Wakfu: New Adventure !
Note de l'auteure: Tout d'abord, merci à ceux qui ont pris le temps de répondre au questionnaire; grâce à vous, on a le prochain personnage et le prochain lieu (qu'on verra dans quelques chapitres). Nous laissons ouvert le questionnaire, qui est finalement intemporel (si c'est pas maintenant, ce sera plus tard ;) ).
Dans ce chapitre, on découvre beaucoup de Mordan, et il y aura aussi un moment de fluff (entre autres petits passages assez mignon, même si je n'ai pas fait exprès…).
Pour le paysage, je me suis beaucoup inspiré du Tibet et pour le spectacle, j'ai pris l'idée d'un spectacle de danse thaïlandaise, nommée Khon, que j'avais vu lors de mon voyage au Pays Du Sourire. Si vous êtes curieux, je suis sûre qu'il y a des videos jolies à voir sur le sujet !
Enfin, il a fallu faire beaucoup de recherches au sujet des Zobals (avec ce que nous apprend la BD de Maskemane [à lire, je le recommande !]) et il a fallu corriger ce chapitre. Mais c'est bon ! Maintenant, on est rodée !
Désolée pour cette note d'auteure un peu longue (la première du genre) mais néanmoins nécessaire pour faire vite-fait le point avec vous !
Encore une fois, merci à ceux qui me suivent, mes fidèles XD
Bonne lecture et à bientôt !
Chapitre 26
- Nous y voilà, constata Latissa, essoufflée par l'ascension.
Les aventuriers derrière elle prirent quelques minutes pour reprendre leur souffle, à présent arrivés aux portes d'entrées du fameux village de Sipseth au couché du soleil que ses derniers rayons vinrent effectivement en caresser les bâtiments les plus élevés. Une large arche de bois laquée rouge s'ouvrait sur une ceinture entourant tout le village, coupé de l'extérieur par de hautes murailles de bois, épaisses et résistantes. Une seconde porte trouait l'imposante palissade, dont les décorations étaient finement exécutées, révélant l'aisance pécuniaire de ce village.
- Halte-là, étrangers ! Héla une voix au dessus d'eux.
Un zobal se tenait sur un balcon surplombant l'arche d'entrée, un masque effrayant aux crocs excessivement acérés couvrant sa bouche.
- Qu'est-ce qui vous amène ici ? reprit-il d'une voix puissante malgré ce qui l'obstruait.
- Garkan, c'est Mordan, répondit l'écamasque en reculant de quelques pas pour se faire bien voir. Ouvre la porte !
- Mordan ?!
La tête du Zobal disparut soudain tandis que le bruissement d'une agitation gagnait les remparts du villages. La double porte s'ouvrit alors doucement, invitant les voyageurs à entrer. Latissa s'attendait à voir des Mordan de partout, petits et grands, hommes et femmes, mais il en n'était, en réalité, rien de cette vision quelque peu surfaite. Vivaient dans ce village une multitude de personnes qui se baladaient pour la plupart à visage découvert, seul certains Zobals portaient un masque, aux faciès et aux couleurs tous différents. Leur peau était semblable à celle de Mordan et teintée par des années de labeurs en plein soleil, les distinguant du reste des habitants des autres nations.
Les habitations, disposées en marches d'escaliers, avaient de curieuses configurations; toutes d'un blanc crémeux au toit rouge, avec des fresques fluides de cette même couleur carmin, le tout surmonté de cornes rayées dans les mêmes tons. Quelques bâtiments étaient sphériques, comme un oeil exorbité avec une lucarne pour pupille. D'autres structures en bois servaient de décorations, linteaux, arches, étendoir à linge, séchoir ou fumoir à nourriture, charrette et d'étranges petits monuments, semblables à une pagode à oiseaux. Des crânes de Moogrr venaient parfaire ces ornements. L'artère principale était richement décorée de lampions colorés et s'avançait droit vers une grande place au centre du village qu'un long bâtiment venait fermer. Devant s'étalait une petite scène en demi-cercle où se trouvaient des instruments de musiques recouverts d'une laque vermillon.
Un cercle se forma soudain autour des touristes, des Mordan venus saluer le retour d'un des leurs. Curieusement, le Zobal connaissait le nom de tous ses semblables et les saluait tous les uns après les autres.
- Dame Pema va être très heureuse ! déclara l'un des Zobal.
- Je vais prévenir ton père, Mordan ! annonça un second en partant en courant.
- Vous tombez bien ! Cette nuit, on fête Zobji ! dit un troisième à l'attention de tout le groupe.
- Non, nous ne faisons que passer, déclina Mordan qui semblait se ratatiner de plus en plus sur lui-même.
