Alors

Je promets (je jure) que c'est la dernière fois que Dean souffre comme ça. Vraiment. Mais je promets aussi que ce n'est pas pour rien, et vous allez comprendre pourquoi dans le chapitre d'après

Cas est toujours là, évidemment, et… chapitre d'après, je ne dis rien (j'ai mis longtemps à écrire le chapitre d'après, donc j'y pense beaucoup, mais bref, bref)

Si vous vous demandez combien de chapitres avant la fin, la réponse est : pas beaucoup. Je ne sais pas exactement (parce que -ahah- je me suis légèrement fait avoir entre l'écriture et la publication. En d'autres termes, je n'ai plus qu'un chapitre d'avance)

Sinon, encore merci pour vos reviews, et aussi merci à ceux qui n'en laissent pas, merci beaucoup! Bisous

.

La journée du lendemain est pire que toutes les autres.

Dean passe des heures à vomir, les larmes aux yeux et l'estomac douloureux à force de se convulser. Il finit par rester assis dans la salle de bains, sans même pouvoir seulement envisager de se lever. Ses muscles se tendent à l'extrême au moindre mouvement qu'il fait, et Dean fixe le mur en face de lui en se demandant si les ombres qu'il voit sont vraiment là.

"Dean?" alors que celui-ci a les yeux fermés, et ne répond pas.

Jason s'approche et se baisse pour être à sa hauteur. "Dean, est-ce que tu m'entends?"

"Cas?" la voix un peu ailleurs, ouvrant difficilement les yeux.

"Non," répond doucement Jason. "Je vais chercher un médecin, d'accord? ne te lève pas."

Dean n'écoute même pas, continue de fixer les ombres pour rester conscient, et tourne les yeux vers le docteur Richmond quand celui-ci entre, les sourcils un peu froncés. Il s'accroupit devant Dean, sans le toucher. "Je peux prendre ta température?" demande-t-il, et Dean agite faiblement la main, sans bouger pendant que le médecin pose un thermomètre sur son front. Richmond jette un regard à Jason, derrière lui. "Il faut la faire redescendre tout de suite, et je pense que-"

"Vous ressemblez beaucoup à mon père," le coupe Dean. "Beaucoup trop, alors je dois sûrement être en train d'halluciner. Il n'y a pas d'ombres sur ce mur, hein?"

"Pas d'ombres," confirme Richmond. "Tu as trop de fièvre, et… Dean?" alors que celui-ci ferme les yeux. "Dean?"

"Mais arrêtez de parler si fort," dans un grognement agacé. "Je ne suis pas mort, alors je vous entends."

"Tu peux essayer de te lever?"

Dean a un petit rire, qui le fait grimacer quand il le sent vibrer dans sa tête. "L'espoir fait vivre, comme dirait Charlie," avant de s'appuyer sur Jason, à sa gauche. "Ah, putain de merde," en faisant quelques pas en direction du couloir. "Je vais peut-être mourir, en fin de compte, parce que-"

"Économise ton énergie, tu veux bien?" réplique Richmond en baissant la barrière d'un brancard. "Allonge-toi."

En réalité, Dean s'effondre plus qu'il ne s'allonge, et ses yeux papillonnent alors qu'il essaie de se concentrer sur Jason, attrapant sa main pour la serrer. "Je vois des trucs, Jason," souffle-t-il. "Ça fait peur," en se retournant sur le dos, le souffle court. "Et j'ai chaud. J'ai vraiment chaud. On peut mourir de chaud?"

"Tu ne vas pas mourir de chaud, Dean," alors qu'ils entrent dans la salle de soins. "Tu vas sentir mes mains sur toi, d'accord?"

Dean ne répond même pas, mais sursaute faiblement quand Jason soulève son t-shirt pour placer plusieurs électrodes sur son torse.

"Dean?" fait Richmond. "Tu m'entends?"

"Je ne suis pas encore sourd," d'une voix vraiment basse.

"On va seulement te mettre des couvertures réfrigérantes, pour faire tomber la fièvre," en fixant le moniteur cardiaque qu'il vient d'enclencher. "Ce n'est pas très agréable, je te préviens. Essaie de ne pas trop bouger."

