ne tarda pas envahir l'Open Space.

Entre les félicitations échangées pour avoir réussi à terminer l'Apprentissage infernal, les discussions animées à propos des Titans ou de l'algorithme, les conversations sans aucun rapport avec un quelconque sujet professionnel, Eren n'eut aucun mal à se glisser dans les pas de Levi lorsqu'il quitta la salle pour retrouver le calme relatif de son bureau personnel. La porte se refermait à peine derrière eux qu'il déclarait de but en blanc : « C'est quoi un Code Noir ? » Levi s'était figé devant sa chaise. Il cligna à peine des yeux et demanda : « Qui t'as parlé de ça ? » Eren fronça les sourcils et prit un air plus imposant : « J'ai été formé par ton maître espion, est-ce que tu penses vraiment que la question se pose ?

- Oh. Et ces jours-ci tu te sens obligé d'utiliser ce qui t'a été appris pour espionner tes alliés ? Est-ce qu'il faut que je m'inquiète, Eren ? » Sans se démonter, le jeune homme tint bon : « Tout dépend. C'est quoi un Code Noir ? » Levi se passa une main sur le visage et s'assit enfin : « Eren, c'est compliqué.

- J'ai entendu dire que j'étais loin d'être totalement débile. Essaie d'expliquer. » Un silence. Eren s'impatienta : « Je croyais pourtant qu'on s'était promis de ne plus rien se cacher !

- Ça n'a rien à voir ! Ça concerne plus la Brigade et son fonctionnement que moi, ou toi ou même les Titans !

- Levi…on en a discuté. Je crois que j'ai tout intérêt à comprendre comment, exactement, fonctionne la Brigade. Tu ne penses pas ? » Un nouveau silence. Levi lui indiqua de prendre place en face d'une vague invitation de la main. Une fois Eren installé, il débuta son explication : « Ce qu'il faut que tu comprennes c'est que le système de fonctionnement des Brigades est né du désespoir. A l'époque il n'y avait aucune base sur laquelle prendre appuie. Une mauvaise gestion politique, un système économique ultra libéral, aussi violent que corrompu…le simple fait qu'Erwin ait réussi à tout mettre en place ? C'est un vrai miracle. De moins, ça en l'air. En réalité, il a dû se montrer intransigeant, il devait être prêt à aller où personne d'autre n'osait s'aventurer pour rendre tout ça possible. » Levi contempla le vide un moment puis il soupira : « Erwin a un sens moral particulier de la moral et une éthique complètement tordue. Il a cette sorte de détermination inébranlable qui le différencie radicalement de tous les politiciens. Il veut 'sauver' ce pays, il veut assurer la paix et la sécurité du plus grand nombre. Et pour ça, des sacrifices sont inévitables…

- Est-ce que t'es en train de parler des 'services' qu'on rend à plusieurs 'investisseurs' ?

- Les services ne sont que la partie émergée de l'iceberg. On joue les mercenaires pour de gros pontifes, en échange ils soutiennent la Brigade. Financièrement, politiquement. Seulement parfois, ce n'est pas suffisant. Parfois l'adversaire est trop puissant, trop influent, presque intouchable. Alors il nous faut trouver un moyen de surmonter l'obstacle qui se dresse en travers de la route. » Un silence lourd de sens s'abattit. Eren baissa les yeux et gigota sur son siège, la bouche soudainement sèche : « Est-ce que les Codes Noirs sont…

- Pas de rapports, ce sont des opérations hors radar. A part les plus anciens membres de l'Escadron Ailé, personne n'est impliqué. Parce qu'ils sont fiables et discrets. Parce qu'ils ont à cœur l'intérêt de la Brigade. Tu comprends surement pourquoi ça la fout mal que tu débarques en parlant calmement d'un truc qui n'est même pas censé exister et que je me pose des questions…

- Vu les circonstances, je me posais des questions moi aussi ! Alors j'ai commencé à fouiller. J'ai entendu certaines choses en fouinant et j'ai voulu confirmer avec toi que…Bon sang, Levi ! Je me doutais bien qu'Erwin n'avait pas pu tout construire en gardant les mains totalement propres mais là c'est…

- Accidents de voiture, disparition en mer, crises cardiaques…nomme-le et on l'aura sûrement en stock. » Un long silence. Eren prit le temps de bien réfléchir à sa prochaine réplique et finalement, prit une décision : « Je veux participer au prochain Code Noir.

