Chapitre 26 : Comme un jeu

Dean se saisit d'une énième chips tandis que Sam scrute attentivement la maison en face d'eux à l'aide de ses jumelles. Coup de chance, un petit parc fait face au lotissement, et les deux frères peuvent donc planquer tranquillement assis sur un banc dissimulé par un bosquet d'arbustes.

« Toujours rien » prévient-il Dean.

« Il va peut être ralentir un peu le rythme des tueries non ?» répond Dean « Deux mortes en trois jours, il est déjà pas mal. Elle a fait quoi la petite pour qu'il la zigouille tu crois ? Elle a repoussé ses avances ? »

Sam pince les lèvres, dubitatif.

« Possible. »

Dean hoche la tête et sort son téléphone tout neuf de sa poche.

« Passe moi le numéro de Bobby tu veux, que je l'enregistre. J'ai deux mots à lui dire. »

Mais la réaction de leur ami au bout du fil est des plus habituelle.

« Ben oui, je la connaissais oui. J'étais obligé de vous fournir tous les détails pour que vous fassiez du bon travail ? Oh, vous pensiez peut être que j'étais encore vierge, c'est ça ? Désolé pour le choc ! »

Dean s'esclaffe. Bobby est le meilleur modèle qu'on puisse avoir. Sa mauvaise humeur est toujours un vrai plaisir à ses oreilles. C'est sans doute étrange, mais c'est ainsi. Dean aime que certaine choses ne changent pas. Il prend soin de tenir son ami au courant des progrès de l'enquête.

« Des sorcières hein ? Je ne l'avais plus vu depuis très longtemps, dans quoi est-ce qu'elle a bien pu se fourrer ? » c'est un regret sincère qui pointe dans sa voix.

Dean lui laisse quelques secondes pour encaisser avant de continuer. Une fois son petit résumé terminé Bobby grommelle un peu dans sa barbe. Bien sûr. Sam ne quitte pas la maison des yeux, mais reste à l'écoute de la conversation des deux chasseurs.

« Hm je suis pas convaincu.

-Oh non Bobby, tu te ranges du coté de Sam, sérieux ?

-Il est pas net ce type, c'est sûr, mais je sais pas... Il y a un truc qui cloche dans tous ça.

-Ouais merci mais ça nous aide pas beaucoup. Et toi Sam arrête de sourire comme un idiot s'il te plaît !

-Je te l'avais bien dit. Bobby pense comme moi.

-D'ailleurs c'est assez rare, un homme seul qui touche à cette saloperie de magie noire » ajoute le vieux chasseur. « Je crois que j'ai jamais entendu parler d'un cas pareil.

-Bon, mais ça ne veut pas dire que ce n'est pas possible.

-En effet. »

Soudain Sam fait signe à Dean de se pencher. Jodie descend d'une voiture, de toute évidence de retour de sa journée au lycée. Elle fait un signe de la main à la conductrice. Sam reconnaît Beth, qui démarre à toute vitesse sitôt son amie sortie.

« Jolie Mustang » admire Dean à mi-voix.

« Chut ! »

Jodie marque un arrêt devant la maison, semble hésiter. Elle se frotte le bras droit dans un geste nerveux. Avant de prendre son courage à deux mains et de monter les quelques marches du perron.

Sam se redresse lentement. Dean met fin à sa conversation avec Bobby, lui promet de le tenir au courant et raccroche, songeur.

Ils fixent la maison en silence, tous les deux perdus dans leurs pensées, sans se rendre compte de la similitude de leurs humeurs. Connectés sans jamais avoir besoin de fils. Ils donneraient cher pour savoir ce qu'il peut bien se passer entre ces quatre murs.

Au bout d'un moment toutefois la concentration de Sam est interrompu par un craquement sec. Une chips. Il tourne son regard vers Dean, mais au lieu de le rappeler à l'ordre comme d'habitude, il se contente de piocher lui aussi dans le paquet. Dean lui sourit, agréablement surpris.

Mais alors que Sam se tourne à nouveau vers la maison, Dean aperçoit quelque chose dans le buisson à leur droite.

« Sam ?

-Oui ?

