Titre : Himitsu
Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Tout est à Clamp ou presque.
Note : Hop hop hop, me revoilà. Désolée pour ce retard, mais il faut bien que je travaille, de temps en temps, et j'étais trop fatiguée pour poster hier. Je me suis couchée avec les poules, comme on dit. Et vous savez quoi ? Ici, il neige, j'adore. Bon allez, la suite…
La review des reviews
Soren : Ouiiiiiiiiiiiii ! ça fait vraiment plaisir, un petit mot de toi ! Désolée si je t'ai fait déprimer, je reconnais que ce chapitre était particulièrement horrible. Gros bisous à toi, essaie de donner des nouvelles de temps en temps, même si c'est juste un petit coucou :) et prends bien soin de toi.
Niacy : Etrangement, ce chapitre a été un des plus « faciles » à écrire, je l'ai fait d'une seule traite et je me suis à peine relue. Il faut croire que je suis vraiment d'une nature sadique :-s Quant à la pauvre Tomoyo, c'est vrai que c'est affreux. Et je dois avouer que les sentiments que j'éprouvais quand j'écrivais tout ça n'étaient pas très joyeux, je dois être un peu maso aussi, parce que j'ai presque réussi à m'auto faire pleurer.
Kuroxfyechan : C'est vrai que ça donne l'impression que j'ai une dent contre les princesses, tout ça. Mais bon, les contes de fée et moi, ça fait dix. Et je te rejoins sur un point, Tomoyo est un des personnages féminins que j'apprécie le plus, avec Yuuko. Fye en mode vampire, j'adore, ça m'a plu d'écrire ce passage.
Irissia : Oui j'ai rarement fait aussi sombre que ça, heureusement, d'ailleurs, parce que dans le cas contraire il faudrait que je pense sérieusement à aller consulter un psy pour soigner mes idées malsaines. Enfin, je suis ravie que ça t'ait laissée « sur le cul » au point de t'empêcher de reviewter tout de suite, ça prouve que j'ai été efficace :p
Arona : oui, pas besoin de faire couler des litres d'hémoglobine pour faire dans le dégueu/sordide. Quant au roi, eh bien, je crois que maintenant, tout le monde partage les sentiments de Fye et de Kuro à son égard, mais est-ce qu'ils arriveront à le battre, ça, c'est une autre histoire…
Dracosplendens : Merci pour la partie sur Fye, j'ai adoré l'écrire, je me suis bien amusée. Et pour le roi, on va voir comment ça se passe. Je pense qu'il risque de passer au mauvais quart d'heure, en effet.
Evangelysta : Comme tu le vois, tu n'as pas été en retard. Moi par contre... hum. Oui j'étais en mode fangirl de Fye aussi quand j'ai écrit. Pour les liens entre mes fics, c'est quelque chose que j'aime faire, comme j'aime aussi le trouver chez les auteurs que je lis. Voir des « cross-overs » entre les différentes œuvres d'un même auteur, j'adore.
Pour m'offrir des chocolats et me lancer des boules de neige, c'est en bas, au centre, en vert. Ben oui, c'est de saison après tout.
Chapitre 26 – Confiance
- Moko-chan, où est Kurogane ?
- Mokona ne sait pas.
- Il était pas derrière toi quand t'es arrivé en bas des escaliers, et je l'ai pas vu dans la cour non plus, après que tu m'aies semé, précisa Ryûoh.
A mesure le temps passait et que les gens qui l'entouraient lui parlaient, l'esprit du mage se reconnectait avec la réalité. Il regarda autour de lui. Les quelques soldats qui avaient survécu au massacre s'étaient enfuis. Il ne restait que des morts, ou des presque morts, gisant à ses pieds.
Il les enjamba sans que l'ombre d'un remords ne passe sur son visage, et se dirigea droit vers Haiena qui était toujours allongée près d'une haie, les poignets attachés dans le dos. Il usa d'un peu de magie pour défaire ses menottes, puis l'aida à s'asseoir et examina la plaie qu'elle avait à la tête.
- Ce n'est pas très grave, dit-il. Mais vous allez avoir un bon mal de crâne.
- Je le supporterai.
- Je pense que les gardes qui se sont échappés vont aller très vite chercher du renfort. Il ne faut pas rester ici. Vous pouvez vous lever ?
- Je crois…
Elle se mit debout, vacilla un peu sur ses jambes, mais tint bon et lui adressa un petit sourire. Il lui montra la branche du cerisier sacré.
- Pouvez-vous me rendre un service ?
- Bien sûr.
