Le prochain chapitre paraîtra avec du retard à cause de mes partiels. Désolée…
Merci à tout les reviewers ! Merci à ceux qui me lise mais qui ont la flemme de reviewer ! Merci à Pa-chan de m'avoir corrigé les fautes! Merci tout court serait approprié.
Chapitre 26
«Quel est cet étrange sentiment,
Devenu soudain trop vite trop grand,
Dés que je l'aperçois souriant,
Me tendant la main infiniment…»
La si grande maison des Uchiha me parait maintenant bien petite. J'essaye d'éviter Sasuke et il fait de même de son côté, pourtant il est parfois difficile de ne pas se croiser. Dans ces cas-là, Sasuke ouvre la bouche mais je lui tourne le dos aussitôt pour visiter une nouvelle pièce. Un véritable jeu du chat et de la souris s'est instauré bien qu'aucun de nous ne sache qui tient le rôle du chat. Le savoir ne changerait pas grand-chose.
Je n'ai toujours pas de mission, toujours pas le droit d'abandonner Sasuke à son sort, et aucune motivation autre que de pouvoir quitter l'endroit. J'en viens à me dire que tout compte fait, il ferait mieux de vite retrouver la vue pour que je puisse débarrasser le plancher. Malgré tout, l'idée de lui avoir sauvé la mise alors qu'il aurait été exécuté est réconfortante et je ne le regrette pas le moins du monde. C'est trop paradoxal à comprendre…
Seul, je passe mes journées à errer dans le village, les mains dans les poches. J'ai parfois la chance de croiser des amis avec qui discuter ou aller manger. Néanmoins, le temps passe très lentement dans cette vie dépourvue de motivation.
Alors que je rentre en trainant les pieds, je baille en grimpant sur le couloir extérieur dans le jardin pour aller grignoter quelque chose après ma balade. C'est alors que je vois Sasuke arriver depuis le jardin et me foncer droit dessus. Je regarde rapidement à droite et à gauche bien qu'il n'y ait pas moyen de filer discrètement. La seule option reste de faire demi-tour. J'entame une rotation quand il crie mon nom d'une voix exaspérée. Je me retourne avec un soupir audible à dix mètres et croise les bras.
-« Qu'est ce que tu veux ? » je demande rapidement.
Il arrive à ma hauteur après avoir grimpé lentement. Bien qu'il soit aveugle, il s'adapte très rapidement et me reconnaît entre mille. C'est agaçant de le savoir, encore plus de le voir en pratique.
-« Je veux sortir d'ici, » dit-il d'un ton sec. « Ca fait des jours que je tourne en rond. »
Nous y voila. Je l'attendais au tournant cette fameuse réplique.
-« Tsunade affirme que tu ne peux pas encore quitter le domaine Uchiha seul. »
-« Je le sais très bien ! »
Il est visiblement énervé. Pourtant, je suis bien décidé à ne pas lui céder du terrain et à filer à la première occasion.
-« Demande à Ino ou à Hinata de passer quand elles ont le temps, » reprend Sasuke. « C'est les seules qui accepteraient de se promener avec moi. Je ne peux pas le leur demander vu que je ne peux pas sortir alors fais-le. »
-« C'est un ordre ça, non ? » je réplique en plissant les yeux.
-« Tu le fais, un point c'est tout ! »
Il tourne les talons et part dans la direction que je voulais suivre. Dégouté, je décide de faire le tour de la maison pour rentrer. Je grogne tout bas, écœuré par la façon dont il me traite alors que je lui ai sauvé la vie. Ce mec est un connard, et il le restera quoi qu'il arrive. Parfait ! Je vais demander à Ino et Hinata pour qu'il puisse se promener autant qu'il le souhaite. Avec un peu de chance, il me fouttra la paix un peu plus longtemps.