- Quoi ?! Pourquoi ?!

- Je ne saurais pas exactement t'expliquer pourquoi mais…je sens que c'est important pour moi. » Ils se fixèrent. Et quoique Levi lut dans son regard, il finit par acquiescer : « Très bien. J'en parlerais au grand patron. » Eren n'était pas encore bien sûr ce qu'il s'attendait à trouver de l'autre côté du voile, mais il était impossible qu'il continue d'avancer dans le brouillard. S'il choisissait d'avancer aux côtés de la Brigade d'Intervention, ce serait en toute connaissance de cause.

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D'ordinaire, lorsqu'Erwin se trouvait au QG, il était impossible d'ignorer sa présence.

Il y avait une sorte de tension dans l'air, plus de vigilance accordée aux détails, une sorte de solennité dans les discours. Chaque Caporal vibrait d'une énergie particulière. Quand l'annonce avait été faite qu'Erwin serait indisponible pendant les prochains mois, cette atmosphère particulière s'était comme évanouie. C'était pour ça qu'Eren, et sûrement tous les Brigadiers présents ces derniers jours, s'étaient imaginés que le Commandant voyageait. On le pensait en déplacement officiel, à démarcher, marchander ou faire on-ne-savait ce qu'un Commandant de Brigade eût à faire pendant son service. Savoir qu'en réalité il s'était toujours trouvé dans son bureau ? C'était pour le moins déstabilisant. Il fallait croire que lorsqu'il le souhaitait, le géant blond était tout à fait capable de se montrer discret.

Erwin l'attendait de pieds fermes lorsqu'il pénétra dans la pièce.

Eren prit le temps de le contempler. Il ne portait pas son uniforme mais un simple pantalon et un, encore simple, t-shirt blanc. Erwin était à peine coiffé. Il semblait tout à coup si accessible, si terriblement humain. D'une certaine façon, il n'en apparaissait que plus intimidant. Surtout lorsque l'on était plus habitué à voir le 'personnage' plutôt que l'homme qui se cachait derrière. Un simple coup d'œil dans la pièce suffisait pour comprendre que le Commandant avait dû élire domicile dans son bureau. Des documents étaient soigneusement placés un peu partout dans la salle. Un lit de camp avait été installé dans un coin…Erwin observait en silence le paysage qui s'étendait derrière son immense baie vitrée. Eren s'avança sans savoir s'il était judicieux ou non qu'il prenne la parole le premier.

Sa relation avec Erwin avait toujours été un peu spéciale.

Cet homme était d'une complexité rare et la plupart du temps, Eren ne savait comment l'aborder. Même s'il était indéniable qu'il portait une certaine affection au grand blond. A ses yeux Erwin était, étrangement, un peu comme cet oncle un peu bizarre qui bien qu'il maintienne chaque membre de la famille à distance de sa vie privée, répondait présent à chaque fête familiale, n'oubliait jamais votre anniversaire et prêtait toujours une oreille attentive en cas de problème. Eren avait conscience du fait qu'Erwin Smith était l'un des plus grands stratèges de cet ère, un homme charismatique, manipulateur… mais il lui était tout simplement impossible de le détester ou même de vraiment s'en méfier. Même si leur relation pouvait se montrer souvent conflictuelle, surtout ces derniers temps, il n'existait sans doute pas d'autre homme qu'Eren respecte plus qu'il ne respectait leur Commandant.

Quand il devint évident qu'Erwin ne serait pas le premier à prendre la parole, Eren se lança, nerveux : « Je crois que Levi a déjà expliqué ce que je viens demander aujourd'hui, alors, plutôt que de perdre plus de temps en tournant autour du pot, j'aimerais juste savoir si oui ou non, ma participation a été accepté. » Erwin lui fit face, le détailla silencieusement, se passa une main dans les cheveux puis demanda : « Ai-je fais quelque chose pour mériter votre méfiance ?

- Pas vraiment. Mais disons que vous ne m'avez pas non plus donné de vraies raisons d'avoir confiance. Et disons que dans ma situation actuelle, c'est plutôt difficile de se contenter d'un statut quo …

- Alors, toi aussi, tu penses que j'essaie de créer ma propre armée de Shifters ?

