NDLA : merci à nouveau de toutes vos reviews, qui me donnent toujours plus envie de continuer à écrire cette histoire ! J'y réponds parfois en retard, et j'en suis désolée, mais je vais rattraper le coup je vous le promets !

26. Choices (The Hoosiers)

Je le vois qui me tourne le dos, il a cette démarche féline comme d'habitude, et il est entouré de ses amis habituels. Je me sens gênée de l'arrêter en plein milieu de ce couloir, comme ça, mais il faut que je lui parle.

« Sirius ! »

Il s'arrête et je vois, lorsqu'il se retourne, un sourire en coin qui vient de naître.

« Encore dans le pétrin, Glenn ?

- Besoin de tes chevaliers servant ? rajoute Remus avec une once d'ironie dans la voix.

- Nous sommes toujours là pour servir les gentes demoiselles en détresse, achève James de sa voix moqueuse habituelle, ce qui lui vaut une petite tape de Lily sur le crâne. Aïeuh !

- A vrai dire... je leur réponds en hésitant, je voudrais parler à Sirius. »

Les Maraudeurs – Peter est là aussi, même s'il se contente de me regarder avec de grands yeux en mâchonnant quelque barre de chocolat aux noisettes – et Lily me fixent sans bouger.

« ...A Sirius tout seul ! »

Ils ne bougent pas plus. Soudain, Lily lance un « Aaaah, d'accoooord », et emmène James avec elle un peu plus loin. Remus et Peter les suivent aussi, et j'ai à peine le temps de repérer un léger sourire amusé sur les lèvres de Lupin que je me retrouve enfin seule avec Sirius.

« C'est pas ce que vous croyez ! je crie en direction du reste de la troupe qui s'éloigne au bout du couloir. »

Sirius a soulevé un sourcil, et nous nous dirigeons vers un banc.

« Et... qu'est-ce qu'ils croient ?

- Rien, ils n'arrêtent pas de tous m'embêter avec cette histoire de... Euh, rien, vraiment. C'est pas important. »

Il n'insiste pas. Je l'en remercie intérieurement. Lui avouer que je le trouve séduisant et que tout le monde s'imagine que je veux lui sauter dessus ? Plutôt mourir ! Il n'y a rien de plus gênant au monde, surtout avec un ami – et par ami j'entends bel et bien ami, pote, rien de plus quoi ! – qui ne pense probablement pas la même chose de moi. Il est loin, le temps où Sirius me voyait comme une potentielle conquête. J'ai peut-être plus de seins aujourd'hui – il faut bien l'avouer – mais on a tous deux grandi, et je ne suis certainement pas la plus jolie des fleurs épanouies de Poudlard...

« Voilà, je voulais te parler seule, je commence enfin.

- Je t'écoute. »

Il s'adosse contre le mur et ferme les yeux, un sourire aux lèvres. Il ne fait pas vraiment chaud – oui, on se situe dans un couloir à moitié ouvert sur le parc – mais pour une fois, on a le droit à un rayon de soleil, et Sirius me paraît vraiment très beau dans cette douce lumière. Il a l'air bien. Et je réalise que moi aussi, je suis bien. Dès que je suis avec lui, en fait... C'est ça : je suis bien avec lui. Mais revenons à nos moutons.

« Tu sais, t'es vraiment un gars sur qui je me rends compte que je pourrai toujours compter... Ca t'arrives, de parfois repenser à notre 'rencontre' ? »

Je vois son sourire s'élargir, il garde les yeux clos.

« Oui, parfois... Je rigole bien en y repensant. »

Je laisse un rire m'échapper.

« Ouais, moi aussi. Je me rappelle comment on s'est plus ou moins détesté pendant tout ce temps. Et quand je vois que maintenant, tu comptes parmi mes amis les plus proches, c'est assez drôle. »

Sirius ouvre les yeux et on éclate de rire tous les deux.

« Cette année est vraiment... spéciale.

- Bien d'accord. Même pour moi, alors que j'ai vécu pas mal de trucs particuliers avec les autres Maraudeurs, je trouve cette année encore plus..., il semble cherche le mot.

- Magique ? je tente.

- Magique, oui, me dit-il en souriant malicieusement.

- Bon, j'en viens au fait. Je voulais juste te remercier, en réalité.

- Pour cette année magique ?

- Non, pour... pour la bataille qu'on a menée contre ces petits cons de Serpentards, ces espèces de futurs Mangemorts de merde... ».

Il se décale du mur et se rapproche de moi.

« C'est toi, qui m'a appelé.

- Oui, j'avoue en baissant les yeux, gênée. C'est... c'était un réflexe. J'ai pensé que si la situation dégénérait...

- Tu as bien fait. Jamais je ne t'aurais laissée te battre seule contre eux.

- Il y avait Owen, aussi, je n'étais pas seule !

