Note : Bonjour à tous ! Nous revoici pour le chapitre 25, qui je l'espère, vous plaira !

Mes remerciements sont groupés aujourd'hui, en souvenir du meilleur groupe de discussion n'ayant jamais existé, réunissant Neviy, Akimichi, Chacha, Queen Marjo, le pilote qualifié, et mon humble personne. You keep me right babies.

Ce chapitre pourrait aussi s'appeler « And everything I know tells me that I should walk away », mais nous sommes en pays démocratique et l'opinion populaire a parlé.


Chapitre 25 – Took you like a shot


Newt émit un bruit étranglé alors que Thomas le tirait sans ménagement le long du couloir du rez-de-chaussée, sans jamais se retourner pour voir si quelqu'un avait trouvé à redire à leur disparition. Sa poigne était dure sur le poignet de Newt, il en avait conscience, mais il serra les dents en repensant à ce qui l'entrainait à de telles extrémités.

La rage lui brouilla légèrement la vue tandis qu'il poussait brusquement la porte de la bibliothèque, leur bibliothèque, et il avança dans la pièce, Newt à sa suite. Le blond se massait le poignet en lui lançant un regard noir, que Thomas ignora, préférant se retourner vers la pièce qui semblait vide en demandant d'une voix forte : « Y a quelqu'un ? »

Il inspira profondément alors que seul le silence lui répondait, et il se détourna de Newt, commençant à faire les cent pas dans la bibliothèque. Newt, dont le visage arborait maintenant un air davantage inquiet que furieux, ne pipait mot en le suivant du regard. Il attendait, patiemment.

Tandis que ses pas martelaient le sol, le cerveau de Thomas tournait à plein régime. Il ne savait pas par où commencer, par quel mot il pouvait entamer cette conversation qu'il savait douloureuse, et il se mordit la langue pour s'empêcher de parler sans réfléchir. L'heure n'était pas à l'impulsivité.

Alors, afin de trouver de l'inspiration, il regarda autour de lui. Il détailla du regard les hautes étagères en bois vernis, les échelles joliment décorées appuyées sur les rayonnages, les centaines d'œuvres qui n'attendait que d'être feuilletées. Il analysa avec une rigueur scientifique les traces dans la poussière, effacée par endroit lorsque quelqu'un avait emprunté, puis rangé un livre, dans cet endroit presque secret que seule une poignée d'étudiants semblait connaître. Il fit le tour de la pièce, lentement, presque comme un pèlerinage, pour se donner le temps de réfléchir.

Car même s'il se sentait prêt à parler, à poser ces questions qui lui brûlaient les lèvres, imprimées au fer rouge sur ses paupières lorsqu'il fermait les yeux, il savait au plus profond de lui-même qu'il aurait du mal à en entendre la réponse.

Un craquement du parquet attira son attention, mais il n'eut pas le temps de se poser davantage de questions que Newt, dont la patience semblait avoir atteint ses limites, se raclait la gorge. Leurs regards se croisèrent, et Thomas sentit sa bouche s'assécher en avisant le regard timide de Newt, où se mêlaient la curiosité et l'angoisse. Tous les deux savaient que cette discussion aurait un goût amer.

« Tommy… » souffla Newt, faisant mine de s'approcher de lui.

Thomas recula brusquement, comme effrayé par ce contact qui, il le savait, lui aurait fait perdre toute la belle détermination qu'il avait construite de toute pièce. Incapable de faire machine arrière tout comme de trouver quoi dire, il ne put que fixer Newt d'un regard désespéré, tentant de lui faire comprendre de ne pas s'approcher davantage.

Si le blond faisait un pas de plus, tout volerait en éclats, et il n'était pas sûr d'avoir encore la force de rechercher les morceaux éparpillés de son ego.

« Ecoute Thomas… » tenta Newt de nouveau, cette fois sans esquisser le moindre mouvement, mais Thomas le coupa abruptement.

« Non, toi écoute. »

Une seconde s'écoula, sans qu'il n'ajoute rien, et il sentit sa respiration s'accélérer alors qu'il sentait les mots se bousculer sur sa langue, le cœur au bord des lèvres.

« Je… euh… » bégaya-t-il dans un vain effort de formaliser sa pensée, tandis que Newt haussait les sourcils d'incompréhension.

Thomas prit une grande inspiration, avant de lâcher d'une traite : « Est-ce que ça compte pour toi ? »

A son plus grand soulagement, Newt lui épargna la comédie de paraître surpris.

« Pourquoi cette question maintenant ? » se contenta-t-il de répondre en s'adossant à une étagère, croisant les bras sur son torse.

Thomas haussa les épaules d'un air faussement détaché, planquant ses mains nerveuses dans les poches de son jean.

« Parce que c'est seulement maintenant que je me pose la question. J'aurais sûrement dû me la poser plus tôt. »

Un air dur s'afficha sur le visage de Newt, et il répondit d'un ton sifflant : « Je ne comprends pas ce que t'essaies de me faire dire. »

Thomas plissa les yeux.

« C'est pourtant clair non ? Est-ce que cette putain d'histoire bancale compte pour toi, oui ou non ? »

Le ton était agressif, et tout dans sa posture dénotait la violence des sentiments qui le traversaient à ce moment précis. L'instant de rupture, où sa seule envie était de traverser la pièce, et de secouer Newt jusqu'à ce qu'il avoue.