-Ferme les yeux et tends les mains. »

Sam hausse les sourcils, toujours méfiant des surprises de son frère.

« Quoi encore ?

-Allez ! » lui ordonne Dean. « Je te promets que ça va te plaire !

-C'est pas vraiment le moment si ?

-Tais toi et obéis.

-Bon d'accord. »

Sam s'exécute à contrecœur. Quelque chose atterrit dans ses mains ouvertes. C'est doux et ça ronronne. Sam s'empresse de rouvrir les yeux et se retrouve à contempler un chaton tout blanc.

« Oh ! »

Dean s'esclaffe, ravi de son effet. Il ne faut pas une seconde avant que Sam commence à lui caresser la tête avec amour.

« Mais qu'est-ce que tu fais là toi ? »

L'espace d'un instant Dean oublie ou ils sont et ce qu'ils font. Il contemple juste la douceur de son frère. Elle transpire par toutes les pores de sa peau et Dean souhaiterait juste que rien ne vienne entacher cette nature aimante. Un vent glacial les enveloppe et Sam protège l'animal en le plaçant à l'abri de sa veste, contre son ventre.

« Je me demande si c'est vrai ce qu'on dit sur les sorcières et les chats. » s'interroge Dean à voix haute.

Sam lui répond en riant.

« Tu veux quoi ? Entrer pendant une cérémonie en tenant un couteau sous la gorge d'un chaton et menacer de l'égorger si elles se rendent pas ?

-Pourquoi pas ? »

Le petit chat commence à ronronner et Dean a beau trouver ça très mignon, ça ne vaut pas le regard d'absolue adoration que Sam lui adresse. Décidément, Sam fait un piètre chasseur. Heureusement qu'ils ne pourchassent pas réellement des animaux !

Deux heures plus tard Sam joue toujours avec la bête, il s'amuse à agiter un fil devant son nez et à lui enlever au dernier moment. Rien ne bouge dans la maison. Dean commence à sérieusement s'ennuyer.

« Dean ?

-Hm ?

-Tu en as d'autre des souvenirs comme celui de la dernière fois ?

-Quoi ? »

Dean fait semblant de ne pas comprendre, comme toujours quand il est mal à l'aise.

« Tu sais, la plage...

-Ah je vois. Non.

-Non ?

-Non Sam, j'en ai pas quarante en stocks, désolé. Pas des comme ça. Pas avec toi.

-Sans moi alors, c'est pas grave. Avec maman. Raconte encore. »

Dean garde les yeux rivés sur la maison.

« Dean !

-Lâche moi ! Je suis pas un livre de contes !

-Mais …

-Non, Sam. Pas aujourd'hui. Désolé. »

Dean refuse de se crever les intestins chaque putain de jour sur un passé révolu. Hors de question. Sam ne semble pas réaliser que c'est encore douloureux, et que ça le sera toujours.

C'est le moment que choisit un autre chat, tout tacheté celui-ci, pour s'approcher d'eux avec circonspection. Le chaton s'agite dans les bras de Sam, miaule doucement.

« C'est ta mère ? » demande Sam à la petite boule blanche.

Cette fois c'est quand même trop niais pour Dean, qui s'exclame :

« T'es conscient qu'il va pas te répondre hein ? Rassure moi ! »

Sam lève deux yeux outrés vers Dean mais ne dit rien. Il place le chat à terre et lui dit au revoir, le poussant vers l'autre. Les deux animaux s'éloignent sans se retourner.

« Ingrat ! » l'insulte Dean, qui lui, aurait bien aimé rester à l'abri du vent sous la veste de Sam.

Il tourne la tête vers son frère, taquin.

« Tu vas pleurer, Sammy ?

-Ça va » grommelle Sam « lâche moi tu veux ?

-Oh je comprends, c'est encore trop tôt pour en parler... » et il affiche une expression peiné de circonstance.

Ils observent les deux chats disparaître derrière un arbre.

« C'était peut être son grand frère ? » lance Dean.

« Non » réplique Sam « sinon ils se seraient engueulés non ? T'étais où ?! Je me suis fais du soucis pour toi idiot ! » mime-t-il avec entrain.

Dean pouffe et le bouscule de l'épaule.

Mouvement de rideaux. John se prépare visiblement à dormir.