C'est donc sur cette bonne résolution que je retourne en cinquième vitesse au village pour emprunter le chemin menant au district des Hyuga. Devant le grand portique rouge orné de reliefs en or qui s'écaillent avec le temps, je croise un domestique à qui je demande où se trouve Hinata. Il m'indique le chemin à suivre et bien que je n'aie pas tout compris, je parviens à déboucher sur la petite cour d'entrainement. Hanabi, la petite sœur d'Hinata s'exerce avec un autre Hyuga dont j'ignore le nom. La chef du clan est assisse sur la bordure extérieure qui longe la maison. Elle observe la scène très attentivement, des tasses de thé fumantes sont posées sur un plateau près d'elle et une servante tient une ombrelle pour protéger la princesse du soleil. Elle me remarque tout de suite et me fait un signe discret de la main pour que je la rejoigne. Assis à ses côtés, je me sens légèrement tendu car Hinata est désormais une personne de pouvoir au sein de la communauté de Konoha, tout comme son cousin. L'idée de venir la déranger à cause de mes problèmes personnels me met soudain mal à l'aise.
-« Naruto-kun, bonjour, » dit-elle de cette petite voix timide en se tournant quelque peu vers moi. « Comment vas-tu ? »
-« Très bien, et toi ? Tu as vraiment de la classe dans cette tenue ! »
Elle rougit subitement et je me mords la langue. Ce n'est pas le moment de faire de la flatterie. Je remue sur place en formant les phrases dans ma tête pour ne pas gaffer.
-« Qu'est ce qui t'amènes ici ? » reprend-t-elle.
-« En fait…C'est à propos de Sasuke… »
Je lui raconte donc mon problème. Elle sourit tandis que je termine de parler. Du coin de l'œil, je vois Hanabi mettre son adversaire à terre et je pense qu'il s'agit de cela sauf que je suis loin du compte.
-« Et pourquoi tu ne veux pas te promener avec Sasuke-kun ? » demande-t-elle du tac au tac.
Surpris, je la dévisage bouche bée et j'entends sa sœur crier depuis le terrain que ce ne sont pas des manières à avoir devant la princesse Hyuga. Je la referme d'un coup sec et répond farouchement :
-« J'ai plus de raisons qu'il n'en faut ! »
Hinata perd un peu de cette assurance et détourne le regard, le visage devenu plus pâle.
-« Oui…C'est vrai…Je m'excuse si je t'ai blessé Naruto-kun… »
Un peu emmerdé à mon tour, je rigole gauchement.
-« Non, non…Y'a pas de malaise ! » je luis dis. « Je lui ai pardonné après tout ! Ne t'inquiète pas ! »
-« Je pense que tu ne lui as pas pardonné, mais que tu ne voulais pas le voir mourir non plus, » dit-elle d'une voix douce. »
Figé, mon sourire disparaît. Elle remarque aussitôt ce changement et soupire.
-« Désolée cette fois encore…Ne t'en fais pas, » ajoute-t-elle plus joyeusement. « J'irais me promener avec Sasuke dés aujourd'hui. Je ne suis pas sûre qu'il apprécie, mais il na pas grand-chose à dire, n'est-ce pas ? »
Je me force à sourire et prend congé d'elle en lui demandant d'aller trouver Ino pour la même raison. Je quitte la résidence les mains dans les poches. Mission accomplie. Avec regret, je me dis qu'il est vraiment temps pour moi de repartir en mission.
Au bruit de mon ventre, je me rappelle que je n'ai encore rien mangé depuis que Sasuke m'a fichu en rogne. Je repars pour le centre de Konoha afin de manger des ramens. Le patron m'accueille comme d'habitude et je lui demande des ramens au miso. Je les mange sans entrain avec lenteur. Une fois terminé, je paye et décide d'aller voir du côté de l'académie de Konoha. Autrefois, j'y croisais souvent Iruka. Mais il est n'est plus là. J'observe de loin les enfants faire des exercices de lancer de kunaïs. Les souvenirs remontent à la surface et je secoue la tête en souriant. Je reprends ma route par la forêt sans trop savoir comment passer le temps.