- Aidez les autres à utiliser ce passage pour s'échapper vers la ville basse. Qu'ils traversent le jardin qui se trouve derrière ce mur. Ils trouveront la porte d'une petite chapelle, et ils pourront passer par là pour s'enfuir. Ensuite, cachez-vous sur le toit du chenil, Ryûoh-kun et vous, et attendez moi. Je vais voir ce que fait Kuro-chan. Ce n'est pas normal qu'il ne soit pas encore revenu.
Il se pencha, ramassa Sôhi qui était allé se nicher entre les troncs des thuyas, et le lui tendit.
- Soyez très vigilante. Nos ennuis ne font que commencer.
- C'est entendu.
- Merci.
Il retourna rapidement vers Gorgo, lui fit de brefs adieux, lui souhaitant bon courage pour la suite et s'excusant de n'avoir pu aider les enfants, puis il tourna les talons sans s'appesantir et s'éloigna en direction de l'école. Désormais, le sort des rebelles n'était plus entre ses mains, ils devraient se débrouiller par eux-mêmes.
Il atteignait le portail de la cour lorsqu'il aperçut la silhouette du ninja qui venait à sa rencontre. Dans l'obscurité, il ne pouvait pas encore distinguer ses traits, mais il comprit que quelque chose lui était arrivé. Il marchait avec une lenteur anormale, d'une façon mécanique, et il portait quelque chose, ou plutôt quelqu'un, serré dans ses bras. Le cœur du blond se mit à battre plus fort, mais il réprima l'espoir qu'il sentait monter en lui. Il s'interdit de penser que peut-être, lorsqu'ils avaient fouillé l'école, ils étaient passés à côté d'un survivant sans le voir, et que son partenaire, une fois seul, avait fini par tomber dessus. Non… si tel avait été le cas, il n'aurait pas l'air aussi abattu.
Plus la distance qui les séparait s'amenuisait, et plus le blond percevait de détails. La personne que son compagnon serrait contre lui était une fillette, à en juger par sa petite taille et par la longue chevelure noire qui cascadait par-dessus son bras et ondulait doucement à chacun de ses pas. Mais ce ne fut qu'au moment où le guerrier arriva presque à sa hauteur qu'il put distinguer un visage au teint de porcelaine dépassant entre les plis d'une couverture, et dont les traits était ceux de…
- Tomoyo-hime…
Kurogane s'arrêta à quelques pas de lui et ils se dévisagèrent en silence. Puis, le regard du ninja le détailla des pieds à la tête. Le mage avait du sang sur ses vêtements détrempés, qui collaient à sa peau, mais il ne paraissait pas blessé. Son aura, qui s'était faite glaciale et effrayante quand ils étaient dans le dortoir, était redevenue elle-même, douce et fraîche comme un sous-bois au printemps, mais elle se teintait du souvenir du passage d'un fauve, un prédateur caché dans les fourrés, prêt à fondre sur sa proie. Fye avait chassé, et il s'était montré sans pitié. Le brun, qui avait côtoyé beaucoup de tueurs, le voyait clairement dans sa façon de se tenir, dans son port de tête, dans l'éclat dur sous-jacent à la peine et à l'inquiétude au fond de sa prunelle. Malgré ses préoccupations, il ne put retenir un petit sourire approbateur, ce n'était certainement pas lui qui allait lui reprocher d'avoir soulagé sa rage et sa frustration sur les hommes du roi.
Mais très vite, sa douleur et sa propre colère, qui s'étaient allégées à la vue de son équipier, revinrent à la charge, et ses yeux se voilèrent à nouveau. Une boule de chagrin lui bloquait la gorge, gênait sa respiration, et l'empêchait presque de parler.
- C'est… Tomoyo, dit-il finalement, en tendant ses bras, sur lesquels l'enfant reposait, les paupières closes.
Le magicien tendit la main et toucha doucement le front de la fillette. Il sentit que sa peau était tiède sous ses doigts, et leva sur le guerrier un regard interrogateur.
- Oui, elle est vivante. Elle est juste inconsciente. Je l'ai assommée… pour qu'elle ne souffre pas. Mais elle s'affaiblit très vite.
Le magicien, lui non plus, n'eut pas besoin de beaucoup de temps pour comprendre la signification des paroles de son compagnon, et il hocha tristement la tête. C'était peut-être encore plus cruel comme ça, pensa-t-il. Il aurait sans doute mieux valu qu'ils la trouvent au milieu des autres, déjà partie pour un monde meilleur.
- Kuro-chan…
- Fye… J'ai… une faveur à te demander. Est-ce que tu veux bien faire quelque chose pour moi ?