« Tu devrais rentrer Sam, faire quelques recherches sur notre lycéenne décédée. Je doute qu'il se passe quoi que ce soit ce soir. Et puis même, je suis de taille à gérer.

-Tu me vires ? » demande Sam, amusé.

« Ouais, tu prends tout le banc, ça me saoule.

-D'accord alors. Tu appelles au moindre problème ?

-Je crierai au secours de toutes mes forces, c'est promis.

-Imbécile.

-Idiot.

-Fillette.

-Sauveur de chat à la sauvette.

-Gorille.

-Gorille ? »

Sam hausse les épaules, à court de surnom.

« File moi les clés.

-Pas la moindre rayure Sam, que ce soit bien clair.

-Que ce soit bien clair, je n'ai jamais abîmé cette voiture, alors si tu me foutais un peu la paix avec ça ?

-Jamais ! »

Sam secoue la tête et s'éloigne.

Mais Dean n'attend pas longtemps avant que son téléphone ne sonne, une trentaine de minutes tout au plus.

« Je te manque tant que ça ? » demande-t-il innocemment.

Sam s'amuserait bien de cette remarque, mais ce n'est pas vraiment le bon moment.

« Je reviens tout de suite Dean, on a un problème. » annonce-t-il d'une voix grave.

« On a que ça, des problèmes » soupire Dean en réponse.

« On a essayé de me tuer. »

Silence. Dean se redresse brusquement.

« Quoi ?!

-Un sac de sort, dans la maison abandonnée. Heureusement, je l'ai trouvé à temps.

-Tu es blessé ? » s'inquiète Dean.

« Pas trop.

-Pas trop ... » le sang de Dean ne fait qu'un tour. « Ce connard est mort. »

Il raccroche avant que Sam n'ai le temps de lui dire de l'attendre. Dean range froidement son portable et se redresse, dangereusement calme. Il avance à pas assurés jusqu'au porche et défonce la porte d'un phénoménal coup de pied.

Immédiatement, Jodie passe la tête depuis la porte du salon. Mais Dean ne lui prête pas attention, sa proie se tient juste devant lui, enfoncée dans le canapé.

« Jodie » voix froide et désincarné « va dans ta chambre tu veux. » lui ordonne Dean.

-Mais enfin ! » s'exclame John, terrifié par cette entrée violente.

Jodie tourne les talons sans demander son reste. Dean peut alors tranquillement sortir son colt favori et le pointer sur John.

« Ça suffit, on ne joue plus mon vieux.

-Quoi ? Mais ?!

-Deux victimes, c'était déjà beaucoup, mais là tu as eu les yeux plus gros que le ventre. Très mauvaise idée de t'en prendre à Sam. » Regard glacial.

Le veuf affiche une expression terrorisée très convaincante. Dean entend le son caractéristique du moteur de l'Impala se garer dans l'allée. Sam se précipite vers eux.

« Dean non ! » Il entre dans la pièce et s'appuie contre un mur pour reprendre son souffle, un filet de sang au coin de la bouche.

« Ne fais pas ça... »

Mais Dean l'ignore, la haine est trop forte. Il balance la bourse trouvée le matin même au lycée sur John.

« Tu reconnais ça ordure ?! Il se trouve qu'on sait très bien ce que c'est, nous aussi ! »

John a les yeux écarquillés par la peur, le souffle chaotique. Il mime très bien la terreur, les bras tendus en un geste suppliant.

« Je … Je ne... » babille-t-il d'une voix paniquée « Je ne sais pas du tout de quoi vous parlez ! Mais enfin … qu'est-ce qu'il vous prend ? Vous n'êtes pas agent du FBI ?

« On sait ce que tu as fait, inutile de nier » réplique Dean, le visage contracté par la colère.

Sam évalue l'expression de John et décide qu'il ne joue pas la comédie. Il est bien trop convaincant.

« Dean... ce n'est pas lui.

-Sam ! » Dean le foudroie du regard.

