Confiance
Shikamaru a beau s'abîmer les yeux sur les pièces de shogi qu'il a placé sous ses yeux, la solution, s'il y en a une, est encore loin de lui sauter aux yeux. Il ne se sent pas à la hauteur de ce que l'on attend de lui. Madara n'a apparemment aucun point faible à exploiter.
Quand il a demandé à Chance à quelle vitesse se déplace Madara elle lui a répondu qu'il devait sûrement contrôler le temps lui-même. Il lui a demandé quelle est la limite de sa résistance physique. Elle lui a dit qu'elle ne l'avait jamais vu l'atteindre mais qu'il peut maintenir son sharingan pendant des heures sans même se fatiguer.
Son mangekyo sharingan est, toujours selon Yoshiko, au moins deux fois plus puissants que celui d'Itachi et il maîtrise toutes les techniques de combat qu'elle connaît.
Alors quand il a fait remarqué à Chance qu'elle lui demande un plan contre un être absolument sans faille, sans défauts d'aucune sorte, elle s'est contenté de sourire et de lui répondre qu'il avait déjà monté un plan contre un homme qui se proclamait incapable de mourir.
C'est peut-être vrai, mais pour le moment il est dans le noir total.
Quelle galère…
Et c'est là que Chance l'a surpris. Son visage s'est fermé et elle lui a dit de ne pas trop s'inquiéter et de faire de son mieux. Il y a quelque chose, une impression qu'il n'aime pas du tout dans le regard de Chance.
Il se remet à faire fonctionner furieusement ses neurones. Il doit absolument trouver quelque chose car il a dans l'idée que Chance a déjà un plan en tête. Et que son plan ne lui plairait pas. Mais alors pas du tout.
Chance observe les progrès de Naruto. Avant ce soir il maîtriserait la seconde étape. Il ne lui manque pas grand-chose. Elle doit lui parler et ne sait juste pas par où commencer. Elle sait maintenant qu'elle ne pourrait pas l'empêcher de joindre l'équipe.
- Tu devrais lui faire plus confiance. Tu le sous-estimes encore, dit Neige.
- Non, plus maintenant.
Mais il doit savoir que les risques qu'il prend ne sont pas les mêmes que ceux des autres membres de l'équipe, quels qu'ils soient, pense-t-elle.
- Alors pourquoi ne lui as-tu toujours pas parlé ?
- Tu te souviens de notre dernière mission…
- Beaucoup trop bien, je le crains.
- Les mots que m'avait dit Madara ce jour sont restés gravés dans ma mémoire. Mais je n'ai compris leur importance que bien plus tard.
Les Namikaze se sont toujours dressés en travers de mon chemin avec la régularité d'un métronome, un grain de sable dans mes plans si bien huilés et d'une persistance des plus irritantes.
Yoshiko passe nerveusement sa main dans ses cheveux et baisse les yeux.
- J'ai menti sur un seul point dans mon rapport à Tsunade.
Kakashi est suspendu aux paroles de Chance mais elle reste silencieuse un moment avant de reprendre.
- Madara ne m'a pas laissé en vie pour avoir des informations. Il ne m'a même jamais posé une seule question.
- Alors pourquoi ?
De nouveau Yoshiko se renferme. Les souvenirs de ce mois qu'elle a passé entre les griffes de Madara affluent douloureusement dans son esprit, sa respiration s'accélère et ses mains tremblent.
- Pourquoi ?
Yoshiko est surprise par le ton de Neige. Les sarcasmes, l'indifférence, la colère parfois devant ses « n'importe quoi », elle en a l'habitude. Mais jamais elle n'a senti cette inquiétude mêlée au besoin impérieux de savoir percer dans sa voix.
Tout cela ne me ressemble pas, reprends-toi Yoshiko. Tu n'es pas loin d'inspirer la pitié si tu continues à trembler ainsi, se sermonne-t-elle.
Cette peur qui court encore sous sa peau au simple souvenir de cette aberration la dégoûte. En prenant une profonde inspiration elle reprend le contrôle de ses mains et répond d'une voix faible mais parfaitement claire.
- La seule chose qui rattache encore Madara au monde des humains est sa haine envers Konoha et sa colère envers les Namikaze qui est presque aussi démesurée et personnelle que sa folie. Il n'avait aucune question à me demander, aucune information à me soutirer. Il voulait juste se venger et assouvir sa frustration sur un Namikaze, quel qu'il soit.