Qu'il lui dise, les yeux dans les yeux, que s'il n'assumait rien, c'était tout simplement parce que toute cette histoire n'avait pas d'importance pour lui. Qu'il lui ricane au nez, qu'il lui crache au visage, qu'il se mette à pleurer, peu importait sa réaction, tant qu'il lui avouait.

Et bordel, ça lui faisait si mal d'attendre une réponse, d'observer Newt se recroqueviller légèrement, dans un réflexe défensif face à la fureur palpable de Thomas. Ça lui poignardait l'intérieur de constater que même mis au pied du mur, les réactions de Newt restaient guidées par la peur.

« Je t'ai déjà tout expliqué Thomas. » répondit Newt d'un ton bas, ses doigts agrippant le bois de la bibliothèque avec l'énergie du désespoir.

Thomas balaya l'argument d'un geste impatient.

« C'est faux, et tu le sais aussi bien que moi. Je ne sais rien de toi Newt, rien de tes cauchemars, de tes peurs, de ce qui te retient au quotidien. Et... »

Il s'interrompit, passant une main légèrement tremblante dans ses cheveux, dans un geste nerveux incontrôlé.

« Et je ne suis pas sûr de pouvoir continuer... Comme ça. »

Il savait que sa voix n'était pas aussi assurée que ses paroles, et il sentait cette émotion douloureuse lui serrer la gorge, alors que Newt ouvrait légèrement la bouche tandis que ses paroles faisaient sens dans sa tête. Néanmoins, il resta stable, ancré sur le parquet, serrant désespérément les poings pour faire cesser le tremblement erratique de ses mains. Pour s'éviter d'attraper Newt et de le serrer contre lui afin d'effacer cet air blessé qui s'affichait désormais sur son visage.

« Tu... Tu es en train d'abandonner c'est ça ? »

La voix de Newt se brisa sur la fin de sa question, et Thomas serra les dents aussi fortement que possible pour s'empêcher de laisser échapper un bref sanglot. La fatigue le rattrapait, inéluctablement, et il sentait toutes ses barrières céder les unes après les autres. Toutes ces émotions violentes, qu'il avait soigneusement remisé durant ces deux mois à peine durant lesquels ils avaient vécu leur histoire à l'abri des regards, lui revenaient maintenant en plein visage, comme un effet Mach Stem d'une puissance inouïe.

« C'est pas un abandon, c'est juste que... J'en peux plus Newt. Je sais que j'avais promis de te laisser du temps, mais j'y arrive plus. Je n'y crois plus. » finit-il par répondre dans un souffle, détournant le regard de Newt, qui le fixait sans ciller, figé par la stupeur.

Ce dernier finit par se décrocher du meuble, auquel il s'agrippait tel un naufragé, avant de faire un pas vers lui.

« Tommy... Qu'est-ce que j'ai fait ? »

Et dans son regard brillait toute la douleur de son incompréhension, toute sa souffrance devant cette décision inexpliquée.

Telle une tornade, les souvenirs de Thomas le heurtèrent de plein fouet, et il se revit faire face à Newt, dans leur chambre, deux mois plus tôt. À l'époque, lorsque le blond avait posé cette même question, il avait été incapable de lui fournir une réponse. Mais aujourd'hui, alors qu'il savait qu'ils s'étaient tous les deux engagés sur la pente glissante de la fin de leur histoire, il avait conscience que si Newt lui devait toujours une tonne d'explications, il pouvait cette fois au moins faire l'effort de répondre à cette simple question.

« Ce n'est pas ce que tu as fait qui est un problème. C'est ce que tu n'as pas fait. » commença-t-il alors, sentant le feu de son affliction diminuer progressivement.

Le ton plus assuré, il continua : « Je comprends que tu aies peur du regard des autres. Que ton passé t'angoisse, et que tu cherches à conserver une certaine intimité. Mais je ne supporte plus que tu nous caches comme ça en permanence, que tu stresses à chaque seconde de la réaction des personnes qui nous entourent. »

Newt ouvrit la bouche pour parler, mais Thomas le coupa d'un mouvement de la main.

« Tu penses peut-être que c'est facile à dire pour moi, parce que j'ai l'air de moins souffrir que toi de cette situation. Mais tu te trompes Newt, t'as tout faux. Moi aussi, chaque jour qui passe, j'angoisse comme un malade en me demandant comme je vais pouvoir annoncer à mon père que je sors avec un garçon, ou peu importe la nature de notre relation. Mais il faut te rendre à l'évidence Newt, la moitié de l'Institut nous a déjà grillés, et l'autre moitié s'en doute fortement, tu le sais aussi bien que moi. Et je pense que tu ne réalises pas à quel point tu me blesses par ton indifférence, par ton incapacité à agir normalement dès que notre histoire bizarre rentre dans l'équation. T'es pas le garçon dont je suis tombé amoureux dans ces moments-là. T'es juste un lâche, qui n'assume pas ses actes, et c'est pour ça que je me demande si cette histoire compte pour toi. Parce que personnellement, j'en ai pas l'impression. Pas quand tu es incapable de mettre des mots sur ce que tu ressens, sur ce qu'il nous arrive, et la seule conclusion à laquelle j'en parviens, c'est que... Je suis le seul à m'accrocher. Parce que je suis le seul con à aimer. »

À la fin de son monologue, qu'il avait débité d'un ton froid au fur et à mesure que les phrases lui venaient, Thomas se sentit chanceler. Ils y étaient, la véritable discussion qu'il attendait depuis toutes ces semaines. Il sentait, au plus profond de lui, qu'un gouffre s'ouvrait, lui déchirant le poitrail alors que son courage s'étiolait et que la peur l'envahissait. À cet instant, il était littéralement terrifié par ce qu'il venait d'exprimer, et par l'absence de réaction de Newt, qui le fixait sans mot dire.