« Réfléchis ! Regarde autour de toi ! Pas d'autel, pas de bougie ! Quelqu'un m'a jeté un sort il y a moins de cinq minutes de ça ! »

Dean se rappelle soudain de la présence de Jodie dans le salon au moment de son entrée. John n'a pas pu être en train de maudire Sam en même temps. Impossible. Il fixe un regard neuf sur l'homme qui se tient devant lui, visiblement à deux doigts d'éclater en sanglot.

« Je n'ai rien fait ! Ce n'est pas moi, je n'ai rien fait. Je vous en supplie ! »

Il crispe les paupières, ferme les yeux en espérant que le cauchemar sera fini quand il les rouvrira.

« Je n'ai rien fait ! » insiste-t-il encore.

Dean baisse son arme avec hésitation. Surtout parce que Sam vient de se placer dans la ligne de mire en fait.

« Bon. » Sam soupire de soulagement.

« Je suis désolé Mr Summers. »

John le fixe, les lèvres pincés, pale comme la mort. Maintenant que le danger semble écarté, une lueur de colère naît dans ses yeux, probablement du à la pénible scène qu'il vient de vivre.

« Mais enfin vous êtes fous ! On n'agresse pas les gens comme ça... Qu'est-ce qui a bien pu vous faire croire que j'avais quoi que ce soit à voir avec ça ?! Hein ?!

-C'est compliqué » se justifie maladroitement Sam.

« C'est compliqué ?! C'est ça votre réponse ?! » le ton de John monte dans les aigus.

« C'est ma femme qui est morte, ma femme ! VOUS LE COMPRENEZ ÇA ! »

Voilà qu'il se met à s'époumoner à présent. Des larmes dévalent ses joues. La peur intense qu'il vient de ressentir semble avoir brisé toutes ses barrières et la tristesse s'écoule librement de lui à présent.

Dean est figé sur place. Paralysé par cette démonstration tardive de chagrin. Si seulement John avait pu leur montrer plus tôt sa réelle détresse, peut être ne l'aurait-il pas soupçonné immédiatement.

« Elle ne reviendra jamais. Ma femme. Jane ... »

Certaines personnes s'acharnent à faire bonne figure envers et contre tout, quelque soit la situation, et Dean vient de comprendre que c'est exactement le cas de cet homme. John s'écroule, les mains sur les yeux, le corps agité de sanglots.

Sam échange un regard avec son frère et y déchiffre une pointe de culpabilité.

« Je suis désolé John » se répète Sam en lui posant une main sur l'épaule.

« Allez vous-en. Partez. S'il vous plaît » les supplie le père affligé.

« Bien sûr. »

Et Sam pousse Dean vers la sortie. Il le force à s'asseoir coté passager et démarre à toute allure.

« Non mais t'es malade ! Ça va pas de dérailler comme ça !

-J'ai cru que c'était lui Sam. Je le croyais vraiment. »

Un coup d'œil dans sa direction et Sam voit bien qu'il est sincère et qu'il regrette cette sortie de route.

« Rends moi service, et ne perds plus jamais les pédales comme ça, Dean, c'est flippant ! »

Mais Dean ne répond pas, il se décale un peu vers lui et essuie le sang à la commissure de ses lèvres.

« Tu vas bien ? »

Sam soupire.

« Oui, c'est rien. J'ai tout de suite compris ce qu'il se passait, et, pour être honnête, le sac n'était pas très bien caché.

-J'en ai plein le cul de cette affaire ! »

Dean croise les bras sur la poitrine.

« Et maintenant c'est retour à la case départ ! »

Sam hoche la tête.

« Mais je ne comprends pas … quelqu'un s'est donné beaucoup de mal pour nous lancer sur une fausse piste, le coffre dans la chambre de John, tout ça. Alors pourquoi essayer de nous tuer maintenant ? Ça n'a aucun sens !

-Je ne sais pas » reconnaît Dean

Il réfléchit une minute.

« Toute cette histoire fait amateur tu trouves pas ? On nous lance sur une fausse piste, mais on essaie de nous tuer, mais on ne cache pratiquement pas le sac et tu peux le détruire facilement... C'est une sorcière qui change d'avis toutes les cinq minutes, ou une schizophrène ! C'est pas possible. »

Sam prend un virage serré et arrête la voiture sur un petit chemin de terre éloigné de tout.