- Je pense que ne pas envisager cette possibilité serait faire preuve de naïveté.

- Je vais te répéter ce que j'ai déjà dit à Levi. Je n'ai aucune intention de créer ma propre armée de Shifters. Je veux juste apporter la paix à Paradiz, nous débarrasser du crime organisé et maintenant que la confrontation semble inévitable, de la menace des Titans. J'ai demandé à nos équipes de développer des moyens de combattre l'ennemi, pas une façon de mimer ses méthodes. Et je préférerais, autant que je pourrais l'éviter, ne pas avoir à faire appel à tes talents particuliers. La révélation de ton existence ne sert absolument aucun des desseins de la Brigade, sois-en assuré. » Eren acquiesça un peu malgré lui. C'était une leçon d'humilité que d'avoir l'occasion de voir Erwin Smith dépouillé de ses apparats.

Ce n'était pas pour autant qu'Eren allait se laisser distraire.

Il reprit, déterminé : « Est-ce que ça veut dire que je pourrais participer au prochain Code Noir ?

- Pourquoi est-ce que tu tiens autant à y participer ?

- Je suppose que c'est une question de confiance. Je me suis rendu compte que depuis le début, je vous ai fait une confiance aveugle. J'ai remis ma vie entre vos mains à maintes reprises. Et je crois encore qu'il n'y pas meilleur allié si un jour j'espère pouvoir atteindre mon objectif et faire mordre la poussière aux Titans. Mais…

- Tu penses qu'autoriser ta participation à un Code Noir serait une preuve de confiance de ma part ? » Eren hocha lentement de la tête. Une lueur s'alluma au fond du regard hyalin de son interlocuteur : « Est-ce que tu envisages de me faire du chantage ? » Eren éclata de rire, sans retenu : « Quoi ? Essayez de faire du chantage au grand Erwin ?! Même moi, je n'ai pas les couilles d'assumer un plan pareil. Et puis, ce n'est vraiment pas mon style ! Non, moi, tout le monde s'attendrait plutôt à ce que je vous retrouve un soir, dans un parking isolé, dans une ruelle peu fréquentée, ou au détour d'un couloir et que je vous éventre ou vous égorge. Au diable les conséquences. Comme l'impulsif que je suis. » Erwin s'était tout simplement immobilisé. Pendant un long moment, plus rien ne bougea. Le léger sourire qu'Eren avait sur les lèvres ne tremblait pas, c'était comme si la tension, soudaine, suffocante, qui avait envahi la pièce lui passait complètement par-dessus la tête.

Tout à coup le rire d'Erwin fusa.

Franc et parfaitement authentique.

Il finit même par essuyer une larme de joie au bord de son œil : « Est-ce que tu crois au destin Eren ?

- Avant, j'aurais sûrement dit que la destinée c'est totalement absurde. Mais je dois admettre qu'il y a beaucoup trop de coïncidences dans ma vie pour que je ne commence pas à me montrer sincèrement sceptique. Disons que j'essaie de garder l'esprit ouvert…

- Eren, moi je crois que tu es beaucoup trop souvent sous-estimé et que ça t'arrange bien de laisser les choses en l'état. Quelque chose me dit que le jour où je considérerais d'avoir eu de la chance de t'avoir vu grandir arrive à grands pas. Tu as un énorme potentiel…

- A en croire mon expérience personnelle, j'ai surtout un gros potentiel pour m'attirer des emmerdes de taille colossale. Je doute de vivre assez vieux pour accomplir quoique ce soit qui me vaille votre reconnaissance. Mais quitte à avancer aux côtés de la Brigade, j'aimerais bien y aller les yeux grands ouverts. » Lorsqu'Erwin lui donna son accord, il parvint à faire passer son assentiment pour une simple formalité.

Comme si depuis le départ, c'était surtout les raisons qui poussait Eren à faire cette demande qui avaient représenté tout l'intérêt de l'échange.

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Pas besoin d'être un génie pour comprendre pourquoi leur cible était devenu un Code Noir.