L'imposante horloge de la bibliothèque sonna 21h30, et Thomas sentit le sol se dérober sous ses pieds. Ainsi se terminait la pathétique histoire de Newton Isaac et de Thomas Edison, au son d'une horloge centenaire, étouffée avant même d'avoir commencé par l'angoisse irraisonnée de l'un, et l'impatience égocentrique de l'autre. Soufflée vulgairement comme la flamme vacillante d'une chandelle, éphémère comme une allumette qu'on aurait craqué au milieu d'une tempête.

Seule la détermination de Thomas à entendre l'hypothétique et improbable réponse de Newt le retint de fondre en larmes.

Au bout de longues secondes d'un étourdissant silence, dans lequel seul résonnait le bruit haché de leurs respirations instables, Newt fit quelque chose à laquelle Thomas ne s'attendait vraiment pas.

Il se jeta sur lui.

Persuadé que Newt allait le frapper, Thomas retint son souffle en attendant le coup, presque résigné de ne plus attendre que de la haine de la part de ce garçon qu'il aimait tant, mais jamais la douleur ne vint.

Newt le serrait dans ses bras.

« Putain mais t'es vraiment trop bête Thomas Edison... » souffla Newt d'une voix éraillée en l'étreignant, le visage blotti contre son cou, ses doigts s'enfonçant avec force dans ses omoplates. Au tremblement du corps qu'il sentait contre le sien, Thomas comprit que Newt pleurait.

« T'es vraiment stupide putain... » répéta Newt en serrant davantage, ravalant ses sanglots entre ses poings crispés.

Thomas resta immobile, trop choqué pour initier le moindre geste, incapable de savoir comment se comporter face à cette réaction inattendue.

« Pourquoi tu ne m'as pas dit tout ça avant ? » demanda finalement Newt en se détachant légèrement de lui. Malgré ses intonations tremblantes, son regard était dur, brillant d'une lueur déterminée que Thomas ignorait avoir déjà vu par le passé.

« Parce que ça ne me faisait pas aussi mal avant. » murmura-t-il en guise de réponse, crochetant dans un geste inconscient la veste de Newt pour l'empêcher de s'éloigner totalement.

« Comment tu peux douter de moi après... Tout ça ? » lâcha Newt faiblement, sans faire mine de se reculer davantage. Ils étaient proches, trop proches pour une discussion avec un tel enjeu, mais aucun des deux garçons ne souhaitait se détacher de l'autre. Pas maintenant, pas alors qu'ils marchaient sur cette corde raide de la rupture, du haut de laquelle une simple bourrasque de vent pouvait suffire à les envoyer dans le précipice. S'ils restaient accrochés l'un à l'autre, ils avaient peut-être encore une chance de ne pas tomber, de ne pas se fracasser au fond de ce gouffre qu'ils avaient eux-mêmes creusé.

« Tu ne m'as rien prouvé Newt... » répondit Thomas d'une voix atone, espérant ne pas avoir l'air aussi pathétique que ce à quoi il ressemblait dans sa tête.

« Tu ne m'as jamais rien prouvé, tu as juste... Accepté que certaines personnes puissent avoir des doutes, confirmant du bout des lèvres ce que Minho savait déjà, et flippant comme un dingue à l'idée qu'une personne comme Alby, qui est un de tes amis relativement très proches, puisse nous voir côte à côte sur le sol d'une cabane obscure. Tu n'assumes rien Newt, c'est seulement... "Pareil pour toi." Tu vois ? »

Et il savait pertinemment que Newt voyait parfaitement ce à quoi il faisait référence.

Ce dernier prit une profonde inspiration, avant de se reculer d'un pas, rétablissant entre eux une distance respectable.

« OK je vais mettre les choses au clair. Je t'aime Thomas. Quoi que tu en penses, quoi que moi-même j'en dise. C'est comme ça. »

Et ce fut de cette manière, planté sur le parquet d'une bibliothèque déserte, animé d'une détermination nouvelle comme seuls les ultimatums savent la créer, le visage faiblement éclairé par les rayons timides de la lune qui venaient balayer les rayonnages, que Newton Isaac admit pour la première fois qu'il aimait Thomas Edison.

Et Thomas se détesta de se sentir aussi stupidement heureux en entendant ces mots.