Alors que le soleil descend lentement, je décide qu'il est temps de rentrer. Sur le chemin du retour, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire à manger. De toutes manières, ces derniers temps, quoique je fasse, Sasuke n'apprécie pas. Il a toujours quelque chose à reprocher. Rien ne lui plait. Il faudrait lui enfoncer de la bouillie dans le gosier pour qu'il s'étouffe avec ! Toujours à râler et à faire la gueu…
Une vision surréaliste m'apparaît soudain : devant moi, j'aperçois Hinata, Ino, et Sasuke débouchant depuis le chemin des champs ils semblent discuter d'une chose très drôle car Hinata rit en se camouflant le visage, Ino à gorge déployée, et Sasuke, Sasuke rit avec elles, d'un rire léger. Mon premier réflexe, tout à fait stupide et pourtant humain, est de me cacher derrière un arbre. Le cœur battant à tout rompre, j'ose à peine respirer de peur qu'ils ne me remarquent. Ils passent sous mes yeux ébahis sans me voir le moins du monde. Ino tient la main de Sasuke tandis qu'Hinata lui prend le bras ce qui ne gène pas visiblement.
-« Dis ! Tu pourrais venir manger à la maison Sasuke-kun ! » lance Ino. « Ca te changerait ! »
-« Il faudrait venir me chercher dans ce cas, » dit-il.
-« Chez moi aussi, ma porte t'es ouverte… »
-« Mais voyons Hinata ! Tu ne sais pas cuisiner ! Alors que moi, je lui ferais un petit plat avec amour ! Ca te changerait de la tambouille de Naruto ! »
-« Forcément, tu ne peux pas faire pire de toute façon. »
Le rouge me monte immédiatement aux joues et je me retiens de lui sauter au cou. Ils rient de cette bonne blague. Ils rient de moi. Écœuré, je tourne le dos à cette misérable comédie et rentre à la maison pour faire la cuisine. J'y mets tout mon savoir-faire et toute ma colère. Lorsque j'entends la porte d'entrée, j'ai déjà du mal à m'empêcher de rire. Les pas précipités dans le couloir ne tardent pas et la porte s'ouvre toute grande pour laisser apparaître Sasuke.
-« NARUTO, QU'EST-CE QUE TU FICHES BON SANG ?!!! »
D'un air calme et posé, je me retourne pour lui faire face.
-« Ben, je fais la cuisine pour ce soir. »
Effaré, Sasuke bloque sur mon nom pendant quelques secondes avant de répliquer :
-« Tu te rends compte de l'odeur que ça dégage… ? »
-« Ah ça ! » je réponds d'un faux air de surprise. « Il faut croire que je me suis planté dans la recette. A mon avis, ce soir je mangerais des ramens. »
Il s'approche en fronçant le nez. Je fais un pas de côté pour le laisser passer. Il prend une cuillère dans un tiroir, et avec précaution, il goûte le plat et tire une magnifique grimace.
-« Qu'est ce que tu as essayé de faire ? » demande-t-il. « C'est tout simplement immonde ! »
-« Comme tout ce que je cuisine. »
Il repose sa cuillère, l'air surpris. Il sourit à demi lorsqu'il se tourne vers moi.
-« A peu près, mais là c'est le summum. »
De rage, je donne un coup de pied à la chaise la plus proche qui va s'écraser près de la porte. Sasuke sursaute au son et semble ne pas comprendre ce qu'il se passe. Soudain en colère, il me demande ce que je fais. Je lui enfonce alors ma main sur la poitrine et le pousse en arrière.
-« T'es vraiment le roi des cons ! » je crie en continuant de le pousser. « Je te fais à bouffer tout les jours, je me casse le cul pour tout faire dans ta baraque, et qu'est ce qui j'y gagne moi ?! Tu passes ton temps à critiquer tout ce que je fais ! Si t'aime pas ma cuisine, t'as qu'à aller vivre avec Ino ou n'importe qui d'autre ! Comme ça je pourrais retourner en mission faire ce que je veux, et pas être ta bonne ! Quoi ?! »
Sasuke se met à rire ce qui a le don de me mettre hors de moi.
-« Parce que, en plus, tu te fous de ma gueule ?!! » je hurle. « J'en ai ma claque ! Je vois pas pourquoi c'est moi qui doit tout faire alors que c'est toi qui a foutu la merde dans ma vie ! Si tu étais mort après ton combat avec Itachi… »
Je m'arrête brusquement, comprenant mon erreur. Trop tard, car Sasuke ne rit plus du tout.
-« Quoi… ? » dit-il d'une voix acide. « Vas-y, continue, fais-toi plaisir… » Il avance et je me surprends à reculer. « Et bien, tu as perdu ta langue… ? »
Il semble maintenant très en colère et je me sens ridicule d'avoir amorcé cette dispute.