Le blond leva sur lui un œil surpris. Ce n'était vraiment pas le genre de Kurogane de demander de l'aide. La seule fois où il l'avait entendu formuler une requête, c'était le jour où il avait perdu son œil, après son combat contre Shaolan.
- Bien sûr, dis-moi ce que je dois faire.
Le guerrier écarta les pans déboutonnés de la robe de la fillette, dévoilant sa poitrine et son ventre, dont toute la partie droite était à présent recouverte des zébrures sombres du Grand Mal. Et il se rembrunit. La maladie avait encore progressé, depuis la dernière fois qu'il avait regardé.
- S'il te plaît, murmura-t-il en plongeant son regard dans la prunelle de son équipier, s'il te plaît, soigne-la.
- Tu veux que moi, je…
- Oui.
- Mais, Kuro-chan, je ne peux pas, répondit le mage, le cœur brisé, tant par son impuissance que par la demande désespérée du ninja.
Il se sentait désemparé, et il était, tout à coup, au bord des larmes. Sauver cette fillette, il le souhaitait, bien sûr. Et retirer cette ombre qui voilait les yeux de son partenaire, il le désirait peut-être encore plus fort. Mais voilà, il n'en était pas capable. Il n'était jamais parvenu à retenir un sort de guérison, même le plus simple. Il ne pouvait rien faire par lui-même, et il n'était pas question d'appliquer sur cette pauvre petite le traitement qu'il avait subi à Argaï. Il n'en avait ni le temps, ni les moyens, et s'il les avait eus, ça n'aurait rien changé. Il fallait un corps et un esprit endurcis à la souffrance pour supporter un tel calvaire.
Il fut plus que surpris lorsque le brun cala l'enfant contre son torse pour ne pas laisser tomber, puis tendit la main et la posa sur sa tête avant de lui adresser un léger sourire, presque joyeux.
- Tu crois que tu ne peux pas, dit-il tranquillement, mais moi, je sais que tu peux.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
Il avait parlé un peu sèchement, il se sentait vaguement en colère. Kurogane jouait un jeu cruel avec lui, en le mettant ainsi face à sa propre incompétence, comme si la situation n'était pas déjà assez dure à supporter. Pourquoi fallait-il qu'il dise des choses pareilles ? Son chagrin lui égarait l'esprit. Mais le ninja ne se laissa pas rebuter par son changement d'humeur. Il poursuivit du même ton confiant.
- Tu l'as déjà fait. Tu m'as déjà soigné, moi.
Ces paroles douchèrent la mauvaise humeur naissante du mage, pour céder la place à une profonde stupéfaction.
- Toi ? Mais… non. Quand aurais-je... ?
- Quand on a quitté Seles j'étais blessé, et quand on est arrivés à Argaï je n'avais plus rien. Qui d'autre que toi aurait pu me soigner ? Et il n'y a pas que ça, il y a eu cette autre fois, à Argaï aussi, quand la fausse princesse m'avait rendu malade. Tu as défait son sortilège, mais tu as aussi soulagé ma migraine et ma nausée. Et hier soir encore, tu m'as soigné.
- Je n'ai fait qu'abaisser la température de ton corps, rien de plus, se défendit le blond. Ce n'était pas de la magie de guérison.
- Tu te trompes sur tes propres capacités. Ce matin, quand je me suis réveillé, je n'avais plus rien, je me sentais parfaitement bien. Je ne ressentais même pas une petite raideur, pas la moindre gêne, alors que j'aurais dû être incapable de bouger après ce que mes muscles avaient subi. Et tu sais très bien que ce n'est pas le clebs qui a fait ça. Tu l'as peut-être fait inconsciemment, mais depuis que tu t'es remis à utiliser pleinement tes pouvoirs, à chaque fois que j'ai été blessé ou malade, tu as pris soin de moi et tu m'as guéri. Tu n'as pas besoin de connaître des sorts compliqués, des recettes pour vieux sorciers décrépits. Tu as tout ce qu'il te faut en toi : ton instinct, et ta magie. La seule chose qu'il te manque, c'est assez de confiance en toi pour réussir dans un domaine dont as toujours pensé qu'il t'était interdit parce que tu es maudit. Tu n'as même jamais vraiment essayé de soigner quelqu'un, parce que tu pensais, parce qu'on t'avait dit, que tu ne le pouvais pas. Mais moi, je suis persuadé que tu en es capable, et si c'est de confiance que tu as besoin, je te donne la mienne, sans réserve.
Il tendit les bras pour présenter la fillette devant le visage perplexe du magicien.
