Vérité qui fracasse

Rafael McCall vient d'entrer avec fracas dans le bureau de Bill Murray. Le Sheriff sursaute à cette intrusion, mais reprend bien vite sa verve des mauvais jours.

- Mais faites donc comme chez vous McCall ! Votre carte du FBI ne vous autorise pas à entrer ainsi, tel un sauvage !

- Bien au contraire Murray, ce badge, rétorque l'agent du FBI en agitant sa carte de service qu'il porte autour du cou, m'autorise à entrer dans votre bureau sans votre assentiment, surtout lorsque c'est pour vous signifier votre arrestation.

Le sheriff mugit comme un bœuf que l'on égorge. Se levant de son siège comme un diable sort de sa boîte, il menace l'agent fédéral d'un index accusateur.

- Ben, voyons ! J'ai du travail McCall. Allez donc jouer au cowboy ailleurs que sur ma circonscription.

- Selon les lois fédérales, énonce Rafael sans se départir de son calme. Je vous déclare, Bill E. Murray, en état d'arrestation

- Et pour quel motif je vous prie ? Questionne le Sheriff, faussement poli.

- Faux et usage de faux, récite le père de Scott.

- J'avoue avoir fait sauter une ou deux contraventions. Vous m'arrêtez pour ce genre de broutilles ?

- Association de malfaiteurs, poursuit McCall.

- Vous parlez de mes potes de pêche ? Nous buvons quelques bières, mais de là à faire de nous des voyous…

- Extorsion de fonds, continue l'agent fédéral imperturbable.

- Je n'ai rien fait ! Vous allez avoir du mal à fournir des preuves McCall. Par contre, je vais vous attaquer pour diffamation ! Crache le sheriff qui s'est dressé comme un coq derrière son bureau.

- Meurtre au premier degré avec préméditation.

- …

Le chef de la police de Beacon Hills perd subitement de sa superbe. Ses épaules se voûtent, il se laisse tomber sur son siège. Les accusations qui lui sont stipulées sont bien trop précises pour que l'agent McCall n'ait pas de sérieuses preuves avec lui.

- Je veux voir mon avocat.

- J'allais vous le conseiller…

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Au même moment, la même scène se produit à la mairie où Ross Evans est embarqué menottes aux poignets dans un fourgon du FBI. La maison de Lydia est également investie pour récupérer les preuves accumulées par Stiles, ainsi que celles dénichées par Jackson. La banshee a demandé à une voisine de confiance de récupérer à l'école ses enfants, la fille de Stiles ainsi que le fils de Derek pour leur éviter un traumatisme. Car lorsque les agents du FBI débarquent chez vous, ils ne le font pas à moitié. Lydia doit argumenter et contre argumenter sur le fait qu'elle et ses amis aient mené l'enquête seuls sans en avertir les autorités. Heureusement, le capitaine de la Crim' de San Francisco qu'elle arrive à joindre au téléphone lui est d'un grand secours, validant leur choix de se taire avant d'avoir des preuves tangibles pour coffrer tout le monde. Cela en raison des postes clefs de certains des protagonistes impliqués dans cette affaire.

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Pendant ce temps-là, ce qui est habituellement jalousement protégé comme un parc régional n'a jamais vu autant de monde que ce jour-là. En attendant les secours, toute la meute s'est reliée pour apporter un maximum de soulagement à Stiles. Craignant une fracture mal placée, ils ont décidé de ne pas tenter de le descendre de l'arbre.

Carter et Ben ont été solidement attachés. Ils seront livrés aux fédéraux pour répondre de leurs actes. Bien qu'il ne puisse pas apporter de réconfort physique à Stiles, Derek a demandé à Maxence de remonter dans l'arbre pour rester près du policier. Une équipe de la sécurité civile est en route pour préparer son hélitreuillage.

Cela fait environ trois bons quarts d'heure que le jeune banquier a laissé Stiles aux mains de la meute. Lorsqu'il remonte, il retrouve son ami avec une meilleure mine. Des couleurs sont revenues sur son visage.

- Maxou' appelle doucement Stiles quand il croise à nouveau le regard clair de son ancien amant.

L'interpellé rougit au surnom affectueux que le policier lui donnait dans l'intimité. Il est gêné vis-à-vis de Derek. Seulement le loup, au lieu d'en prendre ombrage, lui tend la main pour qu'il s'installe plus confortablement auprès de Stiles. À nouveau, Maxence se fait capturer par le regard si pénétrant du lycan. Sans un mot, ils échangent un tas de non-dits qui ne passent pas inaperçus à Stiles malgré son état de faiblesse. Comme il ne voit aucune animosité entre les deux hommes, il se lance à demander des explications.