-« Je ne voulais pas dire ça… » je murmure.
-« Je te signale que tu pourrais me tuer quand tu veux si l'envie t'en prenait, » poursuit-il. « Je ne manquerais à personne. Seules Ino, et peut-être Hinata, trouveraient ça suspect. »
-« Encore elles ?! »
A nouveau, je me sens honteux d'un tel accès de colère alors que je suis censé calmer le jeu. Malgré tout, il semble que ce soit le cas pour je ne sais quelle raison. Surpris, Sasuke ne semble plus sur le point de me sauter à la gorge.
-« Pourquoi tu dis ça ? »
-« Pour rien ! » je réplique directement.
Ce n'est pas un mensonge, je n'en n'ai aucune idée. C'est juste que pour le moment, je trouve que leurs noms reviennent trop souvent dans les conversations. Il n'y en a que pour elles alors que c'est moi qui fais tout le boulot sans jamais aucun mot de gratitude. Rien que d'y penser, ça m'énerve.
Sasuke penche la tête et semble réfléchir à la situation avant de sourire. Quelque chose me dit qu'il est temps de sonner la retraite des troupes. J'amorce un mouvement en direction de la porte de sortie.
-« Donc, tu t'énerves pour rien, » dit Sasuke d'une voix basse. « Comme une fille… »
-« DE QUOI ?! » je rugis.
-« Dans ce cas, pour quelle raison te mes-tu en colère… » continue-t-il en se parlant à lui-même. « Tu fais exprès de rater le repas de ce soir, tu t'énerves quand je critique ta cuisine, tu monte sur tes grands chevaux à la mention d'Ino et Hinata… »
Son sourire s'agrandit et un frisson parcoure mon échine. Je sais que je devrais quitter les lieux au plus vite mais l'irritation me retient. Je voudrais pouvoir lui rabattre le clapet au moins une fois !
-« Ah, je comprends… »
Apparemment arrivé à sa propre conclusion, il tourne les talons et quitte la cuisine. Ebahis, les bras ballants, je referme ma bouche d'un cou sec et lui court après. Je le rattrape finalement dans le salon au moment où il s'apprête à sortir dans le jardin.
-« Sasuke ! Qu'est ce que tu veux dire, là ? Oh, tu m'écoutes, oui ? Qu'est ce que tu comprends ? »
Il soupire d'agacement et se frotte la tête. Il ne répond pas pour autant et me tourne le dos alors que je l'attrape par l'épaule.
-« Tu vas répondre à la fin ?! » je lui dis.
C'est à cet instant précis que je vois son sourire mais il est trop tard pour reculer. Ses lèvres se posent déjà sur les miennes avant que je comprenne. Un idiot, je suis un idiot…Tombé directement dans le piège sans rien voir venir…Agacé, je le repousse mais il me saisit le bras.
-« Je préfère de loin manger ta cuisine que celle de quelqu'un d'autre, » dit-il simplement.
Le feu me monte aux joues et son sourire n'arrange rien. Je proteste quand même alors qu'il m'attire contre lui, parce que oui, il me reste un peu de volonté. Un tout petit peu. Elle s'envole dés que sa main me caresse la joue et qu'il m'embrasse. Autrefois, bizarrement, ce contact m'horrifiait, et je ne comprends pas pourquoi. Ses lèvres sont douces, chaudes, tendres…Il n'y a rien d'effrayant là-dedans.
Sa main glisse dans mes cheveux, puis sa bouche s'entre-ouvre, et, indépendamment de ma volonté, nos langues se touchent, se caressent. Quand je me rends compte de la situation, j'ai un léger mouvement de recul mais le bras de Sasuke me tient fermement. Etourdi, une chaleur sans nom envahit mon visage tandis qu'il continue à approfondir ce baiser. J'ai l'impression d'étouffer, de me noyer dans une tiède torpeur. Mes jambes flageolent, je tente encore une fois de reculer sans aucune véritable volonté.