"Mmh," sans vraiment répondre, et sans avoir l'air de se rendre compte de la fraîcheur des couvertures sur lui.

Il ferme les yeux, ne fait pas attention à Jason qui sort, croisant Charlie quand celle-ci entre.

.

Castiel ouvre brutalement la porte de la salle de soins, mais Charlie l'arrête avant qu'il ne puisse avancer. "Calme-toi, Castiel," dit-elle. "Tu ne peux pas entrer si tu es dans cet état de panique, parce que ça n'aide vraiment pas."

"Qu'est-ce qu-"

"La fièvre est presque tombée, mais Dean délire un peu," répond Charlie. "Ça va aller."

"Je peux le voir?" faisant de son mieux pour apaiser les battements de son cœur. "Juste un moment."

Charlie se décale pour le laisser entrer. Castiel s'appuie contre le mur juste à droite de Dean, à moitié somnolant, le corps secoué de frissons

Le médecin passe une lumière devant les yeux de Dean, qui grogne mais n'a pas la force de le repousser. "Dean? Est-ce que tu es toujours avec moi?"

Castiel sent son cœur qui se déchire en deux quand le seul mot qui franchit la barrière des lèvres de Dean, c'est "Sammy." D'une voix si basse mais pourtant à la fois si brisée et pleine de quelque chose qui ressemble à de l'espoir. "Sammy."

Il y a un vague échange de regards, et Castiel s'approche assez pour prendre sa main. Dean tressaille, ouvre les yeux. "Cas?" fait-il. "Cas?"

"C'est moi," sans pouvoir s'empêcher de caresser l'intérieur de sa paume. "Tu-"

"Où est Sam?" demande Dean, les yeux dans les siens. Les yeux tellement grands, rendus brillants par la fièvre mais si beaux. "Je veux Sam, maintenant, d'accord? je ne sais pas où il est, mais c'est mon petit-frère, et j'ai besoin qu'il soit là."

Castiel lève les yeux vers le plafond pour retenir ses larmes, le cœur serré et vraiment brisé.

"Cas?" reprend Dean, l'air presque enfantin. "Pourquoi t'es triste?"

"Pour rien," après avoir trouvé le courage de le regarder encore, posant une de ses mains sur la mâchoire de Dean, caressant sa peau parce qu'il ne sait pas quoi faire d'autre. "Je t'aime, tu sais?"

"Alors t'es plus en colère contre moi?"

"Je t'aime," répète Castiel avant de se redresser quand Charlie, derrière lui, pose une main sur son épaule. "Charlie, je-" en se retournant doucement, le ton très bas pour que Dean ne l'entende pas. "Qu'est-ce que je suis censé lui dire? 'désolé, mais ton frère est mort,' alors qu-"

"Il hallucine," le coupe Charlie, l'inspiration douloureuse. "Ne lui dis rien, parce qu'il va s'en rendre compte tout seul."

Vraiment à contre cœur, Castiel acquiesce, puis reprend la main de Dean qui la serre trop fort. "Je ne comprends pas, Cas, je ne… comprends rien," dit-il, l'air si perdu. "Sammy sait qu'il doit me prévenir s'il rentre un peu tard. Je sais que dix minutes, c'est rien. Il dit toujours que c'est rien, mais je m'inquiète. Tu sais tout ce qu'il peut arriver, en dix minutes?"

"Je sais."

Et sur son visage, à sa manière de froncer les sourcils, Castiel voit. La seconde juste avant que Dean n'éclate en sanglots. "En moins de dix minutes, Sammy est passé à travers le pare-brise," sa voix qui tremble si fort parce qu'il pleure en même temps. "Sammy… il est mort."

"Je sais," encore une fois, en caressant ses cheveux.

"Je veux quand même qu'il vienne maintenant," dans un souffle étranglé, le cœur broyé parce que c'est comme revivre ça une deuxième fois. "Je veux mon frère… Cas, je t'en supplie, je-" sans pouvoir vraiment respirer. "Je veux Sammy."

