Dans les rues grièvement lacérées des combats, cinq silhouettes courent afin d'échapper aux Sentinelles, aux groupes anti-mutants, aux agents du Gouvernements et aux membres du SHIELD.

Les combats font rage et se regroupent en un seul lieu : le bâtiment qui, il y a encore 20 minutes, reposait l'ensemble du haut commandement de la Confrérie.

Je n'ai pas le temps de m'apitoyer sur le sort de Papy Magneto.

Ni même de prendre le temps de croiser le regard d'Erik.

Ou d'un de mes amis.

Nous courrons, t'en bien que mal, pour fuir la zone de combat et surtout : trouver un endroit sur où se reposer.

Logan m'aide en me tirant par le bras ou en me portant quand les ruines sont trop dures à parcourir.

Mais mes contractions ne se sont pas arrêtées.

Je manque d'énergie et je me plie en deux sous la douleur ressentie. Je me cache derrière un tas de gravas alors que les autres se dépêchent de se mettre à couvert.

Des tirs nous séparent et nous servir de nos pouvoirs seraient nous condamner.

Alors, nous attendons.

Silencieusement.

Je me mords les doigts pour ne pas crier ma rage et mon impuissance.

Finalement, les Sentinelles passent au dessus de nous, concentrer à rejoindre la zone d'affrontement. Leurs vols condamnent les passants à respirer de la poussière. Alors que je tousse, Domitille me rejoint et me presse :

- Coralie, encore un effort ! On y est presque !

- Domi, je sais pas si tu es au courant mais y'a un parasite qui veut sortir de mon ventre !

- Mais tu ne peux pas accoucher ici. Il y a une bouche d'égout à quatre cents mètres. Nous y seront en sécurité. Logan ?

Logan me soulève sans effort dans ses bras. Logée contre son cou, je peux sentir chacune de ses respirations. La course reprend, silencieuse autant que possible alors que les contractions se font de plus en plus présentes.

Erik nous ouvre la voie, se fiant sans soucis à son pouvoir pour nous guider à travers les ruines. Charles reste concentrer pour détecter les ennemis mais Logan reste toujours à l'affut.

Domitille courre, le visage fermé Ses yeux se posent de plus en plus souvent sur sa montre, simultanément aux gémissements que je laisse passer.

Finalement, nous atteignons la bouche d'égout. Charles descend le premier, suivi de Domi. Erik nous couvre et Logan, d'un seul bras, me porte dans la descente. C'est le seul qui se sert de l'échelle.

Après une descente rapide dans les tunnels souterrains et après un bon kilomètre de galeries parcourues, nous nous arrêtons dans une salle éclairée par des bougies et des lampes torches. Un lit de fortune y est dressé un bac d'eau n'attend plus qu'à être chauffé.

Apparemment, il était prévu qu'après ma libération, l'équipe se retrouve en ces lieux.


- Où en sont les contractions ?

- Charles, nous n'avons plus le temps. En plus, elle n'a pas perdu les eaux.

- Domitille, que veux-tu dire ?

- Que les cours d'accouchement d'urgence de MacTaggert que m'a inséré le Professeur dans le cerveau vont m'être utile. Logan, j'aurai besoin de toi. Erik, passe derrière Coralie et soutien la. Fait chauffer l'eau également, on en aura besoin. Charles, fait le garde mais essaye de limiter les ondes mutantes de Coralie.

Tout ce petit monde s'active. Moi, je reste dans les bras de mon homme qui me murmure que « tout va bien se passer » et « qu'il est là désormais ». Paroles dérisoires mais qui, dans cette atmosphère, suffit pour que je retrouve espoir.

Après tout, je suis juste en train d'accoucher dans les égouts au beau milieu d'une guerre.

Pas besoin de paniquer.


- PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !

- CORALIE !

- Excuse mon langage Domi mais je ne sais pas si tu es au courant mais… LES CONTRACTIONS CA FAIT MAL !

Etrangement, ce n'est pas les reproches de Domi qui me font paniquer mais bien son regard et son long silence. Erik, lui, continue inlassablement de me murmurer des encouragements dans l'oreille tout en me rafraichissant le front et les épaules avec de l'eau.

Je ferme les yeux, savourant cette pause et cette tendresse. Après un léger baiser sur les lèvres, je regarde autour de moi.

Et j'aperçois Domi qui discute fermement mais à voix basse avec Logan.

Etrangement, après quelques secondes, ce dernier recule, comme effrayé, et fait des signes de dénégations avec sa tête.

- Logan, on n'a pas le choix.

Domitille autoritaire, les mains sur les hanches.

Logan qui s'avoue vaincu.

C'est pas bon signe.

Et lorsque je le vois se placer aux cotés de Domitille qui se saisit de ses mains, je comprends tout.

Je vais avoir droit à une césarienne.

En version mutante.

Après un soupir et un dernier regard, Logan se concentre. Une griffe jaillie de la main gauche et deux autres de la main droite.

