Hello, lecteurs lectrices,
Ceci est un chapitre. C'est peut-être mon dernier avant que j'entame une réécriture. Je ne voulais pas le poster car il apporte certains clefs de compréhension qui n'auraient fait que gâcher encore plus la surprise en cas de reprise. Mais j'ai finis par me convaincre du contraire. Donc voilà. J'espère que ce chapitre, qui est un vieux phénix épuisé, vous laissera suffisamment de joie pour que vous puissiez attendre la renaissance et le rajeunissement de l'ensemble (journée métaphore, ouais).
Clems17
« Bienvenue dans les Limbes, âme déchue ».
Harry se réveilla en sursaut, transpirant, et avec l'impression que son cœur venait d'être broyé à mains nues.
Pendant un instant il fut tellement mal en point qu'il ne put esquisser le moindre mouvement. Dès qu'il tenta de se lever, un vertige le prit et il retomba sur son lit, en proie à des montées acides.
Pourtant, la douleur qu'il ressentait à cet instant n'était pas physique. Elle était psychologique. Des images atroces tournaient dans sa tête, avec un sifflement de locomotive déchaînée. Des mots retentissaient avec la force d'un grondement de tonnerre.
Horcruxes….reflet d'Harry….deux faces de la même entité….Bienvenue dans les Limbes, âme déchue
De sa baguette, toujours à portée de main, il parvint à lancer un sort de silence. Puis il hurla.
Il hurla toute sa douleur, toute sa peine qui lui broyait le corps. Il hurla pour tout ce qu'il venait de perdre.
Il fallut près d'une heure pour qu'il parvienne enfin à reprendre un certain contrôle sur lui-même. C'est alors qu'il réalisa quelque chose qui ne l'avait pas choqué jusque là.
Il se trouvait dans le dortoir de Serdaigles, couché pour la nuit, et entouré de ses camarades.
Était-ce…un rêve ?
Impossible. Tout cela était trop réel pour avoir été un rêve. La douleur était telle qu'elle ne pouvait résulter que de ce qu'il avait vu.
Mais malgré cela, il se retrouvait dans son lit. Et surtout, au ressenti des émotions de ses voisins de chambre, il comprit qu'il possédait toujours ses pouvoirs. Ce qui était improbable.
L'incompréhension le saisit, mais la réalité peinait toujours à s'imposer face aux événements qu'il venait de vivre, ou du moins se souvenait avoir vécu.
Ce n'était qu'un rêve. Un simple rêve.
Mais tout cela n'était guère convaincant. Même pour lui. Surtout pour lui. Car ce rêve était tout aussi clair dans son esprit que son ressenti de l'instant. Chacun de ses sens, chaque partie de son corps semblait comme marquée par le souvenir.
Alors il se leva, non sans difficultés, et descendit dans la salle commune. L'ambiance chaleureuse et studieuse de la bibliothèque et du feu de cheminée sembla lui apporter un certain apaisement. Tout cela n'était qu'un rêve, après tout.
Son regard fut attiré par une petite affiche sur le tableau d'informations et immédiatement le froid le reprit.
« Sortie à Pré-au-Lard prévue pour le 12 avril. N'oubliez pas de transmettre votre autorisation de sortie au professeur Flitwick avant le 10 au soir ».
Une sortie à pré-au-lard d'ici trois jours. Est-ce que tout n'avait pas commencé ce jour-là justement ?
Harry fit un rapide calcul. Le 12 avril intervenait une semaine après les événements et l'attaque du Nécromancien, tout comme il s'en souvenait dans son…souvenir ? Rêve ?
Or, c'était dans trois jours. Un rapide coup d'œil au calendrier lui confirma qu'en effet, seuls trois jours et trois nuits étaient passés depuis.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Il s'assit dans un fauteuil en essayant d'éclaircir cette nouvelle donnée. La date du jour de son souvenir n'était pas encore arrivée. Que pouvait-il donc considérer à propos de la véracité de ce dernier ? Une prémonition ?
Ses rapports avec les visions n'avaient jamais été très pacifiques. Pourtant, depuis que l'horcruxe lui avait été enlevé il pensait que ça aurait disparu.
