Il y avait longtemps que Sara n'avait pas ressenti ce sentiment de plénitude. Elle pouvait sentir chaque battement de son cœur dans sa poitrine, quoique faiblement, et elle captait aussi sa respiration régulière. N'ayant aucune idée de l'endroit où elle se trouvait, elle prit la décision de se lever mais son corps ne lui répondit pas. Après plusieurs essais, la jeune femme sentit une douleur dans son cou et ses sourcils se froncèrent nettement. Une main ferme se posa sur son bras alors qu'elle s'agitait dans ce qui semblait être un lit. Elle se débattit pour se libérer de l'étreinte mais la voix qui lui parvint la calma quelque peu. Une voix masculine ...

- Sara, doucement. Arrêtez de bouger, vous allez vous faire mal. Sara ...

Qui était cet homme qui lui demandait de se calmer ? La voix était reconnaissable, mais elle ne parvenait à mettre un nom sur la personne à qui elle appartenait. Elle résonnait dans la pièce, lui faisait mal aux oreilles. Quand enfin elle la reconnut, elle ouvrit brutalement les yeux et fixa le visage au-dessus d'elle.

- Nick ? Que s'est-il passé ? Où sommes-nous ?

Il tenta de garder un ton calme. Le médecin lui avait bien dit que, avec tout ce sang perdu, elle serait désorientée.

- A l'hôpital Sara, tout va bien.

- Qu ... Quoi ? Mais ... ?

- Sara, vous avez pris une balle.

Le regard de stupéfaction qu'elle lui lança, à moitié assise dans son lit, fit comprendre à Nick qu'il devait continuer son récit.

Après l'avoir obligée à se rallonger dans son lit, il lui raconta qu'un tireur était placé sur un toit, on ne sait pas où exactement. Un tireur professionnel, à n'en pas douter. C'est elle qu'il visait. Heureusement, d'après ce qui lui avait dit Veronica, Sara avait fait un geste qui avait déstabilisé le sniper. Elle avait levé la main et pris appui sur une jambe, ce qui a probablement changé l'angle du tireur et lui a sauvé la vie en même temps. Personne ne l'avait vu, la foule était bien trop apeurée par le coup de feu pour remarquer quelqu'un sur un toit.

Elle n'en revenait pas. Sa journée était un enfer, vraiment. La pièce était si blanche qu'elle en avait mal aux yeux. Encore sous le choc, elle avisa la bouteille d'eau sur la tablette à côté d'elle mais son geste fut interrompu par la perfusion dans son bras. Sara cessa tout mouvement, porta sa main à son cou et sentit l'épais pansement blanc qui recouvrait sa blessure.

- Ca va ? demanda Nick. Les infirmières vont ont mis une poche de sang. Vous en avez perdu pas mal tout à l'heure.

Tout à l'heure ... La jeune femme sourit en observant l'avocat qui lui faisait face, l'inquiétude trahissant les traits tendus de son visage. Dans ses pensées, elle se refaisait la scène de la veille. Les rôles étaient inversés, elle n'était pas le patient.

- Il est quelle heure ?

- Euh environ dix-huit heures, pourquoi ?

- Oh non, la prison ...

- Vous ne pensez tout de même pas y retourner ?! s'offusqua Nick. Bon sang Sara, savez-vous que votre père, dès qu'il a appris la nouvelle, a fait dépêcher des gardes du corps qui vous suivront partout désormais afin d'assurer votre sécurité ? Il a même reproché à Veronica d'avoir mis votre vie en danger !

- C'est bien la première fois que mon cher père se soucie de moi. Des gardes du corps ?

- Oui, des types équipés d'un flingue à la ceinture et d'un talkie-walkie. Il prend ça au sérieux.

Dubitative, Sara fit la moue.

- Ah oui, c'est vrai que moi je prends ça à la légère ... On m'a tiré dessus !

- Croyez-moi, question d'habitude.

- Comment ça ?