« Je sais que je ne t'ai rien raconté. Je me doutais que cette histoire de karaté ne suffirait pas à justifier mon comportement, et j'espérais simplement que ce serait le plus tard possible. Tu sais, s'il n'y avait eu que moi, j'aurais dégagé Aris de ton côté quand je l'ai vu arriver avec toi à la pause, j'aurais retrouvé cette Rachel pour l'étrangler uniquement pour avoir posé ses mains sur toi. S'il n'y avait eu que moi, je serais resté toute la nuit dans cette cabane pourrie, juste collé à toi en emmerdant le monde. J'aurais crié à Minho que, putain oui, le Newtmas existe et c'est la chose la plus merveilleuse de ce monde merdique, mais le problème, c'est qu'il n'y a pas que moi Tommy. Laisse-moi juste... Un peu de temps. Pour t'expliquer, même te montrer. Mes cauchemars... Ma famille, j'aimerais tellement t'en parler mais j'ai... »

« Peur. » compléta Thomas, le coupant dans sa déclaration, ignorant les battements frénétiques de son cœur, qui cognait si fort dans sa poitrine qu'il ne craignait de le voir se frayer un chemin à travers ses côtes, pour prendre la fuite vers des cieux plus cléments.

Newt hocha la tête, soudainement à court de mots, et Thomas soupira doucement, relâchant la tension qui avait gagné le moindre de ses muscles en s'appuyant à l'étagère qui se trouvait dans son dos.

« Tu penses vraiment qu'une relation fondée uniquement sur la peur a des chances de fonctionner ? » demanda-t-il, écrasé par le poids de sa lassitude et des sentiments contradictoires qui se battaient en lui, alors que Newt se mordait nerveusement la lèvre inférieure.

Thomas eut un rictus en laissant ses yeux dériver sur la bouche de Newt, ses pensées s'égarant paresseusement sur la dernière fois qu'il avait eu l'occasion de l'embrasser. Le temps écoulé depuis leurs dernières retrouvailles se comptait en heures, et pourtant, jamais l'impression de se trouver face à un inconnu n'avait été aussi forte.

« Je vais rentrer pour les vacances d'hiver. » dit-il calmement, Newt acquiesçant alors qu'il se contentait là d'énoncer une évidence. Ils en avaient discuté peu de temps auparavant, et Thomas n'avait pas fait mystère de son aspiration à retrouver ses proches, durant cette semaine de vacances prévue fin février.

« Je te laisse un mois Newt. Après les examens et les vacances, je veux que tu aies pris une décision sur si tu décides d'entretenir le secret ou non. Mais je ne veux plus être une part de ça. » continua-t-il sur le même ton, parvenant à rester étonnamment lucide alors même que son cœur se broyait de mettre ainsi Newt au pied du mur.

« Je parlerai à Alby. Laisse-moi seulement… Tâter le terrain, auprès des autres. Je t'expliquerai le reste en temps voulu. » murmura Newt, sans cesser de le fixer comme pour appuyer ses dires.

Thomas pinça les lèvres, avant de répondre en soupirant : « Je ne veux pas que tu te forces Newt… Je veux que ça vienne de toi. »

A sa grande surprise, Newt se contenta de hausser les épaules.

« Je sais que tu as raison. C'était injuste de ma part d'attendre que tu supportes tout ça sans broncher. »

Thomas esquissa un demi-sourire, néanmoins dénué de tout amusement, et Newt continua : « Mais tu sais, je pensais vraiment avoir fait un effort assez dingue en confirmant les doutes de Minho. Tu sais comment ce mec est bavard. »

Thomas ne put empêcher son rictus de se transformer en réel sourire, et les deux garçons échangèrent un timide regard de connivence, hésitants quant à la conduite à tenir après s'être parlés avec une telle franchise.

Alors que Thomas ouvrait la bouche, incertain de savoir quoi dire mais désireux d'alléger davantage cette ambiance pesante qui peinait à se dissiper, son téléphone se mit à vibrer dans sa poche.

En une fraction de seconde, Thomas se souvint de l'endroit où ils se trouvaient, de l'existence d'un monde extérieur qu'ils avaient mis entre parenthèses l'espace d'une discussion houleuse, et il sortit son téléphone afin de voir le nom de son correspondant.

« Teresa. » murmura-t-il, avant de refuser l'appel.

Quand il releva la tête, Newt le fixait d'un air moqueur. Toute trace de sa récente crise de larmes semblait avoir disparu, laissant la place à un sourire doux et un regard narquois.

« Allez viens, je pense qu'il est temps que l'on refasse surface. Alby a enquêté sur nos concurrents pour la compet' de ce week-end, je m'en voudrais de manquer ça. » lâcha-t-il d'un ton railleur en se dirigeant vers la porte.

Lorsqu'il se retourna vers Thomas, ce dernier n'avait toujours pas bougé, se contentant de l'observer. Le blond désigna la porte d'un léger mouvement de tête, avant de demander : « Tu viens ? »

Et si tout dans sa démarche se voulait assuré, Thomas sentit sans la voir l'angoisse sous-jacente, l'inquiétude palpable dans sa question. Retenant de justesse un sifflement moqueur, il lui chuchota en arrivant à sa hauteur : « Toujours. », et une bouffée de satisfaction l'envahit alors que les doigts de Newt s'entrelaçaient aux siens.

Alors qu'ils marchaient dans le couloir obscur, Newt se pencha vers Thomas afin de lui souffler d'un ton sarcastique : « Tu as vraiment cru que je ne t'aimais pas ? Que je profitais de toi ou quelque chose dans le genre ? »

Thomas lui jeta un regard en coin avant de rétorquer sur le même ton : « Tu as vraiment été jaloux d'Aris ? »

Newt grinça des dents en resserrant son étreinte sur sa main.