L'horcruxe…
Avait-il vraiment créé des horcruxes de lui-même dans le corps d'autrui ? Lui, Harry Potter ?
Mais qu'est-ce qui te fait croire que tu es encore Harry Potter ?
Sans qu'il s'en aperçoive, les larmes recommencèrent à couler. Sans discontinuer.
Il fallait qu'il parle à quelqu'un. Sans quoi il allait devenir fou.
Le seul qui aurait pu comprendre était Saul, mais…
Nous sommes les deux faces d'une même entité…et ce sentiment paternaliste, d'où crois-tu qu'il vienne ?
Était-il possible que cette prémonition soit un avertissement ? Mais de qui ?
Harry était au bord de la rupture.
L'esprit ailleurs, il sortit de la salle commune de Serdaigles.
Sans trop savoir comment, ses pas le menèrent devant le bureau du professeur de défense contre les forces du mal.
Bien évidemment, ce dernier semblait déjà l'attendre. Complètement habillé. Une grimace inquiète sur le visage.
- « Qu'est-ce que tu fais debout à cette heure ? » S'étonna Balthazar en l'observant avec perplexité.
Quelque chose tournait autours du garçon. Une aura inquiétante et lugubre qui suivait chacun de ses pas. Un frisson saisit le premier faucheur. Tout cela ne lui plaisait pas du tout.
- Entre vite. Lui dit-il. Il n'est pas bon que tu restes dehors.
A peine la porte fermée il claqua des doigts pour ranimer le feu. Il guida Harry vers un canapé et l'y assit avant de faire apparaître un verre de jus de citrouille.
- Que se passe-t-il ? Demanda-t-il.
Chose étrange, il ne discernait pas ce qui n'allait pas. Pas plus que le passé ou le futur. Certes, Harry échappait toujours à sa pleine perception depuis qu'il avait changé de ligne temporelle, mais tout de même c'était assez rare de ne plus rien deviner pour le surprendre.
Harry ne répondit pas. Son regard était perdu dans le néant. Il semblait ne même pas l'entendre.
Alors Saul n'hésita pas et accru l'acuité de son regard mauve. Il scruta l'étrange noirceur entourant son fils adoptif. Ses yeux transpercèrent les limites mêmes de l'espace et du temps.
Et un flot massif de souvenirs le subjugua. Il vit la terrible rencontre entre le Concept de l'Éternité et Harry. Il entendit chacune des révélations qui enfonçaient un poignard dans celui à qui elles étaient destinées. Et il assista à l'horrible dénouement qui couronna la reprise des pouvoirs et la seconde mort d'Harry.
Reprenant conscience de son entourage, il poussa alors un horrible juron. Lequel était si grossier qu'il parvint à tirer Harry de sa torpeur. Jamais Saul n'avait utilisé un mot aussi déplacé en sa présence.
Jamais non plus il n'avait perdu son sang-froid légendaire au point de s'arracher ses cheveux à pleine main.
- Oh la sale…..gronda le professeur.
Réalisant qu'Harry le regardait il s'attacha à reprendre son calme. Pourtant, l'urgence qu'il venait de percevoir ne lui laissait guère de temps.
- Harry, je viens d'entrevoir ce qui t'es arrivé. Tu dois avoir une multitude de questions, y compris sur moi-même. Et je vais y répondre. Mais nous ne sommes pas en sécurité.
Il sortit sa sphère indescriptible de sa poche. Et se concentrant la leva au-dessus de sa tête. Une lueur pâle en jaillit avant d'être absorbée par les murs.
- Il n'y a plus rien de vivant dans cette pièce et nous sommes dans un hiatus temporel. Vois-tu, il ne faut surtout pas que cette garce macabre apprenne quoique ce soit de ce qui va se passer ici.
Il semblait particulièrement remonté. Faisant quelques pas en arrière, il inspira avant de reprendre la parole.
- je n'ai aucun moyen de t'apprendre correctement la nouvelle. Mais ce que tu as entrevu était un éclair du futur. Un futur très proche. Trop proche. Et….chaque chose, chaque parole, chaque ressenti…tout cela est ce qui doit arriver.