- Eh bien disons qu'il n'y a pas que les témoins qu'on ait tenté de tuer. L'ex-fiancé de Veronica a été assassiné. Quant à elle, heureusement que le gardien était là. Il se méfiait de moi, elle aussi en fait. Il tenait absolument à nous ouvrir la porte de l'appartement puisque nous étions chargés. Et là ... il y a eu la détonation. Nous avons fui, pensant que ce serait la meilleure solution. Mais un agent du Gouvernement nous a retrouvés et j'ai pris une balle. Alors oui, je sais ce que c'est.

A présent, Sara ne riait plus. Elle qui pensait qu'il se la jouait un peu trop ... Mais il fallait se battre, continuer. Si quelqu'un avait tenté de la tuer, c'est qu'elle devait approcher du but et ce n'était pas maintenant qu'il fallait laisser tomber. Sous l'œil inquiet de l'avocat, elle prit un sachet de compresses stériles, l'ouvrit en pressa une contre l'aiguille dans son avant-bras. Avec précaution elle l'enleva de sa peau, la glissant sous la compresse. Malheureusement, cela ne suffit pas et cette dernière s'imbiba du liquide rouge pour se répandre ensuite sur les doigts de Sara. Nick, qui observait son visage pâle depuis qu'elle avait commencé, vint lui apporter son aide et changea la compresse, maintenant Sara par l'épaule de l'autre main.

- Merci. Où sont mes vêtements ? J'aimerais m'habiller ...

- A la salle de bains. Veronica vous a rapporté quelques uns de ses hauts, le sang a taché le vôtre. Mais je ne sais pas si vous saurez ...

Il n'avait pas eu le temps de finir sa phrase qu'elle était sur deux jambes. Chancelante, mais debout quand même. Nick suivit ses pas jusqu'à la pièce d'eau et attendit, l'oreille collée à la porte. Lorsqu'elle sortit enfin, elle s'était fait un brin de toilette et avait repris quelques couleurs.

- Je vais passer à l'accueil signer la décharge.

- Je vous accompagne.

Franchissant le pas de la porte la première, elle poussa un petit cri de surprise alors qu'un de ses gardes du corps s'était soudainement joint à ses côtés. Elle tenta de l'ignorer du mieux qu'elle put, même quand l'infirmière du bureau lui tendit le formulaire à remplir. Rien ne l'exaspérait plus que le sentiment d'être épiée.

- Où est Veronica ? demanda-t-elle une fois qu'elle eut terminé de remplir les documents.

- Chez le juge Kessler. Elle va tenter de retarder l'exécution en faisant peser la tentative de meurtre.

Sara acquiesça silencieusement et baissa les yeux. Elle réfléchissait. Si seulement ça pouvait marcher ...

- Nick !

- Veronica ?!

Justement la voilà qui arrivait, marchant rapidement jusqu'à eux. Elle était trempée, ses cheveux noirs luisaient et de l'eau coulait de sa veste. Mais rien ne pouvait gâcher la bonne humeur de l'avocate. Elle s'inquiéta un bref instant de l'état de santé de Sara puis, après avoir eu confirmation qu'elle se sentait bien, elle se décida à annoncer la bonne nouvelle.

- J'adore Randall Kessler ! Vous ne le croirez pas, je ne le crois pas moi-même ...

- Quoi ? Mais dis-nous ce qui se passe ! Qu'est-ce qu'il a dit ?

- Eh bien je lui ai parlé du tireur sur le toit, je lui ai rappelé toutes les fois où ils ont cherché à nous tuer tous les deux et puis les preuves qui semblaient suspectes. Il m'a alors accordé qu'il doutait maintenant de la fiabilité de ces preuves et qu'il ne voulait pas risquer d'envoyer un homme innocent à la chaise électrique.

Elle s'arrêta, le temps de contempler le visage pressé et ahuri de ses amis.

- Kessler est d'accord pour retarder l'exécution de Lincoln.

- Quoi ? Mais c'est génial ! ne put s'empêcher de s'exclamer Nick. On va les avoir ces fumiers !

La jeune doctoresse était impuissante face aux larmes qui inondaient ses joues pâles. Elle hésitait entre les larmes de joie, de dépit ou de fatigue, sans doute les trois à la fois. Un peu en retrait des deux avocats, elle se laissa aller à ses pleurs et se dit que, finalement, il y avait peut-être encore de l'espoir.