Castiel non plus, ne peut pas respirer. Il a même du mal à ouvrir la bouche pour trouver quoi dire, et lève la tête vers le docteur Richmond. Le visage du médecin est fermé. "Je ne peux rien lui donner," répondant à la question muette. "Je voudrais, mais si je lui donne un anxiolytique, ça va casser tout le sevrage."

"Alors ça ne vous dérange pas de le laisser prendre des amphétamines, mais quand il a besoin de quelque chose pour se calmer, vous-" haussant le ton.

"Castiel," intervient Charlie. "Moi non plus, je n'aime pas ça, mais on ne peut pas encore une fois tout recommencer depuis le début."

Dean serre la main de Castiel pour attirer son attention. "Cas, arrête de crier," la voix tout à coup plus douce, même si les larmes continuent de glisser sur ses tempes. "Et arrête de pleurer, aussi. Ne pleure pas. Pas besoin des petites pilules magiques, d'accord? parce qu'elles ne sont pas vraiment magiques."

"D'accord," murmure Castiel. "Je suis désolé, Dean, pour Sam et-"

"Pourquoi?" en fronçant les sourcils, essuyant ses joues de son autre main. "Tu n'as pas à être désolé. C'est moi qui conduisais, pas toi. Pas Sam. Et c'est moi qui suis désolé, parce que si je lui avais dit de mettre sa ceinture, si j'avais freiné moins brusquement, il-"

"Dean, non, s'il te plaît," en laissant ses doigts courir le long de la ligne de sa mâchoire. "Les accidents arrivent, je te l'ai déjà dit. Tu peux arrêter de croire que c'était ta faute."

Dean finit par arrêter d'essayer de ne pas pleurer, cherche un peu plus le regard de Castiel, si doux et si triste. "Pardonne-moi, Cas," sur un ton presque suppliant. "Je suis vraiment désolé, tu sais? je suis plus que désolé, et je sais que je t'ai fait souffrir et que-"

Pour l'arrêter, Castiel pose l'index sur ses lèvres. "Arrête de penser à ça pour le moment, tu veux bien? on aura cette discussion plus tard, mais pas aujourd'hui," répond-il. "Pour une fois, pense à toi."

"Penser à moi?" répète Dean.

Castiel hoche la tête, essaie de lui adresser un sourire rassurant, puis jette un coup d'œil au docteur Richmond. "Je ne… voulais pas vous parler sur ce ton," finit-il par dire, le moins sincèrement du monde.

"Bien sûr que si, tu voulais me parler sur ce ton," réplique le médecin, impassible.

Avant que Castiel n'ait pu lui répondre, Gabriel entre dans la pièce, l'air un peu pressé. "Charlie, j'ai besoin de ton avis sur un patient."

"Aucun problème," en se décollant du mur contre lequel elle était appuyée jusque-là, se contentant d'observer. "Dean? Appelle-moi si ça ne va pas, d'accord? je suis là toute la nuit."

"Personne ne dort jamais, ou quoi?" soupire Dean. "Vous êtes tous toujours… toujours… tout le temps… là. Tout le temps."

Gabriel, resté debout dans l'encadrement de la porte, la main sur la poignée, hausse un sourcil. "Tu es défoncé?"

"J'aimerais vraiment bien, là, mais non," en remuant un peu sur le brancard. "Je suis juste fatigué, et j'ai de la fièvre."

"Mmh," fait Gabriel avant d'adresser un regard à son frère. "Ça va, Cassie?"

Celui-ci acquiesce doucement, même s'il sait que Gabriel voit sur son visage qu'il a pleuré. "On en parle plus tard, d'accord?" ajoute-t-il avant de sortir, Charlie à côté de lui.

"Où est le docteur Singer?" demande Dean, une fois la porte refermée.

"Il devrait arriver d'ici dix minutes," en retirant les couvertures réfrigérantes après avoir pris sa température. "Je ne suis pas de garde cette nuit. Est-ce que tu as froid?"

"Ça va," alors que Castiel prend finalement un tabouret pour s'asseoir à côté du brancard. "Je ne vois plus d'ombres, ni plus… rien," le ton un peu trop bas.