- Comment ? Comment j'ai pu voir ça ? Marmonna faiblement l'adolescent recroquevillé sur son canapé.
- C'est entièrement ma faute. Vois-tu je t'ai emprunté ton pouvoir. Et lorsque je te l'ai rendu, il avait acquis une dimension différente à mon contact. Mon expérience l'a transformé. Ce que seul le temps aurait fait pour toi. Et te revenant il t'a octroyé quelques bribes de mes propres aptitudes. Dont la perception qui jusque là t'était complètement étrangère.
- Donc ça veut dire que tout est vrai dans ce qu'elle m'a dit ?
- Oui et non. Certains éléments sont exacts, mais sortis complètement de leur contexte et dénués de tout aspect concret. Je….je sais que tu dois beaucoup t'interroger sur moi en premier lieu. Aussi, avant d'aborder le reste, je vais dissiper ce malentendu.
Il s'assit sur un fauteuil avant de maudire cette Finalité et de reprendre son souffle.
- Nous sommes effectivement la même entité sous deux apparences différentes. Dit-il, roide.
Et Harry en eut le souffle coupé. Il avait gardé au fond de lui l'espoir que Saul était resté l'opposant absolu aux idées macabres de la Mort. Qu'il avait pu acquérir son indépendance. Mais cet aveu….
Instinctivement il recula.
- Cependant, Harry, elle ne t'a pas tout dit. Et en premier lieu le pourquoi de cette similitude. M'as-tu déjà entendu l'appeler « La Mort » ?
Harry haussa les épaules. Mais il est vrai que Saul n'utilisait jamais ce terme. Il recourait toujours à des dénominations sarcastiques ou moqueuses à son égard.
- Non.
- Et pour cause. Nous sommes tous deux la Mort. Plus précisément, la Mort n'a pas de forme en tant que telle. Je suis le premier Faucheur. C'est-à-dire que la Mort a tendu vers la Vie pour prendre une forme humaine. Une forme extrêmement complexe qui avait vocation à intervenir auprès des êtres humains lorsque ceux-ci commencèrent à prendre conscience d'une situation après la vie.
Quant à elle, elle m'a rejoint plus tard. Au cours d'un autre événement de l'Histoire de l'humanité. Tu te souviens du deuxième Faucheur, celui qui a tenté de ressusciter sa bien-aimée. Après ça son pouvoir l'a détruit, il a explosé et chaque partie de son être a disparu dans le Temps après que ses dernières paroles soient des malédictions. La majeure partie de son être apparut quelques décennies avant, et fut si nocive qu'elle entraîna la Peste noire dont je t'ai parlé. Le reste fut disséminé à travers les époques et est responsable de plein d'autres maux.
Elle est apparue de la mort de million d'humains, de million d'âmes tourmentées, pendant cette Peste. Et rendant le germe immortel elle n'a cessé de s'incarner de plus en plus. Ce faisant, elle est devenue le premier Faucheur naturel, à l'inverse de toi et moi. Car contrairement à nous deux, son pouvoir n'est pas contenu dans un corps, et une âme, humaine.
Oui nous sommes la Mort. Deux visages parmi d'autres d'une Entité sans forme. Car la Mort s'est incarnée dans nous deux, quoique de manière différente. Nous avons donc les mêmes pouvoirs, à quelques nuances près. Mais, la différence repose sur le fait que j'ai choisi d'y renoncer volontairement en les sacrifiant. Ce qui a accru nos différences et a contribué à me rendre plus humain, et moins Mort.
- Est-ce que ça veut dire que je le suis aussi ?
- Au sens strict on pourrait dire que oui. Néanmoins, ta part d'humanité n'a jamais disparu. Et j'ai toujours efforcé de te la conserver le plus possible. Moi, quand je suis mort il y a tout ce temps, j'ai renoncé à tout mis à part le désir de protéger les miens. Aussi, durant ces milliers d'années, j'étais moins…moi que je le suis actuellement. J'ai même été arrogant de ma surpuissance. Mais j'ai toujours gardé en moi cette humanité, cela m'a permis de prendre de la distance avec cette abomination inhumaine. C'est tout cela que j'essaye de t'enseigner depuis que je te connais.