- J'ai l'impression de rêver à vous voir là, tous les deux. Surtout que Maxence est toujours en un seul morceau…

Ses propos provoquent des soupirs de la part de Derek qui lève les yeux au ciel et un sourire gêné du côté du banquier. Seulement le verni finit par craquer, le sourire sur les lèvres de Stiles qui se voulait sarcastique, se tord dans une grimace. Des larmes ne tardent pas à noyer ses yeux. Tous ses mauvais choix et ses lâchetés lui reviennent en pleine figure.

- Je suis désolé Max…

- Chut ! Ce n'est pas grave réplique l'intéressé.

Du regard, Maxence quémande une autorisation à Derek. Celui-ci hoche imperceptiblement la tête. Alors, le jeune banquier se penche et embrasse doucement les lèvres de Stiles.

- Arrête de pleurer. Ce qui m'importe c'est que tu sois en vie et… sous bonne garde, termine Maxence après avoir hésité sur l'appellation qu'il pouvait donner à Derek.

- Sous bonne garde ? Questionne Stiles.

- Oui ! Il te faut au minimum un loup-garou en compagnon. Tu es un véritable aimant à emmerdes !

- Ce n'est pas vrai, couine le blessé, dont les larmes redoublent en entendant Maxence accepter Derek comme le nouvel élément essentiel de sa vie.

Ils sont interrompus par les secours. L'équipe qui est arrivée au pied de l'arbre qui a amorti la chute de Stiles, leur demande de dégager la place.

- Attend Max' demande Stiles alors que le banquier s'apprête à redescendre. Merci. Merci pour tout…

- Tu m'en dois une Mieczyslaw, répond le banquier avec un clin d'œil.

Stiles sourit. Maxence fait partie des rares personnes à savoir prononcer son prénom sans l'écorcher. Une fois seul avec Derek, le regard de Stiles se fait brusquement inquiet. Jamais il n'avait imagé qu'un jour, les deux hommes pour lesquels il a vraiment éprouvé des sentiments sincères, se retrouveraient côte à côte. Le loup comprend l'embarras du policier.

- À mon tour de faire des compliments à ton ex, dit-il non sans pouvoir s'empêcher d'appuyer un peu sur le mot « ex ». C'est un gars bien, prêt à tout pour toi. Je suis jaloux de tous ceux qui peuvent t'approcher, cependant j'ai conscience que Maxence t'a permis de te reconstruire. Pour cela, il a ma gratitude et mon amitié.

- Il faut nous laisser la place monsieur, dit un sauveteur qui souffle de l'effort fait pour grimper à presque trente mètres de hauteur.

- Je te retrouve à l'hôpital souffle le loup avant de descendre.

Les gars de la sécurité civile mettront plus d'une heure pour installer Stiles dans une nacelle sans le bouger trop brusquement. Ils sont stupéfaits de son état pas si catastrophique après être resté perché une semaine dans un arbre. Personne ne leur dit que trois loups et une coyote se sont épuisés à absorber sa douleur et enclencher un processus de guérison accéléré.

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Derek bougonne, car en lieu et place de l'hôpital, il se retrouve coincé au poste de police. Il subit un interrogatoire un peu serré où on lui demande de justifier la probable mort de sa femme. Alors qu'il n'a qu'une envie, celle d'aller voir Stiles, il répète pour la quatrième fois ce qu'il s'est passé. Il sait que l'enquêteur cherche la faille et le pousse à se contredire. Maxence subit le même sort dans une pièce à côté. Le reste de la meute, qui est arrivé après la bagarre avec Lizzie, Carter et Ben, est relâché rapidement après l'enregistrement de la déposition de chacun. Au bout de trois heures d'interrogatoire, les enquêteurs libèrent enfin Derek et Maxence. Leur version des faits se corrobore et ils n'ont pas dévié d'un iota depuis le début des questions. C'est évident que la mort accidentelle de Lizzie arrange le loup, car la vérité est toujours plus facile à tenir qu'un mensonge. Il n'a encore rien dit des révélations faites par Lizzie, préférant attendre que l'agitation liée à la vague d'arrestation retombe.

