Philipp, l'avocat de Marie, était arrivé la veille de l'audience avec le juge d'application des peines. Marie et lui avaient passé la journée du jeudi et une partie de la nuit à peaufiner leurs arguments, à élaborer les scénarios et les questions possibles auxquels la jeune femme pouvait faire face. L'avocat n'avait pas caché à Marie qu'elle s'était mise dans une situation délicate ; d'autant plus qu'ils auraient à faire à un procureur connu pour ses positions radicales. Il s'était d'ailleurs montré ouvertement contre les peines des travaux d'intérêt général qu'il jugeait inefficaces. Le cas de Marie pouvait lui donner raison. Philipp n'avait pas exclu qu'il demande l'expulsion du territoire ou de commuer la peine en prison ferme.

Ils avaient prévu de faire témoigner Cuddy. Philipp lui avait envoyé par mail les questions qu'il allait lui poser et celles probables du procureur.

L'audience était fixée à 11h ce vendredi matin. Marie décida d'aller courir pour évacuer le stress et se changer les idées.

Elle sortit de chez elle et commença à prendre son « rythme de croisière ». Ses écouteurs sur les oreilles, elle sentit que son appréhension ne la lâchait pas. Elle n'arrivait pas à faire abstraction de ce qui allait ce jouer dans quelques heures. Tout ce qu'elle avait construit ici : son emploi, ses relations et biensûr House. Ce dernier lui avait fait comprendre qu'il ne supporterait pas de la voir repartir en France sans lui ; elle se rendait compte qu'il en était de même pour elle. Même si leur relation était aujourd'hui au plus mal, voir terminée , ils s'étaient prouvés qu'ils étaient encore présents l'un pour l'autre.

Les pensées de Marie s'égaraient vers les souvenirs de ces moments passés avec lui. Envisager que tout cela pouvait s'arrêter lui donna la nausée. Elle ralentit le rythme de sa course jusqu'à finir par marcher vers un banc. Elle s'assit en essayant de reprendre une respiration normale. La jeune femme prit sa tête couverte de sueur dans ses mains et ferma les yeux

Calme-toi! Rien est encore jouer

Après plusieurs minutes, Marie un peu plus détendue, reprit le chemin qui menait à son appartement.

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De son côté, House se préparait anxieusement à l'évènement. Fallait-il oui ou non porter un costume? Une cravate? Des chaussures de ville? Quelle attitude adopter afin de ne pas perturber Marie, et surtout ne pas lui porter préjudice devant le juge. Car le médecin, tout expérimenté qu'il était, savait qu'il pouvait perdre patience et s'insurger d'une manière disproportionnée face à une situation qu'il ne maîtrisait pas ; et ce qui allait se jouer ce matin n'était pas du tout jouer d'avance. Comment allait-il réagir si on disait du mal de Marie? Comment ne pas s'offusquer devant une plaidoirie pleine de préjugés et de mauvaise foi? C'est de cela qu'House avait le plus peur : il était imprévisible...même pour lui-même. Toujours est-il qu'il avait promis à Marie d'être là et pour rien au monde il ne lui aurait fait faux-bond.

Finalement, il opta pour une veste noire sur une chemise gris clair par dessus un tee-shirt gris foncé. Tout cela lui paraissait un peu lugubre mais il n'allait pas non plus à un rassemblement du club-barbie. Pas de cravate. La seule concession qu'il fit, fut de mettre des chaussures de ville qu'il eut peine à trouver tant elles étaient bien cachées derrière la vingtaine de paires de baskets. Elle étaient encore parfaitement cirées ; House se demanda même un instant si il les avait déjà portées.

Fin prêt, il entendit retentir le klaxon provenant de la voiture de Wilson. Son ami était en congés après 48h de garde mais il lui avait tout de même proposé de l'accompagner à l'audience. L'oncologue savait pertinemment que la présence de grands spécialistes au côté de Marie ne pouvait que jouer en sa faveur. Wilson vit House sortir puis claquer la porte de l'appartement avant de se diriger vers la voiture. Il repéra aussitôt les traits tirés de son ami et l'effort vestimentaire, qui reflétaient l'appréhension de House mais que celui-ci n'avouerait jamais ouvertement.