Harry acquiesça. Tout devenait plus clair concernant Saul. Ce dernier lui avait toujours dit la vérité si on y réfléchissait bien. Car finalement c'était cohérent avec les explications qu'il avait déjà donné dans le passé.
- Et par rapport à moi. Est-ce que je suis une simple accumulation de souvenirs liés entre eux. Est-ce que Harry Potter n'est plus moi ?
Saul haussa un sourcil. « Si tu n'es pas Harry Potter alors qui pourrais-tu être ? »
Il soupira. « Ses mots ont été tournés de telle façon pour que tu perdes tout espoir. Mais il y a une autre interprétation. Effectivement Harry Potter n'est pas toi car ton corps n'a pas suivi ton âme et il est resté en 1995. Cela étant, il n'y a personne en 1977 qui soit plus Harry Potter que toi. Et qui sait si l'enfant de James et Lily sera Harry. Difficile à dire, même pour moi.»
Il regarda vers la fenêtre : « Je t'avais dit qu'elle modifierait tes souvenirs tant qu'elle le pourrait…cela étant, cela fait longtemps que j'ai trouvé la contremesure à cela. Ma fameuse pensine. Et si cela peut te rassurer, chacun de ces souvenirs de Harry Potter que tu possèdes sont bien les tiens. »
- Mais je ne le suis pas vraiment….
Saul ne le laissa pas poursuivre. Il leva un doigt pour attirer son attention.
- Tout comme je ne suis plus exactement Saul, petit cueilleur né en 3000 avant cette ère. Et alors. Qu'est-ce que ça change ? La personnalité d'un humain ne se résume pas en termes de naissance. Tu peux choisir d'être le portrait craché de James, un Maraudeur encore immature mais avec un fond excellent. Tu peux être le fils de Lily, un étudiant modèle avec un courage sans faille et le cœur sur la main. Tu es les deux, comme tu es tes quatre grands parents et ainsi de suite. Mais tu es aussi la synthèse de tout ça et aucun d'entre eux. Ne laisse pas ce genre d'interprétation maléfique et sans âme dénaturer un lien de famille.
Quant à au reste, elle t'a menti. Car elle s'est contredite. Si le vrai Harry Potter était vraiment revenu de l'arcade en 1996 au département des mystères, alors ce ne peut pas être le vrai. Car celui qu'elle appelle le vrai n'a pas vécu ça et garde toujours son lien avec Tom Jedusor jusqu'au début de l'été 1998. Sans quoi il serait incapable de suivre le cheminement logique et mourir à 114 ans. Ce serait donc un autre Harry dans le corps du vrai ce qui impossible.
De plus, on ne revient pas de l'arcade. C'est à sens unique. Je le sais, c'est moi qui l'ai créée. Tu es un autre Harry Potter et je suis un autre Saul.
Comme je te l'ai dit dans mon manoir, nous avons transcendé nos lignes respectives. Nous sommes nos propres jumeaux. Nos propres doubles. C'est déroutant de se le dire, mais ça ne doit pas changer notre quotidien. Tu ES Harry Potter. Un Harry Potter dans un autre contexte et qui dont évoluera différemment. Pas plus pas moins.
La matinée était déjà plus avancée. Bientôt la nuit toucherait à sa fin.
- Je devine que tu as encore une multitude de questions, Harry, mais si tu veux bien je vais aller préparer quelques boissons. Nous risquons d'en avoir pour un moment. En attendant tu devrais passer quelque chose de plus chaud. On peut être ressuscité et immortel mais avec des pouvoirs aussi restreints tu serais bien capable d'attraper un rhume.
Harry réalisa alors qu'il était toujours en pyjama et pieds nus. Or, malgré le feu de cheminée, les nuits restaient fraiches en avril.
Saul lui tendit une veste polaire ainsi que des chaussettes et chaussons. S'habillant, Harry l'observa un bref instant avant de poser les questions qui le hantaient désormais au plus haut point.
- Est-ce que j'ai obligé Lily à m'apprécier ?