La gêne du Zobal était manifeste, mais devant l'insistance de tous ces jeunes, Yugo se pencha près de son ami pour lui murmurer que refuser cette invitation risquerait de froisser le village entier. On sentait surtout que Yugo était très heureux et avait hâte de découvrir cette cité et sa culture, de même que Willow ainsi que le reste de l'équipe et, il fallait bien l'avouer, il en allait de même pour Latissa. La jeune Iop n'oserait jamais l'avouer à voix haute, mais de savoir qu'elle allait rencontrer la famille (au moins le père, semblait-il) de Mordan, elle ne pouvait empêcher la brûlure au creux de son ventre de se répandre à travers ses organes jusqu'à son coeur et lui réchauffait tout le corps. Il faisait indéniablement chaud sous ce soleil de plomb. Et comme pour répondre à ce trouble, une petite Zobale à la figure entièrement masquée de bois sans couleur ni expression tira la chemise de Jasper Hobson pour lui montrer une table à l'ombre d'un kiosque carré sous lequel des bancs invitaient au repos. La guilde suivit le mouvement et du lait de moogrr leur fut offert.
- Tu nous expliques un peu ce qu'il se passe, Mordan ? demanda un Kyrel pas très rassuré.
Mordan, malgré son masque, n'en menait pas large. Gêne, appréhension, résignation, frustration, tous ces sentiments parvenaient à se lire dans ses yeux, par les fentes de son masque. Il soupira avant d'expliquer:
- Ici, on célèbre le Zobji toutes les semaines pour honorer les masques du Dieu Sadida… enfin, c'est plutôt un prétexte pour boire des litres de Zang, une bière d'ortie produite… ici…
Le jeune homme s'arrêta de parler et fixa son regard droit devant lui, sur des nouvelles personnes qui s'approchaient. Il se redressa, droit comme un i, silencieux comme une tombe. Une jeune fille aux longs cheveux bleus accouru vers lui et lui sauta dans les bras, criant son nom d'une voix nouée par l'émotion. Son visage était découvert et montrait une figure harmonieuse et des traits doux, que la joie qu'elle ressentait ne faisait qu'embellir. Contrairement à ce que pensait Latissa, Mordan ne la repoussa pas et lui caressa la tête.
- Content de te revoir aussi, Nele, murmura-t-il.
Ils desserrèrent leur étreinte à l'approche d'un couple, que toute l'équipe devina être les parents de leur compagnon (tous sauf Latissa). Le père portait un masque aux couleurs ocres qui souriait d'un air victorieux et dont les décorations d'arabesques dansaient sur son front et autour de ses yeux, iris dont il avait doté son fils. La mère, au contraire, avait le visage découvert mais habillé de belles peintures fines et fleuris sur le front, les pommettes et le menton, et ses cheveux bleutés étaient maintenu dans une coiffure alambiqué parcourue d'ornement bigarrés, perles, boucles, anneau et piécettes qui retombaient en cascade autour de son visage aussi doux que celui de sa fille, bienveillant et chaleureux. Ses yeux flamboyants dénotaient cependant un contraste avec la grâce de sa personne car il y dansait une flamme de passion et d'effervescence qui témoignait de sa nature curieuse et déterminée.
- Les amis, bredouilla Mordan incertain. Je vous présente mes parents: Jalsan et Pema. Père, mère, voici la Confrérie des Chercheurs de Reliques.
- Et moi ! réclama la Zobale accrochée au bras de Mordan.
- Ah oui, et ma sœur, Nele.
Les aventuriers se présentèrent solennellement et Latissa, en tant que chef de guilde, les remercia pour leur hospitalité.
- Nous n'avons malheureusement pas d'auberge, ni de taverne où vous accueillir, mais notre maison vous est ouverte, héros, déclama le père de Mordan avec solennité.
Tous deux étaient vêtue d'habits drapés d'une multitude de couleurs et de motifs, au tissus léger, accommodés au climat particulier de la montagne australe. La mère de Mordan portait également des bijoux d'or et d'argent, faisant ressortir sa peau halée. En outre, on ne lui donnait pas d'âge. Nele non plus, en ce sens qu'on ne pouvait juger si elle avait douze ans ou qu'elle était plus âgée que son frère. Une chose était sûre, Mordan aimait beaucoup sa soeur et cette affection transparaissait par les gestes attentionnés qu'il avait envers elle.
Soudain, sortant comme des Shushus de la Shukroute, deux Zobals, aux cheveux semblables à ceux de Jalsan, plaquèrent Mordan au sol, face contre terre.