"C'est une bonne chose, Dean, de ne plus voir des choses qui ne sont pas là," répond le médecin.

"Mmh," avant de tourner un peu la tête pour regarder Castiel, qui n'a pas lâché sa main. "Cas?"

"Oui?"

"Tu as besoin d'aller prendre un peu l'air?"

"Je ne veux pas te laisser tout seul," en relevant complètement les yeux vers lui. "Ça va."

"Tu mens très mal, Cas, vraiment, alors-"

"Tout le monde n'est pas aussi doué que toi," réplique Castiel sans pouvoir s'en empêcher, une seconde avant de se reprendre. "Excuse-moi, je ne-"

Dean ferme les yeux un court instant. "Tu vois, c'est ce que je disais," reprend-il. "Va prendre l'air. Je ne suis pas tout seul, alors je peux rester là."

"D'accord," finalement, se redressant pour se lever. Il lâche sa main pour caresser une dernière fois sa joue. "Tu me promets de dormir, cette nuit?"

"Promis."

Castiel s'écarte, fait quelques pas mais se retourne. "Tu sais que je t'aime quand même, n'est-ce pas, Dean?" demande-t-il du bout des lèvres.

"Tu peux être en colère et m'aimer en même temps," en reprenant les mots de Castiel, quelques jours plus tôt. "Je sais que tu m'aimes."

"D'accord," répète Castiel, plus bas.

Il sort, laissant Dean avec le docteur Richmond, qui baisse les yeux vers lui, un léger sourire au coin des lèvres. Dean hausse un sourcil. "Ne vous avisez même pas de penser que je suis devenu sentimental."

"Je ne pense rien."

"C'est ça, oui," fait Dean, dédaigneux. "Dites-moi."

"Tu as le droit d'être amoureux," en haussant les épaules. "Ça te rend… doux."

D'un petit geste de la main, Dean balaie ce qu'il vient de dire. "Vous m'avez bien regardé? je ne suis pas doux, et je ne serai jamais doux."

"Bien sûr," soupire Richmond en roulant des yeux, avant de froncer les sourcils en regardant le moniteur cardiaque. "Ta température est revenue à la normale, mais ta tension est basse. Tu n'as pas mangé depuis combien de temps?"

"J'ai passé la journée à vomir, alors quoique j'ai mangé ces derniers jours, ça ressemble beaucoup à un souvenir très, très lointain."

"Est-ce que tu as faim?"

"Pas du tout," avec une légère grimace.

"On devrait quand même essayer de-"

"Non," en le coupant. "J'ai promis de dormir, mais manger, je ne peux pas. Il ne faut pas abuser, quand même."

"Et boire quelque chose de très sucré, tu pourrais?" demande le médecin.

Dean hausse les épaules en se redressant tant bien que mal. Il parvient à s'asseoir. "Seigneur Dieu," lâche-t-il. "On dirait que j'ai quatre-vingt dix ans."

"Ça ne répond pas vraiment à ma question."

"Eh bien vous n'avez qu'à me donner ce que vous voulez de sucré, et on verra bien ce qu'il se passe," d'une voix un peu traînante. "Vous pensez que ça va encore durer longtemps, tout ça? j'en ai un peu assez de me sentir si mal, parce que d'habitude, j'ai plein d'énergie tout le temps, et-"

"Avoir de l'énergie parce que tu prends des amphétamines, ce n'est pas-"

"Je sais," l'interrompt Dean, s'asseyant en tailleur, les coudes sur les barrières du brancard, l'air presque désabusé. "On peut les enlever, ces électrodes, maintenant?" en commençant à les décoller sans attendre la réponse.

"Dean-"

"Ne vous dérangez pas pour moi," en appuyant sur le bouton quand l'alarme du moniteur se déclenche. "Plus de fièvre, alors ça va."

"Ça va vraiment, Dean?"

"Non. Bien sûr que non," en secouant la tête. "Vous savez quoi? j'ai vraiment envie de pleurer."

"Tu peux pleurer, si tu veux."