- Oui. Mais ce n'était pas volontaire. Et ce n'est pas aussi extrême que tu sembles l'imaginer. Tu lui as transmis une partie de ton empathie, c'est tout. Sa nature propre la pousse à ressentir de la compassion. Elle est profondément altruiste depuis toujours. Et au fond de toi tu étais triste pendant cette danse. Ta proximité n'a qu'accrut ce qui existait déjà. Je t'ai dit que pour toute chose il y a toujours une interprétation négative et une positive. Or, je doute que même involontairement tu aurais pu contraindre Lily Evans à t'apprécier si ce n'avait pas été le cas originairement.
Ce n'était pas vraiment la réponse qu'Harry espérait. Pas du tout même. Savoir que même involontairement il avait influé les sentiments que son ancienne-future mère pouvait avoir à son égard était dur.
- Et à propos de sentiments, est-ce que…
- Est-ce que le sentiment paternaliste que je ressens à ton égard est tout autant une illusion que le reste ? Est-ce que ce n'est qu'un reflet de l'affection qu'elle ressent à ton égard ?
Les mots avaient été directs. Il ne s'était pas embarrassé de tourner autours du pot.
Et la lueur colérique dans ses yeux montrait que ce sujet le rendait bien moins calme que les précédents.
- Elle n'a jamais ressenti d'affection. Car l'affection est un sentiment humain, Harry. Un sentiment positif. Et c'est l'antithèse de tout ce qu'on pourrait qualifier d'humain, de positif. Elle n'a pas de cœur. Pas de ressenti. Pas de compassion. Tout ce qu'elle ressent n'a que l'intérêt de juger, de broyer l'âme de ceux qui l'entourent. Elle envahi chacune de nos pensées. Chacun de nos sentiments. Une sorte de détraqueur qui joue de tes peurs les plus secrètes. Et tu penses que ça, cette horreur sans visage, sans yeux, sans rien pourrait ressentir une inclinaison positive ?
Jamais Harry ne l'avait vu aussi dégoûté. Cela surpassait même la scène dont il avait rêvé.
- Alors non. Non ! Je ne suis pas sous le contrecoup d'une prétendue affection de sa part. Tout ce que je ressens est le pur produit de mon ressenti propre ! Le produit d'un retour à l'humanité qui m'a pris des siècles à contrôler. Le retour du néant auquel on m'avait condamné. Et ce prodigieux sentiment de père à fils, est ma victoire sur cette destinée sans âme. (A la fin il criait même). Rien ne pourrait me rendre plus fier que cette lumière que notre rencontre a fait naître ! J'ai arraché du néant chacun e des émotions que tu me connais actuellement. Je les ai récupérés de mon âme originelle, celle de Saul d'Anatolie. J'ai été père de plusieurs enfants, je n'ai pas perdu cette partie de moi. Mon affection paternelle a survécu à 5000 ans.
Il s'était rapproché de quelques pas. Regardant Harry droit dans les yeux.
- Le Sinitros ne vient pas d'elle. Il est mien. Il est moi. Je l'ai été durant des siècles. Je ne t'ai pas menti en te disant qu'il était la part la plus humaine de la Mort. Ce faisant, je parlais de moi. Car la Mort, la vraie, s'interprète de milliers de façons. Et cela correspond à des milliers de visage. Un renouveau, une finalité, un terme immuable. Mais aussi un soulagement, une véritable plénitude, une sublimation. La mort, comme tu l'as vu il y a quelques jours, est aussi le corollaire de la Vie. Je…
Il observa la fenêtre avec une certaine tristesse, perdu dans ses pensées.
- Cette pluralité de la Mort n'est pas simplement une affaire d'expression théorique. Il fut un temps, quand j'étais la seule incarnation, où je l'exprimai d'une manière bien plus concrète. Pendant la plus grande partie de l'Antiquité profonde, j'étais un être au-delà de tout. J'avais un culte à ma gloire.
- Tu as été une sorte de Divinité ? S'enquit Harry avec stupeur.