- Alors ce destin ? demanda le premier d'une voix grave et joueuse.
- Ouais, j'espère que tu nous ramènes des faits héroïques ! ajouta le second.
Ils se relevèrent sous les rires attendris des deux parents et pendant que le plus grand des deux fouillait son havresac, le deuxième l'aida à se relever et parcourut les Chercheurs de Reliques des yeux à travers son masque jaune.
- Oh mais dis-moi, tu es bien accompagné, remarqua-t-il en frappant son frère d'un coup de coude dans les côtés. Enchanté, je me nomme Rabtan, je suis le frère de Mordan.
- Et moi c'est Kelpan, troisième frère de la famille.
Les présentations se stoppèrent net lorsque les tambours tonnèrent sur la scène centrale. Les parents invitèrent les aventuriers à prendre part aux festivités et ils les accompagnèrent sur la place, où des tables avaient été placées perdipen… peripen… en long en partant de la scène. Des tables basses mais pas de chaises, obligeant les invités à s'asseoir par terre. Aux tambours se joignirent des flûtes et d'autres percussions dont les aventuriers n'avaient alors jamais entendu parler -ni jouer.
Une fois attablés, des plats furent servis avec une abondance princière, mais pour faire bonne figure -et quelques peu gênés de s'être invités à cette soirée- les aventuriers attendirent de voir autour d'eux les autres convives commencer à manger pour goûter aux plats devant eux. Sur la scène, des danseurs et danseuses vêtues de vêtements bariolés et brillants, et coiffés de masque chamarrés aux formes saugrenues s'avancèrent et accompagnés de musiques, démarrèrent leur spectacle, imageant sans parole une histoire à laquelle les étrangers ne saisirent que la partie superficielle.
- C'est l'histoire de Lamu, première princesse de ce village, chuchota Mordan en se penchant près de Latissa.
Cette dernière n'avait pourtant rien demandé au Zobal et se contentait, jusqu'à maintenant, de goûter aux mets qui se présentaient à elle.
- Descendante du ciel et d'une moogrr royale, elle a apporté ordre et savoir au peuple des hommes de cette montagne, continua d'exposer Mordan.
Alors qu'il poursuivait son récit en suivant les différentes danses présentées par les artistes, la jeune Iop parvint tant bien que mal à avaler sa bouchée de beignet d'oignon qu'elle mastiquait, soudain très nerveuse de la proximité du masqué. Pour se faire entendre sans déranger tout le monde, il devait se pencher près de son oreille et Latissa sentit tous ses sens se réveiller. En tant normal, ces sensations se manifestaient si la chevalière se sentait menacée par un quelconque danger, hors là, le seul danger potentiel qui se présentait était ses organes qui menaçaient de former un noeud indéfectible au creux de son ventre. L'odeur musquée du Zobal qu'elle perçut soudain très distinctement, la douceur de ses cheveux bleutés qui lui chatouillèrent la tempe, son masque qu'elle voyait pour la première fois de près, comprenant à présent comment il tenait sur son visage; mais le pire (pour la santé de ses viscères) était sa voix, chaude, douce, chuchotante et un peu étouffée par le masque.
- Latissa ?
L'entendre prononcer son prénom la tira brusquement de sa contemplation et elle se rendit compte qu'elle n'avait rien compris de ce qu'il lui racontait… Et ce, même si elle l'avait écouté. La jeune femme déglutit avant de demander:
- Et lui, c'est qui ?
Fière d'être parvenue à retourner à la conversation sans que Mordan ne remarque son trouble, elle profita du moment où le Zobal tourna la tête vers la scène pour engouffrer un nouveau beignet d'oignon dans la bouche, pour se donner de la contenance.
- C'est Taran, un prince prétentieux qui voulait épouser Lamu. Mais tout le village s'est ligué contre lui pour sauver la Princesse. Depuis, en respect de la mésaventure de Lamu et surtout pour ne pas réitérer l'erreur du Prince, ce sont les femmes qui font leur demande en mariage, acheva-t-il son récit en fixant son regard au sien.
Latissa sourit, gênée, en hochant la tête. Soudain, les deux frères de Mordan firent leur apparition, le prenant chacun par un côté.
- Tu as vu qui était dans le rôle de Lamu ? fit le premier sur un ton tendancieux.
- C'est Mida et ses beaux yeux ! continua le second sans lui laisser le temps de répondre.
- Oh ! Lâchez-moi avec ça ! pesta Mordan en tentant de se dégager de leur poigne sans pour autant y parvenir.
