CHAPITRE 26
POV CASTLE
Kate était tendue sur sa chaise, elle avait la respiration saccadée et regardait le sol. J'étais attristé de la voir si démunie mais je pouvais comprendre sa réaction, on allait encore la mettre à nu devant toute l'assemblée. Prenant de nouveau sa main dans la mienne, je traçais de léger cercle sous sa paume qui eut le don de la détendre un peu, je la sentis souffler un bon coup comme pour se donner du courage, puis elle tourna le regard vers le mien et m'embrassa la joue en chuchotant à mon oreille :
- Merci...
Acquiesçant de la tête, je vis l'avocat du diable faire son entrée dans l'arène, il avait chuchoté quelque chose à Kyle Abbott qui avait hoché de la tête.
- Bonjour, Messieurs, Dames, commença-t-il en s'adressant au jury, je ne vais pas commencer ma plaidoirie pour dire, cet homme est innocent, mais pour vous dire la vérité, simplement la vérité. Kyle Abbott a admis devant vous avoir bien été l'auteur de tous ses meurtres, il a admis être désolé, se rendant compte de ses atrocités.
Il laissa un temps d'attente pour que les jurées prennent conscience de ses propos, il continua :
- Cet homme assis derrière ce bureau, n'a pas eu de chance dans sa vie, ceci n'explique pas ses meurtres ou ne les justifie pas, mais cela pourrait vous aider à les comprendre. Depuis sa naissance jusqu'à ses huit ans, Kyle Abbott a été battu et a subi des sévices sexuels de la part de son père. Il a été enfermé des jours dans un placard. C'est un homme qui souffre d'un violent traumatisme. Il n'a pas eu la chance comme certain de se sentir choyé ou en sécurité au sein d'un foyer empli d'amour. Il est rentré ensuite très jeune dans le système, allant de foyer en foyer. Cet homme s'est battu pour survivre, il a trouvé un emploi et s'est sociabilisé. Son employeur le décrit comme quelqu'un de gentil et respectueux.
Nouvel arrêt de la part de l'avocat.
- Je vais vomir, grinçais-je furieux du profil qu'il nous donnait
Je sentis juste la main de Kate me caresser l'intérieur de la paume comme je l'avais fait précédemment. Par ce geste anodin et empli de tendresse, elle me signifiait qu'elle était là.
- Mais cet homme est malade. Il est atteint de schizophrénie, ce diagnostic a été émis par un psychiatre. Il ne pouvait pas contrôler ses gestes pendant ses crises, il ne pouvait pas se faire soigner car il n'en avait pas conscience. Est-ce sur ceci qu'on condamne un homme ? Sur une maladie ?
- Ton père aurait dû frapper cet avocat aussi, hier ! lança Jordan à Kate, ce qui me fit sourire
- Sa maladie parlons-en, on vous l'a expliqué puis les parties adverses, nous ont réfuté son mal-être. À deux reprises par deux personnes différentes : le Dr Burke et l'agent Shaw. L'un était le psy de la dernière victime depuis deux ans et l'autre est son patron, son amie…. on y voit aucun intérêt conflictuel ? Je vous le demande, si une de vos amies avait subi ces atrocités, que vous sachiez que l'homme qui les a perpétrées est malade… plaideriez-vous la maladie ou seriez-vous dans le déni ? Ce ne serait qu'humain après tout, dit-il en haussant les épaules.
- C'est homme assis devant vous, reprit-il en le montrant Abbott du doigt, n'a pas eu de chance dans la vie, avec un traitement adapté il peut redevenir cet homme gentil, serviable et doux décrit par son employeur, mais pour ça, il a besoin de vous, vous tous, continua-t-il en montrant cette fois-ci chaque membre du jury. Allez-vous lui tourner le dos comme son père, comme le système, comme les soi-disant expert venus témoigné ici, où seriez-vous plus humain… laissez-lui une chance de se soigner, de se réadapter à la société, cet homme suit actuellement son traitement, il a pris conscience de ses actes non volontaires, il est déjà empli de regrets, ne le brisez pas.
Nouvelle pause. Il commençait réellement à me gonfler avec ses pauses.
- Et si c'était vous ? Si vous étiez malade, qu'aimeriez-vous qu'on fasse ? Posez-vous la bonne question et la réponse sera forcément la bonne à son sujet. Merci pour votre attention.
Terminant son discours, il retourna s'assoir derrière son bureau au côté d'Abbott. Je dois dire que ce pourri savait plaider. L'avocat des victimes se leva, réajusta son costume, fit un signe au greffier, qui se leva et ramena un écran géant, tourné de sorte à ce que le jury le voit ainsi que l'assemblée.
- Maître Philips, êtes-vous prêt? demanda le juge
- Oui, votre honneur, acquiesça-t-il.