Une fois hors du poste de police, toute la tension accumulée lors de ces derniers jours se relâche. Derek et Maxence sont vides de toute énergie. Ils savent que si Stiles a été pris en charge à l'hôpital depuis des heures, il est vraisemblable qu'il soit encore sur une table d'opération et qu'ils ne pourront pas le voir avant un moment. C'est plongé dans leurs pensées qu'ils se rendent à l'hôpital. Scott leur résume l'état de Stiles. Les soins apportés par les loups ont considérablement réduit toutes les coupures faites par Lizzie. Par contre, il a le bras droit et la jambe droite fracturés ainsi que deux côtes de cassées. Le passage à tabac par Carter et Ben lui a également endommagé un rein et la rate. Les médecins restent réservés quant aux séquelles que le policier conservera de son kidnapping.

- Ma mère va s'arranger pour que l'on puisse venir le soulager tous les jours les prévient Scott. Avec notre aide surnaturelle, elle pense que Stiles a toutes les chances de se remettre à cent pour cent.

Maxence est perdu. Depuis qu'il est arrivé à Beacon Hills, il a craint pour la vie de l'homme dont il est toujours amoureux, rencontré celui qui l'a remplacé dans son cœur, appris l'existence des créatures surnaturelles, frappé les tortionnaires du policier et participé à un sauvetage pour le moins rocambolesque. En deux jours, le jeune banquier a vécu plus d'aventures qu'il n'en a eues depuis sa naissance. Il comprend maintenant certaines réactions de Stiles. Son ami avait tous les droits d'être blasé devant les « exploits » racontés par des amis communs lors de leurs soirées.

- Maxence, je te propose de récupérer Ian, Eden ainsi que ton sac de voyage, tu dormiras au manoir.

- Je ne veux pas te déranger Derek, souffle le jeune homme un peu gêné.

- Tu ne me gênes pas et Kira est toujours mal à l'aise avec des invités. Cela la soulagera.

- D'accord. Je repartirai demain pour San Francisco.

- Non ! Tu restes le temps que tu veux.

Devant le regard vacillant de Maxence, Derek devine l'inconfort de sa position. Il est l'ex, alors que lui est la nouvelle relation de Stiles.

- Maxence, je comprends que ta position est difficile. Mais comme je l'ai déjà dit à Stiles, tu as fait partie de sa vie et ce n'est pas parce que vous n'êtes plus ensemble que je t'en écarterais. C'est évident que je ne vais pas te le rendre. Il est mien maintenant. Néanmoins, je crois qu'avec le temps vous pouvez rester amis.

- Merci, souffle le jeune banquier tellement pris par l'émotion qu'il est bien incapable de dire autre chose.

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À l'arrière du Rover de Derek, les enfants trépignent d'impatience. Si le loup a rassuré Eden sur l'état de son papa, il est resté bref sur ce qu'il s'est passé. De plus, il n'a pas encore annoncé à Ian la mort de sa maman. Maxence devine que son offre d'hébergement était aussi pour qu'il ne se retrouve pas seul avec les enfants et cette terrible nouvelle à annoncer.

Ian est content pour son amie. Eden retrouve enfin le sourire. Derek les envoie se débarbouiller les mains et la figure avant de goûter. Les enfants filent comme deux flèches. Eden, habituée aux lieux, fait comme chez elle.

- Fais comme chez toi Maxence. La chambre d'ami est juste en face de toi.

- Merci. Je vais poser mon sac.

Lorsque le jeune homme revient dans la pièce centrale, il trouve Derek assis dans le canapé, le regard dans le vague. Visiblement, il ne sait pas comment annoncer la mauvaise nouvelle à son fils. Maxence vient s'asseoir en face de lui, les fesses sur la table basse faite de chêne massif.

- Dis-lui la vérité en énonçant simplement les faits. Pour avoir écouté Scott ou Lydia, Ian a très bien déterminé le caractère de sa maman. Évite les détails sanglants, mais ne lui cache pas la vérité. L'affaire va faire du bruit dans une si petite ville.

- Oui, je le sais bien. Seulement, je compte bien demander à Stiles de venir vivre ici, et je ne souhaite pas que Ian pense que…

- Que je pense quoi papa ?

- …

Les deux bambins les regardent avec des yeux ronds. Comme ils se sont déchaussés en arrivant, ils n'ont pas fait de bruit en redescendant de l'étage en chaussettes.

- Eden, Ian, venez à la cuisine. Je vous donne votre goûter et je vous explique ce qu'il s'est passé depuis la disparition du papa d'Eden.

Devinant la gravité de la situation, les deux enfants obéissent en silence. Comme à son habitude, c'est Eden qui ouvre la discussion en demandant à Maxence qui il est.