Domitille se saisit de ses poignets, manipulant ainsi des instruments chirurgicaux de haute précision. Mais mon amie n'est pas un chirurgien, ni même une sage femme. Elle est flûtiste professionnelle et professeur de musique.

Et pourtant, quand elle approche de ma peau les griffes de mon ami, je suis confiante…

Les scalpels se posent délicatement sur mon ventre.

Puis elles percent la peau.

Percent le caisson abdominal.

Le sang coule.

Je ne sens pas la douleur. C'est un mouvement à ma droite qui me confirme ce que je présentais : Charles a créé un blocage mental sur mes récepteurs nociceptifs ou, tout du moins, sur leur traitement cognitif.

Autant dire qu'il m'a anesthésié.

Après que l'incision ait été réalisé, le sang est rejoins très vite par de l'eau.

La poche des eaux est percée.

Alors que je sens mes cuisses se mouiller et que mon ventre subit une intervention chirurgicale précaire, je n'ai qu'une pensé :

Les draps vont être trempés.

Finalement, je me reconcentre sur le visage de Domitille, qui se révèle très concentré.

Je guette celui de Logan. Ses griffes servent à autre chose qu'à blesser ou donner la mort. Cela doit lui faire ressentir une curieuse impression. Il parait envouté et effaré. Ce qui fait un curieux mélange.

Erik, quand à lui, a arrêté de respirer depuis que les griffes ont jaillies.

Moi, je ne pense plus qu'à mon bébé. Surtout depuis que mon amie approche d'un peu trop près mon enfant avec les griffes de Logan.

Avec les deux griffes, Domitille écarte légèrement l'incision du côté gauche tandis que la griffe droite maintien les deux bords séparés.

Elle oblige ensuite Logan a ne pas bouger. Je ne sens toujours rien et cette anesthésie, en plus des bruits de l'accouchement et de l'ambiance satinée par les bougies, rend encore plus étrange notre situation. Mais le pire, selon moi, reste que nous agissons comme si tout était normal.

Puis, sans vraiment comprendre comment, mon amie passe ses deux mains dans mon abdomen et en ressort quelque chose.

La tête passe d'abord, couverte de sang, de placenta et de cheveux noirs.

Puis une épaule, un bras…

Puis l'autre bras.

La suite est rapide.

Repose sur moi mon bébé qui crie de toute la force de ses petits poumons.

Logan coupe le cordon ombilical tandis que Domitille s'occupe de ma délivrance.

En version « désolée on n'a pas le temps on s'occupera des dégâts plus tard et on la fait à la méthode moyenâgeuse ». C'est la méthode : je passe par l'incision et je racle les bords de l'utérus pour enlever le placenta qui s'écoule par voie basse.

Autant dire que mes cuisses sont trempées de substance très identifiables auxquelles je ne vais pas songer.

De toute manière, seul les cris de mon bébé m'intéressent.

Il est dans les bras de Logan qui s'occupe de le nettoyer.

A l'appel de Domitille, celui-ci la passe à Charles qui continue de le laver.

- Coralie, regarde-moi maintenant.

Avec un effort exceptionnel, je me concentre sur mon amie.

- Il faut que tu utilises le facteur auto-guérisseur de Logan. Donc, sers-toi de ton pouvoir.

J'hoche de la tête pour lui signifier que je comprends sa demande.

Pour me simplifier la vie, Logan se saisie de ma main.

Je ferme les yeux et, pour la première fois depuis des mois, je reprends contact avec ma mutation.

Je perçois les moyens de contrôler le métal, constate l'évolution de la mutation de Charles et me concentre finalement sur les bienfaits octroyés par le facteur auto-guérisseur de Wolverine.

Je m'en saisis, lui fait parcourir mon corps…

Mes plaies se referment, provoquant une forte démangeaison.

Mon sang se retrouve épuré des produits chimiques qui le parcouraient.

Je retrouve l'intégrité de mon corps physique.

Pour les blessures psychiques, on verra plus tard.

Lorsque j'ouvre les yeux, mon regard se dirige vers le plus beau tableau qu'il soit : Erik tient dans ses bras notre enfant et le regarde d'un air émerveillé.

Je lâche la main de Logan qui s'effondre sur le sol, évanoui.

Mais je m'en fiche.

Je me redresse sur le lit de fortune.

Erik s'assoit à côté de moi.

Je peux prendre mon enfant dans mes bras.

Il porte de suite sa bouche à mes seins.

Je lui donne sa première tétée alors que mon homme me serre doucement dans ses bras.

- Bonjour mon Amour… Je te présente ta maman. Maman, je te présente Chaïli.

J'effleure d'un baiser le front de mon bébé.

De mon présent.

Mes larmes coulent.

La guerre fait rage dehors.

Nous sommes dans les égouts, réfugiés et dans une sécurité relative.

Mais je m'en fiche.

Je suis dans les bras de mon amoureux, ma fille dans mes bras, mes amies autour de moi.

Heureuse.