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Vendredi – 10h50

Marie était arrivée avec Philipp depuis une 1/2h lorsqu'elle aperçut les deux hommes s'avancer dans le couloir du tribunal. Enfin à sa hauteur, ni House, ni elle ne firent un geste pour se saluer. Mais leurs regards ne cessèrent de se scruter, chacun essayant de décrypter dans quel état était l'autre. Visiblement, les deux ex-amants étaient aussi tendus l'un que l'autre. Finalement, ils se saluèrent d'un simple « bonjour »

-Merci d'être venus, ajouta Marie pour les deux hommes.

Wilson, fin connaisseur des sous-entendus, laissa House répondre. Son ami rétorqua d'un air faussement détaché:

-Pas d'quoi.

Wilson tendit la main à la jeune femme puis à son avocat. Marie terminait les présentations lorsque Cuddy arriva. Toujours impeccable dans un tailleur ni trop sobre,ni trop tape-à -l'œil : ses formes parfaites étaient mises en valeur et Marie s'amusa à surprendre le regard un peu trop appuyé des trois hommes sur le corps de la doyenne.

A peine le groupe fût-il constitué qu'un accesseur vint les chercher pour l'audience. House eut le réflexe de regarder la réaction de Marie, qui faisait son possible pour garder son sang-froid. D'aucun n'aurait rien remarqué mais lui la connaissait mieux que quiconque et lu dans ses yeux une angoisse communicatrice. Il rentrait donc le cœur battant dans la salle lorsqu'il surprit la main de Philipp s'attarder dans le dos de Marie. Sur le coup, House ne sut pas interpréter ce geste et cela le perturba. Amical? Protecteur? Amoureux?Baladeur? Le diagnosticien était perdu. Il se reprit vite car le juge énonçait déjà les faits de l'affaire initiale qui avait valu à la jeune femme la peine de cinq ans de travaux d'intérêt général. Seul Wilson ne connaissait pas tous les détails. Et s'il fut surpris voir choqué du geste meurtrier de Marie, il ne montra rien. House reconnut bien là son ami et cela le fit sourire.

Il reporta son attention sur Marie qui était assise à trois mètres devant lui. Il essayait de lire le langage de ce corps qu'il connaissait si bien. L'énoncé des faits avait encore plus angoissé la jeune femme, lui rappelant des souvenirs douloureux. House ne put s'empêcher de soupirer de dépit face à l'état de Marie. Peu lui importait ce que l'on pouvait dire sur elle, sur les jugements de valeur énoncés par le procureur car lui seul connaissait l'entière vérité : celle de Marie, la seule qui importait à ses yeux.

C'est alors qu'il vit Philipp posé une main sur l'épaule de son ex-amante, l'enlaçant d'un geste empli de tendresse. House fut pris d'une bouffée d'angoisse incontrôlable. Il avait maintenant du mal à respirer calmement, des difficultés à avaler et à réfréner la nervosité qui le faisait s'agiter sur sa chaise. Car Marie n'avait pas réagi à ce geste ou du moins si : elle s'était penché vers l'avocat sans que cette main, que le médecin fixait avec haine, ne la dérange. House fut au summum de la jalousie lorsque Philipp susurra à l'oreille de la jeune femme, qui lui répondit par un sourire. Il connaissait bien cette attitude. Marie l'adoptait pour répondre discrètement en public à une attention qui la touchait, voir..la comblait.

A quoi elle joue?s'interrogea House en colère.

Son esprit d'analyse se mit en route :

Il ne fait que la rassurer....ils sont visiblement plus qu'avocat-clients...amis? Amants?...Elle couche avec lui!

Cette dernière pensée lui fit mal. Même si il était sûr qu'elle ne l'avait pas trompé; Marie aurait pu avoir eu une aventure avec son avocat avant leur relation. Pourquoi lui avait-elle caché? Ou bien, leur histoire était récente. Après tout, Philipp était un homme comme les autres : il avait profité de la vulnérabilité de Marie ces jours-ci. Mais House n'arrivait pas à faire abstraction du caractère bien trempé de la jeune femme, qui n'était pas du genre à se laisser manipuler même dans une situation de faiblesse.