- Sauve-la, Fye. Je t'en prie.
Le blond regarda longuement l'enfant, puis leva les yeux sur son équipier, hésitant encore. Il chercha la trace d'un doute pour étayer les siens, dans le regard grenat du guerrier, mais il n'en trouva aucun. Il n'y vit qu'une supplique, et cette confiance qui donnait un aspect chaleureux à ses prunelles. Tous les espoirs de Kurogane reposaient sur lui. Finalement, il inspira profondément et se résigna à lui prendre la petite malade pour la serrer à son tour contre sa poitrine.
- Tu ne te rends pas compte de ce que tu me demandes, Kuro-chan. Si j'échoue…
- Tu n'échoueras pas.
Le mage lui adressa un petit sourire peu convaincu, hocha la tête, et tourna les talons.
- Quoi qu'il en soit, dit-il, on ne peut pas faire ça ici, à découvert. Allons rejoindre les autres.
Ils retraversèrent la cour et passèrent entre les haies du jardin. Le ninja laissa son équipier partir un peu avant, et s'attarda pour examiner les corps des soldats morts. Tous les cadavres portaient des marques de griffes caractéristiques. Inuki émit un petit sifflement appréciateur.
- Eh ben dis donc, il n'a pas fait pas fait dans la dentelle, ton copain.
- Qu'est-ce que tu croyais ? répondit le brun. Qu'il allait gentiment serrer la main des hommes du roi, après ce qu'il a fait à ces gosses ?
- On dirait que tu es fier de lui…
- Je ne devrais pas ?
- Je n'ai pas dit ça, répliqua le dieu, d'un ton où perçait une pointe d'amertume qui n'échappa pas à son hôte. Tu t'es trouvé un partenaire à ta mesure, et digne de cette confiance aveugle que tu lui portes.
- On dirait que ça te pose un problème.
- Je ne vois pas en quoi ça me dérangerait.
- Tu sais que le mage se méfie de toi et que j'écouterai son opinion avant la tienne.
- Et alors ?
- Arrête de me prendre pour un idiot. Tu pensais que j'allais te croire aveuglément, tout à l'heure ? Tu pensais vraiment que j'allais tuer cette pauvre gamine juste parce que tu m'avais dit qu'il n'y avait aucune autre solution ? Tu savais très bien que le mage avait des pouvoirs de guérison, mais tu t'es simplement abstenu de m'en parler, tu me testais ! Tu voulais savoir jusqu'à quel point je me fiais à lui et à mon propre jugement, et tu voulais mesurer l'influence que tu as sur moi. Et bien maintenant, tu es fixé. Je ne te laisserai pas me manipuler, et entre le mage et toi, c'est toujours lui que j'écouterai. Parce que j'ai plus confiance en lui qu'en toi, je remettrais sans hésiter ma vie entre ses mains, et plus que ma vie.
- Et si tu t'es trompé ?
- Tomoyo mourra, je mourrai parce que lui ai fait une promesse sur ma vie, et Fye mourra parce qu'il ne peut pas survivre sans moi. Mais il n'y a aucun risque que ça arrive. Quant à toi, je te préviens, essaie encore une fois de te jouer de moi, en particulier aux dépens d'une personne qui m'est chère, et je te garantis que je t'arracherai de mon corps, à coups de sabre s'il le faut, et que je te renverrai manu militari rejoindre les autres parties de toi.
- Oh ça va, ne prends pas tes grands airs avec moi ! Toi non plus, tu ne dis pas toujours toute la vérité ! Il me semble que tu as omis de faire connaître les détails de ta petite promesse à ton magicien chéri. Il ne sait même pas qu'il est en train de jouer sa propre vie ainsi que la tienne, dans cette histoire. Tu es là, tout feu tout flammes, à brandir à tout bout de champ l'immense confiance que tu lui portes, mais tu ne le crois pas assez solide pour entendre toute la vérité, alors excuse-moi, mais niveau franchise, tu repasseras.
- Parce que tu crois que j'avais besoin de le lui dire ?
- Il le sait ?
- Evidemment, qu'il le sait. Il me connaît par cœur.
- Mais alors, pourquoi il a accepté ?
- Parce qu'il est comme ça, c'est le genre d'homme à mettre sa vie en jeu pour sauver celle d'une petite fille qu'il ne connaît même pas. Avant, j'aurais trouvé ça stupide, mais maintenant…
- Toi aussi, tu es ce genre d'homme là, non ?
- Non, je ne crois pas. Moi, je suis le genre d'homme à mettre ma vie et la sienne en jeu pour sauver Tomoyo. C'est différent. Et maintenant, boucle-la, je n'ai plus envie de t'entendre jacasser. Dors un peu, tiens, par exemple.