« Dormons ici, ça vaut mieux. Évitons de retourner dans la maison.

-Hm » acquiesce Dean docilement « je prends la banquette avant. »

Sam se décale à l'arrière à regret. Inutile d'espérer dormir contre Dean ce soir.


« Non Sam ! Mauvaise idée ! On ne se sépare pas !

-Ça ira Dean. Je vais juste voir ces femmes du club de lecture, ça ne me prendra pas longtemps.

-Je ne suis pas d'accord, je viens avec toi, c'est dangereux.

-Tu es dangereux ! »

Les deux frères s'affrontent du regard.

« Je préfère que tu te reposes un peu. Tu as failli flinguer ce type, tu sais, c'est pas passé loin.

-Je suis reposé ! On a dormi !

-Deux heures, Dean, pas plus. Ce n'est pas suffisant.

-Sam ... » menace Dean.

« Tiens, t'as qu'a examiner le rapport de la police sur Rebecca Harris d'accord ? Ça ce serait bien plus utile que de m'accompagner. »

Sam change d'angle dans l'espoir de voir Dean capituler. Il arrête la voiture devant un petit resto.

« Tu pourrais même prendre un petit dej en attendant... »

Dean le foudroie du regard, bien conscient de ce que son frère essaie de faire.

« Tu me mets à l'écart.

-Plonge ton nez dans ce dossier, et je serais de retour avant même que tu t'en rende compte.

-Ok, ok, si tu préfères bosser en solo, je m'incline. »

« Traître » rajoute-t-il à mi voix, suffisamment fort pour que Sam l'entende quand même.

« A toute à l'heure. » lui lance Sam avec un petit sourire qu'il veut rassurant.

« C'est ça. » râle encore Dean avant de traverser la rue en direction de son repas, les feuilles calées sous son bras.

Il se poste à une table proche de la grande baie vitrée offrant une vue imprenable sur toute la rue.

« Où te caches-tu donc, sorcière de mes deux ? »


Dean laisse ses yeux fatigués errer sur les passants dans la rue devant lui.

Rien de vraiment intéressant dans ce dossier. Dean commence à en avoir marre de tous ces papiers qui finissent toujours en face d'eux. Toutes ces photos de gens innocents morts dans d'atroces souffrances. Toujours plus nombreux. La chasse n'a pas de fin. Combien de temps est-ce que ça peut durer ?

Son portable vibre dans sa poche et vient le distraire de ses sombres pensées.

« Sammy ?

-Ouais, j'ai peut être du nouveau.

-Enfin ! Vas y balance !

-On a eu tort de penser que toutes ces dames étaient forcément soumises à cette idiote de Johanna Dixon, plusieurs d'entre elles m'ont eu l'air bien plus éveillées que ça. L'une d'entre elle en particulier. Toute en résilles et jupes noires. Elle avait même un collier avec un pendentif en forme de pentacle.

-Intéressant.

-Oui, et d'après ce que j'ai compris, elle a plusieurs livres ésotériques chez elle... Mais tu veux le meilleur ?

-Je t'écoute.

-Elle est prof dans le même lycée que John et Jodie. Là où Rebecca est morte. Ça mérite qu'on creuse un peu, non ?

-Complètement. Passe me prendre.

-Pas tout de suite. J'ai eu un appel de Beth.

-Beth ?

-Tu sais, l'amie de Jodie. On l'a vu au lycée. Elle voudrait me parler de quelque chose. Je vais la voir rapidement et puis je te rejoins, ok ? »

Mais Dean est distrait.

La Jodie en question vient d'apparaître au coin de la rue. Elle marche avec un air sombre, bouscule les passants de l'épaule quand ils ne daignent pas s'écarter de son chemin, perdue dans ses pensées. Quand elle relève la tête et croise les yeux de Dean, elle repart brusquement en sens inverse.

Merde !

Dean se dresse en un bond et part à sa suite. Marre de la ménager ! Dean est persuadé qu'elle détient la clé de l'énigme.

« Ok » abrège-t-il vivement avant de raccrocher.

Il lui faut plusieurs minutes pour retrouver la trace de la jeune fille, elle trottine et jette des regards inquiets derrière elle de temps en temps. Cette fois ça suffit, jeune fille ou pas, Dean ne joue pas et il est bien décidé à arracher à Jodie tout ce qu'elle sait !