« En même temps, c'était quoi ce délire de t'enfuir avec lui… » répondit-il, tirant à Thomas un ricanement amusé.

« Tu caches bien ton jeu en tout cas. »

« C'est pas ma faute, je suis anglais. »

« Stupide rosbeef. » ironisa Thomas en reniflant ostensiblement.

Newt se retourna brusquement vers lui, le plaquant contre le mur sans aucune délicatesse.

« Répète ça si tu l'oses, prolo d'américain. »

Le ton était moqueur, et Thomas lui jeta un regard de défi alors que leurs visages ne se trouvaient désormais plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Ils restèrent muets tout en se dévisageant, restant simplement à se fixer, avant que Newt ne souffle : « Est-ce que je peux t'embrasser ? »

Et alors que Thomas hochait lentement la tête, repoussant dans un recoin obscur de son esprit ses éventuelles réticences, Newt posa doucement ses lèvres sur les siennes, dans un geste si hésitant et précautionneux que Thomas cru qu'il allait se mettre à pleurer.

C'était comme si, suite à leur discussion, leur relation repartait entièrement de zéro, comme s'ils avaient fait table rase de ce passé houleux pour redécouvrir intégralement les sensations planantes des premiers pas en couple. Ce baiser, que Thomas ne tarda pas à approfondir, avait des goûts de première fois tandis que leurs deux corps se rencontraient davantage, se collaient l'un à l'autre, leurs courbes se fondant parfaitement à celles de l'autre.

Une porte grinça dans le couloir, et tandis que Thomas se décollait précipitamment de Newt, mû par la force de l'habitude, le blond le rattrapa par le bas de son polo, l'empêchant de davantage s'écarter.

Thomas lui lança un regard interrogateur, et reçut pour toute réponse un haussement de sourcils assuré, comme une sorte de promesse muette que Newt lui faisait.

Tu m'as demandé d'assumer, laisse-moi te prouver que tu peux avoir confiance en moi.

Alors, le cœur battant d'un stress et d'une émotivité qu'il découvrait plus exacerbée à chaque seconde qui passait, Thomas se laissa enlacer par Newt, mêlant ses doigts aux courts cheveux de sa nuque, jouant avec les boucles alors que des pas résonnaient sur la pierre.

Une silhouette familière se dessina à la lueur des appliques murales, et Thomas retint un soupir inopportun de soulagement quand les traits de Teresa lui apparurent plus nettement.

« Mais qu'est-ce que vous fichez ?! » s'exclama-t-elle en arrivant à leur niveau.

Newt tourna distraitement la tête vers elle, tandis que Thomas la fixait par-dessus l'épaule du blond, et il cacha son sourire narquois contre l'épaule de Newt en avisant l'air furieux de son amie.

« Ça fait UNE DEMI-HEURE que le type de votre promo là, Mathis, me GONFLE avec ce projet tutoré sur lequel vous deviez commencer à bosser, donc vous allez me faire le plaisir de ramener vos fesses dans la salle commune au lieu de vous bécoter dans ce couloir glauque ! »

Les deux garçons se jetèrent un regard amusé, Newt retenant visiblement une envie de ricaner assez flagrante, et Thomas ne put s'empêcher de pouffer en se détachant du blond.

« J'avais oublié ce truc… » maugréa-t-il alors que les trois étudiants se dirigeaient vers les salles communes, et Newt lui répondit par un soupir dramatique, qu'il transforma en sourire affable alors qu'ils arrivaient devant la salle commune des journalistes.

« Les affaires reprennent. » souffla-t-il avec un clin d'œil, ouvrant la porte pour rejoindre les autres.

Thomas était sur le point de s'engager à sa suite, lorsque Teresa le retint légèrement.

« Tout va bien Tom ? » demanda-t-elle d'un ton inquiet, à mille lieux de l'expression furibonde qu'elle arborait précédemment.

Thomas lui renvoya un sourire.

« Je crois que oui. »

Teresa hocha la tête.

« Cool alors. »

Et en effet, à cet instant, tout semblait cool dans la vie de Thomas Edison.

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-X-

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Le jeudi matin, lorsque Thomas ouvrit les yeux dans l'optique somme toute logique d'éteindre la sonnerie démoniaque de son réveil, il fut surpris de sentir un poids sur son bras, l'empêchant de se mouvoir.

Clignant des yeux afin de chasser les dernières brumes du sommeil, il tenta de se relever délicatement, tombant sur Newt qui dormait profondément, lové contre son flanc, enfoui sous la tonne de couvertures que Thomas avait soigneusement empilé la veille au soir pour contrer le froid glacial de ce début février.

Il fallut quelques secondes à Thomas pour se souvenir du pourquoi Newt était dans son lit, alors qu'ils s'étaient sagement couchés chacun de leur côté, désireux de se laisser le temps de tout reconstruire, pas à pas. Thomas ne souhaitait pas retomber dans les excès qui avaient pu caractériser leur relation durant ce mois et demi rythmé par la volubilité douloureuse de ses sentiments, et il avait trouvé avisé de conserver une distance, certes relative, le temps que Newt fasse ses preuves.