Il toussota puis se mit face au jury et démarra :
- Maître Connors a raison ; posez-vous le bonne question, et si c'était vous, dit-il en désignant les femmes du jury , ou vos femmes et filles, reprit-il en désignant les hommes, qui avaient subi de telles atrocités que feriez-vous ? Ces femmes l'ont supplié d'arrêter pendant des jours, elles ont hurlé leurs douleurs quand chaque centimètre de leur corps se tendaient, se brisaient… mais oui, c'est vrai il est malade, ajouta-t-il sur le ton de l'ironie. Qu'on emmène le mannequin, demanda-t-il à un officier.
Beckett avait lâché ma main pour les croiser sur son corps comme pour se protéger de ce qui allait suivre. Un agent apporta un mannequin qui était relié à une borne d'électricité.
- Pour que tout ceci soit un peu plus concret pour vous, pour prendre la bonne décision, regardez attentivement ce mannequin pesant 60 kilos le poids approximatif de toutes les victimes, nous l'avons branché à un voltage allant de 150 volts à 200. Comme pour ses victimes, reprit-il en désignant Abbott du doigt.
Il s'approcha de la borne et actionna le mécanisme, le mannequin faisait des bons et trémulait. J'avais les larmes aux yeux, me rappelant ma détention. J'entendis ma mère murmurer :
- Mon Dieu
Alexis, elle pleurait silencieusement près de moi, prenant sa main dans la mienne, j'essayais de réconforter mon petit ange. Kate ne bougeait pas comme paralysée devant la scène sous ses yeux. Il monta le voltage au maximum, et on put voir la tête du mannequin taper sans relâche le sol. Après quelques minutes, l'avocat stoppa sa démonstration. Les jurés étaient choqués devant la scène.
- Voici ce qu'ont subi ses victimes, reprit-il en désignant un tableau où trônaient toutes les victimes, il faut en plus de ceci rajouter les coups et les viols. Mais il est malade, ironisa-t-il, c'est vrai, ce n'était pas prémédité et non voulu. Mr Abbott a sévi dans trois villes, dans chacune de ses villes, il avait un entrepôt pour exécuter ses atrocités. Ces locaux étaient loués deux semaines avant chaque meurtre, donc pas prémédité ? Oh et avant que j'oublie, toutes ses victimes sont trentenaires et châtain.
Il fit une pause lui aussi pour marquer le coup. Sa pause à lui me paraissait essentielle.
- Voici, reprit-il en affichant cinq photos au tableau, cinq personnalités que nous connaissons, l'un a eu le prix Nobel de la paix, un est sénateur, ces ceux-ci sont dans la recherche et le dernier c'est un journaliste. Vous les connaissez tous, qu'ont-ils en commun ? Ils ont tous eu une enfance difficile, tous ont subi les mêmes atrocités que Mr Abbott. Et ils ne sont pas connus pour être de dangereux criminels ! Je vais demander maintenant aux personnes se trouvant dans la salle, de bien m'écouter. Je vais présenter aux jurés, plusieurs vidéos où l'on retrouve chacune des victimes, elles sont très dures à voir, j'irais même dire… traumatisantes. Ce n'est pas des images que vous souhaitez garder en mémoire. Alors je vais vous laisser une minute, pour quitter la salle. Un officier viendra vous chercher à la fin du visionnage.
À la fin de sa tirade, la moitié de la salle se vida, je me tournais vers ma mère et Alexis :
- Sortez toutes les deux
- Mais, protesta Alexis
- Sors d'ici Pumpkin
Elle me regarda puis hocha la tête après un dernier baiser, elles sortirent toutes les deux, tout comme Javier, Kévin et Edouard. Kate sortie de sa léthargie et se tourna vers moi :
- Je vais rappeler les gars pour qu'il t'amène
- Il en hors de question
- Rick,
- Je ne partirais pas Kate, je suis là et j'y reste
- Castle, ce que tu vas voir…
- Je reste, la coupais-je en prenant sa main
Elle capitula en se tournant vers Jordan et Lanie qui eurent la même réponse que moi.
- Bien, commença l'avocat. Nous allons voir sur ces images, Jeanne Monroe, Nina Lawrence, Emma Jackson, Michelle Percy, Alicia Bennett, Ellie Jackson et enfin Katherine Beckett.
POV BECKETT
À l'énonciation de mon nom, mon estomac fit un bond. On allait me voir, j'allais me voir… Je priais pour que ce ne soit pas des images avec Abbott sur moi, je priais pour ne pas être nue, je priais que je ne hurle pas sur cette vidéo, je priai en somme d'arrêter ce visionnage. Mon cœur battait à toute allure, j'étais complètement repliée sur moi-même relâchant une nouvelle fois la main de Rick. Je voulais me protéger, je voulais fuir, partir, j'aurais dû quitter la salle.