Il lui tend une embuscade dans une ruelle sombre et la coince.

« Jodie. »

Elle sursaute, prise au piège.

« Vous !

-Moi.

-Je ne vous dirai rien ! »

Dean écarquille les yeux, un peu surpris. Décidément, elle leur cache bien quelque chose, il n'est plus permis d'en douter.

« Je n'ai encore rien demandé …

-Ça ne change rien ! Je ne parlerai pas.

-Tu sais qui a fait ça pas vrai ? »

Dean décide de la surprendre et cela marche plutôt bien. Sauf qu'en plus de l'étonnement, c'est une peur panique qui s'affiche sur ses traits. Ainsi qu'une pointe de … tient, qu'est-ce que c'est que ça ? Dean ne déchiffre pas tout de suite le sens de cette lueur dans le regard de Jodie.

« Je ne sais rien.

-C'est ça, et moi je suis le pape, hein ? De qui est-ce que tu as peur ? Qui est-ce que tu protèges comme ça depuis le début ? Ton père ? » tente Dean.

« C'est lui c'est ça ? Il t'a fait du mal ? »

Elle le fixe un instant, interdite, avant d'éclater d'un rire complètement déplacé.

« Mon père... »

Elle s'étouffe à moitié.

« Mon père... Cet idiot ! »

Son sourire est aussi grand que vide.

Elle remonte ses manches d'un mouvement vif que Dean n'avait pas anticipé et expose pour la première fois ses bras. Dean marque un recul instinctif. Pas un centimètre de peau ne semble épargné. Des bleus les recouvrent quasi intégralement. Il serre les dents, saisit d'une colère profonde.

Jodie l'observe avec ce qui ressemble à de l'amusement mêlé à une tristesse installée depuis longtemps.

Une révolte aussi.

« Et ce ne sont que mes bras.

-Ton père ?

-Je viens de dire que non. Essayez encore. »

Dean fronce les sourcils, l'interroge en silence.

« Maman. » finit-elle par lâcher dans un souffle.

Dean sent son estomac se tordre. Mauvais pressentiment qui vient lui alourdir la poitrine. Souffle froid et sensation de danger diffus.

« Ta mère...

-Et oui, miss perfect. Qui l'eut cru hein ? »

Elle rit encore et ce son aigu est un peu désespéré. Dean attend la suite, sur ses gardes, incapable de prendre les devants. Il a bien trop peur de deviner ce qui se trame en face de lui.

« Est-ce qu'on vous a déjà battu ? Est-ce que vous savez l'effet que ça a sur vous ? »

Elle essaie de garder une voix sure, mais Dean est le témoin impuissant de la transformation de son rire en larme.

« Non.

-Alors vous ne pouvez pas deviner. Impossible. La peur. La souffrance. Le dégoût. »

Elle s'essuie rageusement les yeux.

« Mais c'est fini maintenant. »

Cette phrase est terrible. Froide. Dean a l'impression de se prendre un énorme coup de poing dans le ventre. Il en a le souffle coupé.

« Oh non Jodie, qu'est-ce que tu as fait ? »

Dean se place la main sur le front, atterré par la tournure que prend cette conversation. Elle renifle, baisse le regard. Laisse Dean apercevoir sa détresse l'espace d'une seconde.

« Je ne voulais pas. »

Cette fois la jeune fille ne garde rien de son ton autoritaire. Plus trace de défi, juste une profonde fatigue. Elle lève même deux yeux suppliants vers lui. Maintenant qu'elle lui avoue ce qu'elle sait, il a l'impression qu'elle l'appelle à l'aide. Mais c'est trop tard.

Dean se rappelle de la lueur dans son regard, entraperçue plus tôt. Il devine maintenant qu'il s'agissait de culpabilité.

« Je lui ai dit non. Encore et encore. Un nombre incalculable de fois ! Elle revenait tout le temps à la charge, me disait que personne n'en saurait rien, qu'elle voulait juste m'aider, c'est tout. Elle me parlait de ce livre qu'un mec louche lui avait filé un soir, qu'il y avait tout là dedans pour qu'on soient heureuses toutes ensemble, pour l'éternité.