Lorsque ces lèvres se retirent, elles me laissent sans souffle. Je tente de reprendre ma respiration mais déjà viennent-elles se poser dans mon cou, me faisant frissonner et haleter. L'une de ces mains glisse sous mon sweater, effleurant ma peau. Les yeux mi-clos, je me demande si je vais parvenir à me maintenir debout encore longtemps. A nouveau, la bouche de Sasuke enveloppe la mienne et une décharge de chaleur irradie mes joues. Sa main dans mon dos descend le long de ma colonne vertébrale, me donne la chaire de poule. Peut-on être brûlé et gelé à la fois ? J'ai peur qu'il ne me broie dans cette étreinte. Sa main descend trop bas ! La panique me gagne lentement, et je veux le repousser pour de bon cette fois. Alors je lui colle un coup du dos de la main.
Soudain, c'est la douche froide. Le regard vide de Sasuke parait froid, et le coin de sa bouche s'humidifie de sang. Effrayé, je fais deux pas en arrière, un troisième. Sasuke murmure quelque chose que je ne perçois pas. Je lui tourne le dos et m'enfuis. Sans prendre la peine de remettre mes chaussures, j'ouvre la porte en grand et saute dehors, en fuyant de toutes mes forces ce que je laisse là. Bouleversé, je me rue droit devant sans réfléchir, juste occupé à mettre le plus de distance possible entre moi et lui. Comme un animal apeuré. Parce que j'ai peur.
Je ne sais pas combien de temps j'ai couru. La nuit est tombée, et je suis couché sur l'herbe dans un endroit isolé. Les battements de mon cœur sont insupportables, ils tambourinent trop vite, trop fort, un troupeau de buffle serait plus discret. Ma respiration ne vaut pas mieux, entrecoupées, hachées, saccadées, décousue de tout rythme. Depuis un bon moment, je lutte pour empêcher ne serais-ce qu'une larme coulée, mais plus je me souviens de ce qu'il s'est passé, plus il devient difficile de ne pas céder. Je ne veux pas réfléchir, je ne veux pas y penser ! Pourtant je ne parviens pas à m'arrêter. Je me replie en position fœtale pour essayer d'apaiser mon corps tendu. Fermant les yeux, je me concentre sur les bruits aux alentours qui me calment petit à petit.
J'entends un bruit de clochette qui m'intrigue. Me redressant lentement, je décide de suivre ce son. Le vent souffle doucement et pourtant j'ai très froid. Les bras croisés, je vois mes pieds nus, me remémore la raison pour laquelle je n'ai pas de chaussures. Je secoue la tête et cours un peu. Passé un buisson touffu, j'atterris dans le cimetière de Konoha. Aussitôt, d'un pas machinal, je marche en direction de la tombe de celle qui me manque le plus. La lune brille haut dans le ciel, et mon ombre cache à demi les inscriptions sur la stèle. « Haruno Sakura, shinobi de Konoha. » Je refoule un sanglot et m'accroupis tout près, les bras noués autour de mes genoux.
-« Naruto… ? »
Je dresse la tête pour voir Saï, un bouquet de fleur en main noué par une ficelle rouge agrémenté de clochettes. Alors c'était ça le bruit que j'entendais au loin.
Saï pose le bouquet sur la tombe et s'accroupit à mes côtés en silence. Il allume de l'encens et dispose le tout joliment. Une fois terminé, il se tourne vers moi, hésite à dire quelque chose, puis sourit.
-« Elle me manque aussi… » dit-il d'un air gêné.
Je ne lui réponds pas le moins du monde, souhaitant qu'il s'en aille. C'est mal connaître Saï.
-« Qu'est ce tu fais ici, sans chaussures, et couvert de crasse ? »
Il n'y va pas de main morte. C'est dans son caractère, il dit les choses telles qu'il les pense. Ce n'est pas pour autant que je lui réponds.
-« Quelque chose me dit que Sasuke y est pour quelque chose… »
Je tourne la tête si vite que je me fais mal. Saï a un grand sourire triomphant tandis que je suis mortifié d'être aussi simple d'esprit. Je ne suis plus vraiment en position de nier maintenant.
-« Tu me raconte ou je dois encore deviner ? »
-« Pas question que je te raconte ! » je m'exclame en me souvenant de ce qu'il s'est passé et en virant au rouge cramoisis par la même occasion.