Newt avait compris, évidemment, et ils s'étaient chastement souhaité une bonne nuit à leur sortie de la salle de bain, discutant quelques dizaines de minutes depuis leurs lits respectifs avant d'éteindre la lumière. Thomas n'avait pas tardé à s'endormir, plongeant dans le sommeil pour quelques heures à peine.

Effectivement, alors que ses souvenirs de la nuit écoulée lui revenaient, Thomas se remémorait ce moment tragique où les envies naturelles du corps se font sentir, et son réveil nocturne dû à une envie pressante.

Dans un état semi-comateux, il s'était levé pour aller aux toilettes, et avait aperçu de la lumière venant du lit de Newt alors qu'il était prêt à s'enfouir sous ses draps. Jetant un œil aux chiffres phosphorescents du réveil sur la table de nuit, il avait froncé les sourcils en avisant qu'il ne leur restait que trois heures de sommeil.

Alors, il s'était assis sur le lit de Newt – ou plus exactement, il s'était laissé tomber dessus comme un poids mort – et le blond avait violemment sursauté avant de sortir la tête de sous sa couette.

« Va dormir Tommy. » avait-il sifflé, les cheveux ébouriffés, les doigts crispés autour de son téléphone. Ses yeux étaient légèrement rougis de fatigue, et Thomas avait grogné.

« Pourquoi tu es réveillé ? »

Newt avait péniblement haussé les épaules, gêné par son épais édredon.

« J'ai fait un mauvais rêve. Rendors-toi. »

Thomas avait soupiré.

« Viens là. »

Et sans rajouter un mot, il s'était dirigé vers son lit, s'affalant sur le matelas sans même vérifier si le blond l'avait suivi. Il était sur le point de se rendormir quand il avait senti la couette se soulever doucement, et l'odeur du shampoing de Newt l'avait submergé avant qu'il ne s'endorme, lui chatouillant le nez par ses effluves de menthe poivrée.

A présent, l'odeur de menthe s'était estompée, mais celle de Newt demeurait partout sur lui et sur ses oreillers, lui tirant un sourire doux alors qu'il se dégageait délicatement de l'étreinte endormie du blond.

« Debout princesse ! » souffla-t-il en retenant un rire alors que Newt enfouissait son visage dans les draps en gémissant, cherchant à grappiller quelques minutes de sommeil supplémentaires.

« Tu sais que la nuit, c'est fait pour dormir à l'origine ? » ironisa Thomas en s'extirpant du lit, son sourire s'agrandissant alors que Newt lui répondait par un grognement.

Une fois n'est pas coutume, Thomas se sentait d'une humeur radieuse ce matin-là, et même les quatre heures d'histoire des idées politiques qui les attendait ne parvenaient à briser son moral d'acier. Il l'avait décidé, aujourd'hui serait une belle journée.

Alors qu'ils descendaient les escaliers afin d'aller prendre leur petit-déjeuner, Thomas tentant avec amusement de soutirer autre chose que quelques marmonnements à un Newt visiblement très mal réveillé, une voix grave les héla dans l'escalier.

Tournant la tête, Thomas aperçut Alby qui se penchait par-dessus la rambarde, un énorme sourire étirant son visage habituellement si calme.

« Newt ! J'ai eu une idée de dingue pour pallier la longueur des foulées d'Epsilon ! »

Le concerné jeta un regard de désespoir à Thomas, apparemment peu enclin à se faire assommer de conseils hippiques de bon matin, mais Thomas se contenta de lui faire un petit signe goguenard de la main avant de dévaler les marches quatre à quatre, laissant Newt aux prises avec leur aîné, qui avait visiblement décidé de s'improviser entraîneur olympique.

Sur le chemin, il croisa Aris, qu'il salua chaleureusement avant de s'engouffrer dans la grande salle. Le brun le suivit, visiblement décontenancé par la bonne humeur exubérante de Thomas, et les deux garçons s'installèrent à la table des sciences po, où se tenaient déjà Minho et Teresa.

Fidèle à ses habitudes, la jeune fille était tirée à quatre épingles, les cheveux ramassés en un impeccable chignon, et Thomas ne put s'empêcher de lui glisser galamment : « Toujours aussi splendide, c'est plaisant de voir que certaines choses ne changent pas. »

Il agrémenta sa réplique d'un clin d'œil séducteur, auquel Teresa répondit par un rire clair tout en lui donnant un léger coup de coude.

« Calme tes ardeurs Don Juan. » maugréa Minho pour la forme tout en lui tendant une tasse de café, et Thomas ricana avant de commencer à beurrer ses tartines.

« Bien dormi apparemment Tom ? » glissa Teresa d'un ton badin, remuant lentement sa cuillère dans son thé quasiment froid.

« C'était pas mal ouais... » répondit Thomas distraitement, sortant son vieux sourire alors que les réminiscences du corps de Newt contre le sien lui revenaient en mémoire. C'était peut-être idiot, mais il avait l'impression que tout un horizon de possibles et de renouveau s'offrait à eux après cette âpre discussion qu'ils avaient eu la veille. Si leurs étreintes clandestines le rendaient brûlant de fièvre, cette sensation exaltante d'une imminente officialisation faisait bouillir en lui une foule de sentiments qu'il ne soupçonnait pas le jour d'avant. C'était plus fort, plus violent que ce qu'il avait pu expérimenter auparavant, comme s'il s'autorisait enfin à penser à Newt et lui comme à quelque chose de concret, de réel. Comme si, enfin, leur relation sortait du domaine onirique, de cet univers feutré et embrumé dans lequel ils s'étaient enfermés, pour être enfin exposée en pleine lumière, là où seraient visibles ses moindres imperfections dans toute sa perfection.