"J'ai déjà assez pleuré pour aujourd'hui," rétorque Dean. "Je pleure beaucoup trop, en ce moment, alors en termes d'extériorisation, c'est déjà largement assez. Je parle, aussi. On s'améliore."

"On s'améliore," reprend Richmond.

Le docteur Singer entre moins d'une minute plus tard, sans refermer la porte derrière lui. "On va remettre les électrodes," dit-il simplement, après avoir consulté Richmond du regard.

"Mais je-" essaie Dean.

"Non," coupe Singer. "Tu as eu beaucoup de fièvre, tu es déshydraté, tu ne manges rien, et les sevrages sont éprouvants pour l'organisme. Il faut te surveiller. Ah, et aux dernières nouvelles, ce n'est pas toi le médecin. C'est nous."

"Oui, mais c'est moi qui sais si je me sens bien ou non."

"On ne peut même pas te faire confiance pour ça," intervient Richmond. "Si on écoute ce que tu dis, tu peux courir quarante-deux kilomètres, alors-"

"Pour commencer, je ne courrais jamais quarante-deux kilomètres, peu importe comment je me sens, parce qu'il faut vraiment être malade pour faire ça," en agitant la main pour le faire taire. "Puis personne ne me fait confiance, dans cet hôpital?"

"Pas là-dessus," répondent-ils en même temps, avant que Singer ne reprenne tout seul :

"Tu es le patient, Dean, alors j'aimerais beaucoup que tu arrêtes de n'en faire qu'à ta tête."

Dean place ses poings sous ses mâchoires, visiblement mécontent. "Je n'aime pas être le patient," marmonne-t-il.

"Rassure-toi, ce n'est pas non plus vraiment agréable d'être le médecin quand c'est toi le patient," fait Richmond.

"Vous n'êtes pas censé vous en aller, vous?" en fronçant les sourcils. "Du vent, s'il vous plaît. Je vous ai assez vu pour toute une vie."

Les deux médecins lèvent les yeux au ciel au même moment.

"Qu'est-ce que tu veux boire?" demande Richmond.

"Jason sait," avec un léger sourire.

"D'accord," avant de faire quelques pas en direction du couloir. "Prends soin de toi."

Dean hoche la tête, puis soupire en se rallongeant sur le dos, soulevant son t-shirt pour laisser le docteur Singer replacer les électrodes sur son torse. Ses muscles se tendent un peu, mais il ne bouge pas. "On doit les laisser là combien de temps?"

"Cette nuit, au moins," répond le médecin en retirant ses mains. "On va aussi augmenter le débit de la perfusion, et tu vas-"

"Dormir, oui, j'avais compris."

"Est-ce que tu fais encore beaucoup de rêves?"

"C'est toujours moins pire que les hallucinations," en haussant les épaules. "Et c'était déjà assez difficile, ces derniers jours, alors j'aurais pu me passer de réaliser que j'ai tué mon petit-frère une deuxième fois."

"Dean-"

"Pas envie d'en parler," en le coupant.

Singer pose sa main sur la barrière du brancard, le regarde un moment dans les yeux. "Tu sais ce qui est le plus fréquent, dans les accidents de voiture, Dean?" reprend-il, la voix douce mais très ferme. "Ces trois secondes d'inattention, la route qui glisse, les deux minutes pendant lesquelles on se dit qu'il ne peut rien arriver et que la ceinture de sécurité n'est pas indispensable, ce moment où le conducteur détourne les yeux juste un instant, la nuit, la voiture d'en face, le virage, l'arbre. Tout un tas de choses qui font que ça reste un accident. Ça n'a jamais été ta faute, Dean, ce sont juste… des facteurs, des circonstances. Un hasard qui a fait que ce qui est arrivé est arrivé. Je suis médecin, alors je peux te dire avec certitude que parmi tous les gens qui meurent de cette manière, il y en a aussi qui avaient leur ceinture. Il y a ceux qui ne roulaient même pas. Où est ta responsabilité? vraiment nulle part, parce que tu ne pourras jamais savoir ce qu'il se serait passé si tu n'avais pas freiné, ou si Sam avait attaché sa ceinture."