Qu'est ce que je suis en train de fouttre ?! Je l'ai laissé faire ! Lui ! Après tout ce qu'il m'a fait comme saloperies ! Et c'est un homme en plus ! Je suis en manque d'affection au point d'en vouloir de lui ?! Non, non, il y a pire…Contrairement aux autres fois, j'ai aimé ça ! Sauf que, pour une raison ou pour une autre, cette fois-ci, Sasuke ne m'a pas vraiment forcé. J'aurais pu dire non. J'aurais pu l'écraser en un instant. A la place, je l'ai laissé faire ce qu'il voulait.
-« C'est aussi pervers que ça ? »
Je balance mon poing dans la figure de Saï qui ne peut s'empêcher de rire et de tomber en arrière. Quelque chose me dit que je dois être aussi rouge qu'une tomate et que je ne suis pas très convaincant.
-« On ne rie pas dans un cimetière ! » je crie.
-« On ne hurle pas non plus, » fait-il judicieusement remarquer. « Ceci dit, je ne crois pas que Sakura nous en veuille. C'est un peu d'animation autour d'elle. »
Je ferme la bouche et boude un peu, vexé qu'on lise aussi facilement en moi.
-« Alors ? »
-« Alors quoi ? »
-« Tu as pris peur et tu t'es enfuis comme une vierge effarouchée ? »
Cette fois, je me suis redressé pour lui mettre un coup de pied qu'il parvient à éviter de justesse.
-« Ha ! Ha ! On dirait que j'ai mis dans le mille ! » dit-il en riant.
-« La ferme ! Je vais te buter ! »
Je lutte avec lui quelques instants mais je suis incapable d'y mettre toute mes forces. Parce que Saï est un de mes camarades d'équipe. Il a de la chance…C'est juste pour cette raison que je ne le tue pas à la question suivante alors que nous tentions de se renverser l'un et l'autre dans une prise de combat.
-« Je parie qu'il t'a demandé de devenir sa femme, non ? »
Je lui assène une claque du plat de la main sur le crâne. Il se frotte la tête en me dévisageant bien que j'aie vraiment envie de le tuer là, maintenant, tout de suite. Il doit le sentir car il reprend un air plus sérieux et moins moqueur.
-« Oui, c'est ce qu'on demande aux filles, pas aux garçons, hum…J'avais oublié ce passage du livre… »
-« Ecrase avec tes bouquins ! »
-« Alors, qu'est ce que tu lui as répondu ? »
Je lui colle un vilain coup dans le tibia ce qui semble le faire revenir sur terre pour de bon. Il se frotte la jambe et soupire en protestant que je n'ai pas d'humour. Je rétorque que son sens de l'humour est trop loin de la normale et qu'il peut crever. Avec un nouveau sourire, il reprend la conversation là où il l'avait laissée :
-« Alors ? Que s'est-il passé ? »
Je frotte mes mains contre mes genoux pour en faire partir la crasse sans grand succès. En désespoir de cause, je réponds que je ne veux pas en parler avec lui.
-« Je m'en doute, tu aurais préféré Sakura. C'est pour cette raison que tu es venu jusqu'ici, non ? Mais Sakura est morte, elle ne pourra pas te répondre. »
-« Et toi si ?! » je lance avec hargne.
Il sourit tristement et je ravale ma rancœur. Saï essaie de m'aider, et je le traite aussi froidement qu'un étranger. Pas la meilleure des façons de redevenir amis…
-« Je sais que je n'ai pas beaucoup d'expérience en matière de sentiments, » dit-il soudainement. « Mais j'ai lu beaucoup de choses sur ce sujet. C'est toujours mieux que de venir pleurer devant cette tombe en attendant une vaine réponse. »
Il n'a pas tord. C'est probablement ce que j'aurais fait si je ne l'avais pas croisé. Pourtant, je ne pense pas être en mesure de lui raconter ce qu'il s'est passé, pas alors que cette seule pensée me foudroie de honte.
-« Disons que,… » Je commence en observant les nuages couvrirent la lune. « Disons que je ne sais pas trop comment faire pour que Sasuke me fiche la paix. Parce que…tu vois, il…Il dit et fait des choses que je n'aime pas. Quand je le lui dis il n'écoute pas et n'en fait qu'à sa tête. Il ne pense pas à ce que moi je peux ressentir. C'est un vrai connard ! »
-« Et qu'est ce que tu ressens ? » demande Saï.
