Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.

Note : Recueil d'OS écrits pendant les nuits HPF (une heure pour un texte sur un thème donné), d'où les formats et les ratings variables.

Note Bis : Ce texte a été écrit pendant une nuit spéciale qui durait 24h avec des contraintes de régions du globe en plus, d'où les différents pays visités au fil de ce texte.

Note ter : Région : Asie de l'Est et du Sud (ici sous forme de fleurs)

Univers : UA fin saison 2.

Rating : K+

Bonne lecture.


Pots aux fleurs


« Je dirais que c'est un cerisier du Japon, constate Jimmy Price. »

Il observe attentivement les fleurs ramenées par Will Graham, détaillant la forme des pétales, l'odeur et la couleur. C'est sans nul doute l'élément le plus beau et le plus parfumé de la morgue, ajoutant une petite note colorée face au gris des tiroirs réfrigérés et des tables d'examens. Sur l'une d'elles repose un corps à moitié décomposé, sujet de leur nouvelle enquête, au-dessus duquel Brian Zeller est penché pour récupérer un morceau de verre fiché dans la chair. Son collègue reste en admiration devant les fleurs japonaises alors que Will, mal à l'aise, garde ses mains dans les poches.

Le consultant du FBI a trouvé plusieurs assemblements de fleurs dans la cuisine de sa maison après s'être réveillé. Il sait déjà qui a déposé ce cadeau chez lui puisque rares sont les personnes qui osent venir jusqu'à sa petite demeure perdue à Wolf Trap, en Virginie, et encore moins pour entrer alors qu'il est là à dormir. À vrai dire, il n'a qu'un seul nom en tête mais ce qu'il cherche avant tout à connaître, c'est la signification de ces fleurs. Il n'a pas hésité à les embarquer pour les montrer à ses collègues de Quantico et il regrette un peu sa démarche. Zeller et Price sont des petits génies qui seraient capables de l'assaillir de questions embarrassantes sans même avoir conscience de l'état dans lequel ils pourraient le mettre. Pourtant, il n'a pensé qu'à eux pour l'éclairer et il est satisfait par la rapidité d'esprit de Jimmy.

« Saviez-vous que le sakura ne représente pas seulement le printemps ? s'enquiert Price en détachant enfin son regard des fleurs de cerisier.

— Il a un caractère éphémère, répond Brian en délaissant quelques secondes le cadavre, et rappelle la brièveté de la vie. Les militaires japonais en emportaient des branches avec eux avant le combat. »

Le renouveau. La brièveté de la vie. Will s'isole mentalement de la discussion entre les deux scientifiques pour imaginer Hannibal en train de composer ses pots de fleurs. Il n'a pas choisi cette espèce végétale au hasard, il y a toujours un sens caché derrière chacun de ses gestes. Le consultant a quitté l'hôpital une semaine auparavant, le ventre barré par une cicatrice infligée par le cannibale, et voilà que son psychiatre entre chez lui pour fleurir sa cuisine. L'empathe a cru que l'Éventreur de Chesapeake était parti pour échapper à Crawford et à son équipe mais il semblerait qu'il soit encore dans les parages. Il lui a délivré son message, tel un appel à une trêve et à un nouveau départ mais le brun n'est pas certain de vouloir prendre ce risque.

« Merci pour les renseignements. »

L'après-midi se déroule tranquillement, le corps décomposé retenant leur attention. Jack les rejoint au bout de plusieurs heures et ils lui transmettent leurs découvertes. Pendant tout ce temps, Will ne cesse de songer à ces fleurs, à leur symbolique, aux multiples trahisons d'Hannibal. Il ne peut plus lui accorder sa confiance, pas après le meurtre d'Abigail, pas après son séjour en hôpital psychiatrique, pas après tous ses mensonges. Il est trop tard pour envisager de recommencer. L'empathe supposait avoir construit une sorte d'amitié avec le cannibale mais il a fait fausse route.

La nuit n'est pas loin de tomber lorsque Will quitte enfin le FBI. Les fleurs sont dans son coffre et embaument l'habitacle de la voiture. Au lieu de rentrer chez lui, il conduit longuement jusqu'à Baltimore. L'envie d'aller jusqu'à l'ancien cabinet d'Hannibal l'effleure mais il se reprend et poursuit sa route. Il n'y a plus beaucoup de véhicules sur le parking de l'hôpital psychiatrique pour criminels aliénés et il espère ne pas être arrivé trop tard.

Il retrouve machinalement quels couloirs emprunter jusqu'au bureau du Dr Chilton. Ce dernier est en pleine conversation téléphonique mais il raccroche en le voyant.

« Que me vaut le plaisir de votre visite, Graham ?

— Je viens en paix, Frederick. Et je vous demande pardon. »