Dean se mord l'intérieur de la joue, assez violemment pour avoir le goût du sang dans la bouche. "Alors pourquoi est-ce que je me sens si coupable?"

"Parce que tu as besoin d'un responsable," en cherchant son regard. "C'est dur de vivre avec l'idée que tu n'aurais rien pu faire. Je sais que c'est dur, Dean, je sais, mais tu ne peux pas continuer à t'en vouloir pour quelque chose que tu ne pouvais pas empêcher."

"Oui, mais si j'avais-"

"Tu n'es pas responsable de tous les malheurs du monde, Dean," l'interrompt Singer. "Ni de la mort de Sam, ni de ce que ton père a fait. Arrête de te détester."

"Ça a vraiment l'air facile, dit comme ça," souffle Dean, un peu nerveusement, en même temps qu'il se redresse une nouvelle fois pour s'asseoir en tailleur.

Le médecin prend une inspiration. "Tu connais le deuil?" finit-il par demander.

"J'ai lu des trucs sur internet," en observant sa main toujours bandée, pour ne pas avoir à regarder Singer. "Ça ressemble à des conneries. Je suis la preuve vivante que le temps ne guérit rien du tout."

"Tu es surtout la preuve vivante que la drogue n'arrange rien. Du tout."

"Question de point de vue," avant de relever la tête.

"Tu es vraiment têtu, hein?" soupire Singer.

Dean hausse les épaules une nouvelle fois. "Question de point de vue," sur un ton plus léger, avec un tout petit sourire.

Singer le lui rend, avant de jeter un coup d'œil à l'écran de son téléphone. "Je dois y aller," dit-il. "Tu peux rester ici jusqu'à ce que Jason revienne?"

"Pourquoi tout le monde pense qu'il faut me surveiller?" exaspéré.

"Parce que tout le monde te connaît depuis assez longtemps pour savoir que tu n'écoutes rien, que tu ne fais que ce que tu veux, et que tu aimes surtout faire tout le contraire de ce qu'on te dit," rétorque Singer. "Mais je vais partir du principe que tu ne vas pas te lever. Ne te lève pas, s'il te plaît, parce que tu risques de tomber, au vu de l'état de faiblesse physique dans lequel tu es actuellement."

"Où est-ce que je pourrais bien aller, de toute façon?"

"Oh, je suis sûr qu'il y a des endroits dans cet hôpital que tu connais mieux que moi," en poussant un autre soupir. "Mais ce n'est pas la question. Je passerai te voir plus tard, et j'espère que tu seras en train de dormir dans ton lit."

"Mmh," répond Dean alors que le médecin lui adresse un dernier signe de tête avant de quitter la pièce.

Dean se passe les deux mains sur le visage, se retourne un peu pour s'adosser à la barrière du brancard. Il ne reste pas seul très longtemps, parce que Jason passe le seuil deux minutes après le départ du médecin. "Toujours en vie?" fait-il en s'approchant, un gobelet dans la main droite. "J'ai mis plein de sirop, et même du sucre dans l'eau, alors… je ne sais pas comment tu vas faire pour boire ça."

"Il y a des glaçons?"

"Bien sûr," avec un sourire. "J'ai pris mon temps pour faire ça."

"C'est pour ça que tu as mis une ombrelle?" rit Dean, en fixant le gobelet avant de le prendre.

"Un peu de respect pour cette ombrelle, tu veux?" en passant derrière le brancard pour accéder à la perfusion et en augmenter le débit, alors que Dean prend une première gorgée. "Bois doucement, pour ne pas vomir."

"Ça va," répond Dean.

"Vu la gueule que tu as, on ne dirait pas vraiment."

"Et j'ai quelle gueule, d'après toi?" sans lâcher la paille calée entre ses dents.

"Celle de quelqu'un qui devrait dormir pendant au moins vingt-quatre heures, même si j'imagine que c'est beaucoup trop te demander."

Dean hausse les épaules, tout en continuant de boire. "C'est pas mal, ton truc," reprend-il. "Frais et sucré. J'adore."