Certes il savait que son père adoptif était un être hors du commun qui avait vécu pendant des millénaires. Et les quelques récits qui lui en avaient été faits par l'intéressé laissait présager qu'il avait toujours été dans les grands moments de l'Histoire. Mais il n'avait jamais avoué cette partie là de son caractère. L'idée qu'il avait littéralement incarné une forme de vie supérieure…
- Et on m'a affublé de tous les titres. Roi de l'au-delà, Créateur, Éternité vivante. Même des noms entrés dans la postérité. Le Dieu Janus à plusieurs visages, capable de percevoir simultanément l'avenir et le passé, divinité des choix, des débuts et des fins. De qui crois-tu qu'il soit inspiré ? ça n'a rien d'anodin. Et ces divinités Hindou connues depuis la nuit des temps, et dont pourtant nul ne saurait définir l'origine,… si j'en avais le temps, je pourrais te narrer l'effrayant lien qui se trouve entre ces mythes et moi-même. Je t'ai parlé du Sinistros, mais sais-tu que sa première apparition date de l'Égypte antique et qu'il a donné lieu à la légende d'Anubis, le dieu à face canine qui de surcroit s'occupe des morts ?
Il fut ce temps, maintenant lointain, où j'étais une forme de vie supérieure. Et c'est depuis cette arrogance écœurante que j'ai tracé mon chemin de rédemption.
Il inspira avant de refocaliser son attention sur l'adolescent. « Ne crois jamais plus un être comme elle lorsque elle prétend avoir à cœur tes intérêts. Car son cœur est le néant au sens strict du terme. »
Lorsqu'Harry voulut reprendre la parole, il l'interrompit. « Je sais parfaitement quelle est ta dernière question. Celle que tu n'oses même pas te poser à toi-même. Mais honnêtement Harry, après tout ce que je viens de te dire, penses-tu vraiment que tu as volontairement déchiré ton âme pour transformer Dan et Clara Southpath en horcruxes ? Soyons sérieux…. »
Quelques jours plus tard
Aujourd'hui était la première visite à Pré-au-lard depuis une éternité. Le village, libéré de ces nuages lourds et oppressants, avait retrouvé toute sa vie. Les boutiques avaient rouvert et affichaient un chiffre d'affaire des plus honorables.
C'est là où se trouvaient ceux qu'on appelait « Maraudeurs ». Et réputation de farceurs oblige, ils y étaient venus sans passer par la grande porte.
Pour fêter ce retour du soleil, ils avaient même invité Harry Ignotus à venir avec eux. Celui-ci avait gentiment refusé.
Il avait envoyé une lettre à Hagrid pour venir boire le thé avec lui. Car tout avait commencé par ça.
Arrivant en vue de la cabane, il rencontra Reaper, son sombral, actuellement en train de dévorer avidement une carcasse de vache.
- Salut, toi. Fit Harry en lui tapotant l'encolure. C'est incroyable comme tu as grandi. Je ne t'en veux pas de me trahir en m'amenant à elle, mais j'espère que tout reprendra son cours, après.
L'animal le salua d'un hennissement appuyé avant de se diriger vers la forêt d'un petit trot. Harry le suivit machinalement, goûtant au calme du sous-bois. Tout était allé si vite au cours des derniers temps. Difficile à croire qu'il n'était à cette époque depuis quelques mois seulement.
Au bout d'un petit moment, cependant, le cheval squelettique s'ébroua avant de décoller, laissant l'adolescent expectatif.
Tout s'est vraiment passé comme je l'avais entrevu.
C'est alors qu'elle apparut. Au milieu du parc. Sans aucun signe avant coureur, mis à part la connaissance des événements. Comme si elle avait été là depuis le début, d'ailleurs peut-être était-ce le cas.
La Mort. Lugubre et glaciale. Si éloignée de toute chaleur humaine que les alentours se rafraichirent immédiatement.
De ses orbites vides elle le fixait avec son absence d'expression habituelle. Cette fois elle ne cherchait de toute évidence plus à prétendre se dissimuler, comme durant tous ces mois. Le fait est qu'elle venait pour une raison bien précise.
- Grande finalité. Cela faisait un moment. Engagea Harry avec fatalisme.