Tout en se disputant avec Inuki, Kurogane était arrivé au pied du mur du chenil. Il s'accorda un instant pour rependre ses esprits. Même quand la conversation tournait, finalement, à son désavantage, le dieu avait vraiment l'art et la manière de mettre le doigt sur ses faiblesses, d'appuyer là où ça faisait mal et de le mettre mal à l'aise.
Quel genre d'homme était-il, après tout ? Il n'était plus très sûr de le savoir, après les événements des dernières heures. Il avait manqué se faire tuer par Kobalte, puis il avait accepté de prendre ce sac à puces en lui, ce qui avait failli mettre un terme à sa vie une deuxième fois, et quand il s'était retrouvé face à Tomoyo, il avait été incapable de réagir. Il s'était déchargé du fardeau de cette responsabilité sur le mage. Il avait parlé de confiance, il avait aussi pensé qu'il avait accueilli le fragment parce qu'il avait la volonté de vivre, à tout prix, mais n'était-ce pas le contraire, finalement ? Peut-être que tous ses actes lui étaient dictés par la peur, de la mort, de l'échec… Avait-il fait preuve de lâcheté ?
Il secoua la tête pour s'éclaircir les idées. Quelles que soient les motivations qui l'avaient poussé à agir, ce n'était pas le moment d'y penser. Pour l'instant, une seule chose était importante, la vie d'une enfant. Il grimpa souplement sur le toit où ses compagnons l'attendaient.
Fye avait allongé la fillette sur la couverture, au milieu d'une large zone sèche, que l'épais feuillage du cerisier avait préservée de l'orage. Il avait déposé son manteau sur ses jambes pour la réchauffer.
- Je croyais que tu l'avais perdu, dit le guerrier en s'approchant et en désignant le vêtement.
- Je l'avais confié à Moko-chan, avant de partir de Rozamova. Il a eu la gentillesse de me le ramener, répondit distraitement le blond, tout en déboutonnant la robe de Tomoyo.
Le ninja vint s'accroupir à côté de lui pour examiner la poitrine de la fillette. Le magicien laissa courir ses doigts sur les marques violettes et fronça les sourcils.
- Quoi que tu en dises, Kuro-chan, je ne sais pas si je suis capable de faire ce que tu attends de moi. Je ne sais même pas comment je devrais m'y prendre.
- C'est le froid qui t'a sauvé du Grand Mal, et c'est le froid qui la sauvera. Utilise le sort dont tu t'es servi l'autre soir pour moi. Fais-lui ce que tu m'as fait.
- C'est très risqué.
- Ce ne sera jamais pire que ce qui lui arrivera si on ne fait rien.
- Tu as raison.
Il posa ses mains à plat sur le corps de la petite malade et ferma les yeux. Sous ses paumes, il pouvait deviner le tracé des zébrures malsaines, qui dégageaient de la chaleur. Il devait se concentrer, essayer de se rappeler de ce qu'il avait fait, à ce moment-là, quand il avait utilisé son sortilège pour soulager les souffrances de Kurogane. Qu'avait-il éprouvé alors ? Il n'était pas nerveux comme maintenant. Il était sûr de lui, il avait agi par instinct, se fiant totalement à sa magie, et s'était contenté de réguler le flux de son pouvoir afin de ne pas choquer l'organisme de son compagnon.
Je dois me débarrasser de ma peur et de mes doutes, pensa-t-il. Il croit en moi, et j'ai confiance en lui. S'il pense que je suis capable de le faire, je dois réussir. Je ne le laisserai pas tomber. Cette enfant, même si ce n'est pas la Tomoyo qu'il connaît, est très importante pour lui. Elle n'est pas simplement un double dans une autre dimension. Tomoyo est Tomoyo, la seule personne devant qui il se soit jamais agenouillé, l'être qui lui est le plus cher. Si j'échoue, il sera anéanti. Il ne se pardonnera jamais de n'avoir pas pu la protéger. L'idée de me laisser agir à sa place doit déjà lui être insupportable, il fallait qu'il soit désespéré pour en arriver là. Alors je n'ai pas le droit de le décevoir, je refuse qu'il souffre à cause de moi.
