A l'intérieur de la gare, le soleil se déversait à grandes goulées par de gigantesques fenêtres.
Le Dr Clana observa quelques instants les allers et venues des voyageurs. Tels des fourmis, ils allaient d'un lieu à un autre, traînant leurs valises ignorant tout de la bataille qui se tramait en silence derrière les murs de la réalité.
Un rire cristallin le fit sursauter, et il tourna la tête. Dans un café, une serveuse aux cheveux de feu, discutait avec un homme.
L'individu, dont il ne distinguait que le dos, était assis nonchalamment sur le siège en osier. De haute stature, il portait des vêtements taillés sur mesure qui mettait en valeur son corps athlétique. Ses cheveux de jais étaient ramenés vers l'arrière, et sa peau d'albâtre contrastait étrangement avec celle des habitants de cette contrée. Il parla à la jeune femme et cette dernière porta la main à ses cheveux en baissant la tête. Le médecin observa le comportement de la jeune femme et sourit.
Quelque soit la culture, certaines attitudes avaient toujours le même sens.
Elle était clairement sous le charme de son interlocuteur…
Une annonce attira son attention et il reporta son regard vers la grande horloge de la gare.
Cet objet était à lui seul une pure merveille. Réalisé, selon la légende, par les créateurs eux-mêmes, il avait été placé là depuis des temps immémoriaux par les constructeurs de la ville.
Comme beaucoup, il avait tenté de percé à jour ses secrets. Qui ne l'avait pas tenté d'ailleurs ? Une horloge aussi splendide, marquant le temps depuis une éternité, sans jamais être remontée, et sans que personne n'ait pu apercevoir son mécanisme ... constituait une véritable énigme.
Il contempla le cadran et ses magnifiques aiguilles tournant invariablement avec la régularité d'un métronome, et oublia le monde autour de lui.
Un sourire passa sur son visage au souvenir du plaisir qu'il avait éprouvé lorsqu'il avait, pour la première fois, caressé son bois précieux à la recherche d'une ouverture, et un frisson lui traversa l'échine.
Une phrase…
Quelques mots à vrai dire dans un dialecte ancien, qui n'avait rien à faire dans cette partie du monde.
Cette phrase avait sans doute signé le départ du voyage initiatique de beaucoup d'autres grands Hommes, chacun cherchant des réponses à leur manière pour comprendre le monde, Pascal, Einstein, et bien d'autres… marquant ainsi le début des sciences, des mathématiques ou de la philosophie.
Que de pouvoir dans une si petite phrase …
« Le mouvement et le temps sont relatif l'un à l'autre »
- « Docteur Clana ? »
La voix hésitante d'une jeune femme interrompit le fil de ses pensées et il se retourna pour la contempler.
Il fronça les sourcils quelques secondes, avant qu'un sourire n'éclaire son visage. Elle avait réussi.
- « Psyché ? » murmura-t-il avec soulagement « Les dieux soient loués »
La jeune femme lui rendit son sourire bien qu'elle ne partageait pas tout à fait son avis.
- « Vous avez une mine atroce, chère enfant … »
- « Je ne dors pas très bien en ce moment… » fit la jeune femme avec une mine contrite.
Le médecin se leva rapidement pour l'examiner de plus près. Elle avait les yeux cernés, et le teint blafard. Une légère crispation des lèvres attira son attention et il l'interrogea.
- « Vos migraines sont très violentes ? »
- « Oui… » murmura-t-elle en portant la main à sa tempe
Le médecin soupira et l'invita à s'asseoir. Il sortit une bouteille d'eau et un comprimé et l'invita à le prendre. Psyché le remercia et s'exécuta.
Au bout de quelques secondes, le téléphone du médecin sonna, et il décrocha sans attendre.
- « Oui ? »
Psyché n'entendit pas ce que disait l'interlocuteur, mais cela devait être suffisamment grave, parce qu'elle vit le visage du médecin se décomposer.
- « Quoi ? Quand ? … Comment ? … Que dis-tu ?! Elle a réalisé la cérémonie ? Mon dieu … Oui … Oui, je comprends … Non. Non…Là-bas, elle sera en sécurité. Nous nous y rendons de suite. Je te recontacterai dès mon arrivée… Mon frère…J'aimerai tellement être à tes côtés en ce moment… » termina-t-il tristement avant de raccrocher.
Le médecin observa autour de lui avec inquiétude et ramassa rapidement les affaires de Psyché
- « Venez » La pressa-t-il soudain « il faut faire vite, nous n'avons plus beaucoup de temps »