Quentin Wellington était le fils héritier du plus gros entrepreneur en import/export de Paradiz. Il avait épousé Tessa Garner fille unique d'un des rares mafieux à avoir réussi à survivre non seulement à l'apparition des Brigades, auxquelles il échappait sans mal depuis des années, mais aussi, de façon suspicieuse, à l'apparition des Titans dans la balance. Pour couronner le tout, Quentin s'était mis en tête d'entamer une carrière politique. C'était un homme qui avait une double motivation de voir Erwin tomber de son piédestal. La première, que Garner puisse continuer sans être inquiéter à faire passer tous les produits les plus rares et dangereux du pays d'un continent à l'autre sans plus être inquiété par les forces de l'ordre. La seconde, conférer aux politiques le contrôle sans restriction de la force armée la plus redoutable du pays.

Malheureusement pour lui, ce qui le rendait intouchable était aussi ce qui au final, le désignait comme cible à abattre idéale.

Non seulement sa mort éliminerait un opposant politique mais elle pousserait également les Garner à détourner les yeux de la scène électorale. Petra et Gunther avaient pour ordre de faire passer l'assassinat du jeune couple Wellington pour un acte de vengeance. Celui du clan Masamune, qui depuis des décennies bataillaient contre les Garner pour la suprématie du trafic de denrées rares illicites. Cette déclaration de guerre avait en bonus des chances d'offrir à la Brigade l'occasion parfaite de coincer les deux clans mafieux.

Rien n'avait été laissé au hasard.

Les Masamune étaient fiers de leurs 'liquidateurs'. Leurs méthodes avaient été étudié de long en large et c'était avec, une précision et un détachement effrayants, que Gunther et Petra reproduisirent leurs signatures. Le couple avait été cueilli à la sortie d'un dîner en amoureux, traînés dans un hangar appartenant au clan Masamune, et abattus sans sommation. Une balle en pleine tête pour Tessa Wellington, un égorgement net et précis pour son mari. Les deux cadavres avaient été disposés sur la limite informelle du territoire des Garner, deux pierres mortuaires sur les yeux, un brin d'encens brûlant à quelques pas des dépouilles. Les fausses preuves avaient été soigneusement abandonnés de ci de là.

Rien n'avait été laissé au hasard.

Eren avait assisté à toute l'opération sans lever le petit doigt.

Il avait eu tout le loisir d'observer avec recul l'attitude détachée et froide de ces deux individus qu'il aurait pourtant juré connaître de fond en comble la veille. C'était à la lumière de cette découverte qu'il comprit pourquoi l'Escadron Ailé était aussi dangereuse. Pourquoi entre de mauvaises mains, elle avait le potentiel effrayant de provoquer une tragédie sans précédent. Les Enfants Criminels n'avaient aucune limite moral ou éthique. Ils pouvaient basculer à chaque instant. Ils avaient évolué de façon à ce que la violence, la déception, ne soient qu'autant de moyens nécessaires de parvenir à survivre.

Eren espérait ne jamais avoir à les compter parmi ses ennemis.


Argh

Tant de sérieux et de grands mots. J'espère ne pas vous avoir trop barbé! Je suis curieuse de voir ce que vous avez pensé de ce chapitre.

D'Erwin?

D'Eren?

Du point de vue d'Ymir? (Qui aurait fait comme elle maintenant qu'elle a expliqué son point de vue?)

Qui croit qu'Eren va se mordre les doigts de son alliance avec l'Humanité?

Qui pense maintenant que les Titans ne sont peut-être pas les grands méchants de l'affaire? (rire diabolique)

Je dois admettre que l'on entame là le dernier tournant de la partie sympa de la saison 2. Oui oui, je considère que jusqu'ici c'était sympa! (Tremblez) Le décor est planté, les indices sont en place, l'acte final de cette premiere partie approche a grands pas...(air lugubre)

En tant qu'auteure, j'espère de tout coeur ne pas avoir perdu la main et toujours réussir à vous surprendre! J'ai lu pas mal de théories de la par de certains chatons ces derniers temps et je vois que Léo n'est clairement pas prêt d'entrer de si tôt dans la liste de vos personnages favoris! (rire gras) Moi, je l'aime bien!

J'ai très très hâte de lire vos commentaires!

Plein de love sur vous et merci de continuer à me supporter malgré tout!

Easyan (maman chat en manque de chatons)