La vidéo démarra sur Jeanne Monroe assise dans un coin, en pleurs et répondant aux questions d'Abbott.
- Laissez-moi tranquille, s'il vous plaît, implora-t-elle.
- Chut… si je te laisse tranquille ce ne sera plus drôle, ricana Abbott qui se leva et actionna le mécanisme.
La scène qui suivit me retourna le ventre, Jeanne Monroe hurlait sous l'intensité de la décharge tout son corps s'était tendu à l'extrême. J'entendis au fond de la salle quelqu'un pleurer et dire :
- Mon bébé...
Les vidéos suivantes étaient du même niveau, à partir de Michelle Percy, on pouvait y voir les coups portés aux victimes après une décharge et les hurlements de ces dernières.
-Pitié, pitié, hurlait-elle avant de s'évanouir.
Lanie, Jordan et Castle pleuraient devant ces scènes, moi je ne bougeais pas de peur de vomir à même le sol. Arriva la vidéo d'Ellie Jackson, qui le suppliait de la laisser tranquille pendant qu'il la forçait à avoir des relations sexuelles. Ils avaient flouté les parties intimes, mais rien ne changeait la vision à laquelle on assistait impuissant
- S'il vous plaît non, non, les décharges mais pas ça, implorait-elle.
Sa plainte finit de m'achever me ramenant à ma propre détention. Me levant je décidais de sortir de cette salle, je ne pouvais pas en voir plus, pas me voir, Castle essaya de capter mon regard mais je le laissais seul, au moment où j'allais sortir, j'entendis le son de ma voix, tremblante devant la porte, j'écoutais sans regarder:
- STOOOPPP, hurlais-je
- Allez Katie, on va jouer à autre chose, que les décharges
- Non, pas ça, pas ça, pleurais-je
- Tu es tellement sublime….
À sa phrase, je me retournais en pleurs pour le voir sur moi, nous étions tous les deux nus, Abbott me caressait le corps sans tenir compte de mes protestations, on le voyait embrasser ma cicatrice puis ma poitrine qui était floutée, la bande se coupa pour montrer une autre scène, cette fois, il était derrière mon dos se frottait contre moi jusqu'à la jouissance.
- Hummm Katie… tu es si chaude
C'est la même scène qui m'avait hanté toute la nuit. Avant que la bande ne s'arrête, on put m'entendre appeler Rick.
- Castle, pleurais-je dans les bras de mon bourreau.
À son nom, je le vis baisser la tête et pleurer, je voyais que ses épaules montaient et descendaient, tout comme Lanie. Jordan, elle, se retourna en pleurs pour rencontrer mon visage. Elle se leva sous le regard de Castle et Lanie, et me rejoignit pour me prendre dans ses bras. Je m'accrochais à elle ; comme on se raccroche à une bouée, j'avais entraperçu le regard de Rick, mais j'avais préféré baisser les yeux.
- Je suis là, me chuchota Jordan
L'avocat continua :
- Voici le vrai visage de Kyle Abbott, voici ce dont il est capable. Maître Connors a raison, posez-vous la bonne question et vous aurez la bonne réponse. Merci de votre attention.
Il termina sa plaidoirie et retourna s'assoir. La porte derrière s'ouvra pour laisser rentrer les familles, je relâchai Jordan pour prendre Alexis dans les bras, qui pleurait.
- Ça va aller ma puce, lui dis-je en lui caressant les cheveux
- Je t'aime, me chuchota-t-elle en resserrant son étreinte sur moi.
- Je t'aime, aussi, lui répondis-je en la prenant par la main, pour retourner nous s'assoir.
Castle ne bougeait plus, ne me regardait pas, il avait toujours la tête baissée et sanglotait. Prenant sa main dans la mienne, pour le voir réagir, il resta immobile.
- L'audience est levée, jusqu'à décision du jury, proclama le juge.
Tout le monde se releva et quitta la salle. Espo et Ryan aidèrent Castle à rejoindre son fauteuil, il n'avait toujours pas ouvert la bouche ou même rencontrer mon regard. Agglutinés dans le hall d'entrée, nous regardions les journalistes se hâter devant les familles.
- J'appelle l'ambulance, Richard, dit Martha en s'éloignant
- Kate, tu montes avec nous ? me demanda Lanie
- Non, allez-y, je vais rentrer avec Rick
- Tu veux qu'on attende avec vous demanda Jordan
- Non, c'est gentil, pourriez-vous ramener Alexis et Martha
- Katherine, c'est gentil mais...
- J'ai besoin de me retrouver seule avec Castle, Martha, la coupais-je gentiment
Elle hocha de la tête et suivit Jordan vers la sortie. Seul à seul avec Castle, je poussai le fauteuil pour me retrouver dans un coin du tribunal à l'abri des regards indiscrets. Rick avait toujours la tête baissée.