Plongé dans ses pensées, il ne se rendait pas compte que la magie coulait d'elle-même entre ses doigts, enveloppait le corps de l'enfant dans un réseau de lignes de runes lumineuses, blanches et bleues. Lorsqu'il le réalisa enfin, il s'attacha à la contrôler, l'adoucissant quand elle cherchait à lui échapper, la stimulant quand, au contraire, elle s'assoupissait. Il le faisait sans y penser vraiment, réagissant simplement aux fluctuations du pouvoir. Il était si concentré qu'il n'entendait plus rien, il ne sentait plus le froid qui s'immisçait au travers de ses vêtements mouillés, la seule chose qu'il percevait, c'était la présence du brun à ses côtés, forte et rassurante, et le battement régulier du cœur de la fillette sous ses doigts. Tant de choses dépendaient de cette fragile mélopée…
Accroupi près de lui, le ninja l'observait, les sourcils froncés. Au fur et à mesure que le pouvoir s'écoulait des mains du magicien, il voyait son visage pâlir, ses lèvres blanchir. Son équipier, comprit-il, puisait dans toutes ses ressources pour accomplir la tâche qui lui avait été assignée, et c'était sa propre force vitale qu'il transmettait à la petite fille, comme il l'avait fait avec lui, la veille. Il serra les dents, mais il ne fit rien pour l'arrêter. Pour Tomoyo, il était prêt à donner sa propre vie et, s'il le fallait, celle de son compagnon. Il ne savait pas si celui-ci avait conscience ou non de ce qu'il était en train de faire, mais il ne pensait pas que cela aurait changé quelque chose, car ils étaient semblables, ils partageaient la même volonté d'aller au bout de ce qu'ils entreprenaient, quel que soit le prix à payer pour réussir. Je te revaudrai ça, le mage, pensa-t-il. Je ne suis pas près d'oublier ce que tu fais pour moi.
Fye aurait été incapable de dire combien de temps il resta ainsi, penché sur le corps de la malade. Il sursauta légèrement quand des doigts se posèrent sur les siens, et lorsqu'il ouvrit les yeux, son regard rencontra deux prunelles violettes qui le regardaient avec une expression un peu étonnée, et il crut se noyer dedans. Pris d'un violent étourdissement, il dut interrompre son sort et poser ses mains sur la toiture, de part et d'autre du corps de la fillette pour ne pas lui tomber dessus. Puis il se ressaisit, secoua la tête pour chasser son malaise et reporta son attention sur la poitrine de l'enfant. Les tavelures avaient disparu, laissant sa peau intacte, aussi claire et délicate qu'un pétale de fleur de cerisier. Il examina son bras, puis la souleva doucement pour en faire de même avec son dos, mais il ne trouva plus aucune marque.
- Est-ce que tu te sens bien, Tomoyo-chan ?
- J'ai un peu froid.
Il prit son manteau pour la couvrir jusqu'au menton.
- Ça va mieux comme ça ?
Elle fit signe que oui et lui fit un petit sourire.
- Est-ce que c'est toi, l'ami de Kurogane ? demanda-t-elle.
- Oui, je m'appelle Fye.
Il releva la tête et, d'un geste, invita Mokona, qui attendait anxieusement, à s'approcher.
- Et lui, c'est Moko-chan.
Pendant qu'elle faisait connaissance avec la petite créature, le mage s'assit sur ses talons pour les observer. Mais il ne parvenait à croire à la scène qui se déroulait devant ses yeux. Il les entendait parler et, à moment, Tomoyo se mit à rire des facéties de son petit compagnon, mais tout cela lui paraissait irréel et lointain, comme s'il était le spectateur d'un rêve qui ne lui appartenait pas. Il ne se sentait ni heureux, ni fier d'avoir accompli quelque chose qu'il croyait impossible, ni même soulagé d'avoir réussi, il était juste hébété, et complètement épuisé. Il tremblait violemment sous l'effet de la fatigue et du froid, dont il avait fait abstraction pendant qu'il était occupé mais qui s'emparait à présent de son corps, sous la forme d'un vent léger mais pénétrant qui traversait sa chemise mouillée.
Il vit le ninja s'accroupir près de l'enfant, reboutonner sa robe, puis la faire asseoir et l'envelopper dans la couverture de laine.
- Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant, Kuro-pon ? demanda le manjuu. On va l'emmener avec nous ?
- Non. C'est hors de question. Je vais la confier aux prêtresses, elles sauront très bien s'en occuper.
- Je vais habiter dans un temple ? demanda l'enfant.
- Quelque chose comme ça, oui. Je suis sûr que tu t'y plairas.
- Tu viendras me voir ?
- Je ne crois pas, non. Je vais être très occupé. Mais je veillerai sur toi de loin. Si un jour tu as besoin de moi, tu n'auras qu'à faire une prière pour demander à Inuki de m'appeler, et même si je suis très loin d'ici, je viendrai. N'est-ce pas le clebs ?