Toutes ces pensées n'auguraient rien de bon dans l'esprit torturé du diagnosticien. Cause à effet? House ressentit une douleur aiguë dans sa jambe meurtrie qui le fit grimacer. Il essayait en vain de calmer la douleur par des massages. Wilson s'aperçut du comportement de son ami et lui demanda en chuchotant si tout allait bien. House lui répondit d'un hochement de tête sans toutefois desserrer les dents. Il trouva son flacon de Vicodin et goba deux cachets d'un geste nerveux. Il ferma les yeux en espérant ressentir un soulagement le plus rapidement possible. Accaparé par la douleur, House n'entendit pas le témoignage implacable de Cuddy en faveur de Marie. La rigueur des propos laissaient transparaître un éloge subtile. Philipp avait tout misé sur ce moment et à première vue, il avait fait de l'excellent boulot. Tant est si bien, que le « procureur-coupeur-de -tête » ne put que demander la clémence face à une faute présentée par Cuddy comme le résultat d'un zèle professionnel, qui avait accaparé la jeune femme jusqu'à lui faire oublier son rendez-vous judiciaire.

Contrairement à un jugement classique, le juge d'application des peines prononçait son jugement sans délibération puisqu'il n'y avait pas de jury. Ainsi, 15 minutes après le début de l'audience, le juge prononça le verdict attendu par Philipp : pas d'allongement de peine. Marie avait donc encore 3 ans ½ à faire à compter de ce jour avant d'être expulsée du territoire américain.

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Le groupe sortit de la salle du tribunal le sourire au lèvres en se congratulant. Seul House restait à l'écart. House, le responsable indirect de toute cette histoire. Marie fut la première à remarquer qu'il s'était adossé contre un mur, visiblement affaibli. Elle se dirigea vers lui:

-C'est ta jambe? Lui demanda t-elle pour la forme même si elle connaissait déjà la réponse.

-Hum, lui répondit-il dans un souffle.

-T 'as pris de la Vicodin?

Il la regarda ne sachant pas trop comment aborder le sujet « Vicodin » ,vu ce qui c'était passé la dernière fois.

-Hum.. en hochant la tête

-ça va mieux?

-ça commence à faire effet

-Tant mieux

Le silence s'invita entre eux. Mais House, mal à l'aise, le rompit:

-ça c'est bien passé,non? C'est ce que ton avocat espérait?

-C'est plutôt ce que j'espérais, moi!

-oui ,biensûr... C'est un bon!

-Quoi?demanda Marie surprise

-Ton avocat : c'est un bon!

-Ha!..Oui. Tu sais, je crois que je lui dois aussi la peine réduite en première instance.

Finalement, après plusieurs secondes, House demanda à Marie, avec un air de défi en la regardant dans les yeux, ce qu'il voulait éclaircir depuis tout à l'heure:

-Et il est aussi prêt à te suivre en France dans 4 ans?

-..Quoi?répondit la jeune femme abasourdie

-Vous avez l'air assez proches pour vous peloter dans une salle d'audience, alors c'est juste une question!

Marie, excédée, lui répondit d'une réponse cinglante et sans appel:

-Effectivement,on est plutôt proche et je n'ai plus de compte à te rendre, House!

Le médecin reçut son nom en pleine figure. Elle ne l'appelait plus ainsi depuis longtemps. A cela, il sut qu'il l'avait une nouvelle fois blessé. Pris de remords, il lui attrapa le bras, avant qu'elle ait pu s'en aller:

-Attends!..Excuse-moi! Je...je..

Il cherchait ses mots tout en observant autour d'eux. Philipp était en grande discussion avec Wilson et Cuddy et ne leur prêtait aucune attention. Il sut alors qu'il avait été ridicule de se fier à son imagination.

-Je crois que je suis jaloux de Philipp

Elle le laissa s'empêtrer dans ses explications:

-Il te touchait comme si...comme si...J'ai pas aimé!

Marie souffla :

-T'es vraiment trop con!

Elle le laissa planté là et rejoignit les autres. House la regarda partir. Un rictus se dessina sur ses lèvres et la douleur disparut aussitôt.