- Castle, regarde-moi, lui demandais-je
Il releva la tête, et son regard était empli de tristesse, il pleurait et je n'en menais pas large non plus.
- Je suis désolé, me dit-il
- Pourquoi? Pleurais-je à mon tour.
- De ne pas avoir été là, de ne pas...
- Tu n'y es pour rien.
- Je...
- Castle, je n'ai jamais été seule pendant qu'il me touchait, lui confiais-je en pleurs, la seule chose qui me donnait la force de ne pas lâcher prise, c'était de penser à toi, à notre avenir, tu étais avec moi durant toute cette épreuve.
- Je suis désolé, pour hier, continua-t-il
- Rick, c'était de ma faute
- Non, je n'aurais jamais dû te toucher, je le savais, je te promets que ça ne se reproduira plus, m'affirma-t-il
- Je pense qu'on devrait continuer cette conversation, dans un endroit plus intime, lui rétorquais-je en essuyant ses larmes.
Avec sa main, il fit de même et chassa tout pleur de mon visage, il me sourit, mais derrière son sourire, je pouvais y voir toute sa peine et son chagrin. Ces vidéos avaient été atroces, nous aurions dû nous lever et sortir. Ces images avaient fini de nous démolir. Il s'avança de moi et m'embrassa chastement.
- Je t'aime, chuchota-t-il
- Je t'aime, aussi mon ange, lui répondis-je en lui embrassant tendrement la joue et en me relevant pour pousser son fauteuil dehors. L'ambulancier nous attendait dans le hall, mais avant de sortir sous les flashs des journalistes, je lui demandais :
- Prêt ?
- Oui, répondit-il en me souriant et en me caressant la main.
POV CASTLE
Nous étions retournés à l'hôpital, l'infirmière m'avait réinstallé dans mon lit et apporté mon repas de midi, que je n'avais pas touché. Kate en avait profité pour prendre une douche et se mettre à l'aise, sortant de la salle de bain, elle me vit devant mon plateau et me demanda :
- Tu ne manges pas ?
- Pas faim, lui répondis-je fatigué par cette matinée
- Tu devrais te reposer et dormir un peu, me dit-elle en s'asseyant sur un fauteuil
- Tu veux mon plateau ?
- Non, merci, me sourit-elle, en prenant une enveloppe kraft, qu'est-ce que c'est ?
- C'est arrivé ce matin, c'est le nouveau contrat que je dois signer pour lancer les impressions du dernier Nikki Heat, tu peux me les faire passer, je n'ai pas eu le temps de signer.
- Tu n'as pas pu le modifier, me dit-elle déçue en me donnant les papiers
- Si, si, c'est pour ça que la date de parution s'est éloignée. Il paraîtra dans un mois.
- Comment as-tu fait ? me demanda-t-elle
- Alexis et ton père ont tapé les derniers chapitres que je leur ai dictés.
Elle me regarda surprise par ma révélation.
- Mon père ?
- Oui, Jim m'a beaucoup aider, avouais-je
- Je suis contente que vous vous entendiez bien tous les deux.
- Moi aussi, lui répondis-je en signant les documents.
- À propos, de la conversation de tout à l'heure, dit-elle gênée en s'asseyant près du lit, pour hier…
- Je te promets que ça ne se reproduira pas, la coupais-je
- Justement, j'aimerais clarifier ce point, tu parles de mon excès de panique ou de toi et moi dans l'intimité?
- Je parle de moi agissant comme un mufle, avouais-je
- Castle, tu n'as rien fait, tu …
- Je n'aurais pas dû te toucher, la coupais-je
À ma phrase, elle se releva et souffla en faisant les cent pas, je ne savais pas si c'était un bon signe ou pas. En même temps, je ne voyais pas où j'avais fauté.
- Rick, je suis ta copine, c'est normal de vouloir me toucher
- Je...
- Laisse-moi, finir,… j'en avais envie hier, tu sais, continua-t-elle en me regardant droit dans les yeux, j'étais bien dans tes bras, je me sentais en sécurité, mais quand tu as mis tes mains sur ma poitrine, j'ai paniqué parce que…
- Je suis désolé, la coupais-je
- Castle ! Tu vas me laisser finir
- Non, toi, laisse-moi finir, je savais par quoi tu es passée et je n'ai pas été patient, tu étais bien dans mes bras et moi aussi, je n'ai pas besoin de plus, affirmais-je en la regardant
- Qu'est-ce que tu essaies de me dire? demanda-t-elle
- Plein de couples fonctionnent sans sexe, et ça marche, je n'ai pas besoin de sexe pour être heureux à tes côtés.
-Je…
- Bonjour vous deux, nous coupa Jim qui entrait dans la chambre, je dérange peut-être ?
- Non, répondis-je pendant que Kate répondait en même temps
- Oui.