- S'il met la main sur Naruto…
- Il ne cherchera pas à le tuer sans l'avoir brisé avant. Et tu sais comme moi quelle est la puissance de son mangekyo sharingan.
Kakashi se tait un instant. Il a déjà subi celui de Madara pendant soixante douze heures et cela ne fait pas vraiment parti de ses meilleurs souvenirs. Madara avait distordu la réalité en un cauchemar aux teintes criardes et lui avait fait vivre et revivre des centaines et des centaines de fois la mort de ses amis de l'équipe sept en l'enfonçant un peu plus à chaque instant dans la culpabilité et le désespoir le plus profond. Avec Chance, il a dû avoir accès à suffisamment de sombres souvenirs pour rendre fou n'importe qui. Et elle a tenu un mois de cette torture sans aucune autre raison que la noire folie d'un monstre.
En levant les yeux sur elle, il voit une nouvelle lueur briller dans ses yeux lorsqu'elle observe Naruto.
- Je croyais m'être affranchie de cette peur qu'il avait soulevé en moi. Mais je me trompais, elle embrumait ma vision d'un voile épais qui m'empêchait de voir la réalité en face. Je n'ai toujours fait qu'envisager le pire. Cette peur ne doit plus me guider. Je dois me reprendre et faire enfin confiance à ma future équipe, à toi, à Shikamaru, à Naruto…
Enfin. Neige est plus soulagé qu'il n'aurait cru. Yoshiko n'est peut-être pas aussi transparente qu'il l'avait cru, mais elle a toujours eu horreur qu'on s'inquiète pour elle. Pour la première fois depuis sa confrontation avec Tsunade, c'est Chance, son ancien capitaine avec ses meilleurs moments et ses pires folies qui reprend le dessus sur la pâle copie qu'elle leur a imposé jusqu'à présent. Mais même s'il a poussé un peu loin la comédie, son inquiétude n'est pas totalement feinte.
- Neige, trouve-moi un Byakugan. J'ai comme l'impression que le contrôle du chakra nécessaire pour la dernière étape n'est pas vraiment le point fort de Naruto.
Déjà fait, pense-t-il en la regardant s'éloigner. Mais il n'aurait pas brisé l'élan de son capitaine pour si peu.
- Dès qu'il sera prêt à commencer tu me préviens, j'ai deux mots à dire à notre nouvelle recrue. Histoire de le motiver un peu…
Le Doc avait toujours joué le rôle de garde-fou dans leur ancienne équipe devant les n'importe quoi de Chance. C'était un rôle qu'il assumait toujours avec un certain brio et un rôle que je suis prêt à reprendre avec beaucoup d'application capitaine. Compte sur moi Chance.
Comme Chance l'a imaginé, Sasuke s'est installé dans les quartiers vides et désolés de son clan. Il tient dans sa main les derniers feuillets couverts de l'écriture de son frère.
- Je n'ai pas pu me résoudre à lire les dernières pages, dit-elle.
Surpris, Sasuke lève les yeux, le voile de nostalgie laissant bien vite place à la colère dans son regard noir.
- Moi non plus, je n'ai pas pu, pas encore. Mais Itachi a fait cependant une description assez précise de vous dans ses lettres. J'aurais du me méfier de votre défi et de vos petites manipulations. J'ai foncé tête baissée, ce qui ne me ressemble pas…
- J'ai un don pour ça… Même ton frère, j'arrivais régulièrement à le décontenancer.
- Je dois avouer que votre technique est impressionnante. Je ne pensais pas qu'on pouvait contrer le sharingan aussi facilement.
- Facilement… Ne m'insulte pas Uchiha ! J'ai mis des années à mettre au point cette technique et j'ai eu des années de pratique avec ton frère pour la maîtriser.
Chance s'approche de Sasuke et le fixe droit dans les yeux :
- J'ai promis deux choses à ton frère, tuer Madara Uchiha et te ramener au Village. Je tiens toujours mes promesses.
- Prendre la place de mon frère dans votre équipe ne veut pas dire que je suis de retour à Konoha.
- Je sais bien, dit-elle avec un petit sourire insolent.
- Je dois rencontrer Madara dans dix jours mais je suppose que vous êtes déjà au courant…
- Une occasion parfaite pour tenter quelque chose et plus de temps qu'il n'en faut pour te préparer. Alors petit, rendez-vous demain, même heure, même endroit, on continue l'entraînement.
Petit !
- Encore une chose. Ton frère ne m'a jamais battu à ce petit jeu…