Sur la scène, la fameuse Princesse Lamu continuait de danser, élégante et gracieuse, parée de bijoux voyants et de vêtements colorés. Malgré le masque travaillé qui encombrait son visage, on devinait sans mal ses yeux d'un bleu glacier se poser sur Mordan avec insistance. Visiblement, la jeune fille avait aussi remarqué la présence du Zobal, au grand damne des entrailles de Latissa.
Le spectacle se termina et les frères de Mordan se joignirent à la table des invités, discutant de leurs aventures, regrettant de ne pas avoir été désigné pour partir courir le monde.
- Je ne veux plus en entendre parler… marmonna Mordan en levant les yeux au ciel.
- Le vieux Yonsan avait raison, n'empêche, remarqua Rabtan.
Yonsan était en quelque sorte un chaman mais beaucoup le voyaient surtout comme le fou du village. Un vieux tantôt grincheux tantôt taquin qui vivait dans une cabane à l'extrémité du village. Pour Latissa, il était clair que c'était un vieux sage avec une grande connaissance en général, il était presque certain qu'il saurait où trouver la Larme de l'année.
- Et où peut-on le trouver ? demanda Latissa qui n'avait rien suivi à la conversation qui se déroulait alors.
- Pourquoi tu veux le voir ? demanda Kelpan.
- Ouais, normalement, c'est lui qui vient te voir, pas l'inverse, renchérit Rabtan.
- D'ailleurs, on est là nous, reprit le premier en se rapprochant de la Iop.
Le second fit de même avec Ayane, qui ne fit que glousser pour toute réponse. Soit le fée n'avait pas compris, soit c'était Latissa qui n'avait pas compris la blague…
- Alors à qui je peux m'adresser pour trouver une Relique dans ces montagnes ?
- Y'a une Relique ici ?
Les deux frères se regardèrent et haussèrent les épaules. De toute évidence, les mythes et légendes locales ne les intéressaient pas plus que ça. En revanche, leurs yeux baladeurs se déposaient sur tous les attributs féminins qui passaient à leur portée, révélant ainsi leur véritable "passion" du moment.
- Bonsoir Mordan, appela une voix douce et sucrée.
"C'est pas vrai, mais il connaît tout le monde, ma parole ?!" s'exclama intérieurement Latissa, avant de se rappeler qu'en effet, il y avait de grandes chances pour qu'il connaisse certaines personnes ici, étant donné qu'il était natif de ce village. Une jeune Zobale dont la beauté transparaissait à travers le demi masque qui lui couvrait juste le haut du village se tenait debout devant lui. L'intéressé se redressa brusquement afin de la saluée.
- Mida… chuchota-t-il, comme impressionné.
- Ça fait longtemps, Mordan, répondit-elle.
N'y tenant plus, Latissa se leva et alla rejoindre le bout de la tablée où se trouvaient les parents de Mordan. Elle s'assit à leur table sous leur regards surpris et goûta un plat sans vérifier de quoi il s'agissait. Le goût métallique et ferreux se révéla à son goût et elle demanda de quel plat il s'agissait, dans une question candide mais pleine de sincérité.
- C'est du boudin noir aux poms, répondit Dame Pema. C'est curieux que vous aimiez, les enfants n'en mangent jamais d'habitude…
- J'aime bien le goût du sang, répondit la Iop du tac au tac avant de se rendre compte que sa réponse avait de quoi inquiéter ces braves gens.
Au lieu de quoi, Jalsan éclata d'un rire guttural avant d'abattre une main puissante sur l'épaule de Latissa.
- Si seulement mes garçons pouvaient être comme toi !
Latissa sourit, mais ne savait pas vraiment s'il lui faisait un compliment ou une remarque, et dans le doute, mieux valait ne rien répliquer. Elle reprit une bouchée devant les yeux fiers et attendris des parents de Mordan et elle s'apprêtait à leur demander des renseignements sur la Larme d'Eniripsa quand Pema la prit de court:
- Comment avez-vous rencontré Mordan ?
Latissa reprit un morceau de boudin pour se donner le temps de réfléchir à la meilleure manière de décrire leur rencontre. Elle ne pouvait pas leur dire qu'elle avait mis leur fils en danger en attirant sur lui une horde de Gliglis sauvages et que c'était finalement lui qui lui avait sauvé la mise.
- Il m'a aidé, commença-t-elle prudemment. J'étais… j'avais besoin d'aide et il s'est proposé de lui-même de… m'aider…
Il était vrai que la Chevalière n'était d'ordinaire pas douée avec les mots, mais là, elle atteignait des sommets. Elle se racla la gorge, trouvant immédiatement comment rebondir sur un sujet plus important.
- Il a mérité sa place dans la Guilde et maintenant il en est un membre actif et émérite, déclara-t-elle sincèrement.