-Jodie ...

-Qu'on avait plus à souffrir ! Il suffisait juste de le vouloir et de suivre ses ordres. Je répondais toujours non. Et puis un soir, ma mère m'a frappé tellement fort que j'ai failli me crever un œil contre la table en tombant. »

Elle se mord la lèvre inférieure.

« Alors ça a été trop. J'ai dit oui. »

Dean écoute cette confession sans rien dire, sans rien ajouter. Il observe un fantôme. On ne revient pas parmi les vivants après ce genre d'expériences. D'ailleurs le teint de Jodie est d'une pâleur inquiétante.

Ses pleurs s'intensifient et Dean comprend qu'elle ira jusqu'au bout de cette confession, que ce poids est juste trop pour elle, et qu'elle s'en débarrassera à tout prix.

« J'ai tué ma mère. »

Quand les mots sortent de sa bouche, ils prennent tous leurs sens. Jodie se met à hoqueter, comme si elle n'en revenait pas. Comme si pour la première fois, elle saisissait la gravité de ses actes.

Si Dean avait été un vrai policier, elle aurait accepté sans problème qu'il lui passe les menottes.

« Ma propre mère... » balbutie-t-elle péniblement.

Elle s'essuie le nez de la manche et reprend la parole, la voix presque éteinte.

« Ça ressemblait presque à un jeu … Quelques bougies, un peu de sang et une langue que je ne connaissais pas … Je crois que je ne pensais pas réellement que ça marcherait. C'était trop bizarre. Et quand on a eu fini, on a rit et bu des bières devant la télé. »

Le sang de Dean se glace quand il imagine cette scène si surréelle.

« Je ne pensais pas que … c'était comme un jeu non ? Et puis je suis rentré chez moi et elle était là, étendue par terre, avec tous ce sang … Elle ne bougeait plus. »

Ses pleurs redoublent d'intensité.

« Ma mère ! »

Elle doit s'y reprendre plusieurs fois pour retrouver un souffle suffisant et continuer à parler.

« Mais ça n'a pas suffit. Une fois le pas franchit... elle a voulu continuer. C'était trop … puissant, trop … enivrant. J'ai essayé de les en empêcher. »

Elle fixe Dean pour essayer de le convaincre. Elle ne ment pas, elle ne ment plus.

« Elles ne voulaient plus s'arrêter »

Dean note dans un frisson qu'elle vient de passer au pluriel. Sa gorge se serre affreusement. Ce n'est pas bon, vraiment pas bon.

« Il leur en fallait plus. Elles ont choisi cette pauvre Rebecca juste parce qu'elles ne l'aimaient pas. Une histoire de banc qu'elle aurait refusé de leur laisser … C'est tout, sans autre justification. »

Dean secoue la tête, voudrait se boucher les oreilles. C'est bien trop terrifiant. Un récit affreux de jeunesse et de mort. D'insouciances gâchées par l'envie. Et par un vieux livre qu'une ordure leur a mis entre les mains.

« Et quand je leur ai dit que je ne le ferais pas, qu'elle ne le méritait pas, elles m'ont menacés. Elles ont dit que je serai la suivante. Qu'une fois le cercle formé, personne ne pouvait en sortir impunément. »

Elle parle de plus en plus vite, articule à peine, pressée de se débarrasser de cette culpabilité si lourde.

« Et puis vous êtes arrivés et Linda a paniqué. Elle n'a pas voulu écouter et suivre le plan. On devait faire accuser mon père. »

La bouche de Dean se tord en une grimace de dégoût.

« Tu aurais fait accuser ton père à tort ? »

Incrédule.

Elle retrousse les lèvres en un sourire de dédain, étrange au milieu de ses larmes.

« Mon père n'a jamais rien fait pour arrêter ma mère. Jamais. »

Dean est légèrement rassuré d'appendre qu'il ne s'est pas entièrement trompé sur cet homme. C'était bien un monstre, juste pas un sorcier.

« Bien sûr, il dira qu'il ne savait pas … qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il se passait chez lui une fois parti au travail … mais sérieusement, qui pourrait le croire ? Pas moi. »

Regard de feu.