- Et si je dis non, de quels sévices tu vas me menacer ?
- Je laisserai le mage s'occuper de toi. Vu l'affection qu'il te porte, ça risque de ne pas être agréable pour toi.
- Pfff… d'accord, d'accord, Inuki gardera un œil sur cette gosse. T'es vraiment…
- On va y aller, maintenant, dit le brun en s'adressant à nouveau à la fillette. Attends juste une minute.
Il se leva, prit le manteau, s'approcha du blond et le posa sur ses épaules. Fye sortit un peu de sa torpeur pour lui adresser un regard surpris.
- Tu es gelé, dit-il pour justifier son geste.
Puis il se détourna, souleva Tomoyo dans ses bras, et sauta sur la branche du cerisier. Le mage vit l'enfant lui faire un petit signe de la main, auquel il répondit par un sourire, puis le ninja disparut dans le feuillage. Il ne fut pas absent longtemps, et quand il revint, il était seul. Il s'approcha de son équipier, fouilla dans sa poche et lui tendit un papier froissé.
- La gamine avait ça sur elle. Elle a dit qu'on lui avait ordonné de nous le remettre.
Le blond prit la feuille pour l'examiner.
- Je peux pas lire ce qui est écrit.
- Moi, je peux, dit Ryûoh, qui avait jeté un coup d'œil par-dessus son épaule. Il y a écrit : Bienvenue à Kajara, et c'est signé Arsyam de Jalya.
Ces paroles ironiques furent comme un coup de fouet dans l'esprit encore choqué du magicien. Des images des dortoirs de l'école passèrent devant ses yeux, les cris des déments enfermés dans les sous-sols de la prison rugirent dans ses oreilles, et la sensation répugnante qu'il avait éprouvée quand ils avaient visité la chambre froide du chenil lui serra l'estomac.
Il déplia ses genoux, se leva, retira sa chemise mouillée et sale, et enfila son manteau. Il ramassa Mokona, le fourra entre les mains de l'adolescent, et appela Haiena qui montait la garde de l'autre côté de toit. Puis il se tourna vers Kurogane et vit que son visage reflétait les mêmes sentiments que les siens. Le guerrier, qui s'était laissé un moment submerger par le désespoir et la peur de perdre Tomoyo, était à redevenu lui-même, et il était furieux.
- Allons-y, dit simplement le blond.
Ils sautèrent dans les jardins, passèrent sans y prêter attention au milieu de l'amoncellement des cadavres des soldats, et traversèrent la rue pour se glisser dans le renfoncement où ils s'étaient réfugiés plus tôt pour observer l'école. Le mage leva les yeux vers le ciel et constata que la lune avait passé son zénith et commencé sa lente descente vers l'horizon. Plusieurs heures s'étaient écoulées depuis qu'ils étaient entrés dans la première enceinte, et il en déduisit qu'il lui avait fallu beaucoup de temps pour soigner la fillette. Et beaucoup de pouvoir, pensa-t-il, car il sentait ses jambes trembler sous lui, et il avait l'impression d'être complètement vidé. La tension nerveuse, la peur, le choc causé par leur découverte et la fatigue due à l'effort qu'il venait de fournir l'avaient vidé de ses forces.
Mais il n'avait pas les moyens de s'accorder du repos pour récupérer, il faudrait qu'il le fasse en continuant à avancer, car le cours du temps ne se suspendrait pas pour lui et l'aube qui allait se lever serait celle du jour de son affrontement avec Ashura. Il pensa à se nourrir, ce serait un moyen de retrouver un peu d'énergie, puis il renonça. Kurogane non plus, n'avait rien avalé depuis des heures, et il aurait besoin de toutes ses ressources pour faire face aux difficultés qui les attendaient, surtout que son corps n'était pas encore bien habitué à la présence du dieu en lui. Quand ils se retrouveraient face à leurs ennemis, ce ne serait pas le moment que le guerrier tombe en syncope.
Ils ne rencontrèrent pas plus de difficultés qu'à l'aller pour traverser les remparts et se glisser dans le deuxième cercle des fortifications. Ils parcoururent les rues en se cachant dans les ombres des immeubles. Le ciel s'était un peu dégagé, mais une épaisse couche de nuages demeurait, voilant la clarté des étoiles, ce qui leur facilitait grandement la tâche.