- Et quel est votre but, demanda Dame Pema qui buvait littéralement les paroles de Latissa, des étoiles plein les yeux.
- Nous devons réunir douze Reliques Divines, et c'est justement ce qui nous a conduit ici, révéla la Iop. D'ailleurs, vous devez en avoir entendu parler ?
Le visage de Jelsan s'assombrit derrière son masque jovial. Il le rabattit sur le sommet de son crâne, laissant ainsi apparaître son visage; des traits fins et anguleux sous une barbe hirsute. Latissa ne le trouva pas très beau mais cette pensée ne fit qu'une très brève apparition dans son esprit, focalisée qu'elle était sur l'enquête qu'elle menait. Jelsan se pencha par dessus la table et parla sur un ton de réprimande.
- Tu ne dois pas aller dans la forêt, c'est trop dangereux ! Ni aucun autre de tes amis !
Pema lui donna un coup un peu bourru dans l'épaule en levant les yeux aux ciel.
- Il y a effectivement un objet rare et précieux dans ces Montagnes, reprit Pema d'une voix volontairement mystérieuse. Même si c'est une ancienne légende qui le raconte, il est dit que la gardienne de Daraxam est très agressive non pas pour protéger la forêt et son territoire, mais bien pour que personne ne mette la main sur un artefact magique, si puissant qu'il est capable de tromper la mort elle-même.
Latissa fronça les sourcils. Qu'est-ce que la Gardienne de ces montagnes avaient à voir avec la Larme d'Eniripsa ? Se pouvait-il qu'il y ait non pas une mais deux Reliques qui nicheraient sur cette grande île Sufokienne ? Si tel était le cas, il reviendrait à faire une pierre deux coups pour la Iop et sa guilde. Si ce n'était pas dû à une chance extrême, il se pouvait aussi que les Dieux se soient penchés sur leur destin pour les amener à trouver deux Reliques en même temps.
Pema se lança donc dans le récit de la légende de la Princesse Kononomé qui fut semblable à celle que son fils leur avait conté, à quelques détails prêts, puisque de toute évidence, le but premier de Mordan était de faire peur à ses compagnons pour rebrousser chemin. Mais c'était cependant mal connaître Latissa. Pour la Chevalière, tant qu'elle n'avait pas essayé et constaté l'impossibilité de la chose, elle ne baisserait pas les bras. Ce n'était pas réellement du courage, de l'ambition ou même de l'optimisme, mais bel et bien de l'entêtement Iop, pur et dur. Pema continua donc son exposition d'un air des plus sérieux, Jelsan secouant la tête de dépit.
- Il est dit que la vie de la Mère-Louve de la Princesse arrivait à son terme, blessée par une arme humaine. La Princesse s'est alors emparée de la Cape de Paramort qui rend invisible, même au yeux de la Faucheuse. Si un tel objet existe et qu'il est aussi puissant, ce ne peut être qu'une Relique Divine…
- Pema… tempéra Jelsan en lui posant une main apaisante sur l'épaule. Ce n'est qu'une légende ! Et ces montagnes sont immenses ! Latissa, ne prends pas tout au pied de la lettre, prévint-il en se redressant. Même si cette cape existe, la Princesse Kononomé vraiment est très dangereuse !
Latissa resta muette, pesant le pour et le contre. A part cette histoire de pieds de lettre qui restait obscure, elle ne pouvait s'empêcher de noter l'existence avérée de la Gardienne Kononomé. Il suffirait donc de la trouver et de lui demander -même de négocier s'il le fallait- des informations sur la Relique. Quant à la larme, Ayane était à même de sentir sa présence lorsqu'elle s'en tiendrait proche. Rester juste à s'en approcher suffisamment.
- Merci à vous deux, répondit Latissa. Nous serons prudents.
Elle se mordit la lèvre en tentant de chercher la meilleure manière d'aborder le sujet de la deuxième Relique. Il était plus facile de poser la question de but en blanc, mais elle ne voulait pas se montrer grossière devant les parents de l'un des membres de son équipe.
- J'aurais une autre question à vous poser… commença-t-elle, hésitante.
- Oui, vous pouvez dormir ici, bien évidemment, coupa Pema en saisissant la main de la jeune femme.
- Vous pourrez rester le temps qu'il faut, renchérit Jelsan. Vous êtes les bienvenues !
Latissa hocha la tête, souriant pour les remercier de leur intention, malgré le fait que c'était loin d'être ce qu'elle aurait voulu savoir. D'un autre côté, cette invitation tombait à pique, et quelques jours de repos ne seraient pas de trop.