Et il trépignait déjà d'impatience alors que ce moment fatidique, cet instant de vérité, se dessinait peu à peu dans son champ de vision.

Il sortit de ses lyriques pensées en sentant le poids des regards croisés des trois étudiants autour de lui, et il se contenta de hausser les épaules avec un sourire sibyllin, faisant lever les yeux au ciel à Minho.

« Plus de problèmes de lessive ? » lâcha-t-il en trempant nonchalamment les lèvres dans son jus d'orange.

Thomas avala de travers à l'entente de la question, et toussa bruyamment tandis que son café tentait péniblement de faire machine arrière. Partagé entre la douleur de la fausse route et son rire qui enflait dans sa poitrine, il fixa Minho pour tenter de savoir s'ils parlaient bien de la même chose.

Avisant le haussement de sourcils évocateur de son ami, Thomas en conclut qu'il faisait bien allusion à ce à quoi il pensait. C'était décidé, plus jamais il ne sous-estimerait les capacités de déduction de Minho.

« Ça lave toujours plus blanc que blanc, ne t'inquiète pas pour ça. » finit-il par répondre en contenant son fou rire, jetant un coup d'œil à Aris dont le regard faisait la navette entre lui et Minho, visiblement concentré à tenter de comprendre la blague.

« Cool alors. » commenta Minho d'un ton tranquille, et Thomas s'apprêtait à lui demander depuis quand Teresa et lui se piquaient des expressions quand un jeune étudiant de sciences po s'approcha timidement d'eux.

Tandis que Minho, qui prenait très à cœur son rôle de délégué, se levait afin de régler le conflit qui opposait deux étudiants de première année, Aris tapota l'épaule de Thomas afin d'attirer son attention.

« Je ne crois pas avoir tout compris là. » chuchota-t-il en désignant la table d'un petit mouvement de main.

Alors que Thomas s'apprêtait à répondre, Teresa lui coupa la parole :

« Oh, tu sais comment est Minho, faut pas écouter tout ce qu'il raconte. »

Aris fronça les sourcils, mais Teresa ne lui laissa pas le temps de continuer son interrogatoire, posant sa main sur l'avant-bras de Thomas.

« Tu viens Tom ? Je vais te montrer ce dont on avait parlé hier. »

Thomas lui lança un regard perplexe, incapable de se souvenir de quoi elle pouvait bien parler, mais il n'eut pas le temps de creuser davantage que le pied de son amie écrasait violemment le sien sous la table.

« Le site génial dont je t'ai parlé, tu sais ! »

Le visage de Teresa était absolument neutre, mais Thomas pressentit qu'il avait grandement intérêt à terminer rapidement sa tasse et à la suivre, sans qu'il ne connaisse pour autant la raison de ce changement brutal de comportement.

Après avoir lancé un sourire d'excuses à Aris, qui affichait désormais un air franchement contrarié, Thomas se leva afin de suivre son amie qui se dirigeait déjà vers les grandes portes. Slalomant entre les étudiants, en saluant un ou deux au passage, il finit par rejoindre Teresa dans le salon, sans s'être départi de son sourire lumineux qu'il avait décidé de porter tel un uniforme pour la journée.

Les deux étudiants sortirent sur la terrasse, faiblement éclairée par les premiers rayons du soleil qui pointaient timidement à l'horizon, et Teresa s'alluma une cigarette en s'asseyant délicatement sur un banc solitaire.

« Tu viens de renouveler le concept d'Internet en trente secondes Tee, il est hyper conceptuel ton site génial. » railla Thomas en prenant place à côté d'elle, acceptant la cigarette qu'elle lui tendait.

La jeune femme lui renvoya un regard sombre.

« Fais attention à ce que tu dis à Aris, Tom. Je n'ai pas confiance en lui. »

Thomas haussa les sourcils à l'entente du ton grave qu'empruntait son amie pour le mettre en garde.

« Il est sympa. »

Teresa fit la moue, et Thomas sentit les rouages de son cerveau endormi se mettre en branle alors qu'il l'observait avec attention.

« Tu ne l'aimes pas parce que c'est un ami de Sonya c'est ça ? » lâcha-t-il d'un ton compréhensif, avant de tirer sur sa clope en détournant le regard.

Teresa émit un bruit irrité à ses côtés, attirant de nouveau son attention.

« Ne dis pas n'importe quoi. Je pense juste qu'il n'est peut-être pas assez fiable pour que tu lui parles de Newt et toi. C'est un constat. »

Thomas haussa les épaules d'un air nonchalant.

« Écoute, ne le prend pas mal mais il m'a quand même un peu aidé ces derniers jours. Il dit des choses sensées. »

« Je t'aurais prévenu. » répondit simplement Teresa en écrasant son mégot, lui pressant légèrement l'épaule avant de rentrer dans le salon.

Thomas resta seul sur le banc pendant quelques minutes, terminant sa cigarette dans un silence songeur, et ce fut un raclement de gorge timide qui le sortit de ses pensées.