Tout se paye dans ce monde. C'est la réflexion étrange qui traverse l'esprit de Dean à ce moment.

« Il méritait bien la prison. J'étais d'accord. Mais Linda a paniqué. Elle a dit que ça ne marcherai pas et que vous finiriez par nous trouver. Alors elle a essayé de se débarrasser de vous. »

Dean repense au sac maladroitement caché. A la timide rousse qui osait à peine prendre la parole devant les deux agents fédéraux.

« C'est elle qui a tenté de vous tuer. » insiste-t-elle comme si ça avait une importance.

« Et maintenant je … je crois qu'elle le sait. Elle sait ce que Linda a fait. Elle va être fâchée, très fâchée de ne pas avoir été obéie. »

Jodie se prend la tête dans les mains, à deux doigts de s'écrouler, en pleine attaque de panique. Le souffle chaotique. C'est ce qui sort Dean de sa torpeur. Ça suffit, tout frappé qu'il soit par ces révélations, il faut mettre un terme à ces tueries insensées.

« Qui ça Jodie ? Qui a lancé tout ça ? Donne moi son nom. » exige Dean, envahit par un froid inexplicable qui le rempli des pieds à la tête.

« Elle va la tuer. Et puis elle me tuera pour vous avoir tout raconté !

-Réponds moi Jodie !

-Il aurait mieux valu que je meure. Que ma mère me batte jusqu'à ce que j'y reste. J'ai tué ma mère. Qu'est-ce que ça fait de moi ? Quel genre de monstre sans cœur ?

-Donne moi son nom ! »

Même s'il croit l'avoir deviné, tout fait sens à présent.

Jodie relève les yeux, rougis par la détresse. Elle sursaute, comme surprise de le voir encore là. Perdue dans ses actes passés et son futur sombre.

« Dis le moi Jodie ! » ordonne encore Dean.

Il l'a saisit par les épaules et la secoue, dans un effort pour la ramener à la raison. Un ruisseau interminable de larmes dévalent encore ses joues.

« Dis le ! »

Alors elle prend une grande inspiration et lâche dans un souffle.

« Beth. »

Elle s'écroule, la tête dans les mains, brisée. Mais Dean n'est déjà plus là, il court à perdre haleine, la mâchoire serrée.

« Sam ! »


Melanie ta review m'a bien fait rire. Dean est fétichiste des cheveux tu crois ? C'est ça qui débloquera la situation entre eux ? Ah ah ce serait pas mal oui !

Misew, c'est normal de prendre le temps de répondre ^^ ça fait toujours plaisir de recevoir une review ! Un happy end au max des possibilités des Winchester ? Hm, pas sûr que ce soit vraiment joyeux alors ... Ah ah les pauvres.

Catsule retour Dean est lent, mais il ne faut pas désespérer ! Hm en réalité il n'a pas du tout de concurrence pour Sam, ils ne sont toujours que tous les deux, pas le temps de se lier avec quelqu'un d'autre. C'est ce qui fait que Dean ne ressent peut être pas le besoin de se battre pour l'avoir... en un sens il l'a déjà ! Il a juste très peur d'aller plus loin. Et puis j'ai quand même l'impression qu'il avance … tout doucement, d'accord, mais il a quand même rejoint Sam au lit ! Faut pas lui en demander trop d'un coup xD Bref, voilà pour le pitch, désolé ! En tout cas merci pour ton intérêt sur cette histoire, et dis moi si tu arrives à recaser les citations qui t'ont fait rire dans ta vie ah ah

Une Shapeshifter merci beaucoup pour ton soutien, ta review m'a fait extrêmement plaisir ! Et bien rire aussi, par cet usage tordant du mot screugneineu que je croyais disparu de la langue française :p si tu as vraiment l'impression de lire des épisodes, c'est un très beau compliment ! Je vais m'appliquer pour que ça reste crédible tout en m'éloignant un peu du canon ... J'espère que ce nouveau chapitre t'as autant plu !

Et puis merci à tout les autres aussi, mes fidèles :3 c'est vraiment agréable d'être motivée comme ça ! J'ai toujours hâte de lire vos avis :) c'est vous les meilleurs !