Trouver l'entrée du château ne fut pas plus compliqué, car il se dressait sur une petite butte dont les flancs étaient couverts de maisons luxueuses, appartenant sans doute aux familles nobles de la cité. La demeure du roi était une bâtisse d'aspect médiéval. C'était une structure carrée. Quatre tours d'angles étaient reliées par un haut mur percé de meurtrières, et on pouvait deviner qu'une cour intérieure entourait le donjon, d'apparence austère. S'introduire là-dedans ne serait pas une partie de plaisir. Au sommet de la partie centrale de la lumière brillait aux fenêtres, mais tout le reste était plongé dans l'obscurité.
Les cinq compagnons choisirent de dédaigner l'avenue qui montait en pente abrupte vers leur objectif et passèrent par les jardins des manoirs pour s'en rapprocher autant que possible. Lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques dizaines de mètres de la haute porte qui marquait l'entrée des fortifications, ils s'arrêtèrent pour se dissimuler dans un massif d'arbustes et revoir une dernière fois leur plan.
Mokona ouvrit grand la bouche et plusieurs objets en jaillirent : la grande épée de Ryuôh, ainsi qu'un sac bien rempli qui atterrit directement entre les mains d'Haiena. Avant leur départ pour leur expédition nocturne, elle avait pu parler avec la Sorcière des Dimensions et négocier avec elle les ingrédients nécessaires à la fabrication que quelques explosifs de sa composition.
- Tout le monde est prêt ? demanda Fye.
Le garçon et la femme firent signe que oui, et le manjuu sauta dans les plis de la tunique de son porteur pour se mettre à l'abri.
- Très bien, fit Kurogane avec un sourire dangereux. Dans ce cas, allons botter le cul de ce salopard.
Ils quittèrent leur refuge en sautant par-dessus la grille qui fermait le jardin et se retrouvèrent dans la rue, où ils partirent immédiatement en courant en direction du château. Au moment où ils s'élançaient, de gros nuages revinrent voiler la lune, et une nouvelle averse s'abattit sur la ville. Cachés aux yeux des sentinelles par l'osbcurité et le rideau de pluie, ils parvinrent facilement jusqu'aux abords de l'entrée. La herse était fermée, ainsi qu'ils l'avaient prévu. Ils s'arrêtèrent à quelques pas, et le magicien se retourna une dernière fois vers ses compagnons.
- C'est ici qu'on se sépare, dit-il à l'adolescent. Soyez prudents, tous les trois, et ne traînez pas en chemin.
Il lui tendit un double du plan que Yuriko avait fait pour lui quand ils étaient en prison. Ryûoh le prit et y jeta un coup d'œil, mais il l'avait déjà mémorisé.
- La réussite de notre projet dépend entièrement de vous, alors…
- Ne t'en fais pas, on sera à la hauteur.
- Je n'en doute pas. Shaolan-kun avait beaucoup d'estime et d'amitié pour toi, il te faisait confiance, et c'est une garantie amplement suffisante pour moi. Bonne chance à tous les trois. On se revoit plus tard.
Haiena s'avança vers lui et lui tendit Sôhi.
- Tu es sûr que tu ne veux pas le prendre ? Tu en ferais sûrement un meilleur usage que moi.
- Merci, Haiena-san, mais non. Je ne suis pas un épéiste, et j'ai juré de ne plus jamais me servir d'un sabre. Gardez-la, pour l'instant.
Il fit jaillir ses griffes au bout de ses doigts.
- Ceci, dit-il en élevant sa main devant son visage, sera largement suffisant pour moi.
Elle acquiesça d'un signe de tête et d'un sourire. Après le spectacle auquel elle avait assisté un moment plus tôt dans le jardin près de l'école, elle ne doutait pas un instant de l'efficacité des atouts naturels du blond. Elle gardait un souvenir effrayé de son intervention pour sauver les rebelles des gardes. Elle traversa le groupe, fouilla dans le sac qu'elle portait accroché à son épaule et en sortit une sphère noire, grosse comme un melon, qu'elle soupesa de la main.
- Faites attention à vous, dit-elle sans se retourner. Il pourrait y avoir quelques projections.
Puis elle arma son bras et lança la boule en direction de la herse, accompagnant son mouvement de tout son corps. L'objet décrivit une trajectoire tendue et frappa la grille en son centre. Une gigantesque explosion retentit, suivie d'un craquement et un énorme nuage de poussière envahit le décor, tandis qu'une pluie de débris s'abattait sur la route et sur la tête des quatre compagnons.
Profitant du refuge que procurait la fumée contre les regards des sentinelles, Fye et Kurogane foncèrent droit devant eux, tandis que Ryûoh et sa compagne repartaient en sens inverse et se dissimulaient dans un coin sombre. L'attaque était lancée.