« Thomas ? Tout va bien ? »

Sans surprise, il s'agissait d'Aris, et Thomas ne put s'empêcher de le détailler en repensant aux paroles de Teresa. Le garçon avait l'air sincèrement inquiet, se tordant les mains comme s'il avait peur de déranger, et Thomas termina son inspection en tapotant joyeusement la place à côté de lui, accompagnant son geste d'un large sourire. Aris lui rendit son sourire en s'asseyant, et les deux garçons restèrent un petit instant à contempler le parc, parsemé d'une rosée brillante qui donnait au tableau un côté impressionniste relativement percutant.

Ce fut Aris qui rompit le silence le premier, commentant d'une voix neutre : « Tu as l'air d'aller mieux qu'hier. »

« C'est pas dur en même temps. » ironisa Thomas en réponse, balançant tranquillement ses jambes sous le banc.

« Je suppose que ça veut dire que vous avez enfin discuté avec Newt. C'est tant mieux je suppose. » lâcha Aris en le fixant, son visage arborant un air doux qui lui attira un regard perplexe de Thomas.

« Tu supposes bien. » répondit-il simplement, indécis quant au fait de savoir s'il devait en dire plus, les conseils de Teresa lui trottant dans la tête comme une comptine déplaisante.

Aris haussa les épaules.

« Tu devrais faire davantage attention à toi Thomas. C'est toxique de subir comme tu le fais les changements d'humeur de quelqu'un. Tu n'as pas à vivre selon son bon vouloir. »

Désormais franchement agacé par tous ces gens qui s'arrogeaient le droit de régenter sa vie et ses fréquentations, Thomas se leva brusquement.

« Je sais ce qui est bon pour moi Aris, je n'ai pas besoin de conseils. » répondit-il sèchement.

« Et moi je constate simplement que ta relation avec Newt n'est pas saine. » grinça Aris en se levant également pour lui faire face. Son air aimable avait désormais laissé la place à une expression légèrement dégoûtée, et Thomas résista à la tentation de simplement l'envoyer balader avant de rejoindre ses amis.

« Ne parle pas de ce que tu ne connais pas. » dit-il à la place, tentant de conserver un ton posé, tâche ardue alors que le garçon en face de lui le fixait avec une pointe d'arrogance.

« C'est toi qui vois. » marmonna Aris en levant les mains en signe de paix, tirant à Thomas un grincement de dents blasé.

« Effectivement. » grogna-t-il en coupant court à la discussion, regagnant le salon d'un pas rapide. Cette conversation l'avait davantage contrarié qu'il ne souhaitait le laisser paraître, et c'est en ruminant qu'il monta dans sa chambre pour y chercher ses affaires de cours.

Newt s'y trouvait également, plongé dans son armoire tel un spéléologue domestique, et c'est avec un sourire victorieux qu'il se tourna vers Thomas, qui s'était assis au pied de son lit, brandissant comme un trophée le livre qu'il cherchait désespérément.

« Trouvé. » lâcha-t-il d'un ton ingénu en se rapprochant de Thomas, qui lui attrapa le poignet pour le tirer vers lui. Si Teresa et Aris lui avait légèrement passé l'envie de sourire, une chose était sûre : son envie de Newt était loin d'avoir disparu.

Newt s'assit délicatement sur ses genoux, leurs nez se frôlant alors que leurs bouches allaient à la rencontre l'une de l'autre. Rapidement, ils approfondirent le chaste baiser qu'ils échangeaient, la température semblant augmenter de plusieurs degrés dans leur petite chambre. Les mains de Thomas migrèrent des boucles de Newt à ses hanches, ses doigts se faufilant agilement sous son tee-shirt pour venir lui caresser les côtes, tirant au blond un gémissement de satisfaction.

« Tu avais dit quoi déjà ? La suite au prochain numéro ? » souffla Thomas en se détachant légèrement de Newt, qui combla rapidement l'espace entre leurs deux bouches en l'embrassant de nouveau.

« To be continued Tommy... » finit-il par lui murmurer à l'oreille, la voix hachée par l'excitation qui montait inexorablement.

Thomas frissonna alors que le souffle du blond lui effleurait l'oreille, sa bouche s'asséchant alors qu'il prenait douloureusement conscience du corps pressé contre le sien. Il en avait envie, tellement envie, tellement besoin de consumer ce feu en lui qui brûlait depuis si longtemps déjà.

Ses doigts s'ancrèrent profondément sur les omoplates de Newt tandis qu'il descendait jusqu'à son cou sans cesser de l'embrasser, et les deux garçons étaient si perdus dans les limbes de leur plaisir hédoniste que le vibreur du téléphone de Newt, qui se trouvait dans sa poche, les fit violemment sursauter.

Le blond jeta un œil à leur réveil dans le dos de Thomas, et lança à ce dernier un petit sourire contrit.

« Je crois qu'on est en retard. » lâcha-t-il d'un ton innocent, alors que les chiffres lumineux du réveil affichaient 8h05.

Mais Thomas s'en fichait éperdument. Parce que si sa relation avec Newt était malsaine, ses baisers, eux, étaient loin d'être toxiques.


Note bis : C'est définitif, mes chapitres font le double de ceux que je postais au début. Retrouvez-moi bientôt dans « La légèreté des sentiments », format annuaire.