- Si tu ne m'avais pas prévenu, Glenn... Je doute que tu t'en serais sortie aussi bien. Servilus a vraiment joué aux petits cons ce soir-là. Et... j'ai eu la peur de ma vie. Heureusement que Lily était là. »

Sirius a eu peur pour moi, j'enregistre dans un coin de mon cerveau. Mais ça, je le savais déjà, en fait.

« Merci quand même, je conclus. »

Tout d'un coup, il pose une main sur mon épaule et de l'autre, il m'attire à lui sans me brusquer. Je me laisse faire, interloquée, incapable du moindre geste. Je sens ma tête qui se pose contre son torse, une chaleur s'en dégage et une odeur naturellement agréable. Il ne porte plus de parfum. Et son odeur naturelle sent vraiment bon... Je sens mes joues qui chauffent, particulièrement gênée de cette position. Il pose ses lèvres sur le haut de ma tête, dans mes cheveux.

« Tu sais bien... que je... que nous tous, on est du genre 'amis loyaux', dit-il dans un souffle. Tu pourras toujours compter sur moi.

- Je sais, je réponds dans un sourire embarrassé, qu'heureusement il ne peut pas voir. »

Je reste un instant immobile – parce qu'à vrai dire je ne sais pas si je serais capable du moindre geste – et lui semble s'être arrêté de respirer. Dans ce silence seulement interrompu par quelque brise chantante, j'ai la nette impression que le bruit de ma respiration a augmenté de plusieurs décibels en un instant. Je n'entends plus que ça, et ça me gène incroyablement fort !

En réalité Sirius n'est pas resté si longtemps que cela, la tête posée sur la mienne. C'est juste que pour moi, le temps s'est comme qui dirait... arrêté. Plus rien ne compte. Jusqu'à ce que je sente un souffle chaud dans mes cheveux : Sirius est entrain de pouffer de rire !

« Tes cheveux sentent le miel ! »

J'ouvre la bouche interloquée, tandis qu'il se retire et me regarde avec cet espèce de sourire malicieux qu'il a toujours. Je ne comprends pas : qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? Est-ce qu'il trouve cette odeur ridicule ?

« Et... et alors ? je demande, sur la défensive.

- Rien. »

Il rigole en silence, puis se retourne brusquement.

« Je viens juste de réaliser quelque chose, c'est tout. »

Et je le vois qui s'éloigne précipitamment, presque sur le point de se mettre à courir. Bah, j'ai des poux, ou quoi ? Je réalise à cet instant que Sirius a laissé tomber une enveloppe sur le banc où il était assis il y a quelques instants. Je la ramasse rapidement et tente un sprint pour le rattraper, mais c'est peine perdue, il a déjà disparu. Mais qu'est-ce qui lui a pris, aussi, à s'enfuir comme ça sans un mot de plus, après ce moment magique (je serais presque tentée de dire 'romantique', mais n'allons pas trop loin, Sirius me voit – et cela est réciproque – uniquement en tant qu'amie) ?

Je regarde l'enveloppe et je hausse un sourcil. J'essaye de tout mon cœur de ne pas y penser, mais c'est beaucoup plus fort que moi : un duel à mort s'engage en mon fort intérieur. Curiosité vs. Respect. Le combat le plus enragé qu'il puisse y avoir au sein de toute jeune fille normalement constituée. J'ai d'un côté cette irrépressible envie de regarder dans l'enveloppe, d'assouvir ma curiosité comme je le ferais naturellement s'il s'agissait de n'importe qui d'autre. Mais de l'autre côté, je sais bien qu'il ne s'agit pas – absolument pas – de n'importe qui. Il s'agit de Sirius. Et les dangers de ce que je risque de trouver en ouvrant ceci sont nombreux – mais le sont-ils assez pour batailler fermement contre la curiosité qui s'emballe en moi ? – allant de la possibilité qu'il s'agisse d'une lettre très personnelle que Sirius ne voudrait surtout pas que je lise à l'affreuse perspective qu'il s'agisse d'un secret que je regretterais à tout jamais d'avoir découvert. Ne serait-il pas simplement plus sage de rendre l'enveloppe à Sirius au premier cours où je le croiserai ? Ou devrais-je attendre qu'il vienne lui-même réclamer son bien, et me demande peut-être avec une once de reproche dans la voix si je l'ai ouverte ?

Euh, bon, assez tergiversé pour aujourd'hui. Je vais, je crois, m'en remettre comme toute jeune fille de mon âge à l'avis (sage et expérimenté) de mon meilleur ami.

oooooo

Je suis posée dans l'un des fauteuils de la salle commune, les jambes repliées sous moi, un journal dans la main. Mais malgré les gros titres de la presse, assez sombres comme c'est toujours le cas ces derniers temps, je ne lis absolument pas ce qui s'y étale. Pas plus que je ne fais attention aux gesticulations de cet homme, derrière les barreaux, qui est probablement un dangereux mage noir enfin attrapé.