- Je suis un ami de ton papa. J'habite à San Francisco.

- Tu es policier ? Questionne la fillette.

- Non, banquier.

- Ah !

Elle scrute Maxence, puis regarde Derek et à nouveau Maxence.

- Quelque chose te tracasse Eden ? Questionne Derek.

- Vous avez tous les deux le même regard clair et la même carrure.

- C'est vrai, réplique Maxence amusé par le sens d'observation de la fillette. Mais Derek est brun et moi châtain.

- T'es un ancien amoureux de papa ? Balance tout de go la fille de Stiles.

Estomaqué de la clairvoyance d'Eden, Maxence avale de travers et repose brusquement le verre d'eau qu'il tenait. Lydia lui avait confié que Stiles avait avoué son homosexualité à sa fille, mais il était loin de se douter que l'enfant avait intégré l'information aussi facilement.

- C'est la digne fille de son père, claironne Derek qui vient à la rescousse du banquier. Eden c'est une question bien indiscrète que tu poses là, reprend-il plus doucement.

- Pardon, répond Eden en baissant la tête.

- Ne t'excuse pas Eden, intervient Maxence avec douceur. C'est normal que tu sois curieuse des gens que fréquente ton papa. Pour répondre à ta question, oui je suis son ancien amoureux. Notre relation s'est passée quand tu habitais chez Lydia et Jackson et que ton papa se retrouvait seul à San Francisco.

- D'accord, répondit-elle simplement.

Eden ouvre la bouche pour poursuivre, mais la « digne fille de Stiles » devine que ce n'est pas la présence de l'ancien amoureux de son papa qui préoccupe Derek. Elle regarde Ian qui, bien que plus âgé qu'Eden, ne se doute de rien.

- Eden ? Tu me fais visiter le manoir ? Demande Maxence qui saisit l'occasion de laisser Derek seul avec son fils.

L'enfant regarde Derek qui hoche la tête. Elle prend la main de "l'ancien amoureux de son papa" et s'éloigne en faisant des commentaires sur ce que l'on peut toucher et ce qu'il faut regarder qu'avec les yeux. Dans la cuisine, le père et le fils restent en tête à tête.

- Ian, j'ai une mauvaise nouvelle à t'apprendre.

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Maxence est impressionné par le manoir. S'il a été reconstruit aux normes actuelles et avec tout le confort moderne que l'on peut espérer à notre époque, l'architecte a su garder l'authenticité d'autrefois. Sa situation en pleine forêt donne au lieu une dimension intemporelle. Le manoir est meublé de manière sobre. Le jeune homme ne peut s'empêcher de sourire en imaginant Stiles habiter ici. Derek va devoir dire adieu à un certain sens de l'ordre et du rangement.

- Et là c'est la salle de jeu, clame Eden en ouvrant une ultime porte de cette vaste demeure.

La seule pièce qu'elle n'a pas fait visiter à Maxence c'est la chambre parentale. Lizzie lui en a strictement interdit l'accès. Alors qu'ils ressortent de la salle de jeu, Ian passe en trombe devant eux, bousculant même Eden pour entrer dans sa chambre dont il claque la porte violemment. La fillette fait mine d'aller le voir, cependant Maxence la retient.

- Avant d'aller voir ton ami, je pense que tu devrais descendre et écouter Derek te raconter ce qu'il s'est passé cette semaine. D'accord ?

- D'accord, répond Eden qui fronce les sourcils, inquiète pour Ian.

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Intimidée, la fillette gratte à la porte de la chambre de Ian. Elle est sous le choc de ce qu'elle vient d'apprendre. Et la seule personne capable de la consoler, c'est Ian. Seulement le louveteau est bien trop perturbé pour vouloir voir son amie.

- Laisse-moi Eden ! Crie-t-il à travers la porte.

- Ian ! S'il te plait ouvre-moi.

- Non ! Part ! Va-t'en !

- Ian…

C'est la première fois que Ian la rejette. Avec ce que Derek lui a appris sur les agissements de Lizzie et de sa fin, Eden craint que leur amitié soit brisée. Elle s'en veut aussi, car cette histoire met en balance la vie de son père et celle de la mère de Ian. Les joues de la fillette sont inondées de larmes. Pour la première fois depuis longtemps, depuis qu'elle a quitté San Francisco, elle se sent seule. Un bruit la détourne de la porte de la chambre de Ian. Derek l'a suivie à l'étage. Il s'agenouille et lui tend les bras. Après un moment d'hésitation, la petite s'y précipite.