Jason réprime un éclat de rire, se contente de lever les yeux au ciel, avant de retirer le frein du brancard.

"Qu'est-ce qu'on fait?" demande Dean.

"Une balade jusque dans ta chambre," en poussant le brancard dans le couloir.

"J'aurais pu marcher, tu sais, je ne suis pas si fragile, et-"

"Permets-moi de te dire que je doute vraiment du fait que tu sois capable de seulement tenir sur tes jambes," réplique Jason. "Si tu étais un peu moins têtu, ou juste un peu moins obstiné, tu accepterais de dormir correctement au lieu de passer toutes tes journées à gambader Dieu sait où."

"Je ne gambade pas, d'abord," après avoir avalé une autre gorgée de grenadine. "Je me promène dans le couloir, et c'est très différent."

"Ça veut dire la même chose," en s'arrêtant pour ouvrir la porte.

Dean ne dit rien jusqu'à ce qu'ils arrivent juste devant le lit, et laisse Jason baisser la barrière pour qu'il puisse passer du brancard au matelas, doucement, pour ne pas arracher sa perfusion ni tous les fils reliés aux électrodes. "Putain," en grognant, laissant son gobelet sur la tablette. "Faudra pas se plaindre si j'enlève tout en dormant. Mon subconscient sait que je n'ai pas besoin de ça."

"Ton subconscient n'est pas allé en fac de médecine," commente Jason en posant le moniteur cardiaque sur la table de nuit. "Moi non plus, en fait, et pourtant je sais que tu vas plus mal que ce que tu veux bien dire. Le sevrage est difficile, alors-"

"Je sais que le sevrage est difficile," l'interrompt Dean, un peu trop sèchement sans vraiment le vouloir. "C'est moi qui suis en train de le vivre, tu te rappelles? j'ai mal partout, je suis épuisé, et j'aimerais bien dormir pendant vingt-quatre heures, mais j'ai peur," d'une traite. "Ça te va, comme ça, ou tu veux que je me confie encore un peu plus?"

Jason ouvre la bouche, hausse un sourcil, garde le silence une seconde alors que Dean remonte la couverture sur lui. "Tu veux que je reste un peu avec toi?" propose finalement l'infirmier.

"Hein?" sincèrement surpris.

"Je peux res-"

"D'accord," en le coupant. "Mais seulement une dizaine de minutes."

"Ça marche," répond Jason en s'asseyant dans le fauteuil à côté du lit.

Dean se cale contre son oreiller, attrape la télécommande pour allumer la télévision, et zappe un peu avant de tomber sur un dessin animé quelconque. "Ne me juge pas, surtout," dit-il en éteignant la lumière.

"Vraiment rien ne me choque, venant de toi," haussant les épaules. "Tu as peur du noir, Dean?"

"J'ai peur de beaucoup de choses, vraiment… beaucoup de choses."

Dean garde les yeux fixés sur l'écran, sans rien ajouter, et remercie silencieusement Jason de ne pas essayer de lui en faire dire davantage maintenant.

Il s'endort sans réellement s'en rendre compte, ne se réveille pas quand l'infirmier sort de la chambre.

"Comment il va?" demande Castiel, une épaule appuyée contre le mur, dans le couloir, alors que Jason laisse la porte entrouverte derrière lui. "Est-ce qu'il dort?"

"Oui," à voix basse. "Et il va… disons que c'est Dean, alors c'est un peu compliqué d'avoir la version non édulcorée, mais je dirais que compte tenu de la journée qu'il vient de passer, ça pourrait être largement pire."

Castiel hoche la tête en soufflant un peu. "C'était une journée difficile."

"Et toi, est-ce que ça va?"

"J'ai-" avant de se passer une main dans les cheveux. "J'ai tellement l'impression de le laisser tomber."

"Tu étais là, ce soir," fait simplement remarquer Jason. "Dean avait besoin de toi, et tu étais là. Tu es tout le temps là, il le sait et c'est ce qui compte. Pardonner prend toujours un peu de temps, surtout à ceux qu'on aime le plus."