Jake est assis dans le fauteuil le plus proche du mien, et il aborde un magnifique sourire, semblant attendre quelque réponse de ma part. Sauf que bon voilà : je ne sais pas quoi lui dire. On a discuté pendant environ une demi-heure sur le sujet de « je l'ouvre, je l'ouvre pas ? » et Jake a tout fait – tout – pour me convaincre qu'il fallait que j'ouvre cette putain d'enveloppe. Sauf que je n'arrive pas à m'y résoudre. Ses arguments ont fait mouche – à vrai dire ce sont les mêmes que les miens, il ne m'a rien appris de neuf – et je n'ai rien à lui répondre pour tenter de le convaincre du contraire, encore une fois. Parce qu'il a raison, et que la seule chose qui m'empêche encore d'ouvrir cette enveloppe, c'est l'immoralité de ce geste. Je relève la tête et chuchote à nouveau dans sa direction :

« Et si Sirius m'en voulait à mort ?

- On ne va pas recommencer exactement la même discussion, Glenn. Sirius n'a même pas à le savoir. Pour la énième fois, cette enveloppe n'est même pas scellée, il ne se doutera même pas que tu l'as ouverte ! Il te suffit de la poser quelque part où il la trouvera comme un grand, et il pensera bêtement l'avoir perdue à cet endroit. Qu'y a-t-il de plus simple, je te le demande ? »

Je me renfrogne et replonge mon nez dans ce journal que je ne lis pas. Je tente une autre diversion, agacée par cette histoire plus qu'autre chose :

« Lily va mieux ? Je ne l'ai pas vue au repas, juste croisée dans un couloir quand j'ai parlé à Sirius.

- Je ne l'ai pas beaucoup vue non plus aujourd'hui. Mais j'ai croisé le couple Evans-Potter, et ils avaient l'air assez... occupés. »

Jake me sourit malicieusement, toujours aussi intéressé par les potins du coin.

« Tu veux dire, j'hésite un instant, qu'ils s'embrassaient comme d'habitude, quoi ?

- Je veux dire qu'ils avaient sérieusement besoin de se trouver une chambre.

- Jake ! je chuchote plus fort, outrée mais surtout toute rouge d'entendre ses insinuations. Ca ne se fait pas, d'espionner les autres !

- Ils n'avaient qu'à se coller l'un à l'autre ailleurs que contre un mur de Poudlard. C'est un lieu public, à ce que je sache, ajoute-t-il en haussant les épaules. »

Je ne peux m'empêcher d'imaginer la scène et un petit sourire se pose sur mes lèvres. La préfète n'est donc plus si coincée que ça... En même temps, elle a de quoi s'occuper. C'est vrai quoi : James est un sacré bon lot si vous voulez mon avis. A la place de Lily, je ne tiendrais déjà plus, après toutes ces années à l'avoir repoussé. James est du genre à s'entraîner tous les jours sur le terrain de Quidditch, alors en plus de sa gueule d'ange, il est probablement pas mal foutu. Mais qu'en est-il d'en-dessous de la ceinture ? Remus aussi, d'ailleurs, doit être un sacré petit ami... Seulement, je ne me souviens pas l'avoir entendu dire quoique ce soit à propos d'une fille. Jamais, en fait. Remus est peut-être trop timide ? Ca me paraît étrange, pour un mec aussi beau. Mais il possède aussi une sacrée intelligence, alors peut-être que, contrairement aux autres maraudeurs, il ne pense pas tout le temps avec son 'deuxième cerveau'... Pas comme un certain Sirius ! Enfin, je me trompe peut-être. Il y a tellement de rumeurs qui courent sur son dos, que j'hésite à croire tout ce qui se dit dans les toilettes des filles entre deux cours. Des conneries comme quoi il l'aurait déjà fait depuis sa première année, ou encore qu'il a une petite amie par jour de la semaine... Et bien entendu, les habituelles vantardises de certaines pimbêches qui s'amusent à expliquer à tout le monde les détails de leur nuit fabuleuse – et imaginaire, si j'en crois la défense dudit Appollon – avec ce cher séducteur de Sirius. Sirius serait pourtant un bon coup, j'en suis persuadée. Mais pourquoi je pense à ça, moi ? C'est vrai que je me suis enfin avoué éprouver un peu d'attirance pour lui, mais je ne vais pas me mettre à fantasmer en pleine journée, non plus...

« A quoi tu penses ? me demande Jake. T'as un air de perverse, là...

- Je ne pensais à rien. Maintenant, si tu veux bien m'excuser... »

Je me lève du fauteuil, pose le journal sur la table et m'apprête à m'en aller sans plus d'explication.

« Qu'est-ce que tu vas faire ? »

Cette question m'arrête sur place. Je ne me retourne même pas en lançant à Jake un petit :

« L'ouvrir. »

Et je monte dans mon dortoir.