-« Je n'en sais rien ! » je dis en secouant la tête. « Il me fout la honte et c'est tout ! »
-« Pourtant il continue. Il doit bien y avoir une raison à cela. Sasuke est aveugle, alors j'ai du mal à comprendre en quelle façon il peut être une gêne. S'il t'ennuie, tu n'as qu'à le frapper. Il ne pourra pas opposer de réelle résistance… »
-« Je sais ! » je m'exclame en m'énervant tout seul. « C'est juste que je me fait avoir à chaque fois ! »
-« T'es idiot ou quoi ? »
Je lui lance un caillou et il me donne un coup avec l'un de ses fameux livres. Je l'engueule bien que ça ne serve à rien. Je dois bien admettre que je suis un imbécile.
-« C'est toi le problème Naruto. »
-« Comment ça ?! » je crie. « C'est lui qui me… ! »
Je me tais brusquement en virant au cramoisis ce qui semble particulièrement amusé Saï.
-« Tu devrais réfléchir à la raison pour laquelle tu ne repousses pas Sasuke alors que tu en as les moyens. C'est la même qui te dévore de honte d'ailleurs. »
-« Qu'est ce que tu veux dire ?! »
Il se lève et remet son sac sur le dos. Je ne le quitte pas des yeux en attendant le verdict pour pouvoir lui coller une raclée.
-« Tu es un cas désespéré, Naruto… » dit-il en soupirant.
J'ai envie de répliquer quand il me lâche comme une bombe :
-« Ton problème, c'est l'amour. »
Je déglutis pour hurler mais rien ne vient. Je reste sans voix, pétrifié, et Saï quitte le cimetière sans rien ajouter de plus. Sous le choc, je reste assis près de la tombe de Sakura. Mon sang tambourine contre mes veines sur le point d'exploser.
La raison pour laquelle je suis dans cet état, c'est l'amour ? N'importe quoi ! Je ne peux pas être amoureux de Sasuke, surtout de lui alors qu'il m'a fait toutes ces choses ! Il m'a trahi, il…Et puis c'est un mec ! Moi j'aime les filles ! J'aimais Sakura-chan ! C'est une preuve, une vraie ! C'est juste que, les lèvres de Sasuke…C'est juste que j'étais sous le choc ! Et que j'avais très chaud ! Il a été mon ami, peut-être qu'il l'est toujours…Je sais qu'il m'aime mais…Ouah ! Pourquoi je pique un fard ?!!
Je plaque mes mains contre mes joues en tremblant légèrement. Il fait froid. Et tout ça est ridicule. Saï a voulu me faire tourner en bourrique et en tant que parfait crétin, je le fais. Allez ! Il faut rentrer à la maison ! Rentrer…
Je soupire en repensant que le nœud du problème se trouve dans cette direction. Revoyant encore la scène dans ma tête, je me mords les lèvres et me colle encore deux baffes pour reprendre mon sang-froid. Il faut rentrer, un point c'est tout !
Pourtant, arriver devant la porte, j'hésite à la pousser et tente de faire diminuer ma pression artérielle. En prenant mon souffle en main – pas de courage, je n'ai pas peur – je pousse la porte et trouve la maison vide. Timidement, je me glisse jusqu'à la chambre de Sasuke et passe un coup d'œil à travers la porte. Il n'est pas là non plus. Intrigué, je vais voir dans le jardin et fait le tour des pièces de la maison sans le trouver. Si je ne le trouve pas avant Ino, je vais me faire massacrer…
Je commence à crier son nom et sort faire le tour de l'ancien quartier Uchiha en appelant de plus en plus fort. Ma voix seule résonne dans un silence de mort uniquement bruité par les cigales. Inquiet, je retourne au pavillon au cas où il serait rentré mais il n'est pas là. Sasuke n'est nulle part. En désespoir de cause, je cherche dans le village et dans les endroits où il aime se promener sans succès. Je retourne chez lui au petit matin. Il n'est toujours pas là. Sasuke est partit.
Il est partit et il ne reviendra pas.
To be continued in « Golden Time Lover »…
